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Gambie: des victimes veulent un « procès Jammeh », sur le modèle du procès Habré

octobre 6, 2017
Le président gambien Yahya Jammeh © Sunday Alamba/AP/SIPA

Les 19 et 20 octobre, des ONG gambiennes et internationales de défense des droits humains se réuniront à Banjul pour se pencher sur les crimes commis sous le régime de Yahya Jammeh entre 1994 et 2017.

C’était en avril dernier. Après la condamnation en appel de Hissène Habré à la prison à perpétuité par les Chambres africaines extraordinaire (CAE) à Dakar, une délégation de victimes de l’ex-dictateur tchadien s’envolait pour Banjul. Parmi elles, les Tchadiens Souleymane Guengueng et Clément Abaïfouta, ou encore le Sénégalais Abdourahmane Gueye.

Accompagnés par leurs avocats Reed Brody et Jacqueline Moudeïna, ils ont rencontré plusieurs victimes gambiennes de crimes commis sous le régime de Yahya Jammeh, dont Fatima Sandeng, la fille de l’opposant Solo Sandeng mort en détention en avril 2016.

Espoir de justice

De cette rencontre est née l’espoir, pour ces victimes gambiennes, d’obtenir à leur tour justice contre leur bourreau présumé, contraint à l’exil en Guinée équatoriale le 21 janvier dernier. Ces derniers mois, environ 250 d’entre elles se sont regroupées au sein du Centre gambien pour les victimes de violations des droits humains.

Réfléchir à la meilleure stratégie pour juger Yahya Jammeh et ses complices

Les 19 et 20 octobre, cette ONG organise une rencontre à Banjul avec Equatorial Guinea Justice (la principale organisation équato-guinéenne – en exil – de défense des droits humains) et différentes ONG internationales (Human rights watch, Trial international, Sherpa…).

Objectif ? « Aider les victimes à se regrouper et réfléchir ensemble à la meilleure stratégie pour juger Yahya Jammeh et ses complices », répond Reed Brody, avocat américain de Human rights watch (HRW), qui a joué un rôle central dans la condamnation de Habré.

Les organisateurs de cette rencontre le reconnaissent eux-même : la bataille judiciaire qui s’annonce contre Yahya Jammeh sera longue et difficile. Selon eux, une des premières étapes sera notamment de trouver les moyens d’augmenter la pression sur le président équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema pour le contraindre à « lâcher » son protégé gambien.

Jeuneafrique.com par

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Sénégal : l’armée s’interroge sur une possible menace de déstabilisation en Gambie

juillet 5, 2017

Des troupes sénégalaises de la Micega à Barra, en Gambie, en janvier 2017. © Sylvain Cherkaoui pour JA

Dans un rapport daté de fin juin, les renseignements militaires sénégalais s’inquiètent d’une possible présence de partisans de Yahya Jammeh en Mauritanie, en Guinée-Bissau et en Guinée, qui pourraient selon eux tenter de déstabiliser la Gambie.

Dans un rapport confidentiel du 27 juin, que Jeune Afrique et RFI ont pu consulter, les renseignements militaires sénégalais demandent à différentes composantes de l’armée de vérifier certaines informations au sujet d’une éventuelle menace de déstabilisation pesant sur la Gambie.

Selon ce rapport, qui évoque des « informations non encore recoupées », près de 300 déserteurs de l’armée gambienne seraient présents en Mauritanie et en relation avec l’ancien président Yahya Jammeh, exilé en Guinée équatoriale depuis son départ de Gambie, le 21 janvier dernier. Toujours d’après ce document, ces ex-militaires gambiens « envisageraient de déstabiliser » leur pays d’origine.

Des informations qui « méritent d’être prises au sérieux »

Les renseignements militaires sénégalais s’interrogent également sur de possibles missions effectuées par des hauts gradés fidèles à Jammeh en Guinée-Bissau et en Guinée, deux autres pays où des « partisans » de l’ancien président gambien – notamment des « jungulers », qui constituaient des sortes d’« escadrons de la mort » du régime déchu – sont suspectés de s’être réfugiés après son départ.

