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France/Thèse plagiée : pourquoi Arash Derambarsh a été radié du barreau

mai 11, 2021

« Le Point » s’est procuré l’arrêté rendu le 27 avril dernier contre l’avocat et élu de Courbevoie, lequel a tenté d’obtenir l’annulation de la procédure disciplinaire le visant.

Arash Derambarsh pose en 2015 lors d'une campagne de lutte contre le gaspillage alimentaire.
Arash Derambarsh pose en 2015 lors d’une campagne de lutte contre le gaspillage alimentaire.© BERTRAND GUAY / AFP

Un avocat peut-il rester avocat après avoir triché pour obtenir son diplôme ? Les accusations qui pèsent contre Arash Derambarsh sont connues : l’avocat et élu de Courbevoie est soupçonné d’avoir plagié une très grande partie de sa thèse soutenue en 2015 à la Sorbonne, thèse pour laquelle il avait réclamé et obtenu la confidentialité jusqu’en… 2047. Lorsque le pot aux roses est finalement découvert, début 2020, le scandale est double : pour le monde universitaire, d’abord, accusé d’offrir des thèses de complaisance ; pour le barreau de Paris, ensuite, qui ne met pas toujours beaucoup de célérité à sanctionner ses robes noires les plus influentes…

Sous la pression médiatique, les déconvenues vont cependant s’enchaîner pour l’avocat, connu médiatiquement pour son engagement contre le gaspillage alimentaire et pour être devenu le défenseur de Pierre Ménès, un journaliste de Canal+ mis en cause pour son comportement envers les femmes.

En juillet 2020, la section disciplinaire de l’université Paris-1-Panthéon-Sorbonne décide ainsi de lui retirer son doctorat – une décision dont Me Derambarsh a fait appel. « Depuis son introduction […] jusqu’à sa conclusion […], en passant par ses notes, ses annexes, sa bibliographie, le manuscrit de thèse de M. Derambarsh est quasi intégralement composé d’un assemblage de textes, produits dans un contexte académique ou publiés, par d’autres auteurs que lui-même, et recopiés selon un ou plusieurs des procédés plagiaires visant à faire accroire au lecteur que M. Derambarsh en est l’auteur », tacle l’université.

« Thèse obtenue par fraude »

Le 27 avril dernier, un conseil de discipline de l’ordre des avocats de Paris, présidé par l’ancien bâtonnier Pierre-Olivier Sur, a lui aussi sévi, ordonnant la radiation d’Arash Derambarsh, une décision dont l’intéressé a une nouvelle fois fait appel. Le Point a pu prendre connaissance du document qui reprend l’intégralité des griefs qui lui sont reprochés, et qui liste une série de manquements aux devoirs de dignité, de conscience, de probité, d’humanité, d’honneur, de loyauté et de courtoisie pour avoir, notamment, « frauduleusement dissimulé, lors de la procédure d’inscription au barreau de Paris, que son certificat d’aptitude à la profession d’avocat n’avait pu être obtenu que sur le fondement d’une thèse obtenue par fraude ».

Pour sa défense, Arash Derambarsh a commencé par pointer un conflit d’intérêts et attaquer les « liens étroits » qui uniraient, selon lui, Joël Grangé (l’avocat et auteur du rapport d’instruction disciplinaire) avec l’université Paris-1-Panthéon-Sorbonne. Un professeur de droit, Grégoire Loiseau, serait en effet à la fois consultant au cabinet de Me Grangé et enseignant à la Sorbonne. Un argument balayé par l’ordre des avocats : « L’impartialité du rapporteur ne saurait être remise en cause […] dès lors qu’il n’est pas invoqué ni établi que cet enseignant a joué un rôle dans le processus de délivrance de la thèse […] ou dans le processus ayant conduit à la remise en cause de son diplôme de docteur en droit. »

Plusieurs versions d’une même thèse

La formation disciplinaire du conseil de l’ordre de Paris revient ensuite longuement sur le contenu de la thèse, ou plutôt des thèses – Arash Derambarsh en a présenté plusieurs versions « entre lesquelles la formation de jugement [a fini] par se perdre ». L’avocat a également nié avoir demandé la confidentialité de sa thèse, alors même qu’un formulaire, signé par lui-même, et où est cochée la case « demande de confidentialité », a été retrouvé en procédure.

Pour la juridiction disciplinaire de l’ordre des avocats de Paris, aucun doute : Arash Derambarsh a obtenu son titre d’avocat « en fraude des principes d’honneur » et a ainsi « méconnu les principes fondamentaux de la profession, tant au moment de sa prestation de serment qu’en exerçant par la suite la profession d’avocat ». Ainsi, l’avocat aurait pillé « le travail d’autres chercheurs ou auteurs » et « procédé à des emprunts importants […] en s’appropriant des passages en intégralité, ou en remplaçant des mots, adverbes ou verbes ».

