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Présidentielle en Gambie : six candidatures validées

novembre 7, 2021
Adama Barrow lors du forum économique Russie-Afrique, à Sotchi, en octobre 2019 © Valery Sharifulin/TASS/Sipa USA/SIPA

Quinze dossiers de candidature à l’élection présidentielle prévue le 4 décembre ont été rejetés et six autres validés, dont celui du président sortant, Adama Barrow.

« La plupart des dossiers (rejetés) ne remplissent pas les exigences constitutionnelles », a déclaré Makan Khan, porte-parole de la Commission électorale indépendante (CEI), interrogé par l’AFP. Il a cité parmi les manquements le non-respect du parrainage par des électeurs.

L’article 47 du code électoral stipule que chaque candidat doit soumettre une liste de parrainage d’au moins 200 électeurs inscrits dans chaque circonscription. Parmi les dossiers qui n’ont pas été acceptés, huit ont été présentés par des candidats indépendants, selon le porte-parole de la CEI.

L’ombre de Yahya Jammeh

Six dossiers ont été validés, dont ceux du président sortant Adama Barrow du National People’s Party (NPP) et d’Ousainou Darboe du Parti démocratique unifié (UDP). Les autres sont Mama Kandeh du Congrès démocratique de la Gambie, Halifa Sallah de l’Organisation démocratique du peuple pour l’indépendance et le socialisme (PDOIS), ainsi que les indépendants Essa Mbaye Faal et Abdoulie Ebrima Jammeh.

Le président Barrow, 56 ans, a déclaré officiellement sa candidature à sa propre succession jeudi, à quelques jours du démarrage officiel de la campagne électorale, le 9 novembre. L’élection du 4 décembre, la première depuis le départ de Yahya Jammeh, est considérée comme un test de la transition démocratique du pays.

Yahya Jammeh, défait en décembre 2016 par Adama Barrow, a conservé un soutien considérable qui pose la question du maintien de son influence. Le NPP de Barrow a ainsi formé une alliance électorale avec l’APRC de Jammeh en septembre, une décision considérée comme un stratagème électoral par certains et dénoncée par les militants des droits humains. Jammeh a par la suite rejeté cette décision – qui, selon lui, avait été prise à son insu – et ses partisans ont créé un parti rival.

Par Jeune Afrique avec AFP

Gambie : Yahya Jammeh n’a pas dit son dernier mot

octobre 20, 2021
Yahya Jammeh lors de l’élection présidentielle de décembre 2016, à Banjul © Jerome Delay/AP/SIPA

À moins de deux mois de la présidentielle, l’ancien chef de l’État n’a pas renoncé à peser sur la scène politique gambienne. Depuis Malabo, il rejette l’alliance conclue entre son parti et celui d’Adama Barrow, candidat à un nouveau mandat.

À plusieurs milliers de kilomètres de Banjul et après plusieurs années d’absence, Yahya Jammeh n’a rien perdu de sa capacité à faire parler de lui. Il aura suffit d’un coup de fil, relayé à ses partisans réunis dans son village de Kanilai, le 16 octobre, pour que l’ancien président gambien revienne au centre du jeu. Depuis Malabo, où il réside depuis sa défaite à l’élection présidentielle de décembre 2016, Yahya Jammeh a convoqué une réunion « d’urgence » pour parler de l’accord scellé début septembre entre son parti, l’Alliance patriotique pour la réorientation et la construction (APRC), et le Parti national du peuple (NPP) du président Adama Barrow.

Selon des propos rapportés par des médias locaux, Yahya Jammeh s’est opposé à cet étrange attelage et a ordonné le limogeage des responsables de son parti. Le numéro un, Fabakary Tombong Jatta, a aussitôt été démis de ses fonctions.

Alliance contre-nature

Cela ne suffira pas à remettre en cause l’accord du mois de septembre, assure-t-on pourtant dans l’entourage d’Adama Barrow. « Ce qu’a dit Jammeh ne change absolument rien. Fabakary Tombong Jatta est le chef légalement reconnu de l’APRC et ses décisions engagent le parti », assure Mambanyick Njie. Le secrétaire administratif du NPP précise par ailleurs que la majorité n’a pas signé avec Yahya Jammeh mais avec l’APRC. « Ses déclarations ne représentent rien de plus qu’une opinion individuelle. La position  de “guide suprême” qu’il occupe est simplement un titre honorifique, insiste-t-il. S’il ne veut pas faire partie de notre coalition, il n’a qu’a créer un nouveau parti. »

ON SENT BARROW DE PLUS EN PLUS ENTOURÉ PAR LES PROCHES DE JAMMEH, QUASI-PHAGOCYTÉ

Adama Barrow sous-estime-t-il l’influence de celui qui dirigea pendant plus de vingt ans la Gambie d’une main de fer et qu’il battit à la surprise générale, le 1er décembre 2016 ? « Barrow est assez sûr de lui et s’imagine qu’il peut utiliser le camp de son prédécesseur, observe un observateur à Banjul. En vérité, chacun des deux bords a l’impression d’utiliser l’autre. »

Avant même de conclure une alliance contre-nature avec l’APRC, Adama Barrow avait déjà accepté de s’entendre avec des dignitaires de l’ancien régime. « Cela a débuté avec des technocrates, pas forcément impliqués dans les exactions. Puis il a négocié avec des responsables encore plus liés à Yahya Jammeh, décrit notre interlocuteur. On le sent de plus en plus entouré par ces proches, quasi-phagocyté. »

Retour en arrière ?