S’inquiétant d’une hypothétique « jonction » entre ces pro-Jammeh basés à l’étranger et ceux restés en Gambie, le rapport affirme que ces informations, bien que non confirmées, « méritent d’être prises au sérieux ». Il demande donc à ses destinataires d’être vigilants face à une menace de déstabilisation « qui ne vise pas que la Gambie ».

Des menaces de déstabilisation « réelles » selon Mankeur Ndiaye

À Dakar, les autorités surveillent toujours de près la situation politique et sécuritaire en Gambie. Le 15 juin, à l’occasion d’une visite de son homologue français Jean-Yves Le Drian au Sénégal, le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Mankeur Ndiaye, avait affirmé que les menaces de déstabilisation en Gambie étaient « réelles ». Interrogé par les journalistes, il avait toutefois refusé d’en dire plus sur ce sujet.  

Jeuneafrique.com par – à Dakar 

En Gambie, l’impossibilité d’une Île mémoire de l’esclavage

avril 21, 2017

L’île James située sur le fleuve Gambie, prise en photo le 8 avril 2017, porte aujourd’hui le nom de Kunta Kinté, héros du livre « Racines » de l’écrivain afro-américain Alex Haley / © AFP/Archives / SEYLLOU

Les quatre syllabes de son nom sont omniprésentes en Gambie, de la coque des navires à l’enseigne des bars: Kunta Kinté, l’esclave rebelle dont l’odyssée est connue dans le monde entier grâce à un best-seller et une série télévisée.

Mais, dans le pays d’où il a été arraché par des négriers au XVIIIe siècle pour un voyage sans retour vers les colonies britanniques d’Amérique du Nord, les traces de la mémoire de ce symbole de la traite atlantique sont aujourd’hui menacées par l’érosion côtière et la négligence.

L’île James porte aujourd’hui son nom: Kunta Kinté y connut à 17 ans le cachot et les fers, avant une effroyable traversée enchaîné à fond de cale, selon le récit de l’écrivain afro-américain Alex Haley « Racines », à l’origine d’une série télévisée au succès planétaire dans les années 1970 puis d’un « remake » diffusé depuis 2016.

« C’est très important parce que nous avons besoin de connaître notre histoire », estime Lamin Jammeh, 17 ans, venu avec un groupe d’élèves visiter pour la première fois l’île située sur le fleuve Gambie, à une trentaine de kilomètres à l’est de son embouchure. « C’est la seule façon de comprendre et de réaliser notre potentiel. »

Le 8 avril 2017, sur l’île de Kunta Kinté, des arbres desséchés et des ruines de structures en brique jonchent le site par lequel de nombreux captifs africains ont transité avant d’être embarqués vers le Nouveau Monde / © AFP/Archives / SEYLLOU

Des arbres desséchés et des ruines de structures en brique jonchent le site par lequel de nombreux captifs africains ont transité avant d’être embarqués vers le Nouveau Monde. Mais des sections entières des quartiers des esclaves ont été emportées par les flots salés et les vents puissants.

En 2003, l’île a été inscrite par l’Unesco au Patrimoine mondial de l’humanité, avec un ensemble de sites associés, en tant que « lieu de mémoire exceptionnel de cette période douloureuse mais essentielle, de l’histoire ».

– Récupération politique –

Prise en photo le 8 avril 2017, l’île James fut achetée en 1456 aux chefs locaux par les Portugais, qui y construisirent le premier fort après avoir participé pendant plus de trois siècles à la traite / © AFP/Archives / SEYLLOU

L’île James fut achetée en 1456 aux chefs locaux par les Portugais, qui y construisirent le premier fort après avoir participé pendant plus de trois siècles à la traite. Elle servit de prison pour les esclavagistes impénitents après l’abolition de cette pratique par la Grande-Bretagne en 1807.

« Des mesures régulières de maintenance, de suivi et de conservation sont nécessaires pour que ces ruines aient des chances de survivre et de résister aux assauts de la nature », prévient l’Unesco, dont une équipe est attendue pour une mission d’évaluation dans les prochains mois.

