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Italie : Giorgia Meloni et son gouvernement ont prêté serment

octobre 22, 2022

La nouvelle Première ministre issue du parti post-fasciste Fratelli d’Italia succédera officiellement à Mario Draghi, ce dimanche 23 octobre, à Rome.

Giorgia Meloni a prete serment devant le president italien Sergio Mattarella, au palais du Quirinal, comme le reste de son gouvernement.
Giorgia Meloni a prêté serment devant le président italien Sergio Mattarella, au palais du Quirinal, comme le reste de son gouvernement.© FABIO FRUSTACI / ANSA / AFP

La nouvelle Première ministre Giorgia Meloni et ses ministres, qui forment le gouvernement le plus à droite et le plus eurosceptique d’Italie depuis 1946, ont prêté serment samedi 22 octobre, dans la matinée, au palais présidentiel du Quirinal à Rome. La cérémonie sous les ors de ce palais dominant Rome, résidence des papes et des rois d’Italie avant de devenir le siège de la présidence de la République, s’est déroulée en présence du chef de l’État, le président Sergio Mattarella.

Giorgia Meloni, vêtue d’un très sobre tailleur noir, a été la première à prêter serment, suivie de ses deux vice-Premiers ministres issus des deux partis partenaires de sa coalition, Matteo Salvini, le chef de la Ligue antimigrants, et Antonio Tajani, haut responsable du parti Forza Italia de Silvio Berlusconi. Tous se sont succédé devant Sergio Mattarella pour prononcer, debout, le serment traditionnel : « Je jure d’être fidèle à la République, de respecter loyalement la Constitution et les lois, et d’exercer mes fonctions dans l’intérêt exclusif de la nation. »

Félicitations hongroises, silence à Paris, Berlin et Madrid

L’Union européenne, très circonspecte dans un premier temps face à l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite en Italie, s’est dite prête à « coopérer » avec le gouvernement eurosceptique de Giorgia Meloni. « Félicitations à Giorgia Meloni pour sa nomination comme Première ministre, la première femme à obtenir ce poste », a tweeté la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. « Je compte sur une coopération constructive avec le nouveau gouvernement, face aux défis que nous devons relever ensemble. »

« Travaillons ensemble pour le bien de l’Italie et de l’UE », a pour sa part écrit le président du Conseil européen Charles Michel. « L’Europe a besoin de l’Italie. Ensemble, nous surmonterons toutes les difficultés », a renchéri la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, dans un tweet écrit en italien.

Ces réactions en chœur des trois principales institutions européennes contrastaient avec le silence des grandes capitales Berlin, Paris et Madrid. Le très conservateur Premier ministre hongrois Viktor Orban, bête noire de Bruxelles, a été l’un des seuls dirigeants européens à féliciter Giorgia Meloni, saluant « un grand jour pour la droite européenne ». L’extrême droite européenne était aussi à la fête : « Partout en Europe, les patriotes arrivent au pouvoir et, avec eux, cette Europe des nations que nous appelons de nos vœux », s’est réjouie Marine Le Pen.

Un gouvernement pour rassurer Bruxelles et l’Otan

La liste des ministres choisis par Giorgia Meloni, qui avec son parti post-fasciste Fratelli d’Italia a remporté une victoire historique aux législatives du 25 septembre avec 26 % des voix, reflète son désir de rassurer les partenaires de Rome, inquiets face à l’arrivée au pouvoir en Italie d’un chef de gouvernement d’extrême droite. La nomination aux Affaires étrangères, avec le titre de vice-Premier ministre, de l’ex-président du Parlement européen Antonio Tajani a ainsi été aussitôt saluée vendredi soir par le président du Parti populaire européen, l’Allemand Manfred Weber, comme « une garantie d’une Italie pro-européenne et atlantiste ».

Autre gage donné à Bruxelles, Giancarlo Giorgetti, un représentant de l’aile modérée de la Ligue, déjà ministre dans le gouvernement sortant de Mario Draghi, qui hérite du portefeuille crucial de l’Économie. Le populiste Matteo Salvini doit se contenter du portefeuille des Infrastructures et Transports alors qu’il convoitait celui plus prestigieux de l’Intérieur, qui échoit à un technocrate. Sur les 24 ministres figurent seulement 6 femmes, cantonnées à des portefeuilles mineurs.

À l’issue de la cérémonie de prestation de serment, Giorgia Meloni et ses ministres ont été reçus par le président pour un bref toast. Étaient également présents les proches de la Première ministre, notamment son compagnon de 41 ans, le journaliste Andrea Giambruno, et leur fille de 6 ans, Ginevra. La Première ministre a ensuite quitté le palais du Quirinal sans faire de déclarations.

