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Canada: Trudeau condamne l’escalade de la violence et les menaces nucléaires de Poutine

septembre 22, 2022
Justin Trudeau.

Justin Trudeau a vivement dénoncé le récent discours du président russe Vladimir Poutine. Photo : La Presse Canadienne/Sean Kilpatrick

Le premier ministre Justin Trudeau a condamné au nom du Canada l’escalade de la violence du président russe Vladimir Poutine dans son opération d’invasion de l’Ukraine, y compris son appel à la mobilisation partielle et ses menaces de recours à l’arme nucléaire.

M. Trudeau se trouvait à New York pour participer à l’Assemblée générale des Nations unies, où l’agression de la Russie contre l’Ukraine qui dure depuis sept mois est un sujet de discussion omniprésent.

En conférence de presse, le premier ministre canadien a qualifié les actes du président russe d’irresponsables et a déclaré que Poutine a perdu le contrôle de la situation.

Je pense que c’est très clair, que ce soit au niveau de la conscription partielle qu’il est en train d’amener en Russie ou quand il ne veut pas admettre qu’il a déclenché une guerre contre l’Ukraine, a fait valoir M. Trudeau avant d’enchaîner en parlant des référendums farfelus dans les territoires occupés et des menaces carrément irresponsables de recours éventuel à l’arme nucléaire.

Plus tôt en journée, le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’est adressé aux leaders mondiaux par visioconférence. Il a martelé que son pays allait sortir vainqueur en repoussant les agressions russes et en forçant l’armée de Poutine à battre en retraite.

Ce discours a été prononcé quelques heures après celui de Vladimir Poutine, qui a annoncé une mobilisation partielle des réservistes dans le plus grand conflit européen depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Pour le président Zelensky, cette décision militaire démontre que Poutine n’est pas sérieux lorsqu’il prétend vouloir négocier une fin au conflit.

À Ottawa, la vice-première ministre Chrystia Freeland a déclaré que l’invasion russe pourrait avoir atteint un moment critique et qu’il est temps de redoubler d’efforts pour soutenir l’Ukraine.

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Mélanie Joly, a affirmé que le Canada voulait s’assurer que le front commun mondial contre Moscou demeurait intact.

Évidemment, ce que l’Ukraine attend du Canada, c’est toujours plus de soutien sur le plan financier et plus d’artillerie lourde, a-t-elle souligné. Nous en avons déjà fait beaucoup. Mais nous devons en faire plus. Et nous en ferons plus.

1,2 milliard de dollars contre les maladies

Au cours de la journée, M. Trudeau a déclaré que le Canada s’est engagé à verser 1,21 milliard afin de soutenir l’effort international destiné à stopper la propagation de maladies infectieuses.

M. Trudeau a fait cette annonce à New York lors d’une conférence d’annonces de contributions pour le projet, connu sous le nom de Fonds mondial de lutte contre le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme.

Le Canada, un des fondateurs du Fonds mondial, a déjà promis quatre milliards depuis la création de ce fonds, en 2002, par l’ancien dirigeant bancaire Peter Sands.

L’annonce comprend 100 millions supplémentaires pour le dispositif de riposte à la COVID-19 du Fonds mondial, qui vise à aider les pays en développement à atténuer l’impact de la pandémie.

Le gouvernement canadien affirme que cette nouvelle somme représente une augmentation de 30 % par rapport à la dernière contribution du Canada et qu’il s’agit du plus gros investissement multilatéral dans le domaine de la santé du pays.

Le ministre du Développement international, Harjit Sajjan, a déclaré que ce fonds a sauvé 50 millions de vies au cours des 20 dernières années.

Nous nous sommes engagés à faire en sorte que personne ne soit laissé pour compte, a déclaré M. Sajjan par voie de communiqué.

Il s’agit d’un combat mondial et ce n’est qu’ensemble que nous pourrons maximiser l’efficacité de nos investissements collectifs.

Crise à Haïti

M. Trudeau devait également participer à une réunion avec des partenaires des Caraïbes pour discuter de la crise en Haïti, où des vagues incessantes de violence de gangs criminels ont persisté tout l’été, faisant des centaines de morts.

Bob Rae, l’ambassadeur du Canada à l’ONU, a affirmé qu’il s’était récemment rendu dans ce pays pour constater le chaos par lui-même. Les organisations criminelles ont même pris le contrôle du palais de justice de la capitale, Port-au-Prince, a-t-il relaté. Nous n’allons pas déclarer que nous avons une solution magique. Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne, a expliqué M. Rae.

Nous devons apprendre de certaines des erreurs du passé, où des interventions n’ont pas eu le plein soutien du peuple haïtien. Et nous devons nous assurer que nous travaillons avec le peuple haïtien. Toutefois, c’est plus facile à dire qu’à faire dans un pays dirigé par un gouvernement provisoire, a-t-il ajouté. Nous allons essayer de jouer un rôle aussi constructif que possible. Nous savons tous qu’il en faudra davantage.

Radio-Canada par La Presse canadienne

L’armée est « terrorisée » : un soldat russe dénonce la guerre en Ukraine

août 30, 2022
Un soldat marche dans les ruines de l'usine.

