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Congo-Genre : les femmes plaident pour leur représentativité dans le secteur maritime et portuaire

mai 24, 2022

Célébrée sur le thème « La place de la femme congolaise dans le secteur maritime », la première édition de la Journée internationale des femmes du secteur maritime a eu lieu à Pointe-Noire sous le patronage de Jean-Marc Thystère-Tchicaya, ministre des Transports, de l’Aviation civile et de la Marine marchande.

Le ministre Jean-Marc Thystère-Tchicaya entouré de plusieurs femmes/Adiac

En plus du thème principal, quelques autres sous-thèmes ont été développés par différentes oratrices, notamment « Challenges et retour d’expériences » ; « L’implication des femmes en faveur d’une pêche et d’une aquaculture durables » ; « L’atelier de sensibilisation des jeunes filles aux métiers de la mer ».

Au terme des exposés, des recommandations ont été  formulées, à savoir la représentativité de la femme du secteur maritime et portuaire dans les sphères de décisions, la promotion de la prospérité professionnelle et l’autonomisation dans le secteur maritime pour permettre un avenir meilleur, la sensibilisation et la facilitation à la formation des métiers de la mer.

Après avoir rappelé le rôle de l’Organisation maritime internationale en faveur des femmes, le ministre Jean-Marc Thystère-Tchicaya a signifié l’intérêt de la célébration de cette journée pour permettre à la femme de créer un cercle de concertation et de réflexion, sur la visibilité efficiente de la femme évoluant dans le secteur maritime et portuaire du Congo. S’appuyant sur le thème national de cette journée, il a rappelé que l’égalité des sexes joue un rôle fondamental dans les progrès en matière de développement et de nombreux efforts doivent être fournis pour atteindre les objectifs souhaités.

« Le secteur maritime figure encore parmi les secteurs d’activités où les femmes sont sous-représentées, avec très peu de modèle référentiel permettant aux jeunes filles d’aspirer à devenir dirigeantes dans le secteur des transports. Cette journée doit nous amener à prendre conscience de l’engagement de l’Organisation maritime internationale à l’égard des objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies, particulièrement l’ODD n°5, visant l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes et filles par rapport au secteur maritime. Le président de la République a toujours placé la représentativité des femmes aux postes de décisions et leurs formations au métier de la mer au centre de ses préoccupations », a-t-il déclaré.

Précisons que la Journée internationale des femmes du secteur maritime est célébrée le 18 mai de chaque année. Le thème choisi pour cette édition a été « Formation-Visibilité-Reconnaissance : soutenir la mise en place d’un environnement de travail exempt d’obstacles ».

Avec Adiac-Congo par Séverin Ibara

Documentaire: « Femmes et science en Afrique : une révolution silencieuse » projeté à Brazzaville

mars 31, 2022

Dans le cadre de la clôture des activités du mois dédié à la lutte pour les droits de femme, la Fondation congolaise pour la recherche médicale (FCRM) a projeté, le 30 mars à l’Institut français du Congo, le documentaire « Femmes et science en Afrique, une révolution silencieuse ».

1- Une capture du film « Femmes et science en Afrique : une révolution silencieuse » lors de sa projection à l’IFC/Adiac

C’est en présence de Kate Thompson-Gorry, Michel Welterlin et de la Pre Francine Ntoumi, respectivement réalisatrice, producteur et l’une des héroïnes du film, que s’est faite la projection du documentaire « Femmes et science en Afrique : une révolution silencieuse ». Cette cérémonie s’inscrit dans la vision du programme « Femmes & Sciences » de la Fondation congolaise pour la recherche médicale dont les actions incluent des campagnes de sensibilisation en milieu scolaire, l’encouragement des femmes engagées dans les sciences par l’attribution du prix d’encouragement scientifique et des bourses aux étudiantes.

« Femmes et science en Afrique : une révolution silencieuse » est un documentaire inédit au cœur d’une communauté bouillonnante de femmes du continent, réservoir unique de talents pour la science et l’innovation. Des femmes qui, par leur dynamisme, leur travail acharné et leur implication pour l’égalité des droits, ont réussi à briser les stéréotypes dans le milieu de la recherche, tout en participant aujourd’hui au développement de l’Afrique.

Pre Tebello Nyokong (Chimiste) de l’Afrique du Sud, Pre Francine Ntoumi (Biologiste moléculaire) de la République du Congo et enfin, Zara Randriamanakoto (Astrophysicienne) de Madagascar, sont les trois protagonistes du film. En 51 min, l’œuvre les met en lumière et apporte des réponses aux questions ayant un lien direct avec leurs parcours et leurs exploits : qui sont ces femmes ? Quels obstacles ont-elles dû surmonter pour arriver au sommet de leur art ? Quel impact ont-elles sur leur communauté ? Sauront-elles trouver des solutions concrètes aux défis majeurs du XXIe siècle ? Et si le Einstein de demain était une femme africaine ?

2- Une vue des panélistes durant les échanges/DR

La projection du film s’est suivie d’une causerie-débat avec l’assistance composée, entre autres, des cadres ministériels, scientifiques, enseignants et chercheurs, étudiants, élèves, communicants, cinéastes, etc. « Mon métier de réalisatrice est avant tout de raconter des histoires qui peuvent porter, inspirer et faire découvrir des choses et des personnes qu’on ne connaît pas forcément. En étudiant le sujet de la science, j’ai découvert ces trois femmes exceptionnelles que je ne connaissais pas. Et d’ailleurs, le titre révolution silencieuse, c’est parce qu’il y a des femmes scientifiques en Afrique, mais peu d’entre elles sont connues. A travers ce film, j’ai voulu donner une voix à ces femmes et faire connaître cette révolution », a fait savoir Kate Thompson-Gorry, réalisatrice du documentaire sorti en 2019.

