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Cameroun : Samuel Eto’o veut-il aller trop vite et trop loin ?

septembre 3, 2022

Neuf mois après avoir pris la tête de la Fecafoot, l’ancien joueur multiplie les actes forts, et parfois controversés. Après le choix d’un équipementier inconnu du grand public, c’est la prolongation de la durée de son mandat qui fait polémique.

Samuel Eto’o avant un match de football de l’International Champions Cup entre l’Atletico Madrid et le Real Madrid, à East Rutherford, N.J., le 26 juillet 2019. © Steve Luciano/AP/SIPA

C’est le dernier coup d’éclat de Samuel Eto’o à la tête de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot). Mercredi 31 août, alors que la polémique née du choix d’un nouvel équipementier pour remplacer Le Coq Sportif n’est toujours pas retombée, l’ancienne star du ballon rond a décidé de mettre fin aux fonctions du puissant général Pierre Semengue, 87 ans, jusque-là président de la Ligue professionnelle.

Semengue déboulonné

Personne n’avait encore réussi à déboulonner ce militaire à la retraite, réputé proche du président Paul Biya mais dont la gestion était controversée et qui, malgré dix années en fonction, n’était jamais parvenu à donner au football camerounais le rayonnement espéré. Mais c’était sans compter sur Samuel Eto’o.

Le 11 décembre 2021, quelques instants après son élection, l’ancien attaquant a juré de « lancer le chantier de la reconstruction [du] football » camerounais. Et depuis, l’enfant de Newbell est sur tous les fronts. À trois mois du premier anniversaire de son accession à la tête de la Fecafoot, qui va coïncider avec la participation du Cameroun à la Coupe du monde, le système Eto’o semble avoir atteint sa vitesse de croisière.

Après avoir obtenu un verdict favorable au Tribunal arbitral du sport (TAS) de Lausanne, lequel mettait fin à une querelle portant sur la légalité de l’assemblée générale de la Fecafoot, Samuel Eto’o a entrepris d’assainir les finances de la fédération. À l’issue d’un audit mené par le cabinet Stephens Moore, qui a révélé de nombreux dysfonctionnements financiers perpétrés sous la présidence de ses prédécesseurs, l’assemblée générale lui a donné mandat pour « recouvrer toutes les créances et avoirs de la Fecafoot, poursuivre les auteurs de malversations ou qui se serait servi des avantages accordés à la fédération à des fins personnelles ».

Un véritable feuilleton

De fait, pas une semaine ne se passe sans que le feuilleton Fecafoot ne fasse la Une de l’actualité camerounaise. Saluée par de nombreux acteurs locaux, la mise à l’écart de Pierre Semengue est presque passée inaperçue, immédiatement occultée par une autre « affaire » : la publication des résolutions de la dernière assemblée générale, qui s’est tenue le 27 août à Douala.

IL N’EN FALLAIT PAS PLUS POUR QUE LES DÉTRACTEURS D’ETO’O DÉNONCENT UN PROJET INAVOUÉ DE « PRÉSIDENCE À VIE »

Si celle-ci a fait des vagues, c’est parce que l’assemblée générale a adopté « à l’unanimité, la révision à la hausse de la durée du mandat du président de la fédération », qui passe donc de 4 à 7 ans, ainsi que « la révocation de Guibai Gaitama », l’un de ses membres réputé pour ses prises de position virulentes à l’encontre de Samuel Eto’o. Il n’en fallait pas plus pour que les détracteurs de ce dernier dénoncent une dérive autocratique et y voient un projet inavoué de « présidence à vie ».

Car au Cameroun, cette question du mandat est ultrasensible, tant elle fait écho aux batailles politiques et au maintien de Paul Biya au pouvoir (porté au sommet de l’État en 1982, il a été réélu en 2018 pour un 7e mandat). Ce record de longévité constituant le nœud gordien du débat dans le pays, Samuel Eto’o a beau bénéficier d’un large soutien au sein de l’opinion, l’annonce de la prolongation de son mandat n’a pas manqué de faire des remous. Si bien que la Fecafoot a dû s’expliquer.