Il suffit de consulter des cartes anciennes pour constater à quel point l’île, passée aux mains des Portugais, des Néerlandais, des Français et des Anglais, a diminué en taille au fil du temps: sa superficie équivaut actuellement à un sixième de celle d’origine, selon des estimations.

Ponton qui mène à l’île Kunta Kinté située sur le fleuve Gambie, le 8 avril 2017 / © AFP/Archives / SEYLLOU

Pour enrayer cette inexorable dégradation, Hassoum Ceesay, historien et responsable du Centre national des Arts et de la Culture, veut croire à un changement avec le nouveau président, Adama Barrow. Celui-ci a pris ses fonctions en janvier après six semaines d’une crise post-électorale provoquée par le refus de son prédécesseur Yahya Jammeh de céder le pouvoir.

« Nous espérons qu’avec le nouveau gouvernement, une plus grande attention sera accordée » au site, confie M. Ceesay.

Après l’accession au pouvoir de Yahya Jammeh, le ministère du Tourisme et de la Culture a pourtant lancé en 1996 un « Festival international Roots » (Racines en anglais), comparable à une « semaine du patrimoine »: cet événement qui se tient tous les deux ans vise à attirer des visiteurs d’origine africaine, notamment des Amériques.

Un policier devant d’antiques canons de l’île Kunta Kinté située sur le fleuve Gambie, le 8 avril 2017 / © AFP/Archives / SEYLLOU

C’est en outre l’ex-président qui, en 2011, avait officiellement renommé l’île James en hommage à Kunta Kinté.

Mais le régime tentait surtout de récupérer ce travail de mémoire à son profit, imposant ainsi dans le programme du circuit une étape à Kanilai, le village natal de M. Jammeh, déplore M. Ceesay.

« Il y a eu beaucoup de pressions, venant particulièrement de l’ancien président, pour manipuler l’histoire de l’île. Nous avons résisté et cette résistance nous a valu une réduction du soutien du gouvernement », affirme-t-il.

Dans le village de Juffureh, lieu de naissance présumé de Kunta Kinté, chez elle le 8 avril 2017, Mariama Fofana, affirme être l’une de ses descendantes (8e génération) et juge assurée la postérité de cet ancêtre glorieux / © AFP/Archives / SEYLLOU

– Huitième génération –

Selon l’historien, au-delà des problèmes propres à l’île, c’est l’ensemble des sites inscrits avec elle au Patrimoine mondial qui doivent être revalorisés.

Pour attirer des financements, il préconise d’investir dans la formation de guides, la construction d’un centre spécialisé, des circuits plus spécialisés, et l’organisation de croisières de plaisance sur le fleuve.

Malgré les menaces qui pèsent sur l’existence même de l’île – et les doutes sur l’authenticité du récit d’Alex Haley, qui était en quête de ses propres origines – la mémoire de Kinta Kunté reste bien vivace en Gambie.

Dans le village de Juffureh, lieu de naissance présumé de Kunta Kinté, Mariama Fofana, affirme être l’une de ses descendantes (8e génération) et juge assurée la postérité de cet ancêtre glorieux. « Les jeunes Gambiens sont ravis d’être associés à Kunta Kinté parce qu’ils voient en lui un modèle et quelqu’un qui croyait aux valeurs pour lesquelles il se battait », dit-elle.

A travers le monde aussi, c’est l’image de l’esclave refusant le nom donné par ses maîtres et amputé d’un pied après plusieurs tentatives d’évasion, véhiculée par le livre et la série, qui a donné à sa renommée un écho universel.

En témoignent notamment les multiples références au personnage, incarnation d’une volonté indomptable, dans le rap, des groupes français Ministère Amer ou IAM dans les années 1990, à la star américaine Kendrick Lamar en 2015.

Romandie.com avec(©AFP / 21 avril 2017 09h59)

Législatives en Gambie : majorité absolue pour l’ancien parti d’Adama Barrow

avril 7, 2017

Des Gambiens faisant la queue devant un bureau de vote à Banjul, le 6 avril 2017, pour élire leurs députés. © AP/SIPA

Le principal parti de la coalition de l’ex-opposition qui a soutenu la candidature d’Adama Barrow contre Yahya Jammeh à l’élection présidentielle a remporté la majorité absolue aux élections législatives, a indiqué vendredi la Commission électorale (IEC).