Quasi-inconnu lorsqu’il remporte la présidentielle en 2016 grâce à l’appui d’une vaste coalition de l’opposition, Adama Barrow ne pourra pas être réélu sans appui, et il le sait. Son tout jeune parti, officiellement lancé en début d’année, n’est pas assez puissant pour le maintenir seul à la tête de l’État. Il a donc tout intérêt à se rapprocher de l’APRC et de son vivier de voix, majoritairement diolas (l’ethnie de Yahya Jammeh), qui peut faire basculer la balance en sa faveur lors du scrutin à un tour prévu le 4 décembre prochain.

Mais ce faisant, le président gambien joue un jeu dangereux. L’accord noué avec l’APRC a choqué l’opinion gambienne, peu convaincue par l’argument du NPP selon lequel l’APRC n’a commis aucun crime « en tant que parti ». En particulier les nombreuses victimes du régime Jammeh, qui attendent fébrilement le rapport de la Commission vérité, réconciliation et réparations (TRRC), mandatée par Barrow lui-même pour faire la lumière sur les crimes commis par son prédécesseur et ses proches. La remise des conclusions de la TRRC au chef de l’État, initialement prévue le 30 juillet dernier, a été reporté sine die et n’aura vraisemblablement pas lieu avant l’élection.

ADAMA BARROW VIENT EN QUELQUE SORTE RENDRE À YAHYA JAMMEH UNE SORTE DE LÉGITIMITÉ

« En se rapprochant de l’APRC, Adama Barrow vient en quelque sorte rendre à Yahya Jammeh une sorte de légitimité », tacle Almami Fanding Taal, un cadre du Parti démocratique unifié (UDP) autrefois allié au président sortant.

L’accord APRC-NPP va-t-il ouvrir un boulevard pour l’emblématique Ousainou Darboe, éphémère vice-président de Barrow, qui est aujourd’hui son plus sérieux challenger ? L’opposant ne manque pas une occasion de réaffirmer son engagement à poursuivre Jammeh pour ses crimes. « Organiser les audiences [de la TRRC] était facile, mais la remise du rapport est une autre paire de manches. La façon dont le travail de la Commission a pris du retard est très décevante », remarque Almami Fanding Taal.

Si les victimes et les militants des droits humains attendent ce rapport avec impatience, c’est parce qu’il devrait servir de base à des poursuites contre Yahya Jammeh et ses alliés. Faut-il craindre qu’Adama Barrow soit tenté de mettre sa promesse de justice sous le tapis ? Les dignitaires du NPP ne se sont pas privés de dire publiquement que l’ancien président pouvait avoir tout à gagner dans cette alliance entre les deux partis. Ils ne font pas non plus mystère de leur volonté de voir ses biens lui être restitués. Les adversaires politiques de Barrow l’accusent, quant à eux, d’avoir profité de son séjour en Guinée, en août dernier, pour négocier avec Jammeh via certains de ses proches qui se trouvaient à Conakry.

« Barrow montre enfin son vrai visage »

« Cet accord ne favorise pas le droit à la vérité, mais il est illusoire de penser que Jammeh pourrait revenir l’année prochaine en Gambie avec une promesse d’impunité. Ce serait poser les bases d’une grave instabilité pour le pays », estime l’avocate des droits humains Fatou Jagne Senghore. Elle évoque néanmoins une « alliance de tous les dangers ».

Les récents propos de Yahya Jammeh à ce sujet pourraient être un moyen de mettre la pression sur son successeur. « En fin politique, il a compris que cette alliance ne garantissait pas son retour et qu’une transhumance de l’APRC vers le NPP pouvait représenter un danger pour lui », analyse l’avocate. Elle a surtout jeté le discrédit sur Adama Barrow, déjà vivement critiqué pour avoir failli à sa promesse de ne rester à la tête de l’État que trois ans. Ce 16 octobre, la société civile organisait une marche intitulée Never again (« Plus jamais ça ») dans les rues de la capitale pour réaffirmer sa volonté de voir les recommandations de la TRRC respectées. Un message directement envoyé au gouvernement gambien.

« Barrow montre enfin son vrai visage, conclut Fatou Jagne Senghore. Il a remporté l’élection de manière démocratique, mais il est parvenu au pouvoir car le pays voulait tourner la page de ces années de dictature. Cela choque les Gambiens de voir qu’il utilise ces mêmes leviers démocratiques pour valider une alliance contre-nature, qui vient remettre en cause tous nos acquis depuis le départ de Yahya Jammeh. »

Avec Jeune Afrique par Marième Soumaré

Gambie: Jammeh offrira-t-il un second mandat à Adama Barrow ?

septembre 14, 2021
Adama Barrow est au pouvoir depuis janvier 2017.

