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Léger remaniement gouvernemental au Gabon

décembre 10, 2020
Jean-Marie Ogandaga a démissionné de son poste de ministre de l'Économie mardi 8 décembre 2020.

Le gouvernement gabonais a été remanié mercredi, suite à la démission surprise, annoncée la veille, du ministre de l’Économie, Jean-Marie Ogandaga.

Hier encore ministre déléguée auprès du ministre de l’Économie et de la Relance, Nicole Janine Roboty, épouse Mbou, est promue ce 9 décembre à la tête de ce même département ministériel en remplacement de Jean-Marie Ogandaga, démissionnaire.

Précédemment aux Transports, Leon Bonda Balonzi est, lui, muté aux Travaux publics, maroquin nouvellement créé, tandis que Brice Paillat passe de ministre délégué à ministre. Il sera en charge des Transports.

Enfin, le nouvel entrant, Olivier Nang Ekomie, précédemment directeur général de l’Agence nationale de l’urbanisme des travaux topographiques et du cadastre (ANUTTC), est promu ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme.

Démission surprise

Ce remaniement fait suite à la démission, annoncée mardi 8 décembre en fin d’après-midi, de Jean-Marie Ogandaga. La Première ministre, Rose Christiane Ossouka Raponda, a « pris acte » de sa décision et le chef de l’État, Ali Bongo Ondimba, l’a acceptée, selon le communiqué de la présidence.

Aucune raison officielle n’a été donnée pour expliquer cette démission. Et rien, dans l’attitude de Jean-Marie Ogandaga, ne la laissait présager. En effet, du matin du 8 décembre jusqu’à 17 heures, Ogandaga était encore auditionné au Sénat où, avec son collègue du Budget, Sosthène Ossoungou, ils défendaient le projet de loi de finances 2021.

Alors que ses collaborateurs attendaient la fin de la séance pour lui soumettre divers dossiers en attente, ils ont été informés en début de soirée de la tournure des événements.

Lâché par les hautes autorités de l’État ?

La démission du ministre de l’Économie est une surprise même si, depuis une semaine, la presse gabonaise dénonçait les abattements fiscaux accordés par le ministre à plusieurs entreprises.

Pour justifier ces remises gracieuses, le ministre évoquait « le souci commun de préserver les emplois de nos compatriotes dans un contexte économique difficile ». Manifestement lâché par les plus hautes autorités de l’État, il a dû démissionner.

Avec Jeune Afrique par Georges Dougueli

Gabon : l’ancien ministre Marcel Eloi Rahandi Chambrier est décédé

novembre 27, 2020
L’ancien président de l’Assemblée nationale du Gabon, Eloi Rahandi Chambrier, ici en juillet 2019, est décédé le 27 novembre 2020.

Ancien ministre et président de l’Assemblée nationale, Marcel Eloi Rahandi Chambrier est décédé ce 27 novembre à l’âge de 86 ans. Pilier du Parti démocratique gabonais, il s’était progressivement retiré de la vie politique, laissant la place à son fils, Alexandre Barro-Chambrier, aujourd’hui opposant.

Une dernière haie d’honneur. C’est au cœur des applaudissements respectueux des soignants que Marcel Eloi Rahandi Chambrier a quitté pour la dernière fois la clinique portant son nom du quartier Montagne-Sainte de Libreville. L’ancien président de l’Assemblée nationale s’y est éteint, jeudi 27 novembre, à l’âge de 86 ans. « Le pays vient de perdre l’un des derniers pères de la nation », résume un proche de la famille.PUBLICITÉ

Né le 1er décembre 1933 à Libreville, Marcel Eloi Rahandi Chambrier fait ses classes à l’école catholique Montfort puis, en France, au lycée Michelet de Vanves, en région parisienne. Son baccalauréat en poche, il prend la direction de l’Institut de médecine tropicale de la faculté de Paris, boucle son internat, avant de rentrer au Gabon en 1963. Il devient à l’époque le premier pédiatre du pays, dirigeant son nouveau service à l’hôpital de Libreville.

