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Afrique : « L’autre défi à relever est le risque accru de défaut de paiement »

mai 31, 2022

ENTRETIEN. Président de la banque d’investissement et de développement de la Cedeao, George Agyekum Nana Donkor, revient sur les défis qui attendent le continent.

La zone Cedeao subit un ralentissement de la croissance des activites economiques dans tous les secteurs d'activite.
La zone Cedeao subit un ralentissement de la croissance des activités économiques dans tous les secteurs d’activité. © HALIL SAGIRKAYA / Anadolu Agency via AFP

Alors que la reprise économique en Afrique était dans tous les agendas après deux années de ralentissement dû à la pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine vient fortement contrecarrer les projets des grandes institutions. L’Afrique de l’Ouest, et plus particulièrement la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), n’est pas épargnée. Presque tous les secteurs d’activité subissent les impacts du conflit, les États ne disposent pratiquement plus de marges de manœuvre – au contraire, ils anticipent plutôt une baisse de leurs recettes et donc de réduire in fine leurs budgets d’investissement. Sur le long terme, les risques sont grands désormais de voir le développement de la sous-région impacté.

C’est dans ce contexte que la BIDC, banque d’investissement et de développement de la Cedeao*, bras financier des 15 États membres, a la lourde de charge de catalyser la relance économique de la zone. Établi à Lomé, au Togo, le siège de l’institution est en ébullition après une période de traversée du désert caractérisée par le manque de ressources financières dans le secteur bancaire en Afrique de l’Ouest. L’institution a dû revoir tous les pans de sa stratégie de mobilisation de ressources afin de renforcer la résilience des États membres face à la pandémie de Covid-19. Ce qui lui permit de limiter les risques accrus de défaut de paiement tout en injectant des ressources financières dans les économies d’Afrique de l’Ouest. Quid de l’avenir ? George Agyekum Nana Donkor, le président de la BIDC, est revenu en détail pour Le Point Afrique sur les défis qui attendent le continent africain sur les sujets du financement, du développement et des investissements.

Le Point Afrique : Votre institution est le bras financier des 15 États membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Mais elle a traversé une zone de turbulences ces dernières années faute de ressources financières. Qu’en est-il présentement alors que les États de la sous-région ont besoin de financement ?

George Agyekum Nana Donkor : Tout d’abord, permettez-moi de retracer un peu l’historique de cette grande banque de développement. En 2006, l’autorité des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest a accepté de réorganiser les deux filiales de l’ex-fonds de la Cedeao créé en 1975, c’est-à-dire la fusion du Fonds régional de développement de la Cedeao (FRDC) dédié au financement du secteur public et la banque régionale d’investissement de la Cedeao (BRIC) dédiée au financement du privé. Cela, dans le but d’étendre les services de la banque à une plus large variété d’acteurs impliqués dans le développement des activités économiques ainsi que des programmes au niveau tant national que régional. La BIDC a commencé ses opérations sous cette nouvelle structure en janvier 2007 et est à ce jour l’une des plus grandes institutions financières en Afrique. Pour revenir à votre question, tout n’a pas été facile. Je suis heureux d’annoncer qu’en 2021 la banque a mobilisé des ressources estimées à plus d’un milliard de dollars auprès de sources de financement diversifiées, y compris des partenaires financiers de la Cour européenne des comptes (ECA), ainsi que des partenaires bilatéraux. Aujourd’hui, nous sommes très reconnaissants envers des partenaires tels que AKA Bank, ODDO BHF, Commerzbank, KfW IPEX Bank, Ebu Dhabi Export Finance et Cargill Financial Services Inc. En mai 2021, la banque a établi un record suite à l’émission d’un emprunt obligataire par appel public à l’épargne dénommé « BIDC-EBID 6,50 % 2021-2028 » d’un montant de 50 milliards de FCFA (environ). L’opération a démarré et s’est achevée en l’espace d’une heure avec 168 % de souscription. De plus, nous avons également reçu un financement de 40 milliards de FCFA provenant de Bank of Africa en novembre 2021. J’aimerais souligner que, suite à la meilleure notation reçue par la banque auprès de l’agence Moody’s, tous les partenaires veulent nous octroyer des financements. La banque a reçu la notation B2, ce qui a ouvert la voie aux financements provenant de beaucoup de partenaires bilatéraux. Donc la problématique de ressources n’est plus d’actualité à la banque.

Comment la banque s’est-elle arrangée pour atteindre ce niveau de notation par l’agence Moody’s en si peu de temps après une période d’incertitude ?

