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Génocide au Rwanda : une historienne controversée se retire de la commission sur le rôle de la France

novembre 14, 2020

Emmanuel Macron et Paul Kagame, à l'Élysée, le 23 mai 2018.

Accusée de parti pris, une historienne spécialiste des questions militaires s’est « mise en retrait » de la Commission chargée de faire la lumière sur le rôle de la France lors du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994.

Une historienne militaire accusée de parti pris s’est « mise en retrait » de la Commission chargée d’examiner les archives françaises relatives au rôle joué par Paris au Rwanda entre 1990 et 1994.

Cette commission, présidée par l’historien Vincent Duclert, « a pris acte, le 25 août 2020, de la décision de Mme Julie d’Andurain, Professeure des Universités, de se mettre en retrait des travaux de la Commission », indique un bref communiqué diffusé le 14 novembre.

Le retrait de l’historienne intervient à la suite d’une intense polémique déclenchée par un article du Canard enchaîné. Le 28 octobre, l’hebdomadaire avait en effet exhumé un article écrit en 2018 par Julie d’Andurain sur l’intervention militaro-humanitaire française Turquoise, qui s’est déroulée au Rwanda et dans l’ex-Zaïre entre juin et août 1994. Publié dans le Dictionnaire des opérations extérieures de l’armée française (Ministère des Armées- ECPAD, Paris, Nouveau-monde, 2018), un ouvrage préfacé par le général d’armée François Lecointre, chef d’état-major des armées, l’historienne estimait notamment dans ce texte que l’« l’Histoire rendrait raison » au bilan de cette opération controversée.

« Négationnisme »

Les termes employés dans l’article ont aussitôt déclenché une polémique sur les réseaux sociaux. Ils ont aussi fait bondir une partie de la communauté des historiens en France, lesquels ont dénoncé les « erreurs », le « parti pris », voire « le négationnisme » du texte, et critiqué les deux principales sources de Julie d’Andurain : l’ancien secrétaire général de l’Élysée, Hubert Védrine, défenseur de la politique française au Rwanda, et le journaliste pamphlétaire Pierre Péan.

Lancée le 22 juin 1994, l’opération Turquoise (composée de plus de 2 500 hommes) a été, pour ses défenseurs, une intervention humanitaire au service des « populations civiles – sans distinction – , mais pour ses détracteurs elle avait surtout pour objectif de soutenir le gouvernement hutu génocidaire et son armée, alors en déroute face au Front patriotique rwandais (FPR).

CET ARTICLE EST UN PLAIDOYER ARDENT POUR L’ARMÉE FRANÇAISE

« Il y a dans cet article un parti pris manifeste et sans nuance pour la politique française entre 1990 et 1994 au Rwanda, c’est un plaidoyer ardent pour l’armée française. Mais ce qui est problématique, et le mot est faible, c’est la lecture que Mme d’Andurain fait du génocide, en parlant dès le début de sa notice de  »massacres entre Hutu et Tutsi » », a estimé l’historienne Hélène Dumas (CNRS), spécialiste du génocide des Tutsi.

Hélène Dumas, ainsi qu’un autre spécialiste du Rwanda, Stéphane Audouin-Rouzeau (EHESS), avaient été écartés de la Commission, créée en 2019, précisément parce que spécialistes, et au nom d’une « neutralité » revendiquée par la présidence de la République française.

Un choix qui avait suscité la critique et le scepticisme d’une partie de la communauté des chercheurs, à l’instar de l’historienne spécialiste de la Shoah, Annette Becker : « Il y a dans cette commission des gens très bien, mais pour travailler sur la question il faut connaître l’Afrique, les Grands Lacs, l’histoire coloniale, l’histoire militaire », insiste-t-elle.

Une commission de parti pris ?

La révélation des écrits de Julie d’Andurain – qui n’a pas souhaité réagir depuis le début de la polémique – a jeté une nouvelle ombre sur le travail de la Commission. « Au départ, il y avait des doutes sur les compétences mais aujourd’hui on a des questionnements sur le parti pris. C’est intenable. Nous sommes à quelques mois de la remise du travail de la Commission, et lorsqu’on découvre de telles aberrations on peut douter du sérieux du rapport à venir », ajoute Hélène Dumas.

