Posts Tagged ‘Grand prix panafricain’

Osvalde Lewat remporte le grand prix panafricain de littérature avec « Les Aquatiques »

janvier 25, 2022
Osvalde Lewat est née à Garoua dans une famille bamiléké © Philippe Matsas

Dans ce premier roman d’émancipation, la documentariste et photographe s’attaque aux conventions sociales. Le prix, nouvellement crée par la présidence congolaise de l’Union africaine et doté de 30 000 dollars, lui sera remis au mois de février à Addis-Abeba, lors du prochain sommet des chefs d’États de l’UA. Peu avant cette consécration, JA rencontrait l’autrice.

C’est à la galerie Françoise Livinec, dans un quartier cossu de Paris, que l’on retrouve Osvalde Lewat. Réalisatrice de dizaines de documentaires et photographe, elle y expose « Lumières africaines », extrait de la série Couleurs nuits, d’abord montrée dans les rues de Kinshasa en 2014. C’est par les arts visuels qu’elle commence à se raconter : « Je consacre du temps aux personnes que je filme et photographie, pour aller au-delà de la rencontre fortuite. L’idée est de décentrer le regard, de ramener la marge au centre, ou de modifier l’idée qu’on se fait de la marge. »

Si elle a l’allure d’une Parisienne chic, il serait bien indélicat de figer l’autrice de 45 ans dans la capitale française. Membre du jury documentaire au Fespaco, elle revient de Ouagadougou et sera dans quelques jours en Afrique du Sud pour un tournage sur « les soldats qui ont rejoint la branche armée de l’ANC », un film qui « est aussi un documentaire sur Mandela chef de guerre ». Dans la lignée de son premier court-métrage, filmé à 23 ans auprès d’Amérindiens marginalisés de Toronto, le travail de réalisation de Osvalde Lewat a toujours été animé par des enjeux sociaux et le désir de « donner un coup de pied dans la fourmilière ».

Homophobie familiale

Née à Garoua dans une famille bamiléké, Osvalde Lewat étudie le journalisme à Yaoundé avant d’intégrer Sciences Po Paris et de faire une étape au Canada. Elle tourne, entre autres, Au-delà de la Peine et Les Disparus de Douala au Cameroun, vit huit ans à Kinshasa, un temps en Guinée équatoriale, au Gabon, aux Comores, et aujourd’hui entre Paris et le Burkina, où son mari est ambassadeur de France. Des expériences qui nourrissent l’imaginaire du Zambuistan, où évoluent les personnages de son premier roman Les Aquatiques. « Je voulais construire un pays avec des réalités communes : l’homophobie, le poids du groupe sur l’individu, les injonctions faites aux femmes, le bal des apparences. » Avec une question en forme de fil rouge : à quel moment se hisse-t-on à hauteur de soi-même ?

L’EXPRESSION DE L’AMOUR NE PASSE PAS FORCÉMENT PAR LES SCHÉMAS DE LA FAMILLE ET DU COUPLE

« Le personnage de Katmé m’a été inspiré par des femmes que j’ai vu mourir à elles-mêmes pour être conforme aux attentes ». Que va donc faire Katmé, épouse d’un notable ambitieux, quand son ami artiste, Sami, est emprisonné en raison de son orientation sexuelle ? « J’ai grandi dans un contexte homophobe où la condamnation familiale qui arrive avant celle de l’État signe votre mort. »

Aux critiques qui lui disent que Les Aquatiques est un « roman pour Blancs » qui épouse une vision occidentale de l’identité sexuelle, elle rétorque : « C’est de l’ignorance. Dans l’Afrique d’avant la colonisation, il y avait des rapports entre personnes de même sexe, encadrés par la communauté. » L’intrigue se tisse autour de cet opprobre qui frappe Sami et de sa relation amicale avec Katmé. « L’expression de l’amour ne passe pas forcément par les schémas de la famille et du couple. Des amitiés fortes m’ont construite et sauvée. »

Immobilisation forcée

Enfant modèle, Osvalde Lewat se décrit aujourd’hui comme « un ovni familial ». À la vingtaine, alors qu’une place l’attend auprès d’un père chef d’entreprise, et d’un clan où « être se mesure à ce que l’on a », elle choisit les arts avant d’avoir construit une famille « traditionnelle » dans une société où « si vous n’êtes pas marié et sans enfants, vous êtes disqualifiés ».

On entend, derrière l’attachement familial, les difficultés : « Quand on vient de monde où le poids du groupe pèse autant, dire “non” c’est choisir un chemin de solitude ». Avant de glisser, pudiquement, en riant : « aujourd’hui, ça va, je suis mariée ». La figure maternelle, « très littéraire », est pour elle source d’inspiration. Dans Les Aquatiques, les personnages féminins sont particulièrement travaillés avec Keuna, la galeriste mère célibataire et Sennke, la petite sœur religieuse.