Un soldat russe patrouille sur le site de l’usine sidérurgique Azovstal, à Marioupol, dans le sud de l’Ukraine, le 13 juin 2022. (Archives) Photo : AFP via Getty Images/Yuri Kadobnov

Il a brisé la loi du silence et s’est enfui de la Russie : Pavel Filatiev, un militaire qui a combattu deux mois en Ukraine avant de dénoncer l’offensive du Kremlin dans un long récit publié sur Internet, demande maintenant l’asile politique en France.

Âgé de 34 ans, le soldat est arrivé dimanche à l’aéroport de Roissy, à Paris, via la Tunisie et a rencontré des agents de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) lundi.

Début août, le parachutiste, qui s’était réengagé l’an dernier dans le 56e régiment des troupes aéroportées basé en Crimée après avoir quitté quelque temps les rangs de l’armée, a publié sur le réseau social Vkontakte un récit de 141 pages dénonçant l’état des troupes russes et la guerre en Ukraine.

Portrait de Pavel Filiatiev.

Pavel Filiatiev faisait partie du 56e régiment des troupes aéroportées basé en Crimée lorsqu’il a publié son récit de 141 pages dénonçant l’armée russe. Photo: Getty Images/AFP/ Eleonore Dermy

Quand j’ai appris que le commandement demandait à ce que je sois condamné à 15 ans de prison pour informations mensongères [contre l’armée russe], j’ai compris que je n’arriverais à rien ici et que mes avocats ne pourraient rien pour moi en Russie, raconte Pavel Filatiev à l’AFP, qui l’a rencontré lundi dans la zone d’attente des demandeurs d’asile à Roissy.

Son texte, intitulé ZOV – qui signifie appel en russe et rappelle dans le même temps les lettres peintes sur les blindés russes en Ukraine –, critique l’invasion russe lancée le 24 février.

Nous n’avions pas le droit moral d’attaquer un autre pays, qui plus est le peuple qui nous est le plus proche, écrit dans ce récit le soldat, lui-même fils d’un militaire qui avait servi dans ce même 56e régiment.

Désordre et corruption

Il y dépeint une armée russe en lambeaux, à peine équipée et manquant de formation, dans le même état que ce qu’est devenue la Russie ces dernières années.

D’année en année, le bazar et la corruption deviennent de plus en plus prégnants, explique Pavel Filatiev. La corruption, le désordre, le je-m’en-foutisme ont dépassé les limites de l’acceptable, ajoute-t-il en racontant avoir très vite déchanté après avoir signé son contrat.

« Les premiers mois, j’étais sous le choc. Je me disais  »ce n’est pas possible » et, à la fin de l’année, j’ai compris que je ne voulais pas servir dans une telle armée. »— Une citation de  Pavel Filatiev

Pour autant, il ne démissionne pas et se retrouve sur le front une fois que ce que le Kremlin appelle l’opération spéciale est lancée. Avec son régiment, il va d’abord à Kherson, puis à Mykolaïv, deux villes sur les bords de la mer Noire.

Si l’armée était en temps de paix déjà en bazar, corrompue et je-m’en-foutiste, il est évident qu’en temps de guerre, de combats, cela va apparaître encore plus et le manque de professionnalisme devenir encore plus visible, dit-il, estimant que le gouvernement russe avait joué un rôle majeur pour détruire l’armée héritée de l’URSS.

Après deux mois de combats au cours desquels il assure que son régiment n’a pris part à aucune exaction contre des civils ou des prisonniers, Pavel Filatiev est évacué en raison d’une infection à l’œil droit et hospitalisé à Sébastopol, en Crimée.

L’armé est « terrorisée »

Il tente de démissionner pour raisons de santé, mais sa hiérarchie lui demande de retourner au front, le menaçant d’ouvrir une enquête à son encontre s’il ne le faisait pas.

Début août, il quitte la Crimée et publie sur Internet son journal. Après avoir erré de ville en ville en Russie pour éviter d’être repéré, il finit par quitter le pays.

Pourquoi je raconte tout cela en détail? Je veux que les gens en Russie et dans le monde comprennent comment cette guerre est arrivée, pourquoi des gens continuent de la faire, explique Pavel Filatiev.

« Ce n’est pas parce qu’ils ont envie de combattre, c’est parce qu’ils se trouvent dans de telles conditions qu’il leur est très difficile de partir. »— Une citation de  Pavel Filatiev

L’armée, tout comme la société russe, est terrorisée, affirme-t-il, estimant à seulement 10 % la proportion de militaires soutenant la guerre, la majorité des soldats craignant à l’inverse de parler ouvertement. Ceux qui sont contre la guerre ont peur de le dire, de partir, ont peur des conséquences.

S’il obtient le statut de réfugié, il dit vouloir agir pour faire en sorte que cette guerre se termine.

Je veux que le moins possible de jeunes hommes russes y aillent et soient mêlés à cela, qu’ils sachent ce qui se passe là-bas.

Par Radio-Canada avec Agence France-Presse

Ukraine : risque de « pulvérisation de substances radioactives » à Zaporijia

août 27, 2022

L’opérateur public ukrainien assure ce samedi que « l’infrastructure de la centrale a été endommagée » par des bombardements russes.

Il existe un risque de « pulvérisation de substances radioactives » à la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijia, occupée par les troupes russes, a averti samedi l’opérateur public ukrainien.