Le Parti démocratique unifié (UDP), auquel appartenait Adama Barrow avant d’en démissionner une fois investi à la tête de la coalition d’opposition en novembre 2016, a obtenu 31 des 53 sièges à pourvoir, a déclaré le président de l’IEC Alieu Momar Njie, ce vendredi 7 avril, au lendemain des élections législatives organisées en Gambie.

Marge de manœuvre pour le nouveau gouvernement

Le parti de Yahya Jammeh, l’Alliance patriotique pour la réorientation et la construction (APRC), qui détenait une majorité écrasante dans l’Assemblée sortante, avait présenté des candidats dans 29 circonscriptions. Mais celui-ci ne conserve aujourd’hui que cinq sièges.

Le chef de l’État Adama Barrow, candidat victorieux à l’élection présidentielle du 1er décembre face à Yahya Jammeh, doit encore désigner cinq des 58 députés. Mais cette nette victoire aux élections législatives devrait déjà lui permettre de bénéficier d’une important marge de manœuvre pour appliquer son programme de réformes.

Record de candidatures et faible participation

Au total, près de 886 000 électeurs, sur les deux millions d’habitants, étaient appelés à choisir leurs parlementaires parmi 238 candidats issus de neuf partis politiques ou de listes indépendantes.

Un record de candidatures selon la commission électorale, même si son président Alieu Momar Njie a déploré la faible participation : 42% de votants.

La première alternance depuis 22 ans

Le chef de l’État sortant Yahya Jammeh s’est exilé en Guinée équatoriale en janvier, à la suite d’une intervention militaire de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et d’une ultime médiation guinéo-mauritanienne pour le forcer à céder le pouvoir.

Déclaré battu de peu par Adama Barrow, après plus de 22 ans de pouvoir sans partage sur cette ex-colonie britannique, il avait d’abord contesté, pendant six semaines, sa défaite.

Jeuneafrique.com avec AFP

Gambie : mise au jour des corps de trois comploteurs contre Yaya Jammeh

avril 2, 2017

Yaya Jammeh encadrés de sa garde rapprochée en 2016 © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

La police gambienne a indiqué samedi 1er avril que les corps de trois des instigateurs d’une tentative de coup d’Etat en 2014 contre l’ex-président gambien Yahya Jammeh ont été mis au jour grâce aux informations d’anciens membres de sa garde rapprochée.

C’est grâce aux informations fournies par d’anciens membres d’un corps d’opérations spéciales, connus localement comme les « Junglers » et accusés par les Nations unies d’avoir pratiqué tortures et exécutions sommaires, que les autorités ont pu localiser les cadavres des trois comploteurs.

« Les restes du colonel Lamin Sanneh, de Njaga Jagne et d’Alagie Nyass ont été exhumés vendredi dans un champ de tir militaire de Tintinto, près de Kanilai, le village natal du président Jammeh », a affirmé à l’AFP un responsable de la police gambienne sous couvert d’anonymat.

« Les enquêteurs ont été conduits sur les lieux par des membres des Junglers et les restes des victimes ont été exhumés en présence de la police, de l’armée et des membres des familles », a ajouté ce responsable.

Militaires réhabilités 

L’ex-président Jammeh, en exil en Guinée équatoriale après avoir été battu à la présidentielle de décembre par Adama Barrow, avait toujours refusé de répondre aux demandes d’enquête de la communauté internationale sur les circonstances de la disparition des trois hommes.

Six autres militaires avaient été arrêtés et condamnés – dont trois à la peine capitale – par un tribunal militaire en avril 2015 pour cette tentative de coup d’Etat. Les six hommes ont été grâciés en mars par le chef de l’Etat et réintégrés dans l’armée. 

Jeuneafrique.com

France/Adama Barrow à Sciences-Po : le discours d’un débutant

mars 16, 2017

Invité par François Hollande en janvier, le nouveau président gambien effectue, depuis la mi-mars, son premier voyage officiel en dehors du continent africain.