Mais le docteur n’est, déjà, jamais bien loin de la politique. En 1957, déjà, alors qu’il étudiait à Paris, il était l’un des membres du comité exécutif de la Fédération des étudiants d’Afrique noire francophone, la célèbre FEANF. Rentré au Gabon, son engagement est intact. En 1964, alors qu’échoue la tentative de coup d’État contre le président Léon Mba, après l’intervention des militaires français pour rétablir ce dernier, Marcel Eloi Rahandi Chambrier est arrêté et, lors du procès de Lambaréné, condamné à dix ans de prison pour complicité. Le Mpongwé avait accepté de faire partie du gouvernement provisoire des putschistes, l’instar de Paul Gondjout, dont il était proche depuis ses années parisiennes.

D’Ali Bongo Ondimba à Jean Ping

Mais Léon Ma meurt le 28 novembre 1967 d’un cancer. Albert Bernard Bongo, futur Omar Bongo Ondimba lui succède, amenant une période de détente et la libération des condamnés du procès de Lambaréné. En mars 1968, Marcel Eloi Rahandi Chambrier, qui a créé sa polyclinique privée depuis quelques mois, devient l’un des membres fondateurs du nouveau « parti des masses », le Parti démocratique gabonais (PDG), successeur du Bloc démocratique gabonais (BDG) de Léon Mba.

Figure locale, aisé financièrement grâce à ses activités professionnelles et aux revenus qu’il tire de l’exploitation forestière, le pédiatre devient l’un des principaux dignitaires du régime. Plusieurs fois ministre sous Léon Mébiame Mba (1975-1990) et Casimir Oyé Mba (1990-1994), il sera député et président de l’Assemblée nationale (1993-1996) après la démission de Jules-Aristide Bourdes-Ogouliguende.

Alors que le PDG voit plusieurs de ses grands pontes quitter le navire dans les années 1990 puis 2000, Marcel Eloi Rahandi Chambrier restera fidèle à Omar Bongo Ondimba, lequel décède en juin 2009. Cette même année, il soutient Ali Bongo Ondimba pour la succession, avant de se mettre, peu à peu, en retrait de la vie politique, où son fils, Alexandre Barro-Chambrier se fait une place.

Jouant le rôle de mentor pour son héritier, qui choisit finalement de quitter le PDG pour l’opposition à l’approche de la présidentielle de 2016, cette « grande gueule », comme certains l’ont décrit, favorise le ralliement à la candidature de Jean Ping, au détriment, en particulier, de Guy Nzouba-Ndama.

Affaibli, Marcel Eloi Rahandi Chambrier avait depuis officiellement quitté le monde politique. Ayant passé la main, il continuait toutefois d’être « un observateur » des turpitudes de la vie publique gabonaise, comme le confiait son fils en 2018 à Jeune AfriqueAlexandre Barro-Chambrier, qui le « consultait régulièrement », utilisait d’ailleurs fréquemment le domaine familial du cinquième arrondissement de Libreville pour ses réunions publiques.

« ABC » est désormais le seul dépositaire du destin politique de la nombreuse, et influente, famille Chambrier. Sauf surprise, il se portera candidat à l’élection présidentielle de 2023 avec en tête, sans doute, les précieux conseils de son père disparu.

Avec Jeune Afrique Mathieu Olivier

Au Gabon, la fronde des chrétiens face aux mesures anti-Covid

octobre 21, 2020
Une église de Libreville, au Gabon.

Les tensions s’accentuent entre les chrétiens et le gouvernement gabonais autour de la date de réouverture des lieux de culte. Prêtres et pasteurs s’affirment déterminés à célébrer les offices dès le 25 octobre, malgré le risque d’amendes.

Les âpres négociations menées depuis plusieurs mois entre le gouvernement et les principaux responsables chrétiens du Gabon pour l’ouverture des lieux de culte vont-elles déboucher sur un conflit ouvert ?