Selon Energoatom, les troupes russes ont « bombardé à plusieurs reprises au cours de la dernière journée » le site. « L’infrastructure de la centrale a été endommagée, et il existe des risques de fuite d’hydrogène et de pulvérisation de substances radioactives », a indiqué l’agence sur Telegram, ajoutant qu’il y avait « un risque d’incendie élevé ».

L’opérateur affirme que, depuis samedi midi (9 heures GMT), la centrale « fonctionne avec le risque de violer les normes de sécurité en matière de radiations et d’incendie ». La Russie, de son côté, a également accusé l’Ukraine de bombardements sur Zaporijia au cours des dernières 24 heures. Dans un communiqué, le ministère russe de la Défense a assuré que l’artillerie ukrainienne avait tiré 17 obus sur l’enceinte de la centrale, la plus grande d’Europe.

« Quatre (obus) sont tombés sur le toit du bâtiment spécial n°1, où se trouvent 168 assemblages de combustible nucléaire américain de la firme WestingHouse », a-t-il précisé, ajoutant que les obus restants s’étaient écrasés à 30 mètres d’un dépôt de combustible usagé et près d’un autre contenant du « combustible frais ».

Selon l’armée russe, l’armée ukrainienne procède à ces tirs depuis les alentours de la ville de Marhanet, qui fait face à la centrale, sur la rive opposée du fleuve Dniepr toujours contrôlée par Kiev.

L’Agence France-Presse n’a pas pu vérifier ces déclarations de source indépendante.

Zaporijia au cœur des tensions

La centrale de Zaporijia, où sont situés 6 des 15 réacteurs ukrainiens, a été prise par les troupes russes début mars, peu après le lancement de l’invasion le 24 février, et se trouve près de la ligne de front dans le Sud.

Kiev et Moscou s’accusent mutuellement de procéder à des bombardements à proximité du complexe, lui-même proche de la ville d’Energodar sur le fleuve Dniepr.

Jeudi, la centrale a été coupée du réseau électrique ukrainien pour la première fois depuis sa mise en service il y a quatre décennies, en raison des « actions des envahisseurs », selon Energoatom.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a déclaré que la coupure de courant avait été provoquée par le bombardement russe de la dernière ligne électrique active reliant la centrale au réseau.

La centrale a été remise en service vendredi après-midi, mais le président ukrainien a prévenu que « le pire scénario (…) est constamment provoqué par les forces russes ».

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) demande instamment l’envoi d’une mission à la centrale « dès que possible pour aider à stabiliser la situation en matière de sûreté et de sécurité nucléaires ».

Par Le Point avec AFP

L’Ukraine raccorde la centrale nucléaire de Zaporijjia, enjeu d’un bras de fer avec les Russes

août 26, 2022
L'Ukraine raccorde la centrale nucleaire de Zaporijjia, enjeu d'un bras de fer avec les Russes
L’Ukraine raccorde la centrale nucléaire de Zaporijjia, enjeu d’un bras de fer avec les Russes© AFP/Archives/Ed JONES

L’Ukraine a annoncé vendredi avoir raccordé à son réseau électrique la centrale nucléaire de Zaporijjia, dont la déconnexion la veille avait encore renforcé les inquiétudes sur la sécurité du site, enjeu de toutes les tensions dans cette zone occupée par les Russes.

Dans le même temps, c’est l’Europe toute entière qui se prépare à une crise énergétique inédite. La présidence tchèque de l’Union européenne a annoncé convoquer une réunion d’urgence, à un moment où les prix de l’énergie connaissent une hausse vertigineuse sur le continent, poussés en grande partie par l’amoindrissement du flux de gaz russe en réponse aux sanctions.

En Ukraine, les autorités avaient annoncé jeudi que la centrale de Zaporijjia, la plus grande d’Europe avec ses six réacteurs de 1.000 mégawatts chacun, s’était trouvée « totalement déconnectée » du réseau national « pour la première fois de son histoire », à cause de dommages sur les lignes électriques provoqués par des « actions » de « l’envahisseur » russe.

La sécurité de ces installations, situées près de la ligne de front, et le risque d’un accident nucléaire en cas de bombardement inquiètent les dirigeants internationaux depuis qu’elle est passée aux mains des forces russes début mars.

La tension a encore grandi ces dernières semaines, Moscou et Kiev s’imputant mutuellement la responsabilité de frappes sur le site, où les militaires ukrainiens accusent l’armée russe d’avoir positionné des pièces d’artilleries pour pilonner leurs positions.

« Un des réacteurs de la centrale de Zaporijjia arrêtés la veille a été reconnecté au réseau électrique aujourd’hui » à 14H04 (11H04 GMT), a annoncé l’opérateur ukrainien Energoatom. Il « produit de l’électricité pour les besoins de l’Ukraine » et « l’augmentation de (sa) puissance est en cours ».

Energoatom a en outre assuré que les systèmes de sécurité du site fonctionnaient normalement.

La « semaine prochaine »

« La Russie a mis les Ukrainiens, tout comme l’ensemble des Européens, aux portes d’une catastrophe nucléaire », avait accusé jeudi le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

En retour, les autorités d’occupation d’Energodar, la ville dont dépend la centrale, ont de nouveau affirmé vendredi que les troupes ukrainiennes avaient bombardé Zaporijjia.

L’ONU a appelé à mettre en place une zone démilitarisée autour de la centrale pour la sécuriser et à permettre l’envoi d’une mission d’inspection internationale.

