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Monnaie numérique : le Ghana en pole position

septembre 20, 2021

DÉCRYPTAGE. Alors que la course à la monnaie numérique de banque centrale bat son plein, l’Afrique n’est pas en reste et le Ghana se rêve en précurseur avec de nombreux avantages à la clé.

Premier pays africain a avoir annonce vouloir se doter d'une devise numerique en juin, a l'instar de la Chine, l'Europe ou encore la Russie, le Ghana vient d'annoncer le lancement de la phase pilote de l'e-Cedi.
Premier pays africain à avoir annoncé vouloir se doter d’une devise numérique en juin, à l’instar de la Chine, l’Europe ou encore la Russie, le Ghana vient d’annoncer le lancement de la phase pilote de l’e-Cedi.© ISSOUF SANOGO / AFP

La banque centrale du Ghana planche activement sur le lancement d’une monnaie numérique, appelée e-Cedi. En juin dernier, le gouverneur Ernest Addison a révélé que le projet à un stade avancé passerait par trois phases : conception, mise en œuvre et pilotage – avant sa mise en circulation. En cette rentrée de septembre, le pays est bien décidé à entrer en phase pilote. L’ex-Gold Coast veut figurer parmi les premiers pays du continent africain à engager un tel chantier. « La phase de conception, qui implique la conception de la monnaie numérique, est terminée. La banque centrale en est à la phase de mise en œuvre et de pilotage où quelques personnes pourront utiliser le cedi numérique sur leurs applications mobiles et autres appareils », indique l’institution. Dans la course à la monnaie numérique, les grandes puissances comme la Chine, les États-Unis, le Royaume-Uni, le Brésil ou encore l’Union européenne sont déjà dans les starting-blocks. Seules les Bahamas disposent à ce jour officiellement d’une monnaie numérique nationale.

Pourquoi l’Afrique se lance

Bien que les contextes soient différents, le continent africain offre des opportunités considérables pour la monnaie numérique. Si l’Afrique reste l’un des continents les moins bancarisés du monde, seulement 15 % de la population dispose d’un compte bancaire, le paradoxe veut que les Africains soient très bien équipés en mobiles. Deux éléments qui donnent des idées aux banques centrales qui espèrent atteindre rapidement leurs objectifs.closevolume_off

Ainsi, le e-Cedi numérique serait un futur moyen de paiement électronique sur smartphone amené à potentiellement compléter et non pas remplacer les pièces et les billets en circulation aujourd’hui. Pour les gouvernements, une monnaie numérique émise par une banque centrale (MNBC), permet non seulement d’apporter une réponse à la dématérialisation croissante des paiements, mais aussi de prévenir les risques que fait peser la multiplication des cryptomonnaies, des stablecoins et autres projets financiers des Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). Les avantages de la monnaie numérique sont nombreux pour les Africains, qui pourront par exemple transférer de l’argent sans frais.

Haro sur les cryptomonnaies ?

Mais alors quelle différence avec les cryptomonnaies ? Selon Investopedia, un site Web américain dédié aux questions monétaires et financières, les cryptomonnaies sont trop instables pour jouer le rôle d’argent car elles ne sont pas réglementées par un organisme public ou reconnu au sein de l’État. Elles sont gérées par des sociétés privées et sont soumises à la volatilité du marché, qui les rend inaptes à satisfaire les capacités habituelles de trésorerie. Contrairement aux cryptomonnaies qui connaissent des inflations élevées, des pertes importantes et des incertitudes sur les valeurs futures, le e-Cedi devrait être moins volatil car il sera soutenu par l’État. En cas de fluctuations du marché, la banque centrale interviendra et trouvera une solution durable à l’instabilité du marché.

Pékin interdit l’utilisation des cryptomonnaies car elles ne sont pas régulées par des institutions financières et sont sujettes à spéculation.

L’inclusion financière en ligne de mire

L’enjeu de l’inclusion financière est tout aussi important dans le contexte africain. Selon l’Atlantic Council Geotech Center, les solutions d’argent numérique tout comme le mobile money sont considérés comme des moyens d’accroître l’inclusion financière en poussant les gouvernements à inclure les populations non bancarisées dans l’économie digitale. Selon la Banque d’Angleterre, la monnaie numérique peut également augmenter le produit intérieur brut (PIB) d’un pays jusqu’à 3 % en réduisant les coûts de transaction associés aux transferts et aux transactions.

« Je peux par exemple avoir une carte – une carte très simple – sur laquelle je peux stocker mon e-Cedi. Plutôt que de transporter une grosse somme d’argent quelque part pour effectuer un paiement, je pourrais avoir une de ces cartes et enregistrer l’e-Cedi dessus. Il est également important de mentionner que parce que c’est numérique, vous pouvez économiser au-delà des cartes ; vous pouvez également l’enregistrer sur des appareils intelligents tels que des montres intelligentes, des téléphones intelligents. Vous pouvez enregistrer [ l’e-Cedi] sur n’importe quel appareil intelligent », a précisé cette semaine Kwame Oppong, responsable de la technologie financière et de l’innovation à la Banque du Ghana. « Heureusement pour nous, nous disposons d’un système QR (Quick Response) unifié qui permet aux très petits commerçants – les microcommerçants – d’avoir la possibilité de recevoir des paiements par voie numérique », a-t-il souligné. La banque centrale du Ghana s’est associée à Emtech, une startup fintech américaine dédiée aux banques centrales. Ce partenariat vise à utiliser le logiciel d’Emtech pour tester des solutions innovantes, notamment la blockchain. La société allemande Giesecke + Devrient a également été sollicitée pour piloter le projet.