Après six mois de fermeture des temples et églises en raison des contraintes sanitaires liées au coronavirus dans ce pays majoritairement chrétien, les prêtres catholiques et les pasteurs protestants semblent bel et bien décidés à reprendre les offices religieux à compter du 25 octobre – contre l’avis du gouvernement qui, lui, a fixé la réouverture des lieux de culte au 30 octobre.

« Quitter la peur »

L’archevêque de Libreville a encore enfoncé le clou, ce dimanche 18 octobre, dans une homélie filmée et diffusée sur internet à l’intention des fidèles qui ne peuvent plus se rendre dans les églises. « Le 25 octobre, aucune porte de nos paroisses ne restera fermée », a lancé Mgr Jean-Patrick Iba-Bâ, chasuble verte sur les épaules, alors qu’il célébrait l’office dans la cathédrale Sainte-Marie.

Un discours dans la droite ligne de celui de Mgr Jean-Vincent Ondo Eyene, évêque d’Oyem. « Il vaut mieux mourir martyr que de laisser Dieu se faire insulter. Je nous le redis, quittons la peur ! Un évêque reste un serviteur de Dieu. Il ne doit pas se laisser berner par le pouvoir », avait-il lancé lors de la conférence épiscopale du Gabon, le 4 octobre.

C’est cependant Mgr Jean-Patrick Iba-Bâ, qui a remplacé Mgr Basile Mvé Engone à la tête du diocèse de Libreville en mars dernier, qui semble mener la fronde. Dans un courrier daté du 13 octobre dans lequel il détaille son « décret », il avait déjà annoncé « l’ouverture de toutes les paroisses de l’archidiocèse de Libreville » pour le 25 octobre et promis la célébration des messes « dans toutes les paroisses, aux heures habituelles ».

Pas avant le 30 octobre

Trois jours plus tard, Lambert-Noël Matha, le ministre de l’Intérieur, était revenu à la charge pour réitérer l’intention du gouvernement de fixer la date de réouverture des lieux de culte au 30 octobre.

Ce dernier a par ailleurs précisé les conditions dans lesquelles pourraient être célébrés les cultes : « la délivrance d’une autorisation spéciale par le ministre de la Santé et celui de l’Intérieur » sera nécessaire, un maximum de 30 fidèles sera accepté par office religieux, la distanciation physique devra être respectée – les accolades seront donc interdites – et, pour les catholiques, la communion est suspendue.

« La durée maximale de chaque célébration doit varier entre 45 minutes et une heure », et les lieux de culte ne sont autorisés à ouvrir qu’un seul jour par semaine, a en outre précisé le ministre. Ensuite, « le paiement de la dîme se fera par voie électronique, transfert, ou dans une enveloppe fermée. En outre, les fidèles [devront] également remplir un fichier électronique pour donner les renseignements personnels qui permettraient de prévenir ou de retrouver des cas contacts [s’il y avait] contamination ».

« Deux poids, deux mesures »

Les catholiques ne sont pas les seuls responsables religieux que le gouvernement peine à convaincre. Depuis des mois, la Fédération libre des assemblées et ministères évangéliques (Flame), emmenée par le révérend Louis Mbadinga, demande la réouverture des Églises de réveil.

Le pasteur protestant Pierre Bongolo, qui officie à Libreville, s’étonne ainsi de constater « deux poids, deux mesures » entre les contraintes imposées aux lieux de culte et celles, plus légères, qui pèsent sur les marchés et supermarchés, les écoles ou encore les administrations. « Qu’on demande au secteur publique de travailler une fois par semaine, on verra bien ! »

CELA RESSEMBLE À UNE VOLONTÉ DE TOUT CONTRÔLER, UNE PRIVATION DE LIBERTÉS

« Cela ressemble à une volonté de tout contrôler, une privation de libertés », se plaint le pasteur Georges Bruno Ngoussi, de l’église Nazareth. Figure de la société civile gabonaise, le pasteur évoque même une « arnaque ». « J’ai entendu qu’il faut des tests de dépistage, or ceux-ci coûtent 5 000 F CFA [7,6 euros]. Comment un Gabonais qui a parfois du mal à gagner 1 000 F CFA par jour va-t-il faire pour payer son test ? » s’interroge-t-il. Le pasteur se dit prêt à braver l’interdiction d’ouvrir les lieux de culte, le 25 octobre, sans craindre les sanctions prévues, parmi lesquelles une amende de 5 millions de F CFA.