Des experts de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) y sont attendus « la semaine prochaine », selon la conseillère du ministre ukrainien de l’Energie Lana Zerkal, qui a reproché aux Russes d' »artificiellement créer des obstacles » à cette mission.

« Nous ne pouvons nous permettre de perdre davantage de temps », avait déclaré jeudi le directeur général de l’AIEA Mariano Grossi, soulignant qu’il y avait un « risque très réel de catastrophe nucléaire » et disant vouloir mener personnellement la mission sur le site « dans les jours à venir ».

Envolée du prix de l’électricité

Conséquence de cette guerre meurtrière livrée par la Russie à l’Ukraine, qui est entrée dans son sixième mois mercredi, des sanctions imposées notamment sur le pétrole russe mais aussi de la fermeture partielle à ce stade par Moscou du robinet du gaz, les prix de l’énergie ont explosé en Europe qui se prépare à un hiver difficile.

Conjuguée notamment à des difficultés rencontrées par le parc nucléaire français, cette crise a porté vendredi les prix de gros de l’électricité pour 2023 en Allemagne et en France à respectivement 995 et 1.100 euros le MWh, contre 85 euros il y a un an.

Le Premier ministre tchèque Petr Fiala, dont le pays assure la présidence de l’Union européenne, a annoncé vendredi qu’il convoquerait « une réunion d’urgence des ministres de l’Energie », avec l’assentiment de la Commission européenne.

La Norvège, non membre de l’UE mais elle-même gros fournisseur de gaz naturel, a de son côté annoncé vendredi l’entrée en vigueur de nouvelles sanctions « contre le président Poutine et le régime russe », alignées sur celles prises par l’UE en juillet.

Nouvelles frappes russes

Sur le plan militaire, la présidence ukrainienne a signalé vendredi, des frappes russes ces 24 dernières heures sur les régions de Kharkiv (nord-est, un mort, trois civils blessés), Donetsk (est, deux morts et sept blessés, avec des combats concentrés notamment sur Bakhmout et ses environs) et Dnipropetrovsk (centre, pas de victimes).

Dans cette dernière région, l’armée russe avait bombardé mercredi la gare de Tchapliné.

Vendredi, « les opérations de secours et de recherches (étaient) terminées à Tchapliné », où le bilan final est de 25 morts, dont deux enfants de six et 11 ans, et 31 blessés, a déclaré le chef adjoint de l’administration présidentielle ukrainienne Kiril Timochenko.

La Russie assure pour sa part avoir visé à Tchapliné un train militaire avec un missile Iskander et tué « plus de 200 militaires » ukrainiens.

Dans la région de Lougansk (est), qui avec celle de Donetsk forme le Donbass, dont la conquête totale est l’objectif prioritaire de la Russie, « des attaques ennemies répétées ont été repoussées », a assuré la présidence ukrainienne.

Dans la même région, « les soldats ukrainiens ont détruit une base des occupants russes » dans la petite ville de Kadiïvka, a affirmé vendredi le chef de l’administration militaire régionale, Serguiï Gaïdaï.

« La frappe a été si puissante que 200 parachutistes ruscistes (contraction de « Russe » et « fasciste » utilisée en Ukraine pour désigner les forces de Moscou) ont été tués », a affirmé M. Gaïdaï. L’information n’a pu être confirmée de source indépendante.

Depuis le retrait russe des environs de Kiev fin mars, l’essentiel des combats est concentré dans l’est et le sud, où les fronts semblent presque figés.

Total contraint de céder

En France, après deux jours de polémique, le géant pétrolier TotalEnergies a annoncé vendredi céder à son partenaire russe Novatek ses parts dans la société exploitant le champ gazier de Termokarstovoïe.

La compagnie française était accusée par le journal Le Monde et l’ONG Global Witness d’avoir concouru, via cette participation, à des livraisons de condensat de gaz ensuite transformé en kérosène pour alimenter des avions russes engagés dans le conflit en Ukraine.

Le groupe a d’abord réaffirmé vendredi qu’il ne produisait « pas de kérosène pour l’armée russe ».

Il a ensuite dit s’être accordé avec son partenaire russe pour lui céder sa participation de 49 % dans la société Terneftegaz.

Depuis l’invasion russe de l’Ukraine, TotalEnergies est critiqué pour être la dernière grande compagnie pétrolière occidentale à ne pas avoir quitté la Russie.

Par Le Point avec AFP

Poutine ordonne d’agrandir l’armée russe de 137 000 nouveaux soldats

août 25, 2022
Vladimir Poutine marche devant des généraux militaires.

Le décret de Vladimir Poutine survient alors que l’armée russe mène depuis plus de six mois une offensive très coûteuse sur les plans humain et matériel en Ukraine. Photo : Getty Images/AFP/Olga Maltseva

Le président russe Vladimir Poutine a signé jeudi un décret ordonnant d’augmenter le nombre de militaires de l’armée de 10 %, en pleine offensive contre l’Ukraine et sur fond de tensions croissantes avec les pays occidentaux.

Selon le décret publié par le gouvernement, l’armée devra compter 2 millions de membres, dont 1,15 million de soldats, par rapport à 1,9 million en 2017, année où il y avait un peu plus de 1 million de combattants.