Le président de la Gambie, Adama Barrow, lors de son passage à Sciences-Po Paris, le 15 mars 2017. Crédits : Marie Lechapelays
« S’il vous plaît, levez-vous pour accueillir le président de la Gambie, Adama Barrow ! » C’est la tête basse qu’un monsieur rond vêtu d’un grand boubou blanc se fraie lentement un chemin parmi les hommes de la sécurité. En guise de salut, l’homme lève la main gauche vers l’assemblée comble de l’amphithéâtre Boutmy de l’université de Sciences-Po Paris, sourit timidement et cherche où s’installer.

Sous les yeux de sa délégation, dont six de ses ministres, et du directeur de la prestigieuse institution, Frédéric Mion, le nouveau président gambien prend la parole. La voix est grave. Les mots sont hésitants. Les phrases hachées. Celui qui symbolise désormais l’avènement de la démocratie en Gambie n’a rien d’un tribun populiste. Il lit consciencieusement son discours, page après page, et ne lève les yeux que pour chercher du regard le soutien de son voisin, Julien Vandriessche, responsable des conférences de l’association des Etudiants de Sciences-Po pour l’Afrique (ASPA), qui organise l’événement.

Un pays en quête de démocratie

Le but de sa visite ? Partager des « leçons apprises de la transition politique » chèrement acquise en Gambie, précisent les affiches de communication qui annoncent sa venue. Cette conférence dans une université française, c’est lui qui l’a sollicitée. Pour témoigner de l’aventure d’un pays en quête de démocratie. « C’est encourageant qu’en venant en France il veuille rencontrer des jeunes », estime Noé Michalon, un membre de l’ASPA.

Lire aussi :   Grotesque, terrifiant, imprévisible : tel a été Yahya Jammeh, président déchu de la Gambie

Alors l’ancien homme d’affaires raconte, « un peu platement », ose une étudiante de cinquième année présente ce soir-là : la situation dictatoriale en Gambie pendant les vingt-deux ans du règne de Yahya Jammeh ; son élection en décembre 2016 et les premiers mois de sa présidence en exil au Sénégal, à cause du refus de son prédécesseur de céder le fauteuil présidentiel ; son serment à l’ambassade de la Gambie au Sénégal, le 19 janvier. Et finalement ses espoirs démocratiques. « Je veux vous dire que la Gambie est de retour », conclut-il avec une voix égale au reste de son discours.

A peine a-t-il lâché la parole qu’au fond de l’amphithéâtre, on entonne l’hymne national gambien. Enthousiastes, les membres de la diaspora gambienne installée en France qui se sont déplacés pour l’occasion se sont levés pour faire résonner son chant, repris en chœur par le président et sa délégation. Très vite, c’est l’assemblée tout entière qui se lève. L’atmosphère est donc chaleureuse lorsque débute l’échange avec l’assemblée.

« Un président de transition »

Mais les réponses aux quelques interrogations des étudiants sont lapidaires, plus courtes même que les questions. Quelques mots reviennent dans chacune de ces phrases qui sonnent un peu comme des répliques : « paix », « démocratie », « bonne gouvernance », « réformes », « espoir ». Vainqueur contre toute attente de la dernière présidentielle, grâce à une coalition de sept partis prêts à tout pour évincer Yahya Jammeh du pouvoir, l’ancien chef d’entreprise est visiblement peu à l’aise dans cet exercice. « C’est un président de transition, tout le monde le sait, lui-même le sait, justifie Omar Jabang, le seul étudiant gambien à Sciences-Po. Mais les Gambiens s’en foutent, du moment que le dictateur est parti », assure le jeune homme de 27 ans.

Heureusement pour Adama Barrow, l’assistance n’a pas été très mordante : à trois semaines des élections législatives, prévues le 6 avril, aucune question ne lui a été posée sur l’implosion de la coalition qui l’a conduit au pouvoir et qui pourrait permettre au parti de l’ancien dictateur de maintenir son influence sur la scène politique gambienne. Rien non plus sur une éventuelle soumission à Macky Sall, le président sénégalais, à qui il doit en partie son accession au pouvoir.