Et le conseil de conclure : « La méthode consistant à substituer marginalement un mot par un autre est regardée par la formation de jugement comme une manœuvre ayant pour objet de tromper les processus de vérification de l’absence de plagiat. » Loin, donc, de la simple « maladresse » ou « erreur de méthodologie » arguée par Me Derambarsh. Le 27 avril dernier, apprenant sa radiation, celui-ci a très vite réagi, dénonçant, par l’intermédiaire de ses avocats, une « décision incompréhensible ». « Un appel sera interjeté dans les heures qui viennent, ce qui la prive de tout effet. Me Arash Derambarsh reste avocat », prévenaient ainsi une legal team de six robes noires, l’ancien bâtonnier Francis Teitgen, Nicolas Rebbot, Thierry Vallat, Besma Maghrebi, Benoît Arvis et Yassine Bouzrou.

Par Le Point avec Marc Leplongeon

La France part grande favorite pour l’Eurovision

mai 11, 2021

La malédiction bientôt terminée ? La France, représentée par Barbara Pravi, est favorite des bookmakers pour cette édition 2021. On croise les doigts…

Barbara Pravi represente la France a l'Eurovision cette annee.
Barbara Pravi représente la France à l’Eurovision cette année.  © SADAKA EDMOND/SIPA

Enfin une bonne nouvelle du côté de l’Eurovision : le concours, annulé l’an dernier en raison du Covid, revient en force et avec de sérieux atouts du côté français. Pour la première fois depuis des années, la candidate tricolore est en effet favorite des bookmakers, à une dizaine de jours de la finale, prévue à Rotterdam le 22 mai prochain.

Sur le site officiel de l’Eurovision, qui affiche tous les jours les compteurs des favoris, la France arrive en effet première des 38 pays en lice, avec 18 % de chances de l’emporter, suivie de près par Malte (16 %) puis la Suisse (13 %), de quoi rebooster le moral de la délégation hexagonale.

La chanteuse Barbara Pravi, qui représente cette année la France, s’est empressée de partager la bonne nouvelle sur les réseaux sociaux, en gardant tout de même la tête froide : « La France numéro 1 des bookmakers, ça c’est fou ! Même si je sais que ça va encore bouger… » Choisie par les téléspectateurs français au terme d’une compétition qui s’est déroulée en janvier dernier, elle disait vouloir donner le meilleur d’elle-même : « À chaque fois que je fais quelque chose, j’essaie absolument d’être présente à moi-même et à ce que je fais. » Même Anne Hidalgo a partagé l’information en encourageant la candidate : « Vive Barbara Pravi, un espoir pour la France ! » a tweeté la maire de Paris.

Une valse 100 % française

Tout peut encore évidemment bouger, notamment lors des fameuses répétitions, pendant lesquelles la voix, le style, la scénographie, les qualités tout comme les défauts sont scrutés à la loupe… Jusqu’alors, c’était la chanteuse maltaise qui avait la cote, mais sa répétition du week-end semble avoir refroidi les bookmakers, propulsant la France en tête. Barbara Pravi peut-elle transformer l’essai ? Sa chanson « Voilà » a déjà marqué les esprits : une valse envoûtante, portée par l’artiste qui rappelle par bien des côtés la môme Piaf, un texte travaillé, des paroles pour une fois entièrement en français, une belle tessiture de voix…

Voilà qui nous change des prestations vulgaires, loufoques ou commerciales que l’on nous inflige régulièrement au concours de l’Eurovision… À 28 ans, Barbara Pravi est une autrice-compositrice, qui a déjà travaillé pour plusieurs artistes comme Yannick Noah, Florent Pagny ou encore Louane, et ne cache pas son admiration pour Brel, Barbara ou Aznavour…

Parviendra-t-elle enfin à briser la malédiction française ? On le sait, on le répète chaque année, notre pays n’a rien gagné depuis 44 ans, depuis la victoire de Marie Myriam en 1977 avec « L’oiseau et l’enfant ». On détient même un triste record : la France est le pays qui a le plus souvent terminé à la troisième et quatrième marche de la compétition – le meilleur classement récent étant celui d’Amir en 2016, à la sixième place. C’est dire si ces bons sondages rallument une petite lueur d’espoir…

Avec Le Point par Marc Fourny

France: Le philosophe Jacques Bouveresse est mort

mai 11, 2021

Figure majeure de la philosophie française, Jacques Bouveresse est décédé dimanche 9 mai, à Paris, rapporte « Libération ». Il avait 80 ans.

