Posts Tagged ‘Génocide’

Plus de 1.000 personnes soupçonnées d’avoir participé au génocide sont encore recherchées par le Rwanda

juillet 3, 2020

La plupart des suspects identifiés par l’Unité rwandaise de traque des fugitifs suspectés de crime de génocide se trouvent en RDC, en Ouganda et au Malawi

Rwa

A l’entrée de l’un des bureaux de l’Unité rwandaise de traque des fugitifs suspectés de crime de génocide (GFTU), à Kigali, le 22 mai 2020. SIMON WOHLFAHRT / AFP

Les dossiers colorés, marqués confidentiels, sont empilés du sol jusqu’au plafond. « Chacun de ces classeurs correspond à un suspect de génocide et contient un acte d’accusation et un mandat d’arrêt international », explique le procureur John Bosco Siboyintore. « Depuis la création de cette unité en 2007, nous en avons émis 1 144, envoyés à 33 pays différents », explique-t-il, en faisant visiter les bureaux de l’Unité rwandaise de traque des fugitifs suspectés de crime de génocide (GFTU).

Situés dans trois pavillons du quartier de Nyarutarama à Kigali, les locaux de la GFTU sont discrets, presque anonymes. Seul un poster à l’entrée, avec les photographies des derniers gros poissons du génocide des Tutsi encore en fuite, trahit les activités de cette équipe de vingt-trois procureurs et d’enquêteurs pas comme les autres.

Leur mission : rédiger des actes d’accusation contre les fugitifs suspectés d’avoir participé aux massacres qui, en 1994, ont coûté la vie à plus de 800 000 personnes ; envoyer des mandats d’arrêts dans les pays où ils vivent ; enfin espérer qu’ils soient jugés sur place ou extradés vers le Rwanda.

La France, premier pays occidental

Alors que le pays s’apprête à accueillir une enquête de l’ONU pour préparer le procès du financier présumé du génocide, Félicien Kabuga, arrêté près de Paris le 16 mai, la GFTU traque sans relâche les ultimes fuyards. Ceux qui n’ont pas été jugés par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), chargé de poursuivre les idéologues des massacres et les ministres du gouvernement génocidaire de 1994 à 2015. Ceux, également, qui ont échappé à la justice rendue au Rwanda par les tribunaux traditionnels populaires gacaca de 2005 à 2012.

« Le principal problème, c’est que ces fugitifs changent régulièrement d’adresse et de nom. Ils disent qu’ils ne sont pas rwandais, ils se font passer pour morts, ou alors ils sont protégés par le statut de réfugiés », déplore John Bosco Sibonyintore, à la tête de la GFTU depuis 2011.

La plupart des suspects identifiés par l’unité se trouvent actuellement en République démocratique du Congo, en Ouganda et au Malawi. La France occupe la première position pour les pays occidentaux, ayant reçu quarante-sept mandats d’arrêts rwandais. Trois de ces accusés sont passés devant la justice française. Aucun n’a été extradé.

Pour les enquêteurs de la GFTU, la bataille commence sur le terrain. En se fondant sur une longue liste de « suspects de première classe » établie par le bureau du procureur général, ainsi que sur des plaintes déposées directement à l’unité, ils sillonnent le Rwanda à la recherche de témoins à charge et à décharge, retournent sur les scènes de crime, interrogent des prisonniers. Vingt-six ans après, c’est une véritable course contre la montre pour tenter de reconstituer les faits.

Juger sur son propre sol

« Le grand défi, aujourd’hui, c’est que les témoins ont un âge avancé, à tel point qu’ils ont du mal à se souvenir », note Yves Ndizeye, le chef du service d’enquête à la GFTU. Pour trouver des témoignages, l’équipe s’appuie principalement sur les anciens juges des tribunaux populaires gacaca, qui avaient été choisis parmi la population en fonction de leur intégrité. Une fois que les preuves contre un suspect sont suffisantes, et qu’il a été localisé, les procureurs entament la rédaction d’un acte d’accusation et un mandat d’arrêt.

Commence ensuite la longue route vers une éventuelle extradition. « Pour le Rwanda, juger les génocidaires sur son propre sol a toujours été une priorité. Les rescapés sont ici, les témoins sont ici. Pourquoi les envoyer témoigner dans un autre pays alors que les procès peuvent avoir lieu ici et être suivis par les premiers concernés ? », s’interroge Sam Rugege, juge en chef de 2011 à 2019.

Ce retraité aux yeux vifs et à la voix fluette a été un acteur incontournable des réformes de la justice rwandaise. Le pays a mis en place un cadre de protection des témoins en 2006, abolit la peine de mort l’année suivante, puis créé une chambre spéciale pour les crimes internationaux. De quoi rassurer la justice internationale qui, jusque-là, doutait de la capacité des tribunaux rwandais à garantir des procès équitables.

Le relais du « Mécanisme »

En 2012, le TPIR, basé à Arusha en Tanzanie, transfère ainsi un premier accusé à Kigali. Jean Uwikindi, ancien pasteur arrêté en Ouganda, sera condamné à la prison à vie. Suivront Bernard Munyagishari en 2013 puis, en 2016, Ladislas Ntaganzwa, accusé d’avoir personnellement dirigé un groupe qui a tué plus de 20 000 Tutsi.

