Posts Tagged ‘Femmes’

La CAN innove avec un quatuor d’arbitres féminin pour Guinée-Zimbabwe

janvier 18, 2022

La Confédération africaine de football a désigné comme arbitre centrale la Rwandaise Salima Rhadia Mukansanga. Elle sera entourée d’une équipe entièrement féminine.

Salima Rhadia Mukansanga va diriger le quatuor d'arbitres feminin du match Guinee-Zimbabwe de la CAN ce mardi 18 janvier.
Salima Rhadia Mukansanga va diriger le quatuor d’arbitres féminin du match Guinée-Zimbabwe de la CAN ce mardi 18 janvier.© AFP

Ce mardi 18 janvier est incontestablement une date qui va compter dans l’histoire du football africain. Il marque un moment où le plafond de verre de l’arbitrage des matchs autour du ballon rond va être littéralement pulvérisé. En effet, la Rwandaise Salima Rhadia Mukansanga va devenir la première femme à arbitrer un match de Coupe d’Afrique des nations (CAN). Ce sera le GuinéeZimbabwe prévu à Yaoundé.

Aux JO de Tokyo, en 2021, Salima Rhadia Mukansanga avait eu l’opportunité d’officier. © AYMAN AREF / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Alors qu’elle avait déjà figuré parmi les arbitres de champ du tournoi olympique des Jeux de Tokyo cet été, l’arbitre rwandaise de 35 ans a également été la première femme quatrième arbitre d’un match de CAN, c’était le Guinée-Malawi du 10 janvier dernier. « C’est la première fois qu’une équipe entièrement féminine arbitrera un match de la CAN », a précisé la Confédération africaine de football dans un communiqué. La Camerounaise Carine Atemzabong et la Marocaine Fatiha Jermoumi assisteront Salima Rhadia Mukansanga, et la responsable de l’arbitrage vidéo sera la Marocaine Bouchra Karboubi.

Par Le Point avec AFP

Abidjan : les Shawarmamas, ces Sisyphes des tropiques

janvier 9, 2022
Dans les rues d’Abidjan. © Bruno Levy pour JA

En uniforme vert, chapeau de paille et bottes de plastique, ces femmes âgées balaient sans relâche les routes de la ville sous le soleil écrasant.

« La route précède le développement », disait Houphouët-Boigny. « Tout commence par la route », clament les pontes du FMI. Alors, imaginez une ville planifiée par des houphouëtistes passés par le FMI. Abidjan grandit, grossit, s’étire et s’étale en de larges et belles routes. Des balafres noir macadam sillonnent la ville dans tous les sens. Le développement ne doit pas être loin. Alors on chouchoute nos routes. On les confie aux Shawarmamas.

JE LES SURNOMME LES SHAWARMAMAS PARCE QU’ELLES CUISENT, CHAUFFÉES AU-DESSUS PAR LE SOLEIL ET EN DESSOUS PAR LE GOUDRON

Quand on circule en ville, il est impossible de ne pas remarquer cette armée de femmes âgées sur les grands boulevards. Consciencieusement, elles balaient le sable venu des plages où elles ne mettent jamais les pieds. Dans l’étuve tropicale géante, elles sont recouvertes, jusqu’aux phalanges gantées : uniforme vert, chapeau de paille et bottes de plastique. Je les surnomme les Shawarmamas parce qu’elles cuisent, chauffées au-dessus par le soleil et en dessous par le goudron. Sisyphes modernes des tropiques, elles passent et repassent sur le même ouvrage parce que cette ville est pauvre en beaucoup de choses, mais pas en sable.

L’état permanent d’embouteillage obligeant à rouler au pas, les Shawarmamas profitent pleinement des gaz d’échappement. Elles sont gracieusement servies par des camions antédiluviens comme par des berlines dernier cri ou encore des « france-aurevoir », vieilles voitures importées d’Europe qui se refont une vie en voie de développement sur les routes africaines.

AU MOINDRE RALENTISSEMENT, LES ROUTES SE TRANSFORMENT EN MARCHÉS BITUMÉS

Les Shawarmamas sont les témoins silencieux du commerce florissant des embouteilleurs et embouteilleuses. Car à Abidjan, au moindre ralentissement, les routes pour lesquelles le pays s’endette sur les marchés financiers se transforment en marchés bitumés. Vendeurs et vendeuses apparaissent d’on ne sait où et se précipitent entre les voitures. Des légions d’enfants et de très jeunes adultes. Personne ne s’étonne qu’ils ne soient pas en classe, encore moins qu’ils « travaillent » à leur âge.

Du sachet d’eau fraîche à l’électroménager, de l’artisanat local à la chinoiserie bancale, faire ses courses révèle tout son sens en ces lieux et circonstances. Abidjan roads mall ! Mouvement commercial par vitres interposées. L’argent circule au sens propre.