Avant, nous avions des perspectives négatives et les agences internationales de notation nous avaient adressé quelques recommandations. Il s’agissait de certains actifs non performants de la banque. En plus, on avait un taux de prime minimum (TPM) élevé et, en termes de souscription au capital, les États membres étaient, pour la plupart, encore redevables à la banque. Je peux également dire que nos procédures étaient un peu lentes et que nous avions des politiques obsolètes, ce qui entravait la rapidité de nos activités. Donc nous avions dû discuter à l’interne des remarques provenant de ces agences internationales de notation pour résoudre définitivement ces problèmes. En 2020, notre taux de prime minimum (TPM) était de l’ordre de 8,5 %. Mais ce taux a été rabaissé à 5,8 % quand l’agence de notation Moody’s évaluait les performances de la banque en fin d’année 2021. C’est le ratio exigé par le secteur. En termes de souscription au capital, nous avions en 2020 environ 140 millions de dollars. Mais, à la fin d’année 2021, nos États membres ont pour la plupart payé leurs redevances, en particulier les grands actionnaires que sont le Nigeria, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Sénégal. En fait, nous avions pu recouvrer 60 % des arriérés de capital à la fin de l’année 2021. Donc toutes ces performances, ajoutées à la qualité de nos services, ont motivé les agences internationales de notation à élever notre notation. Nous avons aussi revu notre portefeuille pour être beaucoup plus performants. Cette bonne notation reçue par la BIDC continue d’attirer des investisseurs.

Les Institutions de financement se sont réunies en 2020 en France pour évaluer les enjeux et défis du secteur. La BIDC avait également pris part à cette grande rencontre. Quelles étaient les grandes recommandations issues de cette rencontre et comment les mettez-vous en pratique en cette période marquée par la crise sanitaire ?

La récente rencontre a exhorté les institutions financières de développement (IFD) à beaucoup plus de collaboration afin de faire face aux conséquences issues de la pandémie. À cet effet, la BIDC a déjà fait des avancées significatives et va continuer de renforcer ses collaborations avec ses différents partenaires dans le secteur du financement afin de mobiliser beaucoup plus de ressources pour développer des projets dans la sous-région. En effet, pour la seule année 2021, suite à la crise sanitaire, nous avons décidé d’injecter beaucoup de financements dans les différentes économies en Afrique de l’Ouest afin de soutenir la relance économique. Je suis ravi de vous informer qu’en 2021 nous avons injecté environ 267 millions de dollars dans les différents secteurs de la vie économique en Afrique de l’Ouest. Et je peux affirmer avec certitude que la relance économique est en bonne marche dans notre sous-région.

Vous affirmez avec certitude que la mobilisation des ressources n’est plus un problème avec la BIDC. Mais qu’en est-il des ressources concessionnaires disponibles dans la sous-région ?

Vous avez évidemment raison puisqu’à cause des dispositions qui existent entre nos États membres et les institutions de Bretton Woods, notamment le Fonds monétaire international (FMI), certains d’entre eux ne peuvent pas lever des fonds sur le marché international. Donc il est primordial qu’une institution régionale telle que la BIDC mette en place des mécanismes leur permettant d’accéder aux financements concessionnaires en vue de soutenir leurs différents programmes de développement. À cet effet, j’aimerais vous informer que le gouvernement indien, à travers Indian Exim Bank, a octroyé une enveloppe d’environ 1 milliard de dollars à la banque d’investissement et de développement de la Cedeao sous des termes concessionnaires afin de permettre à notre institution de prêter à nos États membres.

Auparavant vice-président de la BIDC chargé des finances, de l’administration et des services institutionnels. George Agyekum Nana Donkorest est devenu le président de l’institution le 3 février 2020. © Blamé Ékoué

En ce moment même, nous disposons déjà d’environ 90 % de facilités de crédit. Hormis cet avantage du gouvernement indien, que je tiens à remercier à travers votre canal, nous sommes en train de négocier avec d’autres partenaires asiatiques en vue d’obtenir des financements concessionnaires pour nos États membres. En plus, nous avons mis en place à l’interne de la banque ce que nous appelons un « fonds de bonification d’intérêt ». Ce fonds est mis en place par la banque en collaboration avec la Commission de la Cedeao. À la fin de chaque exercice financier, nous mettons de côté une partie de nos bénéfices pour alimenter ce fonds. La Commission de la Cedeao est censée nous donner environ 4 millions de dollars chaque année pour soutenir ce fonds. L’idée motrice conduisant à la mise en place de ce fonds est de subventionner les projets du secteur public. Cela, dans le but de permettre aux États membres d’accéder à des financements provenant de la banque avec des taux concessionnaires et avantageux afin de leur permettre de financer leurs projets.

Allant toujours dans le sens de la mobilisation de ressources, est-ce que la banque a aussi recours aux sociétés financières privées pour booster ses activités ?