Le décret entrera en vigueur le 1er janvier prochain.

Concrètement, sans compter le personnel civil, cela représente une augmentation de 137 000 militaires, soit plus du dixième de la force de combat actuelle.

Cette mesure, dont les raisons ne sont pas expliquées dans le décret, intervient alors que l’armée russe mène depuis plus de six mois une offensive en Ukraine très coûteuse sur les plans humain et matériel.

Deux chars pro-russes dans une rue de Marioupol où tous les bâtiments sont détruits.

L’armée russe devra compter deux millions de membres, a ordonné le président Vladimir Poutine. (Archives) Photo : Reuters/Alexander Ermochenko

Après avoir échoué à prendre Kiev au début de l’intervention, les forces de Moscou concentrent maintenant leurs efforts dans l’est et le sud de l’Ukraine, où les fronts ont peu bougé ces dernières semaines.

Jusque à maintenant, le Kremlin s’est gardé de procéder à une mobilisation générale, une mesure redoutée par un grand nombre de Russes.

L’augmentation du nombre de militaires russes survient alors que les relations entre Moscou et les pays occidentaux traversent une crise d’une ampleur sans précédent depuis la fin de la guerre froide.

Par Radio-Canada avec Agence France-Presse

L’Ukraine veut se battre « jusqu’au bout », Boris Johnson à Kiev

août 24, 2022
L'Ukraine veut se battre "jusqu'au bout", Boris Johnson a Kiev
L’Ukraine veut se battre « jusqu’au bout », Boris Johnson à Kiev© AFP/Dimitar DILKOFF

Six mois après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le président Volodymyr Zelensky a assuré mercredi que son pays se battrait « jusqu’au bout », fermement soutenu en cela par les Occidentaux, avec une nouvelle aide militaire des Etats-Unis et, plus symboliquement, la visite-surprise à Kiev pour le Jour de l’Indépendance du Premier ministre britannique Boris Johnson.

« Aujourd’hui, marque un jalon triste et tragique », a de son côté déclaré le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres en évoquant cette date anniversaire du déclenchement le 24 février des combats qui ont fait des dizaines de milliers de morts et de blessés.

Après avoir déploré les conséquences de cette « guerre absurde bien au-delà de l’Ukraine », il a notamment réitéré sa « profonde inquiétude » concernant les activités militaires sur le site de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia, qui a subi des frappes dont les deux belligérants s’accusent mutuellement.

« Toute nouvelle escalade de la situation pourrait conduire à l’autodestruction », a-t-il averti, tandis que les directeurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) Rafael Grossi et de l’Agence atomique russe Rosatom Alexeï Likhatchev se sont rencontrés à Istanbul pour discuter d’une inspection de ces installations.

Autre illustration de la grande inquiétude de la communauté internationale à ce sujet, le pape François a exhorté le même jour à prendre des « mesures concrètes » pour « mettre fin à la guerre et écarter le risque d’un désastre » à Zaporijjia.

La Russie doit stopper sans conditions son « chantage nucléaire et simplement se retirer de la centrale » qu’elle occupe depuis début mars, a quant à lui martelé Volodymyr Zelensky dans un message vidéo diffusé au Conseil de sécurité des Nations unies.

« Nous allons nous battre pour (notre terre) jusqu’au bout », avait auparavant proclamé le chef de l’État ukrainien, précisant qu’il s’agissait de « l’Ukraine toute entière (…) sans aucune concession ni compromis », englobant le bassin du Donbass (est), en partie aux mains des séparatistes soutenus par Moscou depuis 2014, et la Crimée, annexée par la Russie la même année.

Joe Biden a pour sa part confirmé l’octroi d’une aide militaire de près de trois milliards de dollars à Kiev, la plus importante des Américains depuis le début du conflit. Et ce, a expliqué le président américain, pour permettre aux Ukrainiens d' »acquérir des systèmes de défense aérienne, des systèmes d’artillerie et des munitions (…) ainsi que des radars ».

Sirènes et couvre-feu

Après un semestre de guerre, cet anniversaire de l’indépendance acquise en 1991 vis-à-vis de l’URSS ne devait pas donner lieu à des festivités.

Volodymyr Zelensky et son épouse ont rendu hommage aux soldats ukrainiens tués en observant une minute de silence et en déposant des bouquets jaune et bleu – aux couleurs du drapeau national – devant un mémorial du centre de la capitale, avant d’assister à un rassemblement dans la cathédrale Sainte Sophie, auquel les chefs des principales confessions religieuses ont participé.

Les autorités de Kiev, où des sirènes d’alerte ont retenti dans la matinée, y ont interdit tout rassemblement public de lundi à jeudi et, dans le nord-est, le gouverneur de la région de Kharkiv a ordonné un couvre-feu de mardi soir à jeudi matin.

Dans les premières heures de ce 24 août, des explosions ont retenti dans plusieurs villes, comme Kharkiv, Zaporijjia et Dnipro (centre), selon les autorités locales.

« C’est triste à dire mais les gens ont commencé à s’habituer, ils essaient de continuer à vivre de la même façon », a raconté Mykola, un soldat de 33 ans rencontré à Mykolaïv, une cité méridionale sur laquelle les missiles pleuvent quotidiennement.

