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Centrafrique : l’ONU sanctionne trois responsables dont l’ex-président Bozizé

mai 10, 2014
François Bozizé

François Bozizé

Le Conseil de sécurité de l’ONU a décrété vendredi des sanctions contre trois responsables centrafricains: l’ex-président François Bozizé, le coordinateur des milices anti-balaka Levy Yakété et le numéro deux de l’ex-coalition rebelle Séléka, Nourredine Adam.

Ces sanctions ciblées, prévues par la résolution de l’ONU du 28 janvier dernier et proposées par la France et les Etats-Unis, consistent en un gel des avoirs et une interdiction de voyager. La décision a été prise par le Comité des sanctions, qui dépend du Conseil de sécurité.

Elle avait été retardée pendant plusieurs semaines par la Russie et la Chine, qui réclamaient du temps pour examiner ces dossiers mais qui ont finalement donné leur feu vert, selon des diplomates. La République centrafricaine (RCA) est depuis plus d’un an en proie au chaos et à des violences entre communautés, attisées par des éléments de l’ex-coalition Séléka, majoritairement musulmane, et par des milices en grande partie chrétiennes, dites anti-balaka.

Distribution de machettes

Le Comité accuse les trois hommes d’avoir commis ou soutenu des actes qui vont à l’encontre de la paix, de la stabilité et de la sécurité en République centrafricaine. Selon le Comité, M. Bozizé, renversé par la Séléka en mars 2013, « fournit un soutien matériel et financier à des miliciens (…) qui cherchent à le ramener au pouvoir, c’est-à-dire des anti-balaka et d’anciens membres de l’armée centrafricaine ».

Ces forces loyales à M. Bozizé mènent des représailles contre la population musulmane. Proche de Bozizé avant le coup d’Etat, Levy Yakété (ou Yakité) est accusé d’avoir ordonné l’arrestation de personnes liées à la Séléka et d’avoir organisé la distribution de machettes à de jeunes chrétiens au chômage pour attaquer les musulmans.

Nourredine Adam visé

L’un des principaux dirigeants de la Séléka, Nourredine Adam, avait pris après le coup d’Etat la tête des services de renseignement du nouveau régime, se rendant coupable selon l’ONU d’arrestations arbitraires, de tortures et d’exécutions sommaires. Il dirige activement les anciens rebelles et supervise les attaques contre les quartiers chrétiens, selon le Comité qui l’accuse aussi d’avoir participé à un trafic de diamants entre la RCA et le Tchad.

Dans une résolution adoptée le 28 janvier, le Conseil de sécurité avait menacé de sanctions les fauteurs de troubles et les responsables d’exactions en RCA, mais en laissant le soin au Comité de les désigner ultérieurement.

Jeuneafrique.com avec AFP

Églises évangéliques : des gourous dans l’arène de l’Afrique centrale

février 10, 2014
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François Bozizé, membre de l’Église du christianisme céleste, en novembre 2008 à Bangui. © Vincent Fournier / J.A.

La prophétesse Kimpa Vita, le martyr Simon Kimbangu, le pasteur Mukungubila… Religion et politique ont toujours formé un mélange explosif en RDC, mais aussi dans les pays voisins.

« Prophète de l’éternel », Paul-Joseph Mukungubila, 66 ans, est le pasteur katangais dont se sont réclamés les assaillants de Kinshasa et de Lubumbashi le 30 décembre 2013. Un évangélique à l’assaut du régime de Joseph Kabila… La folie de l’entreprise peut faire sourire. Mais le bilan est lourd, très lourd. Plus de 100 morts. Et beaucoup pensent que les attaques simultanées de la radio-télévision nationale, de l’état-major de l’armée et de l’aéroport international de Kinshasa ne peuvent pas avoir été menées par les seuls adeptes de « l’Église du Seigneur Jésus-Christ ». Un commanditaire se cachait-il derrière le prédicateur aujourd’hui en fuite ? En RD Congo, religion et politique se fréquentent depuis longtemps.