Trois mois avant la prochaine présidentielle, le parti du chef de l’État et celui de son prédécesseur ont annoncé qu’ils allaient s’allier.

La politique réserve souvent bien des surprises et, en ce début du mois de septembre, l’inattendu s’est produit à Banjul. Le 5, Fabakary Tombong Jatta, le secrétaire général de l’Alliance patriotique pour la réorientation et la construction (APRC), a annoncé qu’un accord venait d’être trouvé avec le Parti national du peuple (NPP, au pouvoir).

À trois mois de la prochaine élection présidentielle, dont la date a été fixée au 5 décembre, les formations du président Adama Barrow et de son prédécesseur, Yahya Jammeh, ont donc décidé de s’allier, et l’époque où le second contestait la victoire du premier avant d’être contraint par les troupes de la Cedeao à embarquer dans un avion à destination de Malabo paraît n’être plus qu’un lointain souvenir.

Rester au pouvoir

Faut-il pour autant s’en étonner ? Avant le scrutin de décembre 2016, Barrow avait reçu le soutien de la Coalition 2016, un bloc de huit partis menés par le Parti démocratique unifié (UDP), auquel appartenait Barrow à l’époque. Mais l’UDP lui a retiré son appui en septembre 2019. En cause : les querelles internes qui ont rapidement opposé Barrow à Ousseinou Darboe, opposant historique à Jammeh et figure emblématique du parti, mais aussi la volonté assumée du chef de l’État de se maintenir au pouvoir au-delà des trois années qu’il s’était engagé à effectuer. C’est dans ce contexte que le NPP a vu le jour, en décembre 2019.

IL EST DANS L’INTÉRÊT DE BARROW DE S’ENTENDRE AVEC LE PARTI DE JAMMEH POUR ÉVITER LA DÉBÂCLE

Mais Adama Barrow a besoin de renforcer son assise électorale avant la présidentielle et les législatives, qui auront lieu en avril 2022. « Le président et le NPP ont pressenti la défaite et pensent que le salut pourrait venir d’un accord avec l’APRC, tacle Amadou Scattred Janneh, membre du bureau exécutif de l’UDP. Cette alliance est purement opportuniste. » « Il est dans l’intérêt de Barrow de s’entendre avec le parti de Jammeh pour éviter la débâcle », confirme un bon connaisseur de la politique gambienne, en rappelant que depuis les législatives de 2016, c’est l’UDP qui est majoritaire à l’Assemblée.

Poursuivre Jammeh – ou pas

Cette alliance soulève par ailleurs d’autres questions. Fabakary Tombong Jatta, le porte-parole de l’APRC, a en effet indiqué que le retour de Jammeh à Banjul, « de manière pacifique et dans la dignité », était l’un des points du protocole d’accord. Et que vont devenir les travaux de la Commission vérité, réconciliation et réparations (TRRC) ?

Celle-ci a été créée en 2019 pour faire la lumière sur les crimes commis sous la présidence de Jammeh, de juillet 1994 à janvier 2017. À son arrivée au pouvoir, Adama Barrow s’était engagé à lutter contre l’impunité. La TRRC doit lui présenter ses recommandations le 30 septembre prochain, et le chef de l’État aura la responsabilité de décider si Jammeh doit être poursuivi ou non. Prendra-t-il le risque de s’aliéner son allié ? C’est peu probable, répondent les organisations des droits humains, qui rappellent qu’en juillet, Fabakary Tombong Jatta avait dit souhaiter que « le rapport final de la TRRC soit mis à la corbeille ».

CES CRIMES NE PEUVENT PAS ÊTRE AMNISTIÉS

Pourtant, selon un sondage Afrobarometer rendu public au lendemain de l’annonce de l’union APRC-NPP, 73 % des Gambiens interrogés estiment que « les auteurs de crimes et de violations des droits humains pendant le régime de Jammeh devraient être jugés par un tribunal ». « Je peux comprendre le désarroi des Gambiens qui ont été torturés, violés ou qui ont perdu des êtres chers et qui se demandent maintenant si justice sera jamais rendue », réagit Reed Brody, membre de la Commission internationale de juristes. Lui-même insiste sur le fait que « les gouvernements ont l’obligation légale d’enquêter et de poursuivre les actes de torture et les crimes contre l’humanité, et [que] ces crimes ne peuvent pas être amnistiés ».

En mai dernier, Karim Khan avait affirmé sur Twitter, alors qu’il s’apprêtait à devenir le nouveau procureur de la Cour pénale internationale (CPI), que justice devait être faite en Gambie. Le pays est en effet État-parti du statut de Rome. Et ce notamment grâce aux efforts d’Adama Barrow qui est revenu, en février 2017, sur la décision de Jammeh de quitter la CPI. À cette époque, il mettait un point d’honneur à veiller à ce que les “crimes” de son prédécesseur soient punis. Pas sûr que ce soit toujours le cas.