A ce propos, la Pre Francine Ntoumi, engagée dans la lutte contre le paludisme et présidente de la FCRM, a remercié toute l’équipe de production du film d’avoir bien voulu mettre sous les projecteurs les efforts des femmes africaines afin de porter haut cette science qui est importante pour l’avenir du continent. Aux jeunes filles intéressées par les métiers scientifiques, elle les a exhortées à se projeter à grande échelle en vue d’aller le plus loin possible. Ce, en s’appuyant sur la formation comme participation à la construction de ce rêve. « La femme ne doit pas limiter ses ambitions. Ce film est un outil formidable de plaidoyer, d’éducation et d’encouragement pour les filles et les femmes de science en Afrique », a-t-elle indiqué.

De ce temps de partage, Channie Rhonda Kono, étudiante en troisième année de biologie à l’Université Marien-Ngouabi, a exprimé sa satisfaction qu’aujourd’hui la société comprend de plus en plus que la femme est indispensable et qu’elle a beaucoup apporté dans le développement. « C’est juste magnifique de voir toutes ces femmes scientifiques rayonner, elles qui n’ont pas abandonné et qui pour nous jeunes sont de véritables modèles et sources d’inspiration », a-t-elle confié.

Notons que « Femmes et science en Afrique : une révolution silencieuse » a été produit par Michel Welterlin et la compagnie Taxi-Brousse, avec le soutien de Canal + international et de la fondation L’Oréal.

Lien pour suivre gratuitement le film en ligne : https://vimeo.com/418381005.

Avec Adiac-Congo par Merveille Atipo

Gabon : le combat de Linda Bongo Ondimba pour que les femmes connaissent leurs droits

mars 8, 2022
Sur le marché de Port-Gentil, en 2017 © JUSTIN TALLIS/AFP

Le Gabon a enregistré en 2021 des avancées en matière de protection de la femme contre toutes les formes de violence, avec notamment une loi prévoyant des sanctions très dissuasives. Reste maintenant à les appliquer.

Dans mon pays, on me surnomme « La justicière ». Parce que j’aime voler au secours des femmes, surtout les veuves, et des orphelins. Ma mission de magistrate, je ne l’avais pas voulue ou imaginée ainsi au moment où je prêtais serment. J’avais alors un idéal de justice construit dans les méandres de mon cerveau pour un monde de Bisounours. Rien, à l’école de la magistrature, ne m’avait préparée à la dure réalité de la pratique du droit au quotidien, en particulier dans un pays où les lois ont été faites par les hommes, au profit des hommes.

Un exemple de leur misogynie : jusqu’en 2015,  seul l’adultère de la femme était reconnu. Elle risquait alors de deux mois à deux ans de prison et ne pouvait en sortir que si son mari donnait son accord. La femme encourrait les mêmes peines si elle osait quitter le domicile conjugal sans l’autorisation de son conjoint. C’est justement à cause de cette disposition que ma cape de justicière s’est littéralement imposée à moi.

Femmes piégées

Un jour de juin 2009, alors que j’étais de permanence au tribunal, une femme complètement déboussolée s’était présentée à moi en compagnie de ses trois enfants. Elle en portait un dans le dos, un autre dans ses bras, tandis que le troisième s’agrippait à son pagne. Elle brandissait, affolée, un jugement de divorce prononcé à ses torts exclusifs avec pour conséquences immédiates son expulsion du domicile conjugal et la perte de la garde de ses enfants. Le juge s’était fondé sur un procès verbal d’huissier attestant que la dame avait quitté son domicile conjugal sans autorisation. Incapable de contenir ses sanglots, elle me répétait : « Madame, je ne suis jamais partie. C’est lui qui est allé me déposer chez mes parents avec toutes mes affaires. Il m’a dit qu’il reviendrait me chercher une fois qu’il serait calmé. Aidez-moi, je vous en supplie. »

LA RECONNAISSANCE, EN 2021, DU VIOL PAR CONJOINT EST UNE AVANCÉE SIGNIFICATIVE EN MATIÈRE DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES SEXUELLES

J’étais ahurie. Cette femme ignorait ses droits et ses devoirs. Ce qui n’était visiblement pas le cas de son mari, qui l’avait piégée en faisant venir un huissier pour constater un abandon de domicile conjugal dont il était lui-même l’instigateur. J’ai par la suite eu comme une révélation en découvrant que de nombreuses femmes étaient dans la même situation et qu’elles se perdaient et s’abîmaient dans leurs procédures de justice : contre l’avis de tous et même de mon corps de métier, j’ai décidé de vulgariser le droit et de le rendre plus accessible. J’ai retiré les mots pompeux et obscurs de mon vocabulaire. J’essaie d’éveiller leur conscience car le droit n’est ni moral ni sentimental, il est technique et dur, aussi froid que la lame de l’épée que tient la déesse de la justice.

Aujourd’hui, l’adultère de l’homme est reconnu et on peut le prouver par tous moyens. Avant, si vous surpreniez votre conjoint dans votre chambre d’amis en compagnie d’une autre, ce n’était pas considéré comme de l’adultère. Le caractère adultérin de la relation n’était admis que si leurs ébats amoureux avaient lieu dans votre lit conjugal. D’autres avancées ont été enregistrées, dont une, particulièrement significative en matière de lutte contre les violences sexuelles : la reconnaissance, en 2021, du viol par conjoint.