Deux dates. 1706 : Kimpa Vita, alias Dona Béatrice, jeune prophétesse du royaume Kongo, est condamnée à mort par les colons portugais et brûlée vive sur un bûcher. 1921 : Simon Kimbangu, le « messie noir » du peuple kongo, qui réussit à sortir les gens de l’Église des Blancs, est condamné à mort par les colons belges. Sa peine est commuée en réclusion à perpétuité. Trente ans plus tard, il meurt en prison. Aujourd’hui, ces deux martyrs sont aux habitants du Bas-Congo ce que Jeanne d’Arc est aux Français : le symbole d’un combat pour une nation.

Zacharie Badiengila, « le grand maître de la sagesse kongo »

Pour gagner les voix de cette province de l’ouest de la RD Congo, le pouvoir de Kinshasa sait qu’il faut passer par Nkamba, la ville natale de Simon Kimbangu, devenue la cité sainte des kimbanguistes. En 1991, Mobutu Sese Seko réhabilite le prédicateur à titre posthume et lui décerne l’ordre national du Léopard. En 2001, Joseph Kabila va saluer le petit-fils de Kimbangu à Nkamba. En retour, les chefs de l’Église kimbanguiste appellent à voter pour le régime en place. Problème : beaucoup de gens du Bas-Congo refusent ce marché. En 2007 et en 2008, ils se révoltent contre l’élection controversée, à Matadi, d’un gouverneur pro-Kabila. Dans la région de Luozi-Manianga, sur la rive droite du fleuve Congo, la répression est sanglante : plusieurs centaines de morts selon l’ONU. Pour la plupart, les victimes sont les adeptes d’un nouveau mouvement mystique, Bundu dia Kongo.

À la différence de Kimbangu, Zacharie Badiengila, le fondateur de cette secte, ne se voit pas comme un prophète, mais comme « le grand maître de la sagesse kongo ». Cet ancien professeur de chimie, âgé de 68 ans, se veut à la fois le fils spirituel de Kimbangu et l’héritier politique de Joseph Kasa-Vubu, premier président du Congo indépendant, comme lui originaire du Bas-Congo. Surtout, celui qui deviendra député sous le nom de Ne Muanda Nsemi est le premier leader de RD Congo à revendiquer une identité à la fois mystique et politique. « Regardez le dalaï-lama au Tibet, dit-il. On peut être à la fois chef spirituel et chef politique. »

Le pasteur Ntumi traitait les malades mentaux de Brazzaville par la prière

Cette double identité est aussi assumée par Frédéric Bintsamou, alias Pasteur Ntumi, 49 ans. Cette fois, nous sommes au Congo-Brazzaville, dans le Pool, à la frontière avec la RD Congo, tout près de la région de Luozi-Manianga – le fief de Bundu dia Kongo. Avant 1997, le pasteur Ntumi traitait les malades mentaux de Brazzaville par la prière. Au plus fort de la guerre civile, il se réfugie en forêt, puis rallie derrière sa soutane violette les miliciens Ninjas qui ont fui la capitale. Après plusieurs années de rébellion, Ntumi accepte de négocier. Le président Denis Sassou Nguesso lui offre le poste de délégué général chargé « de la promotion des valeurs de paix et de la réparation des séquelles de guerre ». Depuis 2007, le pasteur a troqué la robe pour le costume. Il est rentré dans le rang.

En fait, comme dans la RD Congo voisine, plusieurs figures du Congo-Brazzaville se piquent de mysticisme. Mystérieusement disparu dans une prison coloniale française en 1942, le nationaliste André Matsoua ne prêchait aucune parole du Christ. Mais après sa mort, ses partisans de la région du Pool en font un martyr et lui vouent un véritable culte religieux. En 1960, le premier président du Congo indépendant, l’abbé Fulbert Youlou, est un prêtre catholique que le Vatican a interdit de sacerdoce ; ses partisans l’appellent « Jésus-Matsoua ». De même, pendant la guerre de 1997, Bernard Kolélas, le leader politique du Pool et des quartiers Bacongo et Makelekele de Brazzaville, suscite chez les Ninjas un attachement mystique. Au plus fort de la bataille, chaque ethnie se réfugie derrière son Église.

