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Présidentielle en Centrafrique : le Rwanda et la Russie envoient des troupes

décembre 21, 2020
Des Casques bleus zambien de la Minsuca, à Birao le 18 juin 2019.

Le Rwanda a envoyé des troupes en Centrafrique, a annoncé dans la nuit de dimanche à lundi le ministère rwandais de la Défense. Bangui a également annoncé le déploiement de « plusieurs centaines » de soldats russes.

« La Russie a envoyé plusieurs centaines d’hommes des forces régulières et des équipements lourds » dans le cadre d’un accord de coopération bilatérale, a déclaré Ange Maxime Kazagui, porte-parole du gouvernement centrafricain, sans préciser leur nombre exact ni la date de leur arrivée. Le Kremlin a exprimé lundi sa « sérieuse inquiétude » face aux vives tensions préélectorales, sans toutefois s’exprimer sur la présence de troupes en Centrafrique, où des sociétés de sécurité russes assurent déjà la protection du président, Faustin-Archange Touadéra.

« Les Rwandais ont également envoyé plusieurs centaines d’hommes qui sont sur le terrain et ont commencé à combattre », a ajouté le porte-parole. « Le gouvernement rwandais a déployé une force de protection en République centrafricaine, dans le cadre d’un accord bilatéral de défense, avait indiqué peu auparavant le ministère rwandais de la Défense dans un communiqué. Le déploiement est en réponse au ciblage du contingent des Forces de Défense du Rwanda (RDF) sous la force de maintien de la paix de l’ONU par les rebelles soutenus par [l’ancien président] François Bozizé. »

Le G5+ demande à Bozizé de déposer les armes

Ces annonces surviennent après que trois des plus puissants groupes armés, qui occupent plus des deux-tiers du pays, ont progressé sur des axes routiers vitaux pour l’approvisionnement de la capitale, Bangui. Vendredi soir, ils avaient également annoncé leur fusion.

Dans la foulée, le gouvernement a accusé samedi François Bozizé de « tentative de coup d’État » avec une « intention manifeste de marcher avec ses hommes sur la ville de Bangui », alors que le premier tour des élections présidentielle et législatives est prévu le 27 décembre. Faustin-Archange Touadéra en est le grand favori. Dimanche, le parti de François Bozizé, dont la candidature à la présidentielle a été invalidée par la Cour constitutionnelle, a démenti toute tentative de coup d’État.

LA SITUATION EST SOUS CONTRÔLE. »

Ces annonces n’ont pas suffi à rassurer les partenaires de la Centrafrique. La France, la Russie, les États-Unis, l’Union européenne et la Banque mondiale ont appelé dimanche François Bozizé et les groupes armés à déposer les armes. Ces pays et institutions « demandent que Bozizé et les groupes armés alliés déposent immédiatement les armes, s’abstiennent de toute action de déstabilisation et respectent la décision de la Cour constitutionnelle du 3 décembre 2020 ».

Le même jour, Vladimir Monteiro, porte-parole de la Mission des Nations unies en Centrafrique (Minusca), qui compte près de 11 500 hommes dans le pays, a déclaré que les rebelles avaient été bloqués ou repoussés dans plusieurs localités. « La situation est sous contrôle », affirmait-il dimanche soir.

Par Jeune Afrique avec AFP

Centrafrique : le parti de Bozizé dément toute tentative de coup d’État

décembre 20, 2020
L’ancien chef de l’État centrafricain François Bozizé.

Le parti de l’ancien président centrafricain François Bozizé a démenti dimanche toute tentative de coup d’État, alors que le gouvernement l’accuse de vouloir mener un putsch, à une semaine des élections présidentielle et législatives.

« Nous démentons catégoriquement que Bozizé soit à l’origine de quoi que ce soit », a déclaré Christian Guenebem, le porte-parole du Kwa Na Kwa (KNK), le parti de François Bozizé. « Le gouvernement a toujours voulu porter atteinte à l’intégrité physique et politique de Bozizé », a-t-il poursuivi.

Après l’annonce samedi de l’alliance de trois groupes armés, le gouvernement du président Faustin-Archange Touadéra avait accusé François Bozizé de « tentative de coup d’État » avec l’« intention manifeste de marcher avec ses hommes sur la ville de Bangui ».

Vendredi, plusieurs groupes armés avaient fait mouvement ou s’étaient emparés de quelques villes sur les principaux axes de ravitaillement de Bangui, mais situés à des distances variant de 150 à 200 km de la capitale. La Mission de l’ONU en Centrafrique (Minusca), avec plus de 11 000 Casques bleus présents sur le territoire, avait indiqué samedi soir que la situation n’avait pas évolué sur le terrain depuis.