La passation des pouvoirs entre Mario Draghi et Giorgia Meloni se tiendra dimanche à 10 h 30, heure française, au palais Chigi, siège du gouvernement à deux pas du Parlement, et sera suivie du premier conseil des ministres. Cette étape essentiellement protocolaire sera marquée par la remise symbolique par Mario Draghi à sa successeure de la clochette utilisée par le président du Conseil pour réguler les débats en conseil des ministres.

Par Le Point avec AFP

Emmanuel Macron en visite à Rome pour voir le pape… et Giorgia Meloni ?

octobre 22, 2022

Le chef de l’État est attendu dimanche à Rome où il pourrait s’entretenir avec la nouvelle Première ministre italienne, s’il juge que c’est « utile ».

Emmanuel Macron est attendu a Rome dimanche et lundi pour rencontrer le pape Francois et peut-etre la nouvelle Premiere ministre italienne Giorgia Meloni.
Emmanuel Macron est attendu à Rome dimanche et lundi pour rencontrer le pape François et peut-être la nouvelle Première ministre italienne Giorgia Meloni.© MOHAMMED BADRA / POOL / AFP

Le président français Emmanuel Macron se rend dimanche 23 et lundi 24 octobre à Rome pour voir le pape François et prononcer un discours sur la paix, sur fond de conflit en Ukraine. Le chef de l’État pourrait également devenir le premier dirigeant étranger à rencontrer la nouvelle Première ministre italienne, Giorgia Meloni.

Emmanuel Macron a été invité à s’exprimer à l’ouverture, dimanche, du forum international pour la paix organisé par la communauté catholique italienne Sant’Egidio, l’un des canaux de la diplomatie de l’ombre du Vatican. Selon l’Élysée, il devrait s’inscrire dans la lignée de son discours à l’Assemblée générale de l’ONU, en septembre, lorsqu’il avait dénoncé « un retour de l’âge des impérialismes et des colonies » imposé par l’invasion russe de l’Ukraine.

À Rome, Emmanuel Macron insistera sur le multilatéralisme pour affronter les « crises qui parcourent notre planète » climat, inégalités et guerre en Ukraine ainsi que « sur l’importance d’éviter la création de fractures artificielles » entre le Nord et le Sud, a expliqué la présidence française.

Une troisième rencontre avec le pape François

Le chef de l’État français assume depuis le début du conflit ukrainien en février de continuer à parler à son homologue russe Vladimir Poutine, à la différence d’autres dirigeants occidentaux, notamment du président américain, Joe Biden. Il a encore plaidé, vendredi à Bruxelles, pour que Kiev et Moscou reviennent « autour de la table » lorsque ce sera « acceptable » pour le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, mais aussi « le plus tôt possible ».

Ce sommet interreligieux de trois jours intitulé « Le Cri de la paix » se clôturera mardi en présence du pape. Le souverain pontife recevra Emmanuel Macron lundi matin en audience au Vatican, pour la troisième fois depuis qu’il est président, la précédente rencontre remonte à il y a moins d’un an, en novembre 2021.

Il devrait aussi être question d’Ukraine, d’autres sujets internationaux, ainsi que des débats de société qui agitent la France, comme l’accueil des réfugiés et peut-être la fin de vie. Le pape François s’est élevé vendredi contre l’euthanasie lors d’un discours devant des élus français, au moment même où Paris s’apprête à lancer une convention citoyenne sur cette question délicate pour aboutir à un éventuel changement de la loi.

Des tensions diplomatiques entre la France et l’Italie

La visite à Rome n’a donc, initialement, aucune dimension bilatérale publique avec l’Italie. Mais elle s’inscrit dans un contexte politique qu’Emmanuel Macron peut difficilement ignorer : l’entrée en fonction ce week-end du gouvernement de Giorgia Meloni, dont le parti postfasciste Fratelli d’Italia a remporté les élections législatives à la tête d’une coalition dominée par l’extrême droite.

Le président français peut-il venir à Rome sans la rencontrer ? Cela pourrait être perçu comme un affront, alors même que les relations franco-italiennes, au beau fixe tant que Mario Draghi dirigeait la péninsule, risquent de traverser une zone de turbulences avec l’eurosceptique et souverainiste Meloni.

Un avant-goût de ces tensions a eu lieu avant même sa nomination, lorsque la secrétaire d’État française aux Affaires européennes, Laurence Boone, a prévenu début octobre que la France serait « très vigilante sur le respect des valeurs et des règles de l’État de droit » en Italie. « Menace inacceptable d’ingérence », s’était aussitôt insurgée celle qui est depuis devenue la première femme Première ministre dans son pays. Emmanuel Macron a tenté de calmer le jeu en assurant être « tout à fait prêt à travailler avec elle ».