Jacques Bouveresse en 2002.
Jacques Bouveresse en 2002.© SELDERS/SIPA / SIPA / SELDERS/SIPA

L’ancien professeur au Collège de France et spécialiste de Ludwig Wittgenstein Jacques Bouveresse est décédé dimanche 9 mai à l’âge de 80 ans, à Paris, rapporte Libération.

Influencé par le cercle de Vienne, Jacques Bouveresse défendait une position rationaliste. Il défendait l’usage du langage ordinaire et de l’humilité, même lorsqu’il s’agissait de parler de choses compliquées.

Le philosophe français a également introduit en France l’œuvre de Ludwig Wittgenstein, pour qui « la philosophie n’est pas une théorie mais une activité » visant à éclaircir les problèmes, et a également écrit sur les écrivains autrichiens Karl Kraus et Robert Musil.

Grand Prix de philosophie de l’Académie française

En 1995, Jacques Bouveresse a été élu au Collège de France et a intitulé sa chaire Philosophie du langage et de la connaissance. Depuis 2010, il était professeur honoraire de cette institution.

Le philosophe laisse derrière lui une œuvre majeure, qui a en effet exercé une influence considérable sur plusieurs générations de philosophes et qui devrait continuer dans les années à venir. Il a également reçu en 2019 le Grand Prix de philosophie de l’Académie française pour l’ensemble de ses ouvrages.

Jacques Bouveresse avait par ailleurs refusé la Légion d’honneur. En 2010, lorsqu’il est fait chevalier de Légion d’honneur, sans être consulté au préalable, le philosophe avait immédiatement réclamé l’annulation de cette distinction.

Avec Le Point

France: Il y a 40 ans, Mitterrand devenait le premier président socialiste de la Ve République

mai 10, 2021
Il y a 40 ans, Mitterrand devenait le premier president socialiste de la Ve Republique
Il y a 40 ans, Mitterrand devenait le premier président socialiste de la Ve République© AFP/Archives/JEAN-CLAUDE DELMAS

Il y a quarante ans, François Mitterrand accédait à l’Elysée, offrant à la gauche la première alternance de l’histoire de la Ve République après vingt-trois ans de règne de la droite.

Le 10 mai 1981, le candidat socialiste est élu avec près de 52 % des voix face au sortant Valéry Giscard d’Estaing, qui aura cru jusqu’au bout à sa réélection.

Sa victoire est, entre autres, le fruit de dix ans d’une stratégie patiente: d’abord reconstituer un grand parti socialiste, en prendre la direction, marginaliser ses concurrents, notamment Michel Rocard, puis faire alliance avec les communistes, sans qui rien n’est possible. Au début des années 70, le PCF pèse 20 % de l’électorat et est le plus grand parti de l’opposition.

En 1972, PS et PCF signent le « programme commun de la gauche ». Cinq ans plus tard, le PCF décide de rompre son accord avec le PS. Il y aura quand même quatre ministres communistes, entre 1981 et 1984.

Paradoxalement, c’est à la fois l’union puis la désunion de la gauche qui a permis la victoire de 1981. Selon l’historien Michel Winock, « l’union a été le tremplin de la victoire, mais la rupture avec les communistes a rassuré les centristes », frange de l’électorat indispensable à toute victoire de la gauche.

La « Mitterrandie » s’est retrouvée dimanche au Creusot (Saône-et-Loire), à l’invitation du maire PS, David Marti, pour célébrer cette anniversaire: l’ancien président François Hollande, les anciens Premiers ministres Lionel Jospin et Bernard Cazeneuve, la maire de Paris Anne Hidalgo…

Le premier secrétaire du PS Olivier Faure, qui participe à la marche pour le climat à Paris, n’y était pas. Le 10 mai 1981, « c’était bien plus que l’alternance, c’était un moment de basculement, tout était possible », a affirmé M. Faure à l’AFP. « Il y avait un grand vent de liberté, on changeait d’époque ».

Réélu en 1988, François Mitterrand restera quatorze ans au pouvoir (dont quatre de cohabitation avec la droite). C’est un record, puisque le seul président, Jacques Chirac, à avoir lui aussi accompli deux mandats, y restera 12 ans, après un septennat et un quinquennat.

« L’Algérie, c’est la France »

Début 1981, quasiment personne ne croit à la victoire de la gauche. Le magazine Le Point titre même « Giscard peut-il perdre ? ».