Ruissellement

Alors les Shawarmamas se courbent, passent le balai avec plus de vigueur. Pas seulement parce qu’un superviseur tranquillement assis à l’ombre les observe, mais parce qu’elles sont pleines de l’espoir que la route chérie fasse ruisseler un jour sur elles autre chose que des litres de sueur. L’espoir est tout ce qui reste à qui concède déjà tant en dignité à passer la journée à balayer une route qu’un camion-balai peut nettoyer en quelques minutes. Elles ne sont pas dupes. Elles savent que leur travail permet à quelqu’un d’engranger une meilleure marge bénéficiaire tout en clamant que lui, au moins, « offre » un emploi « à des centaines de nos mères ». Elles ont peu de choix pour éviter que leurs enfants ne finissent comme ceux avec qui elles partagent la chaussée.

Peut-être qu’à force de balayer les routes, c’est l’ensemble du pays qui va devenir propre. Rester digne, s’accrocher à la symbolique. Quand la route aura définitivement mené au bonheur, peut-être se souviendra-t-on qu’un jour, à Abidjan, les camions-balais étaient des Shawarmamas.

Gauz

Avec Jeune Afrique par Gauz

Écrivain ivoirien, auteur de « Debout payé » (2014), « Camarade papa » (2018), et « Black Manoo » (2020).

France-Prise d’otage à Paris : deux femmes retenues, la BRI sur place

décembre 20, 2021

Dans le 12e arrondissement parisien, un homme connu pour des troubles mentaux s’est reclus avec deux otages. Il serait en possession d’une arme blanche.

Une prise d'otage est en cours a Paris.
Une prise d’otage est en cours à Paris.© Alexandre MARCHI / MAXPPP / PHOTOPQR/L’EST REPUBLICAIN/MAXPP

Confirmant les informations d’Europe 1, l’Agence France-Presse a appris de source policière qu’un individu retiendrait deux femmes sous la menace d’une arme blanche, lundi 20 décembre, dans une échoppe de la rue d’Aligre (Paris 12e). Connu dans le quartier pour ses troubles psychiatriques, le preneur d’otage aurait demandé à voir Éric Dupond-Moretti, le ministre de la Justice. Selon Europe 1, le garde des Sceaux aurait fait savoir aux négociateurs qu’il était à leur disposition. La brigade de recherche et d’intervention est sur place. Le premier adjoint à la mairie de Paris, Emmanuel Grégoire, a annoncé se rendre sur place.

La source policière écarte a priori la piste terroriste. Le preneur d’otage, « âgé d’une cinquantaine d’années », retient les deux femmes « dans une échoppe », dans le quartier de Bastille. « Il s’agit d’un bazar quincaillerie », selon la source policière. L’homme aurait été identifié, il se présente comme étant d’origine tunisienne. Il aurait été magistrat dans son pays jusqu’en 2011.

L’avocate d’Omar Raddad dépêchée

Un large périmètre de sécurité a été mis en place « entre le Faubourg-Saint-Antoine et la rue Crozatier », selon Samuel, un habitant du quartier interrogé par l’AFP, précisant qu’un hôtel avait fermé ses portes. Des dizaines de voitures de police, des motards, des militaires de Vigipirate et le camion de la BRI ont été mobilisés, a ajouté ce témoin.

À la demande du suspect, Sylvie Noachovitch, l’avocate d’Omar Raddad, aurait été mise en relation avec le preneur d’otage, comme le révèle BFMTV. Une enquête a été ouverte notamment du chef de « séquestration » et a été confiée au commissariat du 12e arrondissement, a confirmé le parquet de Paris.

Par Le Point avec AFP

Québec-Femmes et toponymie: Trois-Rivières en mode rattrapage

octobre 9, 2021

Bien qu’elles aient contribué autant que les hommes à la construction du Québec moderne, les femmes sont pratiquement inexistantes de la toponymie trifluvienne. À peine 8 % des rues, des parcs ou bien bâtiments publics portent des noms de femmes. Pour corriger la situation, la Ville nommera trois fois plus de lieux en l’honneur de femmes que d’hommes.

La Ville de Trois-Rivières vise la parité toponymique entre les hommes et les femmes.

© ARCHIVES LE NOUVELLISTE, STÉPHANE LESSARD La Ville de Trois-Rivières vise la parité toponymique entre les hommes et les femmes.

«On va continuer de progresser. On va dorénavant choisir pour chaque toponyme référant à un homme ou son oeuvre trois toponymes référant à des femmes et à leurs oeuvres. Et ce, tant que la parité toponymique entre les hommes et les femmes n’aura pas été atteinte», a déclaré Pierre-Luc Fortin, conseiller du district des Estacades et président du Comité de toponymie de la Ville de Trois-Rivières.

Le président du Comité de toponymie et conseiller du district des Estacades, Pierre-Luc Fortin.

© STÉPHANE LESSARD Le président du Comité de toponymie et conseiller du district des Estacades, Pierre-Luc Fortin.

Cette mesure de rattrapage est incluse dans la nouvelle politique régissant la toponymie trifluvienne. Elle a été déposée mardi soir à l’occasion de la dernière assemblée publique du conseil municipal avant les élections du 7 novembre prochain. Depuis le début de son mandat en 2017, la conseillère du district des Forges, Mariannick Mercure, a fait de la place des femmes dans la toponymie trifluvienne son cheval de bataille.