Violences et harcèlement

Autant dire qu’avant 2015, le sort de la femme gabonaise n’était pas des plus enviables. Le harcèlement moral et sexuel n’étaient même pas évoqués dans le code pénal ou dans le code civil. Des milliers de femmes ont été violées en toute impunité lors d’entretiens d’embauche, ou par des professeurs du secondaire et d’université, sans pouvoir déposer plainte. Les victimes étaient automatiquement mises au banc de la société, parce que « elles l’avaient bien cherché en se rendant à un rendez-vous dans une tenue provocante » et celles qui osaient porter plainte étaient soupçonnées d’agir pour n’avoir pas perçu la contrepartie escomptée. Que de fiançailles rompues parce que des victimes avaient osé briser le silence!

Autres populations victimes de lois iniques, les veuves et les orphelins. Sitôt leur conjoint décédé, les femmes étaient chassées de chez elle manu militari par la belle-famille, souvent avec leurs enfants – quand ceux-ci ne leur étaient pas arrachés pour conserver un contrôle total sur la succession. Celles qui étaient chassées étaient pourtant les mieux loties ; les autres devaient suivre le rituel traditionnel du veuvage impliquant violences physiques, maltraitances et humiliations. Les cas d’orphelins condamnés à devenir voleurs à la tire ou prostituées sont légion. J’ai pleuré de rage quand Samantha, une jeune fille de 17 ans atteinte du VIH, m’a raconté sa triste expérience : dépossédée de leur maison familiale, elle était retournée sur les lieux de son enfance avec un client qui l’y avait violentée.

Il aura fallu presque soixante ans pour voir les lignes bouger. Si les mentalités peinent à changer, grâce à la loi de 2015, on peut limiter les injustices faites aux femmes.

Vers un Pacs gabonais?

Parmi les nombreux combats qui restent à mener figure l’ouverture de droits aux femmes vivant en concubinage. Au Gabon, ce mode de vie est considéré comme une union libre qui ne confère aucun droit ou obligation – sauf celle d’assistance en cas de maladie « non liée à l’abus d’alcool ou de stupéfiants » –, seul un certificat de concubinage sans valeur juridique étant délivré par la mairie. Comment admettre qu’après dix à trente ans de vie commune avec un homme, des femmes et des mères de famille se retrouvent sur le carreau alors même qu’elles ont investi, se sont parfois endettées pour contribuer aux dépenses du ménage?

JE MILITE POUR UN MEILLEUR ENCADREMENT DU CONCUBINAGE AFIN QUE LES FEMMES DISPOSENT D’UN FILET DE SÉCURITÉ

Il est inconcevable qu’elles ne bénéficient d’aucune protection. Je milite pour la transformation du certificat de concubinage gabonais en Pacs, afin que les femmes aveuglées par l’amour disposent d’un filet de sécurité. Reste à convaincre toute la gent féminine. Mon idée d’un projet de loi portant modification des règles de concubinage a été combattue surtout par les femmes, en particulier les mariées, qui y voient un subterfuge visant à « légaliser les tchizas », c’est-à-dire les maîtresses.

Mais toutes les femmes pourraient être concernées, directement ou indirectement, par la précarité induite par ce mode de vie conjugal. Ma mission est donc d’éradiquer l’ignorance des femmes en matière de droit en leur faisant découvrir les subtilités des textes et les moyens de s’en prémunir.

Et je sais pouvoir parier sur l’approbation de la première dame du Gabon, Sylvia Bongo Ondimba, et de la ministre de la Justice, qui se sont toutes deux fortement impliquées en faveur de la loi de septembre 2021 portant élimination des violences faites aux femmes. Cette loi constitue une avancée considérable dans la mesure où elle reconnait tous les types de violences que peuvent subir les femmes et prévoit des sanctions véritablement dissuasives. Reste à présent à les faire appliquer réellement. Nul n’est censé ignorer la loi, a-t-on coutume de dire. Il faudrait ajouter que la loi n’est censée ignorer aucun être humain. En particulier s’il fait partie des plus faibles.

Linda Bongo Ondimba

Avec Jeune Afrique par Linda Bongo Ondimba

Magistrate, directrice des affaires sociales et de la protection de l’enfance auprès du ministère gabonais de la Justice.

Les « sexpertes », ces Africaines qui brisent les tabous

janvier 30, 2022
« parler de sexe librement et honnêtement” © Delmaine Donson/Gettyimages

Dans des pays et communautés où la sexualité est souvent passée sous silence, de plus en plus de femmes s’emparent de leurs micro, plume ou clavier pour parler sans filtre des questions intimes.

« Dans les médias, la sexualité des Africaines est toujours traitée de manière étriquée, à travers l’unique spectre de la maladie, du HIV ou des grossesses à répétition », déplore Nana Darkoa Sekyiamah, chroniqueuse et autrice ghanéenne installée à Londres. Si l’accès universel aux services de santé sexuelle et reproductive (SSR) demeure une question centrale en Afrique de l’Ouest, la co-fondatrice du blog Adventures From Bedrooms of African Women (Aventures depuis la chambre à coucher des femmes africaines) souhaite partager d’autres narrations. Sexe hors mariage, relations interraciales, à trois, asexualité ou questionnements d’ordre pratique et anatomique (par exemple : « comment réagir face à une panne ? »)… Aucun sujet sexo n’échappe à celle qui a pourtant grandi dans un pays très religieux et étudié dans une école catholique d’Accra.