« La gauche n’arrivait au pouvoir que dans des périodes exceptionnelles et quand elle y parvenait – en 1936 avec le Front Populaire, au lendemain de la Seconde guerre mondiale ou avec Guy Mollet, en 1956 – elle n’y restait que deux ans à peine », rappelle l’ex-président François Hollande.

« J’étais déçu » par la victoire de la gauche, « mais aujourd’hui, je pense que c’était nécessaire à la respiration de la démocratie française. Vraiment ! », confie l’ancien ministre de droite François Léotard dans un documentaire que doit diffuser France 2 le 11 mai.

Adversaire résolu à la politique de De Gaulle qu’il dénonçait dans son livre « le coup d’Etat permanent », Mitterrand va pourtant se fondre dans les institutions voulues par le père de la Ve République. « Les institutions de la Ve étaient mauvaises avant moi, elles le seront après moi », disait-il. « Mais soyons lucides, s’il n’y avait pas eu les institutions de la Ve, est-ce que ça aurait tenu sous un régime parlementaire ? Sans doute pas », affirme M. Hollande.

Elu pour la première fois en 1946 avec l’appui de la droite dans la Nièvre, Mitterrand sera onze fois ministre sous la IVe République, évoluant vers des positions de centre gauche. Mais s’il est partisan d’une décolonisation progressive (Indochine, certains territoires africains, Tunisie), il se montre « impitoyable », selon Michel Winock, pendant la guerre d’Algérie.

Lors de son passage au ministère de la Justice, entre février 1956 et mai 1957, 45 militants de la cause algérienne sont guillotinés. C’est pourtant lui qui, parvenu au pouvoir en 1981, fera abolir la peine de mort.

Il va faire ensuite sa mue politique en s’opposant radicalement en 1958 à de Gaulle, devenant le principal représentant de la gauche non communiste, et réussissant le premier exploit de mettre le général en ballottage en 1965.

Par Le Point avec AFP

France/Esclavage: personne ne demande de « repentance », s’agace Taubira

mai 10, 2021
Esclavage: personne ne demande de "repentance", s'agace Taubira
Esclavage: personne ne demande de « repentance », s’agace Taubira© AFP/Archives/Jewel Samad

L’ancienne ministre de la Justice Christiane Taubira s’est agacée lundi « du monologue furieux » de ceux qui s’inquiètent d’une « culture de la repentance », à l’occasion de la journée des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition.

« J’avais entendu ça à l’époque des débats » autour de la loi de 2001 qui a reconnu l’esclavage et la traite comme des crimes contre l’humanité, a déclaré sur France Culture l’ancienne députée de Guyane.

« Vous avez des gens qui sont perchés sur leurs balcons et qui disent +on en a assez de la repentance+. Personne ne leur en demande et c’est en ce sens que j’appelle ça un monologue furieux », a-t-elle ajouté.

« Ce n’est pas le sujet, à la limite ce serait trop facile la repentance, on n’en veut même pas. Moi je n’entre pas en discussion avec des gens qui se disputent avec eux-mêmes », a poursuivi Mme Taubira. « C’est une affaire extrêmement sérieuse. La repentance qu’ils croient qu’on leur demande, pour nous qui prenons ça très au sérieux c’est juste du pipi de chat et ça ne sent pas bon ».

Revenir sur son passé, « si on le fait dans l’esprit de la loi Taubira » permet de « renforcer la cohésion nationale », a souligné pour sa part le président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage Jean-Marc Ayrault sur RFI.

La loi de 2001 « nous montre le chemin, le chemin c’est d’abord la reconnaissance. Nier ce n’est pas un acte de liberté et de responsabilité », a poursuivi l’ancien Premier ministre socialiste, insistant également sur l’importance de la transmission à l’école.

Concernant Haïti et les sommes exigées par Paris en échange de l’indépendance de son ancienne colonie en 1804, « il y a quelque chose à construire de plus juste », a estimé M. Ayrault à l’heure où la question de la réparation de l’esclavage reste épidermique.

« Ce n’est pas forcément quantifiable mais ça doit être traduit dans des politiques publiques dans des choix que l’on fait, qui ne doivent pas être faits dans un esprit paternaliste mais dans un esprit de coopération et d’égalité », a-t-il ajouté.

Par Le Point avec AFP

Pourquoi la librairie est essentielle

mai 10, 2021

INTERVIEW. Christian Thorel (Ombres blanches) et Benoît Bougerol (Privat), deux acteurs historiques de la profession, défendent une aide à la transmission.


Vitrine culturelle. La librairie Ombres blanches, une institution toulousaine.
Vitrine culturelle. La librairie Ombres blanches, une institution toulousaine.