Pour le Ghana, cette annonce intervient dans un contexte de tensions autour de la monnaie, le Cedi. Depuis mai, la devise du deuxième plus grand producteur de cacao au monde ne fait que baisser. En effet, le rebond de l’économie après l’épidémie a incité les entreprises à stocker des dollars pour acheter des produits et se développer. Bien que la banque centrale du Ghana ait reçu une injection massive de devise américaine, la demande pour le dollar a bouleversé l’offre, provoquant la chute du Cedi. Malheureusement, la valeur de la monnaie numérique est basée sur les fluctuations de la devise physique.

Monnaie numérique : quels avantages pour l’Afrique ?

Au-delà de la question de savoir quel sera le premier africain à lancer une monnaie numérique soutenue par l’État, des questions plus globales restent en suspens. La monnaie numérique augmentera-t-elle la facilité de paiement et de règlement des transactions ? Répondra-t-elle aux défis des envois de fonds sur le continent ? Sur quelle blockchain fonctionnera-t-elle ? D’autres préoccupations tournent autour de la question de sa pertinence dans le maintien de la stabilité des régimes budgétaires et monétaires.

En attendant, les Ghanéens se demandent s’ils pourront utiliser l’e-Cedi dans d’autres pays. Le Dr. Maxwell Opoku Afare, premier vice-gouverneur de la Banque du Ghana s’est voulu rassurant en affirmant qu’il y aurait une coordination entre la banque centrale du Ghana et d’autres banques centrales à travers le monde, pour permettre aux Ghanéens d’utiliser également l’e-Cedi pour les transactions internationales. Cette affirmation pourrait devenir une réalité, puisque dans la sous-région ouest-africaine, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) planche déjà sur ce sujet. Plusieurs pays africains travaillent à élaborer leur devise numérique, parmi eux on peut citer l’Afrique du Sud, le Nigeria ou encore le Maroc.

Par Le Point/Afrique

Ghana : polémique autour d’un deal pétrolier de 1,4 milliard de dollars

septembre 14, 2021

Les découvertes dans les deux blocs pourraient accroître la production pétrolière du Ghana de 200 000 barils par jour d’ici à 2026.

Le Parlement ghanéen a décidé de réaliser un emprunt de 1,45 milliard de dollars pour sa compagnie pétrolière. Mais cette décision est loin de faire l’unanimité.

« Et c’est ainsi qu’un pays d’Afrique de l’Ouest en difficulté a signé une aubaine de plusieurs centaines de millions de dollars pour l’un des hommes les plus riches de l’un des pays les plus riches du monde », a déploré l’entrepreneur et activiste ghanéen Bright Simons dans une tribune publiée récemment dans The Africa report.

Un milliard six cent millions de dollars : tel est le montant demandé par le ministre de l’Énergie ghanéen, Matthew Prempeh, devant le Parlement afin de les prêter à sa compagnie pétrolière la Ghana National Petroleum Corporation (GNPC). Cet emprunt devrait permettre l’achat de participations dans des blocs pétroliers exploités par deux sociétés norvégiennes Aker Energy et AGM.

AKER ET AGM SONT DEUX COMPAGNIES NORVÉGIENNES DÉTENUES PAR LE MILLIARDAIRE KJELL INGE RØKKE

Concrètement, le gouvernement souhaite acquérir une participation directe et indirecte de 37 % dans le bloc Deepwater Tano/Cape Three Points (DWT/CTP) auprès d’Aker Energy, et une participation de 70 % dans le bloc adjacent South Deepwater Tano (SDWT) auprès d’AGM Petroleum.

Aker et AGM sont deux compagnies norvégiennes détenues par le milliardaire Kjell Inge Røkke, qui a fait fortune dans le transport maritime. Aker Energy est une coentreprise à parts égales entre Aker, une société pétrolière de 7,5 milliards de dollars détenue à plus de 80 % par Kjell Inge Røkke, et un holding familial, TRG. AGM Petroleum est, quant à elle, entièrement détenue par TRG.

Plafonnement à 1,4 milliard de dollars

Un milliard trois cent millions de dollars devront permettre le rachat de participation dans des blocs pétroliers, et 350 millions de dollars serviront à couvrir des coûts de développement du champ de Pecan, qui pourrait produire du pétrole d’ici à 2024.

LES DÉCOUVERTES POURRAIENT AJOUTER 200 000 BARILS PAR JOUR À LA CAPACITÉ PÉTROLIÈRE GHANÉENNE

Or, après plusieurs réunions et délibérations, le Parlement a décidé de réduire le financement de 1,3 à 1,1 milliard de dollars. Le montant de 350 millions de dollars pour le champ de Pecan est quant à lui maintenu. Ainsi, le Parlement ghanéen a ouvert la voie permettant au gouvernement d’emprunter 1,45 milliard de dollars pour investir dans le secteur pétrolier.

Selon le ministère de l’Énergie, cet accord aboutira à la formation d’une société d’exploitation conjointe avec Aker Energy, AGM et GNPC Exploraco, la filiale d’exploitation de la compagnie pétrolière ghanéenne.

« Les découvertes réalisées dans les deux blocs pourraient ajouter 200 000 barils par jour à la capacité pétrolière du Ghana d’ici quatre à cinq ans, soit près du double de la production actuelle », a déclaré Matthew Prempeh. « La valeur des deux licences d’exploitation a été estimée entre 2 et 2,55 milliards de dollars », poursuit ce dernier.

Un montant « terrifiant »

Mais les projets du gouvernement du président Nana Akufo-Addo sont loin de faire l’unanimité. Selon l’activiste Bright Simons, les estimations des deux blocs n’ont pas été faites correctement.

