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Tchad : le successeur d’Idriss Déby Itno devra compter sur le FMI

avril 21, 2021
Mahamat Idriss Deby, le fils d’Idriss Déby Itno qui présidera la transition.

Le Covid-19 et les cours du pétrole ont fragilisé une économie mise à mal par l’explosion des dépenses sécuritaires. Mais une enveloppe de 560 millions de dollars a été promise en janvier à N’Djamena.

« La mort du président tchadien Idriss Déby risque de provoquer une instabilité politique dans ce pays producteur de pétrole et dans l’ensemble de la région d’Afrique centrale, avec un impact potentiel sur le secteur pétrolier », s’inquiète l’agence de notation S&P Global au lendemain de l’annonce du décès du chef d’État, qui venait d’être élu pour un sixième mandat à la tête du pays.

Il faut dire que la lutte contre le terrorisme (Boko Haram, État islamique) et les rébellions (notamment du Conseil de commandement militaire pour le salut de la République et du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad) pesait lourd sur une économie d’à peine 12,5 milliards de dollars.

Avec 1,5 milliard de barils de réserves pétrolières prouvées et une production d’environ 140 000 b/j, le Tchad est le dixième producteur d’Afrique. L’or noir représente 90 % de ses exportations, environ 40% des recettes publiques et 20% du PIB.

Le secteur agricole (céréales, gomme arabique, coton et élevage) et l’industrie tertiaire (banques, commerce, télécoms etc.) représentent respectivement environ 40% de l’économie.

Dette pétrolière

Avant même les chamboulements auxquels le pays fait désormais face, le Tchad s’était déjà lourdement endetté, notamment auprès du trader Glencore via des prépaiements de sa future production pétrolière, faisant face à une crise aiguë de liquidités, malgré un pourcentage d’endettement somme toute raisonnable, à 42 % du PIB.

Cet étranglement des finances publiques, aggravé par la crise du Covid-19, a poussé le pays à demander, fin janvier, à bénéficier du nouveau cadre de restructuration des dettes mis en place en novembre 2020 par le G20. Un cadre qui pousse les créanciers privés – dont Glencore – à s’engager au moins autant que les prêteurs publics.

À la même période, le FMI et N’Djamena ont conclu un accord dans le cadre de la Facilité élargie de crédit et du Mécanisme élargi de crédit portant sur 560 millions de dollars sur quatre ans.

« Le programme à moyen terme des autorités est axé sur des réformes ambitieuses visant à soutenir le redressement post-crise et la réduction de la pauvreté, ainsi qu’à rétablir la viabilité de la dette », avait annoncé l’institution qui a revu à la baisse, en avril (avant l’annonce du décès d’Idriss Déby Itno), ses prévisions de croissance pour le pays cette années, ramenée à 2,1%, contre une anticipation à 6,1 % six mois plus tôt.

Déficit commercial et réserves de change taries

L’institution internationale se prononce rarement – en public – sur les transitions politiques dans ses pays d’intervention. Et le calendrier précis de déboursement de l’enveloppe de 560 millions de dollars promise en début d’année n’est pas connu.

Mais il ne fait aucun doute, toutefois, que tant sur les volets budgétaires que sur le renforcement des réserves de devises du pays, les nouvelles autorités tchadiennes devront compter sur l’appui du Fonds. Et ce d’autant plus que « l’insécurité régionale persistante pourrait perturber le commerce bilatéral et mettre sous tension les finances publiques », avertissait il y a quelques mois la Banque mondiale.

Selon les projections, les recettes du gouvernement tchadien étaient attendus en baisse de 10 % à 747 milliards de F CFA par rapport à l’année précédente, pour des dépenses en progression de 10,5 % à 1 177 milliards de F CFA.

Pour ne rien arranger, la balance commerciale (échange de biens) du pays avait périclité en 2020, passant d’un excédent de 676 milliards de F CFA à un déficit de 3 milliards selon les projections du Fonds, qui anticipait il y a encore quelques mois un « rebond » à 198 milliards de F CFA en 2021. Et les réserves de change du pays plafonnent à 300 millions de dollars loin des 1,1 milliard d’avant la crise pétrolière.

Les réformes auxquelles s’étaient engagés l’exécutif tchadien auprès du FMI comprenaient, entre autres, l’amélioration du climat et le renforcement du secteur bancaire, de la transparence – notamment dans l’attribution des marchés publics – et de la gouvernance (lutte contre la corruption, déclarations de patrimoine…).

Dans un message publié ce 21 avril, Kristalina Georgieva, la dirigeante du FMI, a exprimé ses condoléances au peuple tchadien et salué la mémoire « d’un dirigeant qui a consacré sa vie à son pays et à la sécurité de la région du Sahel. 

Avec Jeune Afrique par Nelly Fualdes

En RDC, le FMI s’inquiète des pressions sur les dépenses et de la faiblesse des recettes

février 28, 2020

Le palais du peuple à Kinshasa, qui abrite le Parlement congolais.

