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Ouganda: 11 ans de prison pour avoir tué un gorille des montagnes

juillet 30, 2020

Felix Byamukama, habitant d’un village voisin, avait été arrêté et avait reconnu avoir tué le singe, assurant avoir agi en état de légitime défense.

Un Ougandais a été condamné jeudi 30 juillet à une peine de prison de 11 ans, notamment pour avoir tué un rare gorille des montagnes dans le parc de la forêt de Bwindi (sud-ouest). Le gorille au dos argenté, nommé «Rafiki» (ami en swahili), était âgé d’environ 25 ans. Il avait été tué en juin avec une lance.

Felix Byamukama, habitant d’un village voisin, avait été arrêté et avait reconnu avoir tué le singe, assurant avoir agi en état de légitime défense, selon l’Autorité ougandaise de la faune (UWA). L’UWA a annoncé que M. Byamukama avait écopé d’une peine de prison de 11 ans pour avoir tué le gorille et «d’autres animaux» dans le parc.

Il avait plaidé coupable de trois chefs d’inculpation: être entré illégalement dans une zone protégée, et avoir tué une antilope et un potamochère. «Nous sommes soulagés que justice ait été rendue pour Rafiki et cela devrait servir d’exemple aux autres personnes qui tuent des animaux», a déclaré le directeur exécutif de l’UWA, Sam Mwandha.

Augmentation des cas de braconnage

Rafiki était le mâle dominant d’une famille de 17 gorilles, la première à avoir été habituée à la présence humaine dans le parc, pour permettre aux touristes de venir l’observer. L’UWA avait décrit la mort de Rafiki comme un «coup dur», après que des efforts intensifs ont permis de faire passer le gorille des montagnes de la catégorie «en danger critique» à celle de «en danger» sur la liste rouge des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). La population de gorilles des montagnes, présents en Ouganda, au Rwanda et en République démocratique du Congo (RDC), est estimée par l’UICN à environ 1000 individus, contre 680 en 2008.

La mort de Rafiki est intervenue alors que la fréquence des cas de braconnage a augmenté en Ouganda depuis l’instauration d’un confinement strict pour lutter contre le nouveau coronavirus. «Nous avons observé une hausse des cas de braconnage dans nos parcs nationaux après la fermeture de nos pôles touristiques à cause du Covid-19», a déclaré à l’AFP M. Mwandha.

«Nous cherchons qui est derrière ça. Est-ce qu’à cause du confinement, les communautés près des parcs s’en prennent aux animaux pour survivre? Est-ce qu’un réseau criminel est derrière la hausse du braconnage? Est-ce que l’absence du tourisme dans les parcs facilite la tâche des braconniers?», s’est-il interrogé. «Quelle que soit la réponse, les cas de braconnage sont une source d’inquiétude et nous avons intensifié les patrouilles dans les parcs».

Par Le Figaro avec AFP

Conte: L’Aveugle et le Gorille

février 20, 2011

Il était une fois, dans un village de la forêt de Mbangou, un Aveugle, grand et beau, occupait le trottoir de la grand-route conduisant au marché public. Il avait fait de cette place, au pied du badamier, laissant entrevoir la bosse de ses racines, son bureau car il s’y rendait tous les jours, sauf le samedi et le dimanche.

Conscient de son handicap visuel, il n’éprouvait aucun complexe. Dindo comme il s’appelait jouait de la guitare. Chaque passant ou spectateur lui donnait des pièces d’argent qui résonnèrent dans la boîte attachée à son cou, par un fil descendant au niveau de sa poche.

Un jour sa mélodie, à résonance symphonique, attira un Gorille – au nez écrasé, sans protubérance et aux poils abondants d’une belle fourrure noire – qui sortit de la forêt et venait en dansant jusqu’à son lieu d’établissement.

Un cultivateur qui passait avec sa charrette tirée par un bœuf, aux cuisses robustes et aux épaules larges, s’arrêta devant lui et lui offrit un régime mûr de sa cueillette. Les bananes d’un jaune doré furent réceptionnées par le Gorille qui les plaça contre l’arbre sous lequel il donnait sa libre prestation.

Les compositions musicales de l’Aveugle séduisaient les arrêts momentanés des passants qui savouraient ses morceaux et admiraient, à la fois, l’exhibition du Gorille dans une parfaite communion entre un homme et un animal.

Quand les uns lui donnaient de l’argent, les autres lui essuyaient la sueur qui perlait sur son front et ses joues.