Par Jeune Afrique avec Achraf Tijani

Gambie : Adama Barrow en route vers un second mandat

février 2, 2021
Adama Barrow lors du forum économique Russie-Afrique, à Sotchi, en octobre 2019

Alors qu’il vient de lancer officiellement son Parti national du peuple (NPP), le président semble avoir oublié sa promesse de n’effectuer qu’un mandat de transition et se diriger vers une candidature à la présidentielle du 4 décembre.

Le Parti national du peuple (NPP) existe depuis plus d’un an déjà, mais c’est dans la soirée du 30 janvier dernier que la formation du président gambien a été officiellement lancée. Et si Adama Barrow n’a pas formellement annoncé sa candidature à l’élection présidentielle du 4 décembre prochain, nul doute que le chef de l’État sortant a l’intention de briguer un second mandat et de porter les couleurs de ce parti.

La présentation du NPP au stade de l’Indépendance de Bakau, à une dizaine de kilomètres de Banjul, en présence de ses délégués et sympathisants, est ce jour-là assortie d’un discours qui ressemble fort à celui d’un début de campagne. « Le NPP représente le présent et le futur, et c’est le parti de toutes les catégories sociales, fondé sur la notion de véritable citoyenneté démocratique et patriotique », déclare le président.

« Je suis convaincu qu’en me pressant à former un parti politique pour participer à l’élection présidentielle de 2021, le peuple gambien a fait le bilan de ma performance et m’a appelé pour conduire ce voyage historique, affirme-t-il. C’est ce qui a conduit à la naissance du NPP, que nous sommes ici pour lancer officiellement aujourd’hui. »

Promesse oubliée

Adama Barrow paraît désormais déterminé à devenir plus qu’un président de transition. Il semble avoir totalement oublié sa promesse de quitter le pouvoir au bout de trois ans, le temps d’organiser une élection à laquelle il ne se serait pas présenté. C’est pourtant cet engagement qui convainc les Gambiens de l’élire en 2016, afin de tourner la page des décennies de dictature brutale de son prédécesseur, Yayah Jammeh. Porté par le soutien d’une coalition de l’opposition, il promet de ne pas aller au bout des cinq ans prévus par la Constitution.

C’est ce qui permet alors à ce quasi-inconnu de déjouer tous les pronostics et de l’emporter, le 2 décembre 2016, face à Jammeh, avec 43,29 % des voix contre 39,64 % pour son adversaire. Le 19 janvier 2017, il prête serment depuis l’ambassade de Gambie à Dakar, tandis que Yahya Jammeh, poussé hors du pays par une intervention politico-militaire régionale, s’apprête à partir en exil.

« Three years, Jotna » (« Trois ans, ça suffit ») scandent déjà les Gambiens dans les rues de Banjul, en décembre 2019, lui rappelant – en vain – sa promesse. Mais les manifestations sont sévèrement réprimées, le gouvernement qualifie de « subversif, violent et illégal » le collectif qui les a organisées et prend la décision de fermer deux radios nationales.

« Aucun accomplissement »

« C’est très décevant de voir une telle équipe aux manettes du pays », déplore aujourd’hui Almamy Fanding Taal, le porte-parole du Parti démocratique unifié (UDP), l’ancienne formation d’Adama Barrow. Le président a acté la rupture avec son ancien parti quelques mois seulement après son élection, en remerciant le vice-président Ousseinou Darboe, opposant historique à Yahya Jammeh et secrétaire général de la formation. Ce dernier sera, sauf grande surprise, le candidat de l’UDP au scrutin de décembre.

« La coalition de 2016 n’était pas partie pour durer, d’abord parce que l’opposition ne croyait pas en sa victoire. Adama Barrow a été choisi comme candidat parce que tous les cadres du parti [dont Ousseinou Darboe] étaient en prison au moment du scrutin », rappelle Almamy Fanding Taal. Aujourd’hui, l’UDP affirme que le chef de l’État n’a « rien accompli pour la Gambie » et se dit destiné à l’emporter lors du scrutin de décembre. Cette fois, le parti présentera son propre candidat, sans coalition.

Avec Jeune Afrique par Marième Soumaré

En Gambie, la reconquête du « droit à la dépigmentation » ?

juillet 20, 2020

 Damien Glez

© Damien Glez

 

La dépigmentation est-elle un droit de l’homme ? En Gambie, son interdiction pourrait cacher d’autres maltraitances faites aux femmes. Les députés en débattent…

Faut-il vraiment souffrir pour être beau ? Mais qu’est-ce qu’être « beau » ? La femme, en particulier, doit-elle disposer de son corps, y compris lorsqu’il s’agit de mutiler celui-ci ? Les autorités médicales n’ont de cesse d’alerter sur les risques de la dépigmentation volontaire qui fait toujours fureur dans des pays comme le Togo, le Sénégal ou le Mali.