Aujourd’hui, le Mécanisme résiduel de l’ONU pour les tribunaux internationaux (IRMCT), qui a pris le relais du TPIR, garde seulement compétence pour l’affaire Félicien Kabuga, le financier présumé du génocide arrêté en mai près de Paris, ainsi que pour l’affaire Protais Mpiranya, ex-commandant de la garde présidentielle toujours en fuite. Les dossiers des six derniers accusés du TPIR ont été transférés à la justice rwandaise.

Reste que, sur les 1 144 mandats d’arrêts envoyés par l’unité dans des dizaines de pays, seuls vingt-quatre accusés ont été renvoyés au Rwanda, souvent au terme d’une longue bataille juridique. Vingt-trois autres ont été jugés dans leurs pays d’accueil.

« Il reste encore des centaines de suspects du génocide des Tutsi dans des pays qui ont les moyens de les juger et qui disent protéger les droits de l’homme. Je pense que ces pays ne donnent pas assez d’importance aux vies perdues ainsi qu’aux crimes qui ont été commis », s’indigne Sam

Après la fermeture du Mécanisme résiduel pour les tribunaux internationaux, dans quelques années, Kigali devra compter sur la seule coopération des Etats dans lesquels les suspects se trouvent. Une gageure, selon Serge Brammetz, procureur en chef de l’IRMCT : « C’est déjà difficile pour une institution internationale comme la nôtre, un tribunal des Nations unies, d’obtenir une coopération de la part de certains Etats. J’imagine que pour un Etat nation, c’est encore plus difficile. »

Avec Le Monde par Laure Broulard

 

Ouverture des archives de François Mitterrand sur le Rwanda

juin 13, 2020

L'ancien président François Mitterand en décembre 1991.

L’ancien président François Mitterrand en décembre 1991. © AP/Sipa

 

La justice française a autorisé vendredi un chercheur à consulter les archives du défunt président François Mitterrand sur le Rwanda, au cœur de la controverse sur le rôle de la France pendant le génocide.

Cette décision clôt cinq années de procédure et constitue une « très très bonne nouvelle », s’est félicité le chercheur François Graner, auteur de plusieurs livres sur la France au Rwanda et proche de l’association Survie engagée contre la « Françafrique ».

Le Conseil d’État, plus haute juridiction administrative en France, a estimé que François Graner avait « un intérêt légitime à consulter ces archives pour nourrir ses recherches historiques et éclairer ainsi le débat sur une question d’intérêt public ».

Les archives concernées comprennent notamment des notes rédigées par les conseillers du Président et des comptes-rendus de réunions du gouvernement. Elles sont couvertes par un protocole qui ne prévoit leur ouverture générale au public que 60 ans après sa signature, en 2055.

Mais « la protection des secrets de l’État doit être mise en balance avec l’intérêt d’informer le public sur ces évènements historiques », a souligné le Conseil d’État.

« Victoire pour l’Histoire »

En conséquence, la justice administrative a enjoint au ministère français de la Culture, qui s’était opposé à la demande du chercheur, de lui ouvrir dans les trois mois l’accès aux archives réclamées.

« On n’attend pas de scoop de ces archives, dont certaines sont déjà connues », a souligné François Graner. « Mais on veut pouvoir faire un travail de fond, sérieux, serein, pour comprendre ce que chacun savait à ce moment » de l’Histoire.

Les zones d’ombres sur le rôle de Paris avant, pendant et après le génocide des Tutsis au Rwanda – qui fit selon l’ONU au moins 800 000 morts d’avril à juillet 1994 – restent une source récurrente de polémiques en France, accusée d’avoir été complice ou d’avoir soutenu, avant et pendant le génocide, le pouvoir extrémiste hutu.

L’ancien président socialiste François Hollande avait annoncé en 2015 la déclassification des archives du fonds François Mitterrand, mais leur accès est resté très limité, et la mandataire du fonds, Dominique Bertinotti, a souvent été accusée de verrouiller ces archives.

L’actuel chef de l’État, Emmanuel Macron, a annoncé en 2019 l’ouverture des archives françaises concernant le Rwanda entre 1990 et 1994, mais à une commission d’historiens ad hoc.

La décision du Conseil d’État « est une victoire pour le droit mais aussi pour l’Histoire », s’est félicité l’avocat de François Graner, Me Patrice Spinosi. « Elle vaut pour le Rwanda mais plus généralement pour toutes les archives présidentielles », a-t-il souligné, estimant que « le droit à l’information l’avait emporté ».

« Désormais, les chercheurs, comme François Graner, vont pouvoir avoir accès aux archives présidentielles du président Mitterrand pour faire toute la lumière sur le rôle de la France au Rwanda en 1994 et 1995 », a-t-il ajouté.

Parmi les points les plus disputés figurent l’ampleur de l’assistance militaire apportée par la France au régime du président hutu rwandais Juvénal Habyarimana de 1990 à 1994 et les circonstances de l’attentat qui lui coûta la vie le 6 avril 1994, élément déclencheur du génocide.