AVOIR QUATORZE REFUS D’ÉDITEUR, C’ÉTAIT DIFFICILE, MAIS QUAND J’ÉCRIS, JE SAIS QUE C’EST LÀ OÙ JE DOIS ÊTRE

« Il n’y a pas de bonne manière d’être, la seule qui compte c’est d’être soi, affirme Osvalde Lewat. Comme pour mon accident, la vie parfois vous oblige à vous déterminer. » C’est ainsi que la primo-romancière introduit l’élément déclencheur de son passage à l’écriture : une cheville cassée et une immobilisation forcée d’un an. Encouragée par des amis, comme Atiq Rahimi, celle qui, petite, voulait être écrivain (et psychothérapeute), et avait à l’adolescence rédigé « un mauvais roman », se lance à 39 ans. « J’étais acceptée comme documentariste, photographe. Remettre cela en question, avoir quatorze refus d’éditeur, c’était difficile. Mais quand j’écris, je sais que c’est là où je dois être », confie-elle.

Grande lectrice, elle confie son admiration pour Doris Lessing et « son ton affranchi et culotté » qui « a libéré mon écriture ». « Les écrivains juifs américains ont aussi beaucoup compté, comme Saul Bellow, poursuit-elle. Et je reste impressionnée par la modernité de la langue de Chinua Achebe et Ahmadou Kourouma ». C’est sur les terres ivoiriennes de ce dernier, grâce aux éditions Nimba, que Les Aquatiques sera disponible, en mars, pour une diffusion en Afrique.

Les Aquatiques, de Osvalde Lewat, Les Escales, 304 pages, 20 euros.

Avec Jeune Afrique par Anne Bocandé

Créé par Tshisekedi, le Grand prix panafricain de littérature en quête d’écrivains

septembre 13, 2021

Félix Tshisekedi est président de l’Union africaine depuis février 2021

À l’occasion de la présidence congolaise de l’Union africaine, Félix Tshisekedi a décidé de lancer un prix littéraire international, avec 30 000 dollars à la clé. Il est encore temps de participer…

Il est encore temps de participer : les organisateurs du tout nouveau Grand prix panafricain de littérature attendent les ouvrages jusqu’au 15 octobre 2021 ! Passé cette date, le comité de présélection composé d’universitaires congolais se réunira pour choisir les cinq titres qui seront soumis au « jury international », lequel se prononcera le 27 février 2021, en marge du sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine (UA), et remettra à son lauréat ou à sa lauréate la coquette somme de 30 000 dollars…

Pour cette première édition, le jury sera composé de Boubacar Boris Diop (Sénégal), Ananda Devi (Maurice), Abubakar Ibrahim (Nigéria), Abdourahman Waberi (Djibouti), Buthaina Khidir Mekki (Soudan), Fawzia Zouari (Tunisie), Julien Kilanga Musinde (RDC), Peter Kimani (Kenya), William Ndi (Cameroun) et Zukiswa Wanner (Afrique du Sud).

Ce grand prix panafricain, qui bénéficie d’une enveloppe budgétaire d’environ 200 000 dollars, est une initiative conduite par le président congolais Félix Tshisekedi à l’occasion de la présidence congolaise de l’Union africaine. Il s’agit de « considérer la culture, les arts et le patrimoine comme des leviers pour le développement de l’Afrique ».

Des textes en anglais ou en français

Sur le plan littéraire, les organisateurs attendent des livres publiés après le 1er janvier 2021, écrits par des Africains au sens large : vivant en Afrique ou appartenant aux diasporas. « Nous ne souhaitons fermer aucune porte », soutient le professeur Emmanuel Mateso Locha, membre du panel chargé d’accompagner la RDC à la présidence de l’Union africaine. Reste que sont pour l’instant exclus tous les livres publiés en langues locales, y compris le swahili, puisque ne sont sélectionnés que des textes publiés en anglais ou en français.

Les organisateurs soutiennent par ailleurs qu’aucun thème n’est imposé et qu’aucune censure ne sera exercée vis-à-vis du contenu… qui doit néanmoins, « dans toute la mesure du possible, refléter les valeurs consacrées par la charte de l’Union africaine telles que la solidarité, la cohabitation pacifique des peuples, l’émancipation et le rayonnement de l’Afrique ». Petit plus : le jury, en accord avec le comité organisateur, se réserve le droit d’accorder une mention spéciale dotée de 5 000 euros à « une ou plusieurs autres personnes physiques ou morales ».

Avec Jeune Afrique par Nicolas Michel