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Au Burkina, 62 femmes libérées alors que les attaques jihadistes se multiplient

janvier 21, 2023

Enlevées dans le nord du pays il y a une semaine, ces femmes ont été libérées vendredi par l’armée, ainsi que leurs quatre bébés. Mais une série d’attaques jihadistes a fait en parallèle une trentaine de morts.

Des soldats patrouillent près de Dori, dans le nord du Burkina Faso, le 3 février 2020. © AFP / OLYMPIA DE MAISMONT

Vendredi soir, la Radio-Télévision du Burkina (RTB) a montré des images des femmes, libérées et ramenées à Ouagadougou, évoquant une « opération » des forces armées, sans davantage de détails.

Ces femmes et leurs bébés avaient été enlevés les 12 et 13 janvier aux alentours d’Arbinda, dans la région du Sahel (nord) alors qu’elles étaient sorties de leur village pour aller chercher de quoi se nourrir.

Des recherches, terrestres et aériennes, avaient été lancées pour les retrouver. Selon des responsables sécuritaires, les victimes ont été localisées dans la zone de Tougouri, dans la région voisine du Centre-nord, 200 km plus au sud, avant d’être héliportées vers la capitale burkinabè dans la soirée où elles ont été accueillies par des hauts-gradés. « Leur débriefing permettra d’en savoir plus sur leurs ravisseurs, leur détention et leur convoi », indique une de ces sources.

Blocus jihadiste

Une partie du pays, notamment la région du Sahel où se trouve Arbinda est depuis plusieurs mois sous blocus des groupes jihadistes et les localités sont difficilement ravitaillées en vivres ce qui pousse les habitants à sortir de leurs villages pour trouver de la nourriture.

Jeudi, le Burkina Faso a été endeuillé par une série d’attaques dans plusieurs régions du nord et du nord-ouest du pays faisant une trentaine de morts, dont une quinzaine de Volontaires de la défense de la patrie (VDP), des supplétifs de l’armée, selon plusieurs sources sécuritaires, jointes vendredi.

Une première attaque a visé un poste avancé des VDP à Rakoegtenga, une ville située dans la province de Bam (nord), tuant six d’entre eux ainsi qu’une femme, a indiqué un responsable local des VDP. Plus à l’ouest, dans la province de Nayala, une « embuscade » a eu lieu « contre un convoi escorté par des militaires et des VDP sur l’axe Siena-Saran », a ajouté cette même source.

Une dizaine de terroristes neutralisés

« Une dizaine d’autres VDP et un civil sont tombés dans cette deuxième attaque », a précisé ce responsable et une dizaine de personnes ont été blessées, certains gravement. Dans la province du Sanmatenga (centre-nord) une équipe mixte composée de militaires et de VDP a été « prise à partie » à Zincko, indique une autre source sécuritaire.

« Une dizaine de terroristes ont été neutralisés. Malheureusement, quatre civils ont également péri », précise cette source. Enfin, dans la soirée, plus au sud, des hommes armés ont fait incursion dans la ville de Sanaba, dans la province des Banwa, tuant huit civils.

Cette commune est située à quelques kilomètres de Solenzo, dont l’armée avait annoncé la reconquête fin décembre face aux groupes jihadistes. C’est dans cette dernière ville que le président de la transition, le capitaine Ibrahim Traoré, avait livré son message de fin d’année.

Par Jeune Afrique (Avec AFP)

France-Violences conjugales : l’Assemblée vote à l’unanimité une aide d’urgence

janvier 16, 2023

L’hémicycle a voté la proposition de loi visant à créer une aide financière universelle d’urgence à destination des victimes de violences conjugales.

L'Assemblee nationale a vote a l'unanimite une proposition de loi visant a creer une aide financiere d'urgence pour les victimes de violences conjugales.
L’Assemblée nationale a voté à l’unanimité une proposition de loi visant à créer une aide financière d’urgence pour les victimes de violences conjugales.© Fred Dugit / MAXPPP / PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP

Pour ce texte, les députés présents étaient unanimes : lundi 16 janvier, l’Assemblée nationale a voté sans difficultés une proposition de loi visant à créer une aide financière universelle d’urgence pour les victimes de violences conjugales. Reste encore à préciser le barème de l’aide, modulée selon les besoins : cela sera fait par décret. L’objectif du texte étant de permettre aux victimes de se mettre le plus rapidement possible à l’abri, sans soucis de dépendance financière.

Les députés ont repris en la modifiant une proposition de la sénatrice centriste Valérie Létard, votée également à l’unanimité par la chambre haute en octobre en première lecture. Députés et sénateurs devraient s’accorder sans difficulté sur un texte final en vue d’une adoption définitive dans les semaines qui viennent, puis d’une promulgation dans un délai maximal de neuf mois.

L’amendement de Sandrine Rousseau adopté contre l’avis du gouvernement

Avec cette aide, « le premier départ » du foyer ne doit plus être « un faux départ », a souligné la ministre Isabelle Rome, chargée de l’égalité femmes-hommes. Car actuellement, des victimes sous « emprise ou dépendantes financièrement n’ont parfois pas d’autres choix que de revenir à la case départ, dans ce huis clos avec leurs agresseurs », a-t-elle déploré.

Les députés ont soutenu un amendement du gouvernement pour pouvoir verser cette aide sous forme de don et pas seulement d’un prêt sans intérêt comme l’avait voté le Sénat. Ce soutien financier sera conditionné à une ordonnance de protection, un dépôt de plainte ou un signalement adressé au procureur de la République. Au moins une partie devra être versée dans un délai de trois jours. Lorsque l’aide sera attribuée sous forme de prêt, son remboursement sera à la charge de la personne reconnue coupable de violence le cas échéant, avec une peine complémentaire « d’obligation de remboursement ».