Par Jeune Afrique avec AFP

Génocide au Rwanda : décès d’Augustin Bizimana, l’un des derniers fugitifs encore recherchés

mai 22, 2020

 Augustin Bizimana, l’un des principaux fugitifs accusés d’avoir été l’un des hauts commanditaires du génocide perpétré en 1994.

Augustin Bizimana, l’un des principaux fugitifs accusés d’avoir été l’un des hauts commanditaires du génocide perpétré en 1994. © Mécanisme international appelé à exercer les fonctions résiduelles des Tribunaux pénaux

 

Ancien ministre de la Défense pendant le génocide des Tutsi, en 1994, Augustin Bizimana serait décédé depuis août 2000, selon le procureur du tribunal international sur le Rwanda. Il était l’un des deux derniers organisateurs du génocide encore recherchés.

Six jours après l’arrestation de Félicien Kabuga, le Mécanisme en charge d’assurer les fonctions résiduelles du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a confirmé la mort d’Augustin Bizimana, l’un des deux principaux organisateurs présumés du génocide contre les Tutsi encore en fuite.

« Cette confirmation est basée sur l’identification concluante des restes de Bizimana dans un site funéraire à Pointe-Noire, en République du Congo », précise le communiqué du Mécanisme. De nombreuses rumeurs évoquant sa mort circulaient depuis plusieurs années mais n’avaient jamais été formellement authentifiée. Selon les analyses effectuées, Augustin Bizimana « serait mort en août 2000 ».

Alerté sur la présence potentielle du corps de Bizimana dans un cimetière de Pointe Noire, le Bureau du procureur Serge Brammertz a alors procédé à une analyse génétique comparative avec des échantillons précédemment obtenus. L’enquête, menée avec l’aide d’analystes hollandais et américains, a permis de confirmer qu’il s’agissait bien d’Augustin Bizimana.

En fuite depuis 1998

En fuite depuis le 29 août 1998, Augustin Bizimana avait été le ministre de la Défense du gouvernement intérimaire rwandais, entre avril et juillet 1994. À ce titre, il faisait l’objet d’un acte d’accusation du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) pour génocide, complicité de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre.

L’officialisation par le Mécanisme du décès d’Augustin Bizimana intervient moins d’une semaine après l’arrestation, en banlieue parisienne, de Félicien Kabuga, souvent présenté comme « le financier du génocide », dont le transfèrement vers La Haye sera examiné le 27 mai par la justice française.

Parmi les fugitifs toujours recherchés par le Mécanisme pour être jugés à Arusha, seul le major Protais Mpiranya, ancien commandant au sein de la garde présidentielle, est toujours en fuite. Cinq autres présumés génocidaires sont eux aussi recherchés par le Mécanisme, mais ils seraient livrés à la justice rwandaise en cas de capture.

Avec Jeune Afrique

Rwanda : Félicien Kabuga, le « financier du génocide », arrêté près de Paris

mai 16, 2020

Félicien Kabuga, considéré comme le "financier du génocide rwandais" a été arrêté samedi 16 mai, près de Paris.

Félicien Kabuga, considéré comme le « financier du génocide rwandais » a été arrêté samedi 16 mai, près de Paris. © Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux/Nations Unies

 

Félicien Kabuga, 84 ans, est notamment accusé d’avoir créé les milices Interahamwe, principaux bras armés du génocide de 1994.

Félicien Kabuga, considéré comme le « financier du génocide rwandais » et l’un des principaux accusés encore recherchés par la justice internationale, a été arrêté samedi matin près de Paris, ont annoncé le parquet général de Paris et la gendarmerie dans un communiqué commun.

Agé de 84 ans, Félicien Kabuga, qui résidait à Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine) sous une fausse identité, est notamment accusé d’avoir créé les milices Interahamwe, principaux bras armés du génocide de 1994 qui fit 800 000 morts selon l’ONU.

Il est visé par un mandat d’arrêt du Mécanisme international, la structure chargée d’achever les travaux du tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Pensées pour les victimes et les survivants

Le procureur en chef du TPIR, Serge Brammertz, a détaillé, dans un communiqué, que la police française a arrêté le fugitif lors d’une « opération sophistiquée » et « coordonnée avec des fouilles simultanées dans plusieurs endroits ».

« L’arrestation de Félicien Kabuga aujourd’hui rappelle que les responsables du génocide peuvent être poursuivis, même vingt-six ans après leurs crimes, a-t-il poursuivi. Nos premières pensées doivent être avec les victimes et les survivants du génocide rwandais. »

Serge Brammertz a précisé que Félicien Kabuga « a été inculpé par le Tribunal pénal international des Nations Unies pour le Rwanda en 1997 de sept chefs d’accusation de génocide, de complicité de génocide, d’incitation directe et publique à commettre le génocide, de tentative de génocide, de complot en vue de commettre le génocide, de persécution et d’extermination, tous en relation avec des crimes commis pendant le génocide de 1994 contre les Tutsi au Rwanda ».

Par Jeune Afrique avec AFP

RDC: les violences en Ituri, possibles «crimes contre l’humanité» voire un «génocide» selon l’ONU

janvier 10, 2020

Ces violences sont perpétrées dans le nord-est du pays depuis fin 2017, principalement contre la communauté Hema.