Le Point a réuni deux anciens présidents du Syndicat de la librairie française (SLF) pour évoquer l’avenir post-Covid du secteur. Christian Thorel a transmis Ombres blanches en 2018 à des salariées et Benoît Bougerol a installé sa fille, Anne, à la tête de la librairie Privat, rachetée en 2013.

Le Point :Les librairies sont désormais considérées comme des commerces essentiels, mais ce ne fut pas le cas au début de l’épidémie. Avez-vous craint de ne pas remonter le rideau ?

Benoît Bougerol : Oui, j’ai eu peur, comme tout chef d’entreprise, je crois. Le premier confinement a été un grand moment de doute. Heureusement, nous avons pu rapidement créer un groupe de travail à l’initiative de Bruno Le Maire avec plusieurs libraires pour tenter de chiffrer nos pertes. Nous avons bénéficié des aides du gouvernement rapidement.

Benoît Bougerol (librairie Privat).

Christian Thorel : Désormais retraité, j’ai vécu ce confinement dans une certaine sidération. J’avais régulièrement au téléphone Emmanuelle Sicard [gérante d’Ombres blanches depuis 2018, NDLR], qui m’a rapidement rassuré sur la solidité de la librairie. Elle a su gérer rationnellement la crise. Je m’interroge toutefois sur sa durée. J’ai paradoxalement mieux vécu le premier confinement que cette sorte d’hypothèque qui plane sur nous constamment. Je trouve que ça commence à devenir inquiétant.

Christian Thorel (librairie Ombres blanches).

B. B. : Nos librairies ne sont pas seules en jeu. J’ai bien entendu, en tant qu’élu à la chambre de commerce, que d’autres chefs d’entreprise étaient désemparés. Lors du déconfinement, il a aussi fallu faire face à des salariés qui avaient peur de tomber malades en venant travailler. Rassurer les clients, également.

Finalement, le plus rassurant, ce sont les ventes : l’objet livre demeure essentiel à l’époque des tablettes numériques et des objets connectés ?

B. B. : On a effectivement battu des records de ventes lors de la réouverture. Et ça continue… À Rodez, on a vu davantage d’hommes, traditionnellement moins lecteurs que les femmes. On a aussi vu revenir avec plaisir les jeunes dès que les établissements scolaires ont été rouverts. Pour une ville comme la nôtre, c’est important d’avoir 5 000 élèves dans notre périmètre. Ils viennent beaucoup pour les mangas, mais on en voit aussi tourner autour du rayon des livres de poche : Hugo, Camus, des classiques…

C. T. : C’est quand même de plus en plus compliqué de vendre des livres réputés « difficiles ». Je constate que, même dans une ville universitaire comme Toulouse, la diffusion des savoirs est à la peine. Comme si l’université, qui a vocation à ouvrir les horizons, avait tendance à les refermer. Il en va de même de la culture. J’en parlais avec un ancien d’Ombres qui a ouvert une librairie à Auch, à propos d’un superbe bouquin de 700 pages publié par Verdier : il ne pense pas en vendre plus de deux ou trois exemplaires !

B. B. : C’est clair, le niveau d’exigence a beaucoup baissé. Mais je ne vais reprocher aux jeunes de lire des mangas alors que mon père, qui était aussi libraire, m’interdisait de lire des BD quand j’étais jeune. Aujourd’hui, le rayon BD, c’est ce qu’on appelle un « point d’entrée » dans le métier. Mais un point d’entrée, c’est fait pour être dépassé.

Pendant le confinement, on a vu se développer le « click and collect » et les livreurs à deux-roues ont envahi les villes. Peut-on imaginer se faire livrer un livre demain comme une pizza ?

C. T. : À Toulouse, on fait appel à une start-up qui facture le service environ 5 euros. Pour un livre qui coûte en moyenne entre 10 et 20 euros, ça fait cher. Mais pas question de passer par des sociétés type Uber, qui exploitent des jeunes gens même pas salariés. Ce ne serait pas politiquement correct. À mon sens, une librairie n’a pas à offrir ce genre de service. Si on intègre la livraison dans le prix, le risque est d’en arriver à un système de remise déguisée qui irait contre le principe du prix unique du livre pour lequel nous nous sommes impliqués à quelques-uns, dont le père de Benoît, il y a quarante ans. Nous étions minoritaires, mais nous avons gagné parce qu’on a milité, avec Jérôme Lindon. Ce dernier a su convaincre Jack Lang contre le conservatisme de la profession, qui ne voyait pas le péril que représentait alors la Fnac, remplacé aujourd’hui par le danger Amazon.