La conseillère du district des Forges, Mariannick Mercure.

© STÉPHANE LESSARD La conseillère du district des Forges, Mariannick Mercure.

«Je suis vraiment fière qu’on tourne le dos à d’anciennes façons de faire qui laissaient croire que les femmes étaient moins honorables que les hommes», a-t-elle déclaré en assemblée publique.

Ces «anciennes façons de faire» auxquelles la conseillère municipale a fait référence consistaient à honorer dans la toponymie principalement des hommes politiques et d’affaires qui ont marqué leur communauté. «On doit davantage s’ouvrir aux milieux culturels, de la santé ou de l’enseignement où les femmes étaient davantage investies», estime Mariannick Mercure.

À l’époque de la fusion municipale au début des années 2000, seulement 4 % des toponymes honoraient des femmes, rappelle Sylvie Tardif, ancienne conseillère municipale et directrice générale de l’organisme COMSEP. Lors de ses mandats à l’hôtel de ville, elle avait régulièrement prôné une plus grande considération pour la féminisation de la toponymie. Son organisme est aussi grandement responsable de la création de l’Espace Rita-Lafontaine et du Centre Pauline-Julien.

L’ancienne conseillère municipale et directrice générale de COMSEP, Sylvie Tardif.

© FRANÇOIS GERVAIS L’ancienne conseillère municipale et directrice générale de COMSEP, Sylvie Tardif.

«Ce que le conseil municipal a adopté, c’est au-delà de mes espérances. La Ville se donne les moyens pour obtenir la parité un jour», mentionne-t-elle.

«Que cette mesure ait été adoptée de façon unanime juste avant les élections, c’est très apprécié. On ne sait jamais quelle direction peut prendre le prochain conseil.»

Sous la moyenne québécoise

Avec à peine 8 % des lieux nommés en l’honneur de personnes qui sont des toponymes féminins, Trois-Rivières n’est pas si loin de la moyenne québécoise. Sur les quelque 245 000 noms de lieux au Québec, on en retrouve près de 44 000 nommés en l’honneur d’individus, précise la Commission de la toponymie du Québec. Et seulement 4400 le sont en l’honneur de femmes, ce qui représente près de 10 %.

Afin d’aider les municipalités du Québec à choisir des toponymes féminins ou encore originaux (pour éviter les rues Principale ou de l’Église), la Commission de toponymie du Québec met à leur disposition une banque de noms potentiels. On y retrouve des personnes de plusieurs horizons comme les secteurs scientifiques, littéraires, culturels ou sportifs.

«Si on nomme tout le temps des personnalités politiques, c’est sûr qu’on se retrouve avec plus d’hommes», soutient Chantal Bouchard, responsable des relations avec les médias à la Commission de la toponymie du Québec.

Le pouvoir aux élus municipaux

Au Québec, la toponymie est une compétence partagée. Le provincial nomme des lacs, des rivières, des ponts ou des autoroutes, alors que le municipal s’occupe des rues, des parcs et nombreux lieux publics.

Si la quasi-totalité des cours d’eau est déjà nommée, rares sont les inaugurations de ponts ou d’autoroutes au Québec. Ce sont donc les municipalités qui ont la plus grande influence sur la toponymie du Québec, indique Chantal Bouchard.

Si le Québec souhaite une plus grande représentation féminine dans la toponymie, c’est aux élus municipaux qu’incombe la tâche de changer les règles de sélection.

Avec Le Nouvelliste par Gabriel Delisle – Le Nouvelliste

Guinée : et si la transition de Mamadi Doumbouya s’appuyait sur les femmes ?

octobre 4, 2021
Des votantes lors de l’élection présidentielle de 2020, à Conakry. © REUTERS/Emmanuel Braun

Les nouveaux hommes forts de Conakry poursuivent les tractations autour du futur gouvernement post-Alpha Condé. Ils seraient bien inspirés de placer les femmes en son centre et de favoriser la parité dans tous les secteurs.

Après l’éviction du président guinéen Alpha Condé lors d’un coup d’État, le 5 septembre denier, le commandant des forces spéciales guinéennes, le colonel Mamadi Doumbouya, a ouvert une période de consultations en vue de la formation d’un nouveau gouvernement. Des réunions ont été organisées avec des dirigeants des sphères politique, religieuse et économique, et j’ai moi-même participé à la réunion avec le secteur financier. Nous espérons que ce processus de consultation se traduira par un engagement résolu en faveur d’élections libres et équitables, un calendrier pour la transition vers un nouveau gouvernement démocratique, et des idées de réformes politiques et institutionnelles qui pourraient permettre de bâtir une démocratie forte et durable en Guinée. Ce que notre peuple, et les dirigeants à l’origine du coup d’État, disent vouloir.