« C’est la résultante de l’excellent travail mené par M. Eto’o sur le terrain en 9 mois, s’est justifié le chargé de communication de la fédération sur les antennes d’une chaine de télévision privée. Soixante-six personnes ont adopté ce texte à l’unanimité. Si l’on compare aux 43 voix qu’il avait obtenues lors de son élection, ça veut dire que 17 personnes ont été convaincues par son travail. »

DANS LE CAMP ETO’O, ON SE RÉJOUIT DE CE TEXTE QUI MET UN TERME DÉFINITIF AUX SPÉCULATIONS SUR SES AMBITIONS POLITIQUES

Pas suffisant pour apaiser les opposants à cette mesure, qui dénoncent un texte taillé sur mesure et une forme d’impunité. « Le président de la Fecafoot a été condamné en juin dernier à 22 mois de prison. Il s’agit d’une situation d’inéligibilité qui, selon l’article 47, aurait dû entrainer son retrait, affirme un journaliste présent lors de l’assemblée générale. Or non seulement la vacance n’a pas été constatée mais en plus, les statuts ont été changés et le point indiquant que toute personne condamnée devenait de facto inéligible a été modifié. Et voilà que l’on apprend que cette disposition ne concerne que ceux ayant eu des peines privatives de liberté avec certificat de détention. »

Dans le camp Eto’o, on se réjouit néanmoins de l’adoption de ce texte qui, selon les proches du président, met un terme définitif aux spéculations sur ses ambitions politiques. « On ne nous dira plus qu’il se prépare pour la présidentielle de 2025, vu qu’à cette date, il sera encore concentré sur son mandat », veut croire l’un de ses soutiens. Reste à voir si la Confédération africaine de football (CAF) et la Fifa entérineront les décisions de l’assemblée générale.

Avec Jeune Afrique par Franck Foute

Cameroun : pour Samuel Eto’o, la victoire n’est-elle que provisoire ?

août 26, 2022

Après plusieurs mois de litige, le Tribunal arbitral du sport a validé l’élection de Samuel Eto’o à la tête de la Fecafoot. Mais pour l’ex-international, le répit pourrait n’être que de courte durée.

Samuel Eto’o, ex-joueur professionnel de football. © Vincent FOURNIER/JA

Samuel Eto’o a remporté une première manche, qu’il n’a pas hésité, via un communiqué, à qualifier « d’historique », mais l’affaire n’est pas pour autant terminée. Le Tribunal arbitral du sport (TAS), sis à Lausanne (Suisse), a certes mis un terme au litige juridique qui menaçait d’invalider l’élection de l’ancien joueur à la tête de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), en décembre 2021.

Le contentieux portait sur la composition de l’assemblée générale de la Fecafoot : Samuel Eto’o avait été désigné par le collège élu en octobre 2021, mais ses adversaires estimaient que seul était légitime le collège constitué en 2009 – c’est lui qui avait contesté l’élection de l’ancien capitaine des Lions indomptables devant le TAS.

La majeure partie des contestataires avait, au fil des mois suivants, fini par rallier Eto’o et par soutenir son projet de réforme et d’apaisement du football camerounais. Le 31 mars, un accord entre Eto’o, d’une part, et 56 des 74 membres du collège de 2009, d’autre part, avait finalement été signé, qui reconnaissait « la légitimité de l’Assemblée générale ayant élu Samuel Eto’o à la présidence de la Fecafoot ». L’ex-international s’en était réjoui, tout en tâclant dans un communiqué « les complotistes [qui cherchaient] à paralyser le football camerounais ».

Rendant sa décision le 24 août dernier, le TAS s’est appuyé sur le pacte du 31 mars pour déclarer que l’affaire était close. Mais l’est-elle vraiment ? La majorité des membres du collège de 2009 a rendu les armes, certes, mais les contestataires les plus radicaux ne souhaitent pas en rester là.

Abdouraman Hamadou, le mandataire de cette faction rivale, a en effet eu tôt fait de dénoncer le verdict du TAS. L’affaire pourrait maintenant être portée devant le Tribunal fédéral suisse, lequel devrait être saisi dès la semaine prochaine. Samuel Eto’o, qui n’a pas boudé son plaisir après la décision du TAS, va sans doute devoir rapidement repartir au combat.

Avec Jeune Afrique par Alexandre Billebault

Cameroun : haro sur la tricherie sur l’âge des footballeurs

juin 22, 2022

La Fédération camerounaise de football convoque 44 footballeurs et les présidents de leurs clubs respectifs pour suspicion de tricherie sur l’âge.

Glez

Plus rien ne sera-t-il comme avant, à la Fecafoot, sous la présidence du tonitruant Samuel Eto’o ? Par un courrier signé de la Chambre d’instruction de la Commission d’éthique de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), 44 joueurs et leurs présidents de club viennent d’être informés de « l’ouverture d’une procédure d’instruction » contre eux pour « faux dans les titres », conformément à l’article 67 al. 1 et 2 du Code d’éthique. Datée du 17 juin dernier, la notification signée par Salatou Baba précise qu’il est question de tricherie présumée et de complicité présumée de tricherie, notamment sur l’âge des joueurs.

