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Sénégal – Violences dans les stades : les navétanes victimes de leur succès ?

décembre 19, 2021
Lors de la finale des navétanes de Mbour, en 2015. © Moussa Diallo via Youtube

Suspendu à Dakar en raison d’affrontements entre supporters, ce tournoi de football amateur et très populaire est l’enjeu d’intérêts politiques et occultes. Peut-il vraiment être réformé ?

Les « navétanes » reprendront-elles à Dakar ? Ce tournoi de football amateur, qui se déroule en marge des ligues professionnelles, a été suspendu le 7 décembre dans la capitale sénégalaise par Matar Bâ, le ministre des Sports, en raison de violences répétées. La veille, des affrontements entre supporters et policiers avaient fait au moins deux morts et une trentaine de blessés dans le stade Ngalandou-Diouf, à Rufisque. S’y tenait une demi-finale opposant l’ASC Thiawlène à l’ASC Guiff. Deux équipes de quartiers dont les supporters sont connus pour leur fanatisme.

MACKY SALL AVAIT DÉNONCÉ SUR TWITTER « UNE SPIRALE DE VIOLENCES QUI [DEVAIT] IMMÉDIATEMENT CESSER »

Dès le coup d’envoi, la tension était palpable. Le match a basculé vers la fin de la deuxième période après que l’ASC Guiff a pris l’ascendant en ouvrant le score sur un penalty contesté. Impuissants, les préposés à la sécurité n’ont pu empêcher une foule surexcitée d’envahir la pelouse et de saccager le stade pourtant remis à neuf il y a trois ans. « Il y avait déjà eu des bagarres avant que le match ne commence, raconte un témoin basé sur place. Les organisateurs n’ont pas eu le discernement de l’annuler. »

Fin novembre déjà, à Guédiawaye, en banlieue dakaroise, la destruction d’une partie du stade Amadou-Barry après des échauffourées entre supporters à l’issue d’une rencontre avait poussé le préfet à suspendre la compétition au niveau départemental. Face à ces multiples incidents, le président Macky Sall avait dénoncé sur twitter « une spirale de violences qui [devait] immédiatement cesser », tandis qu’au Parlement, plusieurs députés appelaient à une grande réforme de cette compétition dont les enjeux dépassent le simple cadre récréatif.

Le club le plus titré du pays

C’est en 1969, avec la réforme du sport initiée par Lamine Diack, alors commissaire aux Sports sous Léopold Sédar Senghor, que le phénomène prend de l’ampleur. « À l’époque, les équipes de football étaient beaucoup trop nombreuses. Et l’élite sportive était très dispersée. Il fallait fusionner les associations sportives », rappelle Alioune Diakhaté Mbaye, docteur en sciences sportives et auteur de l’ouvrage Les Sports navétanes au Sénégal, publié en 2017 aux éditions L’Harmattan.

NAVÉTANE EST UNE FRANCISATION DU MOT WOLOF NAWET, QUI VEUT DIRE « HIVERNAGE »

Cette restructuration a notamment permis la création du Jaraaf de Dakar, le club de football le plus titré du Sénégal, né de la fusion entre Les Espoirs de Dakar et le Foyer France Sénégal. « Ces fusions ont marqué la renaissance du football sénégalais. Mais la réforme a laissé sur le carreau beaucoup de jeunes footballeurs qui se sont finalement repliés sur les équipes de quartier », déplore Alioune Diakhaté Mbaye.

Au début, les tournois se déroulaient durant trois mois, pendant les vacances scolaires et universitaires, entre juillet et septembre. Ce qui coïncidait avec la saison des pluies, d’où le nom de navétane, une francisation du mot wolof nawet, qui veut dire « hivernage ».

Mais très vite, l’engouement suscité par les équipes contraint l’État à encadrer le phénomène en créant, en 1976, l’Organisation nationale pour la coordination des activités de vacances (Oncav), à laquelle doivent s’affilier toutes les associations sportives et culturelles de quartier ainsi que leurs joueurs. La structure compte aujourd’hui plus de 8 000 équipes de navétanes, dont 600 uniquement à Dakar.

LES ENJEUX SONT DEVENUS BEAUCOUP PLUS IMPORTANTS, LES MATCHS DRAINENT ÉNORMÉMENT DE MONDE

Aujourd’hui, le calendrier des très populaires navétanes s’est rallongé et chevauche la rentrée scolaire. « Avec ce grand nombre d’équipes, les enjeux sont devenus beaucoup plus importants. Les matchs drainent énormément de monde », souligne Mamadou Koumé, journaliste sportif. Entre 2 000 et 3 000 supporters en moyenne. « Certains matchs se jouent même à guichets fermés. Ils attirent plus de spectateurs que les rencontres du championnat professionnel », affirme Daddy, joueur de navétanes de 29 ans dont le rêve de devenir professionnel a été brisé par un agent peu scrupuleux. Plusieurs gloires sénégalaises y ont d’ailleurs fait leurs premiers pas, à l’image d’El Hadj Diouf, Tony Sylva, Ousmane Sène, Jules Bocandé ou de footballeurs en train d’émerger, comme Diafra Sakho ou Cheikh Ndoye.

Très grande opacité

Avec des billets vendus entre 500 et 2 000 F CFA, les recettes au bout d’une saison (qui peut durer jusqu’à six mois, de juillet à janvier) se chiffrent en plusieurs dizaines de millions de francs CFA partagés entre l’Oncav, qui organise les matchs, les gestionnaires de stades et les municipalités. En 2020, les phases nationales, qui regroupent les champions des différentes régions du pays, ont généré environ 80 millions de F CFA (120 000 euros). Mais seul un faible pourcentage revient aux équipes elles-mêmes. « Les fonds sont gérés dans une très grande opacité. On ne sait pas comment l’argent est redistribué », dénonce Mamadou Koumé, également auteur de Sénégal – la saga de l’équipe nationale de football, sorti en novembre aux éditions L’Harmattan. Contacté par Jeune Afrique, Amadou Kane, président de l’Oncav et actuel vice-président de la Fédération sénégalaise de football, n’a pas répondu à nos sollicitations.

