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Médias : le journaliste Jean-Karim Fall est décédé

mai 27, 2017

Jean-Karim Fall, lors d’une interview avec un chef d’Etat africain, en avril 2013, à Paris. © Vincent Fournier/JA

Le journaliste franco-sénégalais de France 24 est décédé brutalement le 26 mai, en Sicile, alors qu’il couvrait le G7. Il avait 59 ans.

« C’était un grand », disent tous les journalistes africains et européens qui l’ont connu. Jean-Karim Fall, journaliste et rédacteur en chef à France 24, était un reporter exceptionnel et il est mort en reportage. Il est décédé brutalement dans sa chambre d’hôtel, le 26 mai, lors du sommet du G7 à Taormina en Sicile.

 

Né en mars 1958 d’un père sénégalais et d’une mère française, « JKF », comme l’appelaient ses collègues, est un diplômé de l’Ecole supérieure de journalisme (ESJ) de Lille, qui a tout de suite choisi de suivre l’actualité africaine.

Grand reporter à Radio France Internationale (RFI), il a couvert aussi bien la visite mouvementée de François Mitterrand chez Thomas Sankara, en novembre 1986, que la mise à sac de Kinshasa par la soldatesque de Mobutu, en septembre 1991, ou la guerre civile au Liberia dans les années 1990.

Très fin connaisseur de l’Afrique et de ses décideurs

Le 7 décembre 1993, alors qu’il est correspondant de RFI à Abidjan, il est le premier à annoncer au monde la mort de Félix Houphouët-Boigny. Reporter tout terrain, Jean-Karim Fall n’était pas une tête brûlée. De par son père, l’ancien ministre et ambassadeur sénégalais Abdel Kader Pierre Fall, il avait appris l’art de la diplomatie et de la « palabre » avec les soldats ou les rebelles de tous poils et réussissait ainsi à se sortir des situations les plus difficiles.

Chef du service Afrique de RFI à partir de 1996, Jean-Karim Fall, par son professionnalisme, a beaucoup contribué au développement de la « radio mondiale » sur le continent africain. Depuis 2012, il était passé à France 24, où il était à la fois rédacteur en chef, interviewer et chroniqueur. Toujours affable avec ses interlocuteurs, il savait les mettre en confiance.

Ainsi en avril dernier à Paris, le chef de l’Etat guinéen, Alpha Condé, lui avait confié sur France 24 qu’il avait gentiment reproché à Idriss Déby Itno d’avoir accueilli Marine Le Pen à N’Djamena. Parce qu’il était autant sénégalais que français, il acceptait de commenter l’actualité de tous les pays… sauf celle de son Sénégal bien aimé. Un grand est parti.

A sa famille et à ses proches, la rédaction de Jeune Afrique – et plus particulièrement ceux d’entre nous qui ont pu apprécier sa confraternité et sa courtoisie – présente ses condoléances attristées.

Jeuneafrique.com

Henri Konan Bédié, hier sur France 24: « Que Gbagbo soit jugé par la CPI »

septembre 16, 2011

Le président de la Conférence des Houphouétistes a accordé un entretien à France 24, en marge de la 22ème édition de la cérémonie de remise du Prix Félix Houphouet-Boigny pour la recherche de la paix, à Paris. Il évoque le sort de Laurent Gbagbo, des financements occultes de chefs d’Etat français…

Vous êtes à Paris pour le Prix Félix Houphouet-Boigny pour la recherche de la paix, quand est-ce que la Côte d’Ivoire méritera ce prix ?

Je crois qu’il faudra du travail. Il faut qu’au sein de sa population, une personnalité émerge. Mais, je crains que cette situation ne se présente pas pour le moment. Parce que nous venons de traverser une période de guerre et le prix étant destiné à ceux qui recherchent la paix ou qui font la paix, j’espère qu’il faudra attendre pour cela.

Après cette guerre, il y a encore des populations qui ont peur de rentrer chez elles, notamment dans l’ouest du pays, qu’est-ce qu’il faut faire pour les rassurer ?