Les violences en Ituri dans le nord-est de la République démocratique du Congo depuis décembre 2017, «pourraient présenter des éléments constitutifs de crimes contre l’humanité» voire de «crime de génocide», selon un rapport des Nations unies.

«Au moins 701 personnes ont été tuées», selon ce rapport du bureau conjoint des Nations unies et des droits de l’homme (BCNUDH). «La grande majorité des victimes des attaques semble avoir été visée en raison de leur appartenance à la communauté Hema (au moins 402 membres de cette communauté tués entre décembre 2017 et septembre 2019)».

«L’un des enjeux majeurs du conflit est en effet le contrôle des terres par les Lendu», ajoute ce rapport conjoint de la Mission des Nations unies au Congo (Monusco) et du bureau des droits de l’homme. Les violences entre lendu, majoritairement agriculteurs, et hema, éleveurs et commerçants, ont repris fin 2017 dans cette province frontalière de l’Ouganda par ailleurs convoitée pour son or et son pétrole sur les bords du lac Albert. Un précédent conflit entre 1999 et 2003 avait fait des dizaines de milliers de morts jusqu’à l’intervention d’une force européenne, Artémis, sous commandement français.

Ces nouvelles violences dans le territoire de Djugu au nord du chef-lieu Bunia, «ont causé le déplacement massif des habitants»: «près de 57.000 personnes se seraient réfugiées en Ouganda et plus de 556.356 autres se seraient déplacées vers les territoires voisins et à proximité de la ville de Bunia depuis février 2018». «La première vague de violence, de décembre 2017 à mai 2018, s’est manifestée par des affrontements intercommunautaires entre des membres des communautés Hema et Lendu», détaille le rapport.

Les forces de défense et de sécurité congolaise également touchées

«En septembre 2018, les violences ont repris sous la forme d’une série d’attaques contre les forces de défense et de sécurité congolaises par des assaillants Lendu, suivies d’opérations de riposte par les FARDC», les Forces armées de la RDC, ajoute-t-on. «A partir de juin 2019, une troisième phase de violence a été observée avec des attaques contre la communauté Hema commises également par des assaillants Lendu – sans générer de riposte de la part de la communauté Hema, et des opérations menées par les FARDC contre ces assaillants».

Ces violences ont fait «168 autres blessées et 142 personnes ont été victimes de violences sexuelles», là aussi majoritairement chez les Hema («79 blessés entre décembre 2017 et septembre 2019»).

Par Le Figaro avec AFP

Congo/ »Génocide des Laris »: Le gouvernement réfute des « allégations sans fondements »

octobre 11, 2018

 

Congo – « Des populations Laris »
Dans un communiqué publié par le Ministère des Affaires étrangères et des congolais de l’étranger, le 10 octobre à Brazzaville, le gouvernement de la République du Congo réfute l’existence d’un prétendu « génocide lari» dans le département du Pool.
Voici le fac-similé dudit communiqué tel que parvenu à notre rédaction.

Bertrand BOUKAKA/Les Échos du Congo-Brazzaville

Le chef de l’armée birmane doit être poursuivi pour « génocide », selon l’ONU

août 27, 2018

Marzuki Darusman, responsable de l’enquête de l’ONU sur la Birmanie, le 27 août à Genève / © AFP / Fabrice COFFRINI

Des enquêteurs de l’ONU ont demandé lundi la démission du chef de l’armée birmane et sa traduction devant la justice internationale pour « génocide », « crimes contre l’humanité » et « crimes de guerre » à l’encontre des musulmans rohingyas.

De son côté, Facebook, critiqué par les enquêteurs de l’ONU pour avoir permis que des discours haineux se propagent, a annoncé avoir fermé la page du commandant suprême de l’armée, le général Min Aung Hlaing, pour « violations des droits de l’homme ».

En 2017, plus de 700.000 musulmans rohingyas ont fui vers le Bangladesh après une offensive de l’armée birmane lancée en représailles d’attaques de postes-frontières par des rebelles rohingyas. Cette répression a été qualifiée par l’ONU de « nettoyage ethnique », une accusation rejetée par les autorités birmanes.

La Mission d’établissement des faits de l’ONU sur la Birmanie, créée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU en mars 2017, a estimé lundi que « les principaux généraux de Birmanie, y compris le commandant en chef Min Aung Hlaing, doivent faire l’objet d’enquêtes et de poursuites pour génocide dans le nord de l’Etat Rakhine, ainsi que pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre dans les Etats Rakhine, Kachin et Shan ».

Dans un rapport, la mission onusienne demande au Conseil de sécurité de faire appel à la Cour pénale internationale ou d’établir un tribunal international ad hoc et appelle à des sanctions ciblées contre les auteurs de crimes et à un embargo sur les armes.

Si le Conseil de sécurité de l’ONU a plusieurs fois appelé la Birmanie à l’arrêt des opérations militaires et au retour en toute sécurité des Rohingyas, ses initiatives restent entravées par la Chine, premier soutien de la Birmanie et membre permanent du Conseil, disposant donc d’un droit de veto.

