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« Projet Pegasus » : le Maroc attaque « Forbidden Stories » et Amnesty International en diffamation

juillet 22, 2021

En France, un conseil de défense a « permis d’avoir un point d’étape » sur la présence des téléphones d’Emmanuel Macron parmi les cibles potentielles, selon l’Elysée, ajoutant qu’« un certain nombre de protocoles de sécurité ont été réajustés ».

Le roi du Maroc Mohammed VI (à droite) et le prince Moulay Rachid au Palais royal de Casablanca, le 17 mars 2015.
Le roi du Maroc Mohammed VI (à droite) et le prince Moulay Rachid au Palais royal de Casablanca, le 17 mars 2015. FADEL SENNA / AFP

Les secousses continuaient d’ébranler certains Etats, jeudi 22 juillet, à la suite des révélations sur le logiciel Pegasus faites par un consortium de dix-sept rédactions, parmi lesquelles Le Monde. Le Maroc, accusé d’avoir eu recours au logiciel d’espionnage, a décidé d’attaquer en diffamation Amnesty International et Forbidden Stories, les deux associations à l’origine des révélations sur les clients de ce logiciel conçu par la société israélienne NSO Group, devant le tribunal correctionnel de Paris.

De son côté, le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, a réuni un conseil de défense exceptionnel consacré à l’affaire Pegasus et à la cybersécurité. Le Parlement israélien a mis en place une commission d’enquête, tandis qu’en Hongrie, le parquet de Budapest a ouvert une enquête sur « le recueil potentiel non autorisé d’informations confidentielles ».

  • Le Maroc attaque « Forbidden Stories » et Amnesty international

Accusé d’avoir eu recours au logiciel d’espionnage Pegasus, le royaume du Maroc et son ambassadeur en France, Chakib Benmoussa, ont décidé d’attaquer en diffamation Amnesty International et Forbidden Stories devant le tribunal correctionnel de Paris, a annoncé jeudi son avocat, Olivier Baratelli. Une première audience procédurale est prévue le 8 octobre, mais le procès ne devrait pas avoir lieu avant environ deux ans.

« L’Etat marocain entend immédiatement saisir la justice française car il souhaite que toute la lumière soit faite sur les allégations mensongères de ces deux organisations qui avancent des éléments sans la moindre preuve concrète et démontrée », accuse Me Baratelli, déplorant un « procès d’intention médiatique, infondé et visiblement créé de toutes pièces pour déstabiliser la relation diplomatique profonde entre le Maroc et la France ». Le royaume chérifien « entend ne pas laisser impunis les multiples mensonges et les fake news propagés ces derniers jours ».

Rabat a menacé mercredi d’« opter pour une démarche judiciaire, au Maroc et à l’international contre toute partie reprenant à son compte ces allégations fallacieuses ». Parallèlement, le parquet général marocain a annoncé mercredi « l’ouverture d’une enquête judiciaire sur ces fausses allégations et accusations ».

  • Emmanuel Macron convoque un conseil de défense « exceptionnel »

En France, Emmanuel Macron a convoqué, jeudi matin, un conseil de défense exceptionnel consacré à l’affaire Pegasus et à la question de la cybersécurité. Cette réunion a « permis d’avoir un point d’étape » sur les investigations portant sur la présence des téléphones d’Emmanuel Macron parmi les cibles potentielles du logiciel espion, selon le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, interrogé sur BFM-TV.

« Un certain nombre de protocoles de sécurité ont été réajustés, notamment autour du président de la République. Par ailleurs, l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information a commencé à proposer aux personnes qui pourraient avoir été ciblées par une attaque un accompagnement technique », a-t-il ajouté.

« Le président de la République suit au plus près ce dossier et prend cette affaire très au sérieux », avait souligné dans la matinée M. Attal sur France InterL’enquête sur Pegasus a révélé qu’un numéro du chef de l’Etat figurait dans la liste des numéros sélectionnés par un service de sécurité de l’Etat marocain pour un potentiel piratage. « C’est une affaire qui, si ce qui a été révélé est confirmé et avéré, est très grave », a-t-il redit.

« Les téléphones [du président] sont changés régulièrement. Il y a un certain nombre de paramètres de sécurité qui protègent, qui sont changés très régulièrement. Il y a des protections qui sont faites », a assuré le porte-parole, interrogé sur une possible négligence au sommet de l’Etat. Gabriel Attal a par ailleurs affirmé qu’il fallait « protéger les autres [personnes visées], les secteurs public et économique » du pays, rappelant qu’un plan de « 100 millions d’euros » avait été lancé depuis un an pour « équiper nos hôpitaux et aider nos collectivités locales » à faire face aux cyberattaques.

  • Israël ouvre une enquête parlementaire

Le Parlement israélien a mis en place une commission pour enquêter sur des allégations selon lesquelles le logiciel d’espionnage Pegasus a été utilisé à « mauvais escient » par certains Etats pour espionner des personnalités, a annoncé jeudi un député israélien.

« La défense a désigné une commission composée d’un certain nombre de groupes », a déclaré à la radio militaire Ram Ben-Barak, à la tête de la commission des affaires étrangères et de la défense du Parlement israélien. « A l’issue de l’enquête (…) nous évaluerons si nous devons apporter des corrections », a ajouté le député centriste et ancien directeur adjoint du Mossad, les services de renseignements extérieurs israéliens.

Le logiciel Pegasus, conçu par la société israélienne de cybersécurité NSO, est au cœur d’un scandale mondial d’espionnage qui a poussé l’ONG Reporters sans frontières à réclamer un moratoire sur ses ventes, et la chancelière allemande Angela Merkel, notamment, à demander plus de restrictions sur la vente de ces systèmes.