Et Giorgia Meloni a donné des gages à ses partenaires européens en martelant son attachement à l’Otan et sa détermination à soutenir l’Ukraine, tout en nommant des personnalités qu’ils peuvent juger rassurantes aux postes clés des Affaires étrangères et de l’Économie. Le chef de l’État français, qui s’entretiendra avec le président de la République italienne, Sergio Mattarella, lundi lors d’un déjeuner privé, a expliqué qu’il prendrait le pouls de ce garant des subtils équilibres institutionnels italiens avant de décider d’un éventuel tête-à-tête avec Giorgia Meloni, si c’est « utile » et « respectueux « des » usages diplomatiques ».

Par Le Point avec AFP

Italie « post-fasciste » : mépris annoncé envers l’Afrique 

septembre 27, 2022

En Italie, l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni devrait avoir un impact sur l’immigration africaine. Dans les limites qu’impose la realpolitik…

© Damien Glez

« Fasciste » : alors qu’habituellement, dans leur bras de fer avec la droite de la droite, les plus outranciers des militants hésitent à atteindre le point de Godwin en évoquant les souvenirs de l’ère hitlérienne ou mussolinienne, ce terme semble être attribué de manière automatique à la nouvelle dame de fer italienne. Tel une poupée gigogne nimbée de la flamme tricolore chère aux nostalgiques de Benito Mussolini, le parti Fratelli d’Italia, de Giorgia Meloni, a surgi de l’Alleanza nazionale, de Gianfranco Fini, elle-même enfantée par le Mouvement social italien, lui-même résurgence de la dictature du Duce…

Si les observateurs attendent la formation du gouvernement italien et ses premières mesures pour juger sur pièces ce post (ou néo) fascisme, nul doute que la question migratoire constituera un enjeu éminemment symbolique. La botte italienne et la Sicile sont en effet particulièrement proches des côtes africaines, notamment de la Libye et de la Tunisie.

Internationale souverainiste

Un cadre du parti de Fratelli d’Italia ayant déjà mis en garde contre « la substitution ethnique » –pour ne pas dire « le grand remplacement » –, priorité sera accordée à une natalité italo-italienne. Si la coalition au sein de laquelle évolue Giorgia Meloni lui donne les coudées franches, elle tentera de compliquer les conditions d’accès à la nationalité italienne et de s’attaquer à l’immigration illégale, réservant les fonds destinés à la coopération Nord-Sud à ces questions et réclamant que les ports italiens refusent d’accueillir les bateaux ayant secouru des migrants en Méditerranée.

Membre fondateur de la CEE devenue Union européenne, l’Italie, aujourd’hui souverainiste, devra toutefois mettre un peu d’eau dans son chianti. Certes, les projets de blocus naval ou de hotspots destinés à trier les réfugiés-candidats à l’exil dès leur parcours africain ne sont pas nouveaux aux sein de l’UE.

Certes, l’Italie, soucieuse de diversifier ses sources énergétiques, évitera de froisser des pays comme l’Algérie, en passe de devenir son premier fournisseur de gaz. Certes enfin, depuis une quinzaine d’années avec les patrouilles mixtes imaginées par le duo Berlusconi-Kadhafi, et depuis 2018 avec le décret-loi « immigration et sécurité » du ministre de l’Intérieur Matteo Salvini, le combat contre l’immigration illégale est déjà au cœur de la politique italienne.

Rien de nouveau, pour l’Afrique, sous le soleil de Rome ? Si la tendance actuelle devait se préciser, c’est peut-être sous les rayons dardés sur Bruxelles que le vent idéologique pourrait souffler sur d’autres États. Sous le regard gourmand du Hongrois Viktor Orbán et sous celui, alléché, de la Française Marine Le Pen, le parti du Suédois Jimmie Åkesson, virulent à l’égard de l’immigration, a poussé les portes du pouvoir, le 11 septembre. Aux nouveaux nationalismes panafricanistes de répondre comme il se doit à l’émergence d’une internationale européenne souverainiste…

Avec Jeune Afrique

Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

L’Italie plonge dans l’inconnu après la victoire de Giorgia Meloni

septembre 26, 2022
Giorgia Meloni, après un discours, le 22 septembre 2022.

Giorgia Meloni, 45 ans, pourrait devenir la première femme cheffe de gouvernement en Italie. Photo : AFP via Getty Images/Alberto Pizzoli

Une période d’incertitude s’ouvrait lundi en Italie et dans l’Union européenne au lendemain de la victoire aux législatives de Giorgia Meloni, aux commandes d’une coalition réunissant droite et extrême droite qui devra affronter des défis considérables.