A la pause de midi, l’Aveugle et le Gorille s’assirent sur le banc en bois installé à côté du badamier. Dindo demanda au Gorille de lui donner quelques doigts de banane et autorisa aussi à son compagnon de circonstance d’en manger tout en lui réservant une quantité suffisante pour sa chère Nzoumba restée à la maison.

Dans l’après-midi, ils reprirent leur partie musicale; les pièces d’argent résonnaient toujours dans leur chute au contact de la boîte.

Pendant ce temps, le Gorille qui avait apprécié et aimé la succulence des bananes repartit s’asseoir sur le banc, à son insu, car ne le voyant pas et mangea tout le régime. Il prit un sac en polyester, plaça au fond une grosse brique en terre cuite avant le régime pour simuler le poids.

A la fin de leur travail, le Gorille demanda à l’Aveugle de lui payer sa contribution dansante car il voyait comment les passants ne cessaient de jeter dans la boîte des pièces de monnaie. Dindo lui fit la suggestion de l’accompagner à la maison en lui transportant le régime de banane. Une fois arrivés, il pourrait lui donner sa part d’argent.

Cheminant dans la joie d’une bonne prestation dosée d’une curiosité dansante, Nzoumba, l’épouse de l’Aveugle, qui se tenait à la devanture de la parcelle courut vers son mari, l’embrassa à la joue d’un geste rapide et furtif. Elle lui décolla aussitôt la boîte de son cou et rentra dans la maison.

Le Gorille déposa le régime de banane à terre et dit à l’Aveugle de lui donner son argent. Celui-ci lui répondit qu’il n’était plus possible de récupérer la boîte qui se trouvait déjà dans les mains et sous la gestion de sa femme. Il promit de le lui donner le soir quand il irait se laver à la rivière Loukouni, lui priant de l’attendre en bordure du sentier.

L’Aveugle appela sa femme pour venir prendre son colis. Quand elle sortit de la maison, elle ouvrit celui-ci et découvrit, au grand regret, que le régime était dépouillé de sa substance, laissant les épluchures de bananes collées à la tige principale avec une bonne brique en terre cuite. Elle insulta son mari de cette farce qu’il ne comprenait pas. Il répliqua qu’il a été trompé par le Gorille car tous deux ils n’avaient mangé que quelques doigts de banane, à midi. Il retenu sa colère dans sa bouche et n’exprima aucun mot car il préféra gérer sa honte.

Au crépuscule, dans la perte de la lumière et de la clarté du jour, l’Aveugle prit son flambeau allumé et dit à Nzoumba de lui donner un peu d’argent à remettre au Gorille, selon la convenance d’entente de leur prestation commune. Sa femme refusa d’entendre raison à cette demande et à ce partage, car son acte de gloutonnerie ne le plut point.

L’Aveugle partit quand même à la rivière. A sa vue, au lieu de rendez-vous, le Gorille l’interpella et lui rappela les termes de la promesse d’argent. Il lui dit n’avoir pas convaincu sa femme et qu’il était dans l’impossibilité de le payer, lui reprochant d’avoir mangé tout le régime de banane, causant un excès de colère à sa femme.

Une brève discussion éclata entre l’Aveugle et le Gorille. Pour le punir, il lui arracha le flambeau allumé afin de l’égarer sur la piste de la rivière et du chemin de retour à la maison.

L’Aveugle criait et pleurait sans objet pouvant le guider. Le Gorille qui fuyait avec le flambeau, se cogna contre une pierre qui le déséquilibra et se fit brûler les poils de son corps, devenant une torche vivante. Il pleurait en criant, à son tour, et, courut se jeter dans la rivière pour éteindre le feu qui le consumait.

Des hommes de bonne volonté qui connaissaient l’Aveugle le conduisirent chez-lui.

Quant au Gorille, il fut brûlé au deuxième degré.

Depuis ce jour, le Gorille est devenu l’ennemi du feu et prend toujours la fuite à la moindre flamme. Car le mauvais souvenir dans l’amitié du feu est la marque de sa brûlure parfois mortelle.

© Bernard NKOUNKOU

Conte : Le Lion, le Gorille et la Roussette

décembre 21, 2010

Dans la forêt du Mayombe, au cœur du bassin du Congo, vivait un vieux Gorille à la barbe blanche, ami de « Mâ Nguembo », une petite et gentille Roussette noire.

