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Ukraine: « Les gens sont brisés. Mentalement brisés. »

mai 28, 2022

Il y a presque deux mois que les troupes russes se sont retirées de la région de Tchernihiv après y avoir semé la mort et la destruction. Notre envoyé spécial y a trouvé des habitants toujours sonnés qui tentent de se relever.

Les ruines d'une maison avec des arbres et d'autres maisons endommagées à l'arrière.

Une partie de la maison d’Antonina Harbuz à Ivanivka, en Ukraine, où elle habitait avec ses deux enfants et deux petits-enfants. Photo : Radio-Canada/Yanik Dumont Baron

À peine 130 kilomètres séparent Kiev d’Ivanivka, dans la région de Tchernihiv. C’est un des chemins que les troupes russes ont empruntés dans l’espoir de prendre le contrôle de la capitale en roulant depuis la Russie ou depuis le Bélarus, non loin de là.

Le temps de s’y rendre depuis la capitale, on s’habitue aux paysages de la guerre : les stations d’essence fermées, les points de contrôle fortifiés, les épaves de véhicules militaires russes calcinés.

Des tanks brûlés, il y en a plusieurs dans la région d’Ivanivka. Les corps des soldats russes n’auraient été retirés qu’il y a une dizaine de jours à peine. Ce sont des résidents qui l’auraient fait, par crainte des maladies.Les restes d'un tank abandonné.

Des restes de véhicules militaires russes abandonnés dans les environs d’Ivanivka. Photo : Radio-Canada/Yanik Dumont Baron

Ces mêmes résidents ont empilé les débris de leurs maisons et de leurs bureaux. Les piles sont parfois très ordonnées, le sol est souvent propre. Comme si nettoyer pouvait effacer les traces des derniers mois.

De petites piles qui détournent le regard, le temps de quelques instants, des grands chantiers qu’il reste à entreprendre dans cette région rurale d’ordinaire très tranquille.

Environ 300 maisons ont été complètement détruites. Tout a brûlé dans le centre culturel : l’édifice municipal n’a presque plus de fenêtres sur toute sa façade.Une vitre percée d'une balle à travers laquelle on voit un édifice incendié sans toit.

Le centre culturel, voisin de l’édifice municipal, a perdu son toit dans un incendie. Photo : Radio-Canada/Yanik Dumont Baron

À l’intérieur, les traces des balles des mitrailleuses russes sont encore bien visibles. Elles ont creusé des trous dans les murs, détruit des portes en bois, percé le métal, déchiré les rideaux.

C’était épeurant, explique un employé en lançant un rire nerveux. Très épeurant! Trois semaines d’occupation à vivre dans la terreur, souvent en se terrant dans de petites caves.

« Les cœurs sont brisés »

Le départ des envahisseurs a révélé d’autres angoisses. Valentina Kouznetsova se rappelle combien il lui a été difficile de revenir dans l’édifice municipal où elle travaille comme administratrice de cette municipalité qui compte 17 villages.Valentina Kouznetsova est accoudée à une rampe devant un édifice aux vitres cassées ou placardées.

Valentina Kouznetsova devant les bureaux de la municipalité d’Ivanivka, près de Tcherhiniv. Photo : Radio-Canada/Yanik Dumont Baron

C’est d’abord l’ampleur des dégâts qui l’a estomaquée. Une bonne partie du mobilier avait disparu, de même que le matériel informatique. Curieusement, les disques durs ont été laissés sur place.

Dans une des salles de bains, le séchoir mural pour les mains a été arraché. Dans le bureau du maire, il ne reste que des plantes vertes desséchées.

Une fois passé le choc, les habitants ont nettoyé et ont repris quelques-unes de leurs activités normales. Ils retournent aux champs ou au bureau. Ils tentent d’oublier, explique Valentina Kouznetsova.

« Mais ils n’oublieront jamais. C’est très douloureux. Les cœurs sont brisés. Revenir à la routine, ça permet de se changer un peu les idées. »— Une citation de  Valentina Kouznetsova, administratrice d’Ivanivka, en Ukraine

Besoin d’aide

Dynamique, Inna Michtchenko fait partie de celles qui se plongent dans leurs tâches pour ne pas penser au reste. Elle gère de manière très rigoureuse les dons reçus pour la communauté.Assise à une table sur laquelle sont déposés des contenants de nourriture, Inna Michtchenko remplit des papiers à côté d'une femme plus âgée, elle-même conseillée par une autre personne.

Inna Michtchenko (à gauche) tient une comptabilité rigoureuse pour veiller à ce que chaque résident d’Ivanivka reçoive sa juste part de l’aide offerte. Photo : Radio-Canada/Yanik Dumont Baron

Sur les pages blanches de son cahier, elle prévoit tout ce qui sera livré, en parts égales et au gramme près, à chaque résident. Une méthode qui rappelle les habitudes soviétiques.

Nous avons besoin de médicaments, explique-t-elle. Nous avons aussi besoin de nourriture, surtout des aliments qui peuvent être mangés sans préparation.

Près d’elle, une femme s’assoit, le regard fixe et vide; elle semble sonnée, fatiguée. Inna Michtchenko reste patiente, laisse faire. Les gens sont brisés. Mentalement brisés.

Elle pense à son petit-fils qui dort toujours mal et aux plus âgés.

« Certains ont même perdu leurs sens. J’ai l’impression qu’il faudra beaucoup de temps pour s’en remettre. »— Une citation de  Inna MichtchenkoUn gymnase rempli de denrées où on aperçoit des gens au fond de la salle.

Le gymnase de l’école a été transformé en centre de cueillette et de tri des dons nécessaires à la survie des 1600 résidents d’Ivanivka. Photo : Radio-Canada/Yanik Dumont Baron

Des dizaines de résidents sont réunis dans une salle communautaire un peu plus loin. Les questions fusent, le ton monte. Les gens sont nerveux, explique une dame.

Les résidents ont aussi beaucoup de questions. Qui va payer la reconstruction des maisons détruites? Où pourra-t-on se loger en attendant? Et surtout, quand va-t-on réparer le pont?Un pont démoli sur un cours d'eau.

La destruction du pont oblige les résidents d’Ivanivka à faire un détour de 150 kilomètres pour rejoindre Tchernihiv, située à seulement sept kilomètres de là. Photo : Radio-Canada/Yanik Dumont Baron

Ce pont permet d’ordinaire de rejoindre rapidement Tchernihiv, sept kilomètres plus loin. C’est là-bas qu’on s’approvisionne, qu’on travaille, qu’on se divertit. Ce pont a disparu avec le conflit.

Pour aller à Tchernihiv, il faut donc faire 150 kilomètres de mauvaise route. Bien des gens ont perdu leur emploi là-bas, explique une dame.

« Les rêves, ça s’oublie au réveil »

Une de celles qui ont tout perdu nous guide vers ce qui reste de sa maison. Quelques murs tiennent toujours; il y a des débris partout, de la tôle, du verre. Dans un coin qu’on devine être la cuisine, les squelettes du four et de l’évier.

Les flammes ont tout emporté, constate avec regret Antonina Harbuz. Le résultat de deux années de rénovations est en cendres. La scène brise le cœur.Antonina Harbuz debout au milieu de ruines.

Antonina Harbuz dans ce qui reste de sa maison. Photo : Radio-Canada/Yanik Dumont Baron

Je suis comme morte à l’intérieur, sanglote cette fière mère. La voix baisse, elle murmure, avoue se permettre de pleurer certains soirs en cachette. Quand personne ne peut l’entendre.

Ils habitaient à cinq dans cette maison. Elle, ses deux enfants et deux petits-enfants. Cinq à avoir perdu leur foyer.