La parité, une chance

Si le colonel Doumbouya souhaite vraiment « ne pas répéter les erreurs du passé », il devra, conjointement aux autres responsables, saisir cette opportunité pour mettre en œuvre les réformes fondamentales qui intégreront et autonomiseront très clairement les femmes. Même en cette période incertaine, il est indispensable de ne pas les oublier : elles seront, en définitive, bénéfiques pour tous les Guinéens.

L’AUTONOMISATION DES FEMMES PRÉSENTE DES AVANTAGES SOCIAUX ET SÉCURITAIRES IMPORTANTS

Un nouveau gouvernement qui désirerait s’appuyer sur les valeurs démocratiques et la transparence ne pourrait pas atteindre un tel objectif sans la participation égale des femmes. Il a été largement démontré que l’autonomisation des femmes présente des avantages sociaux et sécuritaires importants. Récemment, de nouvelles recherches ont montré que les sociétés qui oppriment les femmes (inégalité des droits de propriété, pratique du mariage précoce pour les filles, préférence pour les fils et indulgence face à la violence faite aux femmes) sont plus exposées à la violence et l’instabilité.

L’autonomisation des femmes présente également des avantages économiques : selon une projection de la Banque mondiale, la réduction des inégalités entre les sexes en Guinée pourrait entraîner une croissance du PIB par habitant de plus de 10 % d’ici à 2035.

Selon ONU Femmes, le cadre juridique de la Guinée présente de grosses lacunes lorsqu’il s’agit de promouvoir, faire appliquer et contrôler le respect de l’égalité entre les sexes, notamment en matière d’emploi et d’avantages économiques. La Guinée a fait des progrès en 2019 en adoptant une loi sur la parité pour les listes électorales. En février 2021, 31 % des ministres du gouvernement étaient des femmes, contre seulement 22 % en moyenne dans le monde et dans la Cedeao. Nous devons veiller à ne pas régresser et nous devons placer les femmes au centre des nouvelles structures de gouvernance qui se forment.

Nouvelles technologies et postes de direction

La Guinée (et d’autres nations africaines d’ailleurs) dispose de trois moyens pour soutenir l’inclusion financière et l’autonomisation des femmes, et renforcer ainsi la stabilité sociale et économique du pays. En premier lieu, les secteurs public et privé peuvent être proactifs en développant et en mettant en œuvre des politiques sensibles à la dimension de genre afin de renforcer considérablement l’inclusion des femmes. Les banques pourraient faciliter l’ouverture par les femmes de comptes personnels et professionnels en réexaminant les conditions requises. En collaboration avec les agences gouvernementales, les institutions financières pourraient développer des programmes ciblés pour les femmes entrepreneures qui cherchent à officialiser leurs activités commerciales, qu’elles soient de petite taille ou informelles.

Ces politiques doivent également concerner les nouvelles technologies. Selon le rapport 2021 sur les inégalités entre hommes et femmes dans la téléphonie mobile, l’écart entre les sexes dans l’utilisation de l’internet mobile en Afrique subsaharienne est de 27  %, ce qui signifie que les femmes ne profitent pas des services bancaires et commerciaux mobiles de la même manière que les hommes. La parité hommes-femmes concernant les ventes en ligne d’ici à 2025 permettrait d’ajouter près de 15 milliards de dollars au marché africain d’ici à 2030.

DANS LE PARLEMENT DISSOUS DE LA GUINÉE, SEULS 16,7 % DES SIÈGES ÉTAIENT OCCUPÉS PAR DES FEMMES

Deuxièmement, il est nécessaire que le nombre de femmes occupant des postes de direction augmente. Dans le Parlement dissous de la Guinée, seuls 16,7 % des sièges étaient occupés par des femmes. D’après ma propre expérience au sein du gouvernement et dans des conseils d’administration guinéens, les quelques femmes directrices de banques et de compagnies d’assurance sont souvent éclipsées. L’augmentation du nombre de femmes aux postes de direction permettrait aux entreprises de mieux comprendre une clientèle largement inexploitée.

Les femmes sont également sous-représentées dans le secteur de la finance, comme dans le reste du monde. ONU Femmes et l’initiative de développement de l’Organisation internationale des institutions supérieures de contrôle des finances publiques ont constaté que les portefeuilles des finances sont détenus par des femmes dans seulement 11 % des pays du globe et que moins d’un tiers de tous les chefs des bureaux d’audit nationaux sont des femmes. Comment espérer que les gouvernements et les organismes financiers élaborent des politiques qui tiennent compte des femmes lorsque les dirigeants en place connaissent si peu les défis uniques auxquels elles sont confrontées ?