LES POLITIQUES S’INTÉRESSENT BEAUCOUP AUX NAVÉTANES

De fait, les équipes doivent compter sur les dons et le mécénat d’opérateurs économiques mais surtout d’acteurs politiques pour exister. « Les politiques s’intéressent beaucoup aux navétanes, parce que c’est un phénomène massif. Pour avoir une base politique dans un quartier, il faut s’appuyer sur les navétanes. Et l’opposition comme le pouvoir veulent les contrôler », assure Alioune Diakhaté Mbaye.

Ascension politique

Un grand nombre de personnalités ont bâti leur ascension politique au Sénégal en sponsorisant les équipes de leur commune. À commencer par Matar Bâ, le ministre des Sports et actuel maire de Fatick, qui a présidé l’Oncav entre 2008 et 2011. Ou encore comme Abdoulaye Saydou Sow, ministre de l’Urbanisme et actuel président de la ligue de football amateur, également passé à la tête de l’Oncav. Il dirige l’AS Kaffrine, club phare de la région du même nom, qui évolue aujourd’hui en national 1 après avoir longtemps été une équipe de navétanes.

À Keur Massar, à l’est de Dakar, Daddy attend avec impatience la reprise de la compétition, mais la saison pourrait être définitivement arrêtée si de nouveaux incidents étaient enregistrés. « L’attachement des populations aux équipes est extrêmement fort. Mais les violences constatées ces derniers jours dans les stades ne diffèrent pas de celles de mars 2021 dans les rues [après l’arrestation de l’opposant Ousmane Sonko], estime Alioune Diakhaté Mbaye. Beaucoup de ces jeunes viennent de quartiers défavorisés où sévit le chômage. Ce sont des personnes qui se défoulent à la moindre occasion parce qu’elles n’ont pas de perspectives. »

Avec Jeune Afrique par Mawunyo Hermann Boko

Gabon : le pays abrite-t-il le plus grand scandale de pédophilie de l’histoire du football ?

décembre 17, 2021
Patrick Assoumou Eyi, ancien entraîneur de l’équipe des moins de 17 ans du Gabon, est aujourd’hui directeur technique de la première ligue du pays. © DR

Une enquête du quotidien britannique « The Guardian » révèle des accusations de viol à l’encontre de Patrick Assoumou Eyi, ex-sélectionneur de l’équipe gabonaise des moins de 17 ans. Plusieurs centaines d’enfants auraient été abusés et des personnalités de la Fédération gabonaise de football seraient impliquées.

L’enquête n’en est encore qu’à ses prémices. Mais, selon l’un de ses auteurs, le journaliste Romain Molina, ce pourrait être « la plus grosse affaire de pédophilie de l’histoire du football ». D’après les témoignages recueillis par The Guardian, qui a publié le récit le 16 décembre, Patrick Assoumou Eyi est accusé d’avoir « violé, formé et exploité » de nombreux garçons, alors qu’il était sélectionneur des moins de 17 ans du Gabon, jusqu’en 2017, puis directeur technique de la Ligue de l’Estuaire, poste qu’il occupait encore avant la parution de l’enquête.

Une victime présumée résume les accusations : « Il m’a forcé à avoir des relations sexuelles avec lui. C’était la condition pour rester dans l’équipe nationale. […] “Capello” [son surnom] a violé tant de garçons qu’il allait parfois à la campagne pour en trouver de nouveaux. Il profitait de leur pauvreté. […] C’est la réalité du football gabonais depuis des décennies, mais personne ne peut arrêter le système. Les prédateurs sont trop nombreux… »

La Fegafoot impliquée ?

Deux autres victimes présumées ont également affirmé que Patrick Assoumou Eyi les avait maltraitées alors qu’elles avaient moins de 18 ans et fréquentaient l’Académie Club de Libreville, située à Akanda, entre 2017 et 2019. Un ancien joueur a quant à lui déclaré que l’entraîneur attirait les jeunes garçons chez lui et qu’il avait rebaptisé son domicile le « jardin d’Eden ».

La Fédération gabonaise de football (Fegafoot) était-elle au courant des soupçons pesant sur l’ancien sélectionneur ? Toujours dans The Guardian, un ancien responsable de la Fegafoot a affirmé qu’il avait tenté de faire part de ses préoccupations concernant des allégations d’abus sexuels lors d’une réunion du conseil d’administration en 2019. Il assure avoir ensuite été démis de ses fonctions. La Fegafoot nie cette version des faits et a précisé dans un communiqué n’avoir « jamais enregistré de plaintes relatives à un acte de cette nature ».

Une enquête ouverte par le ministère des Sports

Les victimes présumées ont quant à elles expliqué ne pas avoir contacté la police au Gabon par manque de confiance à l’égard des autorités. En revanche, une plainte a été déposée par la Fédération internationale des associations de footballeurs professionnels (Fifpro), le syndicat mondial des joueurs. « Nos enquêtes préliminaires ont donné des preuves cohérentes de témoins crédibles qui parlent tous d’une pratique continue et bien ancrée consistant à forcer les jeunes joueurs à avoir des relations sexuelles comme condition préalable aux opportunités de football », écrit le syndicat dans cette plainte consultée par The Guardian.

« On parle de plusieurs centaines de jeunes joueurs abusés, a expliqué Romain Molina sur Twitter. Patrick Assoumou Eyi n’est que le premier de la liste. Nous publierons un prochain volet des abus sexuels sur jeunes footballeurs au Gabon avec le nom d’autres prédateurs impliqués dans les hautes sphères du football gabonais. » Ce 17 décembre, le ministre des Sports a annoncé la suspension provisoire de Patrick Assoumou Eyi et l’ouverture d’une enquête à la suite des témoignages révélés par le quotidien britannique.

Avec Jeune Afrique par Mathieu Olivier

Le Canada poursuit sa quête d’une place au mondial avec un gain contre le Costa Rica

novembre 13, 2021

EDMONTON — L’équipe nationale masculine du Canada poursuit sa quête afin de décrocher une place à la Coupe du monde de soccer 2022 au Qatar. Un but de Jonathan David a procuré aux Canadiens une importante victoire de 1-0 sur le Costa Rica, vendredi soir, au stade du Commonwealth d’Edmonton.

© Fournis par La Presse Canadienne

Le but marqué à la 57e minute de jeu a permis au Canada de faire un pas de plus vers son objectif, en plus de faire exploser de joie les 48 806 partisans présents.