La communauté musulmane, de son côté, n’est pas montée au créneau, saluant au contraire la réouverture des lieux de culte à la fin du mois. « C’est un grand pas d’avoir ouvert nos mosquées. Nous remercions les autorités pour cette évolution », a déclaré sur la télévision nationale l’imam Youssouf Nziengui, membre du Conseil supérieur des affaires islamiques.

Enfin, les pratiquants du bwiti, la spiritualité traditionnelle du Gabon, sont toujours soumis, officiellement, aux limitations des rassemblements fixées à 30 personnes. Ils ne se sont pas exprimés ouvertement pour demander un allègement des mesures barrières.

Avec Jeune Afrique par Caroline Chauvet

Gabon : Rose Christiane Ossouka Raponda nommée Première ministre

juillet 16, 2020

Rose Christiane Ossouka Raponda.

Rose Christiane Ossouka Raponda. © Présidence de la République Gabonaise 

Ministre de la Défense depuis février 2019, Rose Christiane Ossouka Raponda, cette «économiste de formation, diplômée de l’Institut gabonais de l’économie et des finances avec une spécialisation en finances publiques», a été nommée Première ministre du Gabon jeudi 16 juillet.

Le secrétaire général de la présidence gabonaise, Jean-Yves Teale, a annoncé jeudi la nomination à la primature de Rose Christiane Ossouka Raponda en remplacement de Julien Nkoghe Bekale.

Ministre de la Défense depuis le 12 février 2019, âgée de 56 ans, elle est la première femme nommée à ce poste au Gabon. De 2014 à 2019, cette Mpongwè originaire de Libreville a dirigé la mairie de la capitale, où vit plus de 70% de la population du pays.

Soutien de la première heure

La nouvelle Première ministre bénéficie du soutien de la très influente présidente de la Cour constitutionnelle, Marie-Madeleine Mborantsuo. Début 2019, son nom était d’ailleurs revenu avec insistance pour succéder à l’ancien chef du gouvernement, Emmanuel Issoze Ngondet. Mais celui-ci avait finalement été remplacé par Julien Nkoghe Bekalé.

Soutien de la première heure d’Ali Bongo Ondimba, elle a servi entre 2012 et 2014 comme ministre du Budget lors du premier mandat du chef de l’État.

Avec Jeune Afrique par Georges Dougueli

Au Gabon, l’adoption de la loi dépénalisant l’homosexualité divise

juin 25, 2020

Lors d'une manifestation en faveur des droits des homosexuels, au Kenya, en 2019 (Illustration).

Lors d’une manifestation en faveur des droits des homosexuels, au Kenya, en 2019 (Illustration). © Ben Curtis/AP/SIPA

 

Le vote par l’Assemblée gabonaise d’une loi dépénalisant l’homosexualité, si elle est une victoire pour les initiateurs du texte, n’est encore qu’une étape. Le texte devra en effet être adopté au Sénat, et les débats s’annoncent âpres.

C’est une victoire pour les partisans de la dépénalisation de l’homosexualité, au premier rang desquels milite la Première dame, Sylvia Bongo Ondimba. Les députés gabonais ont adopté, le 23 juin, le texte annulant un amendement du Code pénal voté un an plus tôt qui condamnait l’homosexualité comme une « atteinte aux mœurs ».

Aimer, librement, sans être condamné

« Le Parlement rétablit un droit humain fondamental pour ses citoyens. Celui d’aimer, librement, sans être condamné. Oui à la dignité, non à la haine » s’est félicitée Sylvia Bongo Ondimba.