Depuis le retrait des forces russes des environs de Kiev fin mars, l’essentiel des combats s’est concentré dans l’est, où les Russes ont lentement gagné du terrain avant que le front ne se fige, et dans le sud, où les troupes ukrainiennes disent mener une contre-offensive, également très lente.

« Résistance exceptionnelle »

Allié de Moscou, le président bélarusse Alexandre Loukachenko, qui a ouvert le territoire de son pays aux troupes russes pour qu’elles lancent l’assaut sur l’Ukraine en février, a néanmoins félicité le peuple ukrainien pour sa fête nationale, lui souhaitant « un ciel pacifique ».

Un conseiller de la présidence ukrainienne, Mikhaïlo Podoliak, a qualifié cette démarche de « cynique » et de « bouffonnerie », évoquant « la participation active aux crimes contre l’Ukraine » de M. Loukachenko.

De leur côté, les Européens avaient réaffirmé leur soutien à Kiev mardi pendant le sommet de la « plateforme de Crimée », pré-existante à l’offensive russe et réunissant les principaux alliés de l’Ukraine.

Le président français Emmanuel Macron a adressé mercredi un nouveau message de soutien aux Ukrainiens, disant qu’ils pouvaient « être fiers » de leurs 31 années d’indépendance et de leur « résistance exceptionnelle » face à l’armée russe depuis six mois.

« Nous nous mobilisons aujourd’hui et nous nous mobiliserons demain pour aider à la résistance militaire de l’Ukraine et des Ukrainiens, et aussi pour aider demain à reconstruire », a-t-il assuré.

Par Le Point avec AFP

Une vingtaine de navires de guerre nazis exposés par la sécheresse dans le Danube

août 23, 2022
Une épave dans l'eau.

Des centaines d’épaves de navires de guerre nazis gisent au fond du Danube, deuxième plus grand fleuve d’Europe. Photo : Reuters/Fedja Grulovic

La sécheresse qui sévit en Europe a fait descendre le niveau du fleuve Danube si bas au cours des dernières semaines que les épaves d’une vingtaine de navires de guerre nazis, dont certains toujours chargés d’explosifs, sont désormais exposées près du village portuaire de Prahovo, en Serbie.

Des centaines d’épaves du genre gisent au fond du Danube, deuxième plus grand fleuve d’Europe que les nazis ont emprunté depuis le sud de l’Allemagne, où il prend sa source, pour se rendre jusque dans la mer Noire, dans laquelle il se jette.

Les Allemands ont sabordé des centaines de leurs navires lorsqu’ils ont battu en retraite devant l’avancée des Russes, à la fin de la guerre. Et la sécheresse de cet été, l’une des pires en Europe depuis l’enregistrement des données météorologiques, a fait ressurgir ces vestiges militaires.

Certains des navires possèdent encore des tourelles, des ponts de commandement, des mâts brisés et des coques tordues, alors que d’autres sont presque entièrement submergés sous des bancs de sable.

Une épave tordue dans l'eau.

Sur certaines des épaves, on peut toujours distinguer le mât, le pont de commandement et la coque. Photo: Reuters/Fedja Grulovic

Une menace pour la navigation et l’environnement

Si la découverte a de quoi fasciner, elle n’en demeure pas moins dangereuse : certains de ces navires contiennent toujours des tonnes métriques d’explosifs et de munitions.

La flotte allemande de la mer Noire a laissé derrière elle une grande catastrophe écologique qui nous menace, nous, les habitants de Prahovo, a déclaré à Reuters Velimir Trajilovic, 74 ans, un retraité de ce village portuaire qui a écrit un livre sur le sujet.

Selon le ministère des Transports serbe, il y aurait environ 10 000 engins explosifs dans l’eau, ce qui non seulement pose une menace écologique, mais aussi rend la navigation périlleuse pour les marins, de même que pour les pêcheurs locaux.

Les autorités de Serbie se sont résolues à des opérations de dragage pour maintenir les voies de navigation ouvertes. Près de Prahovo, la présence d’épaves a tout de même réduit la largeur de la voie de navigation de 180 mètres à 100 mètres.

En mars, le gouvernement serbe a lancé un appel d’offres pour le retrait des épaves et des explosifs qu’elles contiennent. L’opération est évaluée à environ 37 millions de dollars canadiens.

Ce n’est pas la première fois que de tels vestiges refont surface. Certaines des épaves nazies du Danube sont notamment apparues lors d’une vague de chaleur en 2003.

Avec les informations de CNN et Washington Post

Depuis le début de l’invasion russe, 9 000 soldats ukrainiens ont été tués

août 22, 2022

Le commandant en chef de l’armée ukrainienne, Valeri Zaloujny, dresse un nouveau bilan sanglant alors que l’offensive russe se poursuit à travers le pays.

Le commandant en chef de l’armée ukrainienne a déploré la perte de milliers de « héros » tombés au front. Neuf mille soldats ukrainiens ont été tués en six mois d’invasion russe, a déclaré, lundi 22 août, Valeri Zaloujny, cité par l’agence Interfax-Ukraine.

S’exprimant devant un forum à Kiev, le général Zaloujny a affirmé que des enfants ukrainiens avaient besoin d’une attention particulière, car leurs pères étaient partis sur le front et « se trouvaient probablement parmi près de 9 000 héros qui avaient été tués ».