Le palais du peuple à Kinshasa, qui abrite le Parlement congolais. © Wikimedia/CC

 

Clôturant sa mission dans le pays, le Fonds monétaire internationale (FMI) se dit globalement satisfait, mais exprime des inquiétudes à l’issue de sa mission à Kinshasa sur le programme de référence approuvée avec le gouvernement.

Une équipe d’experts du FMI, dirigée par Mauricio Villafuerte son responsable Afrique, s’est rendue à Kinshasa du 19 au 25 février pour discuter de l’évolution du programme de référence approuvé en décembre dernier, mettre à jour le cadre macroéconomique et discuter des conclusions de la récente évaluation des sauvegardes de la banque centrale.

La mission du FMI note notamment, que l’exécution du budget 2020 jusqu’à mi-février soulève des inquiétudes liées aux pressions sur les dépenses et à la faiblesse des recettes, qui ont entraîné de nouvelles avances de la Banque centrale du Congo (BCC) au gouvernement et l’érosion de ses réserves en devises.

La banque centrale n’a pas vocation de financer le gouvernement

Fin janvier, le solde négatif de 114 milliards de francs congolais (50,7 millions d’euros) a été couvert par la souscription aux bons de trésor de 42 milliards de francs congolais et des avances de la Banque centrale du Congo de 94 milliards de francs congolais, détaille le ministère de Finances.

Pour Philippe Egoumé, représentant du FMI à Kinshasa, la Banque Centrale du Congo n’a pas vocation de financer le gouvernement. Elle a pour rôle de maintenir la stabilité macroéconomique et la stabilité interne (la vie interne et le taux de change). Le recours fréquent aux avances de la banque centrale ont pour conséquence la réduction des réserves de change. Si ces réserves baissent à une semaine d’importation, la banque centrale ne sera en mesure de stabiliser la monnaie, a-t-il souligné.

Le pire a été évité entre janvier et mi-février

La deuxième semaine du mois de février a connu une inflation de 0,102 % au niveau national et 0,097 % à Kinshasa, indique l’Institut national de la statistique (INS). Une inflation attribuée à l’augmentation de prix des biens et services sur le marché. En cumul, cette l’inflation a atteint 0,659% au niveau national et 0,681 % à Kinshasa.

Pour stabiliser les prix, la banque centrale a dû intervenir en injectant beaucoup de devises en dollars sur le marché de change, afin de retirer la masse monétaire de francs en circulation, après paiement des agents et fonctionnement, souligne une source de la banque centrale.

En injectant des devises sur le marché, les réserves de la banque centrale ont baissé. Ces devises ne peuvent être inférieures à trois mois d’importation, sinon la banque ne saura jouer son rôle de maintenir la stabilité.

Objectifs quantitatifs atteints

Toutefois, les données préliminaires du rapport du FMI soulignent que tous les objectifs quantitatifs et repères structurels à fin décembre 2019, dans le cadre du programme de référence, ont été atteints. Jusqu’à présent, la situation macroéconomique est restée relativement stable, souligne le communiqué de la mission du FMI.

Pour éviter tout recours aux avances de la banque centrale, la mission a recommandé au gouvernement de mobiliser davantage des recettes publiques. Elle a salué les mesures prises par les autorités pour contenir les dépenses à l’avenir et les a exhorté à intensifier la mobilisation des recettes.

Le programme de référence entre le gouvernement congolais et le FMI court jusqu’à mai 2020. C’est à l’issue de ce programme test que la conclusion d’un accord formel avec le FMI sera envisageable.

Avec Jeuneafrique par Stanis Bujakera Tshiamala

 

Antoinette Sayeh, deuxième Africaine numéro deux du FMI après Ouattara

février 26, 2020

Antoinette Sayeh, en 2009

Antoinette Sayeh, en 2009 © IMF Staff Photo/Robert Giroux (CC)

 

Antoinette Sayeh, ancienne ministre des Finances du Liberia, devient directrice générale adjointe du Fonds monétaire international. Elle secondera la Bulgare Kristalina Georgieva, directrice générale de l’institution internationale depuis le mois de décembre dernier.

Antoinette Sayeh, 62 ans, rejoindra l’équipe de directeurs généraux adjoints qui épaulent Kristalina Georgieva dans ses missions à la tête de FMI, à compter du 16 mars, après le feu vert du conseil d’administration.

Kristalina Georgieva salue, à l’occasion de la nomination, les huit années passées à la tête du département Afrique du FMI par Antoinette Sayeh (2008-2016). À ce titre, la Libérienne a mené une « transformation en profondeur de la relation entre le FMI et nos pays membres africains », décrit Kristalina Georgieva. Elle était alors devenue la première femme à diriger ce département.

Confrontée à des dysfonctionnements au sein de la Banque des États d’Afrique centrale (BEAC), elle a notamment dû gérer la crise entre le FMI et la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, ou encore suspendre toute aide du FMI au Mozambique, pris sur le fait de dissimulation de dette à hauteur d’un milliard de dollars.

