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Fespaco : le Somalien Ahmed Khadar remporte l’Étalon d’or

octobre 24, 2021
Lors de la cérémonie du clôture du Fespaco, le 23 octobre 2021 à Ouagadougou, au Burkina Faso. © AFP

Le réalisateur somalien Ahmed Khadar a remporté samedi 23 octobre l’Étalon d’Or de Yennenga du 27e Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco) pour son premier long-métrage, « La femme du fossoyeur ».

Le jeune réalisateur de 40 ans, également de nationalité finlandaise et dont le film est tourné à Djibouti en version originale somali, n’a pas pris part à la cérémonie de clôture du festival dans la capitale burkinabè.

Le président du jury qui lui a décerné le prix, le Mauritanien Abderrahmane Sissako, a déclaré que « pour tout cinéaste africain c’est le plus beau prix qu’on puisse avoir, c’est toute une fierté ».

Né à Mogadiscio, Ahmed Khadar, également écrivain, immigre en Finlande à l’âge de 16 ans avec sa famille et obtient un statut de réfugié. Il réalise son premier court métrage, Me ei vietetä joulua, en 2014, puis deux autres en 2017, Yövaras, et 2018, The Killing of Cahceravga.

Histoire d’amour

Présenté en juillet au festival de Cannes dans le cadre de la Semaine internationale de la critique, « La femme du fossoyeur » avait reçu un bon accueil. Le film traite de l’histoire d’amour d’un couple vivant avec leurs fils dans un quartier pauvre de Djibouti.

Lorsque Nasra, l’épouse – interprétée par la mannequin canadienne née en Somalie Yasmin Warsame – est atteinte d’une grave maladie rénale et doit se faire opérer d’urgence, l’équilibre familial est menacé et son mari Guled, fossoyeur, doit trouver l’argent pour payer la coûteuse opération. Le film a également remporté le prix de la meilleure musique.

L’Étalon d’argent a récompensé « Freda« , de la Haïtienne Gessica Geneus et l’Étalon de bronze va à « Une histoire d’amour et de désir » de la Tunisienne Leyla Bouzid.

Le prix d’interprétation féminine est revenu à la Britannique d’origine sierra-léonaise Zainab Jah pour son rôle dans « Farewell Amor » de Ekwa Msangi (Tanzanie), tandis que chez les hommes Alassane Sy s’est illustré pour son rôle dans « Baamum Nafi » du Sénégalais Mamadou Dia.

Avec son film « Serbi » (Les tissus blancs) qui traite de la dignité de la femme dans une société patriarcale, le Sénégalais Moly Kane remporte le poulain d’or dans la section fiction court métrage. « Amani » de la Rwandaise Alliah Fafin et « Zalissa » de la Burkinabè Carine Bado reçoivent respectivement l’argent et le bronze.

Un festival « malgré l’adversité »

Les trophées ont été remis au Palais des sports de Ouaga 2000 par les présidents burkinabè Roch Marc Christian Kaboré et sénégalais Macky Sall, dont le pays était l’invité d’honneur de 27è Fespaco.

Se réjouissant d’avoir réussi au cours du festival la projection de « 500 œuvres au profit de 150 000 festivaliers » venus de 64 pays, « malgré l’adversité liée à l’« insécurité et à la Covid-19 », le délégué général du Fespaco Moussa Alex Sawadogo, a donné rendez-vous du 25 février au 4 mars 2023 à Ouagadougou pour la 28e édition du festival.

Un « mini Fespaco » itinérant doit avoir lieu dans le nord du Burkina Faso, région la plus touchée par les attaques jihadistes qui, en six ans, ont fait environ 2 000 morts et 1,4 millions de déplacés.

Par Jeune Afrique avec AFP

Burkina Faso : le Fespaco, enfin !

octobre 19, 2021
Lors de la cérémonie d’ouverture du 27e Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou, le 16 octobre 2021. © Issouf SANOGO / AFP

Initialement prévu en février, le Fespaco se tient cette semaine dans un contexte qui fleure bon la nouveauté. Fumet trompeur ou parfum de révolution audiovisuelle ? 

C’est ce 16 octobre que se sont allumés, pour une semaine, les lampions de la 27e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco). Si les discours « tarte à la crème » de ces grands-messes parfois foutraques ne manquent jamais d’invoquer renouveau et défis inédits, cette biennale est bien celle d’un « Fespaco d’après ».