«L’atmosphère était électrique, absolument électrique, a souligné l’entraîneur-chef John Herdman après la partie. À chaque moment important du match, les partisans étaient derrière nous.»

David a été vif pour récupérer un ballon échappé par le gardien Leonel Moreira dans la zone de réparation et l’envoyer au fond du filet.

Avec ce gain les hommes de Herdman viennent solidifier leur troisième place au classement du tournoi de qualification de la CONCACAF. Avec ses 13 points, le Canada a maintenant deux points d’avance sur le Panama et seulement un point de retard sur les États-Unis et le Mexique au sommet.

«Nous sommes à un point de la première position et l’on sait quelles sont nos ambitions», a commenté le latéral gauche Sam Adekugbe, identifié comme le joueur du match par Herdman.

Le Canada est toujours invaincu en sept parties, avec trois victoires et quatre verdicts nuls. Le top-3 du tournoi à huit équipes ira directement au mondial.

Le Costa Rica (1-4-2), pointe au cinquième rang avec six points en sept matchs.

Quelques minutes avant le but de David, Tajon Buchanan était passé bien près d’ouvrir la marque quand sa bicyclette a battu Moreira, mais le ballon est allé frapper la barre horizontale.

En première demie, les Canadiens ont menacé à la 15e minute lorsqu’un coup de pied de coin d’Alphonso Davies a fait son chemin à travers le groupe de défenseurs du Costa Rica pour finir son parcours sur la barre horizontale.

Ce match marquait justement le retour à la maison de Davies, le fils prodigue. L’attaquant du Bayern Munich et grande vedette internationale revenait à Edmonton, la ville où il a grandi, pour défendre les couleurs de son pays.

Tout au long du match, il s’est retrouvé étroitement surveillé par deux ou trois joueurs costaricains dès qu’il s’approchait du ballon. Il a tout de même eu quelques occasions de faire mouche, dont à la 66e minute lorsqu’il a pu prendre un bon tir, mais le ballon est passé au-dessus du filet.

Lorsqu’on lui a demandé si son joueur vedette avait tenté d’en faire trop, le coach Herdman s’est porté à la défense de son attaquant.

«La première chose que les partisans veulent voir, c’est Phonzie avoir le ballon, a-t-il répondu. La deuxième chose qu’ils veulent le voir faire, c’est dribler. Je ne vais puis lui enlever ça.»

«Dans une soirée comme celle-là, laissez-le vivre son moment», a-t-il ajouté.

Herdman s’attend tout de même à ce que Davies connaisse un bien meilleur match mardi face au Mexique.

Cette semaine, Davies avait confié qu’il aurait «un peu de papillons», mais qu’il chasserait rapidement la nervosité pour se concentrer à récolter les trois points associés à une victoire. Il pourra dire «mission accomplie».

La meilleure chance du Costa Rica est survenue à la 34e minute quand Youstin Salas y est allé d’une volée qui a forcé le gardien Milan Borjan à plonger pour effectuer l’arrêt.

«On a entrepris le match avec un plan pour gagner, a commenté l’entraîneur-chef du Costa Rica Luis Fernando Suarez par l’entremise d’un interprète. Ce qu’on doit améliorer, c’est notre attaque. On a manqué nos chances quand on avait le ballon.»

Appelé comme remplaçant à la 82e minute, Iké Ugbo a effectué ses débuts sur la scène internationale avec le Canada. Ugbo a représenté l’Angleterre chez les U17 et les U20, mais a déclaré la semaine dernière son intention de représenter le Canada chez les seniors.

Le Canada recevra le Mexique, mardi, toujours à Edmonton.

Avec La Presse Canadienne

Football : la justice espagnole veut l’incarcération de Lucas Hernandez

octobre 13, 2021

Il est reproché au défenseur international français de ne pas avoir respecté une mesure d’éloignement imposée après une rixe avec sa compagne en 2017.

La justice espagnole a ordonne l'incarceration du lateral de l'equipe de France Lucas Hernandez.
La justice espagnole a ordonné l’incarcération du latéral de l’équipe de France Lucas Hernandez.© FRANK HOERMANN/SVEN SIMON / SVEN SIMON / dpa Picture-Alliance via AFP

L’information diffusée mercredi 13 octobre par l’Agence France-Presse vient confirmer celle communiquée par le quotidien espagnol As. La justice espagnole a ordonné l’incarcération du latéral de l’équipe de France Lucas Hernandez. Il est reproché au défenseur international français du Bayern Munich de ne pas avoir respecté une mesure d’éloignement imposée à la suite d’une rixe avec sa compagne, qui s’était déroulée en 2017. L’annonce a été faite par le Tribunal supérieur de justice de Madrid.

Lucas Hernandez, champion du monde 2018 et vainqueur de la Ligue des nations avec les Bleus dimanche contre l’Espagne, devra se présenter le 19 octobre devant un tribunal de Madrid afin que l’ordonnance d’incarcération lui soit notifiée. Il aura, après cette audience, dix jours pour entrer « volontairement » en prison. Mais, selon le tribunal, l’ancien défenseur de l’Atlético Madrid a déjà fait appel de la décision et pourrait éviter la prison si son recours était accepté. En Espagne, les peines de prison inférieures à deux ans ne sont généralement pas appliquées sauf s’il s’agit d’une récidive, auquel cas l’incarcération est exigée même si la peine est très courte.

La première condamnation de Lucas Hernandez dans cette affaire remonte à février 2017. Le défenseur avait alors été condamné, tout comme sa compagne, à 31 jours de travaux d’intérêt général et à une mesure d’éloignement et d’interdiction d’entrer en contact durant six mois pour des violences conjugales mutuelles. Seulement quatre mois plus tard, le joueur et sa compagne avaient été interpellés à l’aéroport de Madrid-Barajas alors qu’ils revenaient de vacances. Le footballeur avait été retenu quelques heures en garde à vue par les forces de l’ordre pour ne pas avoir respecté la mesure d’éloignement imposée en 2017, avant d’être remis en liberté. Jugé pour non-respect de la mesure d’éloignement, il avait été condamné en 2019 à six mois de prison. Sa compagne n’avait en revanche pas été arrêtée à l’aéroport car la mesure d’éloignement ne lui avait pas encore été notifiée officiellement à ce moment-là. Elle n’était donc pas en tort.