Contre l’avis du gouvernement, l’Assemblée a adopté un amendement de l’écologiste Sandrine Rousseau pour créer une loi pluriannuelle des financements destinés à la lutte contre les violences faites aux femmes. Son sort est toutefois incertain durant la suite de la navette parlementaire.

122 femmes tuées par leur conjoint en 2021

Inspirée d’une expérimentation dans le département du Nord, la proposition de loi a reçu un soutien unanime. Les députés du Rassemblement national avaient au départ tenté de la reprendre dans leur niche parlementaire, une journée dédiée à leurs textes le 12 janvier.

Mais la conférence des présidents de l’Assemblée, qui réunit présidente de l’Assemblée, chefs de file des groupes politiques et des commissions notamment, a décidé d’inscrire ce sujet transpartisan lors d’une « semaine de l’Assemblée », débutée ce lundi. Le RN ne s’y est pas opposé. Un député RN, Emmanuel Taché de la Pagerie en était co-rapporteur, avec l’élue du groupe indépendant Liot Béatrice Descamps.

Le ministère de l’Intérieur a recensé 207 743 victimes de violences conjugales en France en 2021, essentiellement des femmes. 122 ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint cette même année, selon le ministère.

Par Le Point avec AFP

Le Burkina Faso sous le choc après le rapt d’une cinquantaine de femmes

janvier 16, 2023

ALERTE. Elles ont été enlevées jeudi et vendredi par des djihadistes présumés à Arbinda, dans le nord. C’est le premier enlèvement de cette ampleur dans ce pays.

Depuis le debut des violences terroristes en 2015 au Burkina Faso, c'est la premiere fois que des femmes sont victimes d'enlevement. (Image d'illustration)
Depuis le début des violences terroristes en 2015 au Burkina Faso, c’est la première fois que des femmes sont victimes d’enlèvement. (Image d’illustration)© Philippe ROY / Aurimages via AFP

Les recherches sont toujours en cours pour retrouver une cinquantaine de femmes enlevées jeudi et vendredi dans deux localités au nord et à l’ouest de la commune d’Arbinda, située dans le nord du pays, par des djihadistes présumés. « Dès leur disparition signalée, des recherches ont été entreprises en vue de retrouver l’ensemble de ces victimes innocentes, saines et sauves », a précisé le lieutenant-colonel Rodolphe Sorgho, le gouverneur de la région du Sahel, dans un communiqué. « Tous les moyens sont mis en œuvre, sur le plan terrestre et aérien, pour retrouver ces femmes », a indiqué à l’AFP une source sécuritaire, assurant que « des aéronefs survolent la zone pour détecter tout mouvement suspect ». 

Arbinda et ses environs sont régulièrement le théâtre d’attaques djihadistes meurtrières (80 morts en août 2021, 42 fin 2019). Mais des enlèvements d’une telle ampleur, en particulier visant des femmes, constituent une nouveauté au Burkina, selon plusieurs observateurs.

Ce que l’on sait

Selon le témoignage de plusieurs habitants et de responsables locaux souhaitant rester anonymes, un premier groupe d’une quarantaine de femmes a été enlevé jeudi, et un autre d’une vingtaine le lendemain. Certaines ont pu s’échapper et regagner leur village pour témoigner, une cinquantaine ne sont pas revenues. « Nous pensons que les ravisseurs les ont emmenées dans leurs différentes bases », a affirmé un habitant d’Arbinda. « C’est le premier enlèvement massif depuis le début de la crise sécuritaire et il faudra bien gérer cette situation pour éviter tout drame ou une récidive », a déclaré pour sa part un officier supérieur, proche de l’état-major.

Une ville sous blocus

La commune d’Arbinda se situe dans la région du Sahel, une zone sous blocus de groupes djihadistes et qui est difficilement ravitaillée en vivres. Près d’un million de personnes vivent actuellement dans des zones sous blocus, dans le nord ou l’est du pays, selon les Nations unies. Le Burkina Faso, en particulier dans sa moitié nord, est confronté depuis 2015 aux attaques de groupes djihadistes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique qui se multiplient. Elles ont fait des milliers de morts et au moins deux millions de déplacés. Le capitaine Ibrahim Traoré, président de transition issu d’un coup d’État militaire le 30 septembre – le deuxième en huit mois –, s’est donné pour objectif « la reconquête du territoire occupé par ces hordes de terroristes ».

Les enlèvements massifs, une nouvelle stratégie des groupes armés ?

« C’est la première fois qu’on voit un enlèvement de plusieurs dizaines de femmes. On avait enregistré des cas isolés, mais aujourd’hui c’est comme s’il y avait une nouvelle donne dans l’insécurité », abonde Daouda Diallo, secrétaire général du Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés, une association de défense des droits de l’homme.

« Avant, les femmes étaient épargnées. Ce sont les hommes qui étaient traqués. Si on enlève maintenant ces femmes qui pouvaient sortir pour rapporter quelque chose à manger, que va-t-il se passer ? C’est la mort assurée pour tout le monde, car c’est la famine en ce moment. On n’a rien à manger », a expliqué un habitant d’Arbinda, joint lundi par l’AFP. « Depuis que l’information de l’enlèvement s’est propagée, personne n’ose s’aventurer hors de la ville. Si ce ne sont pas les terroristes, c’est la faim qui va nous tuer », ajoute un autre résident.

