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Ghana : en pleine crise économique, Accra sollicite l’aide du FMI

juillet 3, 2022

Le pays a enregistré en mai une inflation de 27%, son niveau le plus haut depuis deux décennies, et les manifestations contre la vie chère se multiplient.

Une manifestation contre la vie chère, le 29 juin 2022 à Accra, au Ghana. © Nipah Dennis/AFP

Le Ghana sollicite le soutien du Fonds monétaire international (FMI) alors que le pays traverse une crise économique aggravée par l’invasion russe en Ukraine qui a fait exploser les prix, notamment à la pompe, a indiqué vendredi 1er juillet le gouvernement. En mai, le pays a enregistré une inflation de 27%, son niveau le plus haut depuis deux décennies.

Le président Nana Akufo-Addo avait précédemment rejeté les appels à solliciter l’aide financière du FMI. Mais vendredi, il a « autorisé le ministre des Finances Ken Ofori-Atta à entamer des engagements formels » avec l’organisation, a déclaré le ministre de l’Information, Kojo Oppong Nkrumah, dans un communiqué.

Manifestations contre la vie chère

« Cela fait suite à une conversation téléphonique entre le président et la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, qui a fait part de la décision du Ghana de s’engager avec le Fonds, précise le communiqué. L’engagement avec le FMI visera à fournir un soutien à la balance des paiements (…) pour accélérer le redressement du Ghana face aux défis induits par la pandémie de Covid-19 et, récemment, par les crises en Russie et en Ukraine. »

Depuis plusieurs mois, de nombreux Ghanéens manifestent contre la vie chère dans un contexte de hausse croissante des prix alimentaires et des carburants, mettant sous pression le président Akufo-Addo. Plusieurs bagarres ont par ailleurs éclaté au sein du Parlement sans majorité, alors que le gouvernement tente d’imposer des réformes qui, selon lui, pourraient sauver l’économie.

Le président cherche urgemment à trouver de nouvelles sources de revenus pour combler le poids de la dette de son pays, qui représente près de 80% du PIB. En 2015, le Ghana avait déjà sollicité l’aide du FMI et obtenu un prêt d’environ un milliard de dollars en contrepartie d’un plan de rigueur budgétaire, qui prévoyait une baisse des dépenses publiques.

Par Jeune Afrique avec AFP

RDC : pour le FMI, des résultats « meilleurs que prévu », mais…

juin 30, 2022

La situation fiscale de Kinshasa est supérieure aux attentes du Fonds monétaire international, qui a décaissé 200 millions de dollars de financement. Mais deux faiblesses majeures demeurent.

La directrice générale Kristalina Georgieva rencontre le président de la RDC Félix Tshisekedi au FMI à Washington, le 2 mars 2020. © Joshua Roberts /IMF-FMI

Le conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a jugé « satisfaisants » les progrès réalisés par les équipes de Félix Tshisekedi dans la mise en œuvre des réformes prévues par la facilité de crédit élargie de 1,52 milliard de dollars approuvée en juillet 2021.

Selon ses estimations, « les résultats budgétaires ont été meilleurs que prévu car l’augmentation des recettes budgétaires et du financement extérieur a permis de dégager une marge de manœuvre pour des dépenses supplémentaires, surtout en matière d’investissement, malgré l’accumulation d’arriérés intérieurs ».

Critères quantitatifs presque atteints

Le Fonds va décaisser 203 millions de dollars « pour répondre aux besoins de financement de la balance de paiement », soit 653 millions de dollars transférés à Kinshasa depuis un an.

Portées par la hausse des cours des métaux, les exportations du pays sont attendues à 45 % du PIB cette année, contre 40,8 % en 2021. Et les recettes et les dons sont désormais anticipés à 14 % du PIB cette année, leur niveau de 2020, alors qu’une baisse de deux points était crainte. Le PIB devrait croître de 6,1 % cette année, malgré les répercussions de la crise ukrainienne.

LE FMI MET LA PRESSION SUR KINSHASA POUR RÉDUIRE LA MASSE SALARIALE PUBLIQUE, ALOURDIE DE FONCTIONNAIRES « FANTÔMES »

Les équipes du FMI regrettent toutefois qu’un des cinq « repères structurels » n’ait pas été respecté entièrement : la publication de tous les contrats miniers. L’un d’entre eux n’a pas été rendu public ont-ils indiqué, sans identifier lequel. Il faut noter que Kinshasa a signé à la fin du mois de février un accord avec l’homme d’affaires israélien Dan Gertler pour le transfert à l’État d’actifs miniers au cœur de nombreuses controverses et de sanctions imposées par les États-Unis. La publication du contenu exact de l’accord obtenu avec Gertler est réclamée depuis lors par la société civile congolaise.

Masse salariale et subventions

Le Fonds a également encouragé l’exécutif à poursuivre « la maîtrise des dépenses courantes », notamment en ce qui concerne les subventions aux carburants et les réformes de la fonction publique, afin de « créer un espace pour les investissements prioritaires ».

Entre les lignes, l’institution multilatérale met la pression sur Kinshasa pour réduire la masse salariale publique – alourdie de bon nombre de fonctionnaires « fantômes » – et les subventions. En 2020, les salaires publics ont représenté 4 758 milliards de francs congolais (environ 2 milliards d’euros), soit plus de la moitié des dépenses courantes. Le FMI les anticipe à près de 7 000 milliards de francs congolais dès l’an prochain.