La Société Française d’histoire des outre-mers (SFHOM), dont Mme d’Andurain est membre, a soutenu l’historienne et dénoncé une campagne « calomnieuse » contre elle, défendant « l’exigence et la rigueur dont elle fait preuve dans ses travaux ». Mais une autre association professionnelle, l’Association des historiens contemporanéistes de l’enseignement supérieur et de la recherche (AHCESR) – dont Julie d’Andurain est vice-présidente -, qui lui avait initialement apporté son soutien, s’est ensuite rétractée en expliquant n’avoir pas voulu souscrire aux analyses de sa collègue.

Mise en place en avril 2019 par le président français Emmanuel Macron, cette commission indépendante de quinze membres doit examiner les archives françaises relatives à l’implication politico-militaire de Paris au Rwanda entre 1990 et 1994.

« Cette mise en retrait volontaire signifie que Madame d’Andurain ne consulte plus d’archives, qu’elle ne participe plus aux réunions d’équipe et qu’elle ne contribue pas à la rédaction du rapport », a expliqué à Vincent Duclert à l’AFP, tout en saluant l’apport de l’historienne « à la connaissance des institutions militaires contemporaines ».

Anachronisme

Désireux d’éteindre la polémique déclenchée suite à l’article du Canard enchaîné, Vincent Duclert pourrait bien, malgré lui, avoir attisé l’incendie. Car la chronologie évoquée dans son communiqué provoque un évident scepticisme parmi les connaisseurs du dossier. Selon le président de la Commission, la « mise en retrait de Julie d’Andurain » daterait en effet du 25 août dernier. Autrement dit, Julie d’Andurain se serait mise en congé de la Commission pour convenances personnelles, sans lien aucun avec la controverse découlant de son article de 2018.

Une version anachronique que contredisent plusieurs observateurs interrogés par Jeune Afrique, qui ont notamment eu accès aux échanges de mails entre les membres  de l’AHCESR. Jusqu’en novembre, rien ne permettait en effet de penser, au vu de ces courriels, que Julie d’Andurain avait pris ses distances avec la Commission.

Interrogé par JA le 12 novembre, Vincent Duclert n’avait pas souhaité s’exprimer sur la situation de Julie d’Andurain. « Vous imaginez bien qu’on est en train de gérer la situation », avait-il éludé.

Zones d’ombre sur le rôle de la France

Le rapport préparé par la Commission doit toujours être remis le 5 avril au président Emmanuel Macron, « lequel le rendra aussitôt public avec l’intégralité des sources in extenso, comme cela a toujours été décidé et annoncé », a-t-il précisé à l’AFP.

Selon lui, les polémiques autour des écrits de Julie d’Andurain « n’affectent pas la Commission, dont l’unité se fonde sur l’adhésion au mandat de recherche scientifique qui lui a été confié », a-t-il ajouté.

Les zones d’ombres sur le rôle de la France au Rwanda restent une source récurrente de polémique en France depuis plus de 25 ans. Emmanuel Macron s’était engagé, en mai 2018, à cet accès facilité aux archives françaises lorsqu’il avait reçu son homologue rwandais Paul Kagame à l’Élysée

Par Jeune Afrique avec AFP

Génocide des Tutsi au Rwanda : Eugène Rwamucyo renvoyé devant la cour d’assises de Paris

octobre 16, 2020
Une exposition de photos au Centre du mémorial du génocide à Kigali, en avril 2014.

Des juges d’instruction français ont ordonné le renvoi devant la cour d’assises de Paris du médecin rwandais Eugène Rwamucyo pour « génocide » et « crime contre l’humanité ».

Cet homme de 61 ans, qui réside désormais en Belgique, est aussi renvoyé pour « complicité » et « association de malfaiteurs en vue de la préparation de ces crimes » commis entre avril et juillet 1994 au Rwanda, période pendant laquelle les tueries ont fait près de 800 000 morts, essentiellement parmi la minorité tutsi.

« Mon client conteste formellement les accusations », a réagi son avocat, Me Philippe Meilhac, qui a annoncé vouloir faire appel de l’ordonnance. « Si toutefois un procès devait se tenir, Eugène Rwamucyo l’affrontera avec sérénité », a-t-il ajouté. C’est à la suite d’une plainte contre Eugène Rwamucyo déposée notamment par le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR) qu’une instruction avait été ouverte en 2007 à Lille (Nord), puis dépaysée à Paris l’année suivante.

Rwamucyo est notamment accusé d’avoir participé à des réunions de responsables génocidaires à Butare (sud du Rwanda) en 1994, dont l’une sous l’égide du premier ministre de l’époque, Jean Kambanda, condamné à la perpétuité par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Il est aussi soupçonné d’avoir dirigé les opérations d’enfouissement en masse de corps de civils tutsi lors des massacres commis entre avril et juillet 1994, et ordonné l’achèvement et l’enterrement de survivants, selon des éléments de l’ordonnance des juges.