Lundi, le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Volker Türk, a exigé « la libération immédiate et inconditionnelle de toutes les femmes enlevées », appelant les autorités burkinabées à « mener rapidement une enquête efficace, impartiale et indépendante pour identifier les responsables et leur demander de rendre des comptes ». 

La France a condamné lundi cet enlèvement « avec la plus grande fermeté », et a appelé « à leur libération immédiate ». Dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères, Paris a réaffirmé « sa solidarité ainsi que son engagement aux côtés du Burkina Faso ».

On se souvient qu’au Nigeria, en 2014, le groupe djihadiste Boko Haram avait enlevé près de 300 adolescentes à Chibok (Nord-Est), suscitant une émotion mondiale avec le slogan « Bring Back Our Girls » (« Ramenez-nous nos filles »), relayé à l’époque jusqu’à la Maison-Blanche. Plus de cent sont toujours portées disparues.

Par Le Point avec AFP

France: Suspecté de violences sur 32 femmes, le gynécologue Émile Daraï mis en examen

novembre 24, 2022

Le gynécologue est visé par une information judiciaire depuis janvier 2022 après plusieurs plaintes pour « viols » et « violences ».

Le gynecologue exercait a l'hopital Tenon, a Paris.
Le gynécologue exerçait à l’hôpital Tenon, à Paris.© THOMAS COEX / AFP

Émile Daraï, gynécologue parisien renommé, a été mis en examen mercredi pour violences volontaires par personne chargée d’une mission de service public à l’égard de 32 plaignantes, a indiqué jeudi une source judiciaire, confirmant une information de France Info. Ce spécialiste de l’endométriose a été placé sous contrôle judiciaire avec interdiction de contact avec les victimes et interdiction de tenir des consultations privées de gynécologie, selon cette source.Une avancée pour les plaignantes

« Mes clientes voient une avancée dans l’enquête, elles attendaient ça depuis un an pour certaines. Sur la qualification, certaines sont déçues, mais de toute façon, on n’en est qu’au stade de l’information judiciaire », a réagi, My-Kim Yang-Paya, avocate d’une quinzaine de plaignantes ayant dénoncé des violences aggravées ou des viols. « Mes clientes ont déposé plainte pour qu’il n’y ait pas d’autres victimes, en pensant à leur fille ou petite-fille », a-t-elle précisé, voyant également dans l’interdiction de tenir des consultations privées « une avancée ». Cette « qualification a minima peut évoluer au cours de l’instruction. Le contrôle judiciaire est quand a lui nécessaire et était attendu par les nombreuses victimes », a réagi mmaître Mourad Battikh, qui défend une plaignante majeure.

Mis en retrait de ses responsabilités de chef de service

À la suite d’une première plainte, le parquet de Paris avait ouvert le 28 septembre 2021 une enquête préliminaire pour viol par personne ayant autorité sur mineur de plus de 15 ans, élargie par la suite à viol en réunion. En décembre, un rapport de l’enquête interne, déclenchée par l’AP-HP et Sorbonne Université, avait conclu que « l’obligation d’information de ces patientes, le soulagement de leur douleur, le respect de leurs volontés n'(avaient) pas été respectés ». Ce document ajoutait toutefois que « la commission (d’enquête) ne retient aucune connotation sexuelle alors que certains manquements ont été relevés dans le recueil du consentement à certains gestes ». La commission a estimé en outre que la situation était « le fruit de dysfonctionnements individuels, mais aussi collectifs et systémiques ».

Le 3 janvier, une information judiciaire a été finalement ouverte pour violences par personne chargée d’une mission de service public. Émile Daraï est depuis définitivement mis en retrait de ses responsabilités de chef de service et de sa mission pédagogique. Il continuait toutefois de consulter. Son avocat n’est pas en mesure de réagir dans l’immédiat. Au mois de mai, face à la polémique, le Pr Daraï avait renoncé à intervenir lors d’un congrès de gynécologues, où le collectif féministe Stop aux violences obstétricales et gynécologiques (StopVOG) – à l’origine de la révélation en septembre 2021 des plaintes pour viols visant le praticien – appelait à manifester contre sa présence.

« Depuis un an, nous demandons aux instances de santé la suspension du Pr Daraï afin de garantir la sécurité des patientes. À présent, il est suspendu pour ses consultations privées de gynécologie, mais ce n’est pas suffisant, car il peut toujours intervenir dans le public », a estimé la fondatrice et porte-parole du collectif StopVOG, Sonia Bisch.

Par Le Point avec AFP

Zimbabwe : Emmerson Mnangagwa, l’affaire de viol et la maltraitance des femmes en politique

août 21, 2022

En juillet, une jeune femme a accusé le président de l’avoir violée dans les années 2000. Des accusations qui font écho à celles d’opposantes et militantes, selon lesquelles le gouvernement ne protège pas suffisamment leurs droits.

Le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa et son épouse Auxillia, à Harare, en 2018. © Philimon Bulawayo/REUTERS

L’affaire est potentiellement explosive et pourtant, elle n’a eu qu’un retentissement modéré. En juillet, une jeune femme vivant en Australie, Susan Mutami, a affirmé sur Twitter avoir été abusée sexuellement par plusieurs hommes politiques de son pays, le Zimbabwe, dans les années 2000. Parmi les accusés, Emmerson Mnangagwa, devenu chef de l’État depuis les faits présumés, mais aussi l’ancien ministre de la Sécurité nationale, Owen Ncube, l’ex-ministre des Affaires étrangères, Sibusiso Moyo (aujourd’hui décédé), et le vice-ministre des Mines, Polite Kambamura. Elle a déposé une plainte auprès de la police australienne.