Comprendre les obstacles

Troisièmement, nous devons augmenter notre capacité à collecter et à analyser les données sur les femmes. En décembre 2020, à peine un tiers des indicateurs qui permettraient de suivre les performances de la Guinée en matière de réalisation des Objectifs de développement durable d’un point de vue du genre étaient disponibles. Seuls 3,3 % d’entre eux se trouvaient dans des catégories de « haute performance ». Les données les plus récentes sur le pourcentage de femmes ayant accès à un compte bancaire en Afrique subsaharienne remontent à 2017. Trois ans et une pandémie persistante plus tard, l’écart entre les hommes et les femmes s’est probablement creusé…

NOTRE PAYS ET NOTRE ÉCONOMIE DÉPENDENT DE LA PARTICIPATION ÉCONOMIQUE, SOCIALE ET POLITIQUE DES FEMMES

Comme indiqué précédemment, la plupart des utilisateurs de téléphones mobiles en Afrique subsaharienne sont des hommes. Par conséquent, il est très difficile de comprendre la manière dont les femmes ont accès aux services mobiles en Afrique subsaharienne et comment elles les utilisent. Si nous pouvions nous efforcer d’améliorer l’accès des femmes à ces services et mieux comprendre comment elles les utilisent, les entreprises seraient en bien meilleure position pour les servir.

Les entreprises et les organisations non gouvernementales peuvent aider le gouvernement à trouver des données actualisées concernant les obstacles auxquels les femmes sont confrontées aujourd’hui en matière d’inclusion financière.

Nous devons mieux comprendre la manière dont les politiques actuelles affectent les femmes. Alors que le monde se numérise de plus en plus, nous avons plus que jamais besoin de produits et de services qui répondent à leurs besoins. La conduite du changement peut être extrêmement difficile. Mais j’exhorte les Guinéens à profiter de cette période de transition délicate pour jeter des bases solides en faveur d’une participation économique, sociale et politique des femmes en tant que citoyennes à part entière. Notre pays et notre économie en dépendent.

Malado Kaba

Avec Jeune Afrique par Malado Kaba

Ancien ministre guinéen de l’Économie et des Finances (2016-2018), PCA d’Orabank Guinée. Membre de la cohorte inaugurale de l’Initiative Amujae, programme phare du Centre présidentiel Ellen Johnson Sirleaf pour les femmes et le développement.

Afghanistan: Les femmes pourront étudier à l’université, mais pas avec les hommes

septembre 12, 2021

AFGHANISTAN: LES FEMMES POURRONT ÉTUDIER À L'UNIVERSITÉ, MAIS PAS AVEC LES HOMMES

© Reuters/Mohammad Ismail 

(Reuters) – Les femmes afghanes qui le souhaitent seront autorisées à étudier à l’université, mais il sera mis fin à la mixité des cours, a annoncé dimanche le ministre de l’Education supérieure du gouvernement taliban, Abdul Baqi Haqqani.

En accord avec la Charia, a-t-il précisé lors d’une conférence de presse à Kaboul, les classes seront séparées entre hommes et femmes, les cours dispensés aux étudiantes le seront dans la mesure du possible par des enseignantes, et les jeunes femmes devront porter le voile intégral.

Abdul Baqi Haqqani a précisé que la non-mixité serait désormais de rigueur en Afghanistan et que les programmes d’enseignement seraient revus dans les mois qui viennent.

Avec Reuters par (Bureau d’Islamabad, version française Sophie Louet)

Madagascar-Le pouvoir et  l’adultère : à cause des  femmes à scandales

septembre 8, 2021

Dans  tous les pays  du monde, les  histoires d’alcôve ont toujours marqué l’entourage immédiat  des milieux dirigeants. Depuis l’époque biblique du  roi  Salomon et de la Reine de Saba,  en passant par les infidélités fameuses  des  cours de l’Europe jusqu’aux frasques  amoureuses des  grands noms  de la politiques américaines,  les  relations  extraconjugales des grands noms  de la politique ont fait la  gorge chaude du  grand public. Médisance ou réalité, feu Jacques Chirac a été  célèbre pour «les 5 minutes douche comprise». Dans  notre pays, les relations adultérines durant la monarchie ont laissé  des  traces indélébiles  dans les lignées de l’aristocratie. Puis à l’ère de la République, la tradition du  libertinage s’est perpétuée jusqu’à  nos  jours.

 Avec  toute la  discrétion puritaine de notre  culture de la  peur  des commérages, les  rares  fois que les prouesses perverses de l’infidélité traversent mal les murs de la  discrétion prude  et des lieux des  ébats  coupables de ceux  qui ne  résistent pas à la  tentation des plaisirs interdits, la  vérité finit par éclater au  grand  jour. Pas plus  tard qu’en cette période où à  tous  bouts  de champs les  personnalités des milieux politiques ne  ratent aucune occasion faire preuve d’une  religiosité de face, la  capitale bruisse des  rumeurs d’infidélité de l’entourage du  gouvernement. A l’heure où paraissent ces lignes, des indiscrétions de la  haute société  font  état d’une  crise  de  jalousie de la part du mari d’une ministre dont la réputation en matière d’infidélité n’est plus  à  faire. Les péripéties  de cet amour triangulaire ont failli prendre une  mauvaise tournure dramatique parce que selon  des  sources fiables, l’époux trompé  s’est  servi d’une  arme  à  feu et c’est de justesse qu’il  a  raté son  rival. Le  comble  est  que le  gigolo en  question  est un père  de  famille… Sauf ingérence en haut-lieu les concernés s’expliqueront probablement devant un juge. A noter que la  dame  infidèle  n’en  est pas à  sa première incartade amoureuse. Sa liaison  avec un  ministre actuel  réputé  chaud lapin,  elle  s’est brouillée  avec  ce  dernier parce que celle-ci  n’a pas  résisté aux  charmes  d’un jeune partenaire plus  jeune que son  compagnon. Des  directeurs  généraux,  des membres  de  cabinet, le droit de cuissage  aidant ne peuvent pas  prétendre d’avoir une  fidélité à  toute épreuve.