« Mon client était médecin hygiéniste dans la région de Butare et à ce titre, il était chargé de l’ensevelissement des corps », a expliqué Me Meilhac. « Maintenant, on lui reproche d’avoir profité de cette mission indispensable pour s’en prendre à des survivants », a-t-il regretté.

Condamné par contumace

Eugène Rwamucyo a été condamné par contumace en 2007 au Rwanda à la prison à perpétuité. Médecin à l’hôpital de Maubeuge (Nord), il avait été suspendu en octobre 2009 lorsque la direction de l’établissement avait appris qu’il était visé par un mandat d’arrêt international émis par Kigali. Il avait ensuite été licencié.

En application de ce mandat, Rwamucyo avait finalement été interpellé en mai 2010 à Sannois (région parisienne) alors qu’il venait d’assister aux obsèques de Jean-Bosco Barayagwiza, cofondateur de la Radio-télévision libre des mille collines, tristement célèbre pour avoir propagé des appels à l’extermination des Tutsi. La cour d’appel de Versailles s’était cependant opposée en septembre 2010 à son extradition, ordonnant sa remise en liberté.

Il avait été mis en examen une première fois en 2013 pour « participation à une entente en vue de commettre le crime de génocide », puis en 2018 pour « génocide » et « crimes contre l’humanité », et placé sous contrôle judiciaire, avec interdiction de sortir de l’espace Schengen.

En attendant que le cas de Rwamucyo soit tranché, c’est un autre procès qui s’ouvrira devant les assises de Paris en février 2021, celui de Claude Muhayimana, ancien chauffeur de la région de Kibuye accusé de « complicité par aide et assistance » de crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Par Jeune Afrique avec AFP

Enquête en France pour «crimes contre l’humanité» contre un ex-haut responsable rwandais

juillet 25, 2020

 

Une enquête préliminaire a été ouverte vendredi 24 juillet pour «crimes contre l’humanité» contre Aloys Ntiwiragabo, chef des renseignements militaires pendant le génocide rwandais de 1994 qui vivrait en France, a indiqué samedi 25 juillet à l’AFP le Parquet national antiterroriste..

Des procureurs du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) ont accusé par le passé cet homme d’avoir été l’un des architectes du génocide de 1994 au Rwanda qui fit, selon l’ONU, au moins 800.000 morts essentiellement dans la minorité tutsi. Toutefois, ni le TPIR, ni la justice française ou rwandaise ne le recherchaient aujourd’hui, a précisé une source judiciaire.

Par Le Figaro avec AFP

Plus de 1.000 personnes soupçonnées d’avoir participé au génocide sont encore recherchées par le Rwanda

juillet 3, 2020

La plupart des suspects identifiés par l’Unité rwandaise de traque des fugitifs suspectés de crime de génocide se trouvent en RDC, en Ouganda et au Malawi

Rwa

A l’entrée de l’un des bureaux de l’Unité rwandaise de traque des fugitifs suspectés de crime de génocide (GFTU), à Kigali, le 22 mai 2020. SIMON WOHLFAHRT / AFP

Les dossiers colorés, marqués confidentiels, sont empilés du sol jusqu’au plafond. « Chacun de ces classeurs correspond à un suspect de génocide et contient un acte d’accusation et un mandat d’arrêt international », explique le procureur John Bosco Siboyintore. « Depuis la création de cette unité en 2007, nous en avons émis 1 144, envoyés à 33 pays différents », explique-t-il, en faisant visiter les bureaux de l’Unité rwandaise de traque des fugitifs suspectés de crime de génocide (GFTU).

Situés dans trois pavillons du quartier de Nyarutarama à Kigali, les locaux de la GFTU sont discrets, presque anonymes. Seul un poster à l’entrée, avec les photographies des derniers gros poissons du génocide des Tutsi encore en fuite, trahit les activités de cette équipe de vingt-trois procureurs et d’enquêteurs pas comme les autres.

Leur mission : rédiger des actes d’accusation contre les fugitifs suspectés d’avoir participé aux massacres qui, en 1994, ont coûté la vie à plus de 800 000 personnes ; envoyer des mandats d’arrêts dans les pays où ils vivent ; enfin espérer qu’ils soient jugés sur place ou extradés vers le Rwanda.