L’opposition pour « le report des élections »

François Bozizé faisait figure de principal concurrent au chef de l’État sortant Faustin-Archange Touadéra pour la présidentielle, dont le premier tour est prévu le 27 décembre, comme pour le scrutin législatif. Mais la Cour constitutionnelle a invalidé sa candidature, estimant qu’il était sous le coup de sanctions des Nations unies en raison de son soutien présumé à des groupes armés responsables de « crimes de guerre » et de « crimes contre l’Humanité ».À LIRE Présidentielle en Centrafrique : pourquoi Bozizé a décidé de soutenir Dologuélé

Alors que les tensions sont vives à l’approche des scrutins, la Coalition de l’opposition démocratique (COD-2020), dont Bozizé était le chef de file jusqu’à il y a peu, « exige le report des élections (…) jusqu’au rétablissement de la paix et de la sécurité » dans un communiqué publié dimanche. La COD-2020 regroupe les plus importants partis et mouvements de l’opposition au président Faustin-Archange Touadéra, grand favori du scrutin pour un second mandat.

En meeting électoral samedi à Bangui, le chef de l’État a de son côté déclaré que « l’autorité nationale des élections et la Cour constitutionnelle ont assuré que les élections vont se tenir dans les temps ».

Par Jeune Afrique avec AFP

Présidentielle en Centrafrique : la candidature de François Bozizé invalidée par la Cour constitutionnelle

décembre 3, 2020
François Bozizé, lors du dépôt de sa candidature, le 9 novembre 2020.

La Cour constitutionnelle a invalidé la candidature de François Bozizé à la présidentielle prévue le 27 décembre prochain. Quatre autres candidats ont été recalés.

L’ancien président centrafricain, chassé du pouvoir en 2013 par la rébellion de l’ex-Séléka, ne pourra pas participer à la présidentielle. La Cour constitutionnelle a annoncé l’invalidation de la candidature de François Bozizé, de même que celle de quatre autres candidats à la magistrature suprême, ce jeudi 3 décembre à la mi-journée.

Selon nos informations, confirmées par le  Kwa na Kwa (KNK), parti de l’ancien président, la Cour a estimé que les sanctions des Nations unies dont François Bozizé fait l’objet étaient incompatibles avec une candidature à la présidence.

« Mandat d’arrêt international »

« Le candidat fait l’objet d’un mandat d’arrêt international lancé contre lui le 31 mars 2014 » devant la justice de son pays, notamment « pour assassinats, arrestations, séquestrations, détentions arbitraires et tortures », a précisé la Cour. L’instance a également souligné que, « selon les termes » d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, « le candidat fait l’objet de sanctions, renouvelées le 28 juillet 2020 » et qu’il « déroge au critère de bonne moralité inscrit dans le Code électoral ».

Les Nations unies n’ont pas réagi officiellement à cette annonce. Contacté par Jeune Afrique, le Sénégalais Mankeur Ndiaye, qui dirige la mission onusienne en Centrafrique, affirme cependant « suivre de près » la situation.

Quatre autres candidatures rejetées

Les quatre autres candidatures rejetées sont celles de Jean-Michel Mandaba, Bertrand Bali Kemba, Freddy Michael Guele-Gongassoua et Armel Sayo, pour des motifs de corruption et d’appartenance à des groupes armés. Des arguments qui avaient déjà été mis en avant par la Cour constitutionnelle pour justifier sa décision, le 28 novembre, de rejeter plusieurs candidatures aux élections législatives qui se tiendront à la même date que la présidentielle.

L’ancien président centrafricain, qui vivait en exil depuis sa chute en 2013, était rentré dans son pays le 16 décembre 2019 en toute discrétion. Il a cependant très rapidement reconquis sa place sur la scène politique centrafricaine, avant de déclarer officiellement sa candidature, en juillet dernier.

Avec Jeune Afrique par Pacôme Pabandji – à Bangui

Centrafrique: arrestation du fils de l’ex-président Bozizé

août 8, 2016

 

L'ex-président centrafricain François Bozizé|©DR

L’ex-président centrafricain François Bozizé|©DR

Jean-Francis Bozizé, le fils de l’ex-président centrafricain François Bozizé, a été arrêté vendredi dans la capitale Bangui, a-t-on appris de sources sécuritaires, alors que la Centrafrique tente de se relever d’une guerre déclenchée à la suite du renversement de son père en 2013.

Jean-Francis Bozizé, qui fut ministre de la Défense de son père jusqu’à fin 2012, s’est présenté de lui-même à la Mission des Nations unies pour la Centrafrique (Minusca) et s’est rendu volontairement, a précisé le ministre de la Justice Flavien Mbata dans un communiqué transmis à l’AFP.