« Fespaco d’après », l’inventaire du cinquantenaire de 2019. « Fespaco d’après », la crise sanitaire qui perturba tout autant les tournages que les rassemblements consacrés aux œuvres. « Fespaco d’après », les cérémonies populeuses en stade surchauffé, désormais tenues dans la climatisation d’un Palais des sports pour happy few. « Fespaco d’après », l’équipe dirigeante d’Ardiouma Soma, récemment remplacée par celle d’Alex Moussa Sawadogo. « Fespaco d’après », le début de la crise sécuritaire qui transforma le Sahel en « zone géographique déconseillée ». « Fespaco d’après », l’avènement de plateformes de streaming pour consommateurs obèses d’images en colliers. « Fespaco d’après », la glorieuse génération d’un « cinéma calebasse » moins caricatural qu’il n’y paraît… 

Transmission

Après la disparition des bâtisseurs du cinéma made in Africa Djibril Diop Mambéty, Sembène Ousmane ou Idrissa Ouédraogo, l’heure est à la transmission, comme l’a compris l’ancien lauréat de l’Étalon de Yennenga, Gaston Kaboré, qui fonda, dans ce même Faso hôte du festival, l’institut Imagine, consacré à la formation continue et au perfectionnement aux métiers du cinéma. Essentiel, lorsqu’on sait que production audiovisuelle numérique low-cost rime tout autant avec accès simplifié à la création qu’avec approximations dramaturgiques et techniques.

C’est d’ailleurs dans cette logique de transmission que deux sections du Fespaco nouveau s’adressent à la fois aux jeunes créateurs et aux jeunes cinéphiles. La section « perspectives » encourage les réalisateurs « qui sont à leur premier et deuxième long métrage ». Quant à la section « enfants » et son Fespaco Sukabè (« Fespaco enfants »), elle privilégie les films qui traitent des problématiques de cet âge avec « des histoires racontées du point de vue de leurs jeunes protagonistes ». 

TOUT AUTANT DÉVOTION NOSTALGIQUE QUE GLORIFICATION AVANT-GARDISTE, LE NOUVEAU CRU DU FESPACO ENTEND CÉLÉBRER L’ÉCLECTISME

Les anciens au service des jeunes : sept ans après le monumental long métrage Timbuktu, c’est à la tête du jury du Fespaco 2021 que l’on retrouve le plus jeune des aînés de la profession : Abderrahmane Sissako. Dans les couloirs du festival, le sexagénaire mauritanien croisera son conscrit tout aussi médiatisé : le Tchadien MahamatSaleh Haroun qui présente Lingui, les liens sacrés. 

« Cinémas d’Afrique et de la diaspora »

Tout autant dévotion nostalgique que glorification avant-gardiste, le nouveau cru du Fespaco entend célébrer l’éclectisme, « la diversité et la productivité du continent ». En tête de gondole et sur toutes les lèvres, le film d’ouverture, Atlantique, coche toutes les cases de l’ambition du moment : le métissage teinté de diaspora de l’auteure franco-sénégalaise Mati Diop, l’actualité de la thématique des migrations via l’océan et les lauriers internationaux – qui plus est féministes –, la réalisatrice étant la première femme d’origine africaine ayant remporté le Grand Prix du Festival de Cannes.

Autour du thème « Cinémas d’Afrique et de la diaspora, nouveaux regards, nouveaux défis » et sous l’œil de l’invité d’honneur – le cinéma sénégalais –, la biennale (qui a reçu 1 132 œuvres) présente au total 239 films dont 70 en sélection officielle et 15 longs métrages en compétition pour l’Étalon d’or de Yennenga. Des œuvres issues de 50 pays et réparties en six catégories : fiction, documentaires, animation, courts métrages, films d’école et séries.

La ville burkinabè qui se dit toujours capitale du cinéma africain abritera des milliers de projections, mais aussi des colloques, notamment pour approfondir la délicate réflexion sur le financement et la distribution des œuvres cinématographiques africaines.  

L’AFRIQUE EST LA ZONE QUI COMPTE LE MOINS DE SALLES DE CINÉMA PAR HABITANT, AVEC UN GRAND ÉCRAN POUR 787 402 AFRICAINS

Une étude récente de l’Unesco constatait que le potentiel économique du secteur audiovisuel africain restait « largement inexploité sur la quasi-totalité du continent ». L’Afrique est la zone qui compte le moins de salles de cinéma par habitant, avec un grand écran pour 787 402 Africains. La réflexion indispensable doit intégrer les deux extrémités du problème économique actuel : la délicate budgétisation d’œuvres africaines indépendantes et l’émergence de supports plus ou moins bienveillants, comme les plateformes de streaming, qui dissolvent subtilement la frontière entre petit et grand écran, ou des chaînes Youtube gavées de contrefaçons.

Mais si le « Fespaco d’après » est confronté à des opportunités et écueils nouveaux, il ne saurait faire l’économie d’interrogations économiques aussi vieilles que le cinéma lui-même : quelle créativité pour quel public et quelle rentabilité commerciale ? 

Le week-end prochain dira si le « Fespaco d’après » fut réellement un Fespaco nouveau sur l’autel duquel on aura sacrifié les fameux fondamentaux du festival : le désordre joyeux, la galvanisation de la population et le snobisme du snobisme. Les mois qui suivront diront si le cinéma africain, à l’aide ou non du Fespaco, a su résister à l’obsession du regard occidental et aux sirènes des facilités narratives issues de la multiplication des écrans. 

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Fespaco : l’exhumation culturelle de l’icône Sankara

mars 2, 2017

L’œil de Glez. © Glez / J.A.