Un dimanche, dans la joie du temps ensoleillé, un jeune Lion, beau et élégant, à la crinière rousse, venait d’être investi, roi de la forêt, succédant à la mort de son défunt père, le Lion de Mvoungouti.

Heureux de sa royauté, il voulait offrir un grand présent de convivialité à son hôte le Gorille, en compagnie de la Roussette, sous les grands limbas géants de sa cité royale. Les cartes de faire-part furent envoyées selon les dispositions d’usages protocolaires au Gorille qui faisait office de chef de canton ayant droit de vie et de propriétaire foncier sur la grande famille des hominidés.

Quand arriva le jour de l’invitation amicale, dans la joie de vite partager le repas, le Gorille et la Roussette se présentèrent au palais royal, chez « Ngomboulou ya nsangui ».

Dès leur arrivée, ils furent reçus avec des commodités dignes de leur rang par les pages du roi. Un accueil chaleureux était réservé à l’entrée par un Lionceau, vêtu de blanc, dans une tenue de cérémonie d’une clarté rayonnante. Conduits au salon, pour un service de dégustation avec du jus des fruits tropicaux mélangés de mangue, d’ananas et d’orange, les deux invités étaient assis dans le confort insolent des meubles du roi. La Roussette qui ne pouvait supporter la station initiale des hominidés, trouva mieux de se balancer sur le manteau d’une chaise: la tête en bas et les pattes en haut.

Après un moment d’attente amicale, le Lion sortit de sa chambre avec une belle coupe vestimentaire très endimanché et rejoignit ses hôtes dans un empressement distillé d’une petite excuse de retard. Il trouva le Gorille bien habillé et tiré à quatre épingles avec une cravate beige. Quant à la Roussette, elle avait porté une saharienne noire ceinturée autour de son ventre avec un nœud papillon. L’instant de la présentation suivi d’une conversation ne prit pas de longues minutes et le Lion invita ses amis à passer à table pour le repas de circonstance.

– Chers amis, je vous invite ce jour pour partager ensemble ce repas, à la suite de mon intronisation, en qualité du nouveau roi de la forêt, succédant au trône laissé vacant par feu mon père.

Le Lion ouvrit les couverts contenant les différents mets. Il y avait des têtes de chauve-souris et des têtes de singes. Le Gorille et la Roussette, à la vue du contenu, pensant à leur cousin respectif, se regardèrent d’un air interloqué et apeuré et firent une mou patibulaire que capta le maître de la maison qui lit et comprit vite la réaction dégagée sur le visage de ses hôtes.

– Que se passe-t-il leur demanda cérémonieusement le Lion comme à son habitude ?
– Sa majesté dit le Gorille : la Roussette et moi ne mangeons pas de la viande.
– Dès lors je vais vous offrir autres choses. Êtes-vous végétariens par hasard ?
– Depuis notre naissance, nous ne mangeons que des fruits et légumes.
– Sortons donc d’ici et allons cueillir dans mon champ des fruits qui remplaceront la viande pour un meilleur confort gastronomique. Ils trouvèrent des mangues, des papayes, des corossols, des goyaves et des bananes.

De retour au palais royal, le chef cuisinier prit les fruits et les lava avec précaution avant de les apporter à table pour le repas. Le Lion était satisfait que ses invités aient pu trouver à manger correspondant à leurs habitudes alimentaires. Lui il se contentait à broyer ses têtes qui éclataient entre ses canines, ses incives et ses molaires poussant de petits cris de joie : ô que c’est bon ces têtes de singes et de chauve-souris ! C’est un bon régal pour nous autres roi de la forêt. Le Gorille et la Roussette ne répondirent pas. Ils étouffèrent leurs paroles au fond de leur bouche de peur de voir leur mécontentement terminé dans l’emprise de la gueule du Lion.

Le Lion offrit du vin de palme, du vin de noix de coco extrait dans la matinée et un bon fermenté de canne à sucre de la veille, appelé:«lounguila».

A la fin du repas, ils se séparent sur un ton de grande fraternité dans l’espoir de se revoir souvent autour de la table. Le Lion leur proposa d’emporter le reste des fruits pour éviter de les jeter à la poubelle parce qu’il est plus carnivore que frugivore. Les deux amis heureux de recevoir leurs paquets de fruits, rentrèrent chez-eux dans la joie de ce moment d’honneur vécu au palais royal du Lion.