Antoinette Sayeh était également en première ligne pour réagir aux conséquences économiques de l’épidémie d’Ebola en 2014, après avoir mené une croisade contre les subventions aux produits énergétiques et agricoles.

Retour au FMI

Dès 2010, Antoinette Sayeh confiait à Jeune Afrique sentir le tropisme africain de Dominique Strauss-Kahn, devenu entre temps conseiller économique de nombreux États africains.

Inquiète du péril du chômage de masse en Afrique, Antoinette Sayeh n’oublie pas la relation entre les politiques budgétaires et les efforts de lutte contre la pauvreté.

Après une parenthèse de quatre ans, au cours de laquelle l’ancienne ministre des Finances du Liberia (2006-2008) est chercheuse invitée au Centre de recherches pour le développement international au Canada, associé aux travaux de la Banque mondiale, elle revient donc dans les bureaux du FMI.

Un pied au Liberia, un à Washington

Le va-et-vient entre les institutions publiques libériennes et les institutions multilatérales lui est familier : après un début de carrière en tant que fonctionnaire aux ministères des Finances et de la Planification du Liberia, elle avait ensuite passé 17 ans à différents postes à responsabilités au sein de la Banque mondiale.

Désormais si près du sommet du FMI qu’un Africain puisse être (la direction de l’institution revenant par coutume à un Européen), Antoinette Sayeh, titulaire d’une licence en économie et d’un doctorat en relations économiques internationales obtenues dans des universités américaines, emboîte le pas à Alassane Ouattara, DGA de l’organisation de 1994 à 1999.

Avec Jeuneafrique par Anthony Drugeon

Le FMI valide un programme d’aide au Congo-Brazzaville

juillet 11, 2019

Siège du FMI, à Washington. © Cliff Owen/AP/SIPA

 

Le conseil d’administration du FMI a approuvé le 11 juillet un programme triennal à destination de la République du Congo portant sur un montant de 448,6 millions de dollars. Une première tranche, de 44,9 millions de dollars, doit être immédiatement débloquée.

Si le FMI n’a pas encore rendu public le communiqué relatif à la réunion de son conseil d’administration au sujet de la République du Congo, ce 11 juillet vers 11h30 (heure de Washington) la Primature a quant à elle déjà annoncé la conclusion de l’accord tant attendu pour un arrangement financier au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC).

Cet accord, d’un montant de 448,6 millions de dollars (399 millions d’euros) sur trois ans, « doit permettre à la République du Congo de retrouver une stabilité macroéconomique et de poser les bases d’une croissance plus forte et plus inclusive », estime le FMI dans un communiqué que Jeune Afrique a pu consulter. Une première tranche, de 44,9 millions de dollars, doit être immédiatement débloquée.

Ballon d’oxygène pour les finances publiques

Ce ballon d’oxygène va constituer un répit de taille pour ce pays d’Afrique centrale englué dans une dette estimée à 10,7 milliards de dollars. « Cette décision devrait avoir un impact sur les dépenses de l’État et les revenus », souligne-t-on à l’OCDE, où l’on ajoute que « le pays devrait de nouveau pouvoir faire appel aux créanciers internationaux ».

Cette signature, en présence du ministre des Finances Calixte Ganongo, met un terme à plus de deux ans de négociations entre Brazzaville et l’institution de Bretton Woods. Les discussions, engagées en mars 2017, avaient en effet été suspendues quelques mois plus tard, après la découverte par le FMI de l’ampleur de la dette du pays. Le FMI avait depuis conditionné son retour à une politique de rigueur budgétaire et d’assainissement des finances publiques, ainsi qu’à une renégociation de la dette du Congo auprès de ses principaux créanciers.

Début mai, la dernière mission de l’institution financière internationale avait rouvert la porte à un nouveau programme, saluant notamment l’accord conclu le 29 avril à Pékin entre les autorités chinoises et congolaises sur le rééchelonnement des quelque 3,15 milliards de dollars de dette congolaise détenus par la Chine, ce qui correspondrait à 35 % de la dette totale. Cet accord, dont le contenu n’avait pas été rendu public, a fait couler beaucoup d’encre, y compris parmi les conseillers du gouvernement congolais, Matthieu Pigasse, patron de la Banque Lazard, et Dominique Strauss-Kahn, de la société Parnasse, qui souhaitaient s’assurer qu’il s’agissait bien d’une réelle restructuration et non d’un simple aménagement de dette.