En réalité, ces populations sont en train de rentrer massivement en ce moment, à l’ouest grâce aux entretiens que les chefs d’Etat de pays voisins ont entre eux et grâce aussi au soutien des Nations Unies. Il y a plus de 15.000 sur 150.000 qui sont rentrées récemment. Et, le rythme ira en s’accentuant.
Quel est le signal fort ?

Le signal fort c’est que la paix est revenue au pays et qu’elles (les populations) peuvent retourner chez elles. Je pense que ce qui ralentit le mouvement, c’est le fait que la plupart de leurs villages ont été incendiés. Et, c’est ce qui les retient hors de leur pays.

Au moins 46 % des électeurs ont voté pour Laurent Gbagbo, au second tour. Aujourd’hui, il est aux arrêts. Quel doit être son sort et dans le contexte d’une opposition qui se cherche ?

Le sort de Laurent Gbagbo dépendra des instances de justice. Car, ses détournements économiques, les atrocités dont il est l’auteur, les crimes de sang sont nombreux. Et, des plaintes ayant été déposées, il est inculpé, pour ce qui concerne les crimes économiques. Pour le reste, la Cour pénale internationale est en train d’effectuer les investigations. Par conséquent, Laurent Gbagbo n’échappera pas à la justice. Mais pour qu’il y ait un jugement équitable, nous préférons qu’il soit jugé à la Cour pénale internationale, au Tribunal pénal international.
Un autre élément qui met en doute la confiance et la sérénité, c’est la présence dans les commissariats de police, d’ex-rebelles. Quand est-ce qu’il y aura un retour à la normale ?

Cette situation est en train de se redresser assez rapidement. Evidemment, il faut s’attendre à ce qu’il y ait quelques mouvements de ralentissement par-ci et par-là. Mais fondamentalement, les policiers reprennent leur place dans le système sécuritaire ivoirien.

Vous avez tenu parole, vous avez soutenu Alassane Ouattara au 2è tour de l’élection présidentielle. En contrepartie c’était que le fauteuil de Premier ministre revienne à votre parti ; à quand ?

Pour le moment, cette promesse n’est pas tenue par le fait que nous avons encore des poches d’insécurité et que le Premier ministre, mon jeune frère Guillaume Soro, est toujours à la tâche, pour réduire ces derniers foyers.
L’on dénonce la présence de trop de Français dans les ministères comme conseillers, quel est le rôle de l’ancienne puissance coloniale en cette période de reconstruction ?

J’ai peine à croire ce qui est dit sur ce chapitre-là, parce que je ne vois pas où sont les Français dans les ministères. Tout est ivoirisé depuis longtemps.
En ce moment, on parle de contrats et les Français sont revenus en force…

Je ne le pense pas parce que toutes les affaires qui se traitent le sont par appel d’offre international. Par conséquent, il n’y a pas de préférence de nationalité.
L’avocat Robert Bourgi parle de cinq mallettes d’argent remises par cinq chefs d’Etat africains (au président Jacques Chirac, Ndlr). Quelle est votre réaction ?

Sous réserve que soit vrai ce que vous dites…

Ce genre de pratiques se faisait-il quand vous étiez président ? Des chefs d’Etat africains transportaient-ils des billets de banque en France ?

Cela n’a pas été le cas au moment où j’étais président de la République de Côte d’Ivoire. D’abord, nous étions sous ajustement structurel très sévère et nous n’avions pas de ressources pour les distraire à l’extérieur.
Que pensez-vous des propos de Robert Bourgi ?

Je n’en pense rien. Ce que je réponds personnellement, c’est qu’ayant servi à des postes pendant de nombreuses années, qu’on attende 40 ans après pour cracher un peu d’un ami.
Vous avez été ambassadeur de votre pays à Washington à l’époque. Avec votre regard de jeune-homme que vous étiez, est-ce que vous vous imaginiez que la Côte d’Ivoire serait dans la situation quelle traverse actuellement ?

Certainement pas. Vous savez qu’il est pratiquement impossible à l’homme de prévoir l’avenir. Mais avec le recul et les analyses, on peut estimer que ces situations arrivent aux autres pays dans le monde. On peut citer l’Amérique avec la guerre de sécession. Donc ce qui nous est arrivé est un accident de parcours qui, je l’espère, ne se répètera pas.

Propos recueillis par Kouakou Liza sur France 24