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Affaire Chebeya en RDC : le général John Numbi a fui le pays

mars 22, 2021
John Numbi au tribunal, à Kinshasa, en janvier 2011.

Jamais mis en cause mais régulièrement soupçonné d’avoir été le commanditaire de l’assassinat de Floribert Chebeya et de son chauffeur Fidèle Bazana, le général John Numbi, introuvable depuis plusieurs semaines, a quitté le pays, selon plusieurs sources sécuritaires.

Où se trouve le général John Numbi ? C’est la question qui anime les services de sécurité et l’entourage présidentiel depuis ce week-end. Longtemps l’un des généraux les plus en vue de l’armée congolaise, ce haut gradé, sous sanctions internationales, très proche de l’ancien président Joseph Kabila, était retiré depuis plusieurs mois dans sa ferme de Lubumbashi, dans le Haut-Katanga. Introuvable ces dernières semaines, l’ex-inspecteur général des forces armées congolaises a, selon nos informations, bel et bien fui le pays.

L’information, qui a circulé dès le 20 mars sur le compte Twitter de Georges Kapiamba, président de l’Association congolaise pour l’accès à la justice (Acaj), a été confirmée à Jeune Afrique par plusieurs sources sécuritaires. La destination exacte du général Numbi reste cependant encore incertaine. « Les services qui ont perquisitionné sa ferme n’ont pas pu le retracer », précise une source sécuritaire, qui affirme que le général de 59 ans « a d’abord été aperçu en Zambie ». Une seconde source, dans l’entourage de Félix Tshisekedi cette fois, confirme que John Numbi a pris la direction du Zimbabwe.

La rencontre Kabila-Mnangagwa

Ni Harare, ni Kinshasa n’ont à ce stade confirmé que le général s’y était réfugié. Le Zimbabwe est néanmoins un pays dont l’administration Kabila était très proche. L’ancien président s’y est d’ailleurs rendu le 2 mars dernier, à la fin d’une tournée qui l’a mené à Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis, et Dar es Salaam, en Tanzanie. À l’occasion de son escale à Harare, l’ancien président avait, selon nos informations, dîné avec le chef de l’État Emmerson Mnangagwa.

Mis à l’écart de l’armée en juillet 2020 à l’issue d’un vaste remaniement au sein des Forces armées de la RDC (FARDC), John Numbi était ces dernières semaines confronté aux nouvelles révélations de deux policiers dans l’affaire de l’assassinat de Floribert Chebeya et de Fidèle Bazana, les deux défenseurs des droits de l’homme tués en juin 2010. Deux procès ont eu lieu et quatre condamnations à mort ont été prononcées dans cette affaire emblématique de la dernière décennie, mais le général John Numbi, régulièrement soupçonné par les parties civiles d’être le commanditaire de ce crime, n’a jamais été inquiété. L’homme, qui était le patron de la police congolaise au moment des faits, a toujours nié le rôle qui lui est prêté dans cette affaire.

Depuis les révélations des deux policiers, l’étau a semblé progressivement se resserrer autour du général Numbi, alors que la justice s’intéresse à plusieurs autres protagonistes de l’affaire Chebeya. Jacques Mugabo, condamné à la peine de mort par contumace en 2011, a été arrêté mi-février dans le Katanga, où il vivait caché depuis plusieurs années. Le général Zelwa Katanga – dit Djadjidja -, également cité par les deux policiers comme ayant été l’un des commanditaires,  a quant à lui été placé en résidence surveillée. Deux rebondissements qui interviennent plusieurs mois après l’arrestation, en septembre 2020, du major Christian Ngoy, très proche collaborateur de Numbi.

Avec Jeune Afrique par Romain Gras et Stanis Bujakera Tshiamala

RDC: perpétuité requise pour les policiers accusés du meurtre du militant Chebeya

août 13, 2015

Kinshasa – Le ministère public a requis jeudi la prison à perpétuité dans le procès en appel de cinq policiers accusés de l’assassinat, en juin 2010, du militant des droits de l’Homme Floribert Chebeya, a constaté une journaliste de l’AFP.

Le procureur a requis une peine de servitude pénale à perpétuité pour association de malfaiteurs et assassinat contre les cinq prévenus présents devant la Haute cour militaire de la République démocratique du Congo.

Ce réquisitoire rejoint les demandes formulées par les avocats des parties civiles dans leur plaidoirie de la semaine dernière.

Fondateur de l’ONG la Voix des sans-voix (VSV), Chebeya a été retrouvé mort le 2 juin 2010, après avoir été convoqué au siège de l’inspection générale de la police pour y rencontrer le général John Numbi, qui était alors chef de la police.

Le général, suspendu de ses fonctions peu après l’assassinat, a toujours nié avoir donné ce rendez-vous, mais les parties civiles le considèrent comme le suspect numéro un, dans ce crime d’État dont, selon elles, Chebeya a été victime.

Quant au chauffeur de Chebeya, Fidèle Bazana, il a disparu après l’avoir déposé à ce rendez-vous, et la justice a conclu qu’il avait lui aussi été assassiné. Son corps n’a jamais été retrouvé.

Le réquisitoire du ministère public répond à la mémoire des défenseurs des droits de l’Homme Chebeya et Bazana qui se sont battus tout au long de leur vie contre la peine capitale, s’est réjoui Me Richard Bondo, avocat des parties civiles.

Pour Me Bokata Ikundaka, avocat du principal accusé, le colonel Daniel Mukalay, le réquisitoire est extrêmement dur. En terme de droit, c’est quelque chose de lourd et de sérieux, a-t-il ajouté.

Me Didier Dimina, avocat du colonel Georges Kitungwa Amisi, acquitté en première instance, a de son côté indiqué qu’il va plaider pour montrer que l’accusation (…) n’est fondée que sur des simples affirmations [sans] preuve.

Militant connu et respecté, M. Chebeya était devenu très critique vis-à-vis du pouvoir du président Joseph Kabila, à la tête de la RDC depuis 2001.

Les avocats de la défense doivent commencer leur plaidoirie le 20 août.

Au terme du procès en première instance, en 2011, et après une enquête dénoncée comme bâclée par les parties civiles, des organisations de défense des droits de l’Homme et plusieurs chancelleries occidentales, quatre policiers avaient été condamnés à mort (dont trois par contumace). Un autre avait été condamné à perpétuité et trois agents acquittés.

Le procès en appel s’est ouvert en juin 2012. Après près de deux ans d’interruption, il a repris en avril de cette année.

La Haute Cour a alors décidé rapidement de suspendre les poursuites en appel contre trois des policiers condamnés à mort et aujourd’hui en fuite.

L’un d’eux, le major Paul Mwilambwe, contre qui une procédure est ouverte au Sénégal dans le cadre de l’affaire Chebeya, a mis en cause le général Numbi dans la mort du militant.

Romandie.com avec(©AFP / 13 août 2015 19h34)