Il s’agit de l’une des rarissimes déclarations de responsables ukrainiens au sujet de pertes militaires de Kiev dans cette guerre, lancée le 24 février par Moscou et qui a mis l’Ukraine à feu et à sang. La précédente estimation date de la mi-avril, lorsque le président Zelensky avait déclaré que jusqu’à 3 000 militaires ukrainiens avaient été tués et environ 10 000 blessés depuis le début de l’offensive russe.

Le Point avec AFP

Le Japon craint d’être entraîné dans une guerre à Taïwan

août 11, 2022

Les exercices militaires de la Chine autour de Taïwan sont peut-être terminés, mais la menace d’une invasion de l’île à moyen terme demeure en place. Dans son « livre blanc » publié mercredi et qui se veut une marche à suivre pour la réunification, Pékin ne renonce pas à l’usage de la force qui serait utilisée en dernier recours.

Des hélicoptères volent au-dessus de la mer, où se trouvent des navires.

Des hélicoptères chinois près de l’île Pintgan, l’un des points les plus proches de Taïwan Photo: AFP via Getty Images/Hector Retamal

Depuis la visite de la présidente de la Chambre des représentants américains, Nancy Pelosi, à Taïwan la semaine dernière, la réaction et la démonstration de force chinoises font craindre le pire à Tokyo. Le Japon redoute d’être attiré dans un conflit militaire entre la Chine et les États-Unis sur la question de Taïwan.

Décryptage et explications avec Antoine Bondaz, directeur du Programme Taïwan et chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique, et Robert Dujarric, codirecteur du Département d’études asiatiques de Temple University Japan.

D’où viennent ces craintes japonaises d’être entraîné dans un conflit à Taïwan?

Antoine Bondaz : Les craintes du Japon sont anciennes et il y a plusieurs raisons. Premièrement, il y a la géographie. Il ne faut pas oublier que certaines îles japonaises se trouvent à moins de 150 kilomètres de Taïwan. Si la Chine devait réaliser un blocus de l’île, ce blocus se ferait, de fait, quasiment dans la zone économique exclusive du Japon ou extrêmement proche des côtes japonaises. On l’a vu avec les zones annoncées lors des exercices militaires par la Chine. Certaines encerclaient partiellement certaines îles japonaises.

Deuxièmement, et c’est fondamental, s’il y avait une intervention militaire américaine, les troupes américaines les plus proches de Taïwan ne se trouvent pas à Hawaï ou à Guam. Elles se trouvent au Japon, notamment à Okinawa. Donc une intervention militaire américaine nécessiterait la mobilisation des troupes américaines basées au Japon et donc, de fait, une participation directe ou indirecte du Japon.

Troisièmement, et c’est le point qui est le plus discuté aujourd’hui à Tokyo, la sécurité et l’environnement stratégique du Japon seraient extrêmement dégradés si la Chine réussissait à conquérir Taïwan par la force.

Certains analystes disent que le Japon pourrait aussi être une cible, surtout dans le cas où on doit intervenir pour porter secours à Taïwan. Est-ce que c’est un enjeu?

Robert Dujarric : Oui, je pense que l’on considère dans les cercles dirigeants à Tokyo, depuis longtemps, depuis peut-être 25 ans, que le Japon pourrait être directement ou indirectement attaqué par la Chine. On a toujours pensé au Japon qu’une invasion chinoise, une annexion chinoise de Taïwan, serait une menace mortelle pour le Japon.

Pourquoi? Quel est le rôle ou l’importance de Taïwan pour le Japon?

Robert Dujarric : C’est encore la question de la proximité géographique de l’île, la possibilité, si la Chine prenait possession de Taïwan, d’installer des bases militaires. Surtout, ça serait la démonstration du fait que la Chine peut éliminer un État indépendant, indépendant de facto, de la région. Donc la question que se poseraient les Japonais, c’est : est-ce que ça pourrait arriver plus tard en Corée du Sud, est-ce que le Japon pourrait être victime? Pour eux, ça serait le début d’une restructuration internationale dans la région qui serait profondément néfaste au Japon.

Est-ce qu’il y a une inquiétude plus grande après les exercices qu’on a vus la semaine dernière?

Robert Dujarric : Je crois que c’est la prolongation des exercices chinois qui préoccupe. Il y en a eu depuis longtemps. Ceux-là semblaient être un peu plus agressifs. Mais je crois que c’est une préoccupation qui n’est pas arrivée soudainement, qui existait déjà et qui était renforcée depuis que Xi Jinping est au pouvoir.

Les missiles balistiques chinois qui ont terminé leur course près des eaux japonaises, quelle importance ou quelle signification cela a-t-il?

Robert Dujarric : La signification, c’est que la Chine est prête à provoquer le Japon, mais pas à franchir la ligne rouge. Ces missiles sont tombés hors des eaux territoriales japonaises, donc ça n’était pas une violation de la souveraineté territoriale japonaise.

Mais c’est pour eux la preuve que la Chine est très agressive. C’est interprété par le gouvernement à Tokyo comme voulant dire que le Japon devrait faire plus pour se défendre, ce qui veut dire aussi qu’ils souhaitent que les États-Unis en fassent plus pour protéger le Japon.