Du doigt, elle montre une pièce pour ne pas avoir à s’y rendre en marchant sur la vaisselle et sur la brique brisées. C’est la chambre toute neuve de la petite de cinq ans, meublée avec ce qui se fait de mieux, qui lui rappelle ce que l’enfant a dit il y a quelques jours.

« La petite a demandé à ses parents pourquoi elle était venue au monde si tôt. « J’avais tout et j’ai tout perdu. J’aurais préféré être née plus tard pour ne pas voir ce que je n’ai plus. » »— Une citation de  Antonina Harbuz

Cette fois-ci, Antonina Harbuz ne pleure pas. Elle veut rester forte pour ses enfants. Dans les ruines d’un foyer tant aimé, cette mère doit l’admettre : tout ça n’est pas un mauvais rêve.

Les rêves, ça s’oublie au réveil. Ce qu’on a vécu, ce qu’on vit là, on ne peut pas l’oublier. C’est une très, très dure réalité.

Avec Radio-Canada par Yanik Dumont Baron

Russie: Moscou compte abolir l’âge limite pour s’engager dans l’armée

mai 24, 2022
Un soldat en treillis militaire au milieu d'un espace public.

Un soldat russe en patrouille dans la ville de Kherson, dans le sud de l’Ukraine, une des rares villes ukrainiennes d’envergure conquises par l’armée russe, le 20 mai 2022. Photo : La Presse Canadienne/AP

Aux prises avec une résistance acharnée de l’armée ukrainienne dans le Donbass, Moscou se prépare à élargir les rangs de son armée en y acceptant pour la première fois des citoyens de plus de 40 ans.

C’est ce qui ressort d’un projet de loi inscrit dont la teneur a été dévoilée lors de la publication de l’ordre du jour de mercredi de la Douma, le Parlement russe, qui est contrôlé par le président Russie unie du président Vladimir Poutine.

Le but du projet de loi est d’éliminer la limite d’âge pour les citoyens en âge de travailler […], à laquelle ils ont le droit de conclure le premier contrat de service militaire, indique une note explicative accompagnant le texte législatif.

Selon cette note, seuls les citoyens âgés de 18 à 40 ans sont actuellement autorisés à conclure un premier contrat avec l’armée. Pour les citoyens étrangers, la fenêtre est de 18 à 30 ans.

Or, pour l’utilisation d’armes de haute précision, le fonctionnement d’armes et d’équipements militaires, des spécialistes hautement professionnels sont nécessaires, donc plus âgés.

La nouvelle loi aiderait donc à attirer des spécialistes dans des domaines populaires, principalement liés aux civils (soutien médical, ingénierie, maintenance, exploitation, communications, etc.) pour le service militaire sous contrat, indique la note.

De lourdes pertes pour l’armée russe

Si elle se refuse à donner des chiffres précis, la Russie admet tout de même avoir subi des pertes importantes depuis que le Kremlin a lancé son offensive en Ukraine, le 24 février. Kiev affirme avoir tué plus de 29 200 soldats, un chiffre invérifiable.

Le renseignement militaire britannique a pour sa part avancé lundi que les pertes des forces russes après les trois premiers mois du conflit sont aussi importantes que celles subies pendant la guerre de neuf ans menée par l’Union soviétique en Afghanistan.

Selon des estimations, ce conflit pourrait avoir fait 15 000 victimes dans les rangs de l’armée soviétique.

L’Institute for the Study of War a rapporté lundi soir qu’une association d’anciens combattants russes pressait le Kremlin de déclarer une mobilisation générale dans les régions voisines des pays membres de l’OTAN et de l’Ukraine.

Selon ce groupe de réflexion, basé à Washington, l’Assemblée panrusse des officiers plaide en outre pour que le service militaire obligatoire passe d’un an à deux ans, et que la peine de mort soit imposée aux déserteurs.

Le groupe d’anciens combattants demande au président Poutine de reconnaître que la Russie ne cherche pas qu’à dénazifier l’Ukraine, mais qu’elle déclare une guerre pour récupérer des territoires historiques de la Russie.

Un conflit qui s’annonce long

Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, et le secrétaire du puissant Conseil de sécurité de Russie ont tous deux laissé entendre mardi que Moscou va devoir combattre longtemps en Ukraine pour atteindre les objectifs de son intervention.

Nous continuons l’opération militaire spéciale jusqu’à la réalisation de tous les objectifs, peu importe l’énorme aide occidentale au régime de Kiev et la pression sans précédent des sanctions, a dit le ministre Choïgou, lors d’une visioconférence avec des homologues de l’ex-URSSUnion des républiques socialistes soviétiques partiellement retransmise à la télévision.

Selon lui, les efforts russes pour éviter de faire des victimes civiles ralentissent, bien sûr, le tempo de l’offensive, mais cela est délibéré. Selon le plus récent bilan de l’ONUOrganisation des Nations unies, la guerre a coûté la vie à plus de 3900 civils, un chiffre sous-estimé. Selon Kiev, le seul siège de Marioupol pourrait avoir fait plus de 20 000 victimes.

Un peu plus tôt, dans une rare entrevue accordée au journal russe Argoumenty i Fakty, le secrétaire du Conseil de sécurité, Nikolaï Patrouchev, a signifié que les opérations militaires dureraient le temps qu’il faudra.

Nous ne courons pas après les délais, a-t-il dit, relevant que les objectifs fixés par le président [Vladimir Poutine] seront remplisIl ne peut en être autrement, la vérité est de notre côté, a-t-il ajouté.

Moscou attend le plan de paix italien

La Russie n’a pas encore pris connaissance du plan de paix pour l’Ukraine évoqué par l’Italie, mais elle espère le recevoir par voie diplomatique, a déclaré mardi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Le ministre italien des Affaires étrangères, Luigi Di Maio, a présenté les grandes lignes de ce plan la semaine dernière et a dit en avoir discuté avec le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, pendant une visite à New York.

« Nous n’avons pas encore vu (le plan). Nous espérons qu’il va nous être transmis par voie diplomatique et que nous pourrons en prendre connaissance. »— Une citation de  Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin

Luigi Di Maio a suggéré vendredi pendant une conférence de presse que des organisations internationales comme l’ONUOrganisation des Nations unies, l’Union européenne et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe interviennent en tant que facilitateurs pour permettre, dans un premier temps, la mise en œuvre de cessez-le-feu locaux en Ukraine.

Outre Antonio Guterres, le chef de la diplomatie italienne a indiqué avoir présenté les grandes lignes de ce plan à des représentants des pays membres du G7.

L’ancien président russe Dimitri Medvedev, aujourd’hui vice-président du Conseil de sécurité russe, a réservé un accueil glacial à cette initiative et à toute autre proposition qui pourrait émaner des pays occidentaux.

Il semble que [le plan] n’ait pas été élaboré par des diplomates, mais par de petits politologues qui ont lu beaucoup de journaux provinciaux et ne se basent que sur les mensonges ukrainiens, a-t-il écrit sur son compte Telegram.

Radio-Canada avec les informations de Agence France-Presse et Reuters

Ukraine: « C’est l’enfer » dans le Donbass, déplore Zelensky

mai 20, 2022
Une femme, Klaudia Pushnir, 88 ans, prend sa tête dans ses mains, en pleurant, dans un sous-sol.

Les autorités ukrainiennes estiment que quelque 15 000 civils vivent encore à Sievierodonetsk, où ils se réfugient dans des sous-sols et des souterrains. Photo : Getty Images/AFP/Yasuyoshi Chiba

« C’est l’enfer » dans le Donbass, qui est « complètement détruit », a déploré dans un message vidéo diffusé dans la nuit de jeudi à vendredi le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Les troupes russes y ont de nouveau intensifié leurs efforts vendredi, surtout à Sievierodonetsk, où plusieurs civils seraient morts.