Des accusations auxquelles Harare n’a pas souhaité réagir. Le porte-parole de la présidence, George Charamba, a lui-même refusé de les commenter, se contentant de dire qu’il « ne s’occup[ait] pas des rumeurs » et n’avait de toute façon « rien à cacher ». « Il est très peu probable que ces allégations de viols aient un impact sur l’ambition de Mnangagwa d’être reconduit à la présidence de la Zanu-PF [parti au pouvoir] lors du congrès d’octobre et de briguer un second mandat à la tête du pays lors des élections de l’année prochaine », commente l’analyste politique Eldred MasunungureAdmire Mare, chercheur à l’université de Johannesburg, estime néanmoins que les accusations portées contre le chef de l’État « vont jeter le discrédit sur ce qu’il a fait jusqu’à présent pour promouvoir l’émancipation des femmes ».

Sexe, mensonges et fuites

Ce n’est pas la première fois que de hauts responsables zimbabwéens sont accusés de maltraitance, voire de violence. En 2021, l’adjoint de Mnangagwa, Kembo Mohadi, a été contraint de démissionner après qu’ont été divulgués dans les médias des appels privés dans lesquels il sollicitait des faveurs sexuelles de jeunes femmes, y compris de la part de ses assistantes.

Sous l’administration de Mnangagwa, les attaques contre des femmes par l’appareil d’État, y compris les agents de la force publique travaillant de concert avec le pouvoir judiciaire, se sont poursuivies. La députée Joana Mamombe, et les militantes Netsai Marova et Cecilia Chimbiri, ont affirmé avoir été enlevées, abusées sexuellement et torturées pour avoir manifesté contre le fait que le gouvernement n’avait pas fourni d’équipements de protection individuelle aux Zimbabwéens pendant la pandémie de Covid-19. Au lieu d’être entendues et protégées, elles ont été accusées d’avoir menti et trainées devant les tribunaux.

Selon Barbara Gwangwara Tanyanyiwa, de la Coalition des citoyens pour le changement (CCC), « Mnangagwa n’est pas favorable à l’égalité des sexes, au contraire ! » « Il revient sur les acquis obtenus au fil des ans, ajoute-t-elle. Les femmes sont maltraitées sous sa présidence, et lui-même ne s’est jamais exprimé dans ces affaires. Il déchaîne les soldats et la police pour qu’ils harcèlent des citoyens innocents au lieu de les protéger. »

De fait, après son arrivée au pouvoir, Emmerson Mnangagwa avait promis d’œuvrer en faveur de l’égalité des sexes, mais il tarde à appliquer les réformes envisagées. Son gouvernement ne respecte pas davantage la disposition de la Constitution qui veut que hommes et femmes soient également représentés dans les nominations publiques. En novembre 2017, sur les 39 membres de son cabinet et du gouvernement, seuls six étaient des femmes.

« Il n’a pas fait assez pour atteindre l’égalité des sexes telle qu’elle est inscrite dans la section 17 de la Constitution du Zimbabwe, déclare Linda Masarira, défenseuse des droits humains et présidente du parti d’opposition Travail, économistes et démocrates africains. Nous ne pouvons mesurer l’égalité que dans la pratique. En l’état actuel des choses, il n’y a pas de femme dans les hautes sphères de l’État. » Aujourd’hui, sur les 53 ministres, ministres d’État et vice-ministres qui composent le gouvernement, 17 sont des femmes. « Mnangagwa ne soutient pas les réformes visant plus d’inclusivité », regrette encore Barbara Gwangwara Tanyanyiwa.

Au Parlement, après les élections générales de 2018, les femmes occupaient 35 % des 350 sièges. Cela était en grande partie dû à un quota introduit en 2013. Il devait être supprimé en 2022, mais les législateurs zimbabwéens l’ont finalement prolongé pour dix années supplémentaires.

Par Jeune Afrique – Avec Farai Shawn Matiashe – The Africa Report

Congo-Genre : les femmes plaident pour leur représentativité dans le secteur maritime et portuaire

mai 24, 2022

Célébrée sur le thème « La place de la femme congolaise dans le secteur maritime », la première édition de la Journée internationale des femmes du secteur maritime a eu lieu à Pointe-Noire sous le patronage de Jean-Marc Thystère-Tchicaya, ministre des Transports, de l’Aviation civile et de la Marine marchande.

Le ministre Jean-Marc Thystère-Tchicaya entouré de plusieurs femmes/Adiac

En plus du thème principal, quelques autres sous-thèmes ont été développés par différentes oratrices, notamment « Challenges et retour d’expériences » ; « L’implication des femmes en faveur d’une pêche et d’une aquaculture durables » ; « L’atelier de sensibilisation des jeunes filles aux métiers de la mer ».

Au terme des exposés, des recommandations ont été  formulées, à savoir la représentativité de la femme du secteur maritime et portuaire dans les sphères de décisions, la promotion de la prospérité professionnelle et l’autonomisation dans le secteur maritime pour permettre un avenir meilleur, la sensibilisation et la facilitation à la formation des métiers de la mer.