Par Le Point avec AFP

« Le footballeur français, c’est comme du textile chinois »

octobre 2, 2021

ENTRETIEN. Éducateur passionné, Yacine Hamened dénonce les dérives du foot business dans les écoles de foot, dès le plus jeune âge.

L'educateur Yacine Hamened signe un livre coup de poing qui denonce les derives de l'ecosysteme du sport le plus populaire dans l'Hexagone.
L’éducateur Yacine Hamened signe un livre coup de poing qui dénonce les dérives de l’écosystème du sport le plus populaire dans l’Hexagone.© FRANCK FIFE / AFP

« Au bord des terrains, c’est bien souvent un triste spectacle de parents hystériques qui perdent toute mesure. Une faute non sifflée sur leur enfant, et ce sont toutes les insultes du monde (quand ce ne sont pas les coups) qui s’abattent sur un arbitre, même pas encore majeur parfois. Un entraîneur qui remplace un enfant, et là, ce sont les parents qui voient rouge parce qu’il paraît qu’il y avait (peut-être) un recruteur au bord du terrain et que le train de la richesse est en train de filer à cause de l’éducateur. » Yacine Hamened est un homme en colère. Ancien responsable de la formation du FC Évian Thonon-Gaillard (des moins de 6 ans aux moins de 15 ans), l’éducateur publie Les Hors-Jeu du football français (éd. Talent Sport), un livre coup de poing qui dénonce les dérives de l’écosystème du sport le plus populaire dans l’Hexagone.

Le Point : Votre livre s’appelle « Les Hors-Jeu du football français ». Que voulez-vous dire par là ?

Yacine Hamened : J’ai voulu montrer que, malgré certains résultats – notamment le titre de champions du monde –, il y a des dysfonctionnements dans notre football. Structurels, administratifs, comportementaux… On peut faire beaucoup mieux.

Guy Roux expliquait au Point au mois de mai : « L’équipe de France va bien, mais le football français va mal. » Vous êtes sur la même ligne ?

Les premières journées de L1 cette saison sont un contre-exemple puisqu’elles tendent vers une évolution. Globalement, sur les dix dernières années, l’équipe de France va bien, pas les clubs.

Quand on vous lit, on n’a presque plus envie d’inscrire son enfant au foot…

Je suis passionné de football, mais mon fils fait du tennis… Malheureusement, je ne grossis pas le trait. Ce sont des faits. Ça pose problème. Beaucoup de parents se détournent du football à cause de l’environnement néfaste, violent. Quand on inscrit son enfant au sport, le premier but doit rester le plaisir, la passion. D’autres sports sont plus sains et plus adéquats à l’épanouissement de l’enfant, plutôt que la recherche de la réussite absolue.

Dans votre livre coup de gueule, vous expliquez qu’il y a deux alternatives : soit les enfants sont forts et deviennent des proies, soit ils sont moyens et personne ne veut les faire jouer. Que doit-on faire pour que le foot redevienne un jeu ?

Les clubs et leurs éducateurs doivent comprendre que leur première mission n’est pas de fabriquer des professionnels. Il y a plus de 15 000 clubs en France. Si on retire les 40 clubs de L1 et L2, ça fait 15 000 clubs qui ne font pas ce qu’il faut, en termes d’accueil, d’éducatif. Le problème est aussi structurel. Les ligues laissent faire, car ça les arrange de créer des clubs élites et de fabriquer ce rêve. Elles autorisent des mutations tous les ans. En CM2, des enfants de 10 ans prennent le bus trois fois par semaine pour aller jouer dans le meilleur club du secteur au lieu de jouer avec leur copain d’école ou de quartier.

Vous parlez aussi de « faux » agents qui promettent des millions aux parents alors qu’ils sont… commerciaux ou chauffeurs VTC !

Je comprends que chacun ait envie de réussir socialement, financièrement. Le football est une solution de facilité, car il ne nécessite pas de diplôme ou de compétences particulières. Si on a un peu de tchatche et des relations… Alors, on pense que tout le monde peut être agent et gérer la carrière d’un joueur. C’est faux ! Il faut connaître les règlements, les contrats, mais aussi le football. Pour certains, c’est comme s’ils étaient vendeurs d’aspirateurs ou de tapis. Beaucoup de gens s’engouffrent dans cette brèche – car elle existe – et le font au détriment des enfants. Ils contactent énormément de joueurs et de familles. Si les jeunes réussissent, tant mieux. Sinon, ils sont laissés de côté…

Bientôt, les enfants de 8 ans auront des agents officieux.

On a l’impression que vous parlez de joueurs de 16 ou 17 ans. Mais, en fait, les footballeurs sont « recrutés » de plus en plus tôt !

L’explication est simple. L’Île-de-France est un vivier mondial. Les clubs étrangers y font du scoutisme. Un règlement interdit aux clubs étrangers de recruter un enfant français avant ses 16 ans. Donc, les clubs français les contactent dès l’âge de 12 ans pour éviter la concurrence. Mais à 12 ans, les enfants ont déjà un « conseiller pseudo-agent ». Donc il faut commencer encore plus tôt. C’est à l’infini ! Bientôt, les enfants de 8 ans auront des agents officieux.

Est-ce spécifique à la France ? Comment ça se passe dans les autres pays ?

La France est un marché très spécial. Nous avons un vivier de joueurs unique. La concurrence est exacerbée, et il y a très peu d’identité club. On joue exactement le même football à Montrouge, à l’ACBB ou à Torcy. On fabrique des joueurs individualistes, en se basant sur des qualités athlétiques. Dans les autres pays, où la culture club est plus forte, chaque club a son identité, sa façon de jouer, et les enfants ne changent pas de club chaque année. Le seul pays qui se rapproche de la France est – à une moindre échelle – la Belgique.

Vous dites qu’on ne « forme » pas, mais qu’on « fabrique » des footballeurs. C’est-à-dire ?

Si on forme, on met en place quelque chose, un projet. En France, on fabrique pour vendre. C’est comme du textile chinois. Un produit standard, pas forcément de grande qualité. En France, on fait des numéros 6 (milieu de terrain défensif, NDLR) travailleurs et destructeurs. Ça marche, car peu de pays ont ce genre de profil. Devant, on produit des joueurs rapides, avec une bonne technique, capables d’éliminer.