Selon lui, si l’analyse des risques du projet et le prix du pétrole avaient été raisonnables sur le long terme, l’évaluation correcte de l’investissement nécessaire aurait été compris entre 350 et 450 millions de dollars. Or, « l’écart entre ces chiffres et le montant de 1,1 milliard de dollars que le gouvernement du Ghana est prêt à payer est terrifiant », explique l’entrepreneur.

EN PRÊTANT CET ARGENT, LE GOUVERNEMENT AUGMENTE LA DETTE NATIONALE DE 5 %

« Il est conseillé au Ghana de ralentir ce plan hallucinant visant à accroître la richesse des milliardaires norvégiens et à accumuler des centaines de millions de dollars de nouvelles dettes et de risques financiers dans le processus », poursuit Bright Simons.

En outre, une alliance composée de quinze associations issues de la société civile s’est indignée de cet accord. « En prêtant cet argent, le gouvernement augmente la dette nationale de 5 % », affirme cette dernière dans une tribune publiée dans la presse ghanéenne.

Enfin, la compagnie pétrolière russe Lukoil, qui détient une participation de 38 % dans le bloc Deepwater Tano Cape Three Points (DWT/CTP), a déclaré ne pas avoir été mise au courant de la vente éventuelle des parts d’Aker Energy à la GNPC.

Négociations en cours

Face à ces inquiétudes, le ministre de l’Énergie s’est voulu rassurant « Nous pouvons confirmer que GNPC dispose du soutien financier et des compétences techniques nécessaires pour acquérir les participations en discussion et participer à la société opératrice, qui restera inchangée ».

Pour le gouvernement ghanéen, il s’agit avant tout de prendre des garanties pour le futur, dans le cas où les actionnaires majoritaires actuels du projet, engagés dans un « tournant vert », décideraient de reconsidérer la production des deux sites.

NOUS DEVONS CORRIGER CETTE IMPRESSION QU’UN PRIX A ÉTÉ DÉTERMINÉ

« Les pays occidentaux ont extrait du pétrole dans leur arrière-cour et dans nos champs, et veulent maintenant que nous y laissions le nôtre. En tant que ressortissant d’un pays en développement, j’ai beaucoup de mal à accepter cette situation […]. S’ils nous retirent les investissements, cela signifie que nous ne pourrons pas développer nos champs et que notre pétrole restera dans le sol », à déclaré le directeur général de la GNPC Kofi Koduah Sarpong.

« Nous devons donc corriger cette impression qu’un prix a été déterminé. Ce n’est pas le cas, nous sommes en train de discuter, de négocier et de nous mettre d’accord sur le prix. Le Parlement, dans sa sagesse, a fixé un plafond que nous ne devons pas dépasser. Je tiens à féliciter le Parlement d’avoir donné un seuil au ministre. Ainsi, l’allégation selon laquelle un prix a été déterminé est erronée », a souligné Kofi Koduah Sarpong.

Avec Jeune Afrique par Solène Benhaddou

Côte d’Ivoire, Ghana réveillez-vous ! La Chine exporte du cacao vers la Belgique

août 19, 2021

Séchage des fèves de cacao au Ghana

Premiers fournisseurs mondiaux, les exportateurs africains de cacao ne touchent que 5 % des revenus de l’industrie du chocolat, sur un total annuel mondial de 130 milliards de dollars. Ils doivent maintenant faire face à l’arrivée de la Chine sur le marché.

En 2013, Mondelez, la société mère de Cadbury Australia, avait annoncé qu’elle allait investir 59 millions de dollars dans des essais de culture de cacaotiers le long de son usine de Hobart, en Tasmanie, au nord de l’Australie. Le but était d’augmenter la production annuelle de fèves.

Cela aurait dû être un premier signal d’alarme pour les producteurs africains. C’est désormais la Chine qui se lance dans la production de cacao, avec des projets expérimentaux qui ont déjà permis l’exportation de fèves vers la Belgique.

L’Afrique subsaharienne fournit aujourd’hui 86 % de la production mondiale de fèves de cacao, les 14 % restants étant apportés par le Brésil (12 %) et Trinidad-et-Tobago (2 %), mais elle ne touche que 5,35 % des revenus générés par l’ensemble de l’industrie (de la fève brute aux tablettes de chocolat).

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Pourquoi ? Pour certains, cela tient au fait que l’Afrique consomme elle-même peu de ses produits dérivés, avec seulement 1 % de la consommation mondiale.

D’autres estiment que l’Afrique, contrairement à l’Europe, n’a pas encore la capacité technique de construire des modèles intégrés pour transformer la matière première en produits finis et gérer la chaîne d’approvisionnement.

D’aucuns mettent en avant le manque d’investisseurs industriels, dû à des conditions d’emprunt difficiles (taux trop élevés, garanties exigées trop strictes), d’une préférence pour la liquidité et plus globalement d’un manque de confiance dans l’économie.

Une vision trop réduite des choses

Ces trois arguments sont tout à fait recevables. Mais si nous ne parvenons pas à capter plus de la valeur de la chaîne d’approvisionnement c’est parce que nos petits exploitants agricoles, nos coopératives, nos organismes de réglementation et les gouvernements en place ne voient pas assez grand.

Ils laissent l’ensemble de l’industrie locale planter les fèves, les récolter et les vendre à des courtiers internationaux à des prix inférieurs à ceux acceptés sur les marchés internationaux des matières premières.

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La chaîne de valeur est donc biaisée, au détriment des pays qui dépendent de la production primaire. En effet, l’agriculture comprend quatre socles : la production primaire, le stockage, la transformation et la distribution, mais ces différents niveaux ne sont pas rémunérés de la même manière. Plus on avance dans la chaîne d’approvisionnement, plus on gagne.