La France, premier pays occidental

Alors que le pays s’apprête à accueillir une enquête de l’ONU pour préparer le procès du financier présumé du génocide, Félicien Kabuga, arrêté près de Paris le 16 mai, la GFTU traque sans relâche les ultimes fuyards. Ceux qui n’ont pas été jugés par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), chargé de poursuivre les idéologues des massacres et les ministres du gouvernement génocidaire de 1994 à 2015. Ceux, également, qui ont échappé à la justice rendue au Rwanda par les tribunaux traditionnels populaires gacaca de 2005 à 2012.

« Le principal problème, c’est que ces fugitifs changent régulièrement d’adresse et de nom. Ils disent qu’ils ne sont pas rwandais, ils se font passer pour morts, ou alors ils sont protégés par le statut de réfugiés », déplore John Bosco Sibonyintore, à la tête de la GFTU depuis 2011.

La plupart des suspects identifiés par l’unité se trouvent actuellement en République démocratique du Congo, en Ouganda et au Malawi. La France occupe la première position pour les pays occidentaux, ayant reçu quarante-sept mandats d’arrêts rwandais. Trois de ces accusés sont passés devant la justice française. Aucun n’a été extradé.

Pour les enquêteurs de la GFTU, la bataille commence sur le terrain. En se fondant sur une longue liste de « suspects de première classe » établie par le bureau du procureur général, ainsi que sur des plaintes déposées directement à l’unité, ils sillonnent le Rwanda à la recherche de témoins à charge et à décharge, retournent sur les scènes de crime, interrogent des prisonniers. Vingt-six ans après, c’est une véritable course contre la montre pour tenter de reconstituer les faits.

Juger sur son propre sol

« Le grand défi, aujourd’hui, c’est que les témoins ont un âge avancé, à tel point qu’ils ont du mal à se souvenir », note Yves Ndizeye, le chef du service d’enquête à la GFTU. Pour trouver des témoignages, l’équipe s’appuie principalement sur les anciens juges des tribunaux populaires gacaca, qui avaient été choisis parmi la population en fonction de leur intégrité. Une fois que les preuves contre un suspect sont suffisantes, et qu’il a été localisé, les procureurs entament la rédaction d’un acte d’accusation et un mandat d’arrêt.

Commence ensuite la longue route vers une éventuelle extradition. « Pour le Rwanda, juger les génocidaires sur son propre sol a toujours été une priorité. Les rescapés sont ici, les témoins sont ici. Pourquoi les envoyer témoigner dans un autre pays alors que les procès peuvent avoir lieu ici et être suivis par les premiers concernés ? », s’interroge Sam Rugege, juge en chef de 2011 à 2019.

Ce retraité aux yeux vifs et à la voix fluette a été un acteur incontournable des réformes de la justice rwandaise. Le pays a mis en place un cadre de protection des témoins en 2006, abolit la peine de mort l’année suivante, puis créé une chambre spéciale pour les crimes internationaux. De quoi rassurer la justice internationale qui, jusque-là, doutait de la capacité des tribunaux rwandais à garantir des procès équitables.

Le relais du « Mécanisme »

En 2012, le TPIR, basé à Arusha en Tanzanie, transfère ainsi un premier accusé à Kigali. Jean Uwikindi, ancien pasteur arrêté en Ouganda, sera condamné à la prison à vie. Suivront Bernard Munyagishari en 2013 puis, en 2016, Ladislas Ntaganzwa, accusé d’avoir personnellement dirigé un groupe qui a tué plus de 20 000 Tutsi.

Aujourd’hui, le Mécanisme résiduel de l’ONU pour les tribunaux internationaux (IRMCT), qui a pris le relais du TPIR, garde seulement compétence pour l’affaire Félicien Kabuga, le financier présumé du génocide arrêté en mai près de Paris, ainsi que pour l’affaire Protais Mpiranya, ex-commandant de la garde présidentielle toujours en fuite. Les dossiers des six derniers accusés du TPIR ont été transférés à la justice rwandaise.

Reste que, sur les 1 144 mandats d’arrêts envoyés par l’unité dans des dizaines de pays, seuls vingt-quatre accusés ont été renvoyés au Rwanda, souvent au terme d’une longue bataille juridique. Vingt-trois autres ont été jugés dans leurs pays d’accueil.