Les Russes ont continué leur assaut sur Sievierodonetsk vendredi, au point où il serait devenu impossible de connaître le nombre exact de victimes. « L’armée russe a entamé une destruction de grande ampleur de Sievierodonetsk, a déclaré le gouverneur de la région de Louhansk, Sergueiï Gaïdaï, sur Telegram. « L’intensité des bombardements a doublé, [les Russes] pilonnent les quartiers résidentielles pour les détruire maison par maison. »

Jeudi, les autorités ukrainiennes avait déclaré que douze civils avaient été tués à Sievierodonetsk et 40 autres blessés par les forces russes, qui y ont multiplié les bombardements dans les derniers jours.

« Nous ne savons pas combien il y a de victimes car il est tout simplement impossible d’aller vérifier dans chaque appartement. »— Une citation de  Sergueiï Gaïdaï, gouverneur de la région du Louhansk Un bâtiment détruit à Sievierodonetsk.

Les Russes auraient détruit 70 % des résidences de Sievierodonetsk, selon le gouverneur régional. Photo : Getty Images/AFP/Yasuyoshi Chiba

Des troupes russes auraient ouvert le feu vendredi sur une école de Sievierodonetsk, où plus de 200 personnes se réfugient, dont des enfants, selon Sergeiï Gaïdaï. Trois adultes seraient morts, a-t-il ajouté. Aucun média n’a cependant été en mesure de confirmer ces informations pour l’instant.

Il resterait environ 15 000 civils dans cette ville qui comptait plus de 100 000 habitants avant la guerre, estime son chef de l’administration militaire, Oleksandr Striuk. Ils vivent dans des abris et des sous-sols et, depuis une semaine, seraient sans électricité, sans Internet, sans moyens de communication.

« Environ 70 % du parc immobilier de la ville a été détruit », a estimé Sergueiï Gaïdaï sur Telegram. Cela représente 11 000 maisons, dont 3000 sont des immeubles à logements, a-t-il ajouté.

La destruction méthodique des villes, qui vise à priver leurs défenseurs d’abris jusqu’à ce qu’ils soient contraints à s’en retirer, est la tactique utilisée par la Russie depuis le début de la bataille du Donbass.Une femme prépare un feu à l'extérieur pour se faire à manger.

Sans électricité, les derniers civils de Sievierodonetsk doivent se débrouiller avec ce qu’ils ont pour se faire à manger et se réchauffer. Photo : Getty Images/AFP/Yasuyoshi Chiba

Plus tôt, le ministre russe de la Défense déclarait que la Russie avait presque terminé la libération de la République autoproclamée de Louhansk, à une soixantaine de kilomètres de la frontière.

Si l’Ukraine admet que les Russes avancent dans l’est, elle assure que les troupes ukrainiennes tiennent le coup. L’attaque sur Sievierodonetsk a échoué. Les Russes ont subi des pertes de personnel et se sont repliés, a déclaré Sergueiï Gaïdaï.

Une vidéo publiée par la Garde nationale ukrainienne la montre d’ailleurs faisant exploser un pont, qui serait celui reliant Sievierodonetsk à Rubizhne, voulant ainsi ralentir l’avancée des troupes russes dans la région. Aucun média n’a toutefois pu vérifier l’origine et l’authenticité de la vidéo.Une capture d'écran d'une vidéo montrant le pont qui explose d'une vue aérienne.

Les autorités ukrainiennes assurent avoir fait exploser ce pont qui lie Severodonetsk à Rubizhne pour freiner l’avancée des Russes dans le Donbass. Photo : Reuters/Ukraine National Guard

La ville de Sievierodonetsk est stratégiquement importante pour la Russie parce que la contrôler lui permettrait de se diriger vers l’ouest et de rejoindre les troupes russes au sud-est d’Izyum.

Elle est également une des dernières poches de résistance de la région, avec Lyssytchansk, à une dizaine de kilomètres, aussi le théâtre de combats intenses depuis jeudi. La prise de ces deux villes permettrait donc à Moscou de revendiquer le contrôle total de la province et de la placer sous l’autorité de la république populaire de Louhansk.Le missile, le nez dans le sol.

Un missile a atterri sans exploser devant une garderie de Lyssytchansk où sept personnes se réfugient dans le sous-sol depuis deux mois. Photo : Getty Images/AFP/Yasuyoshi Chiba

Cette intensification des attaques russes n’a aucune explication militaire, a réagi dans son allocution quotidienne Volodymyr Zelensky.

« C’est une tentative délibérée et criminelle de tuer le plus d’Ukrainiens possible. De détruire le plus de maisons, d’installations sociales et d’entreprises possible. »— Une citation de  Volodymyr Zelensky, président ukrainien.

Vendredi après-midi, à Lozova, à 150 km au sud de Kharkiv, au moins sept personnes, dont un enfant de 11 ans, ont été blessés dans une puissante frappe de missile russe sur un centre culturel fraîchement reconstruit, a annoncé Zelensky sur Telegram.

Le président ukrainien a accompagné son message d’une vidéo montrant une puissante explosion pulvérisant le bâtiment dans un panache de fumée, tandis que deux voitures passaient à proximité, l’une tentant ensuite de fuir la zone.Selon le porte-parole du ministère ukrainien de la Défense, Oleksandre Motouzianyk, la situation sur le front reste tendue vendredi et montre des signes d’aggravation.

« Les forces d’occupation russes mènent des tirs intenses tout le long de la ligne de contact et tentent de frapper à l’artillerie profondément dans les défenses des troupes ukrainiennes. »— Une citation de  Oleksandre Motouzianyk, porte-parole du ministère ukrainien de la DéfenseUne capture d'écran d'une vidéo montrant le moment où le missile frappe le centre culturel de Lozova.

La Russie aurait bombardé le centre culturel de Lozova, où des civils se réfugiaient. Photo : Reuters/State Emergency Service of Ukrai

Les derniers défenseurs d’Azovstal cessent de combattre

Vendredi matin à Marioupol, les derniers combattants retranchés dans l’usine d’Azovstal ont reçu l’ordre de Kiev d’arrêter de se battre, a déclaré Denys Prokopenko, commandant du régiment d’Azov, dans une vidéo publiée sur Telegram.

Les autorités militaires ont donné l’ordre de sauver des vies, de préserver le bien-être des militaires et de cesser de défendre la ville.

Selon la Russie, environ 2000 combattants se seraient rendus dans les derniers jours.Des combattants, dans les souterrains d'Azovstal, devant un drapeau ukrainien.

Les derniers combattants retranchés dans l’usine d’Azovstal ont cessé les combats vendredi, à la demande de Kiev, qui désire « sauver des vies ». Photo : Reuters/Dmytro Orest Kozatskyi/Azov Regi

Selon Kiev, 90 % de la ville de Marioupol aurait été détruit et au moins 20 000 personnes y auraient péri depuis le début des combats.

La fin des combats à Marioupol pourrait permettre à plusieurs troupes russes de rejoindre celles qui combattent dans le Donbass et d’y intensifier encore les offensives.

Une fois que la Russie aura sécurisé Marioupol, il est probable qu’elle déplacera ses forces pour renforcer les opérations dans le Donbass, a déclaré le gouvernement britannique.

Mais ces unités doivent être rééquipées et remises en état avant de pouvoir être redéployées efficacement, alors même que le commandement russe est sous pression pour des résultats, analyse la même source. La Russie va probablement redéployer ses forces rapidement sans préparation adéquate, ce qui risque d’encore augmenter leur usure.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, BBC et CNN

De la Crimée à la Transnistrie : jusqu’où ira Vladimir Poutine?

mai 15, 2022

La petite enclave séparatiste de Transnistrie, en Moldavie, pourrait être entraînée dans la guerre entre l’Ukraine et la Russie.

Un point de contrôle sur une route.