Poursuivre les efforts en matière de gouvernance

Le FMI avait également demandé à ce que Brazzaville fasse des progrès sur les négociations liée à sa dette (environ 30 % du total) contractée par la Société nationale des pétroles (SNPC) auprès des deux traders que sont Trafigura et Glencore. D’autres groupes s’estiment eux aussi lésés, comme Commisimpex, une société de construction dirigée par Mohsen Hojeij. Ce dernier estime à 1,2 milliard de dollars la dette que lui doit le Congo-Brazzaville. «Le FMI a demandé au Congo de négocier avec les deux autres groupes de créanciers importants avec lesquels il est en défaut. Il est manifestement injuste que le FMI semble favoriser un groupe de créanciers au détriment des autres », s’est plaint l’un de ses avocats dans un récent courrier adressé au nouveau patron intérimaire du FMI.
Au-delà de la renégociation de la dette, le changement d’attitude du FMI a été conditionné par les progrès du Congo dans la réduction de son déficit budgétaire, passé de 12,5% du PIB en 2017 à 4 % aujourd’hui.

« Cette amélioration est due en partie à la hausse de 13 % des recettes liées au prix du pétrole mais aussi à la baisse de 24 % des dépenses budgétaires dans le cadre de la consolidation budgétaire de la Cemac », détaille Arthur Minsat, chef du bureau Europe, Moyen-Orient et Afrique à l’OCDE, ajoutant qu’il faut prendre aussi en compte « la reprise des IDE dans le champ pétrolier du Moho Nord qui a permis des retombées financières pour le gouvernement, au même titre que des investissements dans les transports et l’énergie. Reste à savoir si en temps de restriction budgétaire, le gouvernement va continuer à investir ».

À présent sous haute vigilance, le Congo-Brazzaville devra continuer ses efforts sur le plan de sa gouvernance et sur la transparence dans la gestion de la dette. Le pays se situe au 165e rang sur 180 dans le classement 2018 de Transparency International, qui mesure la perception de la corruption. Il sera également attendu au tournant sur sa capacité à mener la diversification de son économie, qui tire encore aujourd’hui 80 % de ses ressources budgétaires dans l’or noir.

Soulagement pour la Cemac

Ce nouveau plan du FMI devrait également apporter un bol d’air frais à l’ensemble de la  Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) en vue de reconstituer les réserves de change de la zone.  De fait, le FMI a conclu des accords avec le Cameroun, le Gabon, et le Tchad en 2017 sans pouvoir jusqu’alors faire aboutir ceux engagés avec le Congo-Brazzaville et la Guinée équatoriale.

Le Congo-Brazzaville, qui était un des principaux contributeurs de la Cemac, a vu ses réserves s’effondrer après le contre-choc pétrolier amorcé en 2014. Au point de ne couvrir que 2,3 mois d’importations fin 2018 contre 6 mois en 2012. « Pour faire face, le gouvernement a réduit ses importations et limité les sorties de devises, rappelle Ruben Nizard, économiste chez Coface, mais, malgré la reprise de la production de pétrole, la situation reste précaire, insiste-t-il. Le décaissement de la première tranche d’aide va pouvoir soulager les réserves de change et apaiser les tensions sur les comptes extérieurs, qui persistent malgré les prix du pétrole plus élevés. »

Jeuneafrique.com par Marjorie Cessac et Nello Fualdes 

Congo : un accord enfin trouvé entre le FMI et Brazzaville

mai 9, 2019

Christine Lagarde à la réunion annuelle du FMI et de la Banque mondiale, à Bali, le 11 octobre 2018. © Firdia Lisnawati/AP/SIPA

 

L’organisation de Bretton Woods a annoncé, ce 9 mai, avoir conclu un accord avec le gouvernement du Congo-Brazzaville, ouvrant la voie à un programme d’aide. Une décision attendue depuis plus de deux ans.

Un programme du FMI va « aider la République du Congo à rétablir la stabilité macroéconomique et à réaliser une croissance plus élevée et plus inclusive ». Après plusieurs essais infructueux au cours des derniers mois, la mission dépêchée à Brazzaville du 1er au 8 mai par l’organisation financière internationale est enfin parvenue à un accord sur un programme qui pourrait être soutenu par un arrangement financier au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC).

L’accord doit maintenant « être présenté au conseil d’administration du FMI pour examen et décision », précise le communiqué de l’institution, qui salue « les efforts de consolidation budgétaire et l’accord conclu récemment pour restructurer la dette bilatérale de la République du Congo envers la Chine [qui] représentent des étapes décisives afin de rétablir la viabilité de la dette ».

L’étape décisive de l’accord chinois

Les discussions engagées en mars 2017 entre l’organisation de Bretton Woods et Brazzaville avaient été suspendues quelques mois plus tard, après la découverte par le FMI de l’ampleur de la dette du pays. L’institution avait alors imposé au gouvernement congolais une politique de rigueur budgétaire et une renégociation de sa dette avec ses principaux créanciers – la Chine et les négociants Glencore et Trafigura – , en préalable à tout programme d’aide.

Or, le 29 avril dernier, les autorités chinoises et congolaises ont conclu à Pékin un accord sur le rééchelonnement des quelque 3,15 milliards dollars de dette congolaise détenus par la Chine, ouvrant la voie à la reprise des négociations avec le FMI.