Profonde division

En revanche, le résultat du vote montre qu’une profonde division traverse le pays sur cette question. Quarante-huit députés ont voté en faveur du texte, vingt-quatre ont voté contre et vingt-cinq autres se sont abstenus.

Député du Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir), Blaise Louembe assume d’avoir refusé de suivre la consigne de vote de son parti. « Je viens d’exprimer mon vote contre la dépénalisation de l’homosexualité (…) Je suis [néanmoins] solidaire de tout le reste du texte mais mes convictions religieuses, mon attachement à la Constitution et à nos valeurs ancestrales ne me commandent pas d’autoriser ou d’encourager les pratiques homosexuelles », a déclaré le député.

Le Gabon devient ainsi l’un des rares pays d’Afrique subsaharienne à dépénaliser l’homosexualité. Mais en dépit des apparences, cette réforme sociétale n’est pas une surprise.

En effet, jusqu’à l’entrée en vigueur en juillet 2019 d’un nouveau Code pénal, l’homosexualité n’était ni autorisée ni interdite au Gabon. Ce vide juridique a engendré une tradition de tolérance à l’égard des préférences sexuelles minoritaires. La réforme du 23 juin consacre donc le retrait de l’alinéa 5 de l’article 402 du Code pénal, en vigueur depuis juillet 2019, condamnant les pratiques homosexuelles.

Prochaine étape au Sénat

Le texte doit désormais être soumis aux sénateurs, à une date qui n’a pas encore été définie. Il est probable que le débat passionné qui s’est joué à l’Assemblée se rejoue en écho au sein de la chambre haute, et que les mêmes lignes de fractures entre « pro » et « anti » se révèlent, au-delà des appartenances partisanes.

Le PDG, bien que majoritaire au sein de la Chambre, devra de nouveau se battre pour imposer la discipline du parti à ses sénateurs réfractaires. Et chaque voix va compter d’autant qu’au sein de l’opposition, le vote « contre » va sans doute l’emporter. Sénateur pour le compte de l’Union nationale (UN, opposition) Jean-Christophe Owono Nguéma annonce la couleur : « Mes convictions religieuses, mon éducation et la vision que j’ai pour mon pays, ne me permettent d’accepter une telle abomination. »

Si le texte est rejeté au Sénat, les deux chambres du Parlement devront se réunir en Congrès pour harmoniser le texte avant le vote définitif.

Avec Jeune Afrique par Georges Dougueili

Gabon : Magloire Ngambia a refusé de se présenter face aux juges

juin 22, 2020

Magloire Ngambia, en janvier 2014 à la présidence gabonaise, à Libreville (archives).

Magloire Ngambia, en janvier 2014 à la présidence gabonaise, à Libreville (archives). © Afrikimages Agency

 

Le procès de l’ex-ministre de l’Économie, Magloire Ngambia, qui devait s’ouvrir ce lundi a finalement été reportée, l’accusé ayant refusé de se présenter faute de pouvoir être représenté par une partie de ses avocats.

L’audience prévue ce lundi 22 juin devant la Cour criminelle spéciale n’a pas eu lieu. Magloire Ngambia a refusé de comparaître en l’absence de ses avocats, le Français Pierre Olivier Sur et le Sénégalais Seydou Diagne.

Les deux avocats n’ont pas pu effectuer le voyage de Libreville à cause de l’interruption des liaisons aériennes due à l’épidémie du Covid-19. Le Français avait estimé que la programmation de cette audience était une « violation des droits de la défense » d’autant qu’il était par avance impossible aux avocats de la défense d’y prendre part. L’ex-bâtonnier de Paris a donc demandé le report de l’audience. Mais la justice gabonaise n’a pas accusé réception de la requête.

Selon nos informations, la Cour aurait un temps envisagé de tenir le procès en visioconférence, mais les deux juristes n’ont jamais été formellement été contactés. Deux demandes de visa de Pierre Olivier Sur n’ont pas abouti. En désespoir de cause, l’accusé a donc refusé de se présenter.