Le commandant en chef de l’armée birmane Min Aung Hlaing, à Yangoun, le 19 juillet 2018 / © AFP/Archives / YE AUNG THU

« Les Rohingyas sont dans une situation continue d’oppression sévère, systémique et institutionnalisée de la naissance à la mort », a déclaré le président de la mission de l’ONU, l’Indonésien Marzuki Darusman, en conférence de presse, appelant le chef de l’armée birmane à démissionner « immédiatement ».

« Nous avons examiné la période depuis 2011. Les violations identifiées au cours de cette période font partie d’une conduite militaire abusive qui date depuis au moins un demi-siècle », a ajouté pour sa part l’enquêteur australien Christopher Sidoti.

Selon leur rapport, « il existe suffisamment d’informations pour justifier (…) la poursuite des hauts responsables de la chaîne de commandement » de l’armée birmane.

– Aung San Suu Kyi –

D’après les enquêteurs de l’ONU, la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix, « n’a pas utilisé sa position de facto de chef du gouvernement, ni son autorité morale, pour contrer ou empêcher le déroulement des événements dans l’Etat Rakhine ».

Crise des Rohingyas,un an d’images / © AFP / John SAEKI

« Par leurs actes et leurs omissions, les autorités civiles ont contribué à la commission de crimes atroces », ont-ils estimé.

Ceux-ci ont néanmoins fait valoir que les autorités civiles avaient « peu de marge de manoeuvre » pour contrôler les actions de l’armée et que « rien n’indique non plus qu’elles ont participé directement à la planification ou à la mise en oeuvre d’opérations de sécurité ou qu’elles faisaient partie de la structure de commandement ».

La mission de l’ONU, qui n’a pas été autorisée à se rendre en Birmanie, a interrogé 875 victimes et témoins et s’est aussi servie d’images satellite.

Selon le rapport, « les crimes commis dans l’Etat Rakhine, et la manière dont ils ont été perpétrés, sont de nature, de gravité et de portée similaires à ceux qui ont permis d’établir l’intention génocidaire dans d’autres contextes ».

– Facebook –

Le chef de l’armée birmane doit être poursuivi pour « génocide » / © AFP / Eloi Rouyer, Corinne Taeger, Equipes AFPTV

Le rapport détaille une longue liste de crimes contre l’humanité qui auraient été commis à l’encontre des Rohingyas dans l’Etat Rakhine et contre d’autres minorités ethniques dans les Etats Kachin et Shan: assassinat, emprisonnement, disparition, torture, viol, esclavage sexuel, persécution et asservissement. Les experts évoquent également « l’extermination et la déportation », deux autres crimes contre l’humanité, dans l’Etat Rakhine.

Les « tactiques » de l’armée birmane sont « systématiquement et excessivement disproportionnées par rapport aux menaces réelles à la sécurité, en particulier dans l’Etat Rakhine, mais aussi dans le nord de la Birmanie », selon le rapport.

Outre les chefs de l’armée, la mission de l’ONU a dressé une liste confidentielle plus longue d’individus présumés coupables pour que les tribunaux puissent s’en emparer.

Les enquêteurs ont également accusé la police et des groupes armés d’avoir participé aux violences.

Concernant Facebook, ils ont pointé son rôle comme « instrument utile pour ceux qui cherchent à répandre la haine ».

« Bien qu’elle se soit améliorée au cours des derniers mois, la réponse de Facebook a été lente et inefficace », pointe le rapport.

Peu après la publication du document de l’ONU, Facebook a annoncé qu’il « interdisait de Facebook 20 personnes et organisations birmanes », y compris le chef de l’armée et l’importante chaîne de télévision militaire Myawady.

Romandie.com avec(©AFP / (27 août 2018 17h37)

Pays-Bas: les députés font un pas vers la reconnaissance du génocide arménien

février 22, 2018

Photo publiée par l’Historial de Péronne d’un camp de réfugié arménien à Port Saïd, en Egypte, en 1915 / © Historial de Péronne/AFP/Archives / Str

Les députés néerlandais ont fait un pas jeudi vers la reconnaissance du génocide arménien il y a un siècle, s’attirant les foudres de la Turquie dans un contexte de relations déjà tendues entre les deux pays.

La chambre basse du Parlement néerlandais a massivement approuvé par 142 voix contre trois une motion proposant « que le Parlement parle en termes clairs du génocide arménien ». Elle a également approuvé l’envoi d’un représentant du gouvernement à Erevan le 24 avril pour la commémoration des massacres perpétrés entre 1915 et 1917 sous l’Empire ottoman.

Sans surprise, la réplique d’Ankara ne s’est pas faite attendre: « Nous condamnons fermement la décision prise aujourd’hui par la chambre des représentants des Pays-Bas de reconnaître comme génocide les événements de 1915 », déclare le ministère turc des Affaires étrangères dans un communiqué.

La Turquie refuse catégoriquement l’utilisation du terme de « génocide », évoquant des massacres réciproques sur fond de guerre civile et de famine ayant fait des centaines de milliers de morts dans les deux camps.

L’exécutif néerlandais a de son côté pris ses distances avec la motion parlementaire. « Nous partageons toujours le désir de voir les parties impliquées se réconcilier, mais le gouvernement voit la manière d’y parvenir différemment que la motion proposée », a déclaré Sigrid Kaag, qui fait fonction de ministre des Affaires étrangères.