Cet accord « représente une étape décisive vers le rétablissement de la viabilité de la dette », se réjouit Alex Segura-Ubiergo, qui a piloté la mission de l’organisation internationale à Brazzaville, tout en précisant que « les autorités doivent également mettre en œuvre leur stratégie déjà annoncée de restructuration de la dette extérieure envers les créanciers commerciaux, en particulier celle des négociants en pétrole. À cet égard, les autorités, avec l’aide de leurs conseillers financiers et juridiques, doivent poursuivre des négociations de bonne foi avec leurs créanciers, en tenant compte de la capacité de paiement de la République du Congo. »

Des efforts « particulièrement remarquables »

Si « la croissance globale a été inférieure à 1 %, […] les conditions financières demeurent restrictives, et la vulnérabilité du secteur bancaire s’est accrue » en 2018, l’émissaire du FMI souligne un renforcement de la position budgétaire « particulièrement remarquable », avec un solde budgétaire global passé d’un déficit de 7,4 % du PIB en 2017 à un excédent de 6,8 % en 2018.

« Les autorités ont fait des avancées majeures dans la mise en œuvre de leur programme de réformes structurelles, notamment avec la préparation et la publication d’un rapport sur la gouvernance et en adoptant récemment trois lois visant à lutter contre la corruption », note Alex Segura-Ubiergo, selon lequel le Congo a aussi bénéficié de l’augmentation de la production et des prix du pétrole.

Jeuneafrique.com par Nelly Fualdes

L’ex-directeur du FMI Rodrigo Rato définitivement condamné à quatre ans et demi de prison

octobre 3, 2018

L’ancien directeur du FMI Rodrigo Rato à Madrid, le 16 octobre 2014 / © AFP/Archives / DANI POZO

Ancien directeur du FMI et homme fort déchu de la droite espagnole, Rodrigo Rato devrait être incarcéré après sa condamnation définitive à quatre ans et demi de prison pour avoir détourné des fonds des banques qu’il dirigeait, une affaire qui avait outré l’Espagne en crise.

La Cour suprême espagnole a confirmé définitivement mercredi la condamnation de Rodrigo Rato, 69 ans. Il devrait donc être écroué dans les prochaines semaines.

Comme M. Rato, de hauts dirigeants de Caja Madrid, devenue Bankia en 2010, ont disposé de cartes bancaires dont ils se servaient librement pour leurs frais personnels.

Pleins d’essence, courses au supermarché, coûteux voyages, achat de sacs de luxe ou soirées en discothèque, ils ont agi « comme si l’argent était à eux », ont estimé les juges de la Cour suprême.

Au total, entre 2003 et 2012, plus de 12 millions d’euros auraient été détournés grâce à ce système, dont 2,6 millions sous la présidence de M. Rato, qui a dirigé Caja Madrid puis Bankia entre 2010 et 2012.

L’Audience nationale, haut tribunal chargé entre autres des affaires de corruption, avait condamné en février 2017 en première instance M. Rato dans cette affaire des « cartes black », devenue un symbole des excès des puissants quand l’Espagne s’enfonçait dans la crise.

Le parti de gauche radicale Podemos, né de l’indignation contre la classe dirigeante du pays, a « applaudi » sur Twitter sa condamnation et celle des autres ex-dirigeants de la banque.

– Du ‘miracle économique’ à la prison –

Car Rodrigo Rato, vice-président et ministre de l’Économie du gouvernement conservateur de José Maria Aznar (1996-2004), incarne la désillusion de l’Espagne frappée de plein fouet par la crise de 2008 et l’éclatement de sa bulle immobilière.

Lorsqu’il était ministre, il était présenté comme l’artisan du « miracle économique espagnol » et le possible successeur d’Aznar à la tête du Parti populaire.

Son succès lui avait valu de devenir directeur du Fonds monétaire international, jusqu’en 2007.

Passé dans le privé, il avait pris la direction de Caja Madrid, devenue Bankia après sa fusion avec d’autres caisses d’épargne, alors que l’Espagne s’enfonçait dans la récession.

Caja Madrid a fait justement partie des banques les plus pointées du doigt pour avoir imprudemment concédé des prêts immobiliers à tout-va, entretenant la bulle spéculative.

Mais sa gestion de la banque a marqué le début de sa chute. Selon les magistrats de la Cour suprême, il a hérité de son prédécesseur Miguel Blesa le système « perverti à l’origine » des cartes occultes, « en le maintenant et l’étendant ».

Miguel Blesa, condamné en première instance à la plus lourde peine dans l’affaire des cartes bancaires -six ans de prison-, s’était suicidé avec un fusil de chasse en juillet 2017.

Après cette condamnation définitive, Rodrigo Rato n’en a pas fini avec la justice: il attend d’être jugé pour escroquerie dans une affaire concernant l’entrée en Bourse catastrophique de Bankia.

Il est accusé d’avoir falsifié les comptes de la banque pour obtenir le feu vert des autorités à cette introduction, célébrée en grande pompe en juillet 2011.

Le cours de la banque avait perdu 80% dans l’année suivant l’introduction, et l’État espagnol, au plus mal, avait dû nationaliser Bankia et y injecter 22 milliards d’euros issus d’un prêt européen pour la sauver.