La Minusca, nantie d’une copie du mandat d’arrêt international délivré à son encontre en mai 2014, l’a arrêté et remis aux autorités centrafricaines, selon ce communiqué. Il sera présenté à la justice pour répondre des faits qui lui sont reprochés.

Une source proche de la Minusca a confirmé cette version de l’arrestation de M. Bozizé, attribuée dans un premier temps par la gendarmerie à sa section recherche investigation, avec le concours des éléments de la Minusca.

Les faits reprochés à M. Bozizé ne sont pas précisés. La Minusca rappelle qu’elle peut, selon son mandat, arrêter et remettre aux autorités centrafricaines les personnes responsables dans le pays de graves atteintes aux droits de l’Homme et de violations graves du droit international humanitaire.

D’après une source au parquet, Jean-Francis Bozizé fait partie des proches de l’ancien président Bozizé ou membres de sa famille poursuivis par la justice.

En exil, l’ex-président Bozizé fait l’objet d’un mandat d’arrêt international émis par la cour d’appel de Bangui en juillet 2013 pour assassinats, tortures et incitation à la haine et au génocide entre autres.

M. Bozizé fils, âgé d’une quarantaine d’années, est arrivé mercredi à Bangui en provenance de Nairobi à bord d’un vol de la compagnie aérienne Kenya Airways, selon le communiqué du ministre.

Selon des proches, confronté au gel de ses avoirs tout comme d’autres membres de la famille ou personnalités de l’ancien régime, il cherchait à regagner le pays où il détient certains biens. Son passeport diplomatique lui avait été récemment confisqué à Dakar.

Le fils de l’ancien président avait quitté la Centrafrique le 24 mars 2013 au moment de la prise de Bangui par la coalition à dominante musulmane Séléka qui a renversé son père.

Cette rébellion avait alors installé à la place de son père le président auto-proclamé Michel Djotodia. Ce coup de force avait provoqué la réplique des milices anti-Balaka principalement chrétiennes.

Le pays avait alors sombré dans une spirale des violences communautaires avec des milliers de morts et des centaines de milliers de personnes déplacées, provoquant l’opération militaire française Sangaris, puis le déploiement de la Minusca.

AFP

Centrafrique : évasion spectaculaire du secrétaire général du parti de François Bozizé

août 21, 2015

Incarcéré depuis un peu moins d’une semaine, Bertin Béa, le secrétaire général du Kwa Na Kwa (le parti de l’ancien président François Bozizé), a été libéré par ses propres partisans jeudi à Bangui.

Ghislain Grésenguet n’en revient toujours pas. Jeudi 20 août, le procureur de la République de Bangui a vu Bertin Béa lui filer entre les doigts.  À la mi-journée, le secrétaire général du Kwa Na Kwa (le parti de l’ancien président François Bozizé) est présenté au parquet qui lui signifie ses chefs d’accusation. Visé par une enquête pour incitation au trouble et à l’ordre public, Bertin Béa apprend en présence de son avocat que son dossier a été transmis au doyen des juges d’instruction, et qu’il va être mis sous mandat de dépôt à la Maison d’Arrêt de Ngaragba.

À l’extérieur du palais de justice de Bangui, situé dans le 8e arrondissement, la tension monte. Des partisans du KNK et certains anti-balaka commencent à se rassembler – ils seront au maximum une centaine – et se montrent de plus en plus menaçants au point que, vers 16 heures, le procureur de la République de Bangui doit être exfiltré.

La suite est très confuse. Malgré la présence d’éléments de la Minusca, de la gendarmerie et de la police, plusieurs militants parviennent à pénétrer dans le palais de justice et s’empare de Bertin Béa dans le bureau du juge d’instruction. Le secrétaire général du KNK est conduit à la cathédrale de Bangui où il passera la nuit.

Complicité des forces de l’ordre ?

Ghislain Grésenguet dénonce « une défaillance, voir une complicité des forces de l’ordre » et appelle Bertin Béa « à se mettre à la disposition de la justice ».

Le secrétaire général du KNK avait été arrêté le 15 août à l’aéroport de Bangui M’poko alors qu’il s’apprêtait à prendre son vol à destination de Paris où il devait assister aux obsèques d’une proche. Son passeport lui avait été retiré. Il était depuis détenu à la section recherches et investigations (SRI) de la gendarmerie.

La justice lui reproche d’avoir tenu des propos qualifiés d’incitation au trouble et à l’ordre public. Le 7 août, il avait annoncé la candidature de François Bozizé à la présidentielle prévue en octobre. « Aucune campagne électorale ne peut être dirigée de l’étranger et François Bozizé va rentrer au pays, nous ferons tout ce qui est dans notre pouvoir pour qu’il revienne », avait-il déclaré.