Par comparaison, en 2020, les dépenses d’investissement (Capex) ont atteint seulement 1 906 milliards de francs congolais. Au demeurant, à peine 251 millions de francs congolais de Capex avaient été financées localement… Les dépenses en subventions avaient quant à elles atteint 2 243 milliards de francs congolais en 2020. Elles sont anticipées en hausse de 1 000 milliards de francs supplémentaires cette année.

Avec Jeune Afrique par Joël Té-Léssia Assoko

Sénégal : les conditions du FMI pour maintenir son soutien à Dakar

mai 24, 2022

Un nouvel appui financier du Fonds monétaire international doit permettre au pays de lutter contre la flambée mondiale du cours des produits pétroliers et des denrées alimentaires, tout en lui fournissant davantage de ressources pour répondre à l’urgence socio-économique.

Entre la fin de 2021 et le début de 2022, au Sénégal, la croissance du PIB réel s’est élevée en moyenne à 6,1 %. Ici, à Saint-Louis. © Alfredo CALIZ/PANOS-REA

Après avoir rencontré le président Macky Sall, différents ministres, hauts fonctionnaires et représentants de la BCEAO, le Fonds monétaire international (FMI) a approuvé l’octroi de 161,8 millions de droits de tirages spéciaux (DTS), soit l’équivalent d’environ 217 millions de dollars environ, au Sénégal. Cette somme sera allouée sous réserve de validation par le conseil d’administration de l’institution en juin prochain.

Pour modérer les effets des chocs exogènes sur l’économie sénégalaise sans exacerber les vulnérabilités de sa dette, le Fonds estime qu’il conviendrait de « redéfinir les priorités et de limiter les subventions dans le secteur de l’énergie, tout en mettant en place un dispositif de soutien ciblé aux couches les plus vulnérables de la population ».

Une relance contrariée

Au cours des derniers mois, le Sénégal a connu une croissance économique très dynamique. En mars, l’équipe du Fonds dirigée par Edward Gemayel, avait  indiqué que « l’économie a[vait] retrouvé sa trajectoire de croissance d’avant la pandémie, grâce à la vigueur de la production industrielle et du secteur des services ». Entre la fin de 2021 et le début de 2022, la croissance du PIB réel avait été en moyenne de 6,1 %, soit un « point de pourcentage de plus que prévu », d’après la même source.

Perspectives économiques du Sénégal selon la Banque Mondiale © Perspectives économiques du Sénégal selon la Banque mondiale; Source : Banque mondiale
Perspectives économiques du Sénégal selon la Banque Mondiale © Perspectives économiques du Sénégal selon la Banque mondiale; Source : Banque mondiale

Pourtant, la flambée des cours mondiaux des produits pétroliers et des denrées alimentaires – causée par la pandémie et exacerbée par la guerre en Ukraine – ainsi que le ralentissement de l’activité économique chez plusieurs partenaires commerciaux du Sénégal (notamment après les sanctions de la Cedeao à l’encontre du Mali) devraient, selon l’institution de Bretton Woods, « entraîner un ralentissement de la croissance du PIB réel à environ 5 % en 2022 ». Conformément aux derniers pronostics, l’inflation s’établira autour de 5,5 %.

MAINTENIR LA DISCIPLINE BUDGÉTAIRE SERA CRUCIAL POUR PRÉSERVER LA VIABILITÉ DE LA DETTE

Par anticipation, Dakar a adopté une loi de finances rectificative arrêtée à la somme de 5 556,7 milliards F CFA (8,49 milliards d’euros) : ce qui correspond à une augmentation du budget de 357,7 milliards F CFA par rapport à l’année dernière.

Cette loi est vouée à intégrer des dépenses supplémentaires de subventions à l’énergie (300 milliards de F CFA ), de salaires de la fonction publique (120 milliards de F CFA), des transferts monétaires aux couches les plus vulnérables de la population (157 milliards de F CFA) et de sécurité nationale (73,5 milliards de F CFA). « Ces nouvelles dépenses porteront le déficit budgétaire à 6,2 % du PIB, contre 4,8 % du PIB dans la loi de finances initiale », peut-on lire dans le rapport du FMI.

« Face à la hausse des prix de l’énergie et des denrées alimentaires, ainsi qu’à l’accroissement des revendications sociales, maintenir la discipline budgétaire sera crucial pour préserver la viabilité de la dette » déclare le Fonds. Ainsi, pour éviter les « dérapages budgétaires » et garantir que le déficit des finances publiques converge vers sa cible de 3 % du PIB d’ici à 2024, conformément aux orientations du Conseil des ministres de l’Uemoa, les autorités sénégalaises et les services du FMI sont convenus d’un ensemble de mesures.

Revoir le code des marchés publics

Dans son communiqué, le FMI estime que gouvernement sénégalais a fait des « progrès dans la mise en œuvre de son programme ». En effet, tous les critères de réalisation à la fin de décembre 2021 ont été respectés, à l’exception de celui relatif aux recettes fiscales.

Cet écart s’explique particulièrement par la mise en œuvre limitée des mesures fiscales adoptées dans la première loi de finances rectificative de 2021, et du fait que la proportion de contrats de marchés publics conclus sans mise en concurrence a dépassé le plafond imposé. En réponse, le FMI a invité les autorités sénégalaises à revoir le code des marchés publics afin d’augmenter la fréquence des appels d’offres ouverts.