Polygamie et polyamour

Aux oubliettes les rapports à but procréatif et place à la recherche du plaisir. « Il s’agit d’un espace ouvert aux femmes africaines dans lequel on peut parler de sexe librement et honnêtement », résume-t-elle. Plus de dix ans après la création de son blog, Nana Darkoa Sekyiamah continue son travail de partage d’expériences libidinales avec Sex Lives of African Women (éditions Little Brown Book Group, juillet 2021), une fresque sociologique sur les vies amoureuses et intimes des ménages africains à travers les témoignages de femmes venues de 30 pays du continent.

Nura – le prénom a été modifié par l’autrice – une Kényane de 42 ans mariée à un Sénégalais, raconte par exemple sa difficulté à s’intégrer au sein d’un ménage polygame, et explique avoir le sentiment que sa vie sexuelle est soumise à un calendrier et à l’endurance variable de son époux. « “Oh mon Dieu, je suis fatigué ! s’est exclamé un jour mon mari. Je croyais qu’on allait faire l’amour qu’une fois par mois ». (…) Il pensait sûrement qu’à 40 ans, ma libido allait décliner », relate-elle.

KAZ KAREN LUCAS ENTEND « DÉCOLONISER LA SEXUALITÉ » EN INVITANT GYNÉCOLOGUES, OBSTÉTRICIENNES ET AUTRES SEXOLOGUES

Relations hétérosexuelles ou LGBT, monogames, polygames ou polyamoureuses… Un large spectre des différentes façons de vivre sa sexualité et l’amour au XXIe siècle est passé au crible de l’éducatrice sexuelle, comme Nana Darkoa Sekyiamah – elle-même polyamoureuse et bisexuelle – aime se définir. Des pratiques et préférences que cette expatriée peut plus facilement aborder en Grande-Bretagne, les relations homosexuelles étant interdites au Ghana.

Sans jugement

Parler sexualité sans jugement et sous couvert d’anonymat, c’est aussi le parti pris des animatrices soudanaise et jordanienne du podcast Jasadi (Mon corps), lancé en 2019 par la société de production Kerning Cultures, basée au Émirats Arabes Unis. Nommée meilleur podcast au Moyen-Orient et en Afrique du Nord par la société Apple, cette émission invite les femmes à interroger les tabous liés à la sexualité et au corps féminin dans les sociétés arabes. « Pas un seul mot se référant à notre anatomie sexuelle n’est utilisé de manière normale », déplore l’une des invitées. Une autre dit quant à elle regretter le recours systématique aux anglicismes pour nommer les organes génitaux féminins, ou bien les moqueries que suscite le terme « mahbal » (« vagin » en arabe) phonétiquement proche du mot « ahbal » (stupide), dans les cours de récréation.

FOSSÉ ORGASMIQUE, PLAISIR FÉMININ EN SOLITAIRE, SEX TOYS… UNE LIBERTÉ DE TON QUI FAIT RIMER SEXE AVEC ÉMANCIPATION

Pour ces « sexpertes », plus question d’éluder et d’avoir recours à des emprunts lexicaux ou un vocabulaire enfantin pour définir l’anatomie sexuelle. Il est en revanche urgent de s’affranchir du discours hétéronormatif dominant. « P comme pansexuel, Q comme queer, R comme Rim Job (anulingus) »… Voilà le genre d’abécédaire sexuel que l’on peut découvrir sur la page Instagram du podcast à succès The Spread (« la propagation »), créé par la Kényane Kaz Karen Lucas, 38 ans. Elle-même lesbienne et non-binaire – elle utilise les pronoms she/they (iel) –, l’ex-rappeuse est devenue en 5 saisons et près de 90 épisodes une référence pour la communauté LGBTQI+, dans un pays où le film Rafiki (de la réalisatrice kényane Wanuri Kahiu) a été temporairement censuré par les autorités pour apologie du lesbianisme. L’animatrice entend « décoloniser la sexualité » avec sérieux en invitant gynécologues, obstétriciennes et autres sexologues à prendre la parole dans son émission.

« Consentement is sexy »

La Britanno-Nigériane Dami Olonisakin, 31 ans, plus connue sous le nom d’Oloni, et à l’initiative depuis 2018 du podcast The Laid Bare (« Mise à nu ») est suivie par une communauté de 500 000 personnes (tous réseaux sociaux confondus). Sur sa page Instagram, elle use de filtres en tenues sexy. Au micro, elle parle sexe sans filtre. Du fossé orgasmique (orgasm gap) entre les femmes et les hommes au plaisir féminin en solitaire, en passant par l’usage des sex toys et les pratiques BDSM, sa liberté de ton fait rimer sexe avec émancipation.

Et à l’ère post #Metoo, le harcèlement et les abus sexuels ne sont plus passées sous silence. Olini, qui proclame dans sa bio que le « consentement est sexy », intervient même dans les établissements scolaires pour sensibiliser la plus jeune génération à cette notion.

Avec Jeune Afrique par Eva Sauphie

La CAN innove avec un quatuor d’arbitres féminin pour Guinée-Zimbabwe

janvier 18, 2022

La Confédération africaine de football a désigné comme arbitre centrale la Rwandaise Salima Rhadia Mukansanga. Elle sera entourée d’une équipe entièrement féminine.