En fonction des produits employés – qui vont de la cortisone à l’eau de javel –, le « khessal » ou le « tchatcho » peuvent conduire à des dermatophytes, de la gale, des folliculites, des vergetures, de l’acné, voire à un cancer de la peau.

C’est cet état de fait qui avait conduit un gouvernement de Yahya Jammeh à réprimer la décoloration artificielle de la peau. En 1996, une loi introduisait dans la législation gambienne une interdiction d’importation et d’usage de produits éclaircissants. Depuis lors, des amendes de 400 et 100 dollars frappent respectivement les importateurs et les usagers.

Le drapeau du féminisme

Presque un quart de siècle plus tard, pourquoi les députés gambiens ont-ils ouvert un débat, le 16 juillet dernier, sur un texte visant à abroger la loi de 1996 ? Avant tout argument, certaines femmes, comme la députée Sainey Touray, refusent de « soutenir quelque chose qui est néfaste à la santé ». Elles dégainent des arguments sanitaires de bon aloi, mais aussi le discours sur le néfaste complexe de jeunes filles mues par le fantasme de peaux en apparence métissées. La quête de la peau diaphane confinerait, sur le plan moral, à un reniement identitaire lui-même résidu d’un traumatisme postcolonial et du phénomène de colorisme.

Pour éteindre des accusations de conflits d’intérêt présumé ou de libéralisme aveugle, les tenants de la modification de la loi gambienne brandissent, eux aussi, le drapeau du féminisme. Tout autant qu’elle va dans le sens d’une certaine sécurité de la femme, l’interdiction du blanchiment de la peau ferait courir des risques à celle-ci. Comme l’argumente le député Halifa Sallah, des hommes abuseraient de certaines demoiselles, après avoir menacé de les dénoncer parce qu’elles se seraient éclairci la peau.

Double peine ou triple peine ? Déjà physiquement meurtries par les produits de dépigmentation, des femmes se retrouvent entre le marteau du chantage à la délation et l’enclume d’interpellations elles-mêmes sources de corruption sexuelle. La dépigmentée présumée n’échapperait à la pression de l’un que pour tomber dans la gueule d’un prédateur…

Quel que soit l’avenir des législations africaines réglementant la vente de produits de dépigmentation, le commerce de la peau « blanche » pourra continuer au… noir, des prétextes pathologiques divers pouvant être opposés au flagrant délit d’acné ou de vergeture. Seule l’éducation pourra durablement résoudre la source du phénomène : les canons de beauté pervertis.

Avec Jeune Afrique par  Damien Glez

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

Gambie : des victimes du régime de Yahya Jammeh réclament justice dans les rues de Banjul

janvier 26, 2020

Le dernier meeting du président Yahya Jammeh, en novembre 2016 à Banjul (Gambie).

Le dernier meeting du président Yahya Jammeh, en novembre 2016 à Banjul (Gambie). © Jerome Delay / AP / SIPA

 

Des centaines de Gambiens victimes du régime de l’ex-président Yahya Jammeh ont marché samedi dans les rues de Banjul pour « réclamer justice », alors que se multiplient les manifestations des opposants et des partisans de l’ancien homme fort du pays.

Vêtus de t-shirts blancs frappés du slogan #justicemustprevail (la justice doit prévaloir), les manifestants arboraient de grandes photos de victimes assassinées ou portées disparues, dont celle du correspondant de l’AFP Deyda Hydara, tué par balle le 16 décembre 2004 par des séides de l’ex-dirigeant.

Ils ont marché dans la banlieue de Banjul, scandant des slogans tels que « Nous voulons la justice et nous la voulons maintenant ».

Tortures, viols, exécutions extra-judiciaires

Officier arrivé à la tête de la Gambie par un coup d’État en 1994, Yahya Jammeh a dirigé pendant 22 ans un régime de féroce répression, marqué par des cas de tortures, de viols et d’exécutions extra-judiciaires. Il a été poussé à s’exiler en Guinée-Equatoriale en janvier 2017, cédant à une intervention militaire africaine après avoir rejeté sa défaite à la présidentielle face à l’opposant Adama Barrow.

Des milliers de ses partisans ont manifesté à Banjul à la mi-janvier pour réclamer son retour d’exil, estimant que la situation n’avait fait qu’empirer depuis l’arrivée au pouvoir d’Adama Barrow. Le nouveau président est lui-même contesté par une partie de l’opinion, qui réclame son départ, tandis que ses supporters manifestent pour qu’il aille au bout de son mandat de cinq ans.

« Crimes contre l’humanité »

Le ministre de la Justice, Abubacarr Tambadou, a assuré la semaine dernière que l’ex-président Jammeh serait « immédiatement arrêté » s’il revenait au pays et « poursuivi pour les plus graves affaires », dont des « crimes contre l’humanité » mis en lumière par les auditions de victimes et d’ex-tortionnaires devant une Commission Vérité et Réconciliation mise en place depuis un an.