Feu Thomas Sankara est à la mode, singulièrement depuis la chute de son successeur Blaise Compaoré ; pour le meilleur de la culture et le pire de la récupération politique…

« Bienvenue au pays de Thomas Sankara ». La phrase a été lancée, samedi dernier, par le ministre burkinabè de la Culture et des Arts, Tahirou Barry, à l’ouverture du Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou. Dans la bouche de celui qui est aussi ministre du Tourisme, le big-up semble réduire l’ancien président du Faso à un mythe dont on visite le territoire enchanté comme une falaise malienne ou un fort béninois. Et ceci d’autant plus que le parti politique auquel appartient le ministre rallié promeut des positions souvent plus réactionnaires que révolutionnaires. À sa décharge, la confusion idéologique est à son comble au Faso post-insurrectionnel, puisque Barry partage le banc du conseil des ministres avec des Sankaristes eux-mêmes accoquinés avec les anciennes groupies de celui qui s’assit sur le trône ensanglanté, pour 27 ans, en octobre 1987.

Qu’importe si l’icône « guevarienne » africaine fait l’objet de récupération politicienne, tant que l’adhésion populaire est sincère. Même si les scores électoraux des héritiers officiels du père de la Révolution ne sont guère reluisants, l’adhésion au personnage est patente. Le Faso dan fani traditionnel est tendance et le poing rageur n’a pas été déclassé par les quenelles des faux rebelles. Quant au monde du cinéma, il est bien légitime à surfer sur la vague « sankariste », tant l’ancien chef de l’État avait fait la promotion du septième art.

Un prix Thomas Sankara

Au cours de cette 24e édition du Fespaco qui s’achève ce week-end, Sankara apparaît dans le court métrage « Twaaga » de Cédric Ido et dans le documentaire « Capitaine Thomas Sankara » de Christophe Cupelin. Sur la scène de la cérémonie d’ouverture, il était tout à la fois dans les injonctions du rappeur burkinabè Smockey et dans les chants du reggaeman ivoirien Alpha Blondy. Du côté des récompenses cinématographiques, la Guilde africaine des réalisateurs et producteurs va décerner, pour la deuxième fois consécutive, le prix Thomas Sankara à un film en compétition officielle dans la catégorie court métrage.

Gageons que l’overdose ne succédera pas à la censure, comme l’indigestion au jeûne. Et espérons que l’exhumation idéologique sera plus fructueuse que le déterrement de la dépouille, il y a presque un an. Le Burkinabè moyen a une certitude et un doute : la certitude d’idolâtrer « Thom’ Sank » et le doute de voir la justice rendue dans l’affaire de son assassinat. Même sous un régime sankara-compatible…

Jeuneafrique.com par Damien Glez, dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

Ouagadougou: Décès du jeune cinéaste burkinabè, Adma Sallé

juillet 23, 2014

Le cinéaste Adama Sallé

Le cinéaste burkinabè Adama Sallé

Le jeune réalisateur burkinabè, Adama Sallé, âgé de 33 ans et lauréat aux dernières éditions du Festival panafricain du cinéma et de l’audiovisuel de Ouagadougou (FESPACO) et de Clap Ivoire, est décédé lundi des suites de maladie, a appris APA, mercredi, de sources proches du milieu cinématographique, dans la capitale burkinabè.

Selon l’une de ces sources concordantes, ‘’Adama Sallé, l’un des talents du 7e art du Burkina Faso, est décédé le lundi 21 juillet 2014 au Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo de Ouagadougou, des suites de maladie ».

Le jeune cinéaste souffrait, selon sa productrice, Sophie Salbot, de la dengue hémorragique et d’insuffisance rénale.

Celui que le monde du cinéma burkinabè, en particulier et de la culture en général, pleure, a été révélé au public grâce à son court-métrage intitulé ‘’Tao-Tao ».

Avec cette production, il a remporté en 2013, le grand prix UEMOA Kodjo Ebouclé du meilleur film à la 13e édition de Clap Ivoire, ce festival de courts métrages (documentaire et fiction) destiné aux jeunes cinéastes de l’Union économique et monétaire ouest-africaine(UEMOA).

Son film avait également remporté au FESPACO 2013, le prix de la meilleure interprétation féminine grâce à Alizéta Guiré, une novice qu’il avait sue diriger.

Adama Sallé est né en 1981 à Zaongo, un village au centre-est du Burkina Faso. Après des études en communication à l’Université de Ouagadougou, il a fait ses premiers pas dans le monde artistique à travers la littérature en publiant aux éditions Le Manuscrit un roman intitulé « Un mariage oblique ».

Il a appris à maîtriser le cinéma à l’Ecole supérieure des arts visuels(ESAV) de Marrakech(Maroc).

Son premier film « L’or blanc » a reçu au FESPACO 2011 le prix René Monory de la meilleure école de cinéma africain et le prix de la meilleure fiction des écoles du festival panafricain.

Apanews.net