Salima Rhadia Mukansanga va diriger le quatuor d'arbitres feminin du match Guinee-Zimbabwe de la CAN ce mardi 18 janvier.
Salima Rhadia Mukansanga va diriger le quatuor d’arbitres féminin du match Guinée-Zimbabwe de la CAN ce mardi 18 janvier.© AFP

Ce mardi 18 janvier est incontestablement une date qui va compter dans l’histoire du football africain. Il marque un moment où le plafond de verre de l’arbitrage des matchs autour du ballon rond va être littéralement pulvérisé. En effet, la Rwandaise Salima Rhadia Mukansanga va devenir la première femme à arbitrer un match de Coupe d’Afrique des nations (CAN). Ce sera le GuinéeZimbabwe prévu à Yaoundé.

Aux JO de Tokyo, en 2021, Salima Rhadia Mukansanga avait eu l’opportunité d’officier. © AYMAN AREF / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Alors qu’elle avait déjà figuré parmi les arbitres de champ du tournoi olympique des Jeux de Tokyo cet été, l’arbitre rwandaise de 35 ans a également été la première femme quatrième arbitre d’un match de CAN, c’était le Guinée-Malawi du 10 janvier dernier. « C’est la première fois qu’une équipe entièrement féminine arbitrera un match de la CAN », a précisé la Confédération africaine de football dans un communiqué. La Camerounaise Carine Atemzabong et la Marocaine Fatiha Jermoumi assisteront Salima Rhadia Mukansanga, et la responsable de l’arbitrage vidéo sera la Marocaine Bouchra Karboubi.

Par Le Point avec AFP

Abidjan : les Shawarmamas, ces Sisyphes des tropiques

janvier 9, 2022
Dans les rues d’Abidjan. © Bruno Levy pour JA

En uniforme vert, chapeau de paille et bottes de plastique, ces femmes âgées balaient sans relâche les routes de la ville sous le soleil écrasant.

« La route précède le développement », disait Houphouët-Boigny. « Tout commence par la route », clament les pontes du FMI. Alors, imaginez une ville planifiée par des houphouëtistes passés par le FMI. Abidjan grandit, grossit, s’étire et s’étale en de larges et belles routes. Des balafres noir macadam sillonnent la ville dans tous les sens. Le développement ne doit pas être loin. Alors on chouchoute nos routes. On les confie aux Shawarmamas.

JE LES SURNOMME LES SHAWARMAMAS PARCE QU’ELLES CUISENT, CHAUFFÉES AU-DESSUS PAR LE SOLEIL ET EN DESSOUS PAR LE GOUDRON

Quand on circule en ville, il est impossible de ne pas remarquer cette armée de femmes âgées sur les grands boulevards. Consciencieusement, elles balaient le sable venu des plages où elles ne mettent jamais les pieds. Dans l’étuve tropicale géante, elles sont recouvertes, jusqu’aux phalanges gantées : uniforme vert, chapeau de paille et bottes de plastique. Je les surnomme les Shawarmamas parce qu’elles cuisent, chauffées au-dessus par le soleil et en dessous par le goudron. Sisyphes modernes des tropiques, elles passent et repassent sur le même ouvrage parce que cette ville est pauvre en beaucoup de choses, mais pas en sable.

L’état permanent d’embouteillage obligeant à rouler au pas, les Shawarmamas profitent pleinement des gaz d’échappement. Elles sont gracieusement servies par des camions antédiluviens comme par des berlines dernier cri ou encore des « france-aurevoir », vieilles voitures importées d’Europe qui se refont une vie en voie de développement sur les routes africaines.

AU MOINDRE RALENTISSEMENT, LES ROUTES SE TRANSFORMENT EN MARCHÉS BITUMÉS

Les Shawarmamas sont les témoins silencieux du commerce florissant des embouteilleurs et embouteilleuses. Car à Abidjan, au moindre ralentissement, les routes pour lesquelles le pays s’endette sur les marchés financiers se transforment en marchés bitumés. Vendeurs et vendeuses apparaissent d’on ne sait où et se précipitent entre les voitures. Des légions d’enfants et de très jeunes adultes. Personne ne s’étonne qu’ils ne soient pas en classe, encore moins qu’ils « travaillent » à leur âge.

Du sachet d’eau fraîche à l’électroménager, de l’artisanat local à la chinoiserie bancale, faire ses courses révèle tout son sens en ces lieux et circonstances. Abidjan roads mall ! Mouvement commercial par vitres interposées. L’argent circule au sens propre.

Ruissellement

Alors les Shawarmamas se courbent, passent le balai avec plus de vigueur. Pas seulement parce qu’un superviseur tranquillement assis à l’ombre les observe, mais parce qu’elles sont pleines de l’espoir que la route chérie fasse ruisseler un jour sur elles autre chose que des litres de sueur. L’espoir est tout ce qui reste à qui concède déjà tant en dignité à passer la journée à balayer une route qu’un camion-balai peut nettoyer en quelques minutes. Elles ne sont pas dupes. Elles savent que leur travail permet à quelqu’un d’engranger une meilleure marge bénéficiaire tout en clamant que lui, au moins, « offre » un emploi « à des centaines de nos mères ». Elles ont peu de choix pour éviter que leurs enfants ne finissent comme ceux avec qui elles partagent la chaussée.

Peut-être qu’à force de balayer les routes, c’est l’ensemble du pays qui va devenir propre. Rester digne, s’accrocher à la symbolique. Quand la route aura définitivement mené au bonheur, peut-être se souviendra-t-on qu’un jour, à Abidjan, les camions-balais étaient des Shawarmamas.

Gauz

Avec Jeune Afrique par Gauz

Écrivain ivoirien, auteur de « Debout payé » (2014), « Camarade papa » (2018), et « Black Manoo » (2020).

France-Prise d’otage à Paris : deux femmes retenues, la BRI sur place

décembre 20, 2021

Dans le 12e arrondissement parisien, un homme connu pour des troubles mentaux s’est reclus avec deux otages. Il serait en possession d’une arme blanche.