« Nous rendrons hommage aux victimes et aux proches de tous les massacres de minorités », a-t-elle dit, soulignant que le gouvernement ne jugera pas s’il s’agit ou non d’un génocide.

Après avoir reconnu en 2004 le caractère génocidaire des massacres et déportations survenus entre 1915 et 1917, l’exécutif néerlandais a toujours évoqué la « question du génocide arménien », ce qui restera le cas, a répété jeudi Mme Kaag.

– ‘Aucune place dans l’Histoire’ –

Les députés sont restés prudents en rejetant jeudi une motion du Parti pour la Liberté (PVV) du député d’extrême droite Geert Wilders proposant que le gouvernement reconnaisse le massacre comme étant un « génocide ».

Les Arméniens estiment qu’un million et demi des leurs ont été tués de manière systématique à la fin de l’Empire ottoman entre 1915 et 1917. Nombre d’historiens et plus de vingt pays, dont la France, l’Italie et la Russie, ont reconnu qu’il y avait eu un génocide.

Signe de l’irritation provoquée par le vote des députés néerlandais, Ankara a renvoyé les Pays-Bas au massacre de plus de 8.000 garçons et hommes musulmans à Srebrenica (Bosnie) en 1995, reconnu comme « génocide » par plusieurs décisions de la justice internationale. L’enclave de Srebrenica était sous protection de Casques bleux néerlandais et La Haye a été reconnu partiellement coupable du décès de 350 musulmans.

« Les décisions infondées prises par le Parlement d’un pays qui a fermé les yeux sur le génocide de Srebrenica (…) n’ont aucune place dans l’Histoire », a ainsi grincé le ministère turc des Affaires étrangères.

Le ministère turc indique également avoir « pris note » de l’attitude du gouvernement néerlandais qui s’est distancié de la motion votée par les députés.

Le vote des députés néerlandais jeudi survient alors que les relations bilatérales sont au plus bas depuis que les Pays-Bas ont annoncé début février le retrait de leur ambassadeur à Ankara, qui n’avait « plus accès à la Turquie depuis mars 2017 », selon La Haye.

Le gouvernement néerlandais avait empêché en mars 2017 deux ministres turcs de s’exprimer lors d’un meeting organisé pour la communauté turque à Rotterdam (sud) à l’occasion de la campagne du référendum sur le renforcement des pouvoirs présidentiels.

Plus d’un siècle après les faits, la question du génocide des Arméniens est une source de tensions régulières entre la Turquie et les pays européens.

Romandie.com avec(©AFP / 22 février 2018 22h56)

Le Rwanda met la pression sur Emmanuel Macron pour régler le contentieux lié au génocide

octobre 29, 2017

 

Interrogée par « Le Monde », la chef de la diplomatie rwandaise, Louise Mushikiwabo, a exhorté la France à prendre « ses responsabilités ».

 

La chef de la diplomatie rwandaise Louise Mushikiwabo, en 2011. Crédits : TONY KARUMBA / AFP

Quelques jours après avoir rappelé son ambassadeur à Paris pour consultation, la ministre rwandaise des affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, a donné une interview conjointe, dimanche 29 octobre à Kigali, à TV5 Monde, RFI et Le Monde. Elle a déclaré à cette occasion que l’interminable instruction portant sur l’attentat du 6 avril 1994, qui avait coûté la vie au président rwandais de l’époque Juvénal Habyarimana, ne saurait durer indéfiniment. Cet attentat est considéré comme le déclencheur du génocide qui coûta la vie à 800 000 Tutsi et Hutu modérés.

« Il y a un problème avec cette instruction sans fin, avec ces témoins de la 25e heure, avec ces juges qui succèdent aux juges, les Jean-Louis [Bruguière], les Jean-Marc [Trévidic]… Il faut que ce soi-disant procès se termine un jour. Et si la France ne le fait pas, nous allons le faire. »

« La France a l’occasion de se confronter à sa propre histoire »

Cette instruction, qui dure depuis bientôt deux décennies et qui a déjà été à l’origine d’une rupture des relations diplomatiques entre Paris et Kigali, est la source de la nouvelle crispation en cours. Les juges Nathalie Poux et Jean-Marc Herbaut ont en effet convoqué le ministre rwandais de la défense, James Kabarebe, pour une confrontation avec un nouveau témoin accusant l’ancienne rébellion tutsie, dirigée à l’époque par l’actuel président rwandais Paul Kagamé, d’être responsable du tir de missile ayant abattu l’avion présidentiel.