Forts de la majorité absolue au Parlement, la dirigeante de Fratelli d’Italia (post-fasciste) et ses alliés Matteo Salvini de la Ligue (anti-immigration) et Silvio Berlusconi de Forza Italia (droite) vont tenter dans les prochains jours de former un gouvernement.

Le lent dépouillement des bulletins de vote confirmait lundi matin la nette avance de Mme Meloni, qui recueille plus de 26 % des suffrages. Son parti est désormais la première formation politique du pays devant le Parti démocrate (PD, centre gauche) d’Enrico Letta, à 19 %.

Avec la Ligue et Forza Italia, elle disposera d’une majorité absolue à la Chambre des députés et au Sénat, et Giorgia Meloni a dit vouloir conduire le gouvernement, devenant ainsi, à 45 ans, la première dirigeante post-fasciste d’un pays fondateur de l’Europe.

Lors de sa première et brève déclaration après le vote, elle a tenu à rassurer, tant en Italie qu’à l’étranger. Nous gouvernerons pour tous les Italiens, a promis Mme Meloni. Nous le ferons dans l’objectif d’unir le peuple.

Un discours qui portait chez certains électeurs inquiets rencontrés lundi matin dans les rues de Rome.

Il faut avoir confiance, d’abord parce que c’est une femme, et ensuite parce que le discours qu’elle a donné était mesuré, estimait ainsi Andrea Fogli, un artiste sexagénaire.

À l’étranger, la première ministre française Élisabeth Borne a prévenu que Paris serait attentive au respect des droits de l’homme et de l’avortement. Pour le ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel Albarés, la victoire de Giorgia Meloni intervient à un moment où deux modèles s’affrontent en Europe. Les populismes finissent toujours en catastrophe, a-t-il mis en garde lundi.

Dans la nuit, Mme Meloni a en revanche reçu le soutien des autorités en Pologne et en Hongrie, mais aussi les félicitations du parti espagnol d’extrême droite VOX et du Rassemblement national en France.

À Rome, la presse de droite exultait : Révolution dans les urnes, titrait Il Giornale, le quotidien de la famille Berlusconi, tandis que Libero constatait : La gauche battue, (nous sommes) libres!!!.

La Stampa détaillait les mille inconnues auxquelles l’Italie fait face après la victoire historique de l’extrême droite.

Que cela survienne un mois avant le centenaire de la marche sur Rome et du début des 20 années de dictature de Mussolini est une coïncidence : les Italiens qui ont voté Meloni ne l’ont pas fait par nostalgie du fascisme, mais le point commun entre l’autocrate fasciste et Mme Meloni est qu’ils arrivent au pouvoir à la fin d’un marathon solitaire contre tout et tous, analyse le journal de Turin.

Le nouvel exécutif succédera au cabinet d’union nationale mené depuis janvier 2021 par Mario Draghi, l’ancien chef de la Banque centrale européenne (BCE), appelé au chevet de la troisième économie de la zone euro mise à genoux par la pandémie.

Draghi avait négocié avec Bruxelles l’octroi de près de 200 milliards d’euros d’aide financières à l’Italie en échange de profondes réformes économiques et institutionnelles, une manne qui représente la part du lion du plan de relance européen.

Malgré les enjeux, plusieurs partis qui avaient accepté d’intégrer son gouvernement (Fratelli d’Italia était resté dans l’opposition) ont fini cet été par le faire tomber, pour des raisons purement électorales, entraînant la convocation de législatives anticipées.

Et alors que Super Mario, présenté en sauveur de la zone euro lors de la crise financière de 2008, apparaissait comme une caution de crédibilité aux yeux de ses partenaires européens, l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite nationaliste, eurosceptique et souverainiste fait craindre une nouvelle ère d’instabilité.

D’autant que l’Italie, qui croule sous une dette représentant 150 % du PIB, le ratio le plus élevé de la zone euro derrière la Grèce, connaît une inflation de plus de 9 % avec des factures de gaz et d’électricité qui mettent en difficulté des millions de personnes.

La Bourse de Milan était en hausse lundi matin, la victoire de l’extrême droite ayant été largement anticipée par les marchés. Vendredi, la place italienne avait chuté de 3,36 %, subissant le plus fort recul parmi les grandes bourses européennes.

Signe des inquiétudes persistantes des investisseurs sur la dette de l’Italie, le spread, c’est-à-dire l’écart très surveillé entre le taux d’emprunt à 10 ans allemand qui fait référence et celui de l’Italie à dix ans, a grimpé à 235 points lundi, en hausse de 6,68 %.

Par Radio-Canada avec Agence France-Presse