Jeuneafrique.com par Vincent Duhem

Centrafrique : François Bozizé mise sur un retour par les urnes

août 11, 2015

François Bozizé, ancien chef d'Etat de la Centrafrique. © Ben Curtis/AP/SIPA

François Bozizé, ancien chef d’Etat de la Centrafrique. © Ben Curtis/AP/SIPA

Exilé en Ouganda, François Bozizé, l’ancien président centrafricain renversé en 2013, ne se résigne pas à abandonner la scène politique. Son parti l’a désigné samedi candidat à la prochaine présidentielle, prévue le 18 octobre.

Il s’en disait persuadé à Jeune Afrique dès août 2013 : « Tôt ou tard, je reviendrai ». Plus de deux ans après avoir été renversé, François Bozizé n’en démord pas et il croit encore en la possibilité de faire un retour triomphal à Bangui. Mais c’est dans les urnes, et non plus dans les armes, qu’il semble désormais avoir placé tous ses espoirs. Pour preuve, son parti, le Kwa Na Kwa, a tenu son congrès à Bangui, samedi 8 août, et l’a désigné officiellement candidat à la présidentielle fixée fixée le 18 octobre 2015.

« Aucune campagne électorale ne peut être dirigée de l’étranger et François Bozizé va rentrer au pays, nous ferons tout ce qui est dans notre pouvoir pour qu’il revienne », affirmait lundi à Reuters Bertin Bea, la secrétaire général du Kwa Na Kwa. « Deux ans et demi se sont écoulés et je pense que le peuple centrafricain a su faire la différence entre ce qui existait en mon temps et ce que nous constatons aujourd’hui », disait le lendemain l’ex-chef d’Etat sur l’antenne de RFI pour justifier son éventuelle candidature.

Le prix de l’obstination

Contraint par les rebelles de la Séléka de quitter le palais de la Renaissance, le 24 mars 2013, Bozizé vit désormais en exil à Kampala, la capitale ougandaise, où l’a accueilli l’un de ses derniers soutiens, Yoweri Museveni. Et pour avoir une chance de participer au scrutin présidentiel, il devra franchir deux obstacles de taille. Il y a d’abord les sanctions – gel de ses avoirs et interdiction de voyager – prises contre lui le 9 mai 2014 par les Nations Unies, qui lui reprochent d’avoir « apporté un appui matériel et financier à des miliciens [anti-balaka, NDLR] qui s’emploient à faire dérailler la transition en cours et à le ramener au pouvoir. »

Puis il y a le mandat d’arrêt international émis contre lui par la justice centrafricaine, notamment pour détournements de fonds. « Ce n’est pas normal de me mettre à l’écart (…) pourquoi m’empêcher de rentrer chez moi pour apporter ma contribution à la paix ? », a réagi l’intéressé mardi sur RFI.

Même s’il rentrait au pays, son dossier de candidature risquerait donc de faire les frais de la procédure judiciaire enclenchée contre lui. Plus grave : si les dossiers que la Cour pénale internationale (CPI) instruit à la demande de Catherine Samba-Panza, la président de la transition, sont jugés assez solides, Bozizé pourrait être extradé vers La Haye. Une menace déjà appliquée sous d’autres cieux contre un autre ancien président africain, lui aussi renversé… Suffira-t-elle à dissuader l’ancien putschiste de rejoindre les rives de l’Oubangui  ?

Jeuneafrique.com par Salsabil Chellali

Centrafrique : l’espoir fait vivre François Bozizé

avril 2, 2015

François Bozizé a été chassé du pouvoir il y a tout juste deux ans.
François Bozizé a été chassé du pouvoir il y a tout juste deux ans. © Vincent Fournier/J.A.

Chassé du pouvoir il y a tout juste deux ans, l’ancien président centrafricain François Bozizé ne se résout pas à ne plus être au centre du jeu et rêve encore du jour où il fera son grand retour à Bangui.

Qu’est-ce que deux ans dans la vie d’un homme ? Pas grand-chose pour certains. Une éternité pense très fort, presque à haute voix, François Bozizé Yangouvonda, 68 ans. Contraint de quitter le palais de la Renaissance dans la précipitation, le 24 mars 2013, l’ex-président centrafricain commence à trouver le temps long. À la tête du pays pendant dix ans, il n’a jamais totalement abandonné l’espoir de retrouver son fauteuil et souffre d’un mal répandu chez les anciens dirigeants : le sentiment d’être oublié. « Il n’aime pas ne plus être au centre du jeu, analyse une des rares personnes qui, à l’exception de ses six fils, lui ont rendu visite dans la capitale ougandaise. Il s’ennuie. »

À deux reprises déjà, ce général de brigade galonné sous Jean-Bedel Bokassa avait dû s’éloigner des rives de l’Oubangui. Direction le Bénin d’abord, après le putsch manqué de 1982. Puis le Tchad et la France après un autre coup d’État raté en mai 2001. Et aujourd’hui, Kampala, où il a posé ses valises depuis plus d’un an. De ces trois exils, celui-ci est sans doute le plus difficile.