Mme Mushikiwabo voit dans ce développement judiciaire l’influence de « certains responsables [français] qui étaient les soutiens d’un régime qui a commis un génocide, et qui essaient depuis vingt-trois ans de cacher leurs traces, de brouiller les pistes ». Pour elle, « ce soi-disant procès n’a aucune raison d’être. Nous avons collaboré car nous voulions aller de l’avant. Mais on a trouvé du côté de la France une certaine arrogance ». La ministre n’accorde à la justice française aucune indépendance : « Comme par hasard, quand les relations politiques étaient bonnes [sous Nicolas Sarkozy], la justice avançait bien. Ce n’est pas de la justice, c’est de la politique. »

Mais, entre les lignes, la responsable rwandaise, très proche du président Paul Kagamé, laisse entendre que l’heure n’est pas – encore – à une nouvelle rupture. « Nous attendons de la France qu’elle prenne ses responsabilités. Ce n’est pas à coup de faux procès, de faux rapports qu’elle le fera. Nous, Rwandais, avons dû nous confronter à nous-mêmes, c’est au tour de la France de le faire », a-t-elle déclaré. Avant d’ajouter :

« Aujourd’hui, la France a l’occasion de se confronter à sa propre histoire par rapport au Rwanda. Nous avons toléré beaucoup, mais le moment viendra où la France devra accepter qu’elle a joué un rôle terrible. »

Emmanuel Macron vu comme une opportunité

A Kigali, l’élection d’Emmanuel Macron, trop jeune pour avoir eu des responsabilités au moment du génocide et considéré comme plus flexible sur les questions mémorielles depuis sa sortie en Algérie sur la colonisation – qualifiée de « crime contre l’humanité » –, est vue comme une opportunité d’ouvrir une nouvelle page dans les relations franco-rwandaises. Nicolas Sarkozy était venu en février 2010 à Kigali, où il avait reconnu de « graves erreurs » et un « aveuglement » de la France. Un geste apprécié mais jugé insuffisant par Kigali. « Le soutien, la participation, d’une manière ou d’une autre, à un génocide, on n’appelle pas ça un aveuglement », a estimé Louise Mushikiwabo dimanche.

Depuis 2010, les relations se sont à nouveau tendues, avec l’enlisement des diverses procédures en cours et le dépôt de nouvelles plaintes, comme celle, récente, visant la BNP pour avoir financé l’achat d’armes par le gouvernement hutu extrémiste en plein génocide malgré un embargo de l’ONU. Résultat, Paris n’a plus d’ambassadeur à Kigali depuis 2015.

Emmanuel Macron, dont le conseiller diplomatique, Philippe Etienne, avait déjà œuvré au rapprochement sous Nicolas Sarkozy, a marqué sa volonté d’entretenir de bonnes relations avec son homologue rwandais en le rencontrant en marge de l’assemblée générale de l’ONU en septembre. Il a aussi l’avantage de ne compter, ni dans sa formation politique, ni dans son gouvernement, d’acteur de la tragédie rwandaise, ce qui était le cas de Nicolas Sarkozy (avec Alain Juppé, ministre des affaires étrangères au moment du génocide) et de François Hollande (avec Hubert Védrine, proche du Parti socialiste, qui était alors secrétaire général de l’Elysée sous François Mitterrand).

En France, une situation complexe

Mais l’enchevêtrement des procédures judiciaires et la mise en cause de plusieurs hauts responsables militaires français dans diverses instructions – l’actuel sous-chef d’état-major « opérations » français, Grégoire de Saint-Quentin, était l’un des premiers sur les lieux du crash du 6 avril – risquent de contrarier la volonté de M. Macron de se livrer à un « aggiornamento » français sur le Rwanda.

D’autant que les relations entre l’institution militaire et le nouveau président se sont nettement dégradées depuis la démission fracassante du chef d’état-major Pierre de Villiers. Son successeur, François Lecointre, a participé à la très controversée opération militaro-humanitaire Turquoise, pendant les dernières semaines du génocide au Rwanda.

Mme Mushikiwabo ne semble pas se faire beaucoup d’illusions sur la capacité d’Emmanuel Macron à s’affranchir de cet héritage : « Un président peut avoir toute la bonne volonté du monde, il se retrouve avec un passif. C’est à lui de le gérer », a-t-elle lâché à l’attention de M. Macron

Lemonde.fr par Christophe Ayad (Kigali, envoyé spécial)

Génocide des Tutsis au Rwanda: un  » Que sais-je » très polémique

octobre 11, 2017

Mémorial du Génocide à Kigali, au Rwanda, le 5 avril 2014 © Ben Curtis/AP/SIPA

Un petit ouvrage de vulgarisation consacré au génocide des Tutsis en 1994 au Rwanda, paru en France et destiné notamment aux jeunes, a provoqué la controverse.

1. Les faits

« Ce génocide n’appartient pas qu’à l’histoire : il reste un enjeu politique contemporain (…). Les débats restent intenses, les oppositions, souvent violentes. » La quatrième de couverture du livre Le Génocide des Tutsi au Rwanda, de Filip Reyntjens mettait en garde. Et ça n’a pas manqué : l’ouvrage de 126 pages de ce constitutionnaliste belge, publié en avril 2017, a suscité la polémique.

Un collectif d’historiens, de militants et de journalistes a publié dans Le Monde du 26 septembre une tribune très critique intitulée « Rwanda : le « Que sais-je ? » qui fait basculer l’Histoire ».

D’autres militants et associations se sont fendus de publications et deux chercheurs, Claudine Vidal et Marc Le Pape sont venus soutenir Reyntjens sur un blog après parution de la tribune. Reyntjens, lui, a rédigé en réponse une tribune soumise au journal Le Monde et dont il ne sait pas encore si elle sera publiée.

