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États-Unis: la candidate à la tête de la CIA promet ne plus recourir à la torture

mai 9, 2018

Gina Haspel, candidate pour diriger la CIA, témoigne devant une commission du Congrès qui doit valider sa nomination, le 9 mai 2018 à Washington / © AFP / MANDEL NGAN

La CIA ne reprendra pas le programme d’interrogatoires poussés introduit après les attentats du 11-Septembre et assimilé à de la torture, même sur ordre du président, a assuré mercredi au Congrès Gina Haspel, choisie par Donald Trump pour diriger l’agence américaine de renseignement.

Agé de 61 ans –celle qui a passé 33 ans au sein de l’agence basée à Langley (Virginie) et deviendrait la première femme à la diriger– a créé la polémique pour avoir dirigé pendant au moins une partie de l’année 2002 une prison secrète de la CIA en Thaïlande, où les détenus suspectés d’appartenir à Al-Qaïda étaient fréquemment torturés.

« Je peux vous assurer de mon engagement personnel et sans réserve, que sous ma direction la CIA ne reprendra pas un tel programme de détention et d’interrogatoire », a-t-elle affirmé devant la commission sénatoriale du renseignement, chargée de valider sa candidature.

Ces séances incluaient des simulacres de noyade (« waterboarding »), une technique illégale selon le code militaire mais qui figurait parmi celles « autorisées par les plus hautes autorités judiciaires et aussi par le président » George W. Bush.

Elles ont été définitivement bannies par son successeur Barack Obama.

« Mon code moral est solide. Je ne permettrais pas à la CIA de poursuivre des activités que j’estimerais immorales, même si elles étaient techniquement légales », a-t-elle répondu à un sénateur qui lui demandait si elle obéirait à un ordre du président dans ce sens.

Elle a toutefois défendu ce programme, assurant qu’il avait fourni « des informations de valeur » pour empêcher d’autres attentats.

Après le 11-Septembre, « nous étions chargés de nous assurer que le pays ne soit plus attaqué », a-t-elle souligné. « Mes collègues et moi au sein de l’antiterrorisme avons travaillé aussi dur que possible avec les outils à notre disposition pour nous assurer que notre mission serait couronnée de succès ».

Elle a également défendu la décision de détruire une centaine de cassettes vidéo d’interrogatoires poussés d’un suspect, en raison des risques pour la sécurité des agents qui pouvaient être identifiés sur les images.

– « Bien élevée » –

Gina Haspel bénéficie du soutien de Donald Trump et d’une partie de la commission.

« Ma très respectée candidate pour diriger la CIA est saluée car elle a été et sera toujours DURE CONTRE LE TERRORISME! », avait tweeté mardi le président américain.

Donald Trump a affirmé être favorable à titre personnel à la torture, tout en conditionnant un éventuel changement de la loi à un avis de son ministre de la Défense, Jim Mattis, qui y est opposé.

« Je pense que la torture ne marche pas », a souligné Mme Haspel, assurant qu’elle ne soutiendrait pas un changement de législation.

Mais certains membres démocrates se sont dits sceptiques sur la capacité de Mme Haspel d’accomplir sa mission en toute indépendance.

La session, plusieurs fois interrompue par des opposants à sa nomination, devait se poursuivre à huis clos dans l’après-midi pour évoquer des dossiers classifiés.

La décision de la commission pourrait être annoncée la semaine prochaine. Le Sénat, où les républicains disposent d’une courte majorité (51 contre 49), doit également se prononcer probablement d’ici fin mai.

Vêtue d’un ensemble beige, les cheveux bruns jusqu’aux épaules, Mme Haspel a dévoilé quelques détails de sa carrière au sein de services clandestins de la CIA, qu’elle dit connaître « sur le bout des doigts ».

Elle a ainsi dit avoir « excellé à trouver des informations confidentielles obtenues de la main à la main, dans des cachettes ou par des rencontres dans des rues sombres de capitales du tiers-monde ».

« Mes parents m’ont bien élevée, je sais faire la différence entre le bien et le mal », a-t-elle souligné, se présentant comme la fille d’un militaire de l’US Air Force née dans le Kentucky (sud) et issue de la classe moyenne américaine. Elle a suivi son père déployé à l’étranger avant d’intégrer l’agence en janvier 1985.

Officier traitant en Afrique et chef de poste en Europe et en Asie, elle a aussi travaillé au centre antiterroriste de l’Agence, qu’elle rejoint le 11 septembre 2001, alors que plusieurs attentats à New York et Washington faisaient près de 3.000 morts.