Sur le chemin du retour, les deux amis se concertèrent et arrêtèrent ensemble de venger leur cousin afin de repartir dans la nuit, après avoir informé toute leur famille d’aller manger les fruits dans les champs du roi de la forêt. Le Gorille rappela à la Roussette qu’il ne voit pas très bien pendant la nuit et que celle-ci lui servirait de guide éclairé.

Cependant les quelques fruits qu’ils ramenèrent auprès de leur famille ne rassasièrent pas tout le monde.

Dès lors, ils invitèrent toute leur colonie d’aller festoyer dans les champs du roi de la forêt. Les Roussettes démarrèrent le vol en émettant leur cri au-dessus de la marche saccadée et brutale des Gorilles, qui parfois, arrachaient sur leur passage les herbes et plantes gênantes. Ils se cognaient aussi du fait de la cécité nocturne de leurs yeux habitués à bien voir la journée. Et que la nuit est le moment favorable à leur repos du sommeil réparateur.

Arrivées dans les plantations, les Roussettes mangeaient les fruits du haut des arbres et ne faisaient tomber qu’une infime quantité à terre permettant aux Gorilles de les ramasser, au clair de lune, afin de goûter aux délices parfumées des mangues, des papayes, des goyaves et des corossols.

Ne pouvant atteindre les mangues, les Gorilles embrassèrent les troncs des manguiers et les secouèrent fortement. Les mangues tombaient comme des morceaux de glace au sol. Mais pour atteindre les papayes à leur sommet; ils firent l’échelle humaine en montant sur l’épaule, les uns à la suite des autres selon la gradation de leur poids : les plus robustes en bas et les plus faibles tout au-dessus. Et ils arrivaient à cueillir les corossols et ces autres bons fruits juteux avec des bâtons assemblés.

Quand les deux familles qui avaient pris d’assaut les plantations du roi de la forêt furent rassasiées, elles rentrèrent chez-elles dans la grande satisfaction de leur grand et petit ventre repu.

Le lendemain matin lorsque le roi de la forêt se rendit dans ses plantations, il trouva de nombreux excréments par terre des visiteurs vandales. Il fit le tour des champs et constata avec une amertume révoltante que tous les fruits étaient consommés et qu’on ne lui avait laissé qu’une petite portion.

Furieux, il hurla au grand déploiement de sa gueule laissant entrevoir toutes ses dents dehors, pointa son regard au zénith et reçu de plein fouet les rayons du soleil dans les yeux qui exacerbèrent sa colère. Il appela les ouvriers de sa cour, des jeunes Lionceaux pour préparer de grands pièges d’animaux géants et de la glu pour des oiseaux nocturnes. Ils les placèrent à maints endroits aux pieds des arbres et sur les feuilles couvrant les fruits.

Le Gorille qui était l’hôte du roi de la forêt proposa de nouveau à la Roussette de repartir avec leur famille pour manger les fruits dans la plus grande violation des règles de la consommation des biens d’autrui. Ils volèrent et marchèrent entre monts et vallées mais aussi entre les savanes et les forêts pour arriver dans la cité royale proche des plantations du Lion.

A la grande surprise et dans l’opacité de l’immensité du voile nocturne, toutes les Roussettes qui approchaient les pièges à glu virent leurs ailes collées et tombèrent au sol; quant aux Gorilles, ils se firent attrapés à la patte par des pièges dissimulés sous terre, qui, à chaque approche, les basculaient en les suspendant en l’air, révélant sans fard leurs parties génitales. Aucun membre de chaque famille ne fut épargné.

Le vendredi, le roi de la forêt, « Ngomboulou ya sangui », se rendit aux champs pour vérifier l’état de ses pièges tendus aux malfrats de ses fruits. Ils étaient tous tombés dans le traquenard.

Dès son arrivée, il vit au Loin de nombreux animaux qui pendaient d’une patte sur le mât robuste de chaque piège. Il rugit pour appeler toute sa famille. Ceux-ci accoururent en sa direction et le rejoignirent aux champs. Il demanda aux Lionceaux de tanner l’écorce des arbres pour faire des cordes afin de transporter tous ces voleurs dans sa cour pour les sévir et leur donner une grande punition exemplaire en rapport à leur acte.

Les Gorilles furent attachés au cou et aux bras, les uns à la suite des autres comme des esclaves tandis que les Roussettes furent placées dans de gros paniers d’osiers transportés sur le dos des Lionceaux jusqu’à la place de la sentence publique sous le feuillage d’un grand et vieux fromager.

Les pages du roi partirent prendre son trône et l’installa selon les us et coutumes de la royauté.