Une prise d'otage est en cours a Paris.
Une prise d’otage est en cours à Paris.© Alexandre MARCHI / MAXPPP / PHOTOPQR/L’EST REPUBLICAIN/MAXPP

Confirmant les informations d’Europe 1, l’Agence France-Presse a appris de source policière qu’un individu retiendrait deux femmes sous la menace d’une arme blanche, lundi 20 décembre, dans une échoppe de la rue d’Aligre (Paris 12e). Connu dans le quartier pour ses troubles psychiatriques, le preneur d’otage aurait demandé à voir Éric Dupond-Moretti, le ministre de la Justice. Selon Europe 1, le garde des Sceaux aurait fait savoir aux négociateurs qu’il était à leur disposition. La brigade de recherche et d’intervention est sur place. Le premier adjoint à la mairie de Paris, Emmanuel Grégoire, a annoncé se rendre sur place.

La source policière écarte a priori la piste terroriste. Le preneur d’otage, « âgé d’une cinquantaine d’années », retient les deux femmes « dans une échoppe », dans le quartier de Bastille. « Il s’agit d’un bazar quincaillerie », selon la source policière. L’homme aurait été identifié, il se présente comme étant d’origine tunisienne. Il aurait été magistrat dans son pays jusqu’en 2011.

L’avocate d’Omar Raddad dépêchée

Un large périmètre de sécurité a été mis en place « entre le Faubourg-Saint-Antoine et la rue Crozatier », selon Samuel, un habitant du quartier interrogé par l’AFP, précisant qu’un hôtel avait fermé ses portes. Des dizaines de voitures de police, des motards, des militaires de Vigipirate et le camion de la BRI ont été mobilisés, a ajouté ce témoin.

À la demande du suspect, Sylvie Noachovitch, l’avocate d’Omar Raddad, aurait été mise en relation avec le preneur d’otage, comme le révèle BFMTV. Une enquête a été ouverte notamment du chef de « séquestration » et a été confiée au commissariat du 12e arrondissement, a confirmé le parquet de Paris.

Par Le Point avec AFP

Québec-Femmes et toponymie: Trois-Rivières en mode rattrapage

octobre 9, 2021

Bien qu’elles aient contribué autant que les hommes à la construction du Québec moderne, les femmes sont pratiquement inexistantes de la toponymie trifluvienne. À peine 8 % des rues, des parcs ou bien bâtiments publics portent des noms de femmes. Pour corriger la situation, la Ville nommera trois fois plus de lieux en l’honneur de femmes que d’hommes.

La Ville de Trois-Rivières vise la parité toponymique entre les hommes et les femmes.

© ARCHIVES LE NOUVELLISTE, STÉPHANE LESSARD La Ville de Trois-Rivières vise la parité toponymique entre les hommes et les femmes.

«On va continuer de progresser. On va dorénavant choisir pour chaque toponyme référant à un homme ou son oeuvre trois toponymes référant à des femmes et à leurs oeuvres. Et ce, tant que la parité toponymique entre les hommes et les femmes n’aura pas été atteinte», a déclaré Pierre-Luc Fortin, conseiller du district des Estacades et président du Comité de toponymie de la Ville de Trois-Rivières.

Le président du Comité de toponymie et conseiller du district des Estacades, Pierre-Luc Fortin.

© STÉPHANE LESSARD Le président du Comité de toponymie et conseiller du district des Estacades, Pierre-Luc Fortin.

Cette mesure de rattrapage est incluse dans la nouvelle politique régissant la toponymie trifluvienne. Elle a été déposée mardi soir à l’occasion de la dernière assemblée publique du conseil municipal avant les élections du 7 novembre prochain. Depuis le début de son mandat en 2017, la conseillère du district des Forges, Mariannick Mercure, a fait de la place des femmes dans la toponymie trifluvienne son cheval de bataille.

La conseillère du district des Forges, Mariannick Mercure.

© STÉPHANE LESSARD La conseillère du district des Forges, Mariannick Mercure.

«Je suis vraiment fière qu’on tourne le dos à d’anciennes façons de faire qui laissaient croire que les femmes étaient moins honorables que les hommes», a-t-elle déclaré en assemblée publique.

Ces «anciennes façons de faire» auxquelles la conseillère municipale a fait référence consistaient à honorer dans la toponymie principalement des hommes politiques et d’affaires qui ont marqué leur communauté. «On doit davantage s’ouvrir aux milieux culturels, de la santé ou de l’enseignement où les femmes étaient davantage investies», estime Mariannick Mercure.

À l’époque de la fusion municipale au début des années 2000, seulement 4 % des toponymes honoraient des femmes, rappelle Sylvie Tardif, ancienne conseillère municipale et directrice générale de l’organisme COMSEP. Lors de ses mandats à l’hôtel de ville, elle avait régulièrement prôné une plus grande considération pour la féminisation de la toponymie. Son organisme est aussi grandement responsable de la création de l’Espace Rita-Lafontaine et du Centre Pauline-Julien.

L’ancienne conseillère municipale et directrice générale de COMSEP, Sylvie Tardif.

© FRANÇOIS GERVAIS L’ancienne conseillère municipale et directrice générale de COMSEP, Sylvie Tardif.

«Ce que le conseil municipal a adopté, c’est au-delà de mes espérances. La Ville se donne les moyens pour obtenir la parité un jour», mentionne-t-elle.

«Que cette mesure ait été adoptée de façon unanime juste avant les élections, c’est très apprécié. On ne sait jamais quelle direction peut prendre le prochain conseil.»