Alors qu’environ 500 soldats sénégalais, mandatés par la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), devraient quitter la Gambie d’ici deux mois, Adama Barrow a demandé sur Radio France Internationale, jeudi matin, « au Sénégal de nous envoyer plus de soldats pour assurer notre sécurité. Cela aussi longtemps que nécessaire ».

En somme, sa venue à Sciences-Po Paris aura eu pour principale vertu d’incarner devant les jeunes la transition gambienne. « L’idée devait être de marquer le coup, car tout ce qu’il a dit, j’aurais pu le trouver sur Internet », conclut une étudiante en sécurité internationale.

Lemonde.fr par Marie Lechapelays

Gambie: inscription des candidats aux législatives, 1er scrutin de l’après-Jammeh

mars 10, 2017

Banjul (Gambie) – La Commission électorale gambienne (IEC) a commencé à enregistrer les candidatures au scrutin législatif du 6 avril, le premier de l’ère post-Yahya Jammeh, selon un de ses responsables vendredi, alors que la coalition de l’ex-opposition menace de se défaire.

M. Jammeh a dirigé la Gambie plus de 22 ans, jusqu’à son départ en exil en janvier à la suite de sa défaite, qu’il a contestée pendant six semaines, à la présidentielle du 1er décembre 2016 face à Adama Barrow, candidat d’une large coalition d’opposition.

Au premier jour, jeudi, du dépôt des candidatures qui se poursuit jusqu’à dimanche, l’IEC a reçu des dossiers de deux partis politiques et d’indépendants, a indiqué à l’AFP le porte-parole de la Commission, Joe Colley.

Ces formations sont l’Alliance patriotique pour la réorientation et la construction (APRC) de Yahya Jammeh, et le Congrès démocratique de Gambie (GDC), dont le responsable, Mama Kandeh, était un des trois candidats à la présidentielle, avec MM. Jammeh et Barrow.

Des dossiers sont encore attendus de six autres partis et d’indépendants.

L’Assemblée nationale compte 53 députés: 48 élus et cinq nommés par le président, pour un mandat de cinq ans.

L’APRC avait remporté une victoire écrasante aux précédentes législatives, en 2012, boycottées par six des principaux partis d’opposition à Yahya Jammeh, qui accusaient son régime « d’abus de pouvoir ».

L’ex-parti au pouvoir est confiant dans ses chances de « dominer l’Assemblée nationale », a dit à l’AFP son responsable de campagne, Yankuba Colley. « Nous sommes le plus grand parti » gambien, a-t-il assuré.

Au sein de la nouvelle majorité, emmenée par le Parti démocratique unifié (UDP) qui fut la principale formation de l’opposition à Yahya Jammeh, l’heure semblait au divorce, selon des sources internes ayant requis l’anonymat.

« Nous n’avons pas pu trouver un accord » sur les listes de candidatures, a affirmé à l’AFP un responsable de la coalition jeudi soir.

« Un des partis veut que 36 des 53 circonscriptions électorales lui soient réservées. Nous allons nous séparer », a-t-il dit, refusant de donner d’autres précisions.

Le ministre de l’Intérieur Mai Fatty a par ailleurs présenté vendredi ses excuses au journaliste Kebba Jeffang, du journal privé Foroyaa, pris à partie la semaine dernière lors d’une conférence de presse, a constaté un correspondant de l’AFP.

Kebba Jeffang avait suscité l’ire de militants de plusieurs partis présents à cette conférence de presse, à laquelle participait M. Fatty avec ses collègues des Affaires étrangères, Ousainou Darboe, et du Tourisme, Hamat Bah, sur le risque d’éclatement de la coalition à l’approche des élections.

Dans une lettre ouverte publiée jeudi, Reporters sans frontières (RSF) a demandé au nouveau président gambien de « s’engager fortement pour la liberté de la presse, en dénonçant les intimidations contre les journalistes », en particulier l’agression de Kebba Jeffang.