Quelles solutions proposez-vous ?

Il faut ouvrir le football à d’autres milieux. Intégrer dans les instances dirigeantes des gens qui ont vu les incohérences sur le terrain. Le football français est très consanguin. À de rares exceptions près, les entraîneurs sont tous d’anciens joueurs professionnels, donc ils reproduisent le même modèle. Au Portugal, la formation d’entraîneur est ouverte à tous et ressemble à un diplôme universitaire. Les Allemands ont des entraîneurs comme Nagelsmann, qui n’est pas un ancien professionnel et qui a une vision très moderne du foot.

En refermant votre livre, certains vont malgré tout dire : oui, mais Kylian Mbappé est français, formé en France et la France est championne du monde.

On va toujours nous raconter cette histoire du petit Français de tel quartier qui réussit. Finalement, combien de joueurs français sont des titulaires indiscutables dans le top 8 européen ? Au lieu d’ouvrir les yeux, on ramène toujours à deux choses : Mbappé et la Coupe du monde.

À l’issue de votre ouvrage, vous remerciez « les éducateurs qui ont envie d’être là pour les enfants plus que pour eux ». Cela veut-il dire que les entraîneurs d’équipes d’enfants se prennent tous pour Guardiola ou Mourinho ?

Ils cherchent la visibilité. On leur fait croire qu’ils vont devenir « quelqu’un ». Je vous donne l’exemple de Montrouge, qui a atteint la finale du championnat de France des moins de 17 ans. Mais c’est grâce à son recrutement, pas grâce à la génération des enfants de Montrouge. Ils fabriquent de grosses équipes. Moi, ce n’est pas mon travail. On doit être là pour les enfants, les éduquer à un sport collectif, des règles de vie.

Les Hors-Jeu du football français, coup de gueule d’un éducateur. Talent Sport, 14,90 €.

Avec Le Point par Thibault Geffrotin

Football : les mauvaises performances de l’équipe malgache agacent le président

septembre 19, 2021

Le président malgache Andry Rajoelina célèbre le deuxième but de Madagascar lors de la CAN 2019  à Alexandrie, le 7 juillet 2019.

Révélation de la CAN 2019, la sélection malgache traverse des moments compliqués et la fédération, officiellement dirigée par un président recherché par Interpol, est la cible de nombreuses critiques. Une situation qui préoccupe le chef de l’État.

La CAN 2019 semble aujourd’hui bien loin. Madagascar, qui avait atteint les quarts de finale pour la première phase finale de son histoire, n’a pas réussi à se qualifier pour la prochaine édition, qui aura lieu du 9 janvier au 6 février 2022 au Cameroun. Et les deux défaites concédées face au Bénin (0-1, le 2 septembre à Antananarivo) et à la Tanzanie (2-3, le 6 septembre à Dar es-Salaam) lors des deux premières journées du deuxième tour des qualifications pour la Coupe du monde 2022 ont confirmé l’ampleur du problème. Les Malgaches ont compromis leurs chances d’accéder au troisième tour, en mars 2022.

Pas d’ingérence

Une situation face à laquelle Andry Rajoelina ne cache pas son agacement. Le chef de l’État s’était déjà prononcé publiquement contre la suspension du sélectionneur français Nicolas Dupuis, qui avait conduit les Barea en quarts de finale de la CAN en 2019. Il avait regretté « une décision unilatérale [et prise] sans concertation » en avril dernier, mais ne s’en était pas mêlé davantage, respectant le choix de la Fédération malgache de Football (FMF). « Le chef de l’État ne peut pas intervenir dans les affaires de la fédération, car cela pourrait entraîner une suspension de Madagascar par la Fifa [Fédération internationale de football association], qui ne tolère pas les ingérences politiques dans les affaires du football », explique un proche de la sélection nationale.

Les griefs de Raoul Rabekoto, le président de la FMF, à l’égard de Dupuis étaient de plusieurs ordres. Il y avait bien sûr l’élimination de la CAN 2022, mais il lui reprochait aussi de s’être mêlé des affaires administratives, financières et commerciales de la fédération, sans toutefois en apporter la preuve concrète. Il lui a donc préféré Éric Rabésandratana, un ancien joueur du Paris-Saint-Germain qui a été sélectionneur adjoint au FC Miami City, là encore sans tenir compte de l’avis du comité exécutif.

Président en cavale

Andry Rajoelina n’avait pas tenté de s’opposer à la nomination de Rabésandratana, qu’il avait cependant déplorée en privé. Pour marquer son soutien à Dupuis (l’État prenait en charge 8 000 des 12 000 euros de salaire du technicien, les 4 000 euros restant étant versés par la FMF), le président malgache l’avait néanmoins propulsé en juin à la direction de la section football de l’Académie nationale du sport de haut niveau, une structure récemment créée.

UNE SÉLECTION NATIONALE QUI A DES RÉSULTATS, CELA NE FAIT PAS OUBLIER LA CRISE, MAIS CELA APPORTE UN PEU DE LÉGÈRETÉ

C’est un fait, Rajoelina a beau s’astreindre à une certaine réserve, il suit de très près la sélection nationale et ses tourments. « Le chef de l’État a besoin d’une sélection qui a des résultats : c’est important pour l’image du pays et pour le moral des Malgaches, résume un membre de la fédération. Cela ne fait pas oublier la crise économique et les problèmes du quotidien, mais cela apporte un peu de légèreté. Mais un président [Raoul Rabekoto] de fédération en cavale et les mauvaises performances du onze national, ce n’est pas positif pour le pays. »

Rabekoto est en effet visé par une enquête pour abus de fonction, faux en écriture publique et usage de faux. Il est soupçonné d’avoir détourné 25 millions d’euros entre 2009 et 2018, lorsqu’il était le directeur général de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CnaPS). En fuite en Europe, il est visé par un mandat d’arrêt d’Interpol et risque, s’il devait être reconnu coupable, une condamnation au pénal. La FMF pourrait alors demander à la Fifa de le destituer de son poste de président.

Rabésandratana, dont les relations avec certains joueurs se sont dégradées et qui n’a pas répondu aux sollicitations de Jeune Afrique, pourrait voir son sort scellé dans les prochains jours. Nicolas Dupuis devrait, lui, être prochainement promu à la tête de la Direction technique nationale (DTN).