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Menace chinoise

C’est dans ce contexte inquiétant qu’il faut placer l’arrivée de la Chine sur le marché du cacao. L’Académie chinoise des sciences agricoles tropicales (CATAS) a travaillé à la culture du cacao dans la province de Haina et a récemment exporté 500 kg de fèves de cacao vers la Belgique, pour une valeur dérisoire de 3 044 euros (pour l’instant).

NOUS DEVONS CHANGER AU PLUS VITE LA FAÇON DONT NOUS PRODUISONS LE CACAO

Alors que le Cocobod du Ghana (l’organisme paraétatique qui organise la production de cacao du pays) a assuré que cette exportation chinoise n’avait rien d’inquiétant, le secrétaire général de l’Union générale des travailleurs agricoles du Ghana, Edward Kareweh, s’est montré lui beaucoup plus préoccupé. « Nous devons changer au plus vite la façon dont nous produisons le cacao dans ce pays. Nous utilisons des pioches et des couteaux dans nos exploitations depuis plus de 100 ans », a-t-il déclaré.

La Chine a compris qu’elle pouvait tirer parti de la fragilité du modèle africain en produisant suffisamment de fèves pour le vendre à l’Europe, dans le but de réduire sa balance commerciale due à l’importation de chocolat.

Elle songe même à développer ses propres industries pour fabriquer des barres de chocolat et d’autres produits dérivés qui serviront à nourrir 1,4 milliard de Chinois. La fève de cacao est riche, et peut être utilisée dans les barres de chocolat donc, mais aussi dans les préparations pour gâteaux, les aliments pour le petit-déjeuner, les boissons, la crème glacée.

Des solutions malgré tout

Pour tenter de s’emparer d’une plus grande partie de la chaîne de valeur le Ghana et la Côte d’Ivoire ont créé un « Chocopec », avec un prix plancher en dessous duquel les agriculteurs ne peuvent pas vendre leurs matières premières.

Mais la décision du Cocobod au Ghana et du gouvernement ivoirien de fixer un prix plancher pour la fève est en réalité contre-productive. Car si l’Afrique subsaharienne contrôle 86 % de la chaîne d’approvisionnement mondiale en intrants primaires, elle ne contrôle pas la division « achat » des produits dérivés, ni les sections secondaire (autrement dit la fabrication) et tertiaire (la logistique et la distribution) de la chaîne de valeur ajoutée.

La réponse se situe en partie dans l’intégration en amont, c’est-à-dire par la substitution des importations.

Certains pays comme la Côte d’Ivoire ont déjà entamé ce processus. Mais la plupart des additifs primaires nécessaires à la transformation du beurre de cacao en chocolat, comme le lait et le sucre, sont encore importés d’Europe.

Cacao

Pour que la Côte d’Ivoire puisse tirer pleinement profit de sa production primaire de fèves de cacao, elle doit en outre trouver des marchés dans son pays et sur le continent, car elle ne peut pas construire une chaîne d’approvisionnement sans acheteurs.

Une solution envisageable serait de veiller à ce que le Nigeria développe son plan national de transformation de l’élevage (NLTP) dans le cadre de son programme de développement laitier. Cela lui permettrait de fournir à ses voisins les matières premières et les additifs nécessaires à la transformation du cacao, sans avoir à aller les chercher en Amérique du Sud.

Autre possibilité, la construction au Ghana de fermes d’élevage entièrement mécanisées pour la production de lait, ou encore la mise en place de modèles verticalement intégrés pour pouvoir transformer la canne à sucre.

Ces projets doivent être débattus au niveau régional, par exemple lors des sommets économiques organisés par les dirigeants politiques du continent.

L’Institut de recherche sur le cacao du Ghana (CRIG) a de son côté produit des échantillons de produits issus de ses recherches sur les utilisations futures du cacao. Les usages futurs sont nombreux : cosmétiques, produits de toilette, engrais, boissons, biocarburants etc. La commercialisation des résultats de cette étude pourrait être très intéressante, à condition toutefois de trouver un financement privé.

Repenser le modèle de financement

Or les projets qui émergent ont en effet souvent du mal à se financer.

Aujourd’hui les entrepreneurs ne peuvent pas obtenir un prêt sans fournir aux banques des actifs physiques en garantie car il n’existe pas de système conçu pour analyser la solvabilité des emprunteurs. Autrement dit, il est impossible d’avoir accès au capital de long terme avec des garanties moins exigeantes.

Le cas d’Edmond Poky l’illustre bien. Cet homme d’affaires ghanéen, qui a obtenu un MBA à Columbia, a décidé de quitter son emploi chez Goldman Sachs pour créer son entreprise. Mais au moment du lancement de son projet, il n’a pu lever au Ghana que 2 millions de dollars sur les 40 qu’il espérait obtenir et a finalement dû se financer sur les marchés américains. Son entreprise, Niche Cocoa Processing Limited, a engrangé l’an dernier 120 millions de dollars de revenu.

Seul un fonds d’investissement dédié aux entreprises aux entreprises ayant des modèles commerciaux et financiers bancables de transformer la fève de cacao en produits finis permettrait de lever ces obstacles au financement.

Les gouvernements, en partenariat avec la Banque africaine de développement, la Banque africaine d’import-export (Afrexim) et la Société financière africaine, ainsi que les banques de dépôt, doivent s’unir pour fournir des capitaux « patients », au coût raisonnable aux entrepreneurs ayant des projets intéressants.