Il est, enfin, poursuivi pour blanchiment.

Et signe de sa déchéance politique, l’ancien artisan du « miracle économique » a été expulsé en 2014 de son parti… lui-même condamné en mai comme personne morale dans une tentaculaire affaire de corruption qui a entraîné la chute du chef du gouvernement Mariano Rajoy.

Romandie.com avec(©AFP / (03 octobre 2018 16h13)

L’OMC, le FMI et la Banque mondiale exhortent à réformer les règles du commerce mondial

septembre 30, 2018

Washington – Le manque de réformes des règles du commerce international nourrit les tensions au risque de saper la croissance de l’économie mondiale et le recul de la pauvreté, mettent en garde dimanche l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale.

Les échanges de services représentent les deux tiers du Produit intérieur brut (PIB) mondial et de l’emploi ainsi que près de la moitié du commerce mondial « mais les barrières douanières sur les services sont globalement aujourd’hui aussi élevées que celles qui étaient imposées aux biens (manufacturés) il y a 50 ans », constatent les trois organisations internationales dans un rapport conjoint.

Les changements dans la nature des échanges commerciaux n’ont ainsi pas été complètement pris en compte dans les évolutions de la réglementation internationale, ajoutent-elles.

Ce rapport est publié alors que les appels se sont multipliés ces derniers mois notamment en Europe, au Canada ou aux Etats-Unis pour réformer l’OMC, une institution basée à Genève.

Une intégration complète du commerce des biens et services « peut jouer un rôle bien plus grand en dynamisant la prospérité », poursuivent le FMI, l’OMC et la Banque mondiale sans toutefois faire de recommandations.

Elles ajoutent qu’il est nécessaire que les opportunités de commerce offertes par exemple par les technologies de l’information ou le commerce en ligne « se reflètent dans (…) la politique commerciale d’aujourd’hui ».

Ces organisations rappellent que l’ouverture du commerce international après la Seconde guerre mondiale et jusqu’au début des années 2000 a largement contribué à améliorer les modes de vie et à réduire la pauvreté dans le monde « mais celle-ci demeure incomplète » aujourd’hui.

Les taxes douanières ont diminué de manière drastique, en commençant dans les pays développés, puis dans les pays émergents et les économies en voie de développement. Elles sont passées en moyenne de 31% en 1980 à 9% en 2015 dans les pays émergents et de 10 à 4% dans les pays avancés, « grâce aux réformes » prises jusqu’au début des années 2000.

Les organisations rappellent en outre que le volume des échanges commerciaux a augmenté en moyenne de 7% pendant les années 90, un taux deux fois plus élevé que la croissance du PIB mondial mais a ensuite décéléré avec un ratio de 1,5% entre 2001 et 2007.

Ce ralentissement « est essentiellement dû à un rythme de réformes du commerce plus lent suivant les progrès remarquables réalisés à partir des années 80 jusqu’au début des années 2000 », insistent-elles.

Les organisations notent que les taxes douanières et certaines politiques nationales entravent aujourd’hui l’expansion du commerce international.

De leurs côtés, de plus en plus de pays notamment européens, le Canada et les Etats-Unis estiment que l’OMC ne répond pas de manière appropriée aux distorsions commerciales causées notamment par la Chine, accusée de subventionner massivement son économie.

Jeudi, l’OMC a abaissé sa prévision de croissance pour le commerce mondial en 2018 et 2019 (à +3,9% et 3,7%) en raison d’une « exacerbation des tensions commerciales ».

Les Etats-Unis et la Chine se livrent depuis des mois à une guerre commerciale à coups de taxes douanières supplémentaires.

Au-delà du duel entre Washington et Pékin, les Européens et d’autres grandes puissances économiques s’alarment d’une guerre commerciale généralisée alors que l’administration Trump a engagé un bras de fer avec tous les principaux partenaires des Etats-Unis.

Romandie.com avec(©AFP / 30 septembre 2018 13h11)                                                        

La Turquie jure d’émerger « plus forte », écarte toute aide du FMI

août 16, 2018

Le ministre turc des Finances et gendre de Recep Tayyip Erdogan, Berat Albayrak, à Istanbul le 10 août 2018. / © AFP / Yasin AKGUL

Le puissant ministre turc des Finances s’est efforcé jeudi de rassurer les investisseurs étrangers, assurant que la Turquie n’avait pas besoin de l’aide du Fonds monétaire international pour émerger « encore plus forte » de la crise monétaire qu’elle traverse.

Berat Albayrak, qui est aussi le gendre du président Recep Tayyip Erdogan, s’est adressé dans l’après-midi à quelques milliers d’investisseurs originaires des Etats-Unis, d’Europe et d’Asie au cours d’une téléconférence inédite qui s’annonçait comme un test de crédibilité.

« Nous émergerons encore plus forts de ces turbulences », a déclaré le ministre, selon des propos rapportés par la télévision d’Etat TRT.