Sous la moyenne québécoise

Avec à peine 8 % des lieux nommés en l’honneur de personnes qui sont des toponymes féminins, Trois-Rivières n’est pas si loin de la moyenne québécoise. Sur les quelque 245 000 noms de lieux au Québec, on en retrouve près de 44 000 nommés en l’honneur d’individus, précise la Commission de la toponymie du Québec. Et seulement 4400 le sont en l’honneur de femmes, ce qui représente près de 10 %.

Afin d’aider les municipalités du Québec à choisir des toponymes féminins ou encore originaux (pour éviter les rues Principale ou de l’Église), la Commission de toponymie du Québec met à leur disposition une banque de noms potentiels. On y retrouve des personnes de plusieurs horizons comme les secteurs scientifiques, littéraires, culturels ou sportifs.

«Si on nomme tout le temps des personnalités politiques, c’est sûr qu’on se retrouve avec plus d’hommes», soutient Chantal Bouchard, responsable des relations avec les médias à la Commission de la toponymie du Québec.

Le pouvoir aux élus municipaux

Au Québec, la toponymie est une compétence partagée. Le provincial nomme des lacs, des rivières, des ponts ou des autoroutes, alors que le municipal s’occupe des rues, des parcs et nombreux lieux publics.

Si la quasi-totalité des cours d’eau est déjà nommée, rares sont les inaugurations de ponts ou d’autoroutes au Québec. Ce sont donc les municipalités qui ont la plus grande influence sur la toponymie du Québec, indique Chantal Bouchard.

Si le Québec souhaite une plus grande représentation féminine dans la toponymie, c’est aux élus municipaux qu’incombe la tâche de changer les règles de sélection.

Avec Le Nouvelliste par Gabriel Delisle – Le Nouvelliste

Guinée : et si la transition de Mamadi Doumbouya s’appuyait sur les femmes ?

octobre 4, 2021
Des votantes lors de l’élection présidentielle de 2020, à Conakry. © REUTERS/Emmanuel Braun

Les nouveaux hommes forts de Conakry poursuivent les tractations autour du futur gouvernement post-Alpha Condé. Ils seraient bien inspirés de placer les femmes en son centre et de favoriser la parité dans tous les secteurs.

Après l’éviction du président guinéen Alpha Condé lors d’un coup d’État, le 5 septembre denier, le commandant des forces spéciales guinéennes, le colonel Mamadi Doumbouya, a ouvert une période de consultations en vue de la formation d’un nouveau gouvernement. Des réunions ont été organisées avec des dirigeants des sphères politique, religieuse et économique, et j’ai moi-même participé à la réunion avec le secteur financier. Nous espérons que ce processus de consultation se traduira par un engagement résolu en faveur d’élections libres et équitables, un calendrier pour la transition vers un nouveau gouvernement démocratique, et des idées de réformes politiques et institutionnelles qui pourraient permettre de bâtir une démocratie forte et durable en Guinée. Ce que notre peuple, et les dirigeants à l’origine du coup d’État, disent vouloir.

La parité, une chance

Si le colonel Doumbouya souhaite vraiment « ne pas répéter les erreurs du passé », il devra, conjointement aux autres responsables, saisir cette opportunité pour mettre en œuvre les réformes fondamentales qui intégreront et autonomiseront très clairement les femmes. Même en cette période incertaine, il est indispensable de ne pas les oublier : elles seront, en définitive, bénéfiques pour tous les Guinéens.

L’AUTONOMISATION DES FEMMES PRÉSENTE DES AVANTAGES SOCIAUX ET SÉCURITAIRES IMPORTANTS

Un nouveau gouvernement qui désirerait s’appuyer sur les valeurs démocratiques et la transparence ne pourrait pas atteindre un tel objectif sans la participation égale des femmes. Il a été largement démontré que l’autonomisation des femmes présente des avantages sociaux et sécuritaires importants. Récemment, de nouvelles recherches ont montré que les sociétés qui oppriment les femmes (inégalité des droits de propriété, pratique du mariage précoce pour les filles, préférence pour les fils et indulgence face à la violence faite aux femmes) sont plus exposées à la violence et l’instabilité.

L’autonomisation des femmes présente également des avantages économiques : selon une projection de la Banque mondiale, la réduction des inégalités entre les sexes en Guinée pourrait entraîner une croissance du PIB par habitant de plus de 10 % d’ici à 2035.

Selon ONU Femmes, le cadre juridique de la Guinée présente de grosses lacunes lorsqu’il s’agit de promouvoir, faire appliquer et contrôler le respect de l’égalité entre les sexes, notamment en matière d’emploi et d’avantages économiques. La Guinée a fait des progrès en 2019 en adoptant une loi sur la parité pour les listes électorales. En février 2021, 31 % des ministres du gouvernement étaient des femmes, contre seulement 22 % en moyenne dans le monde et dans la Cedeao. Nous devons veiller à ne pas régresser et nous devons placer les femmes au centre des nouvelles structures de gouvernance qui se forment.

Nouvelles technologies et postes de direction

La Guinée (et d’autres nations africaines d’ailleurs) dispose de trois moyens pour soutenir l’inclusion financière et l’autonomisation des femmes, et renforcer ainsi la stabilité sociale et économique du pays. En premier lieu, les secteurs public et privé peuvent être proactifs en développant et en mettant en œuvre des politiques sensibles à la dimension de genre afin de renforcer considérablement l’inclusion des femmes. Les banques pourraient faciliter l’ouverture par les femmes de comptes personnels et professionnels en réexaminant les conditions requises. En collaboration avec les agences gouvernementales, les institutions financières pourraient développer des programmes ciblés pour les femmes entrepreneures qui cherchent à officialiser leurs activités commerciales, qu’elles soient de petite taille ou informelles.