Comme le dit un célèbre proverbe chinois : « Le meilleur moment pour planter un arbre était il y a 20 ans, le deuxième meilleur moment est maintenant ». C’est aujourd’hui l’occasion pour le continent africain de récupérer sa part du gâteau.

Par Jeune Afrique avec

Kelvin Ayebaefie Emmanuel

* Kelvin Ayebaefie Emmanuel est le co-fondateur et le DG de Dairy Hills

Diaspora: Décès du président de la communauté congolaise au Ghana

mai 13, 2021

La communauté Congolaise à Accra a le profond regret de vous annoncer le décès inopiné de Monsieur Freddy NGAMBA KAYA, ancien Président de la Communauté Congolaise au Ghana.


Décès survenu le 12 Mai 2021 à Accra.

Avec Brazzanews

Ghana : le président Akufo-Addo réélu, l’opposition conteste les résultats

décembre 10, 2020
Le président sortant Nana Akufo-Addo, arrive dans son bureau de vote, le 7 décembre 2020, à Accra, au Ghana.

Le président ghanéen Nana Akufo-Addo a été réélu mercredi à l’issue d’un scrutin extrêmement serré mais sa victoire est contestée par l’opposition qui dénonce une « attaque » à l’encontre de la démocratie.

Le chef de l’État, leader du Nouveau parti patriotique (NPP) a remporté 51,59% des voix contre 47,36% pour le candidat de l’opposition du Congrès national démocratique (NDC) John Mahama, a annoncé Jean Adukwei Mensa, présidente de la Commission électorale dans une vidéo diffusée en direct sur les réseaux sociaux.

Seules 515 524 voix séparent le président Akufo-Addo de son prédécesseur John Mahama, devenu chef de l’opposition en 2016.

Le NDC a aussitôt annoncé qu’il rejetait ce résultat.

« Les preuves accablantes disponibles nous empêchent d’accepter cette conclusion fallacieuse et précipitée », a déclaré Haruna Iddrisu, un parlementaire du parti tard mercredi lors d’une conférence de presse à Accra.

« Nous avons l’intention de prendre des mesures décisives et tangibles, concernant à la fois les résultats de la présidentielle et des élections parlementaires, pour renverser cette attaque éhontée et impudente de notre démocratie », a affirmé Haruna Iddrisu.

Le président appelle à la paix

« Je suis de nouveau profondément touché par la confiance que vous m’accordez et je ne la prends pas à la légère », avait auparavant déclaré le président sortant à une foule de partisans rassemblés devant chez lui après l’annonce des résultats.

LE MOMENT EST VENU DE S’UNIR, DE SE DONNER LA MAIN

Le président a aussi appelé à l’unité et à la paix au Ghana : « Le moment est venu, quelles que soient les affiliations politiques, de s’unir, de se donner la main et de se tenir côte à côte ».

Les résultats de la présidentielle ont été annoncés 48 heures après la fin du vote lundi, où plus de 17 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes pour choisir entre douze candidats à la magistrature suprême.

Taux élevé de participation

Le taux de participation de cette élection est de 79%, selon la Commission électorale.

Les Ghanéens élisaient également lundi leurs 275 députés, mais les résultats de ces élections législatives n’ont pas encore été communiqués par la Commission. Les deux principaux camps contestent une partie des résultats provisoires.

Des dizaines de partisans réunis devant la résidence du chef de l’État ont laissé éclater leur joie à l’annonce des résultats.

LES GHANÉENS ONT VOTÉ LIBREMENT

Les élections s’étaient déroulées globalement dans le calme, même si 5 personnes ont été tuées dans des violences électorales depuis lundi, selon la police.

« Il s’agissait d’incidents isolés, même si certains sont tragiques », a affirmé mercredi le chef de la mission d’observation de l’Union européenne Javier Nart. « Les Ghanéens ont voté lundi librement », a-t-il insisté.

Toutefois, au lendemain du vote, l’entente cordiale entre les deux candidats qui ont signé un « pacte de paix » les engageant à ne cautionner aucune violence lors du vote et à la proclamation des résultats, s’était effritée et le ton s’était durci.

Mardi soir, John Mahama avait prévenu qu’il « résisterait à toute tentative de vol du scrutin » alors que la rumeur selon laquelle il avait concédé la victoire circulait depuis plusieurs heures sur les réseaux sociaux.

Vieux adversaires politiques

John Mahama a également assuré que son parti avait remporté la majorité au parlement, déclaration aussitôt démentie par le ministre de l’Information Kojo Oppong Nkrumah.

Ces deux vieux adversaires politiques s’affrontaient pour la troisième fois, avec lors des deux précédents scrutins des résultats également serrés.

Pour sa réélection, l’actuel chef de l’État a bénéficié d’un bilan plutôt positif sur le plan diplomatique et social avec la création de lycées gratuits et un meilleur accès à l’éducation pour tous.

Chômage des jeunes

Les quatre prochaines années, il aura pour mission de s’attaquer au chômage des jeunes, qui été l’un des enjeux centraux de cette campagne. Plus de la moitié des électeurs avaient moins de 35 ans.

Depuis les années 2000, le pays a connu une forte croissance économique. Mais certaines régions, notamment dans le Nord, continuent de vivre dans le plus grand dénuement. Par ailleurs, la crise provoquée par le coronavirus a durement touché le pays, dont la croissance cette année devrait tomber à 0,9%, selon le FMI, soit le taux le plus bas depuis plus de 30 ans.

Par Jeune Afrique avec AFP

Présidentielle au Ghana : la tension monte d’un cran entre Nana Akufo-Addo et John Mahama

décembre 9, 2020
Lors du dépouillement, à Accra, à l'issue de la présidentielle et des législatives du 7 décembre 2020.