Avec Jeune Afrique par Alexis Billebault

Football : Benjamin Mendy restera en prison jusqu’en janvier

septembre 10, 2021

Le défenseur français, accusé de viols, sera jugé le 24 janvier prochain en Angleterre. D’ici-là, il ne pourra pas quitter sa prison.

Accuse de viols, Benjamin Mendy devra rester derriere les barreaux jusqu'au 24 janvier prochain.
Accusé de viols, Benjamin Mendy devra rester derrière les barreaux jusqu’au 24 janvier prochain.© Shaun Botterill / MAXPPP / PRESS ASSOCIATION IMAGES/MAXPPP

Benjamin Mendy ne sortira pas de prison cette année. Derrière les barreaux depuis la fin du mois d’août, le défenseur français sera jugé par le tribunal de Chester (Cheshire), le 24 janvier prochain. Une audience pour laquelle il devra patienter en prison, le juge ayant refusé de lui accorder l’aménagement de sa détention provisoire. Champion du monde avec l’équipe de France en 2018, Benjamin Mendy joue à Manchester City depuis 2017, un club dont il a été suspendu le 26 août dernier, dans la foulée de son arrestation. Il est accusé de quatre viols et d’une agression sexuelle, l’ensemble des faits qui lui sont reprochés s’étant déroulés entre octobre 2020 et août 2021.

Vêtu d’un survêtement de couleur crème, Benjamin Mendy a écouté les bras croisés les propos tenus à l’audience, qui lui ont été traduits en français par un interprète. Il a été maintenu en détention à l’issue de l’audience de 45 minutes, et a fait un clin d’œil à un homme dans le public en quittant la salle. La date de l’audience du 24 janvier est encore susceptible de bouger. Cela dépendra de ce que plaidera Benjamin Mendy lors d’une prochaine audience, le 15 novembre prochain. Ce jour-là, l’international français devra annoncer s’il plaide coupable ou non coupable. Son avocate, Eleanor Laws, a annoncé qu’elle envisageait de demander l’abandon des charges.

Une carrière anglaise compliquée

Pour recruter Mendy, révélé à Marseille et qui a passé une saison par Monaco, City avait déboursé 52 millions de livres (environ 60 millions d’euros), faisant à l’époque du jeune latéral gauche français le défenseur le plus cher de l’histoire. Mais la carrière de Mendy a depuis été rythmée par les blessures, comme sa rupture des ligaments croisés en 2017, le forçant à passer plus de temps à soigner ses genoux et des ennuis musculaires qu’à taper dans un ballon. L’international français avait aussi fait les choux gras des tabloïds à l’automne 2020 lors de la saisie de sa Lamborghini d’une valeur de plus de 500 000 euros, qu’il conduisait sans permis ni assurance. Il avait plaidé coupable et a été condamné à un peu plus de 1 000 euros d’amende.

Également inculpé dans le cadre de l’enquête, un deuxième homme, Louis Saha Matturie, 40 ans, a comparu aux côtés du champion français. Il est inculpé pour quatre viols commis sur trois personnes entre avril et août.

Par Le Point avec AFP

La « génération sacrifiée » du football gabonais

septembre 4, 2021
Entraînement de l’équipe de l’AS Bouenguidi.

Ces dernières années, l’État gabonais a massivement subventionné le football afin de le professionnaliser. Pourtant, la situation des joueurs, précarisés par la pandémie, ne s’est pas améliorée…

Depuis le mois de mars 2020, le football n’existe quasiment plus au Gabon. Les championnats professionnels, interrompus en raison de la pandémie de Covid-19, n’ont jamais repris. Les amateurs de football ont dû se contenter des quelque matchs de la sélection nationale, qui s’est qualifiée pour la Coupe d’Afrique des nations (CAN, qui aura lieu en 2022 au Cameroun), et de ceux de l’AS Bouenguidi en Ligue des champions et en Coupe de la confédération africaine. Si tout se passe comme prévu, la saison 2021-2022 devrait débuter en septembre, après plus de dix mois d’interruption.

À défaut de compétition, et avec toutes les conséquences, parfois dramatiques, que cela a pu engendrer pour les joueurs, les staffs techniques et le personnel administratif des clubs, les autorités gabonaises ont entrepris de remettre de l’ordre dans le secteur. Des Assises du football ont été organisées à Libreville par le ministre des Sports, Franck Nguema, et par la Fédération gabonaise de football (Fegafoot).

« Tout n’est pas allé au football »

« Nous, les joueurs, nous n’avons tout simplement pas été conviés, ce qui est tout de même paradoxal, car il me semble que les footballeurs ont un rôle important dans le football, ironise l’ancien international Rémy Ebanega, qui préside désormais l’Association nationale des footballeurs professionnels du Gabon (ANFPG). Le bilan de ces dernières années, où l’État a versé des subventions aux clubs professionnels, est assez facile à faire : le football gabonais est dans une situation critique, tout simplement parce que l’argent a souvent été très mal utilisé. L’État n’a pas effectué de contrôle strict. »

Rémy Ebanega, président de l’Association nationale des footballeurs professionnels du Gabon, en 2018, à Libreville

En 2012, après la CAN organisée conjointement avec la Guinée équatoriale, le gouvernement a en effet décidé de revoir à la hausse le niveau des subventions. Les dotations ont donc augmenté jusqu’à atteindre, en 2020, un montant total de 53,4 millions d’euros. Des sommes versées aux clubs de Ligue 1 et Ligue 2, à la Ligue nationale de football (Linaf) et au cabinet de consultant de l’Espagnol Jaume Ferrer Graupera, un ancien vice-président du FC Barcelone, qui s’était vu confier, entre 2011 et 2016, la mission d’aider à développer le football professionnel au Gabon.