Les victimes craignent toutefois que justice ne leur soit jamais rendue, malgré les appels pressants d’ONG internationales. « Nous demandons au gouvernement d’agir rapidement, parce qu’une justice tardive n’est pas une justice. Yahya Jammeh doit être arrêté et jugé », a expliqué lors de la manifestation Maron Baldeh, veuve du lieutenant Basiru Barrow, assassiné par la junte en 1994.

Je n’ai pas dormi cette nuit-là

Les association de victimes entendaient également protester contre l’autorisation de manifester accordée au parti de l’ancien président, l’Alliance patriotique pour la réorientation et la construction (APRC). Elles ont remis au gouvernement une pétition réclamant que ce parti soit « suspendu » jusqu’à la fin des travaux de la Commission Vérité, prévue dans un an.

« J’ai été choquée en voyant à la télévision les images de l’APRC réclamant que Jammeh puisse rentrer. Je n’ai pas dormi cette nuit-là », a expliqué Nyima Sonko, veuve du leader de l’opposition Solo Sandeng, arrêté en avril 2016 lors d’un rassemblement pour réclamer des réformes politiques et dont la mort en détention avait galvanisé les opposants, qui s’étaient unis autour de la candidature d’Adama Barrow.

 Par Jeune Afrique avec AFP

Gambie : l’ex-numéro 2 de Yahya Jammeh admet des « responsabilités » dans les exactions commises par l’ancien régime

octobre 24, 2019

 

Le dernier meeting du président Yahya Jammeh, en novembre 2016 à Banjul (Gambie). © Jerome Delay / AP / SIPA

 

Un ancien militaire ayant joué un rôle clé dans le coup d’État qui a porté Yahya Jammeh au pouvoir en Gambie en 1994, et qui l’a fidèlement servi pendant 13 ans, a reconnu lundi 21 octobre des « responsabilités » pour l’arrestation, la torture et l’exécution d’opposants supposés.

Pour la troisième fois en une semaine, Edward Singhateh était entendu par la Commission vérité et réconciliation (TRRC) chargée d’enquêter sur les crimes commis pendant les 22 ans du régime de Yahya Jammeh. Ce dernier, en exil en Guinée équatoriale depuis janvier 2017, échappe pour le moment à la justice de son pays.

Edward Singhateh, né au Royaume-Uni, est l’un des instigateurs du renversement par un groupe de jeunes officiers du régime de Dawda Jawara, en juillet 1994. Ces officiers ont placé Yahya Jammeh à la tête d’un Conseil provisoire des forces armées, avant qu’il devienne chef de l’État et soit élu et réélu jusqu’à sa défaite en décembre 2016 face à l’opposant Adama Barrow.

« Je me sens partiellement responsable »

À l’origine du projet de coup d’État, Edward Singhateha a occupé la fonction de ministre de la Défense, puis de numéro 2 de la junte, avant d’être nommé à plusieurs postes ministériels, servant jusqu’à 2007 sous les ordres de Jammeh.

« Je suis peut-être responsable dès le départ d’avoir placé (Yahya) Jammeh (dans cette position). Donc je me sens partiellement responsable pour tout ce qui s’est passé et j’en éprouve un profond remord », a-t-il déclaré devant la TRRC, face à laquelle il a souligné se présenter « volontairement ».

Tissu de mensonges

Il a reconnu avoir personnellement arrêté en novembre 1994 dans le palais présidentiel deux des leaders de la junte, le vice-président, Sana Sabally, et le ministre de l’Intérieur, Sadibou Heydara, convoqué par Yahya Jammeh qui les soupçonnait de vouloir le renverser. Le premier a été torturé et fait neuf ans de prison. Le second est mort en détention.

Edward Singhateh a affirmé qu’il n’avait pas imaginé que Sana Sabally, dont il allait prendre la place comme numéro 2 du régime après son arrestation, subirait de telles tortures. Mais il a reconnu que l’enquête ayant conduit à sa condamnation était un tissu de mensonges. « Et vous n’avez rien fait ? Vous auriez pu démissionner, partir en exil, comme beaucoup de gens en Gambie », lui a lancé l’un des membres de la commission, Essa Faal. « C’est plus facile à dire qu’à faire », a répondu l’ancien militaire, en concédant que son ex-collègue avait subi une « terrible injustice ».

Par Jeune Afrique avec AFP

Gambie: le président nomme deux ministres de l’ère Yahya Jammeh

juin 30, 2018

 

Adama Barrow à Dakar le 21 janvier 2017. © AP/SIPA

 

Deux ministres qui avaient exercé sous le régime de l’ancien homme fort de Gambie Yahya Jammeh ont été nommés dans le cadre d’un remaniement ministériel par le président gambien Adama Barrow, a annoncé samedi la présidence.

Deux anciens ministres des Finances et des Affaires étrangères sous Jammeh, Mam Bury Njie et Momodou Tangara ont été respectivement nommés aux mêmes fonctions.

La présidence n’a fourni aucune explication, se contentant de préciser uniquement dans un tweet que celles-ci entraient « immédiatement en vigueur ».