B. B. : À Rodez, on fait appel à un livreur à vélo qui travaille aussi pour d’autres commerces, mais uniquement dans le centre-ville. Il facture la course 3,90 euros, mais c’est un service marginal. En réalité, on faisait déjà du « click and collect » bien avant le confinement avec notre site en ligne, qui permet de réserver un livre ou de se le faire expédier par Colissimo. Avec la poste, on peut avoir des clients à Dunkerque comme à Toulouse… C’est quand même bizarre, alors que, dans le même temps, les consommateurs se veulent désormais « locavores ». Peut-être que le Covid aura fait prendre conscience qu’on a besoin de commerces de proximité, pas de plateformes logistiques situées dans des entrepôts périphériques.

Le prix unique du livre est une chose, mais le prix des loyers et des baux commerciaux grimpe dans les villes, entraînant la fin d’institutions comme Castéla, place du Capitole. Christian Thorel dénonce dans son « Tract » la gentrification*, qui a causé tant de fermetures dans le quartier historique des éditeurs et des libraires parisiens. Une fatalité ?

C. T. : Quand j’ai commencé dans le métier dans les années 1980, il y avait une quarantaine de libraires à Toulouse, dont une dizaine rien que dans la rue du Taur, mais pas de « grands paquebots ». Beaucoup de petites librairies ont fermé, d’autres ont ouvert. La loi sur le prix unique a favorisé l’implantation de librairies un peu partout. Il y en a peut-être moins, mais elles sont plus sérieuses, avec un fonds de qualité. On le voit à Figeac, à Agen, parfois même dans des villages. C’est formidable ! On a la chance dans le Sud-Ouest d’avoir trois grandes libraires indépendantes à Toulouse, Montpellier et Bordeaux.

B. B. : C’est vrai que nous disposons d’un maillage de librairies de qualité dans la région, mais il y a tout de même des trous dans la raquette. Regardez Narbonne ou Tarbes, deux villes où les anciennes librairies Privat ont disparu. C’est quand même triste de constater que, dans une préfecture comme Albi, ce sont les centres Leclerc qui sont devenus les principaux point de vente de livres.

C. T. : Benoît a raison, c’est préoccupant. Les librairies sont aussi dépendantes de la fréquentation commerciale des centres-villes. Quand elle chute sous l’effet des implantations de grandes surfaces en périphérie, comme à Villefranche-de-Rouergue, c’est plus compliqué de se maintenir.

B. B. : Il faudrait peut-être inventer un système de soutien pour aider à la transmission des librairies. La profession dispose paradoxalement de beaucoup d’aides à la création de nouvelles librairies, mais pas pour leur reprise par de nouvelles générations. C’est lourd financièrement de racheter une librairie, surtout avec un fonds important. On l’a vu récemment quand un « gros paquebot », comme Sauramps, à Montpellier, a commencé à tanguer.

Par Le Point propos recueillis par Stéphane Thépot

France: Une amende requise pour le tag « Négrophobie d’Etat » sur la statue de Colbert

mai 10, 2021
Une amende requise pour le tag "Negrophobie d'Etat" sur la statue de Colbert
Une amende requise pour le tag « Négrophobie d’Etat » sur la statue de Colbert© AFP/Archives/JOEL SAGET

Une amende de 800 euros a été requise lundi à l’encontre du militant « anti négrophobie » qui avait tagué la statue de Colbert devant l’Assemblée nationale, et dont le procès se tient le jour du 20e anniversaire de la loi Taubira reconnaissant l’esclavage et la traite comme crimes contre l’humanité.

La décision sera rendue le 28 juin.

Le hasard du calendrier a voulu que le procès, reporté deux fois, se tienne finalement à la date de la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, marquée cette année par les 20 ans de la loi du 21 mai 2001 portée par l’ex-ministre de la Justice Christiane Taubira quand elle était députée.

Le président Emmanuel Macron et plusieurs ministres devaient participer dans l’après-midi à une cérémonie de commémoration de la loi.

Devant le tribunal, le militant guadeloupéen Franco Lollia, 49 ans, arrivé en jean, sweat-shirt noir siglé « Brigade anti négrophobie » et grosses lunettes argentées sur le nez, a reconnu « les faits ».

« Je reconnais que j’ai voulu interpeller l’Etat, lui dire que s’il accepte que Colbert continue de trôner devant l’Assemblée nationale, la maison du peuple, c’est que la France est toujours viscéralement négrophobe », a-t-il déclaré.

Le 23 juin 2020, devant l’Assemblée nationale, il avait tagué « Négrophobie d’Etat » en rouge sur le socle de la statue de Colbert, ministre de Louis XIV et initiateur du Code noir qui a légiféré sur l’esclavage dans les colonies françaises. Il avait ensuite jeté de la peinture rouge sur la statue.