Après avoir rappelé le rôle de l’Organisation maritime internationale en faveur des femmes, le ministre Jean-Marc Thystère-Tchicaya a signifié l’intérêt de la célébration de cette journée pour permettre à la femme de créer un cercle de concertation et de réflexion, sur la visibilité efficiente de la femme évoluant dans le secteur maritime et portuaire du Congo. S’appuyant sur le thème national de cette journée, il a rappelé que l’égalité des sexes joue un rôle fondamental dans les progrès en matière de développement et de nombreux efforts doivent être fournis pour atteindre les objectifs souhaités.

« Le secteur maritime figure encore parmi les secteurs d’activités où les femmes sont sous-représentées, avec très peu de modèle référentiel permettant aux jeunes filles d’aspirer à devenir dirigeantes dans le secteur des transports. Cette journée doit nous amener à prendre conscience de l’engagement de l’Organisation maritime internationale à l’égard des objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies, particulièrement l’ODD n°5, visant l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes et filles par rapport au secteur maritime. Le président de la République a toujours placé la représentativité des femmes aux postes de décisions et leurs formations au métier de la mer au centre de ses préoccupations », a-t-il déclaré.

Précisons que la Journée internationale des femmes du secteur maritime est célébrée le 18 mai de chaque année. Le thème choisi pour cette édition a été « Formation-Visibilité-Reconnaissance : soutenir la mise en place d’un environnement de travail exempt d’obstacles ».

Avec Adiac-Congo par Séverin Ibara

Documentaire: « Femmes et science en Afrique : une révolution silencieuse » projeté à Brazzaville

mars 31, 2022

Dans le cadre de la clôture des activités du mois dédié à la lutte pour les droits de femme, la Fondation congolaise pour la recherche médicale (FCRM) a projeté, le 30 mars à l’Institut français du Congo, le documentaire « Femmes et science en Afrique, une révolution silencieuse ».

1- Une capture du film « Femmes et science en Afrique : une révolution silencieuse » lors de sa projection à l’IFC/Adiac

C’est en présence de Kate Thompson-Gorry, Michel Welterlin et de la Pre Francine Ntoumi, respectivement réalisatrice, producteur et l’une des héroïnes du film, que s’est faite la projection du documentaire « Femmes et science en Afrique : une révolution silencieuse ». Cette cérémonie s’inscrit dans la vision du programme « Femmes & Sciences » de la Fondation congolaise pour la recherche médicale dont les actions incluent des campagnes de sensibilisation en milieu scolaire, l’encouragement des femmes engagées dans les sciences par l’attribution du prix d’encouragement scientifique et des bourses aux étudiantes.

« Femmes et science en Afrique : une révolution silencieuse » est un documentaire inédit au cœur d’une communauté bouillonnante de femmes du continent, réservoir unique de talents pour la science et l’innovation. Des femmes qui, par leur dynamisme, leur travail acharné et leur implication pour l’égalité des droits, ont réussi à briser les stéréotypes dans le milieu de la recherche, tout en participant aujourd’hui au développement de l’Afrique.

Pre Tebello Nyokong (Chimiste) de l’Afrique du Sud, Pre Francine Ntoumi (Biologiste moléculaire) de la République du Congo et enfin, Zara Randriamanakoto (Astrophysicienne) de Madagascar, sont les trois protagonistes du film. En 51 min, l’œuvre les met en lumière et apporte des réponses aux questions ayant un lien direct avec leurs parcours et leurs exploits : qui sont ces femmes ? Quels obstacles ont-elles dû surmonter pour arriver au sommet de leur art ? Quel impact ont-elles sur leur communauté ? Sauront-elles trouver des solutions concrètes aux défis majeurs du XXIe siècle ? Et si le Einstein de demain était une femme africaine ?

2- Une vue des panélistes durant les échanges/DR

La projection du film s’est suivie d’une causerie-débat avec l’assistance composée, entre autres, des cadres ministériels, scientifiques, enseignants et chercheurs, étudiants, élèves, communicants, cinéastes, etc. « Mon métier de réalisatrice est avant tout de raconter des histoires qui peuvent porter, inspirer et faire découvrir des choses et des personnes qu’on ne connaît pas forcément. En étudiant le sujet de la science, j’ai découvert ces trois femmes exceptionnelles que je ne connaissais pas. Et d’ailleurs, le titre révolution silencieuse, c’est parce qu’il y a des femmes scientifiques en Afrique, mais peu d’entre elles sont connues. A travers ce film, j’ai voulu donner une voix à ces femmes et faire connaître cette révolution », a fait savoir Kate Thompson-Gorry, réalisatrice du documentaire sorti en 2019.

A ce propos, la Pre Francine Ntoumi, engagée dans la lutte contre le paludisme et présidente de la FCRM, a remercié toute l’équipe de production du film d’avoir bien voulu mettre sous les projecteurs les efforts des femmes africaines afin de porter haut cette science qui est importante pour l’avenir du continent. Aux jeunes filles intéressées par les métiers scientifiques, elle les a exhortées à se projeter à grande échelle en vue d’aller le plus loin possible. Ce, en s’appuyant sur la formation comme participation à la construction de ce rêve. « La femme ne doit pas limiter ses ambitions. Ce film est un outil formidable de plaidoyer, d’éducation et d’encouragement pour les filles et les femmes de science en Afrique », a-t-elle indiqué.

De ce temps de partage, Channie Rhonda Kono, étudiante en troisième année de biologie à l’Université Marien-Ngouabi, a exprimé sa satisfaction qu’aujourd’hui la société comprend de plus en plus que la femme est indispensable et qu’elle a beaucoup apporté dans le développement. « C’est juste magnifique de voir toutes ces femmes scientifiques rayonner, elles qui n’ont pas abandonné et qui pour nous jeunes sont de véritables modèles et sources d’inspiration », a-t-elle confié.

