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Une rébellion voit officiellement le jour au Burundi

décembre 24, 2015

bujumbur

 
Un soldat burundais patrouille dans les environs de Bujumbura, le 28 juin. Crédits : MARCO LONGARI / AFP
Le lieutenant-colonel Edouard Nshimirimana, ancien officier supérieur de l’armée burundaise en charge du bureau des transmissions à l’Etat-major, a officiellement proclamé mercredi 23 décembre la naissance des « Forces républicaines du Burundi » (Forebu), une rébellion qui rassemblerait, selon l’ex-militaire, les principaux groupes armés opérant dans le pays. Son objectif : « chasser par la force [le président Pierre] Nkurunziza du pouvoir pour restaurer l’accord d’Arusha et la démocratie ».

Depuis la réélection contestée du chef de l’Etat pour un troisième mandat cet été, des insurgés ont plusieurs fois visé les forces de l’ordre à Bujumbura et en province. L’apparition d’une rébellion unie n’avait toutefois jamais été officialisée et on ignore si les Forebu font bien, comme le prétend Edouard Nshimirimana, la synthèse entre les différentes factions.

Parmi ces groupes figure celui du général Godefroid Niyombare, ex-chef des services de renseignement, à la tête de la tentative de putsch avorté du 13 mai. Une autre formation est dirigée par Léonard Ngendakumana. Hussein Radjabu, ex-cerveau politique du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, a lui aussi pris les armes. Le plus « politique » de ces chefs de guerre, Alexis Sinduhije, ancien journaliste, jouit d’une immense popularité dans Bujumbura. Parmi les groupes passés aux armes, il serait celui aux effectifs les plus nombreux.

Des discussions prévues à Kampala

L’annonce de la création des Forebu intervient alors que le gouvernement burundais a montré ces jours-ci les premiers signes d’un fléchissement devant la pression de la communauté internationale, en acceptant de renouer le dialogue avec l’opposition.

Un premier round de discussions n’avait rien donné, la partie gouvernementale ayant décidé de se retirer, deux jours avant l’élection présidentielle de juillet. Le dialogue doit reprendre à Kampala le 28 décembre sous l’égide du président ougandais Yoweri Museveni, médiateur désigné par la Communauté des Etats d’Afrique de l’Est (EAC), a confirmé à l’AFP le ministre de la défense ougandais : « Quatorze groupes y participeront, dont le parti au pouvoir, les partis d’opposition et la société civile. » On ignore si Pierre Nkurunziza sera présent.

Le Cnared, alliance regroupant les partis politiques et les membres de la société civile opposés au président, dont beaucoup vivent en exil, a indiqué mercredi dans un communiqué avoir « été invité ». Le gouvernement a toujours refusé jusqu’ici de discuter avec le Cnared, accusant ses membres d’être impliqués dans la tentative de coup d’Etat des 13 et 14 mai et d’être lié aux groupes armés. « Il s’agira avant tout de s’entendre sur la composition des participants », a indiqué un responsable de la majorité, rappelant qu’il « n’est pas question de dialoguer avec des gens qui ont opté pour la violence ».

Rejet d’une mission africaine au Burundi

L’Union africaine (UA) a décidé de déployer une mission de paix africaine au Burundi, la Maprobu, malgré les mises en garde de Bujumbura. Telle qu’elle a été présentée par le Conseil de paix et sécurité de l’UA, la force d’intervention dernière serait composée de 5 000 hommes déployés pour une durée de six mois renouvelables.

Le gouvernement burundais en a rapidement rejeté le principe et prévenu que si l’UA devait mener à bien ce déploiement sans son aval, la mission serait alors considérée comme une « force d’invasion et d’occupation ». Un courrier officiel a été diffusé mercredi, notifiant à nouveau le refus des autorités.

Le président tanzanien, John Magufuli, a appelé au « dialogue » et précisé que la question de la Maprobu serait un élément clé des négociations en Ouganda. Et son homologue kényan, Uhuru Kenyatta, a fait passer à Bujumbura un message condamnant « l’usage de la violence dans la poursuite d’objectifs politiques ».

Le président rwandais, Paul Kagame, a, pour sa part, écarté toute participation de troupes rwandaises à la mission de l’UA au Burundi. Mais il a affirmé qu’il essaierait de contribuer « sous une autre forme », sans préciser laquelle. Les relations entre le Rwanda et le Burundi sont au plus bas, Bujumbura accusant Kigali de soutenir la rébellion.

Signé en 2000 sous l’égide de Nelson Mandela, l’accord d’Arusha avait consacré un partage du pouvoir entre Hutu et Tutsi au Burundi, après une guerre civile qui opposa pendant près de vingt ans l’armée, majoritairement tutsi, à des groupes rebelles hutu.