Avec La Gazette de la Grande Ille par Noël Razafilahy

« Nous n’avons pas peur : à Hérat, des Afghanes manifestent pour leurs droits

septembre 2, 2021

Une cinquantaine de femmes ont bravé la peur ce jeudi pour faire valoir auprès des talibans leur droit à travailler, à étudier et à être protégées.

« Nous sommes ici pour réclamer nos droits et nous n’avons pas peur. » Une cinquantaine de femmes ont manifesté jeudi 2 septembre 2021 à Hérat, en Afghanistan, maintenant la pression sur le nouveau régime taliban avant la présentation très attendue du gouvernement. « C’est notre droit d’avoir une éducation, du travail et la sécurité », ont chanté à l’unisson ces manifestantes, dont certaines brandissaient des pancartes appelant au respect des droits des femmes. « Nous n’avons pas peur, nous sommes unies », ont-elles également crié, sans que les islamistes, qui s’efforcent de montrer un autre visage depuis leur reconquête du pouvoir, ne les rudoient. Durant leurs cinq premières années de règne (1996-2001), toute contestation de leur régime était sévèrement punie.

« Nous sommes ici pour réclamer nos droits », a expliqué Fareshta Taheri, l’une des protestataires, jointe par l’Agence France-Presse. La manifestation se tenait à Hérat, capitale de l’Ouest afghan proche de la frontière iranienne, une ville connue pour être plutôt libérale selon les critères afghans. Au moins une manifestante avait revêtu une burqa, quand les autres arboraient un simple voile masquant leurs cheveux, leurs oreilles et leur cou.

« Peur et incertitude »

« Nous sommes même prêtes à porter des burqas s’ils nous disent de le faire, mais nous voulons que les femmes puissent aller à l’école et travailler », explique Fareshta Taheri, une artiste et photographe. « Pour l’instant, la plupart des femmes qui travaillent à Hérat sont à la maison, dans la peur et l’incertitude. » Durant le premier gouvernement taliban en Afghanistan, la très grande majorité des femmes et des jeunes filles avaient été privées d’accès à l’éducation et à l’emploi. Les burqas étaient devenues obligatoires dans la rue et les femmes ne pouvaient pas se déplacer sans un chaperon, généralement un homme de leur famille.

Depuis leur reconquête du pouvoir et la prise de Kaboul le 15 août dernier, les talibans affirment avoir changé. Ils ont assuré à maintes reprises vouloir mettre en place un gouvernement « inclusif ». Mais leurs promesses ont été contredites mercredi par les déclarations, sur la BBC, du chef adjoint du bureau politique des talibans au Qatar. Interrogé sur le gouvernement à venir, qui pourrait être dévoilé vendredi, Sher Mohammad Abbas Stanekzai a notamment laissé entendre qu’il « pourrait ne pas y avoir » de femmes nommées ministres ou à des postes à responsabilité, mais uniquement à des échelons inférieurs. Une perspective inacceptable aux yeux des manifestantes à Hérat. « Nous regardons les informations, on ne voit aucune femme dans les réunions et les rencontres organisées par les talibans », pointe Mariam Ebram, une des manifestantes.

Moqueries talibanes

« Des pourparlers sont en cours pour former un gouvernement, mais ils ne parlent pas de la participation des femmes », renchérit Basira Taheri, une des organisatrices de la marche. « Nous voulons que les talibans tiennent des consultations avec nous. » Si les filles sont retournées à l’école à Hérat fin août, quelques jours seulement après l’effondrement des forces gouvernementales et des milices locales, la situation s’est dégradée avec la prise de Kaboul. De nombreuses femmes restent cloîtrées chez elles et n’osent plus s’aventurer dans la rue. « Même dans la ville, on ne voit pas beaucoup de femmes », rapporte Mariam Ebram. « Des médecins ou des infirmières qui ont osé retourner au travail se plaignent que les talibans se moquent d’elles. »

Pour l’ancienne ministre Nehan Nargis, réfugiée en Norvège, l’Afghanistan de 2021 n’a plus rien à voir avec l’Afghanistan de 2001, lorsque les talibans ont quitté le pouvoir, chassés par une coalition menée par les États-Unis. « Les gens sont beaucoup plus conscients, ils ont maintenant des aspirations différentes pour l’Afghanistan, et ils ont des attentes vis-à-vis du gouvernement », a-t-elle déclaré sur la BBC mercredi soir, pointant l’importance des réseaux sociaux, un « outil très puissant » de mobilisation. À Hérat, les manifestantes promettent de continuer à battre le pavé jusqu’à ce que leurs revendications soient entendues. « Nous continuerons nos manifestations, assure Basira Taheri. Elles ont commencé à Hérat, elles s’étendront bientôt à d’autres provinces. »