Les pères fondateurs de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest ont reconnu le rôle essentiel que les sociétés de capital-investissement peuvent jouer au sein de l’actionnariat de la banque. C’est ainsi qu’environ 30 % de notre capital autorisé ont été réservés à des membres non régionaux. Ces membres non régionaux sont constitués d’entités ou de firmes privées appropriées, d’États, des organisations internationales de financement, ainsi que des organisations multilatérales de développement n’appartenant pas aux États membres. J’aimerais également préciser que le Conseil des gouverneurs, l’autorité principale de prise de décision de la banque, avait auparavant invité des entités non régionales à intégrer l’actionnariat de la banque. En ce moment précis, des invitations sont adressées à certains membres non régionaux pour entrer dans l’actionnariat de la banque. Les discussions sont toujours en cours avec des entités à travers le monde pour voir la nécessité pour elles d’entrer dans notre actionnariat. Les négociations ont beaucoup avancé, mais ce n’est pas le moment pour moi ici de donner des noms car les transactions n’ont pas encore été faites à ce stade des négociations. Mais, s’il plaît à Dieu, je pense qu’ils feront bientôt leur entrée dans l’actionnariat de la banque afin de booster le capital. Pour la mobilisation de ressources, les textes sont déjà disponibles et le Conseil des gouverneurs a déjà décidé de l’ouverture de l’actionnariat de la banque à des partenaires non régionaux.

Face à la baisse des ressources pour financer les projets de développement dans les pays en Afrique de l’Ouest, pourquoi ne pas recourir à une mobilisation de ressources sur des marchés financiers locaux ?

Vous devriez savoir que la banque a réussi à lever des fonds depuis 2006 sur le marché financier de l’Union économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest (Uemoa) à six différentes reprises. Comme je l’avais dit précédemment, nous avons effectué une opération en mai 2021 sur ce marché. Elle a démarré et s’est achevée en l’espace d’une heure avec 168 % de souscriptions. La banque ambitionne de réaliser un autre record à travers une autre émission dans le courant du deuxième trimestre 2022 pour mobiliser 120 milliards de FCFA environ (183 millions d’Euros). En plus, la banque s’efforce de reconquérir le marché financier nigérian. En effet, nous sommes en train de déployer des efforts afin de lever des fonds en nairas (devise locale) sur le marché financier nigérian. Cela, dans le but d’utiliser ces mêmes ressources financières levées sur le marché financier local en nairas pour financer les projets du pays. Nous envisageons de faire de même en levant des ressources en cedis au Ghana pour financer des projets sur place. Bref, des efforts sont consentis dans ce sens sur certains marchés financiers des États membres.

La banque d’investissement et de développement, bras financier de la Cedeao, a été lancée en 2003. Son siège est situé à Lomé, la capitale du Togo, non loin de la BOAD, la banque de développement de la sous-région ouest-africaine. © Blamé Ékoué

La crise sanitaire a paralysé les activités de la sous-région. Quels sont les impacts de cette crise sanitaire sur les activités de la BIDC ?

Comme vous le saviez déjà, l’impact de la crise sanitaire a affecté toutes les entités dans tous les secteurs d’activité. En tant qu’institution financière de développement, nous demeurons sensibles à la détresse de nos clients, qui sont aussi pour certains nos actionnaires. L’impact de la pandémie de Covid-19 sur les activités économiques a été assez révélateur avec une situation financière précaire des entreprises. L’un des secteurs clés ayant beaucoup souffert durant cette pandémie n’est autre que celui de l’industrie hôtelière. Les restrictions de voyages imposées comme une mesure de lutte contre la propagation ont affecté la fréquentation des hôtels. En outre, l’embargo imposé sur la tenue des conférences dans plusieurs pays dans la sous-région ouest-africaine en pleine flambée épidémique explique le fait que la plupart des entreprises de ce secteur ne généraient pratiquement plus de revenus. Par conséquent, il serait insensible de la part de la banque d’exiger que ses débiteurs continuent de s’acquitter de leurs dettes comme c’était prévu avant la pandémie. En effet, la banque a accordé une période moratoire d’acquittement des créances à sept entités afin de leur permettre d’avoir une marge de manœuvre pour affronter la pandémie. Cette situation a conduit à une réduction du flux de liquidités pour la banque avec un impact découlant sur la profitabilité. Une fois nos revenus d’intérêts réduits, toutes les activités de la banque tournaient au ralenti parce qu’on ne pouvait pas atteindre les résultats escomptés. Les agences de notation ont vu en ce geste quelque chose de problématique dans leurs évaluations des notations, cela, du fait que la période moratoire dépassait 90 jours, leur seuil permis pour les dépréciations sur des prêts accordés. En effet, cette situation a entraîné une hausse du niveau des prêts non productifs de la banque, ce qui a, à leurs yeux, exercé une pression à la baisse sur la cote de solvabilité de la banque. En plus, certains États membres faisaient face à une instabilité politique et cela a eu des répercussions négatives sur la banque. Pire encore, il y a eu une détérioration de la chaîne d’approvisionnement conduisant à une hausse des prix des biens et services dans la plupart des États membres. Certains étaient au bord du gouffre, pour ne pas parler de récession. Tous ces facteurs ont contribué à affecter négativement nos activités parce que les États membres sont nos clients et en même temps nos actionnaires. Donc l’impact de la crise sanitaire sur nos activités en tant que banque a été immense. Toutefois, il a fallu trouver une voie de sortie pour surmonter la situation en réduisant considérablement nos dépenses. Nous étions aussi capables de recouvrer certains prêts. Bref, nous avons pu réaliser des profits à la fin de l’année financière en décembre 2021. Face à la situation qui prévalait, nous étions obligés de réduire nos dépenses.