Affirmant que la Turquie ne planifiait pas d’avoir recours au FMI, il a ajouté que son gouvernement s’efforcerait d’attirer des investissements étrangers directs.

La livre turque, qui s’est effondrée la semaine dernière sur fond de crise diplomatique avec les Etats-Unis, a réagi positivement à ces déclarations, rebondissant jeudi pour le troisième jour de suite. Elle gagnait ainsi environ 3,9% face à la devise américaine à 14H10 GMT par rapport à la précédente séance, s’échangeant à 5,72 pour un dollar, même si cela était loin d’effacer l’importante perte de ces derniers jours.

La livre semble stabilisée depuis mardi sous l’effet de mesures prises par la banque centrale et de nouvelles barrières dressées par le régulateur turc des banques (BDDK) pour limiter la spéculation sur la monnaie turque.

– Risque de contraction –

Le président turc Recep Tayyip Erdogan lors d’un rassemblement public dans la région d’Unye. Le 11 août 2018. / © TURKISH PRESIDENTIAL PRESS SERVICE/AFP / Cem OKSUZ

Cette dernière, qui a perdu 40% de sa valeur cette année, a connu la semaine dernière une spectaculaire débâcle qui a fait souffler un vent de panique sur les places boursières mondiales, celles-ci ayant alors redouté un effet de contagion.

Cet effondrement a été accéléré par l’aggravation des tensions entre la Turquie et les Etats-Unis qui se sont mutuellement imposés des sanctions et des augmentations de droits des douane sur certains produits.

Malgré le rebond de la livre de ces derniers jours, les économistes restent préoccupés par la dispute entre Ankara et Washington, liée notamment à la détention d’un pasteur américain en Turquie, et par la mainmise de M. Erdogan sur l’économie.

Les marchés ont sévèrement sanctionné le refus de la banque centrale de relever ses taux d’intérêt le mois dernier, en dépit de la chute de la monnaie nationale et d’une inflation galopante. M. Erdogan, partisan de la croissance à tout prix, s’y oppose fermement.

M. Albayrak a promis jeudi que son gouvernement aurait deux priorités : combattre l’inflation, qui a atteint près de 16% en glissement annuel en juillet, et la discipline budgétaire.

– Entretien avec Macron –

Le président turc Recep Tayyip Erdogan reçoit l’émir du Qatar, Cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani / © TURKISH PRESIDENTIAL PRESS SERVICE/AFP / Kayhan OZER

Dans la tourmente financière, la Turquie a reçu un soutien de poids mercredi : l’émir du Qatar, Cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, a promis au cours d’un entretien avec M. Erdogan à Ankara que son pays y investirait 15 milliards de dollars.

Signe que la crise avec Washington incite par ailleurs la Turquie à renouer avec l’Europe, M. Erdogan s’est entretenu au téléphone mercredi avec la chancelière allemande Angela Merkel et jeudi avec son homologue français Emmanuel Macron.

Selon Ankara, MM. Erdogan et Macron ont souligné, au cours de cet échange, « l’importance de renforcer davantage les relations économiques » entre leurs deux pays.

M. Albayrak s’est quant à lui entretenu jeudi avec son homologue allemand, Olaf Scholz, et les deux ministres sont convenus de se rencontrer le 21 septembre à Berlin, selon la Turquie.

Par ailleurs, la justice turque a ordonné mardi la libération de deux soldats grecs et mercredi du président d’Amnesty International en Turquie, des décisions inattendues dans deux affaires qui ont contribué à tendre les rapports entre ce pays et les Etats européens.

« Ces libérations ne sont évidemment pas une coïncidence », remarque une source diplomatique européenne.

« Mais les causes sous-jacentes (de la défiance) sont toujours là : on n’a toujours pas de garantie sur l’indépendance de la banque centrale ou de la justice », poursuit cette source. « Cela montre juste qu’Erdogan est très pragmatique quand il est sous pression économique ».

Romandie.com avec(©AFP / (16 août 2018 17h10)

Denis Sassou Nguesso:  » Le Congo est bien loin de la banqueroute »

août 15, 2018

 

Le président congolais, Denis Sassou-Nguesso, en 2012. © Maxim Shipenkov/AP/SIPA

Alors que l’examen de la situation économique du pays par le FMI a été reporté sine die, début août, le président congolais s’est voulu rassurant dans son message à la nation, diffusé mardi 14 août à la veille de la fête nationale.

Le Congo-Brazzaville « est bien loin de la banqueroute » a déclaré son président Denis Sassou Nguesso à l’occasion de la fête nationale mercredi. « Nous négocions avec le Fonds monétaire international dans la confiance et l’observation stricte des procédures », a-t-il affirmé dans son message à la nation, diffusé mardi soir à la veille du 58e anniversaire de l’indépendance.

« Nous espérons parvenir à un accord qui contribuera sensiblement à améliorer la situation de nos finances publiques », a-t-il ajouté, affirmant que la République du Congo « tient ses engagements autant que ses ressources le lui permettent ».