En détention depuis janvier 2017

L’ancien ministre (de l’Économie et des Finances, puis de la Promotion des investissements des Transports, des Travaux publics, de l’Habitat, du Tourisme et de l’Aménagement du territoire) est en détention préventive depuis le 10 janvier 2017. Son procès aurait dû s’ouvrir le 13 mars 2019, mais il n’avait pas pu se présenter à la barre faute d’avoir été extrait de sa cellule de la prison centrale de Libreville.

Détenu depuis 42 mois, Magloire Ngambia espère toujours obtenir de ses juges le droit de comparaître libre d’autant que, selon le code pénal gabonais, la détention préventive ne peut excéder 24 mois.

En novembre 2019, le groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire avait estimé que la situation du Gabonais violait la Déclaration universelle des droits de l’homme, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Il affirmait également que « la privation de liberté de M. Magloire Ngambia [était] arbitraire » et demandait sa libération immédiate.

Autrefois très influent, Magloire Ngambia, 49 ans, est accusé de détournements de fonds publics et de corruption passive, dans des dossiers de construction de logements et de routes notamment liés à l’homme d’affaires italien Guido Santullo. Selon l’acte d’accusation, il aurait détourné 4 milliards de F CFA des caisses de l’État.

Avec Jeune Afrique par Georges Dougueili

Gabon : l’ancien Premier ministre Emmanuel Issoze Ngondet est décédé

juin 11, 2020

Emmanuel ISSOZE-NGONDET

Emmanuel ISSOZE-NGONDET © François ZIMA pour JA

 

Emmanuel Issoze Ngondet est décédé , dans la nuit du 10 au 11 juin, à 59 ans, des suites des complications d’une crise d’asthme. Ancien ministre, puis Premier ministre, il avait été un des piliers du pouvoir d’Ali Bongo Ondimba, avant d’être écarté du gouvernement, fin 2019.

Admis dans une clinique de Libreville le 21 mai dernier pour des complications liées à une crise d’asthme, l’ancien Premier ministre est décédé dans la nuit du mercredi 10 au jeudi 11 juin après avoir été placé en soins intensifs ces derniers jours. Selon l’un de ses proches, le député et ancien ministre Guy Maixent Mamiaka, le natif de Makokou avait pourtant été testé négatif au Covid-19.

« Tristesse immense d’apprendre le départ sans retour de notre aîné, Emmanuel Issoze Ngondet, ancien Premier ministre. Une étoile qui laisse une trace indélébile par son parcours. Un homme d’État au sens élevé du sacerdoce pour la République », a réagi le ministre des Affaires étrangères, Alain Claude Bilié By Nzé.

Un pilier du pouvoir

Né le 2 avril 1961, ce diplomate formé à l’École nationale d’administration avait débuté sa carrière comme conseiller au sein du ministère des Affaires étrangères qu’occupait à l’époque Ali Bongo Ondimba. Il avait ensuite occupé des postes au Cameroun, en Grande-Bretagne, au Canada et en Allemagne, avant d’être nommé ambassadeur en Corée du Sud, en Éthiopie (auprès de l’Union africaine) puis à New York (auprès des Nations unies)

Après un court passage comme ministre de l’Énergie,  début 2009, c’est à la tribune de l’ONU, en tant qu’ambassadeur, qu’il avait défendu la première élection d’Ali Bongo Ondimba, contestée par André Mba Obame, en octobre de la même année. Il avait été le directeur de la campagne du fils d’Omar Bongo Ondimba dans sa province de l’Ogooué-Ivindo.

Rappelé à Libreville en 2011, ce technocrate devenu politique ne quittera alors plus le gouvernement pendant près d’une décennie, devenant l’un des grands compagnons de route d’Ali Bongo Ondimba, occupant plusieurs ministères clés : Relations avec le Parlement, Budget, Fonction publique, puis Affaires étrangères. Député depuis 2011, il avait ensuite été nommé le 28 septembre 2016 au poste de Premier ministre.