Onze ans plus tard, elle a été nommée directrice adjointe des opérations clandestines mondiales, puis directrice-adjointe de la CIA en 2017. Elle doit succéder à Mike Pompeo nommé secrétaire d’Etat.

Romandie.com avec (©AFP / 09 mai 2018 20h02)                

États-Unis/Gina Haspel: une femme accusée de torture à la tête de la CIA

mars 13, 2018

Logo de la centrale d’espionnage américaine dans le hall d’entrée du siège à Langley en Virginie, le 14 août 2008 / © AFP/Archives / SAUL LOEB

Gina Haspel, est la première femme nommée mardi à la tête de la CIA, mais le rôle de cette ancienne responsable des opérations clandestines dans les prisons secrètes où des détenus étaient torturés, pourrait compliquer sa tâche pour diriger l’une des plus grandes agences de renseignement du monde.

Mme Haspel, 61 ans, doit remplacer Mike Pompeo que Donald Trump a choisi mardi pour devenir le chef de sa diplomatie après le limogeage sans ménagement de Rex Tillerson.

Espionne très expérimentée dans les opérations clandestines, elle a rejoint l’agence en 1985 et a servi dans plusieurs endroits du monde, notamment à Londres à la fin des années 2000.

« Gina est une espionne exemplaire et une patriote dévouée qui apporte plus de 30 ans d’expérience dans l’agence. Elle est aussi une dirigeante expérimentée avec une aptitude fantastique à faire les choses et inspirer ceux qui l’entourent », déclarait Mike Pompeo en la nommant numéro 2 de l’agence il y a un an.

Trois anciens directeurs de la CIA et d’autres responsables, dont James Clapper, ancien directeur du renseignement américain, avaient apporté leur soutien à Mme Haspel. En revanche, deux sénateurs démocrates avaient fait part de leurs réserves sur sa nomination dans une lettre au président Donald Trump.

« Son parcours fait qu’elle n’est pas adaptée pour ce poste », estimaient les sénateurs Ron Wyden et Martin Heinrich.

Elle avait été nommée en 2013 à la tête du Service national clandestin de la CIA, mais avait été remplacée après seulement quelques semaines, apparemment en raison de doutes sur sa responsabilité dans la mise en place après le 11 septembre 2001 de prisons secrètes à l’étranger où des méthodes comme la simulation de noyade, assimilée à de la torture, étaient employées pour interroger les suspects.

– Destruction de vidéo compromettantes –

Selon le Washington Post à l’époque, elle avait « géré une prison secrète en Thaïlande où les détenus étaient soumis à des simulations de noyade et à d’autres mauvais traitements ». Le quotidien américain affirmait que Gina Haspel avait aussi été impliquée dans la destruction en 2005 de vidéos compromettantes sur ces techniques « d’interrogatoire poussé » appliquées sur plusieurs détenus en Thaïlande.

Les avocats de ces détenus membres présumés d’Al-Qaïda souhaitaient récupérer ces vidéos pour les présenter devant les tribunaux.

Parmi les prisonniers soumis à des méthodes d’interrogation brutales sous la responsabilité de Mme Haspel figuraient deux Saoudiens: Abd al-Rahim al-Nashiri, considéré comme le cerveau de l’attentat contre le pétrolier Limburg en 2002 et de l’attaque contre le navire américain USS Cole en 2000, et Abou Zoubaydah, le premier membre influent présumé du réseau islamiste capturé par les Américains après le 11-Septembre.

Un rapport secret sur ce programme de tortures de la CIA a été réalisé en 2014 par la commission du Renseignement du Sénat, mais le président actuel, de cette commission, un Républicain, tente depuis plusieurs mois d’en rassembler les copies, assurant vouloir éviter des fuites.

Les démocrates craignent que l’élu républicain ne veuille détruire toutes les copies de ce rapport et que la vérité sur ce programme de la CIA ne voit jamais le jour.

Ce rapport de 6.700 pages détaille les méthodes d’interrogatoire et les conditions de détention très controversées des suspects, en utilisant des techniques interdites comme la simulation de noyade ou la privation de sommeil pour obtenir des aveux.

Un résumé de 528 pages avait rendu public en décembre 2014 mais la version complète – classifiée – comprend des détails sur les méthodes, les participants et les lieux.

Le président sortant Barack Obama, qui craignait que ce rapport soit enterré, a conservé une copie pour sa librairie présidentielle de Chicago. Mais elle restera classifiée jusqu’en 2029.

Romandie.com avec(©AFP / 13 mars 2018 15h41)