Le roi de la forêt exprima son mécontentement aux deux amis qu’il reçût lors de l’invitation chez-lui et qu’il conduisit dans ses plantations parce qu’ils étaient plus frugivores que carnivore comme lui. Or, il s’était trompé en leur montrant son vaste champ de cultures vivrières. Ses bourreaux vociféraient des paroles très dures à leur endroit : au poteau, au poteau…tuez-les, tuez-les !

Le Lion empreint de sagesse prit la parole au milieu de l’auguste assemblée royale et ordonna à ses bourreaux de couper toutes les queues des Gorilles et aux Roussettes de leur appliquer des suppositoires de glu à leur orifice anal. Après ces sévères applications, il les libéra, chacun avec sa part de sentence.

C’est ainsi que les Gorilles perdirent leur queue pour gloutonnerie ainsi que les Roussettes se virent supprimer la voie anale pour l’éternité, déféquant désormais par la bouche.

La satisfaction d’un désir sans permission sur le bien d’autrui peut vous conduire à une infirmité ou incapacité physique à vie.

© Bernard NKOUNKOU

Conte : Le Roi de la forêt et la Musaraigne

juillet 18, 2010

Un jour, le Roi de la forêt rassembla sa maisonnée, sous l’ombre d’un grand arbre à palabre au feuillage luisant et verdoyant. Il invita pour la circonstance tout le monde : dignitaires et esclaves.

Ayant pris connaissance de la dure sentence à perpétuité retenue contre la Musaraigne de sentir mauvais à vie pour crime « d’animacide volontaire ». Il voulut trouver une juste mesure de soulager cette peine grâce à ses relations fort importantes dans la société. Il fit recours au Gorille qui faisait office de grand prêtre exorciste pour la purifier de sa puanteur très prononcée. Le grand prêtre vêtu de sa soutane noire prononça toutes les grandes oraisons pour l’exorciser. Il ne réussit pas à la laver de ce parfum fortement ancré dans sa chair. En vain ! Le Gorille dit au Lion que cette sentence était incarnée en elle et à toutes ses générations. Et aucune puissance du monde ne pouvait l’en extraire. Il frappa ses fesses pour repousser les effets malveillants de l’exorcisme. Il rangea sa soutane dans son sac et rentra chez-lui.

Devant l’échec de l’exorcisme, le Lion qui était le chef de tous les animaux resta pensif et voulait, à tout prix, responsabiliser la Musaraigne pour devenir le superviseur de ses entreprises de fabrication de chaussures, de sa boulangerie de pain de manioc et de son grenier. Il l’appela en présence de sa cour royale et lui confia cette noble tâche. Désormais, je te nomme : Haut-superviseur de mon entreprise. La Musaraigne accueillit sa nomination avec satisfaction sous les applaudissements de tous les ouvriers.

Les ouvriers qui travaillaient à la fabrique de chaussures étaient des Insectes arrêtés et réduits en esclavage pour avoir dévasté des champs de maïs et d’arachides du roi de la forêt. Ceux qui travaillaient à la boulangerie étaient des Vers de terre qui avaient rongé les racines des pommes de terre dans les champs de cultures vivrières. Et ceux qui avaient la charge du grenier et de la conservation des récoltes et de la cueillette étaient des Fourmis.

La Musaraigne par son autorité et sa respectabilité dégageait de la prestance lui permettant de faire le tour des ateliers pour contrôler et superviser la production de la chaîne industrielle du Roi de la forêt.

Chaque fois quand elle entrait furtivement dans le hangar de l’usine, la discipline régnait dans l’esprit de tous les ouvriers. Des toussotements signalétiques se répercutaient d’une bouche à une autre pour souligner sa présence et changer d’attitude évitant d’obtenir une mauvaise note de conduite au sein de l’entreprise.

A la fin de la journée, elle rendait compte au lion et tenait parfaitement sa comptabilité avec orthodoxie. Le Roi la traitait avec beaucoup d’égards et lui renvoyait le mérite de sa considération du travail bien accompli. Elle recevait un gros salaire grâce à ses compétences et à ses qualités remarquables qui la distinguaient dans la société même au-delà des frontières nationales. La Musaraigne avait acquis une forte réputation. Elle était sollicitée partout même lors des festivités familiales de mariage et de retrait de deuil pour organiser les équipes chargées de la préparation, de la distribution et de la discipline durant toutes les cérémonies. Cette énergie de son savoir-faire, de son imagination et son talent commençait à lui créer des jalousies et lui attirer les foudres de la calomnie au sein de l’entreprise.