Il avait été aussitôt interpellé. « Ce qui est interdit, c’est le racisme. Cet homme-là (Colbert) fait l’apologie de la négrophobie », avait-il dit aux forces de l’ordre, dans une scène filmée et mise en ligne sur les réseaux sociaux par la Brigade anti négrophobie.

« Je ne suis pas un vulgaire délinquant, un gribouilleur », a aussi dit Franco Lollia au tribunal devant une salle bien remplie de ses soutiens, parlant d’un « acte politique ».

Le procureur Vincent Plumas a, lui, prévenu dès le début, et alors que les quatre avocats du militant étaient déjà longuement revenus sur le combat qui animait leur client et l’histoire de l’esclavage, qu’il s’en « tiendrait à des développements purement juridiques ».

Si l’audience lui a permis de combler certaines « lacunes » en histoire, il a demandé au tribunal de s’en tenir aux faits, « simples », et non contestés, et de condamner Franco Lollia.

Le tag de la statue était intervenu dans le sillage des manifestations antiracistes qui ont eu lieu dans le monde après la mort de George Floyd, un homme noir, au cours d’une violente arrestation policière aux États-Unis. Depuis, les monuments et statues liés à l’histoire coloniale française ou à la traite négrière sont au centre d’une polémique mémorielle

Par Le Point avec AFP

Congo-Diaspora/Marche du 8 mai 2021: Justice -Vérité sur la mort de Pako

mai 9, 2021

Avec Polémique Congo Brazza Europe

France: Audrey Pulvar, une journaliste devenue « citoyenne engagée » à gauche

mai 7, 2021
Audrey Pulvar, une journaliste devenue "citoyenne engagee" a gauche
Audrey Pulvar, une journaliste devenue « citoyenne engagée » à gauche© AFP/Archives/JOEL SAGET

Ancienne journaliste vedette, Audrey Pulvar a franchi le pas vers la politique lors des municipales de 2020: propulsée par le PS pour mener la campagne régionale en Île-de-France, la néophyte met en avant un profil « écologiste-social » pour ramener la région à gauche.

« Aujourd’hui, les gens me considèrent comme une femme politique. Ce n’est pas mon cas: je me considère comme une citoyenne engagée. » Sur le fond comme sur la forme, la candidate d' »Ile-de-France en commun », 49 ans, cultive sa différence.

Son look casual chic, avec ses t-shirts féministes « Woman at war » ? « Je ne vais pas, si je suis présidente, brusquement, me mettre à porter des demi-talons, à être en tailleur pantalon… », répond-elle à l’AFP.

Sur le fond, l’adjointe à l’alimentation durable et à l’agriculture de la maire PS de Paris Anne Hidalgo se revendique « écologiste sociale », dans cet ordre.

« Je suis une écologiste qui veut réussir la transition écologique à travers les questions de justice sociale. Je ne suis pas quelqu’un qui fait du social et qui met de l’écologie dedans. C’est très différent », assure-t-elle.

Bien qu’elle n’ait pas sa carte au PS, son profil s’imposait pour le sénateur Rémi Féraud, chef de file des socialistes au Conseil de Paris: « Une femme, de gauche, très écologiste, adhérente d’aucun parti et pouvant du coup rassembler la gauche ».

A l’épreuve du feu

Sa première campagne comme tête de liste lui laisse déjà deux mauvais souvenirs. Mi-février, elle se retrouve en larmes au micro de France Inter, forcée de réagir aux révélations sur son père, figure du syndicalisme martiniquais décédé en 2008, et accusé par ses cousines de pédocriminalité. Elle se présente alors comme la « fille d’un monstre ».

Fin mars, ce sont ses propos sur les « réunions non-mixtes » qui lui attirent les foudres à droite, mais aussi à gauche. Elle reconnaît un propos « peut-être maladroit ».

Celle qui fut la compagne, au début des années 2010, d’Arnaud Montebourg n’avait pendant longtemps « pas du tout l’intention de faire de la politique ». Mais la présidentielle de 2017 a changé la donne, dit-elle.

« La décision que j’ai prise de quitter le métier de journaliste a été motivée par le score du FN et le traitement médiatique de la campagne », dit celle qui revendique un « cheminement » personnel à travers sa présidence de la Fondation Hulot (2017-2019). « Je ne suis pas passée de journaliste à femme politique du jour au lendemain », fait-elle encore valoir.