Par Le Point avec AFP

Congo/Pointe-Noire: Ces Ouestafs du Grand marché qui ravissent les femmes des Congolais

août 27, 2021

Le Grand marché de la ville de Pointe-Noire est un oasis doré de nos frères d’Afrique de l’Ouest venus chercher la vie au Congo. Le Congolais, étant fainéant, paresseux, vantard, le Wara a vite compris qu’il pouvait le nourrir et aussi lui ravir la femme. De nos jours, nombreuses sont les petites, voir même femmes mariées qui se font gérer par un Wara.

Depuis que la crise s’est installée au Congo, l’amour a fui par la fenêtre au profit des intérêts matériels. Si tu es pauvre, il faut prier pour avoir la chance d’être aimé, même la beauté ne tient plus la route. Comment comprendre que Stella, une belle fille de Siafoumou sorte avec un Sénégalais noiraud et vilain ? Il a son argent.

Le commerçant Ouestaf est bon payeur et peut facilement satisfaire à toutes les envies de la congolaise, en commençant par un portable dernier cri. Dans l’allée de vente d’habits du Grand Marché, on peut facilement entendre comment les Maliens disent en Bambara géré la fille qui vient négocier un jean ou une paire de chaussures.

Erick Poaty, lui a accepté que sa copine devienne la maîtresse d’un commerçant Guinéen des portables. Il a ainsi réussi à avoir un Samsung S10 et de l’argent frais que sa copine soutire chez le Wara. «  Je ne vais pas l’épouser, à quoi bon être jaloux si je peux en profiter ! » affirme-t-il sans gêne.

Dans les conversations avec quelques commerçants Wara du Grand marché, il ressort que même des femmes mariées sortent avec eux pour de l’argent ou des vêtements ou téléphones. «  Ma maitresse est pourtant la femme d’un colonel Congolais ! » lâche Moussa de 26 ans.

Avec Sacer-infos par Stany Frank

Du Nigeria à la RDC, une « épidémie de viols de guerre »

mai 31, 2021
Manifestations contre les violences dans l’Est de la RDC, à Kinshasa, en 2012.

Dans une grande enquête, la reporter britannique Christina Lamb rassemble les témoignages glaçants de survivantes de violences sexuelles en temps de conflit. Une arme de destruction massive employée en toute impunité.

« Ça a duré pendant six semaines. Ma vie n’était plus qu’un viol, tremble Rojian, 16 ans. C’est dur à raconter, mais c’est encore plus dur que les gens l’ignorent. » Ancienne esclave sexuelle aux mains de l’État islamique, cette adolescente yézidie est l’une des voix courageuses de l’enquête sur le viol de guerre réalisée dans treize pays par la reporter britannique Christina Lamb.

Près d’une décennie après avoir accompagné la militante pakistanaise des droits humains Malala Yousafzai dans la rédaction de son autobiographie, la correspondante en chef de l’hebdomadaire The Sunday Times recueille dans Nos corps, leur champ de bataille. Ce que la guerre fait aux femmes les témoignages douloureux, souvent insoutenables, de survivantes du génocide contre les Tutsi, de parents de lycéennes nigérianes enlevées par Boko Haram et mariées de force à des jihadistes, de mères de bébés violés dans les villages de RDC…

Humilier et détruire

« Cela n’a rien de sexuel, c’est une manière d’arracher son humanité à la victime et de lui montrer qu’elle n’existe pas », martèle le gynécologue Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018 aux côtés de l’activiste yézidie Nadia Murad, répétant inlassablement que « tant que le poids du tabou reposera sur la victime plutôt que sur l’auteur du crime, rien ne changera »

« Moins onéreuse et tout aussi efficace qu’une balle de kalachnikov », assène Christina Lamb, l’arme est redoutable. Et les objectifs sont glaçants : humilier la femme de l’ennemi, détruire le tissu social, faire fuir la population et même féconder pour changer l’équilibre démographique.

CHAQUE FOIS QU’ON CROISAIT LE CHEMIN DES INTERAHAMWE, ILS NOUS VIOLAIENT

Plus de vingt ans après avoir ouvert son hôpital de Panzi pendant la Deuxième guerre du Congo, le Dr Mukwege continue à « réparer » des femmes profondément traumatisées et mutilées en RDC. Il tente d’étendre son action à la Guinée, au Burkina ou à la Centrafrique. Lorsqu’elle lui rend visite à Bukavu, dans le Sud-Kivu, Christina Lamb trouve un homme « très abattu » face à des cas de plus en plus graves, des enfants toujours plus jeunes.