Limogé en janvier 2019

Emmanuel Issoze Ngondet avait alors été le premier natif de l’Ogooué-Ivindo à prendre la primature. Il l’occupera un peu plus de deux ans, avant d’être limogé en janvier 2019, trois mois après l’accident vasculaire cérébral d’Ali Bongo Ondimba, et remplacé par le Premier ministre actuel, Julien Nkoghe Bekale.

Il était à l’époque en conflit avec le directeur de cabinet du président, Brice Laccruche Alihanga. L’ex-Premier ministre avait, dans les semaines qui ont suivi, refusé le poste de médiateur de la République (qui n’est toujours pas occupé aujourd’hui) et préféré se contenter de son siège de député de Makokou à l’Assemblée.

Avec Jeune Afrique par Mathieu Olivier

Le masque devient obligatoire dans plusieurs pays d’Afrique centrale

avril 15, 2020

Dans plusieurs pays d’Afrique centrale, le port du masque est devenu obligatoire dans l’espace public afin de freiner la propagation du nouveau coronavirus, ont annoncé ces derniers jours leurs gouvernements. Au Gabon, le masque est obligatoire depuis mercredi matin, tout comme en Guinée équatoriale, qui demande aussi à ses citoyens de porter des gants lors de leur sortie.

Conscient de la difficulté des Gabonais à se procurer des masques médicaux, Libreville a recommandé à ses citoyens le port «du masque alternatif». De nombreux ateliers de couture au Gabon et ailleurs se sont mis à produire des masques en tissu, moins efficaces mais qui limitent toutefois la propagation du virus.

Lundi, le gouvernement tchadien avait également décrété le port obligatoire du masque sur son territoire avant de revenir sur sa décision le lendemain à cause du manque d’offre sur le marché. Le Cameroun – l’un des pays les plus touchés par le virus en Afrique avec 855 cas déclarés officiellement mercredi – avait déjà adopté cette mesure jeudi dernier.

Dans ces pays d’Afrique centrale, ces dispositions s’ajoutent à celles déjà prises, comme l’instauration de couvre-feux nocturnes, la fermeture des écoles, des frontières et des lieux de culte ainsi que les restrictions sur les rassemblements

Par Le Figaro avec AFP

Coronavirus : du gel hydro alcoolique « made in Gabon » pour lutter contre la pandémie

mars 20, 2020

Noureddin Bongo-Valentin (au centre) inspecte une usine de produits pharmaceutiques, le 18 mars.

Noureddin Bongo-Valentin (au centre) inspecte une usine de produits pharmaceutiques, le 18 mars. © Twitter/NBV

 

Avec trois cas de coronavirus avérés à la date du 19 mars, le Gabon se prépare à une aggravation de la pandémie sur son territoire. Il va désormais produire son propre gel hydroalcoolique, afin de limiter sa dépendance à l’importation du produit.

Masque sur le visage, charlotte blanche, combinaison de protection enfilée au dessus du costume. Noureddin Bongo Valentin avait revêtu l’habit de circonstance en ce 18 mars. Alors que son père, le chef de l’État Ali Bongo Ondimba, s’apprêtait à prendre la parole quelques heures plus tard à la télévision gabonaise, le coordonnateur général des affaires présidentielles a annoncé que le Gabon allait produire son propre gel hydroalcoolique.

C’est l’usine « La Santé Pharmaceutique », où Noureddin Bongo-Valentin était en visite, qui lui permettra de le faire. Créée en août 2019 et implantée dans la zone de Nkok, à une vingtaine de kilomètres de Libreville, celle-ci avait jusqu’ici pour mission de produire jusqu’à un million de comprimés par jour pour réduire la dépendance du Gabon à l’égard des médicaments importés de l’étranger et du marché noir.