UNE COMMISSION DE CONTRÔLE EST INDISPENSABLE. C’EST DE L’ARGENT DU CONTRIBUABLE DONT IL EST QUESTION ! »

Le succès a néanmoins été très relatif. « Les clubs ont reçu de l’argent mais de toute évidence, tout n’est pas allé au football, tacle le député Adrien Nkoghe Essingone, ancien président de la fédération gabonaise désormais à la tête de la task force chargée de préparer l’avenir de la discipline. Ce n’est pas normal. C’est pour cela que le chef de l’État a souhaité que des assises soit organisées. »

Si le montant des subventions annuelles n’est pas encore connu, celles-ci seront soumise à un monitoring beaucoup plus strict. La création d’une commission de contrôle et de gestion est ainsi envisagée. « C’est indispensable, insiste Adrien Nkoghe Essingone. C’est de l’argent du contribuable dont il est question ! »

Petits boulots

« L’État va continuer à accompagner le football professionnel sur une durée de trois ans, affirme l’ancien patron de la fédération. À l’issue de cette période, les clubs deviendront des “sociétés à objet sportif” et devront générer eux-mêmes des ressources, notamment via le sponsoring privé. »

NOUS DEMANDONS DE VRAIS CONTRATS ET UNE PROTECTION SOCIALE POUR LES JOUEURS »

Le gaspillage de ces dernières années était-il prévisible ? « Plus les sommes sont importantes, plus des gens se servent au passage, surtout s’il y a peu de contrôles, affirme un joueur gabonais sous couvert d’anonymat. Il y a des dirigeants de clubs qui ont probablement utilisé ces sommes à des fins personnelles. Sinon, comment expliquer que tant de joueurs soient concernés par le non-versement des salaires ? »

La pandémie bien sûr n’a rien arrangé, explique l’ancien international Rémy Ebanega, qui parle de « génération sacrifiée » : « Les joueurs ne jouent plus depuis mars 2020, ils ne touchent plus de salaire et certains enchaînent les petits boulots pour vivre. D’autres ont mis un terme à leur carrière. Le problème au Gabon, c’est que seule la sélection nationale compte. Ici, les joueurs n’ont pas de statut. En cas de blessure, ils ne sont pas payés et privés de compétition. Ce que nous demandons, c’est qu’ils touchent leurs salaires, qu’ils aient de vrais contrats et une protection sociale. Et il faut que les compétitions se déroulent de manière régulière. »

Avec Jeune Afrique par Alexis Billebault

Le Canada accède à la finale du tournoi olympique de soccer féminin

août 2, 2021

TOKYO — L’équipe canadienne de soccer féminin voulait changer la couleur de sa médaille. Elle aura l’occasion de le faire

© Fournis par La Presse Canadienne

Jessie Fleming a profité d’un penalty en deuxième demie pour guider le Canada vers une victoire de 1-0 contre les États-Unis, lundi, lors du tournoi olympique des Jeux de Tokyo.

Les Canadiennes sont passées en finale, où elles affronteront l’Australie ou la Suède.

L’Américaine Tiema Davidson a commis une faute à l’intérieur de la surface de réparation, offrant un penalty à ses adversaires. Fleming a élevé le ballon tout juste hors de portée de la gardienne Adrianna Franch pour inscrire le seul but de la rencontre.

«J’ai pris une grande respiration et j’ai exécuté ce que j’ai déjà fait auparavant», a dit Fleming.

Le Canada avait gagné la médaille de bronze en soccer féminin au cours des deux derniers Jeux olympiques. Il s’était notamment incliné de façon dramatique contre les Américaines lors des demi-finales des Jeux de Londres, en 2012.

Une autre équipe féminine a progressé, lundi, mais cette fois au tournoi de volleyball de plage.

Melissa Humana-Paredes et Sarah Pavan ont gardé leur erre d’aller en défaisant les Espagnoles Liliana Fernandez Steiner et Elsa Baquerizo McMillan en deux manches identiques de 21-13.

Humana-Paredes et Pavan, les championnes du monde en titre, ont rejoint en quarts de finale la paire canadienne composée de Brandie Wilkerson et Heather Bansley. 

Le Canada est le seul pays à encore compter sur deux équipes lors de ce tournoi féminin. 

«Normalement, à ce point-ci de la compétition, il y aurait deux équipes américaines ou brésiliennes, mais là, nous avons deux duos canadiens. Je crois que ça représente beaucoup pour notre pays et notre fédération», a souligné Humana-Paredes. 

Humana-Paredes et Pavan, qui n’ont toujours pas perdu une manche à Tokyo, se mesureront aux Australiennes Mariafe Artacho Del Solar et Taliqua Clancy lors du tour suivant. Wilkerson et Bansley croiseront le fer avec les Lettonnes Tina Graudina et Anastasija Kravcenoka. 

Humana-Paredes et Pavan ont été sacrées championnes du monde en 2019 et ont remporté la médaille d’or aux Jeux du Commonwealth, en 2018. 

La quête d’une médaille olympique s’est également poursuivie pour quelques athlètes canadiens en canoë-kayak. De façon surprenante même. 

La Québécoise Andréanne Langlois et sa partenaire Michelle Russell, de la Nouvelle-Écosse, ont toutes les deux accédé aux courses de K1 200 mètres, qui auront lieu mardi. 

Langlois a remporté sa course de quarts de finale en un temps de 41,728 secondes. Russell, qui a pris le deuxième échelon, a livré une course endiablée au cours de laquelle quatre kayakistes ont franchi la ligne d’arrivée pratiquement en même temps. 

«La priorité était le K4 500 mètres. Le K1 200 mètres, c’est un peu un bonbon pour nous, a indiqué Langlois. C’était une belle surprise aujourd’hui.» 

L’Ontarien Roland Varga et le Néo-Écossais Connor Fitzpatrick ont quant à eux obtenu leur billet pour les demi-finales de l’épreuve du C2 1000 mètres. 

Les Ontariens Simon McTavish, Alanna Bray-Lougheed et Madeline Schmidt sont toutefois arrivés à court. 

En athlétisme, Lucia Stafford et Gabriela Debues-Stafford se sont qualifiées pour les demi-finales du 1500 mètres après avoir montré les septième et huitième meilleurs chronos. Stafford a d’ailleurs réussi un sommet personnel (4:03,52). 

À l’épreuve de 200 mètres chez les dames, Crystal Emmanuel a réussi son meilleur temps de la saison (22,74 secondes) pour accéder à la demi-finale, mais elle a ensuite montré un chrono de 23,05 secondes, ce qui n’a pas été suffisant pour qu’elle accède à la finale.