L’équipe d’Edward Gemayel a également souligné l’importance d’accélérer la mise en œuvre de la stratégie de mobilisation des recettes à moyen terme ; et de préparer une feuille de route pour l’élimination progressive des subventions à l’énergie. À l’occasion de cette cinquième revue, les experts ont encouragé les autorités du pays ouest-africain à parachever le cadre réglementaire et institutionnel pour la gestion des recettes issues de l’exploitation des ressources pétro-gazières en amont de la préparation de la loi de finances 2023. Enfin, Dakar et les services du FMI se sont mis d’accord sur la nécessité d’accélérer la restructuration du groupe de La Poste.

Avec Jeune Afrique par Yara Rizk

Monnaie : le FMI appelle à ne pas considérer le bitcoin comme une panacée contre les défis économiques en Afrique

avril 28, 2022

Le Fonds monétaire international (FMI) a appelé jeudi à ne pas voir le bitcoin comme une panacée contre les défis économiques auxquels l’Afrique fait face, au lendemain de l’adoption par la Centrafrique de la cryptomonnaie comme monnaie officielle.

« Dans l’hypothèse d’un mouvement bien préparé vers la numérisation et par le biais de l’utilisation des monnaies numériques des banques centrales, les cryptomonnaies peuvent contribuer à un système de paiements plus robuste » sur le continent, a indiqué le directeur du département Afrique au FMI, Abebe Aemro Selassie, au cours d’une conférence de presse. Mais « adopter simplement la possibilité d’utiliser le bitcoin est quelque chose qui doit être surveillé de manière très, très attentive, il faut s’assurer que le cadre législatif, la transparence financière et la gouvernance sont bien en place », a poursuivi le dirigeant.

La Centrafrique a annoncé mercredi avoir adopté le bitcoin comme monnaie officielle au côté du franc CFA et légalisé l’usage des cryptomonnaies, assurant être le premier pays à le faire en Afrique. Le 7 septembre 2021, le Salvador avait été le premier pays au monde à adopter le bitcoin comme monnaie légale et le FMI avait immédiatement dénoncé une décision dangereuse pour la stabilité financière, l’intégrité financière et la protection des consommateurs. 

La volatilité du bitcoin peut donner le vertige. En 2021, les cours avaient flambé de plus de 150% et atteint un plus haut historique de 68 991 dollars, avant de s’effondrer de plus de 30%. Même si le marché s’est assagi en 2022, les variations restent très fortes : -17% en février, +8% en mars et +10% en avril. 

Pour l’heure, seuls le Salvador et la Centrafrique ont adopté le bitcoin comme monnaie légale mais d’autres pays envisagent de le faire, certains ayant enclenché des processus législatifs dans ce sens, selon le site spécialisé Coinmarketcap.com. 

Par Adiac-Congo avec AFP

Guinée : l’administration Doumbouya promet « prudence et transparence » dans la gestion des financements du FMI

mars 13, 2022
Le colonel Mamadi Doumbouya le 17 septembre 2021, à Conakry, à l’issue d’une réunion avec les représentants de la Cedeao. © JOHN WESSELS/AFP

Le Fonds avait alloué au pays plus de 280 millions de dollars en droits de tirage spéciaux, quelques semaines avant le coup d’État de septembre 2021.

Des cadres du Fonds monétaire international (FMI) – une équipe menée par Clara Mira –, viennent de boucler une visite virtuelle avec les autorités guinéennes, au cours d’échanges organisés du 28 février au 4 mars. Face à l’équipe du personnel du FMI, il y avait notamment Lanciné Condé, le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, ses homologues du Budget, Moussa Cissé, de l’Énergie, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures, Ibrahima Abé Sylla, et le gouverneur de la Banque centrale Karamo Kaba. L’équipe a pu également s’entretenir avec le Premier ministre Mohamed Béavogui.

Incertitude politique prolongée

À l’issue de ces échanges, l’équipe du FMI a jugé l’économie guinéenne « résiliente » et caractérisée par une croissance « élevée et soutenue » du secteur minier. Les dirigeants du Fonds ont constaté « une reprise progressive – modérément plus lente que prévu » du secteur non-minier. Pour cette année, le FMI anticipe une croissance de 5 % du PIB de la Guinée, grâce notamment à la production minière, nonobstant l’atténuation des conséquences du Covid-19 sur l’économie, et le règlement attendu par le gouvernement de ses arriérés de paiement. L’institution multilatérale a toutefois alerté quant aux dangers posés par les autres facteurs, comme les effets globaux de l’invasion russe en Ukraine, et les risques d’« une incertitude politique prolongée » qui pourraient « peser sur les perspectives ».

De leurs côtés les autorités guinéennes ont tenu à rassurer les représentants du Fonds. En août 2021, le FMI avait alloué 205,3 millions de Droits de tirage spéciaux (DTS) à la Guinée (environ 284 millions de dollars), afin notamment d’atténuer les effets de la crise du Covid-19 sur les économies et permettre une relance soutenue. Au total, le Fonds a accordé 33 milliards de dollars en DTS aux pays africains, dont 23 milliards de dollars pour les pays subsahariens, précisait en février à Jeune Afrique, Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI.