20 000 bouteilles toutes les huit heures

L’usine, construite grâce des capitaux indiens et dirigée par le directeur général Rajeev Lila « va adapter sa chaîne de production pour produire du gel hydroalcoolique et éviter qu’il y ait une pénurie sur le territoire », explique une source à la présidence gabonaise. Le Gabon ne produisait jusqu’ici aucun gel hydroalcoolique. « La Santé Pharmaceutique » a prévu de produire 20 000 bouteilles toutes les huit heures.

Libreville n’a pas pour autant prévu de modifier son volume d’importation. Les vols commerciaux ont été stoppés en cette période de pandémie, mais le pays compte s’appuyer sur un trafic de vols cargo qui se maintient. « Une grosse livraison de matériel médical est d’ailleurs attendu le 20 mars à Libreville », a confié la présidence à Jeune Afrique.

Avec Jeuneafrique par Mathieu Olivier 

 

«Biens mal acquis » : un avocat parisien de feu Omar Bongo mis en examen

février 10, 2020

Jean-François Meyer, conseil du président gabonais durant près de vingt ans, est poursuivi pour « complicité de blanchiment de détournements de fonds publics et de corruption ».

Omar Bongo Ondimba à Addis-Abeba, en 2008. JOSE CENDON/AFP

Dans le petit milieu feutré des robes noires parisiennes spécialistes des dossiers franco-africains, Jean-François Meyer est une figure discrète et controversée. Un temps avocat de l’État du Sénégal, de celui du Tchad et du Mali, il a aussi facilité l’achat d’un avion et d’œuvres d’art pour l’actuel vice-président de Guinée équatoriale, Teodorin Obiang, premier condamné dans l’affaire dite des « biens mal acquis ». Mais c’est en tant que conseil, durant dix-neuf ans, de l’ancien président gabonais (1967-2009), Omar Bongo, défunt pilier de la « Françafrique », que Me Meyer a outrepassé ses fonctions, selon les enquêteurs français.

Dans ce dossier tentaculaire, l’avocat de 63 ans est le dernier « facilitateur » à avoir été mis en examen le 22 janvier pour « complicité de blanchiment de tout crime et délit (notamment des délits de détournements de fonds publics et de corruption) » et « recel de détournement de fonds publics et recel de corruption », selon les informations du Monde.

Un compte professionnel au service des Bongo

Pour le compte de la famille Bongo, l’avocat est soupçonné d’avoir facilité des acquisitions de biens immobiliers parisiens fastueux et d’avoir opacifié des fonds probablement publics. Pour ce faire, Me Meyer mettait au service de son client son compte bancaire professionnel à la BNP Paribas qui fut crédité, entre janvier 2006 et novembre 2007, de près de 7 millions d’euros par l’État gabonais. Selon la cellule de renseignement financier, Tracfin, au moins 2,3 millions d’euros de dépenses effectuées depuis ce compte n’ont aucune justification professionnelle. « Le fait que l’ensemble de ces sommes transite par le compte professionnel de Me Meyer semble singulier », notent les limiers de Tracfin.

Me Meyer apparaît comme un pourvoyeur de services financiers jouant même le « banquier » informel, selon les enquêteurs. En juin 2004, il s’illustre ainsi comme l’un des payeurs, à hauteur de 350 000 euros, d’un appartement dans le XVIe arrondissement. Or le bien est en réalité acheté par Omar Bongo pour l’un de ses fils, Ben Omar. Me Meyer n’est qu’un prête-nom soupçonné d’avoir servi à « masquer le financeur réel et l’origine frauduleuse des fonds employés à cet effet, et ce sans aucun lien avec l’exercice de la profession d’avocats », comme le souligne le juge d’instruction Dominique Blanc.

Me Meyer, dont le cabinet a été perquisitionné en juin 2011 dans le cadre de l’enquête, se chargeait également de produire des attestations sur l’origine des fonds gabonais, pourtant douteux, permettant à Omar Bongo d’assouvir sa frénésie d’acquisitions immobilières. L’avocat s’occupait ensuite de régler les charges à la copropriété pour des biens appartenant, à titre personnel, au président dont il est le représentant fiscal.

Le Monde.fr par Simon Piel et Joan Tilouine