L’organisation a exhorté M. Barrow à abolir les lois réprimant la liberté d’expression et salué sa volonté déclarée d’enquêter sur les disparations ou meurtre de journalistes sous Yahya Jammeh, espérant que « ces efforts portent des fruits tangibles et ne restent pas des gestes de bonne volonté ».

La campagne présidentielle d’Adama Barrow a été soutenue par sept partis de l’ancienne opposition, dont l’UDP, et une personnalité indépendante.

Tous sont représentés dans le gouvernement comprenant 17 ministres, dont les six derniers ont prêté serment jeudi.

Romandie.com avec(©AFP / 10 mars 2017 21h40)             

Gambie : Adama Barrow autorise la réintégration de militaires putschistes anti-Jammeh

mars 4, 2017

Un soldat gambien dans les rues de Serrekunda, en janvier 2017 © Jerome Delay/AP/SIPA

Le président gambien Adama Barrow a autorisé la réintégration au sein de l’armée de six militaires condamnés pour préparation de coup d’État contre son prédécesseur Yahya Jammeh, a-t-on appris samedi de source militaire.

« Le haut commandement militaire a, en consultation avec le président Adama Barrow, réintégré le lieutenant Buba Sanneh, le soldat Modou Njie, le lieutenant Sarjo Jarju, le capitaine Abdoulie Jobe, le lieutenant Amadou Sowe et Buba Bojang au sein de l’armée », a précisé cette source à l’AFP.

L’ex-président Jammeh avait surmonté plusieurs tentatives de coup d’État durant ses 22 ans de règne, la plus grave étant celle de 2014 : des soldats avaient tenté de prendre le contrôle du palais présidentiel pendant qu’il était à l’étranger.

Trois condamnés à la peine de mort

Les six hommes avaient été condamnés par un tribunal militaire en avril 2015, dont trois à des peines de mort, qui auraient dû être examinées en appel par la Cour suprême, mais les condamnés avaient bénéficié de l’amnistie promulguée par Barrow le mois dernier. Les six militaires ont déjà repris leurs activités au sein de l’armée.

Le 30 décembre 2014, un groupe d’hommes lourdement armés avait attaqué le palais présidentiel de Banjul mais avait été repoussé par des forces loyalistes.

Une semaine après avoir reconnu les résultats de la présidentielle de décembre dernier, Yahya Jammeh avait refusé de céder le pouvoir à Adama Barrow. Il avait quitté la Gambie le 21 janvier pour un exil en Guinée équatoriale après d’intenses pressions diplomatiques et militaires.

Jeuneafrique.com AFP

Gambie: le chef de l’armée Ousman Badjie limogé (source militaire à l’AFP)

février 27, 2017

Banjul (Gambie) – Le chef d’état-major des armées de Gambie, le général Ousman Badjie, considéré comme un pilier du régime de Yahya Jammeh, a été limogé par le nouveau président Adama Barrow, a annoncé lundi une source militaire à l’AFP à Banjul.

« Le général Massaneh Kinteh est maintenant le nouveau chef des armées de Gambie. Il a remplacé le général Ousman Badjie » qui occupait ce poste depuis 2012, a ajouté cette source militaire sous couvert de l’anonymat.

Le général Badjie sera muté dans une des représentations gambiennes à l’étranger, l’officier supérieur « attend encore de savoir où il sera affecté », selon la même source.

Aucun commentaire n’a pu être obtenu de source officielle sur cette mesure.

Avant sa nomination, le général Kinteh était un conseiller militaire spécial du président Barrow, fonction qui lui avait été confiée en janvier.

Le nouveau chef des armées de Gambie retrouve un poste qu’il a déjà occupé de 2009 à 2012. Il avait été remplacé à la tête de l’armée par le général Ousman Badjie, puis nommé ambassadeur à Cuba.

Le 20 janvier, le général Badjie avait prêté allégeance au président Adama Barrow, après avoir réitéré publiquement plus d’une fois sa loyauté à Yahya Jammeh, qui a dirigé pendant 22 ans la Gambie d’une main de fer.