Au 400 mètres haies, la Canadienne Sage Watson a bravé une pluie battante pour franchir la ligne d’arrivée en 55,51 secondes. Son cinquième rang dans sa demi-finale l’a éliminée de la finale.

En lutte, dans la catégorie féminine des 68 kilogrammes, Danielle Suzanne Lappage s’est inclinée 7-0 en huitièmes de finale contre Khanum Velieva, une représentante du Comité olympique russe. 

Lors des qualifications de l’épreuve de poursuite par équipes en cyclisme sur piste, les Canadiennes ont pris le huitième et dernier rang après avoir montré un chrono de 4:15,832. Du côté masculin, le quatuor canadien s’est emparé de la sixième place (3:50,455).

Au tremplin de trois mètres, le jeune Québécois de 17 ans Cédric Fofana a conclu les qualifications en 29e position et il a été exclu des demi-finales.

Avec La Presse Canadienne

La CAN des quartiers : « vivre ensemble » ou repli identitaire ?

juillet 18, 2021
La « CAN des quartiers », à Créteil.

D’un simple tournoi entre amis à Créteil en juin 2019, la « CAN des quartiers » est devenue, deux ans plus tard, un véritable succès populaire à travers la France. À ces matchs de foot, se mêlent aussi parfois géopolitique et revendications sociales.

Goussainville, en banlieue parisienne, juillet 2021. Des dizaines de jeunes envahissent le terrain en scandant « Dima Maghrib » (littéralement, « le Maroc, pour toujours »). Depuis le lancement, en mai 2019 par le Franco-Sénégalais Moussa Sow, de la  « Coupe d’Afrique des nations des quartiers », le phénomène a gagné la France. À LIRE Football : Moussa Sow, le Franco-Sénégalais qui a lancé la CAN des quartiers

Difficile de passer à côté de l’engouement que génèrent ces tournois qui pullulent dans tous les villes de banlieue. À Montreuil, en Seine-Saint-Denis, ils étaient 300 supporteurs réunis lors du match entre le Mali et la Côte d’Ivoire. Au Clos Layat, en périphérie de Lyon, plus d’un millier de personnes ont assisté à la victoire de la RDC sur l’Algérie. 

« Exprimer notre africanité »

Paix, communion et partage, sont au centre de tous les matchs. Mais certains s’interrogent : cette ferveur autour du drapeau d’origine ne symboliserait-elle pas les dysfonctionnements de l’intégration, au sein de la société française, des jeunes issus des banlieues ? Abdu Gnaba, anthropologue, désamorce une éventuelle polémique : « Diverses identités se réunissent autour d’une même règle. Il y a une volonté de respecter un cadre tout en exacerbant les identités ». « Le football est l’occasion d’affirmer son attachement à sa nation ou à ses origines, et ce, sans agressivité, abonde Patrick Mignon, sociologue à l’Institut national du sport et de l’éducation physique (INSEP). La période actuelle, où se mélangent confinement et effets de la mondialisation, renvoie à des montées identitaires puissantes. »

IL Y A UN BESOIN D’EXPRIMER NOTRE AFRICANITÉ, CHOSE QU’AU QUOTIDIEN NOUS N’EXPRIMONS PAS ASSEZ

« Dans nos cultures africaines, il y a un besoin d’exprimer notre africanité, chose qu’au quotidien nous n’exprimons pas assez », affirme de son côté Traoré, 29 ans, l’un des organisateurs de la CAN de Montreuil, contacté par Jeune Afrique.

À ces compétitions bon enfant s’invitent aussi parfois des revendications sociétales. En 2019, Assa Traoré, qui tient plusieurs gendarmes pour responsables de la mort de son frère Adama, décédé à 24 ans dans la cour de la gendarmerie de Persan en 2016 dans des circonstances sur lesquelles la justice ne s’est pas encore prononcée, avait défendu la mémoire de son frère lors des CAN de Clichy-sous-Bois, Meaux et Mantes-la-Jolie. Juste avant l’un de ces matchs, Assa Traoré, devenue une icone du militantisme contre les violences policières, avait pris le micro pour clamer la nécessité de « renverser ce système d’oppression policière ». À la suite de son intervention, des centaines de personnes reprenaient son mantra : « justice ! »  

Géopolitique

Pour Patrick Mignon, cet épisode est significatif. « Dès que les inégalités se creusent, les revendications sociales et identitaires se renforcent ». « Depuis tout petit, on nous renvoie à nos origines, alors que nous sommes pourtant français, déplore Sadio, 30 ans, gardien de but de la RDC lors de la CAN d’Aulnay-sous-Bois. Je pense qu’indirectement, c’est à cause de ce constat que nous organisons des évènements de ce type. »  

IL Y A UNE RIVALITÉ ENTRE MAROCAINS ET ALGÉRIENS OU ENTRE IVOIRIENS ET MALIENS, MAIS IL S’AGIT D’UNE RIVALITÉ SAINE »

Parfois, la géopolitique s’invite aussi lors des matchs. Là encore, sans agressivité aucune. À Clermont-Ferrand, la rencontre la plus attendue est sans conteste celle qui oppose l’Algérie au Maroc, en raison de la rivalité, plus que sportive, entre les deux pays. En 2019 à Clichy-sous-Bois, au moment des hymnes, les joueurs qui représentaient la Turquie avaient brandi une banderole sur laquelle était inscrit : « solidarité au peuple malien ».

« Il s’agit de confrontations dans un cadre ludique pour disqualifier les confrontations agressives, assure Abdu Gnaba. Si on a grandi ensemble, alors on est frères. Il y a cette idée que nous sommes identiques car nous vivons dans le même lieu. Nous assistons à la valorisation d’un territoire qui va à contre-courant des clichés que peut véhiculer la banlieue. » « On se connaît tous, on a tous grandi ensemble, renchérit Traoré. Il y a une rivalité entre Marocains et Algériens ou entre Ivoiriens et Maliens, mais il s’agit d’une rivalité saine ».

En deux ans, le succès des « CAN de quartiers » n’est plus à démontrer. Son initiateur, Moussa Sow, a même annoncé, début juillet, l’organisation prochaine d’une « Coupe du monde des quartiers ». La France pourra y être représentée. Et ce, pour continuer à rassembler.  

Avec Jeune Afrique par Achraf Tijani