Report de l’examen

Il y a un an, le FMI avait annoncé avoir découvert que Brazzaville avait caché une partie de sa dette. Celle-ci s’élève à 9,5 milliards de dollars. Le FMI et le Congo, qui peine à mobiliser les recettes publiques prévues par son Budget 2018, sont actuellement en discussion en vue d’un éventuel accord sur le modèle de celui signé il y a un an entre l’institution de Bretton Woods et le Gabon.

Mais l’examen de la situation économique du pays a été plusieurs repoussée par le Conseil d’administration du FMI. L’examen fixé au 3 août a été reporté à nouveau, sans qu’aucune date à venir ne soit fixée.

En avril dernier, la mission du FMI dépêchée à Brazzaville avait conclu un accord avec le gouvernement sur le contour d’un programme de réformes.

« Les autorités devront entreprendre des réformes audacieuses et immédiates dans le domaine de la gouvernance pour traduire en action la rupture avec les politiques et pratiques du passé proclamée par le gouvernement », précisait alors le FMI, en indiquant notamment qu’une « participation forte de la société civile sera cruciale pour le succès des réformes de gouvernance ».

Par ailleurs, dans son message à la nation, Denis Sassou Nguesso a salué l’accord de cessez-le-feu du 23 décembre entre l’armée et les rebelles dans le département du Pool au sud de Brazzaville : « Il nous faut à présent réussir la phase de désarmement, démobilisation et réintégration des ex-combattants ».

Par Jeune Afrique avec AFP

Congo-Brazzaville: l’État peine à mobiliser ses recettes publiques

juillet 26, 2018

Le ministre congolais des Finances et du Budget, Calixte Nganongo. © Ministère congolais des Finances

Le gouvernement congolais vient d’annoncer, par la voix de son ministres des Finances, Calixte Nganongo, des recettes budgétaires inférieures de 27,5 % aux prévisions. Conséquence, un nouveau coup de rabot sur les dépenses publiques, et un excédent budgétaire divisé par deux.

La République du Congo n’est pas tirée d’affaire. Si l’on croit la communication faite le 20 juillet en conseil des ministres par Calixte Nganongo, ministre des Finances, les recettes budgétaires prévues en 2018 ne seront pas au rendez-vous : la loi de finances initiale les prévoyait à 1 600 milliards de de francs CFA (2,44 milliards d’euros) ; il n’en serait collecté que 1 160 milliards à la fin de l’année.

Les dépenses ont donc été revues à la baisse, tombant de 1 380 à 1 070 milliards. Malgré cette réduction, l’excédent budgétaire prévu devrait être divisé par deux, se contractant de 217 à 92 milliards de FCFA. Il manquerait 550 milliards à la trésorerie et ce trou laisse craindre une nouvelle augmentation de l’impressionnante dette publique qui frise déjà les 130 % du produit intérieur brut (PIB).

Mauvais signal pour le FMI

C’est un très mauvais signal envoyé au Fonds monétaire international (FMI) qui traînait déjà les pieds pour signer avec Brazzaville un programme de « facilité élargie de crédit » et qui attendait de ce budget 2018 la preuve d’une plus grande discipline du gouvernement congolais. Les négociations en seront compliquées, car cette dégradation des comptes publics confirme un manque de crédibilité budgétaire.

C’est aussi un très mauvais présage pour la population, qui a souffert de la récession des deux dernières années et pouvait espérer une amélioration de son sort avec le début de reprise des cours des matières premières et notamment du pétrole. La croissance annuelle plutôt poussive de 1,4 % prédite pour les deux prochaines années par la Banque mondiale sera malheureusement insuffisante face à une croissance démographique de 3,6 %.

Avec le nouveau tour de vis budgétaire qui s’annonce, la proportion des personnes vivant dans la grande pauvreté devrait encore augmenter et dépasser le tiers de la population disposant de moins de deux dollars par jour. Et le taux de chômage n’a aucune chance de baisser sous les 53 % constatés aujourd’hui.

Un nouveau plan de développement

La communication faite en conseil des ministres le même jour par Ingrid Ebouka Babakas, ministre du Plan, sur le projet de Plan national de développement 2018-2022 « La marche vers le développement – Allons plus loin ensemble » ne rassure pas non plus. Il comporte trop d’objectifs : éducation, agriculture, industrialisation, tourisme, inclusion des femmes, « préservation » des infrastructures, amélioration du climat des affaires. Or, trop de priorités = pas de priorités.

De plus, son financement s’annonce problématique. Le gouvernement espère que ses 15 510 milliards de FCFA programmés seront assurés par un « recours nécessaire aux ressources du secteur privé » pour 9 676 milliards. Hormis les Chinois, on voit mal quels seront les investisseurs étrangers assez audacieux pour miser sur un pays affligé d’une crise née de la « malédiction des matières premières » et d’une médiocre gouvernance.

Jeuneafrique.com  par