« Il reste encore des centaines de suspects du génocide des Tutsi dans des pays qui ont les moyens de les juger et qui disent protéger les droits de l’homme. Je pense que ces pays ne donnent pas assez d’importance aux vies perdues ainsi qu’aux crimes qui ont été commis », s’indigne Sam

Après la fermeture du Mécanisme résiduel pour les tribunaux internationaux, dans quelques années, Kigali devra compter sur la seule coopération des Etats dans lesquels les suspects se trouvent. Une gageure, selon Serge Brammetz, procureur en chef de l’IRMCT : « C’est déjà difficile pour une institution internationale comme la nôtre, un tribunal des Nations unies, d’obtenir une coopération de la part de certains Etats. J’imagine que pour un Etat nation, c’est encore plus difficile. »

Avec Le Monde par Laure Broulard

 

Ouverture des archives de François Mitterrand sur le Rwanda

juin 13, 2020

L'ancien président François Mitterand en décembre 1991.

L’ancien président François Mitterrand en décembre 1991. © AP/Sipa

 

La justice française a autorisé vendredi un chercheur à consulter les archives du défunt président François Mitterrand sur le Rwanda, au cœur de la controverse sur le rôle de la France pendant le génocide.

Cette décision clôt cinq années de procédure et constitue une « très très bonne nouvelle », s’est félicité le chercheur François Graner, auteur de plusieurs livres sur la France au Rwanda et proche de l’association Survie engagée contre la « Françafrique ».

Le Conseil d’État, plus haute juridiction administrative en France, a estimé que François Graner avait « un intérêt légitime à consulter ces archives pour nourrir ses recherches historiques et éclairer ainsi le débat sur une question d’intérêt public ».

Les archives concernées comprennent notamment des notes rédigées par les conseillers du Président et des comptes-rendus de réunions du gouvernement. Elles sont couvertes par un protocole qui ne prévoit leur ouverture générale au public que 60 ans après sa signature, en 2055.

Mais « la protection des secrets de l’État doit être mise en balance avec l’intérêt d’informer le public sur ces évènements historiques », a souligné le Conseil d’État.

« Victoire pour l’Histoire »

En conséquence, la justice administrative a enjoint au ministère français de la Culture, qui s’était opposé à la demande du chercheur, de lui ouvrir dans les trois mois l’accès aux archives réclamées.

« On n’attend pas de scoop de ces archives, dont certaines sont déjà connues », a souligné François Graner. « Mais on veut pouvoir faire un travail de fond, sérieux, serein, pour comprendre ce que chacun savait à ce moment » de l’Histoire.

Les zones d’ombres sur le rôle de Paris avant, pendant et après le génocide des Tutsis au Rwanda – qui fit selon l’ONU au moins 800 000 morts d’avril à juillet 1994 – restent une source récurrente de polémiques en France, accusée d’avoir été complice ou d’avoir soutenu, avant et pendant le génocide, le pouvoir extrémiste hutu.

L’ancien président socialiste François Hollande avait annoncé en 2015 la déclassification des archives du fonds François Mitterrand, mais leur accès est resté très limité, et la mandataire du fonds, Dominique Bertinotti, a souvent été accusée de verrouiller ces archives.

L’actuel chef de l’État, Emmanuel Macron, a annoncé en 2019 l’ouverture des archives françaises concernant le Rwanda entre 1990 et 1994, mais à une commission d’historiens ad hoc.

La décision du Conseil d’État « est une victoire pour le droit mais aussi pour l’Histoire », s’est félicité l’avocat de François Graner, Me Patrice Spinosi. « Elle vaut pour le Rwanda mais plus généralement pour toutes les archives présidentielles », a-t-il souligné, estimant que « le droit à l’information l’avait emporté ».

« Désormais, les chercheurs, comme François Graner, vont pouvoir avoir accès aux archives présidentielles du président Mitterrand pour faire toute la lumière sur le rôle de la France au Rwanda en 1994 et 1995 », a-t-il ajouté.

Parmi les points les plus disputés figurent l’ampleur de l’assistance militaire apportée par la France au régime du président hutu rwandais Juvénal Habyarimana de 1990 à 1994 et les circonstances de l’attentat qui lui coûta la vie le 6 avril 1994, élément déclencheur du génocide.

Par Jeune Afrique avec AFP

Génocide au Rwanda : décès d’Augustin Bizimana, l’un des derniers fugitifs encore recherchés

mai 22, 2020

 Augustin Bizimana, l’un des principaux fugitifs accusés d’avoir été l’un des hauts commanditaires du génocide perpétré en 1994.

