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Canada-Festival international de poésie: l’émotion est immunisée contre le virus

octobre 2, 2021

C’est à une autre édition atypique du Festival international de poésie de Trois-Rivières qu’est convié le public depuis vendredi. Une édition qui, pour une seconde année, porte le sceau de la pandémie avec l’absence de poètes étrangers, des lieux de diffusions limités en nombre et quant aux places disponibles et la liste des événements raccourcie par rapport aux sommets de 2019. Malgré le contexte, l’émotion, ingrédient essentiel de l’évènement, est bien là et peut-être plus que jamais.

Le Festival international de la poésie de Trois-Rivières a lancé ses activités vendredi avec l’inauguration du parc Herménégilde Chiasson qui portera le nom de ce poète acadien pour la durée du festival. Sur la photo on reconnaît Gaston Bellemare, président du FIPTR et la directrice générale, Maryse Baribeau.

© Sylvain Mayer Le Festival international de la poésie de Trois-Rivières a lancé ses activités vendredi avec l’inauguration du parc Herménégilde Chiasson qui portera le nom de ce poète acadien pour la durée du festival. Sur la photo on reconnaît Gaston Bellemare, président du FIPTR et la directrice générale, Maryse Baribeau.

«L’atmosphère ne sera pas la même, convient le président et fondateur Gaston Bellemare, mais il est très important qu’on le présente parce que les gens en ont besoin. Le public a compris ce que nous disons depuis le début: l’évènement est à eux. Et disons que dans les circonstances actuelles, la poésie est particulièrement précieuse.»

La gestion du FIPTR a été on ne peut plus complexe et même problématique. Les normes sanitaires ont changé et continuent de fluctuer. «Ce n’est pas compliqué, ça change d’un jour à l’autre. Là, on sait qu’il va nous falloir prévoir du personnel aux portes de chaque établissement pour s’assurer qu’on respecte partout les normes. Encore tout dernièrement, le propriétaire d’un établissement m’expliquait qu’il était heureux d’accueillir un poète dans son restaurant mais que celui-ci devrait rester assis pour lire ses poèmes parce que debout, il serait tenu de porter un masque. Peux-tu imaginer un poète en train de lire sa poésie avec un masque dans la figure?», ricane malgré tout le président.

«Ça entraîne évidemment des situations assez particulières. Au Zénob, espace déjà très restreint mais que les poètes adorent parce que l’atmosphère est toujours exceptionnelle, on va être limité à seulement 15 personnes.»

«C’est évident que tout est compliqué. On ne pourra pas recevoir de poètes de l’étranger. Mais nous, on travaille là-dessus depuis deux ans. Parce que les invités doivent recevoir l’invitation longtemps à l’avance pour être en mesure non seulement d’assurer la logistique mais aussi d’aller chercher l’aide financière de leur université ou d’autres partenaires pour venir. C’est toujours un processus très complexe et en bout de ligne, tout ce travail aura été fait pour rien.»

Par ailleurs, certains invités canadiens ont décliné l’invitation par crainte du virus ou parce qu’ils n’étaient pas adéquatement vaccinés. Il reste qu’en bout de ligne, au dernier décompte officiel, on en recevra 36.

Herménégilde Chiasson à l’honneur

C’est le poète acadien Herménégilde Chiasson qui a été choisi par la direction artistique de l’évènement pour être le poète à l’honneur pour cette 37e édition. L’artiste reçoit l’hommage avec autant de modestie que de plaisir. «J’avoue que je suis toujours mal à l’aise devant ce genre de reconnaissance, dit-il depuis Moncton, mais je suis très heureux que ça me vienne du Festival de Trois-Rivières. C’est toujours très agréable d’y participer. Gaston s’est toujours fait un point d’honneur de présenter des poètes acadiens, ce que j’apprécie vivement.»C’est le poète acadien Herménégilde Chiasson qui est le poète à l’honneur de la 37e édition du Festival international de poésie de Trois-Rivières.© Rachelle Bergeron C’est le poète acadien Herménégilde Chiasson qui est le poète à l’honneur de la 37e édition du Festival international de poésie de Trois-Rivières.

«J’avoue que la première fois que j’y ai pris part, j’ai été très impressionné. Il y avait des poètes de partout dans le monde et j’étais plutôt intimidé mais, on m’a traité comme un écrivain à part entière, sur le même pied que n’importe quel autre invité, Je l’ai beaucoup apprécié.»

Lui qui vit dans une ville, Moncton, dont la population est aux deux-tiers anglophone et où le français n’est peut-être pas toujours reconnu à sa juste valeur, il dit apprécier beaucoup ses séjours trifluviens. À preuve, il calcule être venu une quinzaine de fois au FIPTR. «C’est une grande détente pour moi de me retrouver dans un milieu complètement francophone où la poésie est célébrée. J’ai vécu trois ans à Paris à une certaine époque et le fait d’être replongé dans un milieu où le français a toute la place me fait toujours beaucoup de bien.»

«Non seulement l’accueil de l’organisation est toujours exceptionnel, mais j’aime la chaleur du public de chez vous. Je suis toujours ébloui par la grande écoute dont font preuve les spectateurs lors de nos lectures, par exemple. Ce sont souvent des endroits publics où les gens se retrouvent pour discuter et dès qu’un poète commence à lire ses poèmes, les gens lui offrent un silence et une écoute fabuleuse. C‘est très impressionnant.»

De la poésie d’Herménégilde Chiasson, Gaston Bellemare dit qu’elle part de mots simples pour véhiculer des images qui viennent du cœur et qui s’adressent au cœur. Le poète ne nie pas. «L’accessibilité est quelque chose d’important à mes yeux. Peut-être suis-je inspiré par une certaine poésie américaine qui se veut souvent narrative, qui raconte des histoires ou des moments d’une façon très proches des gens. Je trouve qu’il faut se rendre aussi accessible que possible à ceux qui nous écoutent. Quand le public lit, il peut toujours reprendre des passages à répétition mais à l’oral, on n’a pas ce luxe: il faut établir une connexion immédiate.»

La profondeur émotionnelle de ses écrits est peut-être aujourd’hui accentuée par la pandémie qui nous afflige. «J’ai longtemps eu tendance à écrire sur la politique, le vécu collectif mais la pandémie qui nous a isolés les uns des autres a fait que je me suis tourné davantage vers les petites choses du quotidien. Je suis passé du grand nous au je et j’espère arriver à rejoindre le je de ceux qui vont m’écouter.»

Pendant la durée de l’évènement, du 1er au 10 octobre, la place d’Armes de la rue des Ursulines, devant le Manoir de Tonnancour, portera le nom de parc Herménégilde Chiasson. «C’est un très grand honneur, commente celui qui fut le tout premier poète acadien invité au FIPTR. Il y a tellement d’autres poètes qui écrivent mieux que moi qui l’auraient mérité. Ça m’a fait une drôle d’impression quand Gaston m’a appelé pour me le proposer. J’en suis très fier.»

L’Acadien sera chez nous à partir du 6 octobre pour plusieurs activités de lecture et même un entretien de plus longue durée. On peut savoir où auront lieu ces évènements en consultant la programmation du FIPTR au www.fiptr.com.

Avec François Houde – Le Nouvelliste