2. C’est un livre à thèse

La collection Que sais-je ? dans laquelle il a été publié se donne pour mission la vulgarisation, ce qui sous-entend a priori l’objectivité scientifique la plus totale. Cette collection est particulièrement prisée par les jeunes étudiants et lycéens.

Pourtant, de longue date, Reyntjens a une lecture particulière du génocide. Selon ses détracteurs, il le banalise en le replaçant dans le cadre du conflit armé qui a opposé, d’octobre 1990 à juillet 1994, le Front patriotique rwandais (FPR, aujourd’hui au pouvoir au Rwanda), et le régime génocidaire, renvoyant dos à dos les organisateurs (hutus) du génocide et la rébellion (tutsie) qui les a combattus : « Il s’agit (…) de ne pas tomber dans l’autre travers, écrit-il : celui de considérer le génocide et les massacres au Rwanda comme une histoire de bons et de méchants. La réalité est qu’il s’est agi d’une histoire de méchants, (…) l’un recourant à la violence de masse pour sauvegarder le pouvoir [le régime extrémiste hutu], l’autre pour le conquérir [le FPR]. »

Or, cette thèse – qui tend à expliquer le génocide comme le fruit d’une guerre entre deux belligérants avides de pouvoir – est très critiquée. Pour les auteurs de la tribune, Reyntjens escamote ainsi la singularité du processus génocidaire. Et ces derniers d’énumérer diverses omissions de l’auteur : « la propagande antitutsi depuis 1959, la politique de discrimination, les pogroms, et même le rôle central de la Radiotélévision des Mille Collines, sont à peine évoqués. »

Pour eux, se dégage de la lecture du Que sais-je ? une vision tronquée du génocide, au final présenté comme le « fruit d’une intention sans généalogie et sans planification préalable… »

3. Son auteur est connu

Filip Reyntjens n’en est pas à son premier ouvrage sur le Rwanda. Il a longtemps fréquenté ce pays au temps du régime de Juvénal Habyarimana, où il avait ses entrées aussi bien dans les sphères gouvernementales que dans l’opposition intérieure de l’époque. À Kigali, une rumeur tenace fait même de lui le rédacteur occulte de la Constitution adoptée suite au coup d’État de l’ancien président hutu.

Filip Reyntjens n’a jamais caché, dans ses écrits comme dans ses nombreuses interventions publiques, son aversion pour le FPR, coupable selon lui – entre autres méfaits – d’avoir allumé une guerre civile en lançant une offensive sur le pays, depuis l’Ouganda, en octobre 1990. C’est notamment pour cela qu’il n’a plus remis les pieds au Rwanda depuis fin 1994.

Dans son « Que sais-je ? », Reyntjens expose sans détours cette animosité envers le FPR. Pour les auteurs de la tribune du Monde, d’ailleurs, « la thèse principale du livre » est celle-ci : « attribuer au FPR une responsabilité » – dans l’attentat du 6 avril 1994 contre Habyarimana, dans les massacres commis au Rwanda en 1994 puis en République démocratique du Congo à partir de fin 1996…

4. La polémique n’est pas nouvelle

Si Filip Reyntjens est connu des spécialistes du sujet, ses contradicteurs le sont aussi. C’est le cas notamment de Patrick de Saint-Exupéry, cofondateur de la revue XXI, signataire la tribune parue dans Le Monde, est un bon connaisseur du Rwanda, où il a effectué plusieurs reportages, pour Le Figaro, entre 1990 et 1994.

Son livre Complices de l’inavouable : La France au Rwanda, qui pointe du doigt les errements français durant le génocide, lui a notamment valu des poursuites en justice pour diffamation de la part d’officiers français ayant servi au Rwanda. Et ses articles très informés ont en partie été à l’origine de la création, en 1998, d’une Mission parlementaire d’information chargée d’enquêter sur le rôle de la France au Rwanda entre 1990 et 1994.

Du côté des signataires de la tribune, le livre de Filip Reyntjens est donc décrit comme le symptôme « de la confusion entretenue dans notre pays autour du génocide des Tutsis, au carrefour de représentations éculées des réalités africaines et d’une volonté de faire diversion pour éviter d’examiner les responsabilités des autorités françaises de l’époque dans ce crime. »

La controverse sur le mécanisme même de la machine génocidaire oppose deux écoles antagonistes depuis des années maintenant

Quant à Reyntjens, il évoque dans son livre les « relais à l’étranger » du FPR, semblant viser sans les nommer les auteurs de la tribune. Un joker maintes fois utilisé par l’intéressé à l’égard de ses détracteurs qui, selon lui, « qualifient souvent de « négationnistes », même s’ils ont toujours affirmé la réalité du génocide des Tutsis, ceux qui critiquent le régime de Kigali… »

La controverse sur le mécanisme même de la machine génocidaire oppose deux écoles antagonistes depuis des années maintenant. Pour l’une, un lien de causalité s’établit entre l’attentat du 6 avril 1994 et le génocide. Pour l’autre, le génocide a été planifié et pensé, en dehors de l’attaque. C’est aussi cette question qui traverse la polémique autour du Que sais-je ? Une polémique qui touche aux domaines politique, universitaire et juridique et qui n’est pas près de s’éteindre.

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