Au moins cinq personnes ont été tuées dans des violences qui ont éclaté au Ghana au lendemain de la présidentielle et des législatives du 7 décembre.

La situation se tend au Ghana, alors que le pays attend toujours la proclamation des résultats provisoires de l’élection présidentielle et des législatives, qui s’annoncent particulièrement serrés. Les services de sécurité ghanéens ont enregistré pas moins de 61 incidents électoraux et post-électoraux, sur l’ensemble du territoire, entre le lundi 7 et le mercredi 9 décembre. Des violences ont éclaté dans plusieurs régions du pays, dont certaines ont donné lieu à des échanges de tirs, a alerté la National Election Security Taskforce (NESF), en charge de sécuriser le processus électoral.

Au moins cinq personnes ont été tuées – deux dans la région d’Accra, deux dans la région de Bono Est et une dans le Nord – et une vingtaine d’autres blessées. Autant d’incidents qui « auraient pu être évités », insiste la NESF, qui promet « d’enquêter sur chacun d’eux ».

Vers un résultat serré

Ces violences interviennent alors que, le vote s’était déroulé dans le calme, lundi. Le scrutin avait même été salué comme un exemple à suivre en Afrique de l’Ouest par les observateurs internationaux. Mais les résultats s’annoncent serrés entre le président Nana Akufo-Addo, 76 ans, candidat pour le Nouveau parti patriotique (NPP), et son prédécesseur John Dramani Mahama, 62 ans, leader du Congrès national démocratique (NDC), principal parti d’opposition. Deux adversaires qui s’affrontent pour la troisième fois dans les urnes : en 2012, Dramani Mahama l’avait emporté avec 5,7 % des voix, avant que Akufo-Addo ne l’emporte à son tour en 2016 avec 53,8 % des suffrages.

La publication des premiers décomptes a donné lieu à une passe d’armes entre les deux candidats. La commission électorale, qui a publié les résultats de 7 régions sur 16 – un décompte partiel qui donne John Dramani Mahama en tête, devant Nana Akufo-Addo –, a appelé au calme et à la patience.

Mais le ton ne s’en est pas moins durci. Mardi soir, alors qu’une rumeur circulait sur les réseaux sociaux sur le fait qu’il aurait concédé sa défaite, John Dramani Mahama a prévenu qu’il « résisterait à toute tentative de vol du scrutin », accusant le chef de l’État sortant d’être « anti-démocratique ». Il a par ailleurs revendiqué la victoire de son parti aux législatives.

Une affirmation immédiatement démentie par le ministre de l’Information, Kojo Oppong Nkrumah. « Aucun candidat à ce stade ne devrait saper le travail de la commission électorale. C’est irresponsable et cela mettrait en danger la paix dans le pays », a mis en garde le ministre.

La Cedeao appelle à « préserver la paix »

Plus tôt dans la journée, la présidence avait de son côté publié des estimations de résultats portant sur 91 % des bureaux de vote, donnant Akufo-Addo vainqueur avec 52,25 % des voix, contre 46,44 % pour Dramani Mahama. Une initiative en contradiction avec le code électoral ghanéen, qui stipule que la commission électorale est la seule autorité habilitée à annoncer les résultats officiels et à proclamer le vainqueur.

Face à ces tensions, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a appelé les institutions à « poursuivre leur travail avec transparence et professionnalisme » et les deux candidats à « préserver la paix ». Trois jours avant le jour de vote, Akufo-Addo et Dramani Mahama avaient signé un « pacte de paix » dans lequel ils s’engageaient notamment à ne promouvoir aucune violence lors du vote et après la proclamation des résultats.

Par Jeune Afrique avec AFP

Présidentielle au Ghana : comme un air de déjà-vu

décembre 6, 2020
Nana Akufo-Addo au Cap, en février 2019.

Le Ghana se prépare à choisir lundi son président, dans un scrutin qui s’annonce serré entre deux adversaires politiques de longue date qui se sont engagés à ne promouvoir aucune violence lors du vote et de la proclamation des résultats.

Les sons des vuvuzelas, ces trompettes sud-africaines bourdonnantes, et les chants de ralliement des partis politiques avaient envahi samedi Accra, où les deux principaux candidats devaient tenir leur ultime meeting en ce dernier jour de campagne des élections législatives et présidentielle de lundi 7 décembre.

Le président Nana Akufo-Addo, 76 ans, a rassemblé des centaines de partisans, portant des masques anti-Covid à son effigie, lors d’une tournée dans les principaux quartiers de la capitale et de ses environs. « C’est gagné d’avance. C’est clair. Regardez cette foule, ça dit tout, il y en aura pour quatre ans de plus pour Nana », s’exclamait Dauda Faisal, qui soutient le parti du président, le Nouveau Parti Patriotique (NPP).

L’adversaire du chef de l’État, l’ancien président désormais candidat de l’opposition et du Congrès national démocratique (NDC), John Dramani Mahama, a de son côté rencontré samedi matin les responsables des principaux syndicats du pays. Il leur a promis plus d’emplois, dans un contexte de faible croissance économique. John Dramani Mahama, 62 ans, devait organiser dans la soirée son dernier meeting à Accra.

Troisième round

Cette campagne a peu mobilisé en raison de la pandémie, mais aussi d’une certaine lassitude. Dans les rues d’Accra vendredi, seuls les drapeaux miniatures des principaux partis accrochés à des lampadaires rappelaient la tenue de scrutins présidentiel et législatif. Les t-shirts à l’effigie des candidats, habituellement portés en période électorale, sont restés dans les placards. Pas de grand meeting ou d’animation : les militants ont fait du porte à porte, et les électeurs ont été encouragés à se rendre aux urnes par SMS.