Les points de contrôle se sont multipliés sur la route menant à Tiraspol, la capitale de la Transnistrie. Photo : Radio-Canada/Alexey Sergeyev

C’est plutôt tendu au poste de contrôle que nous avons choisi pour traverser de la Moldavie vers le territoire de la Transnistrie, tout près de l’Ukraine en guerre.

Il y a des sacs de sable, des blocs de béton pour ralentir les automobiles et beaucoup plus de soldats que d’habitude, nous dit-on.

La petite enclave séparatiste prorusse de la Moldavie est en état d’alerte depuis la fin du mois d’avril. La sécurité a été renforcée à tous les points d’entrée après une série d’explosions mystérieuses, dont deux survenues pas plus tard que samedi de la semaine dernière, près de la capitale Tiraspol.

Personne n’a été blessé, bien que deux tours de transmission radio aient été endommagées, ainsi qu’un immeuble du ministère de la Sécurité.

Qui se cache derrière ces attaques, qui ont toutes les allures d’une provocation et d’un coup monté?

Moscou crie au terrorisme et blâme l’Ukraine voisine. Kiev, de son côté, blâme le Kremlin et l’accuse de vouloir déstabiliser la région.

Nous avons finalement réussi à négocier la permission d’entrer à titre de touristes, libres de nous promener et d’explorer.

Au-delà des barrages, c’est le calme plat. Le premier village que nous croisons respire la tranquillité.

Dima, un père de famille, racle la terre de son jardin avec ses deux petits. C’est calme, en effet, dit-il, mais on a peur, ajoute-t-il en pointant vers la gauche.

L’Ukraine est à deux kilomètres et ils sont nazis. Ils peuvent nous attaquer à tout moment; ils l’ont déjà fait il y a quelques semaines.

Sa source? La télévision russe et le bouche-à-oreille.

Comme beaucoup d’autres russophones en Transnistrie, Dima est fidèle aux nouvelles de Moscou. La propagande russe fait partie du quotidien en Transnistrie, et ce, en dépit des sources d’information disponibles, telles que les chaînes ukrainiennes et françaises.Une femme devant un poste de télévision.

Maria est convaincue que c’est l’Ukraine qui prépare une attaque contre la Transnistrie. Photo : Radio-Canada/Alexey Sergeyev

La voisine de Dima, Maria, est une femme à la retraite dotée d’un franc-parler certain et qui nous ouvre la porte sans aucune hésitation.

Ce sont eux qui s’entretuent, dit-elle des Ukrainiens en regardant la télévision. Elle ne jure que par les nouvelles de la Russie.

« Évidemment, la Russie nous nourrit, la Russie nous traite bien; nous sommes des amis depuis l’ère soviétique. »— Une citation de  Maria

Voisine de l’Ukraine, la Moldavie craint d’être entraînée dans la guerre

Le reportage de Tamara Alteresco

Sécession de la Transnistrie et influence russe

La Transnistrie a fait sécession de la Moldavie en 1992, lors d’une guerre de quatre jours qui a fait 1000 morts. Depuis ce conflit, cependant, Moldaves et habitants de la Transnistrie cohabitent en paix.

L’autonomie de la Transnistrie n’a jamais été reconnue, pas plus par la communauté internationale que par la Russie.

Mais c’est en bonne partie grâce à l’aide de Moscou que le petit territoire de 500 000 habitants survit depuis 30 ans. Plus de 1500 soldats y sont en poste à longueur d’année, sous l’égide d’une mission de paix.Statue de Lénine à Tiraspol.

La statue de Lénine veille sur Tiraspol, ville aux accents soviétiques immanquables. Photo : Radio-Canada/Tamara Alteresco

La capitale, Tiraspol, est à l’image des vieilles villes soviétiques, avec sa statue de Lénine figée dans le temps.

Nous y étions à la veille des célébrations du jour de la Victoire du 9 mai, le week-end dernier. Il faisait beau et chaud; les familles se baladaient sur la grande place centrale de la ville.

Difficile d’imaginer la guerre s’étendre jusqu’ici, et encore moins de voir ces hommes, crème glacée à la main ou bébé dans les bras, prendre les armes pour se joindre à la guerre de Vladimir Poutine.

Il n’y a pas de « Z » ici – ce symbole de soutien à l’intervention militaire russe en Ukraine –, comme c’est le cas dans l’espace public en Russie. Cependant, on trouve beaucoup de couronnes de fleurs au pied des statues des soldats.Un parc de Tiraspol.

Des familles se promènent au centre-ville de Tiraspol. Photo : Radio-Canada/Tamara Alteresco

Souhaiter la paix

La majorité des gens qui ont accepté de nous parler nous ont dit qu’ils veulent la paix, chez eux comme en Ukraine.

On est bien ici , on ne veut pas s’impliquer, dit Galina, une femme de 60 ans qui fait sa balade quotidienne dans un parc de Tiraspol.

L’idée d’être entraînée dans le conflit l’effraie, mais elle est consciente du risque, puisqu’Odessa n’est qu’à 100 kilomètres et est l’une des cibles de l’armée russe.

La possibilité que Vladimir Poutine se serve de la Transnistrie pour déstabiliser la Moldavie et y ouvrir un nouveau front inquiète de plus en plus Washington, l’Europe et l’ONUOrganisation des Nations unies.

Ces craintes ont été amplifiées il y a quelques semaines lorsque le général Roustam Minnikhanov, un haut gradé de l’armée russe, a déclaré qu’une des motivations de « l’opération spéciale » dans le sud de l’Ukraine était d’ouvrir un corridor vers la Transnistrie.

« Le contrôle du sud de l’Ukraine permettrait d’établir un couloir vers la Transnistrie, où on observe également des cas d’oppression de la population russophone. »— Une citation de  Le général Roustam Minnikhanov

Pour Galina, cependant, il n’est pas question d’oppression. La sexagénaire estime par contre que l’Ukraine est une menace. Elle est convaincue que c’est l’Ukraine qui a perpétré les attaques survenues depuis le 25 avril, même si elle n’en a pas la preuve.

Distraction, ou prétexte pour envahir la Moldavie?

Parmi les scénarios évoqués par des observateurs, il y a la possibilité que le Kremlin reconnaisse enfin l’autonomie de la Transnistrie, comme il l’a fait pour les républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk quelques jours avant d’envahir l’Ukraine.

Un tel geste donnerait à la Russie la légitimité d’y envoyer des troupes supplémentaires et de l’artillerie afin d’attaquer Odessa depuis l’ouest.

Mais comment? se demande l’analyste politique moldave Victor Ciobanu.

C’est quasi impossible, puisque Moscou aurait besoin de parachuter des milliers de soldats en Transnistrie, en traversant une partie de l’espace aérien de l’Ukraine depuis la Crimée, affirme M. Ciobanu.

Victor Ciobanu est d’autant plus convaincu que la population russophone de Transnistrie n’a aucun appétit pour s’engager dans le conflit, affirme-t-il.

« Ils ont fait la queue pour se procurer des passeports moldaves et roumains; c’est phénoménal et cela en dit long; cette population ne veut pas s’impliquer. »— Une citation de  Victor Ciobanu, analyste politique

S’il existe un danger, selon lui, c’est que Vladimir Poutine se serve de la Transnistrie pour envahir la Moldavie. C’est possible, mais certainement pas imminent, dit-il.

Victor Ciobanu et plusieurs observateurs que nous avons consultés ne jugent un tel scénario plausible que si Vladimir Poutine opte pour la mobilisation générale des Russes afin d’avancer vers Odessa.

Si le dirigeant russe réussit à mobiliser de 200 000 à 500 000 soldats, on peut appréhender ce genre d’escalade et une menace sérieuse, mais pour l’instant, ce corridor terrestre ne lui est pas acquis, loin de là, affirme encore l’analyste.

Craintes onusiennes

De passage lundi à Chișinău, la capitale moldave, le secrétaire général des Nations unies n’a pas caché son inquiétude.