Les parties concernées sont invitées à comparaître en audience, dans la salle des conférences du siège de la Fecafoot, assistées ou non de leurs conseils, entre les 4 et 8 juillet prochain. Légèrement menaçant, le communiqué précise qu’en cas de non comparution, « la Chambre en tirera toutes les conséquences de droit »…

Contrôles renforcés

Si l’approximation des millésimes footeux n’est pas qu’un phénomène camerounais, les réseaux sociaux moqueurs se souviennent du milieu de terrain Joseph Minala qui semblait avoir bien plus que ses 18 ans officiels, lors de son transfert à la Lazio Rome, en 2014. À l’époque, une infox suggérait même qu’il avait… 41 ans. Cette polémique avait freiné la carrière du Camerounais. Quant à Youssoufa Moukoko, certains doutent qu’il fut réellement, au Borussia Dortmund, le plus jeune buteur de la Bundesliga allemande, à l’âge présumé de 16 ans…

Certes, dans certaines zones reculées du continent, des parents attendent parfois plusieurs mois, voire plusieurs années, avant de déclarer la naissance d’un enfant. Au point que la date de naissance du nouveau-né soit mal mémorisée et que le statut de celui-ci soit qualifié de « né vers ». Mais « rajeunir » administrativement certains joueurs est un sport dans le sport, histoire d’évoluer –en début de carrière– parmi des adversaires moins « mûrs » et de prolonger légèrement sa carrière – en fin de parcours.

Si la Fecafoot tape aujourd’hui du poing sur la table, elle sait, depuis longtemps, l’impact de la fraude en termes de réputation internationale. Et cela fait déjà quelques années que les contrôles ont été renforcés. En 2016, la fédération avait sanctionné 14 joueurs camerounais qui avaient menti sur leur âge pour participer à la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) des moins de 17 ans…

Avec Jeune Afrique par Damien Glez, Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Cameroun : Samuel Eto’o élu à la tête de la Fecafoot

décembre 12, 2021
Samuel Eto’o, en 2018 à Paris. © Vincent FOURNIER/JEUNE AFRIQUE

L’ancien international a été élu président de la Fédération camerounaise de football ce samedi, au terme d’une campagne riche en rebondissements.

L’annonce a été saluée par une explosion de joie dans les rues de Yaoundé. La légende vivante du football camerounais, Samuel Eto’o, 40 ans, a été élu à la tête de la Fédération camerounaise de football pour un mandat de quatre ans. « C’est historique. Cette élection s’est déroulée dans un esprit démocratique et constructif », a-t-il déclaré à Jeune Afrique.

Il a obtenu 43 voix contre 31 pour son seul adversaire, le président intérimaire sortant de l’instance, Seidou Mbombo Njoya. Les cinq autres candidats s’étaient désistés en faveur de l’un ou de l’autre au fil des semaines de la campagne.

Tensions et suspicions

Retransmise en direct à la télévision, l’élection s’est tenue à Yaoundé, dans un hôtel bouclé par la police, en raison des risques de débordement. Dans la salle chauffée à blanc par des suspicions de fraude de la part de l’administration sortante, le président de la Commission électorale, le magistrat Gilbert Schlick, a eu du mal à conduire le processus.

Décontracté mais combattif, Samuel Eto’o était présent dans la salle. Lui et ses partisans ont demandé des changements dans le dispositif électoral mis en place. La Commission a concédé quelques aménagements mais a refusé de disqualifier Jules Denis Onana, dont le mandat au sein du collège électoral émis par le Syndicat national des footballeurs camerounais – soutien de Samuel Eto’o – avait été retiré la veille.

Réseaux sociaux et lobbying

Ce scrutin est l’épilogue d’une âpre campagne électorale au cours de laquelle les deux candidats rivaux ont choisi non pas de s’adresser uniquement au collège de 76 délégués électeurs, mais d’en appeler aussi à l’opinion publique, notamment par le biais d’intervention sur les télévisions et les réseaux sociaux.

Dans le même temps, les équipes des candidats ont déployé un intense lobbying pour convaincre les délégués. Ceux-ci sont des élus des ligues régionales, des représentants de présidents de clubs, de la corporation des arbitres, des syndicats de joueurs, du football féminin…

Dans cette campagne, l’ex-capitaine des Lions indomptables – que certains soupçonnent de caresser des ambitions politiques dans son pays – bénéficiait de nombreux appuis. Des alliés qui ont permis à Samuel Eto’o de remplir ce pari, deux ans après que le footballeur ai raccroché les crampons, après un dernier passage sur le terrain au Qatar.