Ousman Badjie était considéré comme un pilier de son régime, qui a régulièrement été accusé par des ONG et diplomates de violations systématiques des droits de l’Homme, accusations que M. Jammeh a toujours rejetées.

Reconnaissable notamment par ses talismans au cou et aux poignets, cet officier supérieur avait été vu à Banjul dansant en public, au milieu d’une foule de supporters de M. Barrow célébrant leur victoire à la présidentielle du 1er décembre 2016 perdue par Yahya Jammeh.

Romandie.com avec(©AFP / 27 février 2017 17h54)             

En Gambie, le changement de cap se confirme

février 22, 2017

Arrestation de cadres de l’ancien régime, libération de prisonniers, réforme de la Constitution, enquêtes sur les disparitions forcées : les marqueurs du retour à démocratie se multiplient.

A Banjul, le nouveau président gambien Adama Barrow, élu le 1er décembre 2016, après sa prestation de serment le 18 février 2017,  jour de la fête de l’indépendance de la Gambie. Crédits : SEYLLOU/AFP
Un vent nouveau souffle bel et bien sur la Gambie. Les portes des prisons s’ouvrent pour les détenus de l’ancien régime et se referment sur ceux qui incarnaient la répression sous Yahya Jammeh.

Yankuba Badjie, celui qui dirigeait la National Intelligence Agency (NIA), les services de renseignement intérieurs, dont le nom il y a encore quelques semaines faisait frémir nombre de Gambiens, a été arrêté dans la soirée du lundi 20 février et placé en détention provisoire par la police gambienne. Cheikh Omar Jeng, l’ancien chargé des opérations de la police politique de Yahya Jammeh, depuis rebaptisée Service de renseignement d’Etat, a également été arrêté. Les charges qui pèsent sur ces deux figures de la répression du régime déchu ne sont pas encore connues, mais de très lourds soupçons pèsent sur elles. Tortures et exécutions d’opposants, de journalistes ou de toute personne jugée « suspecte » par un pouvoir paranoïaque étaient la règle avant que Yahya Jammeh soit contraint à quitter le pouvoir et s’exile en Guinée équatoriale le 21 janvier. Parmi les crimes qui pourraient leur être reprochés figure notamment la disparition, en avril 2016, de l’opposant Solo Sandeng.

Comme un symbole du retournement de l’Histoire, les anciens patrons de la NIA se retrouvent derrière les barreaux au moment même où de nombreux détenus retrouvent la liberté. Le nouveau président gambien Adama Barrow a accordé une grâce à 174 détenus de droit commun. « Toutes les personnes graciées ont été libérées et ont rejoint leurs familles », a indiqué une source pénitentiaire à l’AFP.

Retour dans le concert des nations

Le vainqueur surprise de la présidentielle du 1er décembre 2016, revenu d’exil le 26 janvier, avait annoncé, samedi, lors d’une cérémonie censée marquer solennellement son investiture, que « des instructions ont déjà été données pour que tous ceux qui sont détenus sans jugement soient libérés ». Le nouvel élu avait également promis lors de cette célébration, organisée le jour de la fête de l’indépendance le 18 février, la création prochaine d’une « commission d’enquête sur la disparition de tous ceux qui ont été arrêtés sans laisser de traces » pendant les vingt-deux ans du pouvoir de Yahya Jammeh.

Quelques jours plus tôt, le 7 février, Aboubacar Tambadou, le ministre de la justice fraîchement nommé, ancien procureur adjoint au Tribunal pénal international pour le Rwanda, avait annoncé, lors de sa prestation de serment, « un processus d’examen de la Constitution ». Celui-ci devrait notamment aboutir à des réformes, « particulièrement dans le secteur de la justice criminelle et des lois sur les médias », jusque-là particulièrement restrictives.

Soucieux de ramener son pays dans le concert des nations après deux décennies d’un régime despotique et ubuesque, Adama Barrow, dont le pouvoir est encore fragile et qui hérite d’une économie sinistrée, avait annoncé la semaine suivante l’annulation de la décision de son prédécesseur de retirer la Gambie de la Cour pénale internationale ainsi que son intention de réintégrer le Commonwealth.