La Moldavie est le voisin le plus fragile de l’Ukraine et les conséquences de l’invasion russe sont trop effrayantes à envisager, a déclaré Antonio Guterres lors d’un point de presse conjoint avec la première ministre moldave.

La Moldavie n’est pas membre de l’OTANOrganisation du traité de l’Atlantique nord et, contrairement à l’Ukraine, elle n’a qu’une toute petite armée d’environ 7800 soldats pour se défendre en cas d’agression.

L’Union européenne, auprès de laquelle la Moldavie a présenté une demande d’adhésion, s’est engagée le 4 mai à lui fournir davantage de soutien militaire, dans les circonstances. Mais la présidente de la Moldavie, Maia Sandu, opte pour la prudence et a lancé un appel au calme.

Depuis qu’elle a été élue avec un programme pro-européen en décembre 2020, Mme Sandu a réussi à maintenir une certaine neutralité face à la Russie, dont la Moldavie dépend pour son approvisionnement en gaz.

La guerre en Ukraine ne cesse cependant de tester les limites de cette neutralité.

Ce que le gouvernement redoute pour le moment, c’est la montée des tensions causées par divers groupes en Transnistrie qui ont intérêt à déstabiliser le gouvernement, a déclaré la présidente Sandu.

Mais au dire de Washington, l’enjeu serait plus vaste­. Nous évaluons que le président Poutine se prépare à un conflit prolongé en Ukraine au cours duquel il a toujours l’intention d’atteindre des objectifs au-delà du Donbass, en évoquant son désir d’établir un pont terrestre de la Crimée à la Transnistrie, a fait savoir l’administration Biden.

Se préparer à l’exil

En sortant de la Transnistrie, côté moldave, nous parlons avec Nikolai, un homme de 18 ans.

Il est venu de Tiraspol déposer de l’argent à la banque, car il songe à partir le plus loin possible, comme l’ont fait des centaines de son âge depuis le début du printemps.

Selon Nikolai, les forces séparatistes prorusses ont déjà commencé à recruter des hommes en Transnistrie, bien que nous n’ayons pas pu confirmer le tout auprès de dirigeants du territoire séparatiste.

C’est très stressant, dit-il. Je ne veux pas me battre. Ni contre les Ukrainiens ni contre les Moldaves, avec qui il cohabite en paix depuis sa naissance.

Au garage à côté de la banque, lluri nous accoste, souriant et curieux de voir des Canadiens. La priorité, pour l’instant, c’est de continuer d’armer l’Ukraine, comme le font les Canadiens et les pays civilisés, dit-il.

Si l’armée ukrainienne résiste et gagne la guerre, les Moldaves seront protégés, c’est garanti.

Et sinon?

La femme d’Iluri, Ludmila, fond en larmes. Elle est ukrainienne et inconsolable. Elle refuse d’envisager une défaite de son pays. C’est hors de question, vous comprenez, hors de question.Ludmila.

Ludmila est inconsolable depuis que la guerre a éclaté dans son Ukraine natale. Photo : Radio-Canada/Tamara Alteresco

Je vis ici, mais mon cœur est là-bas, dit-elle en pointant vers l’Ukraine.

Odessa est si proche que le 24 février au matin, ils ont tous les deux entendu les premiers bombardements de l’armée russe. Et avec chaque bombe qui tombe dans le sud de l’Ukraine, la guerre se rapproche d’eux.

Ludmila sort son bandera, un instrument à cordes de l’Ukraine, et nous offre un spectacle improvisé. C’est avec la musique qu’elle se calme, ces jours-ci.

Avant que la guerre éclate, elle travaillait pour une chorale en Transnistrie, mais elle refuse d’y remettre les pieds depuis que son patron lui a dit que l’Ukraine méritait ce qui lui arrive.

Ludmila affirme que sa fille de 12 ans lui demande souvent, depuis que la guerre a commencé : Pourquoi, maman, un pays grand comme la Russie aurait besoin de l’Ukraine et de la petite Moldavie?

Les semaines passent, la guerre continue et Ludmila ne sait toujours pas quoi lui répondre.

Radio-Canada par Tamara Alteresco

Les forces russes reculent de Kharkiv, ville clé du Nord-Est ukrainien

mai 14, 2022
Des soldats de l'armée ukrainienne passent devant un terminal de gaz naturel en feu le 13 mai 2022 dans la banlieue nord de Kharkiv, en Ukraine.

Les forces russes auraient été contraintes de quitter leurs positions autour de la ville de Kharkiv. Photo : AFP/John Moore

Le maire de Kharkiv affirme qu’une vaste contre-offensive ukrainienne aurait poussé l’armée russe à se retirer au nord de la ville, une analyse que corrobore un groupe de réflexion américain qui estime que les Ukrainiens ont « probablement gagné la bataille de Kharkiv ».

Grâce aux efforts de la défense territoriale de Kharkiv et des forces armées ukrainiennes, les Russes se sont retirés loin de la zone de la ville en direction de la frontière russe, a déclaré le maire de la ville à la BBC.

Le maire Ihor Terekhov a ajouté que les forces russes n’avaient pas bombardé sa ville au cours des cinq derniers jours.

« Il n’y a eu qu’une seule tentative des Russes de frapper la ville avec un missile près de l’aéroport de Kharkiv, mais le missile a été détruit par la défense aérienne ukrainienne. »— Une citation de  Ihor Terekhov, maire de Kharkiv

Selon l’Institute for the Study of War, les forces russes qui tentaient d’encercler cette ville du Nord-Est ukrainien semblent avoir abandonné leurs efforts. Le groupe affirme que le Kremlin a probablement décidé de se retirer complètement de ses positions dans un contexte de vives contre-attaques ukrainiennes et de renforts russes limités.

Un représentant du Pentagone signalait vendredi que les forces ukrainiennes continuent à reprendre des villes et des villages des Russes dans la région.

Kharkiv, ville stratégique

Avec ses 1,4 million d’habitants (avant la guerre), Kharkiv est la deuxième ville en importance en Ukraine. Située à 50 km de la frontière, elle est également proche de la région du Donbass, un territoire où combattent des séparatistes prorusses.

Cela en a fait une cible stratégique dès le début de la guerre pour Moscou. Cependant, devant la résistance des forces armées ukrainiennes sur le terrain, les Russes ont rapidement eu recours à l’artillerie lourde pour pilonner la ville, ce qui a causé des centaines de victimes civiles et des dommages considérables.

Le maire Ihor Terekhov a déclaré à la BBC que les troupes russes n’ont réussi qu’une seule fois à pénétrer dans une petite partie de cette ville clé du nord-est et qu’elles n’y sont plus depuis longtemps.

Le calme règne à nouveau dans la ville et les gens reviennent s’installer progressivement, a-t-il assuré, ajoutant que les autorités fournissent de l’eau, du gaz et de l’électricité aux résidents.

Il a toutefois évoqué de nombreux bâtiments résidentiels détruits ou endommagés  et un énorme travail de reconstruction à venir.

Le gouverneur de la région, Oleh Sinegoubov, a pour sa part prévenu que la situation est toujours dangereuse  et a mis en garde les résidents de penser à leur sécurité  avant de rentrer.

Il a indiqué que les forces russes ont fortement miné la région et continuent à cibler d’autres communautés.Une femme pleure, à genoux et le visage dans ses mains, devant une maison bombardée.

De nombreux citoyens de Kharkiv se retrouvent sans maison à la suite des bombardements des troupes russes. Photo : Reuters/Ricardo Moraes

Cela indique qu’il est trop tôt pour se détendre, a averti le gouverneur.

Cap sur Izioum

Le gouverneur régional a également indiqué qu’une contre-offensive a été lancée samedi pour chasser l’armée russe de la ville d’Izioum, située à 120 km au sud-est de Kharkiv.