Notons que « Femmes et science en Afrique : une révolution silencieuse » a été produit par Michel Welterlin et la compagnie Taxi-Brousse, avec le soutien de Canal + international et de la fondation L’Oréal.

Lien pour suivre gratuitement le film en ligne : https://vimeo.com/418381005.

Avec Adiac-Congo par Merveille Atipo

Gabon : le combat de Linda Bongo Ondimba pour que les femmes connaissent leurs droits

mars 8, 2022
Sur le marché de Port-Gentil, en 2017 © JUSTIN TALLIS/AFP

Le Gabon a enregistré en 2021 des avancées en matière de protection de la femme contre toutes les formes de violence, avec notamment une loi prévoyant des sanctions très dissuasives. Reste maintenant à les appliquer.

Dans mon pays, on me surnomme « La justicière ». Parce que j’aime voler au secours des femmes, surtout les veuves, et des orphelins. Ma mission de magistrate, je ne l’avais pas voulue ou imaginée ainsi au moment où je prêtais serment. J’avais alors un idéal de justice construit dans les méandres de mon cerveau pour un monde de Bisounours. Rien, à l’école de la magistrature, ne m’avait préparée à la dure réalité de la pratique du droit au quotidien, en particulier dans un pays où les lois ont été faites par les hommes, au profit des hommes.

Un exemple de leur misogynie : jusqu’en 2015,  seul l’adultère de la femme était reconnu. Elle risquait alors de deux mois à deux ans de prison et ne pouvait en sortir que si son mari donnait son accord. La femme encourrait les mêmes peines si elle osait quitter le domicile conjugal sans l’autorisation de son conjoint. C’est justement à cause de cette disposition que ma cape de justicière s’est littéralement imposée à moi.

Femmes piégées

Un jour de juin 2009, alors que j’étais de permanence au tribunal, une femme complètement déboussolée s’était présentée à moi en compagnie de ses trois enfants. Elle en portait un dans le dos, un autre dans ses bras, tandis que le troisième s’agrippait à son pagne. Elle brandissait, affolée, un jugement de divorce prononcé à ses torts exclusifs avec pour conséquences immédiates son expulsion du domicile conjugal et la perte de la garde de ses enfants. Le juge s’était fondé sur un procès verbal d’huissier attestant que la dame avait quitté son domicile conjugal sans autorisation. Incapable de contenir ses sanglots, elle me répétait : « Madame, je ne suis jamais partie. C’est lui qui est allé me déposer chez mes parents avec toutes mes affaires. Il m’a dit qu’il reviendrait me chercher une fois qu’il serait calmé. Aidez-moi, je vous en supplie. »

LA RECONNAISSANCE, EN 2021, DU VIOL PAR CONJOINT EST UNE AVANCÉE SIGNIFICATIVE EN MATIÈRE DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES SEXUELLES

J’étais ahurie. Cette femme ignorait ses droits et ses devoirs. Ce qui n’était visiblement pas le cas de son mari, qui l’avait piégée en faisant venir un huissier pour constater un abandon de domicile conjugal dont il était lui-même l’instigateur. J’ai par la suite eu comme une révélation en découvrant que de nombreuses femmes étaient dans la même situation et qu’elles se perdaient et s’abîmaient dans leurs procédures de justice : contre l’avis de tous et même de mon corps de métier, j’ai décidé de vulgariser le droit et de le rendre plus accessible. J’ai retiré les mots pompeux et obscurs de mon vocabulaire. J’essaie d’éveiller leur conscience car le droit n’est ni moral ni sentimental, il est technique et dur, aussi froid que la lame de l’épée que tient la déesse de la justice.

Aujourd’hui, l’adultère de l’homme est reconnu et on peut le prouver par tous moyens. Avant, si vous surpreniez votre conjoint dans votre chambre d’amis en compagnie d’une autre, ce n’était pas considéré comme de l’adultère. Le caractère adultérin de la relation n’était admis que si leurs ébats amoureux avaient lieu dans votre lit conjugal. D’autres avancées ont été enregistrées, dont une, particulièrement significative en matière de lutte contre les violences sexuelles : la reconnaissance, en 2021, du viol par conjoint.

Violences et harcèlement

Autant dire qu’avant 2015, le sort de la femme gabonaise n’était pas des plus enviables. Le harcèlement moral et sexuel n’étaient même pas évoqués dans le code pénal ou dans le code civil. Des milliers de femmes ont été violées en toute impunité lors d’entretiens d’embauche, ou par des professeurs du secondaire et d’université, sans pouvoir déposer plainte. Les victimes étaient automatiquement mises au banc de la société, parce que « elles l’avaient bien cherché en se rendant à un rendez-vous dans une tenue provocante » et celles qui osaient porter plainte étaient soupçonnées d’agir pour n’avoir pas perçu la contrepartie escomptée. Que de fiançailles rompues parce que des victimes avaient osé briser le silence!

Autres populations victimes de lois iniques, les veuves et les orphelins. Sitôt leur conjoint décédé, les femmes étaient chassées de chez elle manu militari par la belle-famille, souvent avec leurs enfants – quand ceux-ci ne leur étaient pas arrachés pour conserver un contrôle total sur la succession. Celles qui étaient chassées étaient pourtant les mieux loties ; les autres devaient suivre le rituel traditionnel du veuvage impliquant violences physiques, maltraitances et humiliations. Les cas d’orphelins condamnés à devenir voleurs à la tire ou prostituées sont légion. J’ai pleuré de rage quand Samantha, une jeune fille de 17 ans atteinte du VIH, m’a raconté sa triste expérience : dépossédée de leur maison familiale, elle était retournée sur les lieux de son enfance avec un client qui l’y avait violentée.