MAMADI DOUMBOUYA A CONVOQUÉ LES OPÉRATEURS ÉCONOMIQUES POUR LES METTRE EN GARDE CONTRE LA SPÉCULATION SUR LES PRIX

Les autorités guinéennes se sont en particulier engagées à utiliser les 205,3 millions de DTS « avec prudence et transparence », afin de « soutenir les investissements dans les infrastructures et les secteurs sociaux », ce qu’espèrent les services du Fonds monétaire. Outre les DTS alloués en août, les créances de la Guinée auprès du FMI atteignent 26,78 millions de DTS prêtés, eux, dans le cadre d’une facilité élargie de crédit de 152,75 millions de DTS, signée en décembre 2016. « En outre, en 2014 et en 2020, le FMI a apporté une aide d’urgence dans le cadre de la facilité de crédit rapide et accordé un allégement de la dette afin de dégager des ressources » au pays, rapporte l’institution multilatérale.

Protéger la population vulnérable

Les cadres du FMI ont, par ailleurs, appelé le gouvernement guinéen à « continuer à protéger les plus vulnérables contre les conditions difficiles ». Une tâche « essentielle » selon le Fonds, alors que les tensions inflationnistes sont de plus en plus persistantes. Le 10 mars, le lieutenant-colonel Mamadi Doumbouya, à la tête de l’exécutif depuis le coup d’État perpétré le 5 septembre 2021, a convoqué les opérateurs économiques pour les mettre en garde contre la spéculation sur les prix (déjà élevés), notamment des denrées de première nécessité.

Deux jours auparavant, à l’occasion de la célébration de la Journée internationale des droits des femmes, des Guinéennes n’ont pas manqué d’entonner des slogans, comme : « Doumbouya, le marché est cher ! » Pour ne rien arranger, l’arrivée du mois de ramadan est imminente (début avril à début mai 2022). Cette période de jeûne en islam est accompagnée généralement d’une hausse des prix…

Avec Jeune Afrique par Diawo Barry – à Conakry

Ukraine-Russie : le FMI prêt à aider une Afrique « particulièrement vulnérable » aux répercussions de la guerre

mars 11, 2022

Pour la directrice générale du Fonds monétaire international, outre les « millions de vies dévastées », cette guerre, qui intervient dans un contexte de reprise post-Covid-19, « menace d’anéantir une partie » des progrès réalisés sur le continent.

Dans un message transmis le 10 mars, Kristalina Georgieva est revenu sur les conséquences de l’invasion russe en Ukraine sur les économies africaines. « L’Afrique est particulièrement vulnérable aux impacts de la guerre en Ukraine par le biais de quatre canaux principaux : augmentation des prix des denrées alimentaires, hausse des prix des carburants, baisse des revenus du tourisme, et potentiellement plus de difficultés à accéder aux marchés de capitaux internationaux », a indiqué la directrice générale du FMI, à l’issue d’une rencontre organisée le 9 mars avec les ministres africains des Finances, les gouverneurs des banques centrales africaines et les représentants de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA).

« La guerre en Ukraine dévaste la vie de millions de personnes et affecte gravement l’économie ukrainienne. La guerre et les sanctions sans précédent imposées à la Russie ont des conséquences d’une portée considérable. Elles surviennent à un moment délicat pour l’Afrique », a-t-elle ajouté.

Menace sur les progrès réalisés

L’économiste bulgare, ancienne n°2 de la Banque mondiale et ex-commissaire européenne à la Coopération internationale, a déploré que pendant que l’économie mondiale et le continent « commencent à se remettre des ravages de la pandémie de Covid-19, cette nouvelle crise menace de réduire à néant une partie de ces progrès ». Elle s’est toutefois dite « très encouragée par le fort intérêt des décideurs politiques africains à poursuivre notre dialogue sur les réponses politiques ».

« J’ai noté, en particulier, les préoccupations importantes concernant l’espace politique national limité pour faire face durablement aux crises en cours », a-t-elle indiqué, laissant entendre en langage FMI que le Fonds est prêt à être flexible quant au respect ultra-strict des réformes demandées en échange des financements. Certaines d’entre elles, en particulier la suppression des subventions générales sur les produits énergétiques, s’avérant difficiles à réaliser, alors que le baril de brut a pris plus de 30 dollars entre la veille de l’entrée des forces russes en Ukraine et début mars. À plus de 113 dollars, le baril de brut est aujourd’hui à son plus haut niveau depuis avant la crise financière de 2008.

LES RÉCENTES RÉFORMES DE LA BOÎTE À OUTILS DE PRÊT DU FONDS OFFRENT UNE PLUS GRANDE FLEXIBILITÉ POUR AIDER À RÉPONDRE AUX BESOINS DE FINANCEMENT.

« En ce moment difficile, le Fonds est prêt à aider les pays africains à faire face aux répercussions de la guerre et à concevoir et mettre en œuvre des réformes grâce à ses conseils en matière de politique, au développement des capacités et à ses prêts. Les récentes réformes de la boîte à outils de prêt du Fonds offrent une plus grande flexibilité pour aider à répondre aux besoins de financement », a conclu la patronne du FMI.

Un conflit qui n’était pas prévu

Dans la dernière mise à jour du rapport Perspectives de l’économie mondiale du FMI, datée de janvier 2022, la possibilité d’une crise sur le continent européen n’était pas envisagée et le mot Ukraine n’apparaît nulle part. Le rapport pointait toutefois, déjà, que « la hausse des prix des denrées alimentaires a contribué à l’augmentation de l’inflation, par exemple en Afrique subsaharienne ».

L’institution multilatérale tablait toutefois sur une relance de l’économie, avec une hausse estimée de 4 % du PIB pour l’année 2020 au sud du Sahara, après une baisse de 1,7 % en 2020. Le Fonds anticipait une progression en 2022 et 2023 de respectivement 3,7 % et 4 %, en très léger recul (-0,1 point dans les deux cas) par rapport aux prévisions d’octobre 2021.