Nos forces armées sont passées à une contre-offensive là-bas. L’ennemi recule sur certains fronts et c’est la marque de la force de caractère de nos forces armées, a-t-il déclaré.

Le succès d’une telle opération constituerait un revers pour Moscou dans la bataille pour le Donbass, une région de l’est de l’Ukraine que la Russie a déclaré vouloir conquérir intégralement.

Les forces russes ont tenté d’effectuer des avancées depuis Izioum vers le sud pour déborder les forces ukrainiennes et consolider leur contrôle du Donbass, mais ces tentatives ont jusqu’ici été infructueuses.

Dans une allocution vidéo vendredi soir, le président Volodymyr Zelensky a reconnu que les efforts pour regagner des territoires aux mains des troupes russes seront difficiles mais que les Ukrainiens n’abandonneront pas.

« La libération progressive de la région de Kharkiv prouve que nous ne laisserons personne à l’ennemi. »— Une citation de  Volodymyr Zelensky, président de l’Ukraine

Des négociations très difficiles

Le président ukrainien a également abordé la situation à Marioupol, ville martyre du sud-est.

Il a affirmé que des négociations très difficiles sont en cours pour libérer des personnes toujours coincées à l’intérieur de l’usine métallurgique d’Azovstal en échange de la libération de prisonniers de guerre russes.

La vice-présidente de l’Ukraine, Iryna Verechtchouk, a confirmé que les efforts se concentrent désormais sur l’évacuation de 60 personnes, notamment des blessés graves et des médecins.De la fumée s'élève au-dessus de l'usine métallurgique d'Azovstal.

Le président Zelensky affirme que le gouvernement ukrainien fait tout en son pouvoir pour évacuer les personnes qui demeurent coincées à l’intérieur de l’usine d’Azovstal. Photo : Reuters/Alexander Ermenchenko

L’usine d’Azovstal est le dernier bastion de résistance ukrainienne dans la ville de Marioupol, prise par l’armée russe au mois d’avril.

Des centaines de soldats tiennent toujours bon à l’intérieur de l’usine malgré des semaines de bombardements intenses.

Radio-Canada avec les informations de BBC, New York Times, CNN et Washington Post

Un mort et trois blessés dans une attaque en Russie depuis l’Ukraine

mai 11, 2022
 Des chars russes.

Des blindés russes à la frontière ukrainienne (archives). Photo : Radio-Canada/Alexey Sergeev

Une personne a été tuée et trois autres blessées dans le sud-ouest de la Russie après des bombardements provenant d’Ukraine, a annoncé mercredi le gouverneur russe de la région touchée.

Pour le moment, une personne a perdu la vie, il est mort dans l’ambulance, et il y a trois blessés, a déclaré le gouverneur de la région de Belgorod, Vyacheslav Gladkov, sur l’application de messagerie Telegram.

Il a précisé que la situation était la plus difficile qu’ait connue sa région depuis que le président russe Vladimir Poutine a envoyé des troupes en Ukraine le 24 février.

M. Gladkov a accusé l’Ukraine d’avoir visé le village de Solokhi, précisant qu’une maison avait été en partie détruite.

Les autorités dans les régions frontalières de l’Ukraine accusent régulièrement les forces de Kiev de lancer des attaques contre la Russie.

En avril, M. Gladkov avait accusé des hélicoptères ukrainiens d’avoir attaqué un dépôt de carburant à Belgorod.

Par Radio-Canada avec Agence France-Presse

Ukraine: Les troupes russes repoussées encore plus loin de Kharkiv

mai 11, 2022

La nouvelle administration prorusse de la région occupée de Kherson, dans le sud de l’Ukraine, annonce qu’elle réclamera son annexion à la Russie.

Un homme en treillis militaire près d'un tank russe carbonisé sur une route.

Un combattant ukrainien pose près d’un tank de l’armée russe près du village de Staryi Saltiv, près de Kharkiv, qui a été libérée la semaine dernière dans la foulée d’une contre-offensive ukrainienne. Photo: Reuters/Vitalii Hnidyi

L’état-major de l’armée ukrainienne affirme que ses troupes continuent de repousser les forces russes stationnées au nord-est de Kharkiv, desserrant son étau sur la deuxième ville d’Ukraine, bombardée sans relâche depuis le début de la guerre.

Les localités de Cherkasy Tychky, Rusky Tychky, Roubijne et Bayrak ont été libérées, a-t-il annoncé mardi soir sur Facebook. L’ennemi a été repoussé encore plus loin de Kharkiv, et les occupants ont eu encore moins de possibilités de frapper le centre régional.

Nos forces armées nous ont donné à tous de bonnes nouvelles de la région de Kharkiv. Les occupants sont progressivement repoussés de Kharkiv, a aussi fait valoir le président ukrainien Volodymyr Zelensky dans une vidéo.

« Je suis reconnaissant à tous nos combattants qui tiennent bon et qui font preuve d’une force surhumaine pour chasser l’armée d’envahisseurs. »— Une citation de  Volodymyr Zelensky, président de l’UkraineTrois hommes s'affairent autour d'un obusier.

Des combattants ukrainiens se préparent à lancer un obus de mortier sur des positions russes, lundi, dans les environs de Kharkiv. Photo : Reuters/Serhii Nuzhnenko

Le gouverneur régional, Oleg Sinegoubov, a confirmé mercredi dans un message publié sur Telegram que les troupes russes ont été repoussées encore plus loin de la ville, ce qui leur donne encore moins d’occasions de tirer sur le centre régional.

Des combats féroces sont toutefois toujours en cours dans la région, a-t-il précisé, avant de mettre ses concitoyens en garde contre un retour trop précipité. Selon lui, les soldats russes laissent des pièges mortels en se retirant.

Dans une entrevue accordée mardi au New York Times, le maire de Kharkiv, Igor Terekhov, a témoigné que la ville commence à reprendre vie, et que des entreprises recommencent même à fonctionner.

« Pour la première fois depuis le début de l’invasion russe, nous avons pu vivre sans être constamment bombardés pour une deuxième journée de suite. »— Une citation de  Igor Terekhov, maire de KharkivUn homme portant une combinaison se tient debout dans un champ, à proximité de cadavres de soldats russes étendus au sol.

Un Ukrainien observe les corps de soldats russes tués dans le village de Vilkhivka, près de Kharkiv, que les forces ukrainiennes ont repris il y a quelques jours. Photo : La Presse Canadienne/AP/Felipe Dana

Les quartiers nord et nord-est de Kharkiv, une ville qui comptait environ 1,5 million d’habitants avant la guerre, sont frappés depuis des semaines par des roquettes et des missiles russes, causant la mort de nombreux civils.

Fin février, l’armée russe avait tenté de prendre la ville, mais en vain : les forces ukrainiennes avaient résisté et les avaient repoussés à quelques kilomètres de là, au prix d’âpres combats.

L’Institute for the Study of War (ISW), centre de réflexion américain basé à Washington, avait noté en fin de semaine que l’armée ukrainienne faisait des progrès significatifs dans la région de Kharkiv et prédisait qu’elle avancera probablement jusqu’à la frontière russe dans les jours ou semaines à venir.

Le centre a avancé mardi soir que la contre-offensive ukrainienne forçait vraisemblablement l’armée russe à redéployer des troupes stationnées à Izioum vers la région de Kharkiv pour empêcher que leurs frères d’armes soient repoussés vers la frontière russe.

Cela risque de détourner des ressources qui devaient être utilisées pour l’offensive dans le Donbass, notait l’ISWInstitute for the Study of War.

Avec Radio-Canada

Vladimir Poutine ne compte pas s’arrêter au Donbass, selon le renseignement américain

mai 10, 2022

Le président russe table sur un essoufflement du soutien occidental à l’Ukraine, croit la cheffe du renseignement américain. Il devra néanmoins recourir à la loi martiale pour parvenir à ses fins.