Il faut dire que cette élection a comme un air de déjà-vu. De fait, ces deux irréductibles adversaires s’affronteront lundi pour la troisième fois. En 2012, Dramani Mahama avait remporté le scrutin avec 50,7% des voix. Puis, en 2016, Akufo-Addo l’avait emporté avec 53,8%.

« Cette élection est celle des bilans », affirmait vendredi Bernard Twum-Ampofo, un fonctionnaire de la capitale. « Il faut comparer les bilans des deux principaux candidats et choisir le meilleur ». L’actuel président « a instauré la gratuité des lycées » et son prédécesseur « nous a donné les infrastructures », dit-il, précisant n’avoir pas encore fait son choix.

Onze autres candidats

Onze autres candidats – dont trois femmes – sont aussi en lice, mais leurs chances de l’emporter sont minimes, alors que les deux principaux partis dominent la vie politique depuis l’instauration de la démocratie, il y a 28 ans. « Lundi j’irai aux urnes, car le Ghana a besoin d’une troisième force, nous sommes fatigués de la politique du NDC et du NPP », affirme Gifty Inkoom, une étudiante-infirmière.

DEPUIS LES ANNÉES 2000, LE PAYS A CONNU UNE FORTE CROISSANCE, MAIS CERTAINES RÉGIONS VIVENT DANS LE PLUS GRAND DÉNUEMENT.

Les prétendants devront convaincre les 17 millions d’électeurs ghanéens, dont plus de la moitié a moins de 35 ans. Le chômage, les infrastructures, l’éducation et la santé sont les principaux enjeux.

Depuis les années 2000, ce pays riche en or, cacao et plus récemment en pétrole, a connu une forte croissance. Et le taux d’extrême pauvreté a été divisé par deux en moins de 25 ans. Mais certaines régions, notamment dans le Nord, continuent de vivre dans le plus grand dénuement, sans eau potable ou électricité.

Surtout, la crise provoquée par le coronavirus a durement touché le pays, dont la croissance cette année devrait tomber à 0,9 %, selon le FMI, soit le taux le plus bas depuis plus de 30 ans. Le président sortant a été salué pour sa gestion de cette crise, et il a tenu certaines de ses promesses, notamment sur l’éducation et l’accès à l’électricité. Mais il a déçu sur son engagement principal : lutter activement contre la corruption. En novembre, le procureur spécial anticorruption a démissionné, accusant Nana Akufo-Addo d’obstruction dans son travail.

Un « pacte de paix » signé

De son côté, John Dramani Mahama devra faire oublier les accusations de mauvaise gestion économique qui avaient empêché sa réélection. Cette année, il peut toutefois compter sur sa colistière, Jane Naana Opoku-Agyemang, une ancienne ministre de l’Éducation, réputée intègre et originaire du Centre, une région clé pour remporter le scrutin.

Jusqu’ici, le Ghana a toujours échappé aux violences post-électorales, contrairement à plusieurs de ses voisins ouest-africains. La campagne a toutefois été marquée par des accrocs, les opposants accusant notamment la commission électorale de manque de neutralité.

TOUT LE MONDE DÉSIRE QUE CETTE ÉLECTION SE DÉROULE BIEN. IL Y A DÉJÀ BEAUCOUP TROP DE POINTS CHAUDS À GÉRER DANS LA RÉGION »

Le président et son principal opposant ont signé vendredi un « pacte de paix » et se sont engagés à ne promouvoir aucune violence lors du vote de lundi et à la proclamation des résultats. « J’ai confiance dans le processus électoral, et je suis heureux de dire que nous accepterons le souhait du peuple ghanéen », a déclaré le président Nana Akufo-Addo, lors d’une cérémonie symbolique organisée à Accra. « La paix, l’unité et la sécurité doivent être notre première préoccupation », a-t-il ajouté.

Pour Kojo Asante, du Centre ghanéen pour le développement démocratique, les élections devraient se dérouler dans le calme. Il souligne également le nombre important d’observateurs internationaux et locaux prévus : « tout le monde désire que cette élection se déroule bien. Il y a déjà beaucoup trop de points chauds à gérer dans la région ».

 Par Jeune Afrique avec AFP

Ghana : l’ancien président Jerry Rawlings est décédé

novembre 12, 2020
Jerry Rawlings, ici en 2011 à Nairobi, est décédé le 12 novembre 2020 à Accra.

L’ancien président ghanéen est mort à Accra, à l’âge de 73 ans, ce jeudi 12 novembre.

Jerry Rawlings est décédé ce jeudi 12 novembre au matin, à l’hôpital universitaire Korle-Bu d’Accra, où il avait été admis une semaine auparavant, selon plusieurs médias ghanéens. Il avait dirigé le Ghana de 1981 à 2001.

Né à Accra d’une mère ewe et d’un père écossais, Jerry Rawlings se fait remarquer très tôt pour son franc-parler et son envie de révolte. Jeune homme doué et brillant, il s’engage dans l’armée de l’air et obtient, en quelques années, le grade de flight lieutenant (l’équivalent du rang de capitaine dans l’armée de terre).

Coups d’État

En mai 1979, il participe à son premier coup d’État militaire. C’est un échec : il est arrêté, traduit devant une cour martiale – juridiction devant laquelle il choisit de se défendre seul – et libéré quelques semaines plus tard par un groupe d’officiers qui rêvent d’en découdre avec une hiérarchie qu’ils estiment corrompue. Ensemble, au mois de juin suivant, ils renversent pour de bon le régime de Fred Akuffo.