Si les femmes étaient déjà considérées comme un butin de guerre dans la Grèce antique, et ont payé un lourd tribut dans les conflits du XXe siècle, cette grande reporter, lauréate de quatre British Press Awards et du prix Bayeux des correspondants de guerre, estime qu’une nouvelle « épidémie de viols de guerre » s’est déclarée en 2012 au moment de l’enlèvement des filles de Chibok, puis s’est répandue à travers l’Irak, la Birmanie, le Soudan du Sud et plus récemment en Éthiopie et dans sa région du Tigré.

Les pionnières du Rwanda

L’Afrique ne compte plus – et ne compte pas – ses victimes. Mais elle a vu émerger de véritables pionnières dans la lutte pour la libération de la parole et la reconnaissance du viol comme crime de guerre. « En RDC, de nombreuses femmes se sont levées pour parler de ce qu’elles avaient vécu et se soutenir les unes les autres », souligne Christina Lamb, marquée par son passage à la « Cité de la joie », une organisation fondée par la Belgo-Congolaise Christine Schuler Deschryver, qui aide de jeunes femmes de 18 à 30 ans à reprendre le contrôle de leur vie.

C’est au Rwanda, où 250 000 à 500 000 viols ont été perpétrés entre avril et juillet 1994 selon le rapporteur spécial de l’ONU, que la première victoire judiciaire contre ces crimes de masse a été remportée. À Taba, à l’ouest de Kigali, Victoire Mukambanda a perdu le compte de ses propres cauchemars : « Chaque fois qu’on croisait le chemin des Interahamwe, ils nous violaient. » Mais avec sa sœur, Serafina Mukakinani, elle a osé se présenter en 1998 devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), à Arusha, lors du procès du maire de la ville, Jean-Paul Akayesu.

Un procès historique, qui aboutira à la toute première condamnation pour viol de guerre, malgré les résistances, voire la lâcheté, des juges confrontés au récit des pires tortures, systématiques, parfois collectives, souvent perpétrées devant des proches. « Ils voulaient se boucher les oreilles pour ne plus entendre, raconte l’ancienne haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme Navi Pillay, alors seule juge femme du TPIR. Ils me disaient : “On ne sait pas quoi faire de ces preuves, alors on te les laisse”. »

LES FEMMES DE TABA ONT CHANGÉ L’HISTOIRE DU DROIT INTERNATIONAL

Si vingt-cinq ans après, les femmes de Taba – que Christina Lamb a retrouvées – luttent encore pour leur survie et sont souvent contraintes de cohabiter avec leurs bourreaux, « elles ont littéralement changé l’histoire du droit international », rappelle la journaliste. Un exemple pour les autres victimes en quête de justice, comme les Yézidies.

Une rencontre entre ces deux générations de survivantes a été organisée à New York, à l’initiative de la Free Yezidi Foundation. Les Yézidies y ont repris espoir. Les Rwandaises, elles, auraient préféré n’avoir aucune jeunesse à inspirer. « Je me suis gardée de dire qu’elles m’avaient confié être reparties abattues de voir que, malgré leur courage et tous leurs efforts, les viols continuaient », déplore Christina Lamb.

La journaliste britannique Christina Lamb a mené l’enquête dans treize pays

En toute impunité

D’autant que la voie qu’elles ont ouverte reste très étroite. En vingt ans, la Cour pénale internationale (CPI) n’a prononcé que deux condamnations pour des faits de violence sexuelle, à l’encontre de deux Congolais, l’ancien vice-président et ex-chef rebelle Jean-Pierre Bemba, en 2016 (un verdict annulé deux ans plus tard), et le seigneur de guerre Bosco Ntaganda, surnommé Terminator, en 2019. « C’est si difficile d’obtenir justice, se désespère la reporter britannique. Le viol est sans doute le crime de guerre le plus ignoré au monde. »

Dans l’immense majorité des cas, les poursuites ne sont pas même engagées. Au Nigeria, le mouvement « Bring Back Our Girls » est retombé et les jihadistes de Boko Haram continuent à enlever de jeunes filles au nord-est, à disposer de leurs corps et de leurs esprits en toute impunité. En Irak, lors des procès de jihadistes de Daech, les sévices infligés à leurs esclaves sexuelles ne font pas partie des chefs d’accusation. On intime aux victimes de se satisfaire de condamnations pour terrorisme. Ne valent-elles pas déjà aux coupables la perpétuité ou la mort ?

Mais plus qu’une peine, aussi lourde soit-elle, ces survivantes luttent pour la reconnaissance des viols, « l’une des pires atrocités », selon les juges du procès Akayesu, parce qu’elle entraîne « la destruction de l’esprit, de la volonté de vivre, et de la vie elle-même ».

Pour obtenir la justice, indispensable à la reconstruction, « il faut plus de femmes dans la police et dans les tribunaux, plaide aujourd’hui Christina Lamb. Plus de femmes dans les négociations de paix ». Et plus de femmes pour écrire l’histoire, dont certaines des pages les plus sombres sont passées sous silence par les hommes.

Nos corps, leur champ de bataille. Ce que la guerre fait aux femmes, de Christina Lamb, Harper Collins, 517 pages, 21 €

Avec Jeune Afrique par Julie Gonnet