Quels sont les grands défis auxquels feront face les institutions opérant dans le secteur financier ou bancaire après la crise sanitaire dans la sous-région ?

Le flux des capitaux en direction de l’Afrique de l’Ouest pourrait être inhibé par la hausse des taux d’intérêt dans les économies les plus développées du monde. Cela, à cause de la flambée des prix due à la crise sanitaire, entraînant une rupture des chaînes d’approvisionnement. En effet, cette situation ne sera pas seulement l’apanage des États de l’Afrique de l’Ouest suite aux coûts élevés des emprunts mais le secteur bancaire aura également fort à faire pour avoir accès à des ressources financières nécessaires afin d’exécuter leur mandat. L’autre défi à relever sera également le risque accru de défaut de paiement étant donné que beaucoup d’entités se retrouvent dans des conditions financières précaires post-Covid-19. Si on n’en tient pas compte, les prêts non performants (PNP) vont augmenter de court et moyen terme et pourraient même finir par compromettre la qualité des actifs du secteur bancaire. Le risque accru crée une certaine aura d’incertitude qui conduira à un examen approfondi des modèles d’affaires. À cet effet, beaucoup de ressources financières et des heures de travail seront dédiées à l’évaluation des crédits, ce qui va ralentir sûrement le processus d’octroi de prêts. En tant que banque, nous avons réellement renforcé notre processus d’octroi de prêts. Car, si on ne fait pas ainsi, on fera face à un risque accru de défaut de paiement de crédits. Nous avons aussi changé notre modèle d’affaires. Au lieu d’octroyer des crédits à des promoteurs particuliers ou privés, nous passons maintenant par le canal des banques commerciales. Nous faisons ainsi parce que nous pensons que les banques commerciales sont dans une meilleure position pour faire le suivi et gérer le risque en ce qui concerne les projets dans le secteur privé. Donc nous avons déjà changé notre modèle d’affaires en tenant compte des changements dus à la pandémie de Covid-19. Aujourd’hui, la BIDC accorde des prêts aux banques commerciales qui, en retour, prêtent aux promoteurs de projets dans la sous-région. Ainsi, nous avons pu réduire considérablement le risque accru de défaut de paiement de crédits.

La guerre en Ukraine a montré une dépendance accrue des États africains vis-à-vis du monde occidental de certains produits de base tels que les céréales et même l’engrais. Que faire dans le futur pour éviter que, dès qu’une guerre éclate sur un autre continent, l’Afrique n’en pâtisse pas trop ?

C’est vrai que la guerre entre la Russie et l’Ukraine a des conséquences sur le monde entier. Comme vous le savez, la Russie est l’un des plus grands importateurs d’engrais au monde. Les deux pays sont également les plus grands producteurs de blé. Avec la guerre entre ces deux pays, le prix de ces denrées flambe. Pire encore, je peux dire qu’avec cette guerre le prix des biens et services est en train d’être impacté sur notre continent. Désormais, le moment est venu pour que les pays africains en général et ouest-africains en particulier puissent développer leurs propres capacités en termes d’agriculture mais aussi la transformation des produits agricoles. Nous avons besoin de transformer ces produits agricoles en produits manufacturés qui ont une valeur ajoutée sur le marché mondial. Bref, on aura besoin de transformer une bonne partie de nos matières premières dans la sous-région ouest-africaine pour ne pas continuer à dépendre du monde occidental. Je pense que l’agriculture sera la clé du développement de la sous-région mais également du continent tout entier. Les États auront désormais besoin de mettre sur pied des solutions pour booster ce secteur car cela permettra de générer des revenus à travers l’exportation de produits agricoles manufacturés vers l’Occident.

Avec Le Point propos recueillis par notre correspondant à Lomé, Blamé Ekoué