Longtemps, l’ancien maître de Bangui a cru que l’histoire se répéterait. Que, comme en 2003, du temps d’Ange-Félix Patassé, il ne s’effacerait que quelques mois avant de provoquer la chute de son successeur. C’est ce qu’il avait affirmé à J.A. par un après-midi pluvieux du mois d’août 2013. À l’époque, il venait de s’installer en France auprès de sa famille, après plusieurs mois passés dans la suite 930 de l’hôtel Hilton de Yaoundé puis à Nairobi.

En catimini

Mais le temps passe et les soutiens s’émiettent. Bozizé est rarement le bienvenu là où il passe. Le Cameroun redoute que sa présence ne soit mal interprétée. Paris la juge trop bruyante et le lui a clairement signifié. En catimini, comme un fugitif, l’ancien chef d’État quitte donc l’Hexagone le 24 septembre 2013, direction Nairobi, via Bruxelles et Addis-Abeba, et enfin Kampala. L’Ouganda, pays qu’il connaît bien, est finalement l’un de ses derniers soutiens.

Lui et le président Yoweri Museveni s’étaient rencontrés au début des années 1970, à la faveur de la coopération militaire entre leurs deux pays (le premier était l’aide de camp de Bokassa, le second, membre des services secrets du président Milton Obote), et les liens ne s’étaient pas distendus. Le général Caleb Akandwanaho – dit Salim Saleh -, frère et conseiller militaire de Museveni, venait régulièrement à Bangui. Et, dans les dernières heures du régime, Kampala avait même proposé d’envoyer 700 hommes.

Dans la capitale ougandaise, François Bozizé bénéfice de tous les avantages dus à son rang d’ancien président : une villa cossue avec piscine sur les hauteurs de la ville, non loin de la résidence de Museveni, un 4×4 Toyota Prado avec chauffeur et vitres teintées, plusieurs gardes du corps. Il lit beaucoup, mange une fois par jour, apprend l’anglais, se rend à l’église tous les dimanches…

Grand amateur de poisson, il se permet quelques escapades sur les bords du lac Victoria pour savourer un bon tilapia ou un capitaine. Mais Bozizé, qui doit informer son hôte de ses moindres faits et gestes, ne mène pas non plus grand train. Surtout, il est seul. Plus d’un an et demi qu’il n’a pas revu Marie-Madeleine Bafatoro, sa seconde épouse, qui habite près de Tours, en France.

Son rêve d’un retour triomphal à Bangui s’est brutalement éloigné le 9 mai 2014, date à laquelle il a été officiellement sanctionné par le Conseil de sécurité des Nations unies. S’ils sont contestés par l’intéressé et ses proches, les griefs, tels qu’ils sont formulés sur le site internet de l’ONU, sont sans appel : « Bozizé a apporté un appui matériel et financier à des miliciens qui s’emploient à faire dérailler la transition en cours et à le ramener au pouvoir. Les forces qui lui sont loyales participent désormais aux représailles menées contre la population musulmane du pays. »

Depuis lors, ses avoirs sont gelés et il lui est interdit de voyager. La surveillance est telle que son fils Jean-Francis se dit victime d’un délit de patronyme. À chaque fois qu’il pénètre sur le territoire français, il est retenu plusieurs heures par la police aéroportuaire, à laquelle il a toutes les peines du monde à expliquer qu’il ne s’appelle pas François et que lui, l’ancien parachutiste du 6e RPIMa et ex-ministre de la Défense, est un citoyen français…

Fatigués

Et pourtant. Bozizé persévère dans son plan un peu fou de se présenter à la prochaine élection présidentielle. « Il travaille jour et nuit pour proposer un nouveau projet aux Centrafricains », affirme son conseil Lin Banoukepa, avocat français au barreau de Paris. Sceptique, un de ses anciens ministres répond sèchement : « Il veut revenir, mais pour quoi faire ? Il avait la possibilité de devenir notre meilleur président. Au lieu de cela, il s’est refermé sur son clan, sa clique. C’est trop tard. »