Il est à noter que le 9 mars, le Fonds a approuvé le décaissement de 1,4 milliard de dollars en faveur de l’Ukraine « pour répondre à des besoins urgents de financement et atténuer les répercussions économiques de la guerre ».

Avec Jeune Afrique par Joël Té-Lessia Assoko

Le FMI abouti à un accord de facilité élargie de crédit avec le Congo

novembre 8, 2021

Les communiqués de presse de fin de mission contiennent des déclarations des équipes des services du FMI qui rendent compte de leurs conclusions préliminaires après leur visite dans un pays. Les avis exprimés dans la présente déclaration sont ceux des services du FMI et ne correspondent pas nécessairement à ceux du conseil d’administration du FMI. À partir des conclusions préliminaires de cette mission, les services du FMI établiront un rapport qui, sous réserve de l’approbation de la direction, sera présenté au conseil d’administration pour examen et décision.

  • L’équipe du FMI est parvenue à un accord au niveau des services avec les autorités de la République du Congo sur un programme de trois ans au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC) pour aider le pays à maintenir la stabilité macroéconomique et impulser une reprise économique dans le contexte de la pandémie.
  • La politique budgétaire jouera un rôle central dans le renforcement de la reprise tout en contenant les risques et en maintenant la viabilité de la dette. Il sera également essentiel de donner la priorité aux dépenses sociales et d’infrastructures telles que reprises dans le Plan National de Développement 2022/2026.
  • L’avancement des réformes en matière de gouvernance, de transparence et de lutte contre la corruption sera essentiel pour améliorer l’efficacité des dépenses publiques, l’environnement des affaires et la confiance économique.

Washington, DC : Une équipe du Fonds monétaire international (FMI) dirigée par Pritha Mitra, Cheffe de mission pour la République du Congo, a effectué une mission virtuelle auprès des autorités congolaises du 7 au 15 octobre et le 4 novembre 2021, afin de discuter d’un programme devant être soutenu par un accord de la Facilité élargie de crédit (FEC) [1] du FMI.

Au terme de la mission, Mme Mitra a fait la déclaration suivante :

« L’équipe du FMI est parvenue à un accord au niveau des services avec les autorités de la République du Congo sur un programme de trois ans qui pourrait être appuyé par un accord au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC) d’un montant de 324 millions de DTS ou $ 1,1 milliard. Le programme économique viserait à maintenir la stabilité macroéconomique et impulser une reprise économique dans le contexte de la pandémie et, dans les années à venir, à favoriser une croissance plus élevée, plus résiliente et inclusive.

« Après avoir été durement touchée par la pandémie de COVID-19 et les chocs des prix du pétrole, l’activité économique redémarre lentement, avec une croissance du PIB réel qui devrait passer de -0,2 % en 2021 à 2,4 % en 2022. Cette reprise devrait être stimulée par la hausse des prix du pétrole, le rebond de la production pétrolière du Congo, le déploiement des vaccins, les dépenses sociales, le remboursement des arriérés intérieurs et l’expansion de l’agriculture, de l’exploitation minière et des services. Cependant, les perspectives sont entourées d’une incertitude importante avec des risques de nouvelles vagues de pandémie et de volatilité des prix du pétrole.

« La politique budgétaire jouera un rôle central dans le renforcement de la reprise tout en gérant les risques et en maintenant la viabilité de la dette. La priorité accordée aux dépenses sociales et d’infrastructures, en particulier dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’agriculture, sera essentielle pour renforcer la résilience de l’économie et améliorer la croissance inclusive. La mobilisation des recettes et la réduction des dépenses non prioritaires soutiendront ces objectifs tout en permettant l’assainissement budgétaire progressif nécessaire pour renforcer la soutenabilité de la dette.

« Dans ce contexte, il serait approprié de cibler un déficit primaire non pétrolier de 15,5 % du PIB non pétrolier dans le budget de l’exercice 2022. L’amélioration des recettes facilitera l’augmentation de l’assistance sociale et des dépenses d’investissement indispensables tout en réduisant le déficit primaire hors pétrole de 1,7 % du PIB hors pétrole par rapport à son niveau de 2021. À cette fin, il sera important d’augmenter le recouvrement des arriérés d’impôts, de réduire les exonérations fiscales et douanières, et de poursuivre fermement les réformes déjà engagées en matière de politique et d’administration fiscales, ainsi que la réduction des transferts aux entreprises publiques (EsP).

« À moyen terme, ces efforts budgétaires devraient être soutenus par une révision du régime fiscal dans le secteur pétrolier, une suppression plus importante des exonérations de TVA et une rationalisation des autres dépenses fiscales, une amélioration des pratiques de passation des marchés et une gestion plus efficace des investissements publics.

« Projetée à 94 % du PIB à la fin de 2021, la dette est soutenable mais des vulnérabilités importantes persistent. Les principaux sont les risques de liquidité et celles liées aux chocs négatifs sur les prix du pétrole. Alors que les besoins immédiats en liquidités sont soutenus par l’Initiative de suspension du service de la dette (ISSD) du G20, relever ces défis nécessitera une stratégie renforcée de gestion de la dette et une amélioration des statistiques de la dette. Ces mesures viendront compléter les remboursements substantiels en cours de la dette extérieure—suite à une restructuration des prêts commerciaux extérieurs—et les remboursements des arriérés intérieurs. En attendant l’apurement des arriérés extérieurs et la conclusion des négociations de restructuration en cours, la dette est classée comme étant en « détresse ».