En outre, la vice-présidente de la Gambie, petit pays d’Afrique de l’ouest, Fatoumata Jallow Tambajang, a été remplacée par l’ancien chef de la diplomatie, Ousainou Darboe, qui est également le dirigeant du Parti démocratique uni (UDP), la plus grande formation politique du pays.

Peu après son arrivée au pouvoir, le président Barrow avait essuyé des critiques après avoir nommé Mme Tambajang, 68 ans, au poste de vice-présidente.

La Constitution prévoit une limite d’âge fixée à 65 ans pour tout candidat à l’élection présidentielle et au poste de vice-président.

Huit ministres ont été remplacés dans ce premier remaniement ministériel d’importance depuis que le président Adama Barrow a pris ses fonctions en janvier 2017.

Ancien militaire, Yahya Jammeh est parvenu au pouvoir par un putsch sans effusion de sang en 1994 dans cette ex-colonie britannique enclavée dans le Sénégal, à l’exception d’une étroite façade côtière.

Il s’était ensuite fait largement élire et réélire sans interruption jusqu’à sa défaite en décembre 2016 face à Adama Barrow, candidat de l’opposition.

Après six semaines d’une crise à rebondissements provoquée par son refus de céder le pouvoir, il a finalement quitté le pays le 21 janvier 2017 à la suite d’une intervention militaire de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et d’une ultime médiation guinéo-mauritanienne.

Jeuneafrique.com avec AFP

Gambie: l’ex-président Yahya Jammeh mis en cause dans la disparition et le meurtre de 50 migrants

mai 17, 2018

 

Le président gambien Yahya Jammeh, le 30 juin 2011, devant le Centre de conférences de Sipopo à Malabo, en Guinée équatoriale, avant la session d’ouverture du 17ème Sommet de l’Union africaine. © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

D’après les résultats d’une enquête menée par les ONG Trial International et Human Rights Watch, publiés le 16 mai, l’ex-homme fort de Banjul serait responsable de l’exécution d’une cinquantaine de migrants échoués en Gambie en 2005. Un rapport d’enquête conjoint de la Cedeao et de l’ONU datant de 2008 avait pourtant innocenté le régime de Yahya Jammeh.

L’ex-président Yahya Jammeh sera-t-il traduit devant la justice ? Alors que la mobilisation s’organise pour que son cas suive la jurisprudence Habré, 50 nouveaux crimes lui sont imputés, selon des éléments d’enquête rendus publics ce mercredi 16 mai par les ONG Trial International et Human Rights Watch .

Selon ces deux organisations, le 22 juillet 2005, date anniversaire de la prise de pouvoir en Gambie de Yahya Jammeh, une cinquantaine de migrants en route vers l’Europe – dont une majorité de Ghanéens mais également des Nigérians, des Sénégalais, des Ivoiriens et des Togolais – échouent à Barra, en Gambie. Ils sont aussitôt arrêtés par la police. Les forces de sécurité gambiennes sont alors en état d’alerte, car elles ont reçu des informations selon lesquelles un coup d’État serait en préparation. Les corps de huit d’entre eux seront finalement retrouvés. La trace des autres se perd en Gambie.

Selon Trial International et Human Rights Watch, les migrants en perdition auraient été assassinés par les « Junglers », une unité paramilitaire issue de la garde présidentielle gambienne. Les témoignages de l’unique survivant du naufrage (un Ghanéen) et des anciens responsables de la sécurité gambienne ont permis aux ONG de pointer les responsabilités de la « brigade de tueurs de Jammeh », dont les chefs recevaient directement leurs instructions de l’ancien chef de l’État.

Des preuves compromettantes détruites ?

Ces accusations viennent directement contredire les conclusions d’un rapport d’enquête conjoint de la Cedeao et de l’ONU. Datant de 2008, celui-ci n’a jamais été rendu public. Les organisations régionale et internationale avaient estimé que le gouvernement gambien n’était pas « impliqué directement ou indirectement » dans les assassinats et les disparitions, qui étaient le fait d’« éléments incontrôlés » au sein des services de sécurité gambiens, « agissant pour leur propre compte ».

Les responsables de la sécurité gambiens auraient reçu des pressions en haut lieu afin de ne pas parler aux enquêteurs

Pour Bénédict de Moerloose, responsable du département « droit pénal et enquêtes » au sein de Trial International, l’enquête de l’époque n’avait pas pu se faire dans des conditions adéquates, les responsables de la sécurité gambiens ayant reçu des pressions en haut lieu afin de ne pas parler aux enquêteurs. Ils avaient de plus détruits des preuves compromettantes tels que les registres de police et des livres de bord des forces navales gambiennes.

Vers un extradition de Yahya Jammeh ?