Il aura fallu presque soixante ans pour voir les lignes bouger. Si les mentalités peinent à changer, grâce à la loi de 2015, on peut limiter les injustices faites aux femmes.

Vers un Pacs gabonais?

Parmi les nombreux combats qui restent à mener figure l’ouverture de droits aux femmes vivant en concubinage. Au Gabon, ce mode de vie est considéré comme une union libre qui ne confère aucun droit ou obligation – sauf celle d’assistance en cas de maladie « non liée à l’abus d’alcool ou de stupéfiants » –, seul un certificat de concubinage sans valeur juridique étant délivré par la mairie. Comment admettre qu’après dix à trente ans de vie commune avec un homme, des femmes et des mères de famille se retrouvent sur le carreau alors même qu’elles ont investi, se sont parfois endettées pour contribuer aux dépenses du ménage?

JE MILITE POUR UN MEILLEUR ENCADREMENT DU CONCUBINAGE AFIN QUE LES FEMMES DISPOSENT D’UN FILET DE SÉCURITÉ

Il est inconcevable qu’elles ne bénéficient d’aucune protection. Je milite pour la transformation du certificat de concubinage gabonais en Pacs, afin que les femmes aveuglées par l’amour disposent d’un filet de sécurité. Reste à convaincre toute la gent féminine. Mon idée d’un projet de loi portant modification des règles de concubinage a été combattue surtout par les femmes, en particulier les mariées, qui y voient un subterfuge visant à « légaliser les tchizas », c’est-à-dire les maîtresses.

Mais toutes les femmes pourraient être concernées, directement ou indirectement, par la précarité induite par ce mode de vie conjugal. Ma mission est donc d’éradiquer l’ignorance des femmes en matière de droit en leur faisant découvrir les subtilités des textes et les moyens de s’en prémunir.

Et je sais pouvoir parier sur l’approbation de la première dame du Gabon, Sylvia Bongo Ondimba, et de la ministre de la Justice, qui se sont toutes deux fortement impliquées en faveur de la loi de septembre 2021 portant élimination des violences faites aux femmes. Cette loi constitue une avancée considérable dans la mesure où elle reconnait tous les types de violences que peuvent subir les femmes et prévoit des sanctions véritablement dissuasives. Reste à présent à les faire appliquer réellement. Nul n’est censé ignorer la loi, a-t-on coutume de dire. Il faudrait ajouter que la loi n’est censée ignorer aucun être humain. En particulier s’il fait partie des plus faibles.

Linda Bongo Ondimba

Avec Jeune Afrique par Linda Bongo Ondimba

Magistrate, directrice des affaires sociales et de la protection de l’enfance auprès du ministère gabonais de la Justice.

Les « sexpertes », ces Africaines qui brisent les tabous

janvier 30, 2022
« parler de sexe librement et honnêtement” © Delmaine Donson/Gettyimages

Dans des pays et communautés où la sexualité est souvent passée sous silence, de plus en plus de femmes s’emparent de leurs micro, plume ou clavier pour parler sans filtre des questions intimes.

« Dans les médias, la sexualité des Africaines est toujours traitée de manière étriquée, à travers l’unique spectre de la maladie, du HIV ou des grossesses à répétition », déplore Nana Darkoa Sekyiamah, chroniqueuse et autrice ghanéenne installée à Londres. Si l’accès universel aux services de santé sexuelle et reproductive (SSR) demeure une question centrale en Afrique de l’Ouest, la co-fondatrice du blog Adventures From Bedrooms of African Women (Aventures depuis la chambre à coucher des femmes africaines) souhaite partager d’autres narrations. Sexe hors mariage, relations interraciales, à trois, asexualité ou questionnements d’ordre pratique et anatomique (par exemple : « comment réagir face à une panne ? »)… Aucun sujet sexo n’échappe à celle qui a pourtant grandi dans un pays très religieux et étudié dans une école catholique d’Accra.

Polygamie et polyamour

Aux oubliettes les rapports à but procréatif et place à la recherche du plaisir. « Il s’agit d’un espace ouvert aux femmes africaines dans lequel on peut parler de sexe librement et honnêtement », résume-t-elle. Plus de dix ans après la création de son blog, Nana Darkoa Sekyiamah continue son travail de partage d’expériences libidinales avec Sex Lives of African Women (éditions Little Brown Book Group, juillet 2021), une fresque sociologique sur les vies amoureuses et intimes des ménages africains à travers les témoignages de femmes venues de 30 pays du continent.

Nura – le prénom a été modifié par l’autrice – une Kényane de 42 ans mariée à un Sénégalais, raconte par exemple sa difficulté à s’intégrer au sein d’un ménage polygame, et explique avoir le sentiment que sa vie sexuelle est soumise à un calendrier et à l’endurance variable de son époux. « “Oh mon Dieu, je suis fatigué ! s’est exclamé un jour mon mari. Je croyais qu’on allait faire l’amour qu’une fois par mois ». (…) Il pensait sûrement qu’à 40 ans, ma libido allait décliner », relate-elle.