« Le remboursement des arriérés intérieurs, qui permet de réduire les créances douteuses, renforce la stabilité financière. À cet égard, la finalisation rapide de l’audit des arriérés intérieurs accumulés au cours de 2019-2020 et la communication claire de tout nouveau plan de remboursement des arriérés intérieurs seront essentielles.

« L’avancement des réformes en matière de gouvernance, de transparence et de lutte contre la corruption sera essentiel pour améliorer l’efficacité des dépenses publiques, l’environnement des affaires et la confiance économique. Les mesures prévues comprennent le dépôt au Parlement de la nouvelle loi anti-corruption, l’audit et la publication des informations relatives à la production pétrolière et aux revenus pétroliers effectivement perçus par le gouvernement, ainsi que le renforcement de la gestion des finances publiques – par l’audit des dépenses liées à la pandémie, et l’adoption d’un contrôle et d’une transparence accrus des dépenses publiques et le recouvrement des recettes pétrolières et non pétrolières.

« Un plus grand soutien des partenaires au développement sera essentiel à la réussite de la mise en œuvre de la stratégie de réforme économique et structurelle des autorités.

« La mission a rencontré le Ministre des Finances, du Budget et du Portefeuille public, M. Rigobert Roger Andely, et d’autres hauts fonctionnaires du gouvernement. La mission du FMI a également rencontré des représentants de la société civile, du secteur privé et des partenaires au développement.

« L’équipe du FMI remercie les autorités pour leur forte coopération et pour les discussions franches et constructives qui ont eu lieu».


[1] La FEC est un accord de prêt qui permet un engagement soutenu du programme à moyen et à long terme en cas de problèmes prolongés de balance des paiements.

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Avec Sacer-infos par Stany Frank

FMI : Kristalina Georgieva, soutenue par les pays africains, sauve son poste à la tête du Fonds

octobre 12, 2021
La directrice générale Kristalina Georgieva rencontre le président de la République démocratique du Congo Felix Tshisekedi au Fonds monétaire international. © Joshua Roberts/FMI/Flickr Licence CC

Appuyée par les représentants de plusieurs États africains, mais également par la France et plusieurs pays européens, l’économiste bulgare a été maintenue, le 11 octobre, à la direction générale de l’institution multilatérale, après plusieurs semaines d’incertitude.

Dans un communiqué publié dans la nuit du 11 au 12 octobre, le Fonds monétaire international (FMI) a confirmé le maintien à son poste de Kristalina Georgieva, l’économiste et haut fonctionnaire bulgare à la tête de l’institution financière depuis le 1er octobre 2019.

« Le Conseil d’administration réaffirme sa pleine confiance dans le leadership de la directrice générale et dans sa capacité à continuer d’exercer efficacement ses fonctions. Le Conseil a confiance dans l’engagement de la directrice générale à maintenir les normes les plus élevées de gouvernance et d’intégrité au sein du FMI », indique le communiqué.

Allégations datant de son passage à la banque mondiale

Pendant plusieurs semaines et au cours de pas moins de huit sessions, le conseil d’administration du FMI a examiné le rôle joué – ou non – par l’ancienne numéro deux de la Banque mondiale dans diverses altérations supposées au classement Doing Business 2018.

À la suite d’une investigation confiée au cabinet d’avocats WilmerHale, la Banque mondiale avait annulé, le 16 septembre, la publication du rapport Doing Business, alléguant diverses manipulations commises à l’époque par les équipes sous la direction de Kristalina Georgieva, au profit notamment de la Chine. Une décision farouchement contestée par l’économiste de 68 ans.

L’EXAMEN DU RAPPORT WILMERHALE NE FOURNISSAIT PAS DE DÉTAILS SUR DES ÉLÉMENTS SUFFISAMMENT PRÉCIS

« Le Conseil d’administration a estimé que les informations présentées au cours de son examen ne démontraient pas de manière concluante que la directrice générale avait joué un rôle inapproprié concernant le rapport Doing Business 2018 lorsqu’elle était DG de la Banque mondiale », a conclu la direction du FMI.

Chasse aux sorcières

Le sort de Kristalina Georgieva, par ailleurs ancienne Commissaire européenne à la coopération internationale, faisait l’objet d’intenses spéculations ces dernières semaines, d’aucuns pointant une forte hésitation des États-Unis (16,5 % du capital du FMI) et du Japon (deuxième actionnaire avec 6,14 % du capital) à maintenir la responsable bulgare à son poste, sans un examen approfondi de son rôle à la Banque mondiale.

D’autres, parmi lesquels le prix Nobel d’économie Joseph E. Stiglitz, ont dénoncé une chasse aux sorcières et un règlement de comptes contre une dirigeante ayant bravé le conservatisme de Washington pour aider les pays du Sud face à la crise du Covid-19.

ELLE A ÉTÉ UN PARTENAIRE D’UNE VALEUR INESTIMABLE QUI A CONTRIBUÉ À NOS SUCCÈS COLLECTIFS

L’agence américaine Bloomberg rapportait récemment que selon des sources françaises (Paris détient 4,03 % des capitaux du FMI) et européennes, « l’examen du rapport WilmerHale ne fournissait pas de détails sur des éléments précis permettant de remettre directement en question la conduite de Mme Georgieva ».