Lemonde.fr

Burundi: le général putschiste affirme avoir beaucoup de soutiens au sein de l’armée et la police quand Washington et l’Onu appellent au calme

mai 13, 2015

 

Bujumbura (Burundi) – Le général burundais putschiste Godefroid Niyombare, qui a annoncé mercredi avoir destitué le président Pierre Nkurunziza, a assuré avoir le soutien de beaucoup d’officiers supérieurs de l’armée mais aussi de la police, dans un message radiodiffusé. Nous sommes avec beaucoup de généraux de l’armée et de commissaires de la police, a-t-il déclaré sur la radio privée Insaganiro, en reprochant par ailleurs à Pierre Nkurunziza d’avoir présenté sa candidature à la présidentielle du 26 juin au mépris du peuple burundais. Parmi les soutiens qu’il revendique, le général Niyombare a notamment cité le général Silas Ntigurirwa, commandant jusqu’à il y a peu de la force de l’Union africaine en Somalie (Amisom) à laquelle le Burundi participe.

Son allocution radiodiffusée était largement perçue comme un message adressés aux généraux et soldats issus du Cndd-FDD, le parti présidentiel, et récalcitrants au coup d’Etat. Nous sommes avec beaucoup d’officiers avec qui nous avons combattu durant les années de guerre civile, a-t-il ajouté : tous comprennent et soutiennent la nécessité de ce mouvement.

Qui est le Général Godefroid Niyombare ? 

Le général Godefroid Niyombaré adressant un message depuis la RPA, le 13 mai au soir.REUTERS/Jean Pierre Aime Harerimana

Le général Godefroid Niyombaré adressant un message depuis la RPA, le 13 mai au soir.REUTERS/Jean Pierre Aime Harerimana

Portrait du général burundais Godefroid Niyombaré, l’officier quadragénaire qui a annoncé ce 13 mai à Bujumbura la destitution du président Pierre Nkurunziza.

Ex-combattant rebelle du CNDD-FDD, Godefroid Niyombaré devient chef d’état-major adjoint puis chef d’état-major quelques années après les accords d’Arusha signés en août 2000.

A ce poste, le général hutu assume un rôle important dans l’intégration des différents mouvements de guérillas au sein de l’armée, ce qui lui vaut d’être respecté encore aujourd’hui dans les cercles militaires, qu’ils soient tutsis ou hutus, note Thierry Vircoulon, chercheur à l’International crisis group et auteur le mois dernier d’un rapport au titre prémonitoire « Les élections au Burundi épreuve de vérité ou épreuve de force ».

Le général aux larges pommettes est nommé ambassadeur au Kenya début 2014, mais il revient vite au Burundi pour prendre la direction du service national de renseignements.

C’est un rapport de quinze pages, dans lequel il met en garde Pierre Nkurunziza des conséquences d’une candidature à un troisième mandat, qui lui vaut d’être brutalement limogé par un décret de la présidence le 18 février dernier, soit quatre mois après sa nomination.

Selon la presse burundaise, une garde de dix militaires lui aurait ensuite été retirée et sa famille était inquiète de menaces pesant sur sa sécurité.

Washington appelle au calme après la tentative de coup d’Etat au Burundi:

Les Etats-Unis ont appelé mercredi toutes les parties prenantes à la crise au Burundi à déposer les armes, après une tentative de coup d’Etat contre le président Pierre Nkurunziza. Nous appelons toutes les parties à déposer les armes, mettre fin à la violence et faire preuve de retenue, a déclaré Josh Earnest, porte-parole du président Barack Obama. Il a souligné que autorités burundaises avaient la responsabilité de rétablir les conditions pour la tenue d’élections crédibles. Son homologue au département d’Etat, Jeffrey Rathke, n’a pas été en mesure de dire de manière certaine si le président burundais était toujours aux affaires ou avait été renversé. Nous ne sommes pas prêts à tirer de conclusion sur ce qui se passe sur le terrain.

La situation est très changeante, a reconnu le porte-parole. Il s’est borné à promettre d’éventuelles mesures ciblées, le cas échéant, comme des refus de visas américains contre ceux qui projettent ou ordonnent des actes de violences contre la population civile.

Quelques minutes après cet appel au calme de Washington, le général putschiste a affirmé dans un message à la radio avoir beaucoup de soutiens au sein de l’armée et de la police. Selon la présidence burundaise, le coup d’Etat, mené par un groupe de militaires mutins, a été déjoué. Mais il était impossible de savoir dans l’immédiat qui contrôlait le pays, secoué depuis le 26 avril par un mouvement de contestation à la candidature de M. Nkurunziza à la présidentielle du 26 juin.

L’ONU aussi appelle au calme

Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a de son côté appelé urgemment toutes les parties à faire preuve de calme et de retenue, selon son porte-parole. Nous continuons d’évaluer les développements sur le terrain car la situation est très changeante, a ajouté Stéphane Dujarric. M. Ban, a-t-il ajouté, rappelle à tous les dirigeants burundais la nécessité de préserver la paix et la stabilité dans un pays qui a tant souffert de précédents accès de violence.

L’ONU reste en contact avec son émissaire au Burundi Saïd Djinnit, qui se trouve à Dar es Salaam pour un sommet régional consacré au Burundi. Toujours selon des diplomates à l’ONU, la France a demandé que le Conseil de sécurité tienne des consultations dès que possible afin que M. Djinnit puisse l’informer de la situation, mais cette réunion pourrait ne se tenir que jeudi.

Romandie.com avec(©AFP / 13 mai 2015 20h35)