C’est vrai que Bozizé peut encore compter sur quelques soutiens au sein de la garde présidentielle, auprès de personnes qui lui doivent un poste ou l’accès à certaines ressources. « La loyauté est encore présente, mais le noyau se réduit, confie un intime de la famille. Ces gens-là sont fatigués ; ils ont passé plus d’un an dans la brousse, quand Michel Djotodia [tombeur de Bozizé] était au pouvoir. »

Il peut aussi s’appuyer sur les Gbayas, son ethnie d’origine (25 % à 30 % de la population) que deux des principaux candidats à la prochaine élection, Martin Ziguélé et Anicet Georges Dologuélé, tentent déjà de séduire. À la Convergence nationale Kwa Na Kwa (KNK, sa formation politique), personne n’a encore osé contester son leadership. Des réunions sont régulièrement organisées en France pour remobiliser les troupes. À Bangui, des comités demandant son retour voient le jour.

Conscient qu’il ne peut arriver à ses fins sans un coup de pouce extérieur, l’ex-président a le soin de ménager ceux qui lui ont tourné le dos il y a deux ans. Fini les diatribes contre le tchadien Idriss Déby Itno ou les accusations contre la France… Bozizé s’est placé sous le patronage du médiateur de la crise centrafricaine, Denis Sassou Nguesso, le seul de ses anciens pairs qui accepte parfois de le prendre au téléphone et que son fils Jean-Francis ainsi que Lin Banoukepa consultent régulièrement à Brazzaville ou à Oyo, le fief du président congolais. Ce dernier lui a d’ailleurs demandé de se faire discret, et Bozizé n’a pas donné suite à notre demande d’entretien.

Bozizé s’accroche à l’idée qu’il est indispensable à la résolution de la crise. Il n’est pas le seul à le penser. Cheick Tidiane Gadio, mandaté par l’Organisation de la conférence islamique, ne l’a-t-il pas sollicité en avril 2014 pour qu’il s’engage à oeuvrer pour la paix ? Catherine Samba-Panza n’a-t-elle pas dépêché son conseiller Anicet Guiama-Massogo à Kampala, début septembre, pour lui demander de s’impliquer dans le processus de réconciliation ? Et, fin novembre, c’est une délégation angolaise, menée par le responsable du renseignement, qui lui rendait visite.

Assaut final

Quelques semaines plus tard débutaient les pourparlers de Nairobi. Dans la capitale kényane, Bozizé a retrouvé son tombeur, Michel Djotodia. Les deux hommes se sont vus une fois en tête à tête, dans les salons de l’hôtel Weston. Entre présidents déchus, on a « beaucoup parlé », on s’est « compris » et on a « aplani les malentendus ». L’espace d’un instant, l’ex-président s’est dit que l’heure du retour avait sonné, que la communauté internationale accepterait un texte lui accordant l’amnistie et appelant à une troisième transition. Ce ne fut pas le cas.

Mais Bozizé ne veut pas d’un destin à la Patassé qui, depuis son exil togolais, ne parvint pas à se présenter à la présidentielle de 2005. Peu importent les obstacles, il ne lâchera pas, c’est dans sa nature. L’exil l’a renforcé. En deux ans, il a eu tout le temps de ressasser ses derniers mois au pouvoir : la première offensive de la Séléka fin 2012, les tractations, l’accord de Libreville, la formation du gouvernement d’union, la reprise des hostilités mi-mars 2013, son aller-retour à Pretoria afin de s’assurer des intentions de Jacob Zuma…

Puis son dernier survol du front le 23 mars, à l’aube, à bord d’un hélicoptère russe de combat Mi-24. L’espoir, pensait-il alors, était encore permis. Quelques heures plus tard, deux colonnes de la rébellion lançaient l’assaut final. Bozizé prenait la fuite le lendemain, trente minutes avant que la Séléka vienne à bout de la résistance de la garde présidentielle.

A-t-il appris de ses erreurs ? A-t-il simplement conscience d’en avoir commis – et de graves ? À écouter son entourage n’évoquer que des « défaillances de communication » et expliquer « qu’il a fait confiance aux mauvaises personnes aux mauvais moments », on peut en douter. Pour lui comme pour ses partisans, l’heure de l’autocritique n’est pas encore venue.

Dans le viseur de Bangui… Et de la CPI ?

Deux menaces pèsent sur François Bozizé. La première vient de Bangui. Après l’ouverture, par le parquet financier de Paris, d’une enquête préliminaire contre l’ancien président pour détournement de fonds, les autorités centrafricaines ont déposé une nouvelle plainte, le 15 mars, toujours à Paris. Elle vise à obtenir la désignation de juges instructeurs et s’attaque à d’autres personnalités de l’ancien régime, comme l’ex-président de la Cour constitutionnelle, Marcel Malonga, ou encore le neveu de Bozizé, Sylvain Ndoutingaï, autrefois ministre des Finances.