Un rôle décisif

Dans un texte inédit, publié au début d’octobre par Jeune Afrique, une quinzaine de ministres africains de l’Économie et des Finances, étaient montés au créneau pour apporter leur soutien à la patronne du FMI.

« Kristalina Georgieva a joué un rôle décisif dans l’allocation générale sans précédent de droits de tirage spéciaux (DTS) équivalant à 650 milliards de dollars américains, en fournissant des liquidités et des réserves tampons à de nombreux pays qui se trouvaient dans le besoin. Elle s’est battue pour faire progresser le multilatéralisme et nous avons toujours su qu’elle était une ardente défenseure des nations en développement. Elle a été un partenaire d’une valeur inestimable qui a contribué à nos succès collectifs », ont-ils rappelé dans la tribune cosignée notamment par le Béninois Romuald Wadagni et l’Ivoirien Adama Coulibaly.

Les pays africains sont représentés au FMI par, entre autres, Ita Mary Mannathoko (Botswana), Willie Nakunyada (Zimbabwe), Osana Jackson Odonye (Nigeria) et Hossein Mirshojaeian Hosseini (Iran).

Avec Jeune Afrique par Joël Té-Lessia Assoko

Le fossé se creuse entre pays riches et pauvres, alerte le FMI

octobre 5, 2021

Alors que la croissance mondiale sera plus faible qu’attendu, Kristalina Georgieva s’inquiète de la hausse des inégalités causée par la crise sanitaire.

La directrice generale du Fonds monetaire international, Kristalina Georgieva,  s'est montree inquiete du fosse grandissant entre les pays riches qui profitent globalement de la reprise et les pays pauvres affectes par le manque de vaccins et les poussees inflationnistes.
La directrice générale du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva,  s’est montrée inquiète du fossé grandissant entre les pays riches qui profitent globalement de la reprise et les pays pauvres affectés par le manque de vaccins et les poussées inflationnistes.© SALVATORE DI NOLFI / KEYSTONE / EPA

La croissance économique mondiale sera « légèrement » plus faible qu’attendu cette année, a prévenu mardi 5 octobre la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, inquiète du fossé grandissant entre les pays riches qui profitent globalement de la reprise et les pays pauvres affectés par le manque de vaccins et les poussées inflationnistes.

« Nous sommes confrontés à une reprise mondiale qui reste entravée par la pandémie et son impact », a résumé Kristalina Georgieva lors d’une conversation virtuelle à l’université de Bocconi, à Milan, avant les réunions d’automne du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale. Kristalina Georgieva devait initialement se rendre en personne en Italie. Sollicitée par l’Agence France-Presse, sa porte-parole n’a pas précisé pour l’heure pourquoi ce voyage a finalement été annulé.

En juillet, le Fonds avait révisé à la hausse sa prévision de croissance mondiale à + 6 % cette année. Mais c’était avant que le variant Delta ne fasse de nouveaux ravages dans le monde. « Nous sommes incapables d’avancer correctement, c’est comme si nous marchions avec des pierres dans nos chaussures ! » a expliqué la dirigeante dans une métaphore. L’institution de Washington publiera dans une semaine ses prévisions actualisées en ouverture des réunions annuelles.

De lourdes conséquences sur le long terme pour les pays émergents et en développement

Les États-Unis et la Chine, les deux premières puissances économiques, restent « les moteurs essentiels de la croissance, même si leur élan ralentit », constate Kristalina Georgieva. Quelques économies avancées et émergentes poursuivent leur expansion, « dont l’Italie et plus largement l’Europe ». En revanche, « dans de nombreux autres pays, la croissance continue de se dégrader, entravée par le faible accès aux vaccins et une réponse politique limitée, en particulier dans certains pays à bas revenus », déplore-t-elle.

La « divergence » dans la reprise est telle que les économies avancées vont revenir à leurs niveaux d’avant la pandémie « d’ici à 2022 » quand la plupart des pays émergents et en développement « mettront encore de nombreuses années à se remettre » de la crise provoquée au printemps 2020 par la pandémie de Covid-19. Plus la reprise prend du temps, plus l’impact à long terme sera important dans ces pays, notamment en termes de pertes d’emplois, qui frappent durement les jeunes, les femmes et les personnes travaillant au noir, déplore Kristalina Georgieva.

L’obstacle le plus immédiat est la « grande fracture vaccinale », dit-elle. « Trop de pays avec trop de peu d’accès aux vaccins laissent trop de personnes sans protection contre le Covid », déplore-t-elle, exhortant à augmenter « fortement » la livraison de doses. La pandémie a fait près de 4,8 millions de morts dans le monde depuis fin décembre 2019, selon un bilan établi par l’Agence France-Presse lundi.

La vaccination et la hausse des prix de l’énergie au cœur des inquiétudes

« Les nations plus riches doivent tenir leurs promesses de dons immédiatement », tempête la directrice générale du Fonds alors que le FMI et la Banque mondiale ont fixé comme objectif de faire vacciner 40 % de la population mondiale d’ici à la fin de cette année et 70 % d’ici à la première moitié de 2022. Outre les problèmes d’immunisation, certains pays émergents et économies en développement sont confrontés à des pressions sur les prix qui « devraient persister », selon le FMI.

L’augmentation des prix alimentaires mondiaux, plus de 30 % au cours de l’année écoulée, est « particulièrement préoccupante », souligne Kristalina Georgieva. « Conjuguée à la hausse des prix de l’énergie, cela met encore plus de pression sur les familles les plus pauvres. » Kristalina Georgieva estime ainsi que les risques et les obstacles à une reprise mondiale équilibrée « sont encore plus marqués » qu’il y a quelques mois.