KAZ KAREN LUCAS ENTEND « DÉCOLONISER LA SEXUALITÉ » EN INVITANT GYNÉCOLOGUES, OBSTÉTRICIENNES ET AUTRES SEXOLOGUES

Relations hétérosexuelles ou LGBT, monogames, polygames ou polyamoureuses… Un large spectre des différentes façons de vivre sa sexualité et l’amour au XXIe siècle est passé au crible de l’éducatrice sexuelle, comme Nana Darkoa Sekyiamah – elle-même polyamoureuse et bisexuelle – aime se définir. Des pratiques et préférences que cette expatriée peut plus facilement aborder en Grande-Bretagne, les relations homosexuelles étant interdites au Ghana.

Sans jugement

Parler sexualité sans jugement et sous couvert d’anonymat, c’est aussi le parti pris des animatrices soudanaise et jordanienne du podcast Jasadi (Mon corps), lancé en 2019 par la société de production Kerning Cultures, basée au Émirats Arabes Unis. Nommée meilleur podcast au Moyen-Orient et en Afrique du Nord par la société Apple, cette émission invite les femmes à interroger les tabous liés à la sexualité et au corps féminin dans les sociétés arabes. « Pas un seul mot se référant à notre anatomie sexuelle n’est utilisé de manière normale », déplore l’une des invitées. Une autre dit quant à elle regretter le recours systématique aux anglicismes pour nommer les organes génitaux féminins, ou bien les moqueries que suscite le terme « mahbal » (« vagin » en arabe) phonétiquement proche du mot « ahbal » (stupide), dans les cours de récréation.

FOSSÉ ORGASMIQUE, PLAISIR FÉMININ EN SOLITAIRE, SEX TOYS… UNE LIBERTÉ DE TON QUI FAIT RIMER SEXE AVEC ÉMANCIPATION

Pour ces « sexpertes », plus question d’éluder et d’avoir recours à des emprunts lexicaux ou un vocabulaire enfantin pour définir l’anatomie sexuelle. Il est en revanche urgent de s’affranchir du discours hétéronormatif dominant. « P comme pansexuel, Q comme queer, R comme Rim Job (anulingus) »… Voilà le genre d’abécédaire sexuel que l’on peut découvrir sur la page Instagram du podcast à succès The Spread (« la propagation »), créé par la Kényane Kaz Karen Lucas, 38 ans. Elle-même lesbienne et non-binaire – elle utilise les pronoms she/they (iel) –, l’ex-rappeuse est devenue en 5 saisons et près de 90 épisodes une référence pour la communauté LGBTQI+, dans un pays où le film Rafiki (de la réalisatrice kényane Wanuri Kahiu) a été temporairement censuré par les autorités pour apologie du lesbianisme. L’animatrice entend « décoloniser la sexualité » avec sérieux en invitant gynécologues, obstétriciennes et autres sexologues à prendre la parole dans son émission.

« Consentement is sexy »

La Britanno-Nigériane Dami Olonisakin, 31 ans, plus connue sous le nom d’Oloni, et à l’initiative depuis 2018 du podcast The Laid Bare (« Mise à nu ») est suivie par une communauté de 500 000 personnes (tous réseaux sociaux confondus). Sur sa page Instagram, elle use de filtres en tenues sexy. Au micro, elle parle sexe sans filtre. Du fossé orgasmique (orgasm gap) entre les femmes et les hommes au plaisir féminin en solitaire, en passant par l’usage des sex toys et les pratiques BDSM, sa liberté de ton fait rimer sexe avec émancipation.

Et à l’ère post #Metoo, le harcèlement et les abus sexuels ne sont plus passées sous silence. Olini, qui proclame dans sa bio que le « consentement est sexy », intervient même dans les établissements scolaires pour sensibiliser la plus jeune génération à cette notion.

Avec Jeune Afrique par Eva Sauphie

La CAN innove avec un quatuor d’arbitres féminin pour Guinée-Zimbabwe

janvier 18, 2022

La Confédération africaine de football a désigné comme arbitre centrale la Rwandaise Salima Rhadia Mukansanga. Elle sera entourée d’une équipe entièrement féminine.

Salima Rhadia Mukansanga va diriger le quatuor d'arbitres feminin du match Guinee-Zimbabwe de la CAN ce mardi 18 janvier.
Salima Rhadia Mukansanga va diriger le quatuor d’arbitres féminin du match Guinée-Zimbabwe de la CAN ce mardi 18 janvier.© AFP

Ce mardi 18 janvier est incontestablement une date qui va compter dans l’histoire du football africain. Il marque un moment où le plafond de verre de l’arbitrage des matchs autour du ballon rond va être littéralement pulvérisé. En effet, la Rwandaise Salima Rhadia Mukansanga va devenir la première femme à arbitrer un match de Coupe d’Afrique des nations (CAN). Ce sera le GuinéeZimbabwe prévu à Yaoundé.

Aux JO de Tokyo, en 2021, Salima Rhadia Mukansanga avait eu l’opportunité d’officier. © AYMAN AREF / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Alors qu’elle avait déjà figuré parmi les arbitres de champ du tournoi olympique des Jeux de Tokyo cet été, l’arbitre rwandaise de 35 ans a également été la première femme quatrième arbitre d’un match de CAN, c’était le Guinée-Malawi du 10 janvier dernier. « C’est la première fois qu’une équipe entièrement féminine arbitrera un match de la CAN », a précisé la Confédération africaine de football dans un communiqué. La Camerounaise Carine Atemzabong et la Marocaine Fatiha Jermoumi assisteront Salima Rhadia Mukansanga, et la responsable de l’arbitrage vidéo sera la Marocaine Bouchra Karboubi.

Par Le Point avec AFP