« La prolifération des cultes est un désaveu pour l’État africain »

La Centrafrique n’est pas épargnée par ce phénomène, avec l’Église du christianisme céleste, fondée à Porto-Novo (Bénin) en 1947 et importée par François Bozizé. En 2001, quand celui-ci passe à la rébellion, le président Ange-Félix Patassé expulse cette chapelle « conspirationniste ». Mais dès sa victoire de 2003, le président Bozizé en fait la première Église africaine de Centrafrique. « François Bozizé est celui que Dieu a choisi pour sauver ce pays », proclament alors ses pasteurs. Reste qu’en 2013 Dieu ne peut empêcher la chute…

« La prolifération des cultes est un désaveu pour l’État africain », écrit le journaliste et essayiste Stephen Smith dans L’Atlas des religions. De fait, comme à l’époque coloniale, plusieurs mouvements mystiques d’Afrique centrale sont aujourd’hui des espaces de contestation de l’État. Parfois autonomiste – notamment au Bas-Congo -, parfois purement politique, cette résistance est très mal tolérée.

En RD Congo, le pasteur Kutino Fernando, favorable à l’opposant Jean-Pierre Bemba, a été arrêté en 2006 puis condamné à dix ans de prison pour tentative d’assassinat. En Angola, les prêtres catholiques de l’enclave de Cabinda, dont le charismatique Jorge Casimiro Congo, dit Padre Congo, sont régulièrement suspendus de sacerdoce par leur hiérarchie de Luanda, elle-même sous pression du pouvoir. Sur les rives du fleuve Congo, le messianisme peut être explosif.

Jeuneafrique.com par Christophe Boisbouvier

Centrafrique : un ancien ministre tué à l’arme blanche en plein centre de Bangui

janvier 24, 2014

Un ancien ministre a été assassiné à l’arme blanche vendredi dans le 5e arrondissement de Bangui. Proche de l’ancienne rébellion Séléka, Joseph Kalité avait occupé des fonctions ministérielles sous Ange-Félix Patassé et François Bozizé.

À Bangui, l’heure est aux actes de représailles. Joseph Kalité, plusieurs fois ministres sous Ange-Félix Patassé et François Bozizé, a été assassiné à l’arme blanche vendredi 24 janvier dans le 5e arrondissement de Bangui (près de l’aéroport). Les circonstances de sa mort sont encore incertaines, mais selon une source diplomatique, Kalité avait récemment confié qu’il se sentait menacé.

Membre du KNK (Kwa na Kwa, le parti de Bozizé), ce Goula, l’ethnie du président déchu Michel Djotodia, était néanmoins très proche de l’ex-rébellion Séléka. Il fut l’ancien beau-père de Herbert Gontran Djono-Ahaba, ministre d’État aux Mines, au Pétrole et à l’Énergie, et neveu de Djotodia.

Accusé d’être derrière la rébellion, il avait été limogé du gouvernement (il était alors ministre de l’Habitat et du logement) puis arrêté par Bozizé, peu de temps après le début de l’offensive de la Séléka, en décembre 2012.

Après le coup d’État du 24 mars, son nom avait plusieurs fois été cité comme possible ministre.

Tractations

Vendredi matin, des violences et des pillages ont également été signalés dans le quartier du PK-12, à la sortie nord de la capitale. Les soldats français de l »opération Sangaris étaient déployés dans le quartier pour empêcher que les pillages ne dégénèrent en tueries.