Avec Jeune Afrique par Franck Foute et Georges Dougueli

Mohammed Iya : « Samuel Eto’o doit jouer un rôle fédérateur » au Cameroun

juin 27, 2011

Après une Coupe du monde 2010 ratée, le Cameroun est au seuil d’une élimination prématurée en qualifications pour la CAN 2012. Chez les Lions Indomptables, les tensions restent vives. Le président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot) Mohammed Iya est contesté, et Samuel Eto’o n’est pas non plus épargné.

Mohammed Iya s’accroche au mince espoir d’une qualification sans vraiment y croire, mais son statut de président de la Fecafoot l’empêche d’admettre que tout est presque fini. « Mathématiquement, le Cameroun n’est pas éliminé, même si nos chances sont très minces. » Même si la sentence n’est pas encore définitive, une CAN sans le Cameroun serait un évènement qui n’est pas arrivé depuis 1980 et l’édition nigériane. « J’ai du mal à y croire, et pourtant, j’ai peur que cela se produise. Au pays, on a tendance à croire que le seul fait de s’appeler Cameroun est suffisant pour aller en phase finale. La réalité est toute autre », affirme Patrick Mboma, l’ancien attaquant des Lions Indomptables.

Un réservoir de joueurs sous-exploité

Le quadruple vainqueur de l’épreuve, dont le dernier succès remonte à 2002 au Mali, n’inspire plus la même crainte sur le continent. Ses échecs sur la scène mondiale et ses performances erratiques en Afrique, à peine rehaussées par une finale perdue en 2008 (0-1 contre l’Égypte), ont coïncidé avec une vraie valse des sélectionneurs (huit depuis 2004). « Il faut une vraie politique, plus professionnelle. Au Cameroun, il y a un réservoir de joueurs énorme, mais il n’est pas assez exploité », regrette Mboma.

Mohammed Iya, que ses opposants décrivent comme « trop influençable, mal entouré et trop hésitant », refuse que son bilan se résume seulement à une probable élimination de la CAN 2012. « Quand nous sanctionnons, nos opposants nous le reprochent également. Le football déchaîne tellement de passion que sa gestion et son administration nécessitent parfois une démarche consensuelle pour avancer », se défend-il. Tout reconnaissant entretenir des relations « cordiales avec Michel Zoah, le ministre des Sports, meilleures qu’avec ses prédécesseurs. Il a l’intelligence de comprendre qu’une relation sereine entre le ministère et la Fédération est nécessaire pour travailler, mais cela ne nous empêche pas de nous dire les choses quand il le faut ».

« Eto’o reste un joueur et l’équipe est au-dessus de tout »

Mais Mohammed Iya et Javier Clemente ne sont pas les seuls à subir les critiques des supporteurs qui ont du mal à admettre que ses Lions ne soient plus les « rois » d’Afrique. Même Samuel Eto’o, qui a connu des heures difficiles après son penalty manqué dans les dernières minutes face au Sénégal le 4 juin dernier (0-0) à Yaoundé, est critiqué pour ses excès d’individualisme et sa tendance à vouloir s’occuper de tout. Mohammed Iya ne se prive d’ailleurs pas de le remettre à sa place. « De par son immense talent, sa dimension et son aura, Samuel Eto’o est un joueur très important dans le groupe. Mais il reste un joueur et l’équipe est au-dessus de tout. Samuel, en tant que capitaine, doit jouer un rôle fédérateur. »

L’importance d’Eto’o ne l’a en tout cas pas empêché de passer devant la commission de discipline de la Fédération, en compagnie d’Alexandre Song – qui avait refusé de serrer la main de son capitaine lors du rassemblement organisé avant la rencontre face au Sénégal, et de Benoît Assou-Ekotto (Eto’o a été relaxé par la commission le 25 juin, NDLR)

« L’atmosphère est toujours tendue », admet Iya. « Il faut encore du temps pour cicatriser les plaies, les rivalités, les rancœurs et les rancunes entre les joueurs, sans parler des influences négatives des gens extérieurs à la famille du football actuel », poursuit le dirigeant. Le Cameroun, qui va devoir se choisir un sélectionneur pour préparer les qualifications pour la CAN 2013 et la Coupe du monde 2014, est aujourd’hui face à son destin…

Jeuneafrique.com par Alexis Billebault