Un convoi de chars militaires sur une route.

Un convoi de chars russes sur la route de Marioupol (archives) Photo: Reuters/Chingis Kondarov

Vladimir Poutine n’a pas l’intention de limiter sa volonté d’occupation à la seule région du Donbass en Ukraine, mais veut porter le conflit à la Transnistrie, région de Moldavie qui a fait sécession en 1990, a déclaré mardi la cheffe du renseignement américain, Avril Haines.

Nous estimons que le président Poutine se prépare à un conflit prolongé en Ukraine, durant lequel il a encore l’intention d’atteindre des objectifs au-delà du Donbass, a déclaré Mme Haines lors d’une audition au Congrès.

Les services de renseignement américains estiment que l’armée russe veut étendre le pont terrestre [dans le sud de l’Ukraine] à la Transnistrie, a-t-elle ajouté.

S’il est possible que les forces russes réalisent cet objectif dans les mois qui viennent, ils ne pourront atteindre la Transnistrie et inclure Odessa sans décréter une forme de mobilisation générale, a-t-elle ajouté.

Le président russe compte probablement sur un affaiblissement de la détermination des États-Unis et de l’Union européenne lorsque les pénuries de biens alimentaires et la hausse des prix de l’énergie vont s’aggraver, a-t-elle prévenu.Avril Haines parle dans un micro en faisant un geste de la main.

La directrice du renseignement national américain, Avril Haines, a livré ses projections sur le conflit en Ukraine lors d’un témoignage devant le Comité des forces armées du Sénat. Photo : Reuters/Kevin Lamarque

Les ambitions de M. Poutine dépassent, selon elle, les capacités de l’armée russe et cela signifie probablement que nous allons évoluer dans les prochains mois selon une trajectoire plus imprévisible et potentiellement une escalade, a ajouté Mme Haines.

« La tendance actuelle augmente les chances que le président Poutine se tourne vers des mesures plus draconiennes, y compris l’instauration de la loi martiale, la réorientation de la production industrielle ou une potentielle escalade militaire afin de libérer les ressources nécessaires pour atteindre ses objectifs. »— Une citation de  Avril Haines, directrice du renseignement national des États-Unis.

Nous continuons de penser que le président Poutine n’ordonnera l’usage de l’arme nucléaire que s’il perçoit une menace existentielle pour l’État ou le régime russe, a-t-elle noté.

Le président russe pourrait néanmoins y recourir s’il pense qu’il perd la guerre en Ukraine et que l’OTAN est soit en train d’intervenir soit se prépare à intervenir, a-t-elle précisé.

Mais, même dans cette hypothèse, il est probable qu’il enverrait des signaux avant de le faire, a noté Avril Haines.

Radio-Canada avec Agence France-Presse

Ukraine: Kharkiv repousse l’envahisseur

mai 10, 2022

Depuis le début de la guerre, une évidence s’impose : l’invasion de l’Ukraine ordonnée par Vladimir Poutine ne se déroule pas comme prévu. Les troupes russes piétinent ou sont forcées de reculer. Et ce n’est nulle part plus évident actuellement que dans la région de Kharkiv, où l’armée ukrainienne, en pleine contre-offensive, regagne beaucoup de terrain. Nous l’avons constaté sur place.

Tir d'artillerie.

L’artillerie ukrainienne à l’œuvre dans la région de Kharkiv. Photo : Radio-Canada/Jean-François Bélanger

D’abords constants et assourdissants, le bruit des sirènes et le tonnerre des bombardements se sont graduellement faits plus distants. Une indication claire de la bonne marche de la contre-offensive lancée par les forces ukrainiennes pour desserrer l’étau autour de Kharkiv et mettre la ville hors de portée de l’artillerie russe.

Les routes aux abords de la ville, jonchées de véhicules blindés calcinés, sont autant de vestiges des combats très violents qui s’y sont déroulés. Prise d’assaut par les forces russes dès les premiers jours de l’invasion, la deuxième ville du pays a été lourdement bombardée, ce qui a eu pour effet de faire fuir une bonne partie de sa population. Mais alors qu’un calme relatif s’installe, de plus en plus de citoyens sont tentés par un retour.Un blindé immobilisé.

Un blindé russe détruit. Photo : Radio-Canada/Jean-François Bélanger

Oleksandr et Lyudmila Nishcheta poussent même l’audace jusqu’à aller s’aventurer au-delà des limites de la ville. Car ce couple de retraités possède une maison à Vil’Khiva, à une quinzaine de kilomètres à l’est de Kharkiv. Le parcours pour s’y rendre est parsemé d’embûches.

Les points de contrôle de l’armée ukrainienne sont nombreux et à chacun d’eux, les soldats multiplient les avertissements : la situation est encore fluide et changeante; la région fait encore l’objet de bombardements à l’occasion; les retraités doivent comprendre qu’ils s’y rendent à leurs risques et périls. Rapidement, les rangées de maisons en ruines de chaque côté de la route viennent confirmer que les affrontements n’ont pas détruit que des cibles militaires.Portrait d'Oleksandr et de Lyudmila.

Oleksandr et Lyudmila devant ce qu’il reste de leur maison dans la région de Kharkiv. Photo : Radio-Canada/Jean-François Bélanger

Mais arrivés devant chez eux, ils sont accueillis par un concert d’aboiements enjoués. Rigik, le chien des voisins qu’ils croyaient mort, accourt vers Lyudmila et la couvre de salive à grands coups de langue. Submergée par l’émotion, la sexagénaire, soulagée, l’enlace et le caresse en lui répétant des mots rassurants.

Mais une fois franchi le portail de la propriété, un triste spectacle les attend. Un obus a creusé un énorme cratère dans le jardin et a dévasté la façade. Oleksandr pousse un soupir en marchant sur les débris et se frotte la tête frénétiquement en se répétant à voix haute : C’est un cauchemar, c’est terrible. Puis, il lance à notre intention : Voilà à quoi ressemble la paix russe.

Son épouse le rejoint et partage son désarroi. Ils observent la façade en silence puis font un signe amical à l’endroit des deux soldats ukrainiens qui montent la garde dans le quartier. C’est notre terre, notre mère patrie, rappelle Oleksandr avec détermination. Et personne ne va nous forcer à partir d’ici. Sa femme acquiesce. Elle note que son sentiment d’appartenance au peuple ukrainien a monté en flèche depuis l’invasion du 24 février.

« Nous sommes forts. Et personne ne nous a rendus si forts et si unis que Vladimir Poutine lui-même. Personne. »— Une citation de  Lyudmila NishchetaOleksandr et Lyudmila derrière une camionnette calcinée.

Oleksandr et Lyudmila constatent les dégâts matériels à la suite du passage de l’armée russe. Photo: Radio-Canada/Emilio Avalos

Comme une majorité d’habitants de la région de Kharkiv, le couple de retraités a le russe comme langue maternelle. Mais en voyant les traces de la présence de soldats russes dans sa maison, elle se sent partagée entre la haine et le mépris.

Elle est surtout écœurée que les russophones comme elle aient servi de prétexte à Vladimir Poutine pour envahir l’Ukraine. Les pacifiques soldats russes sont soi-disant venus nous libérer, dit-elle avec ironie. Nous libérer de quoi? Je ne sais pas. Pour le moment, ils nous ont surtout libérés de la langue russe.

Une dernière phrase qu’elle choisit de prononcer lentement et en ukrainien pour en accentuer la portée. Comme elle, beaucoup d’Ukrainiens russophones ont maintenant honte de parler leur langue maternelle et choisissent de s’exprimer désormais en ukrainien. En sortant, Oleksandr et Lyudmila prennent des nouvelles des voisins, ceux qui sont restés sur place. Comme Vasiliy Orinchin, 87 ans, qui n’a pas bougé de chez lui tout au long de l’occupation. La silhouette frêle, le dos voûté, le vieillard cite un vieux proverbe pour s’expliquer.Portrait de Vasiliy.