Mais ce n’est pas tout : la Cour pénale internationale (CPI) pourrait elle aussi ouvrir une procédure contre lui. La présidente Catherine Samba-Panza en a fait la demande à la procureure Fatou Bensouda, en visite à Bangui le 25 février. Mais Bensouda veut être sûre de pouvoir présenter des dossiers suffisamment solides pour éviter de reproduire les erreurs commises dans les dossiers kényan ou ivoirien.

Jeuneafrique.com par Vincent Duhem

Centrafrique : Bozizé et Djotodia s’apprêtent à rentrer dans le rang de la transition

février 23, 2015

François Bozizé et Michel Djotodia.
François Bozizé et Michel Djotodia. © Montage J.A.

Michel Djotodia et François Bozizé s’apprêtent à signer, mercredi ou jeudi, une déclaration commune dans laquelle les deux anciens présidents centrafricains assurent s’inscrire dans le processus lancé à Brazzaville en juillet dernier. Une reconnaissance implicite des autorités actuelles de transition, dont « Jeune Afrique » s’est procuré le texte en exclusivité.

Les mystérieuses négociations de Nairobi doivent prendre fin mercredi ou jeudi avec la signature officielle d’une déclaration dans laquelle François Bozizé et Michel Djotodia déclarent adhérer « à l’accord de cessation des hostilités signé à Brazzaville le 23 juillet ».

D’après ce document, paragraphé le 21 février par l’ensemble des participants (trois représentants des anti-balaka, trois des ex-Séléka dont Noureddine Adam) et dont J.A. a eu copie, les deux anciens présidents appellent « tous leurs partisans et sympathisants à soutenir le processus de sortie de crise résultant de l’application effective de la feuille de route de la transition ».

Si le texte (voir ci-dessous) ne mentionne pas directement la transition, le simple fait de s’inscrire dans le processus lancé à Brazzaville équivaut à une reconnaissance implicite des autorités qui en découlent. François Bozizé et Michel Djotodia se disent également disposés à « participer aux préparatifs du forum politique inclusif de Bangui » et aux élections prévues d’ici août, tout en demandant au « médiateur international, aux autorités de la transition et à la Minusca [mission de l’ONU en Centrafrique, NDLR] de garantir leur sécurité ».

Négociations parallèles

Ouvertes en décembre dans la capitale kényane à l’initiative du président congolais et médiateur de la crise centrafricaine, Denis Sassou Nguesso (DSN), ces négociations parallèles avaient accouché, le 22 janvier, d’un accord sur le cessez-le-feu et sur l’arrêt des hostilités entre des ex-rebelles de la Séléka et les miliciens anti-balaka. Un accord aussitôt rejeté par l’ensemble de la communauté internationale (ONU, Communauté des États d’Afrique centrale), par les autorités de Bangui, puis par DSN lui-même.

D’intenses négociations ont ensuite eu lieu entre les émissaires de la présidence congolaise, le médiateur kényan (l’ancien président du Parlement Kenneth Marende) et les belligérants pour trouver une sortie honorable. Le conseiller diplomatique de DSN, Martin Adouki, et le directeur des renseignements extérieurs, le général Mongo, se sont rendus à deux reprises dans la capitale kényane pour convaincre les délégations anti-balaka et ex-Séléka de revoir leurs ambitions à la baisse.

Si le chef de file des anti-balaka, Joachim Kokaté, a rapidement accepté d’abandonner les deux articles les plus controversés, concernant une amnistie générale et une refonte de la charte de transition, Michel Djotodia et Nourredine Adam furent beaucoup plus réticents, avant de finalement céder aux diverses pressions.

La cérémonie officielle devrait avoir lieu le 25 ou le 26 février en présence de plusieurs chefs d’État de la sous-région.

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Jeuneafrique.com par Vincent DUHEM

Centrafrique : Koyara, première femme à la Défense depuis l’indépendance

janvier 17, 2015

Marie Noëlle Koyara (à gauche), le 11 janvier 2014 à Bangui.
Marie Noëlle Koyara (à gauche), le 11 janvier 2014 à Bangui. © AFP

Une femme, Marie Noëlle Koyara, est devenue pour la première fois depuis l’independance en 1960 ministre de la Défense en Centrafrique, à la faveur d’un remaniement technique du gouvernement du Premier ministre Mahamat Kamoun.

Deux portefeuilles concernant la sécurité changent de propriétaire. Mme Koyara, qui était ministre de l’Équipement dans le précédent gouvernement, aura un dossier capital à gérer : la réforme des Forces armées centrafricaines étant considérée comme un des points clé pour réussir à remettre sur le bon chemin un pays miné par les affrontements depuis 2013.