Augustin Bizimana, l’un des principaux fugitifs accusés d’avoir été l’un des hauts commanditaires du génocide perpétré en 1994. © Mécanisme international appelé à exercer les fonctions résiduelles des Tribunaux pénaux

 

Ancien ministre de la Défense pendant le génocide des Tutsi, en 1994, Augustin Bizimana serait décédé depuis août 2000, selon le procureur du tribunal international sur le Rwanda. Il était l’un des deux derniers organisateurs du génocide encore recherchés.

Six jours après l’arrestation de Félicien Kabuga, le Mécanisme en charge d’assurer les fonctions résiduelles du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a confirmé la mort d’Augustin Bizimana, l’un des deux principaux organisateurs présumés du génocide contre les Tutsi encore en fuite.

« Cette confirmation est basée sur l’identification concluante des restes de Bizimana dans un site funéraire à Pointe-Noire, en République du Congo », précise le communiqué du Mécanisme. De nombreuses rumeurs évoquant sa mort circulaient depuis plusieurs années mais n’avaient jamais été formellement authentifiée. Selon les analyses effectuées, Augustin Bizimana « serait mort en août 2000 ».

Alerté sur la présence potentielle du corps de Bizimana dans un cimetière de Pointe Noire, le Bureau du procureur Serge Brammertz a alors procédé à une analyse génétique comparative avec des échantillons précédemment obtenus. L’enquête, menée avec l’aide d’analystes hollandais et américains, a permis de confirmer qu’il s’agissait bien d’Augustin Bizimana.

En fuite depuis 1998

En fuite depuis le 29 août 1998, Augustin Bizimana avait été le ministre de la Défense du gouvernement intérimaire rwandais, entre avril et juillet 1994. À ce titre, il faisait l’objet d’un acte d’accusation du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) pour génocide, complicité de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre.

L’officialisation par le Mécanisme du décès d’Augustin Bizimana intervient moins d’une semaine après l’arrestation, en banlieue parisienne, de Félicien Kabuga, souvent présenté comme « le financier du génocide », dont le transfèrement vers La Haye sera examiné le 27 mai par la justice française.

Parmi les fugitifs toujours recherchés par le Mécanisme pour être jugés à Arusha, seul le major Protais Mpiranya, ancien commandant au sein de la garde présidentielle, est toujours en fuite. Cinq autres présumés génocidaires sont eux aussi recherchés par le Mécanisme, mais ils seraient livrés à la justice rwandaise en cas de capture.

Avec Jeune Afrique

Rwanda : Félicien Kabuga, le « financier du génocide », arrêté près de Paris

mai 16, 2020

Félicien Kabuga, considéré comme le "financier du génocide rwandais" a été arrêté samedi 16 mai, près de Paris.

Félicien Kabuga, considéré comme le « financier du génocide rwandais » a été arrêté samedi 16 mai, près de Paris. © Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux/Nations Unies

 

Félicien Kabuga, 84 ans, est notamment accusé d’avoir créé les milices Interahamwe, principaux bras armés du génocide de 1994.

Félicien Kabuga, considéré comme le « financier du génocide rwandais » et l’un des principaux accusés encore recherchés par la justice internationale, a été arrêté samedi matin près de Paris, ont annoncé le parquet général de Paris et la gendarmerie dans un communiqué commun.

Agé de 84 ans, Félicien Kabuga, qui résidait à Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine) sous une fausse identité, est notamment accusé d’avoir créé les milices Interahamwe, principaux bras armés du génocide de 1994 qui fit 800 000 morts selon l’ONU.

Il est visé par un mandat d’arrêt du Mécanisme international, la structure chargée d’achever les travaux du tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Pensées pour les victimes et les survivants

Le procureur en chef du TPIR, Serge Brammertz, a détaillé, dans un communiqué, que la police française a arrêté le fugitif lors d’une « opération sophistiquée » et « coordonnée avec des fouilles simultanées dans plusieurs endroits ».

« L’arrestation de Félicien Kabuga aujourd’hui rappelle que les responsables du génocide peuvent être poursuivis, même vingt-six ans après leurs crimes, a-t-il poursuivi. Nos premières pensées doivent être avec les victimes et les survivants du génocide rwandais. »

Serge Brammertz a précisé que Félicien Kabuga « a été inculpé par le Tribunal pénal international des Nations Unies pour le Rwanda en 1997 de sept chefs d’accusation de génocide, de complicité de génocide, d’incitation directe et publique à commettre le génocide, de tentative de génocide, de complot en vue de commettre le génocide, de persécution et d’extermination, tous en relation avec des crimes commis pendant le génocide de 1994 contre les Tutsi au Rwanda ».