Elle recommande aux banques centrales de se tenir « prêtes à agir rapidement si la reprise se renforçait plus promptement que prévu ou si les risques inflationnistes devenaient tangibles ». De plus, elle appelle les gouvernements à accélérer les réformes pour assurer une transition vers une économie verte générant de nouveaux emplois. Elle pointe enfin le problème de la dette publique mondiale qui, selon les calculs du FMI, atteint désormais près de 100 % du PIB mondial.

Par Le Point avec AFP

Tchad : le successeur d’Idriss Déby Itno devra compter sur le FMI

avril 21, 2021
Mahamat Idriss Deby, le fils d’Idriss Déby Itno qui présidera la transition.

Le Covid-19 et les cours du pétrole ont fragilisé une économie mise à mal par l’explosion des dépenses sécuritaires. Mais une enveloppe de 560 millions de dollars a été promise en janvier à N’Djamena.

« La mort du président tchadien Idriss Déby risque de provoquer une instabilité politique dans ce pays producteur de pétrole et dans l’ensemble de la région d’Afrique centrale, avec un impact potentiel sur le secteur pétrolier », s’inquiète l’agence de notation S&P Global au lendemain de l’annonce du décès du chef d’État, qui venait d’être élu pour un sixième mandat à la tête du pays.

Il faut dire que la lutte contre le terrorisme (Boko Haram, État islamique) et les rébellions (notamment du Conseil de commandement militaire pour le salut de la République et du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad) pesait lourd sur une économie d’à peine 12,5 milliards de dollars.

Avec 1,5 milliard de barils de réserves pétrolières prouvées et une production d’environ 140 000 b/j, le Tchad est le dixième producteur d’Afrique. L’or noir représente 90 % de ses exportations, environ 40% des recettes publiques et 20% du PIB.

Le secteur agricole (céréales, gomme arabique, coton et élevage) et l’industrie tertiaire (banques, commerce, télécoms etc.) représentent respectivement environ 40% de l’économie.

Dette pétrolière

Avant même les chamboulements auxquels le pays fait désormais face, le Tchad s’était déjà lourdement endetté, notamment auprès du trader Glencore via des prépaiements de sa future production pétrolière, faisant face à une crise aiguë de liquidités, malgré un pourcentage d’endettement somme toute raisonnable, à 42 % du PIB.

Cet étranglement des finances publiques, aggravé par la crise du Covid-19, a poussé le pays à demander, fin janvier, à bénéficier du nouveau cadre de restructuration des dettes mis en place en novembre 2020 par le G20. Un cadre qui pousse les créanciers privés – dont Glencore – à s’engager au moins autant que les prêteurs publics.

À la même période, le FMI et N’Djamena ont conclu un accord dans le cadre de la Facilité élargie de crédit et du Mécanisme élargi de crédit portant sur 560 millions de dollars sur quatre ans.

« Le programme à moyen terme des autorités est axé sur des réformes ambitieuses visant à soutenir le redressement post-crise et la réduction de la pauvreté, ainsi qu’à rétablir la viabilité de la dette », avait annoncé l’institution qui a revu à la baisse, en avril (avant l’annonce du décès d’Idriss Déby Itno), ses prévisions de croissance pour le pays cette années, ramenée à 2,1%, contre une anticipation à 6,1 % six mois plus tôt.

Déficit commercial et réserves de change taries

L’institution internationale se prononce rarement – en public – sur les transitions politiques dans ses pays d’intervention. Et le calendrier précis de déboursement de l’enveloppe de 560 millions de dollars promise en début d’année n’est pas connu.

Mais il ne fait aucun doute, toutefois, que tant sur les volets budgétaires que sur le renforcement des réserves de devises du pays, les nouvelles autorités tchadiennes devront compter sur l’appui du Fonds. Et ce d’autant plus que « l’insécurité régionale persistante pourrait perturber le commerce bilatéral et mettre sous tension les finances publiques », avertissait il y a quelques mois la Banque mondiale.

Selon les projections, les recettes du gouvernement tchadien étaient attendus en baisse de 10 % à 747 milliards de F CFA par rapport à l’année précédente, pour des dépenses en progression de 10,5 % à 1 177 milliards de F CFA.

Pour ne rien arranger, la balance commerciale (échange de biens) du pays avait périclité en 2020, passant d’un excédent de 676 milliards de F CFA à un déficit de 3 milliards selon les projections du Fonds, qui anticipait il y a encore quelques mois un « rebond » à 198 milliards de F CFA en 2021. Et les réserves de change du pays plafonnent à 300 millions de dollars loin des 1,1 milliard d’avant la crise pétrolière.

Les réformes auxquelles s’étaient engagés l’exécutif tchadien auprès du FMI comprenaient, entre autres, l’amélioration du climat et le renforcement du secteur bancaire, de la transparence – notamment dans l’attribution des marchés publics – et de la gouvernance (lutte contre la corruption, déclarations de patrimoine…).

Dans un message publié ce 21 avril, Kristalina Georgieva, la dirigeante du FMI, a exprimé ses condoléances au peuple tchadien et salué la mémoire « d’un dirigeant qui a consacré sa vie à son pays et à la sécurité de la région du Sahel. 

Avec Jeune Afrique par Nelly Fualdes