Les ouvriers au service du lion médisaient contre la Musaraigne l’exposant au détournement d’une bonne partie de la production du pain de manioc qu’elle vendait, à son insu, aux Souris qui partaient revendre la marchandise au marché public pour son compte personnel. Pour plus d’assurance, le Lion plaça une vidéo-surveillance pour l’attraper la main dans le sac. Mais la Musaraigne creusa un long tunnel depuis l’entrepôt qui alla sortir jusque sous les tables des Souris au marché à la grande discrétion du portail où était placé l’instrument de contre espionnage.

Le rythme de la production était toujours le même mais les recettes diminuaient. Le Lion et les Fourmis étaient déroutés; les Vers de terre ainsi que les Insectes furent confus malgré leur accusation contre la Musaraigne.

A la fin du mois, le lion paya tout son personnel sauf la Musaraigne. Pris dans un rictus de colère, elle mit en place un stratagème de déstabilisation de l’entreprise. Elle ferma toutes les portes de l’usine, les attrapa un à un, les mordu jusqu’à leur dernier soupir et invita les Souris du marché au festin et mangea à tour de rôle tous les ouvriers : Insectes, Fourmis et Vers de terre. Il enfouit leurs ossements dans son trou du tunnel qui la conduisait au marché auprès des belles souris qui étaient en connivence de ses achats.

Dans l’après-midi, le patron reçut une commande pour livrer une bonne quantité de marchandise aux clients des villages limitrophes. Il fit un tour dans l’entreprise et ne trouva aucun employé.
– Musaraigne où sont mes ouvriers ?
– Je ne sais pas patron…
– Comment ne sais-tu pas où sont-ils partis ?
– Après le déjeuner, je ne les ai pas vus rentrer dans l’entreprise…
– Vite va me téléphoner la police pour venir mener l’enquête ici.

Un escadron de Courtilière arriva armé jusqu’aux dents. Lesdites policières en pantalons bleus dessinant les rondeurs de leurs fesses inspectèrent le lieu, le fouillèrent de fond en comble et l’une d’entre elles découvrit une trace de sang. Cet indice lui permit de remonter la piste de l’entrepôt où elle vit un trou qu’elle longea. Et à l’intérieur de celui-ci une odeur de sang frais se répandait avec des ossements éparpillés le long du tunnel jusqu’à sa sortie sous les tables du marché où étaient assises des Souris qui ventilaient l’air frais de leur éventail aux causeries qui tournaient sur l’invitation de la Musaraigne sous le tunnel.

Lorsqu’elle revient vers les autres membres de son équipe, elle fit part de sa découverte et invita tout le monde à descendre sous le tunnel pour une investigation. La stupéfaction était au comble du massacre de la Musaraigne. Le lion était abasourdi et ne comprenait pas cette réaction de méchanceté et de cruauté. Elle fit savoir devant les policiers sa désapprobation pour la fin du mois impayé et le climat d’indignation qu’elle commençait à connaître au sein de l’entreprise.

Le Lion reconnut son tort de ne lui avoir pas payé même s’il détournait de la marchandise. Il ne l’avait jamais attrapé la main dans le sac malgré l’installation de sa vidéo-surveillance.

Furieux, il secoua sa crinière, poussa un grand et long rugissement exposant ses belles dents blanches et licencia la Musaraigne pour faute lourde professionnelle sans indemnités de préavis.

La Musaraigne sortit de l’entreprise sans un sou dans sa poche et alla informer les Souris du marché qu’elle était congédiée, en partie, à cause d’elles. Elle pleurait sur toute la robe de ses poils. Et celles-ci l’accueillirent dans leur résidence de la cité pour la consoler et lui servir d’hospitalité. C’est pourquoi, depuis lors, la Musaraigne cohabite parfois avec les Souris dans la même maison lui disant toujours de faire attention car le maître de maison leur avait averti de ne jamais accepter la Musaraigne dans leur compagnie pour sa puanteur.

Quand elle habite dans une maison, la Musaraigne fait toujours l’objet de méfiance et de mauvaise présence contrairement aux Souris. Son odeur est parfois synonyme de malchance auprès des habitants. Mieux vaut être insulté de Souris que de Musaraigne, car la Musaraigne ne change jamais de comportement. Elle n’a pas de pitié dans la confiance.

© Bernard NKOUNKOU