Ces politiques doivent également concerner les nouvelles technologies. Selon le rapport 2021 sur les inégalités entre hommes et femmes dans la téléphonie mobile, l’écart entre les sexes dans l’utilisation de l’internet mobile en Afrique subsaharienne est de 27  %, ce qui signifie que les femmes ne profitent pas des services bancaires et commerciaux mobiles de la même manière que les hommes. La parité hommes-femmes concernant les ventes en ligne d’ici à 2025 permettrait d’ajouter près de 15 milliards de dollars au marché africain d’ici à 2030.

DANS LE PARLEMENT DISSOUS DE LA GUINÉE, SEULS 16,7 % DES SIÈGES ÉTAIENT OCCUPÉS PAR DES FEMMES

Deuxièmement, il est nécessaire que le nombre de femmes occupant des postes de direction augmente. Dans le Parlement dissous de la Guinée, seuls 16,7 % des sièges étaient occupés par des femmes. D’après ma propre expérience au sein du gouvernement et dans des conseils d’administration guinéens, les quelques femmes directrices de banques et de compagnies d’assurance sont souvent éclipsées. L’augmentation du nombre de femmes aux postes de direction permettrait aux entreprises de mieux comprendre une clientèle largement inexploitée.

Les femmes sont également sous-représentées dans le secteur de la finance, comme dans le reste du monde. ONU Femmes et l’initiative de développement de l’Organisation internationale des institutions supérieures de contrôle des finances publiques ont constaté que les portefeuilles des finances sont détenus par des femmes dans seulement 11 % des pays du globe et que moins d’un tiers de tous les chefs des bureaux d’audit nationaux sont des femmes. Comment espérer que les gouvernements et les organismes financiers élaborent des politiques qui tiennent compte des femmes lorsque les dirigeants en place connaissent si peu les défis uniques auxquels elles sont confrontées ?

Comprendre les obstacles

Troisièmement, nous devons augmenter notre capacité à collecter et à analyser les données sur les femmes. En décembre 2020, à peine un tiers des indicateurs qui permettraient de suivre les performances de la Guinée en matière de réalisation des Objectifs de développement durable d’un point de vue du genre étaient disponibles. Seuls 3,3 % d’entre eux se trouvaient dans des catégories de « haute performance ». Les données les plus récentes sur le pourcentage de femmes ayant accès à un compte bancaire en Afrique subsaharienne remontent à 2017. Trois ans et une pandémie persistante plus tard, l’écart entre les hommes et les femmes s’est probablement creusé…

NOTRE PAYS ET NOTRE ÉCONOMIE DÉPENDENT DE LA PARTICIPATION ÉCONOMIQUE, SOCIALE ET POLITIQUE DES FEMMES

Comme indiqué précédemment, la plupart des utilisateurs de téléphones mobiles en Afrique subsaharienne sont des hommes. Par conséquent, il est très difficile de comprendre la manière dont les femmes ont accès aux services mobiles en Afrique subsaharienne et comment elles les utilisent. Si nous pouvions nous efforcer d’améliorer l’accès des femmes à ces services et mieux comprendre comment elles les utilisent, les entreprises seraient en bien meilleure position pour les servir.

Les entreprises et les organisations non gouvernementales peuvent aider le gouvernement à trouver des données actualisées concernant les obstacles auxquels les femmes sont confrontées aujourd’hui en matière d’inclusion financière.

Nous devons mieux comprendre la manière dont les politiques actuelles affectent les femmes. Alors que le monde se numérise de plus en plus, nous avons plus que jamais besoin de produits et de services qui répondent à leurs besoins. La conduite du changement peut être extrêmement difficile. Mais j’exhorte les Guinéens à profiter de cette période de transition délicate pour jeter des bases solides en faveur d’une participation économique, sociale et politique des femmes en tant que citoyennes à part entière. Notre pays et notre économie en dépendent.

Malado Kaba

Avec Jeune Afrique par Malado Kaba

Ancien ministre guinéen de l’Économie et des Finances (2016-2018), PCA d’Orabank Guinée. Membre de la cohorte inaugurale de l’Initiative Amujae, programme phare du Centre présidentiel Ellen Johnson Sirleaf pour les femmes et le développement.

Afghanistan: Les femmes pourront étudier à l’université, mais pas avec les hommes

septembre 12, 2021

AFGHANISTAN: LES FEMMES POURRONT ÉTUDIER À L'UNIVERSITÉ, MAIS PAS AVEC LES HOMMES

© Reuters/Mohammad Ismail 

(Reuters) – Les femmes afghanes qui le souhaitent seront autorisées à étudier à l’université, mais il sera mis fin à la mixité des cours, a annoncé dimanche le ministre de l’Education supérieure du gouvernement taliban, Abdul Baqi Haqqani.

En accord avec la Charia, a-t-il précisé lors d’une conférence de presse à Kaboul, les classes seront séparées entre hommes et femmes, les cours dispensés aux étudiantes le seront dans la mesure du possible par des enseignantes, et les jeunes femmes devront porter le voile intégral.

Abdul Baqi Haqqani a précisé que la non-mixité serait désormais de rigueur en Afghanistan et que les programmes d’enseignement seraient revus dans les mois qui viennent.

Avec Reuters par (Bureau d’Islamabad, version française Sophie Louet)