Vasiliy n’a pas quitté sa maison pendant l’offensive russe. Photo : Radio-Canada/Jean-François Bélanger

« Là où je suis né, là où j’ai été baptisé, c’est là où je mourrai. »— Une citation de  Vasiliy Orinchin, résident de Vil’hivka

L’homme nous raconte avoir aperçu les soldats russes dans la rue devant chez lui il y a quelques semaines en regardant par la fenêtre. Il nous amène derrière sa modeste demeure pour nous montrer le souvenir qu’on lui a laissé.

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Vasiliy montre du doigt l'engin explosif.

Vasiliy a trouvé une roquette plantée dans son jardin.Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Une roquette partiellement enfouie dans la terre.

Cette roquette aurait pu faire des dommages considérables si elle avait explosé dans le jardin de Vasiliy. Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Une roquette non explosée est plantée dans la terre, bien en évidence à moins d’un mètre du mur de sa maison. Il raconte qu’elle est tombée en pleine nuit, que cela l’a réveillé, car les murs ont tremblé. Ils bombardaient et c’est tombé chez moi, conclut-il simplement avant d’ajouter, un sourire dans le regard : Moi, j’ai rien demandé.

Vasiliy jure de rester chez lui en attendant la visite des démineurs ukrainiens. Il se sent d’ailleurs bien plus en sécurité depuis que les soldats russes se sont retirés des villes et villages des environs.

Un grondement sourd se fait entendre à travers le village. Deux lourdes pièces d’artillerie sur chenilles traversent Vil’khivka au pas de charge. Les canons motorisés de 203 mm s’arrêtent soudainement dans un champ et se positionnent, à côté l’un de l’autre. Une nuée d’opérateurs se déploie immédiatement tout autour pour les charger et les pointer dans la bonne direction.

Deux coups de tonnerre déchirent bientôt le ciel alors qu’une énorme boule de feu sort de la bouche des canons. L’opération n’a duré que quelques minutes. Rapidement, après les tirs, les artilleurs entreprennent de plier bagage. Car ces armes de conception ancienne, héritage de l’ère soviétique, sont vulnérables aux contre-attaques. Les soldats ukrainiens misent donc sur la mobilité et sur des configurations de tir atypiques pour déjouer l’ennemi.

« Ukraine In The Fight », l’Ukraine au combat peut-on lire sur l’écusson cousu sur une la veste d’un militaire.

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Kran avec une arme en bandoulière.

Kran, le commandant de l’unité spéciale Tuman. Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Deux soldats.

Le moral des combattants ukrainiens est à toute épreuve. Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Gros plan sur un écusson.

« Ukraine In The Fight », l’Ukraine au combat peut-on lire sur l’écusson cousu sur une la veste d’un militaire. Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

La rapidité d’action et la grande connaissance du terrain sont des atouts essentiels aux yeux de Kran, le commandant de l’unité spéciale appelée Tuman, ce qui veut dire brouillard. Le grand gaillard à la barbe fournie a une allure de grand-père un peu bonasse. Mais le regard de fer que l’on perçoit derrière ses lunettes balistiques et la kalachnikov qu’il porte en bandoulière ne laissent aucun doute sur sa détermination.

Nous sommes tous convaincus que nous allons gagner, confirme-t-il en désignant ses hommes d’un geste de la main. Il évoque la trop grande rigidité de la chaîne de commandement de l’armée russe, ses problèmes d’approvisionnement, de logistique et le faible moral de ses troupes comme autant de facteurs plombant l’ennemi et favorisant les troupes de Kiev sur le terrain. Mais, selon lui, c’est la motivation sans faille des combattants ukrainiens qui fait la différence.

« Nous nous battons pour protéger notre terre, notre mère patrie, nos femmes, nos enfants, notre avenir. Il n’y a pas de meilleure motivation. »— Une citation de  Kran, commandant, unité spéciale Tuman, armée ukrainienne

Son bras droit, nom de guerre Orest, nous emmène dans le bunker adjacent pour nous montrer sa collection de trophées. Alignées sur le mur de béton, se trouve une série d’armes laissées derrière par des troupes russes en déroute. Des lance-roquettes RPG7, une mitrailleuse douchka, un fusil de sniper DragounovDes cadeaux de la Russie, lance-t-il, ironique.Le NLAW porté à l'épaule.

Le NLAW cadeau des Britanniques. Photo : Radio-Canada/ Emilio Avalos

Mais c’est un autre cadeau, venu celui-là de Grande-Bretagne, qui s’est révélé le plus utile sur le champ de bataille. Orest nous montre le NLAW qui trône bien en évidence dans le bunker, un lance-roquettes antichar, très moderne, qui a permis de détruire quantité de blindés russes.

L’officier en profite pour lancer un appel aux pays occidentaux, leur demandant de fournir à l’armée ukrainienne davantage d’armes modernes et d’équipements spécialisés comme des lunettes de visée nocturne. Seul moyen, selon lui, de mettre un terme rapidement au conflit et d’ainsi réduire les pertes de vies humaines.

Une guerre cruelle et insensée dont Oleksandr et Lyudmila attendent la fin avec impatience, évoquant son lourd tribut; les dizaines de milliers de victimes et les millions de personnes aujourd’hui sans abri.

Au moment de quitter la maison à demi détruite, sentant la tristesse et le désespoir de sa femme, Oleksandr l’enlace et lui chuchote à l’oreille : Nous allons tout reconstruire, ne t’en fais pas.

Avec Radio-Canada par Jean-François Bélanger

Conflit en Ukraine : 60 morts dans le bombardement d’une école

mai 8, 2022
Les ruines d'une école bombardée.

Des sauveteurs dégagent une femme des débris d’une école dans le village de Bilogorivka. Photo : via Reuters/State Emergency Services

Soixante personnes ont été tuées samedi dans le bombardement d’une école de la région de Louhansk, dans l’est de l’Ukraine, a déclaré dimanche le président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

Pas plus tard qu’hier, dans le village de Bilogorivka, dans la région de Louhansk, une bombe russe a tué 60 civils, a affirmé M. Zelensky lors d’une intervention en visioconférence à un sommet du G7.

Ils essayaient de trouver refuge dans le bâtiment d’une école ordinaire qui a été visée par une frappe aérienne russe, a-t-il ajouté.

Une bombe aérienne a frappé une école et 60 personnes sont mortes sous les décombres, a déclaré de son côté le gouverneur de la région de Louhansk, Serguiï Gaïdaï, à la télévision en langue russe Current Time TV.

Il y a toujours des frappes très fortes sur Bilogorivka, a-t-il poursuivi.

J’aimerais vraiment croire que des gens sont encore vivants là-bas, a-t-il toutefois dit, en mentionnant que dès que les bombardements seront terminés, nous pourrons commencer à déblayer les décombres.

Dimanche matin, M. Gaïdaï avait déclaré qu’il y avait au total 90 personnes sur place au moment de la frappe. Vingt-sept ont été sauvées, avait-il ajouté, précisant que la température avait été très élevée sur les lieux après l’explosion.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, s’est dit horrifié, soulignant que de nombreuses personnes cherchaient apparemment refuge face aux combats en cours.

M. Guterres a noté que cette attaque rappelait une nouvelle fois que dans cette guerre, comme dans tant de conflits, ce sont les civils qui paient le prix le plus élevé.

Cette attaque est un autre rappel brutal de la cruauté de cette guerre, avait pour sa part affirmé M. Awad, avant l’annonce du dernier bilan des morts.

Par Radio-Canada avec Agence France-Presse