Elle a été plusieurs fois ministre sous François Bozizé, Michel Djotodia et Catherine Samba Panza. Elle a aussi été représentante de la FAO au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire.

Quatre nouveaux ministres

Quatre nouvelles personnalités font leur entrée dans ce gouvernement dont Samedi Nicaise Karinou qui prend en charge la Sécurité Publique en remplacement du général Métinkoué.

Le magistrat Faustin Mbodou, une personnalité connue, quitte le gouvernement et le ministère de la Justice. La présidente de la transition centrafricaine, Catherine Samba Panza, avait demandé à M. Kamoun un réaménagement technique du gouvernement lors de la présentation des vœux du nouvel aux membres du gouvernement, à la radio d’Etat jeudi.

« J’avais dès le départ indiqué de manière claire que le travail de tous les membres du gouvernement sera évalué au bout de trois mois et que ceux qui n’auront pas démontré leur capacité de diriger un département ministériel seront remerciés », avait annoncé tenu à rappeler la présidente Catherine Samba Panza.

À la suite de la signature de l’accord de Brazzaville du 23 juillet 2014, la présidente de transition centrafricaine avait nommé chef du gouvernement Mahamat Kamoun qui était ainsi devenu le premier musulman Premier ministre du pays, pour former un gouvernement dit de « combat et d’action ».

Jeuneafrique.com AVEC afp

Centrafrique : la justice française ouvre une enquête préliminaire sur François Bozizé

décembre 16, 2014

L'ancien président de la Centrafrique François Bozizé à Bangui le 8 janvier 2014.
L’ancien président de la Centrafrique François Bozizé à Bangui le 8 janvier 2014. © AFP

La justice française a récemment ouvert une enquête préliminaire à Paris après une plainte des autorités centrafricaines accusant l’ancien président François Bozizé de s’être constitué un riche patrimoine au préjudice de son pays.

L’ex-président François Bozizé est dans le collimateur de la justice française. À la suite d’une plainte de la République centrafricaine déposée mi-novembre, le parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire à Paris contre l’ancien président, suspecté de s’être constitué un riche patrimoine au préjudice de son pays.

La plainte vise notamment un ensemble de propriétés immobilières en France appartenant à François Bozizé, à son entourage ou à d’anciens alliés politiques, ainsi que des véhicules de luxe et des avoirs bancaires. Elle rappelle de précédentes affaires dites de « biens mal acquis » où des juges enquêtent sur les riches patrimoines en France de chefs d’États africains, comme Denis Sassou Nguesso (Congo), Teodoro Obiang (Guinée équatoriale) ou le défunt président gabonais Omar Bongo.

Corruption

L’enquête est ouverte pour détournements de fonds publics, corruption d’agents publics étrangers et blanchiment de ces délits, a précisé une source judiciaire. Le parquet national financier a saisi l’Office central de répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) pour mener les investigations. « On se réjouit de cette première décision, rapide, d’ouvrir une enquête », a dit l’avocat de la Centrafrique dans ce dossier, Me William Bourdon.

Arrivé au pouvoir en 2003 après avoir renversé Ange-Félix Patassé, François Bozizé avait été lui-même chassé en mars 2013 par l’ex-rébellion Séléka, à dominante musulmane dans un pays très majoritairement chrétien. Après des mois de violences communautaires et interreligieuses, qui ont vu la France intervenir sous mandat de l’Onu, le chef des rebelles Michel Djotodia avait démissionné en janvier 2014, remplacé par une présidente de transition, la maire de Bangui Catherine Samba Panza.

Pots-de-vin et contrats miniers

Selon une source proche du dossier, les autorités centrafricaines jugent, dans leur plainte, « fort probable (…) que ce patrimoine (de Bozizé) a été financé par des moyens illicites » et que les comptes bancaires ont « été alimentés par des revenus frauduleux ». Selon cette source, la plainte évoque des pots-de-vin qui auraient pu être versés dans le cadre de contrats miniers et de cession de droits d’exploitation, dont l’un concerne Areva et la société minière Uramin.

La plainte évoque aussi une commission qui aurait été versée au député-maire UMP de Levallois-Perret, Patrick Balkany, en rétribution d’une médiation dans un conflit entre Areva et les autorités centrafricaines. Sollicité lors du dépôt de plainte, Patrick Balkany n’avait pas donné suite. « Compte tenu de l’imbrication de plusieurs dossiers, d’autres décisions devront être prises », a estimé William Bourdon. Des juges sont en effet déjà saisis à Paris d’une enquête sur le patrimoine de Patrick Balkany et des investigations sont en cours sur le rachat par Areva de la société Uramin.

Jeuneafrique.com avec AFP