L’assassinat de cette personnalité politique intervient alors que les tractations pour la formation du nouveau gouvernement et le choix du Premier ministre se poursuivent. Vendredi, la nouvelle présidente de la transition, Catherine Samba Panza, s’est installée au palais présidentiel. Une brève cérémonie de passation des pouvoirs a eu lieu avec le président du Conseil national de transition (CNT, parlement provisoire), Alexandre-Ferdinand Nguendet, qui a assuré l’intérim de l’exécutif depuis la démission de Michel Djotodia.
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Jeunafrique.com par Vincent Duhem

Centrafrique: 4 morts dans des combats entre ex-rebelles et milices

octobre 26, 2013

BANGUI – Des combats entre milices paysannes d’auto-défense et ex-rebelles désormais au pouvoir à Bangui ont fait quatre morts samedi près de Bouar, dans l’ouest de la Centrafrique, a-t-on appris de source militaire.

Ces milices anti-balakas (anti-machettes), munies d’armes de guerre et de machettes, ont encerclé la ville tôt samedi et des tirs ont été entendus dans plusieurs endroits de Bouar, ville située à environ 400 km au nord-ouest de Bangui, dans une région considérée comme acquise à l’ex-président François Bozizé, renversé le 24 mars par la la coalition rebelle Séléka de Michel Djotodia, investi le 18 août président de transtion, a expliqué cette source.

Ces combats opposant les miliciens aux ex-rebelles Séléka intégrés dans les forces de défense centrafricaines ont fait quatre morts parmi les groupes d’auto-défense et plusieurs blessés dans les deux camps, a affirmé la même source, ajoutant que le calme était revenu dans la ville dans la journée.

Les habitants qui n’avaient pu fuir avant l’arrivée des milices s’étaient terrés chez eux. Les assaillants ont encerclé la ville. Nous sommes bloqués. On ne sait dans quelle direction fuir, avait affirmé Maxime Lalaï, un habitant de Bouar, en fin de matinée.

Un commerçant musulman de Bouar, Awalou Mamadou, disait craindre des violences ciblées envers la communauté musulmane de la ville majoritairement chrétienne, et estimait le nombre des assaillants à entre 300 et 500 hommes.

Les exactions sans fin d’ex-rebelles ont provoqué des violences inter-communautaires qui menacent de prendre un tour religieux entre chrétiens, qui constituent la grande majorité de la population, et musulmans. Les combattants qui formaient les rangs de l’ex-rébellion se revendiquent de confession musulmane et M. Djotodia est le premier président musulman de l’histoire du pays.

Ces exactions ont également provoqué une très grave crise humanitaire dans une population déjà éprouvée par des années de troubles et de rébellions.

Depuis le renversement du régime Bozizé, la population du pays vit une tragédie, selon l’ONU, qui insiste sur le rétablissement de la sécurité dans le pays, dont 10% des cinq millions d’habitants ont été déplacés par le conflit.

Sous pression internationale, le président Djotodia a dissout la Séléka et cherche depuis à neutraliser les chefs des bandes armées qui en faisaient partie et qui ont multiplié les exactions.

Une force africaine – qui compte actuellement 2.500 soldats sur un total prévu de 3.600 – tente d’y rétablir la sécurité et de désarmer ces hommes. Mais son action est limitée par des difficultés logistiques et financières.

Lundi, un sommet des dix pays membres de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC) a ordonné à cette force de désarmer sans délai et par la force si nécessaire tous les éléments armés étrangers qui martyrisent une population livrée aux crimes de bandes armées.

En réclamant des moyens conséquents pour la Misca, les pays d’Afrique centrale se placent sur le même terrain que la France, l’ancienne puissance coloniale qui est montée en première ligne au Conseil de sécurité de l’ONU afin d’obtenir un renforcement du mandat de la force et se dit prête à augmenter le nombre de ses troupes dans le pays. Paris a un détachement de 400 soldats qui contrôlent l’aéroport de Bangui mais ne participent pas aux opérations de la Misca.

Romandie.com avec(©AFP / 26 octobre 2013 23h48)