  • En Hongrie, la justice lance une enquête après plusieurs plaintes

A la suite de plusieurs plaintes, le parquet de Budapest a annoncé jeudi l’ouverture d’une enquête sur « le recueillement potentiel non autorisé d’informations confidentielles ». L’enquête vise à établir les faits et à déterminer si un crime et, le cas échéant, lequel, a été commis, a-t-il précisé.

Cette affaire suscite beaucoup d’émotion dans ce pays d’Europe centrale, régulièrement accusé par les organisations internationales de saper l’Etat de droit depuis le retour au pouvoir du souverainiste Viktor Orban en 2010. L’opposition libérale, les représentants des journalistes et des avocats ont réclamé une enquête indépendante.

De son côté, le gouvernement a dénoncé, par la voix de son porte-parole, Zoltan Kovacs, « un groupe de médias de gauche » proférant « des affirmations non fondées »« gobées par le reste de la presse », qui « suivrait le troupeau ».

  • Angela Merkel demande plus de restrictions sur la vente de logiciels espions

La chancelière allemande, Angela Merkel, a quant à elle demandé, jeudi, plus de restrictions sur la vente de logiciels espions de type Pegasus. « Il est important » que de tels logiciels « n’arrivent pas entre de mauvaises mains » et « il ne faudrait pas vendre ces logiciels à des pays où la surveillance des opérations [d’écoute] par la justice n’est peut-être pas garantie », a déclaré Mme Merkel.

La haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Michelle Bachelet, avait également réclamé, lundi, une meilleure « réglementation » des technologies de surveillance et de leur transfert, voyant un « besoin urgent » à assurer leur « strict contrôle et autorisation ».

Le Monde avec AFP et Reuters

Pegasus : le Maroc attaque en diffamation Amnesty et Forbidden Stories

juillet 22, 2021

Le Maroc est accusé d’avoir eu recours au logiciel d’espionnage Pegasus. Une première audience procédurale est prévue le 8 octobre.

Une premiere audience procedurale est prevue le 8 octobre devant la chambre specialisee en droit de la presse, mais le proces ne devrait pas avoir lieu avant environ deux ans.
Une première audience procédurale est prévue le 8 octobre devant la chambre spécialisée en droit de la presse, mais le procès ne devrait pas avoir lieu avant environ deux ans.© MARIO GOLDMAN / AFP

Le Maroc attaque en diffamation Amnesty et Forbidden Stories, deux associations à l’origine des révélations sur les clients de Pegasus, devant le tribunal correctionnel de Paris, a annoncé, ce jeudi 22 juillet, son avocat dans un communiqué. Le pays est en effet accusé d’avoir eu recours à ce logiciel d’espionnage. « Le royaume du Maroc et son ambassadeur en France, Chakib Benmoussa, ont mandaté maître Olivier Baratelli pour délivrer, dès aujourd’hui, deux citations directes en diffamation » contre les associations.

Une première audience procédurale est prévue le 8 octobre devant la chambre spécialisée en droit de la presse, mais le procès ne devrait pas avoir lieu avant environ deux ans. « L’État marocain entend immédiatement saisir la justice française, car il souhaite que toute la lumière soit faite sur les allégations mensongères de ces deux organisations qui avancent des éléments sans la moindre preuve concrète et démontrée », accuse maître Baratelli.

Un « procès d’intention médiatique, infondé et visiblement créé de toutes pièces »

« L’État marocain considère faire face à une nouvelle affaire de liste et que le passé a largement démontré qu’il était aisé de tirer des conclusions mensongères de telles pratiques », ajoute l’avocat, déplorant un « procès d’intention médiatique, infondé et visiblement créé de toutes pièces pour déstabiliser la relation diplomatique profonde entre le Maroc et la France ».

Le royaume chérifien « entend ne pas laisser impunis les multiples mensonges et les fake news propagés ces derniers jours ». Dès lundi, le gouvernement marocain s’était défendu en démentant avoir acquis des « logiciels informatiques pour infiltrer des appareils de communication ».

Pegasus : Abdellatif Hammouchi, l’espion marocain qui embarrasse la FranceRabat a ensuite menacé, mercredi, d’« opter pour une démarche judiciaire, au Maroc et à l’international contre toute partie reprenant à son compte ces allégations fallacieuses ». Parallèlement, le parquet général marocain a annoncé, mercredi, « l’ouverture d’une enquête judiciaire sur ces fausses allégations et accusations ».

Les deux associations ont obtenu une liste de 50 000 numéros de téléphone

Introduit dans un smartphone, ce logiciel – conçu par la société israélienne NSO – permet d’en récupérer les messages, photos, contacts, et d’activer à distances les micros. Les organisations Forbidden Stories et Amnesty International ont obtenu une liste de 50 000 numéros de téléphone, sélectionnés par les clients de NSO depuis 2016 pour être potentiellement surveillés, et l’ont partagée avec un consortium de 17 médias qui ont révélé son existence dimanche.

La liste des cibles potentielles comprend les numéros d’au moins 180 journalistes, 600 hommes et femmes politiques, 85 militants des droits humains ou encore 65 chefs d’entreprise, d’après l’analyse du consortium – qui en a localisé beaucoup au Maroc, en Arabie saoudite ou encore au Mexique.

Mardi, Le Monde et Radio France, membres du consortium, ont révélé qu’une ligne de téléphone du président français faisait partie des « numéros sélectionnés par un service de sécurité de l’État marocain […] pour un potentiel piratage ».

L’ancien Premier ministre Édouard Philippe, 14 membres du gouvernement, dont Jean-Yves Le Drian et Gérald Darmanin, ainsi que d’anciens ministres et des responsables politiques figurent également sur cette liste, selon ces médias.

Par Le Point avec AFP