Jerry Rawlings est porté à la tête du pays et s’engage à rendre rapidement le pouvoir aux civils. Promesse tenue : des élections générales sont organisées et, trois mois plus tard, Rawlings s’efface pour céder la place à Hilla Limann, tout juste élu président. Jerry Rawlings a à peine plus de trente ans et il est déjà très populaire au Ghana.

Mais il ne restera pas longtemps dans l’ombre. Écœuré par le régime d’Hilla Limann, dont il fustige la corruption et la mauvaise gouvernance, Rawlings reprend les armes en décembre 1981. Il renverse Limann, prend la direction du Conseil provisoire de la défense nationale et s’installe durablement au pouvoir.

Démocratisation

Les débuts sont difficiles. Le Ghana fait face, depuis plusieurs années, à une grave crise économique et Rawlings doit se résoudre à appliquer le programme d’ajustement structurel du FMI. Politiquement, la situation n’est pas meilleure : la Constitution est suspendue, les partis politiques abolis, le Parlement dissous et les droits de l’homme malmenés.

Le Ghana finit malgré tout par retrouver un peu de normalité. Sous la pression de l’opposition et de la communauté internationale, Jerry Rawlings engage son pays sur la voie de la démocratisation. En 1992, il démissionne de l’armée et fonde le National Democratic Congress (NDC). Élu démocratiquement en 1992, il sera réélu en 1996 pour un second mandat à la tête du Ghana.

En 2000, la Constitution lui interdisant de briguer un nouveau mandat, Rawlings appuie la candidature de son vice-président, John Atta-Mills. Ce dernier échouera à s’imposer face à John Kufuor, mais Rawlings restera l’homme qui a tenu sa promesse et accepté de tirer sa révérence, non sans une certaine élégance.

Avec Jeune Afrique

Le Ghana prêt à se rallier à l’eco après la réforme du franc CFA

décembre 30, 2019

Nana Akufo-Addo, président de la République du Ghana.

Nana Akufo-Addo, président de la République du Ghana. © John MacDougall/AP/SIPA/2019.

 

Deuxième PIB d’Afrique de l’Ouest, mais non membre de l’UEMOA, le Ghana a indiqué dimanche 29 décembre être déterminé à rejoindre les huit pays de la zone franc CFA dans l’utilisation de l’eco. Mais sans vouloir de parité fixe avec l’euro.

« Nous, au Ghana, sommes déterminés à faire tout ce que nous pourrons pour rejoindre les membres de l’Uemoa [Union économique ouest-africaine, NDLR], rapidement, dans l’utilisation de l’eco, qui, nous le croyons, nous aidera à lever les barrières commerciales et monétaires », a déclaré le président ghanéen, Nana Akufo-Addo, dans un communiqué publié dimanche 29 décembre.

Pour un régime de change flexible

Si cette volonté se concrétisait, le Ghana, qui possède sa propre devise, le cedi, serait la première économie de la zone eco, devant la Côte d’Ivoire.

Dans son communiqué, le président du Ghana appelle cependant à l’abandon de la parité fixe à l’euro pour « l’adoption d’un régime de change flexible ».

Huit pays dans la future zone monétaire

L’Uemoa et la France ont signé le 21 décembre un accord pour une réforme en profondeur du franc CFA qui deviendra « l’eco » en 2020 mais restera arrimé à l’euro.

La zone regroupe pour l’heure le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo, mais son ambition est d’intégrer davantage d’économies africaines pour peser dans les échanges économiques.

Par Jeuneafrique.com

Ghana: arrestation après un «complot» déjoué contre la présidence

septembre 24, 2019

 

Trois suspects au moins ont été arrêtés au Ghana, soupçonnés de fomenter un «complot» visant à déstabiliser le pouvoir à Accra, selon le ministre de l’Information Kojo Oppong Nkrumah.

«L’opération conjointe visait à neutraliser un complot élaboré visant la présidence dans le but ultime de déstabiliser le pays», a déclaré Kojo Oppong Nkrumah dans un communiqué publié lundi. Parmi les personnes arrêtées vendredi se trouve un médecin exerçant à l’hôpital de la Citadelle à Accra, dont les locaux auraient été utilisés pour fabriquer des armes destinées au complot présumé.

Les agences de sécurité ont surveillé les activités des suspects au cours des 15 derniers mois, a ajouté le ministre, précisant que certains avaient été en contact avec des militaires. «Nous détenons également des membres de l’armée et un officier en rapport avec ces complots», a déclaré mardi à l’AFP Kojo Oppong Nkrumah, joint au téléphone.

Il a assuré que «les agences de sécurité de l’Etat vont rester vigilantes et s’employer à préserver la sécurité publique et nationale». Le Ghana est considéré comme un îlot de stabilité dans une région instable et turbulente.

La nation ouest-africaine est dirigée par des gouvernements élus démocratiquement depuis 1992 et se prépare à organiser de nouvelles élections en fin d’année prochaine, lors desquelles l’actuel président Nana Akufo-Addo devrait briguer un second mandat. L’annonce des arrestations et du prétendu complot a surpris beaucoup de monde au Ghana, suscitant un certain scepticisme face aux explications peu claires du gouvernement.

Un analyste en sécurité, Festus Aboagyehe, se demandait sur quelle base se sont fondées les autorités pour conclure que les suspects planifiaient de «déstabiliser» le pays. «Les agences impliquées doivent être suffisamment professionnelles pour expliquer en quoi consiste exactement ce groupe», a déclaré à la presse locale cet officier retraité de l’armée. «Je ne comprends pas exactement ce que signifie  »viser la présidence »».

Par Le Figaro.fr avec AFP