Des JT « à son image »

De sa première carrière, Audrey Pulvar restera comme la première femme noire à avoir présenté un JT sur une chaîne hertzienne. Son ex-collègue à France 3 Francis Letellier retient d’elle « sa force de caractère ». « Elle ne se laissait pas dicter la conduite de son journal. Le 19/20 qu’elle faisait était à son image. »

Quitte à se fâcher avec ses supérieurs, se souvient M. Letellier, pour qui cette indocilité a privé Audrey Pulvar de la présentation d’un 20H00. « Cela restera parmi les quelques petites blessures narcissiques », concède-t-elle.

Si la nomination de M. Montebourg dans le gouvernement Ayrault en 2012 lui coûte sa place à France Inter et dans l’émission « On n’est pas couché », elle rebondit aux Inrocks où elle est nommée directrice de la rédaction. Elle ne tient que 6 mois face au patron Matthieu Pigasse qu’elle avait défié d’entrée en clamant son indépendance.

« Elle avait plein de défauts, elle n’était pas forcément faite pour gérer un journal, mais par contre elle était très courageuse », se souvient un ancien journaliste de la rédaction.

Courtes nuits

Et une bosseuse, relève Ariel Weil, le maire de Paris Centre qu’elle secondait sur sa liste: « Quand je la taquine, je lui dis: tu es une polarde ».

Cette résidente de la rive gauche dort peu. Aux aurores, elle se rend sur les quais de Seine pour son footing. Son besoin de se défouler – course à pied, yoga, gym, aviron, boxe -, est tout de même freiné par un Covid long remontant au printemps 2020.

« Présidente de région, j’aurais peut-être un petit peu moins de temps… », sourit-elle.

Par Le Point avec AFP

France: Marine Le Pen salue la « grandeur » de Napoléon Ier

mai 5, 2021

« Vive l’empereur, vive la grandeur », écrit la présidente du Rassemblement national dans une tribune diffusée à la veille de commémorations.

Marine Le Pen a loue les qualites de Napoleon Bonaparte dans une tribune.
Marine Le Pen a loué les qualités de Napoléon Bonaparte dans une tribune.© CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

La candidate à l’Élysée Marine Le Pen a salué « la grandeur » de Napoléon Ier, figure controversée de l’histoire de France, qui a œuvré à la « réorganisation de la France comme (à) l’unité de la Nation » dans une « volonté pacificatrice ». « Vive l’Empereur, vive la grandeur », écrit la présidente du Rassemblement national dans une tribune diffusée mardi soir sur le site de la Revue politique et parlementaire, à la veille de commémorations des 200 ans de sa mort. La cheffe du RN a « regretté » mardi matin sur RTL qu’Emmanuel Macron « commémore à la va-vite » la mort de Napoléon Ier. « Il a tant fait pour le pays, il a tant donné au monde qu’on aurait pu au moins faire une année Napoléon », selon elle.

Le président de la République doit marquer mercredi cet anniversaire avec un discours dans lequel il va « regarder en face » l’héritage laissé par l’empereur, mort le 5 mai 1821 en exil sur l’île britannique de Sainte-Hélène, célébré comme le dirigeant visionnaire ayant posé les bases de l’État moderne mais aussi accusé d’avoir rétabli l’esclavage en 1802.

Le Pen loue la « volonté pacificatrice » de l’Empereur

Ce bicentenaire « est une invitation à puiser dans notre histoire la puissante évocation de l’âme de notre peuple », souligne dans sa tribune Marine Le Pen. La candidate, qui reproche souvent à l’exécutif son inaction, cite le philosophe allemand Hegel qui « voyait en ce héros épique l’homme d’action par excellence ». « C’est lui qui, dans une France “en combustion” » après la Révolution, « dans cette France tragiquement régicide, dompta cette furie fratricide qui aurait emmené les Français au chaos si sa volonté pacificatrice et unificatrice ne s’était imposée », estime la dirigeante d’extrême droite, qui veut elle-même être la présidente de la « paix civile » et considère que la réélection d’Emmanuel Macron à l’Élysée conduirait à un « chaos général ».

« Même si aucun personnage historique n’est exempt de reproches […], faut-il se limiter à l’ingratitude historique, à ses tristes jérémiades dans laquelle sombrent de prétendues élites, asservies à l’idéologie de la déconstruction ? » demande en outre la cheffe du RN, qui critique la politique de la « repentance » d’Emmanuel Macron sur les dossiers mémoriels comme l’action de la France en Algérie ou au Rwanda.

Le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, également candidat à la présidentielle, s’est indigné dans un communiqué d’une commémoration « en catimini » et se rendra mercredi aux Invalides pour « célébrer l’empereur ».

Par Le Point avec AFP