Les regards se tournent désormais vers les autorités ghanéennes pour rouvrir l’enquête. Selon Bénédict de Moerloose, la Gambie n’est pas dans les conditions pour demander l’extradition de Yahya Jammeh, exilé en Guinée équatoriale après la chute de son régime. « C’est au Ghana d’agir. Il a désormais les bases juridiques pour le faire. Le pays est stable, c’est une démocratie durable et sa justice a les moyens de lancer ce genre d’enquête », affirme l’avocat.

La société civile ghanéenne soutient très fortement la demande d’extradition de l’ancien homme fort de Gambie. Les autorités du pays sont également mobilisées. Le chef de la police ghanéenne, qui s’exprimait ce mercredi lors d’une conférence de presse, l’a affirmé : « Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir afin que cette démarche aboutisse ».

Mais le président de la Guinée équatoriale représente un obstacle de poids. Teodoro Obiang Nguema s’est positionné en protecteur de l’ancien chef de l’État et a affirmé en janvier dernier qu’il n’accepterait aucune demande d’extradition. Les ONG comptent donc désormais sur un isolement du président Obiang sur la scène diplomatique. Elles espèrent notamment que les pays de la Cedeao dont les migrants sont ressortissants – le Ghana, le Nigeria, le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Togo – soutiennent l’initiative. « C’est désormais une question politique », estime Bénédict de Moerloose.

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La Gambie rejoint le Commonwealth après quatre ans d’absence

février 8, 2018

 

Le président gambian Adama Barrow après son arrivée à l’aéroport de Banjul en Gambie, jeudi 26 janvier 2017. © Jerome Delay/AP/SIPA

Après un peu plus de quatre ans d’absence, la Gambie se tourne de nouveau vers le Commonwealth. Une décision prise par le nouveau président Adama Barrow, qui marque une rupture avec la politique de son prédécesseur Yahya Jammeh.

Après avoir quitté le Commonwealth en 2013, la Gambie est de retour dans l’organisation internationale. La secrétaire générale Patricia Scotland accueillera le 53e membre de l’organisation ce jeudi 8 février à Londres, lors d’une cérémonie de levée de drapeaux aux côtés de l’ambassadeur gambien au Royaume-Uni, Francis Blain.

L’ancien dictateur gambien, Yahya Jammeh, avait annoncé en 2013 le départ immédiat du pays de l’association d’États, dont la plupart sont des anciennes colonies britanniques. « La Gambie ne fera jamais partie d’une institution néo-coloniale », avait-il alors expliqué dans un communiqué.

Le gouvernement gambien est ravi d’être de retour parmi cette famille qu’est le Commonwealth

Le nouveau gouvernement d’Adama Barrow, arrivé au pouvoir après les élections de décembre 2016, avait assuré sa détermination à sortir le pays de l’isolation sur le plan international, qui avait tâché le règne de son prédécesseur.

« Le gouvernement gambien est ravi d’être de retour parmi cette famille qu’est le Commonwealth et tient à remercier les 52 chefs d’État qui ont accepté notre adhésion », a expliqué à Jeune Afrique le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

« Nous étions impatients du retour de la Gambie »

La Gambie avait rejoint le Commonwealth en 1965 après avoir obtenu son indépendance du Royaume-Uni. Peu après son investiture début 2017, le président Barrow avait annoncé son intention de rejoindre le Commonwealth. Une décision confirmée quelques mois plus tard par un vote unanime à l’Assemblée.

« Nous étions impatients du retour de la Gambie et étions ravis quand, après sa victoire aux urnes l’année dernière, le président Barrow a annoncé son retour », a précisé Patricia Scotland, la secrétaire générale du Commonwealth, dans un communiqué.

Depuis, le président gambien avait enchaîné les rencontres avec ses homologues : d’abord au Sénégal, puis en France et en Chine. En décembre, c’est le président Allemand, Frank-Walter Steinmeier, qui se rendait à Banjul.

Avantages économiques et politiques

Les membres du Commonwealth ont accès à des avantages économiques et politiques : l’organisation fournit, par exemple, un soutien pour améliorer la compétitivité en matière de commerce, ou encore des règles d’immigration assouplies à destination du Royaume-Uni.

Un soutien économique non négligeable pour le petit pays, qui a hérité d’une dette d’un milliard de dollars de son prédécesseur, d’après le gouvernement. Une commission d’enquête a d’ailleurs été créée, dans le but de recouvrer une partie des millions de dollars qui manquaient dans les caisses de l’État après le départ de Yahya Jammeh.

Jammeh avait aussi annoncé son intention de sortir de la Cour pénale internationale (CPI), qui traduit en justice les personnes accusées de crimes contre l’humanité, mais le nouveau président Barrow avait annulé la sortie.

Accusé d’une multitude d’abus contre les droits humains, le régime de l’ancien président avait vu l’aide financière accordée par l’Union européenne (UE) au pays gelée. Un symbole de confiance en la « Gambie nouvelle », à peine le dictateur s’envolait vers Malabo que l’UE accordait 225 millions d’euros d’aide au pays.

À la suite du retour de la Gambie dans le Commonwealth, les représentants du pays sont invités au sommet des chefs d’État du Commonwealth en avril prochain à Londres.

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