Par Jeune Afrique avec AFP

RDC: les violences en Ituri, possibles «crimes contre l’humanité» voire un «génocide» selon l’ONU

janvier 10, 2020

Ces violences sont perpétrées dans le nord-est du pays depuis fin 2017, principalement contre la communauté Hema.

Les violences en Ituri dans le nord-est de la République démocratique du Congo depuis décembre 2017, «pourraient présenter des éléments constitutifs de crimes contre l’humanité» voire de «crime de génocide», selon un rapport des Nations unies.

«Au moins 701 personnes ont été tuées», selon ce rapport du bureau conjoint des Nations unies et des droits de l’homme (BCNUDH). «La grande majorité des victimes des attaques semble avoir été visée en raison de leur appartenance à la communauté Hema (au moins 402 membres de cette communauté tués entre décembre 2017 et septembre 2019)».

«L’un des enjeux majeurs du conflit est en effet le contrôle des terres par les Lendu», ajoute ce rapport conjoint de la Mission des Nations unies au Congo (Monusco) et du bureau des droits de l’homme. Les violences entre lendu, majoritairement agriculteurs, et hema, éleveurs et commerçants, ont repris fin 2017 dans cette province frontalière de l’Ouganda par ailleurs convoitée pour son or et son pétrole sur les bords du lac Albert. Un précédent conflit entre 1999 et 2003 avait fait des dizaines de milliers de morts jusqu’à l’intervention d’une force européenne, Artémis, sous commandement français.

Ces nouvelles violences dans le territoire de Djugu au nord du chef-lieu Bunia, «ont causé le déplacement massif des habitants»: «près de 57.000 personnes se seraient réfugiées en Ouganda et plus de 556.356 autres se seraient déplacées vers les territoires voisins et à proximité de la ville de Bunia depuis février 2018». «La première vague de violence, de décembre 2017 à mai 2018, s’est manifestée par des affrontements intercommunautaires entre des membres des communautés Hema et Lendu», détaille le rapport.

Les forces de défense et de sécurité congolaise également touchées

«En septembre 2018, les violences ont repris sous la forme d’une série d’attaques contre les forces de défense et de sécurité congolaises par des assaillants Lendu, suivies d’opérations de riposte par les FARDC», les Forces armées de la RDC, ajoute-t-on. «A partir de juin 2019, une troisième phase de violence a été observée avec des attaques contre la communauté Hema commises également par des assaillants Lendu – sans générer de riposte de la part de la communauté Hema, et des opérations menées par les FARDC contre ces assaillants».

Ces violences ont fait «168 autres blessées et 142 personnes ont été victimes de violences sexuelles», là aussi majoritairement chez les Hema («79 blessés entre décembre 2017 et septembre 2019»).

Par Le Figaro avec AFP

Congo/ »Génocide des Laris »: Le gouvernement réfute des « allégations sans fondements »

octobre 11, 2018

 

Congo – « Des populations Laris »
Dans un communiqué publié par le Ministère des Affaires étrangères et des congolais de l’étranger, le 10 octobre à Brazzaville, le gouvernement de la République du Congo réfute l’existence d’un prétendu « génocide lari» dans le département du Pool.
Voici le fac-similé dudit communiqué tel que parvenu à notre rédaction.

Bertrand BOUKAKA/Les Échos du Congo-Brazzaville

Le chef de l’armée birmane doit être poursuivi pour « génocide », selon l’ONU

août 27, 2018

Marzuki Darusman, responsable de l’enquête de l’ONU sur la Birmanie, le 27 août à Genève / © AFP / Fabrice COFFRINI

Des enquêteurs de l’ONU ont demandé lundi la démission du chef de l’armée birmane et sa traduction devant la justice internationale pour « génocide », « crimes contre l’humanité » et « crimes de guerre » à l’encontre des musulmans rohingyas.

De son côté, Facebook, critiqué par les enquêteurs de l’ONU pour avoir permis que des discours haineux se propagent, a annoncé avoir fermé la page du commandant suprême de l’armée, le général Min Aung Hlaing, pour « violations des droits de l’homme ».

En 2017, plus de 700.000 musulmans rohingyas ont fui vers le Bangladesh après une offensive de l’armée birmane lancée en représailles d’attaques de postes-frontières par des rebelles rohingyas. Cette répression a été qualifiée par l’ONU de « nettoyage ethnique », une accusation rejetée par les autorités birmanes.