La Chine est de plus en plus claire : pour elle, la réunification avec Taïwan est inévitable. Cependant, cet objectif devra nécessairement passer par un conflit. Cela crée beaucoup d’inquiétude, notamment pour le Japon qui craint d’être impliqué dans la guerre malgré lui. Reportage de notre correspondant en Asie, Philippe Leblanc.

Notre correspondant en Asie Philippe Leblanc sera basé à Taïwan pour les prochains mois, afin de nous faire découvrir cette île de près de 24 millions d’habitants, sa société et les défis qui l’animent. Et aussi afin de couvrir les enjeux d’actualité de toute la région Asie-Pacifique.

Avec Radio-Canada par Philippe Leblanc

Le stockage de produits pétroliers : une stratégie gagnante en période de pénurie

juillet 30, 2022

Avec la guerre en Ukraine, de nombreux pays africains sont exposés à des risques de pénurie de produits pétroliers. Le continent ne disposant pas d’infrastructures de stockage suffisantes pour répondre à la demande en temps normal, qui peut dire ce qu’il en serait en cas de disette générale ?

Des personnes font la queue pour du carburant dans une station-service à Yaoundé, le 19 juillet 2022. Depuis près de deux semaines, l’essence et le diesel font défaut dans les principales villes du Cameroun. © DANIEL BELOUMOU OLOMO/AFP

Nous l’avions déjà indiqué dans une précédente tribune sur ce même site : la crise énergétique que traverse le monde – à plus ou moins grande échelle –, depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, a ouvert les débats sur la sécurité des approvisionnements en gaz naturel dans plusieurs pays d’Europe fortement dépendants des importations de gaz russe pour leurs industries et le chauffage domestique.

Désormais, si l’Amérique du Nord – gros producteur et détenteur de capacités de stockage stratégique d’envergure  – et le Moyen-Orient, important producteur et faible consommateur, semblent relativement épargnés,  les pays d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique subissent eux aussi les conséquences de cette crise mondiale à degrés différents.

Pour les pays importateurs de gaz naturel – les plus affectés –, l’un des effets de cette pénurie a été la recherche de sources alternatives d’approvisionnement. Et cela n’est pas aisé car ce sont des projets qui exigent de lourds investissements en infrastructures, qu’il s’agisse de gazoducs ou d’usines de liquéfaction, de navires méthaniers et  de terminaux de regazéification pour la chaîne GNL. De plus, les volumes exportés sont compromis sur des contrats de livraison à long terme, laissant peu de marge pour des opérations spot… quoique celles-ci soient de plus en plus courantes dans le cas du GNL.

Pression sur les prix

Ainsi, le choix de substitution du gaz en Europe s’est donc porté sur les produits pétroliers, la remise en service de centrales au charbon et même le nucléaire. Cela a eu pour effet de reporter les objectifs européens de politique environnementale d’émissions zéro de CO2. À court terme, il est clair que les produits pétroliers offrent une solution plus immédiate et plus souple car leur utilisation est technologiquement dominée. Cependant, cela a créé aussi une pression sur les prix internationaux du brut et des produits pétroliers, qui ont fini par affecter tous les pays importateurs. C’est le cas notamment de nombreux pays d’Afrique, qui se voient subitement entrainés dans une crise qui leur semblait lointaine au départ. Ainsi, en plus de la difficulté de se procurer des produits pétroliers de plus en plus chers – essence, gazole, GPL en particulier –, si la plupart des pays africains ne disposent déjà pas d’infrastructures de stockage suffisantes pour répondre à la demande en temps normal, qui peut dire ce qu’il en sera en temps de pénurie?

Les conséquences d’un risque de rationnement ou de manque de produits pétroliers peuvent non seulement ralentir, voire paralyser, certaines activités économiques et faire flamber les prix – avec les conséquences sociales que l’on imagine –, mais peuvent également créer un climat d’insatisfaction politique généralisée avec l’inflation qui en résultera. Dans le secteur domestique, cela peut signifier un retour à la consommation de bois pour la cuisson et un retrait dans les objectifs de pénétration du GPL à plus grande échelle.

Sortir des sentiers battus

Une politique d’augmentation de la capacité de stockage stratégique des produits pétroliers semble donc une option à étudier sérieusement dès maintenant. Toutefois, les délais de fabrication et de construction de ces réservoirs de grande capacité sont relativement longs, et il convient de regarder les rares opportunités qui se présentent sur le marché.

Par exemple, nous pouvons citer le cas du projet de construction d’un grand complexe pétrochimique au Brésil, qui a été annulé il y a quelques années. Nous savons que deux réservoirs de GPL de 4 000m³ de capacité chacun – qui n’ont pas été montés et dont le fabricant assure toujours la garantie – sont disponibles pour livraison immédiate à un prix très inférieur au prix d’un réservoir commandé maintenant, pour livraison dans huit à dix mois dans le meilleur des cas. Ainsi, en plus de bénéficier d’un prix très avantageux, l’achat de ces réservoirs permettrait à l’acquéreur de mettre en service un projet de stockage de GPL dans un délai moitié moins long que pour un projet greenfield.

En  général, c’est dans les périodes de crise qu’il faut sortir des sentiers battus, développer la créativité et se risquer à des solutions innovantes.

Patrick H. Drummond

Avec Jeune Afrique par Patrick H. Drummond

Ingénieur, directeur général de ICTx Consulting, spécialisé dans le développement de projets gaziers au Brésil et en Afrique.