La Mission d’établissement des faits de l’ONU sur la Birmanie, créée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU en mars 2017, a estimé lundi que « les principaux généraux de Birmanie, y compris le commandant en chef Min Aung Hlaing, doivent faire l’objet d’enquêtes et de poursuites pour génocide dans le nord de l’Etat Rakhine, ainsi que pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre dans les Etats Rakhine, Kachin et Shan ».

Dans un rapport, la mission onusienne demande au Conseil de sécurité de faire appel à la Cour pénale internationale ou d’établir un tribunal international ad hoc et appelle à des sanctions ciblées contre les auteurs de crimes et à un embargo sur les armes.

Si le Conseil de sécurité de l’ONU a plusieurs fois appelé la Birmanie à l’arrêt des opérations militaires et au retour en toute sécurité des Rohingyas, ses initiatives restent entravées par la Chine, premier soutien de la Birmanie et membre permanent du Conseil, disposant donc d’un droit de veto.

Le commandant en chef de l’armée birmane Min Aung Hlaing, à Yangoun, le 19 juillet 2018 / © AFP/Archives / YE AUNG THU

« Les Rohingyas sont dans une situation continue d’oppression sévère, systémique et institutionnalisée de la naissance à la mort », a déclaré le président de la mission de l’ONU, l’Indonésien Marzuki Darusman, en conférence de presse, appelant le chef de l’armée birmane à démissionner « immédiatement ».

« Nous avons examiné la période depuis 2011. Les violations identifiées au cours de cette période font partie d’une conduite militaire abusive qui date depuis au moins un demi-siècle », a ajouté pour sa part l’enquêteur australien Christopher Sidoti.

Selon leur rapport, « il existe suffisamment d’informations pour justifier (…) la poursuite des hauts responsables de la chaîne de commandement » de l’armée birmane.

– Aung San Suu Kyi –

D’après les enquêteurs de l’ONU, la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix, « n’a pas utilisé sa position de facto de chef du gouvernement, ni son autorité morale, pour contrer ou empêcher le déroulement des événements dans l’Etat Rakhine ».

Crise des Rohingyas,un an d’images / © AFP / John SAEKI

« Par leurs actes et leurs omissions, les autorités civiles ont contribué à la commission de crimes atroces », ont-ils estimé.

Ceux-ci ont néanmoins fait valoir que les autorités civiles avaient « peu de marge de manoeuvre » pour contrôler les actions de l’armée et que « rien n’indique non plus qu’elles ont participé directement à la planification ou à la mise en oeuvre d’opérations de sécurité ou qu’elles faisaient partie de la structure de commandement ».

La mission de l’ONU, qui n’a pas été autorisée à se rendre en Birmanie, a interrogé 875 victimes et témoins et s’est aussi servie d’images satellite.

Selon le rapport, « les crimes commis dans l’Etat Rakhine, et la manière dont ils ont été perpétrés, sont de nature, de gravité et de portée similaires à ceux qui ont permis d’établir l’intention génocidaire dans d’autres contextes ».

– Facebook –

Le chef de l’armée birmane doit être poursuivi pour « génocide » / © AFP / Eloi Rouyer, Corinne Taeger, Equipes AFPTV

Le rapport détaille une longue liste de crimes contre l’humanité qui auraient été commis à l’encontre des Rohingyas dans l’Etat Rakhine et contre d’autres minorités ethniques dans les Etats Kachin et Shan: assassinat, emprisonnement, disparition, torture, viol, esclavage sexuel, persécution et asservissement. Les experts évoquent également « l’extermination et la déportation », deux autres crimes contre l’humanité, dans l’Etat Rakhine.

Les « tactiques » de l’armée birmane sont « systématiquement et excessivement disproportionnées par rapport aux menaces réelles à la sécurité, en particulier dans l’Etat Rakhine, mais aussi dans le nord de la Birmanie », selon le rapport.

Outre les chefs de l’armée, la mission de l’ONU a dressé une liste confidentielle plus longue d’individus présumés coupables pour que les tribunaux puissent s’en emparer.

Les enquêteurs ont également accusé la police et des groupes armés d’avoir participé aux violences.

Concernant Facebook, ils ont pointé son rôle comme « instrument utile pour ceux qui cherchent à répandre la haine ».

« Bien qu’elle se soit améliorée au cours des derniers mois, la réponse de Facebook a été lente et inefficace », pointe le rapport.

Peu après la publication du document de l’ONU, Facebook a annoncé qu’il « interdisait de Facebook 20 personnes et organisations birmanes », y compris le chef de l’armée et l’importante chaîne de télévision militaire Myawady.

Romandie.com avec(©AFP / (27 août 2018 17h37)