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Les forces russes reculent de Kharkiv, ville clé du Nord-Est ukrainien

mai 14, 2022
Des soldats de l'armée ukrainienne passent devant un terminal de gaz naturel en feu le 13 mai 2022 dans la banlieue nord de Kharkiv, en Ukraine.

Les forces russes auraient été contraintes de quitter leurs positions autour de la ville de Kharkiv. Photo : AFP/John Moore

Le maire de Kharkiv affirme qu’une vaste contre-offensive ukrainienne aurait poussé l’armée russe à se retirer au nord de la ville, une analyse que corrobore un groupe de réflexion américain qui estime que les Ukrainiens ont « probablement gagné la bataille de Kharkiv ».

Grâce aux efforts de la défense territoriale de Kharkiv et des forces armées ukrainiennes, les Russes se sont retirés loin de la zone de la ville en direction de la frontière russe, a déclaré le maire de la ville à la BBC.

Le maire Ihor Terekhov a ajouté que les forces russes n’avaient pas bombardé sa ville au cours des cinq derniers jours.

« Il n’y a eu qu’une seule tentative des Russes de frapper la ville avec un missile près de l’aéroport de Kharkiv, mais le missile a été détruit par la défense aérienne ukrainienne. »— Une citation de  Ihor Terekhov, maire de Kharkiv

Selon l’Institute for the Study of War, les forces russes qui tentaient d’encercler cette ville du Nord-Est ukrainien semblent avoir abandonné leurs efforts. Le groupe affirme que le Kremlin a probablement décidé de se retirer complètement de ses positions dans un contexte de vives contre-attaques ukrainiennes et de renforts russes limités.

Un représentant du Pentagone signalait vendredi que les forces ukrainiennes continuent à reprendre des villes et des villages des Russes dans la région.

Kharkiv, ville stratégique

Avec ses 1,4 million d’habitants (avant la guerre), Kharkiv est la deuxième ville en importance en Ukraine. Située à 50 km de la frontière, elle est également proche de la région du Donbass, un territoire où combattent des séparatistes prorusses.

Cela en a fait une cible stratégique dès le début de la guerre pour Moscou. Cependant, devant la résistance des forces armées ukrainiennes sur le terrain, les Russes ont rapidement eu recours à l’artillerie lourde pour pilonner la ville, ce qui a causé des centaines de victimes civiles et des dommages considérables.

Le maire Ihor Terekhov a déclaré à la BBC que les troupes russes n’ont réussi qu’une seule fois à pénétrer dans une petite partie de cette ville clé du nord-est et qu’elles n’y sont plus depuis longtemps.

Le calme règne à nouveau dans la ville et les gens reviennent s’installer progressivement, a-t-il assuré, ajoutant que les autorités fournissent de l’eau, du gaz et de l’électricité aux résidents.

Il a toutefois évoqué de nombreux bâtiments résidentiels détruits ou endommagés  et un énorme travail de reconstruction à venir.

Le gouverneur de la région, Oleh Sinegoubov, a pour sa part prévenu que la situation est toujours dangereuse  et a mis en garde les résidents de penser à leur sécurité  avant de rentrer.

Il a indiqué que les forces russes ont fortement miné la région et continuent à cibler d’autres communautés.Une femme pleure, à genoux et le visage dans ses mains, devant une maison bombardée.

De nombreux citoyens de Kharkiv se retrouvent sans maison à la suite des bombardements des troupes russes. Photo : Reuters/Ricardo Moraes

Cela indique qu’il est trop tôt pour se détendre, a averti le gouverneur.

Cap sur Izioum

Le gouverneur régional a également indiqué qu’une contre-offensive a été lancée samedi pour chasser l’armée russe de la ville d’Izioum, située à 120 km au sud-est de Kharkiv.

Nos forces armées sont passées à une contre-offensive là-bas. L’ennemi recule sur certains fronts et c’est la marque de la force de caractère de nos forces armées, a-t-il déclaré.

Le succès d’une telle opération constituerait un revers pour Moscou dans la bataille pour le Donbass, une région de l’est de l’Ukraine que la Russie a déclaré vouloir conquérir intégralement.

Les forces russes ont tenté d’effectuer des avancées depuis Izioum vers le sud pour déborder les forces ukrainiennes et consolider leur contrôle du Donbass, mais ces tentatives ont jusqu’ici été infructueuses.

Dans une allocution vidéo vendredi soir, le président Volodymyr Zelensky a reconnu que les efforts pour regagner des territoires aux mains des troupes russes seront difficiles mais que les Ukrainiens n’abandonneront pas.

« La libération progressive de la région de Kharkiv prouve que nous ne laisserons personne à l’ennemi. »— Une citation de  Volodymyr Zelensky, président de l’Ukraine

Des négociations très difficiles

Le président ukrainien a également abordé la situation à Marioupol, ville martyre du sud-est.

Il a affirmé que des négociations très difficiles sont en cours pour libérer des personnes toujours coincées à l’intérieur de l’usine métallurgique d’Azovstal en échange de la libération de prisonniers de guerre russes.

La vice-présidente de l’Ukraine, Iryna Verechtchouk, a confirmé que les efforts se concentrent désormais sur l’évacuation de 60 personnes, notamment des blessés graves et des médecins.De la fumée s'élève au-dessus de l'usine métallurgique d'Azovstal.

Le président Zelensky affirme que le gouvernement ukrainien fait tout en son pouvoir pour évacuer les personnes qui demeurent coincées à l’intérieur de l’usine d’Azovstal. Photo : Reuters/Alexander Ermenchenko

L’usine d’Azovstal est le dernier bastion de résistance ukrainienne dans la ville de Marioupol, prise par l’armée russe au mois d’avril.

Des centaines de soldats tiennent toujours bon à l’intérieur de l’usine malgré des semaines de bombardements intenses.

Radio-Canada avec les informations de BBC, New York Times, CNN et Washington Post

Un mort et trois blessés dans une attaque en Russie depuis l’Ukraine

mai 11, 2022
 Des chars russes.

Des blindés russes à la frontière ukrainienne (archives). Photo : Radio-Canada/Alexey Sergeev

Une personne a été tuée et trois autres blessées dans le sud-ouest de la Russie après des bombardements provenant d’Ukraine, a annoncé mercredi le gouverneur russe de la région touchée.

Pour le moment, une personne a perdu la vie, il est mort dans l’ambulance, et il y a trois blessés, a déclaré le gouverneur de la région de Belgorod, Vyacheslav Gladkov, sur l’application de messagerie Telegram.

Il a précisé que la situation était la plus difficile qu’ait connue sa région depuis que le président russe Vladimir Poutine a envoyé des troupes en Ukraine le 24 février.

M. Gladkov a accusé l’Ukraine d’avoir visé le village de Solokhi, précisant qu’une maison avait été en partie détruite.

Les autorités dans les régions frontalières de l’Ukraine accusent régulièrement les forces de Kiev de lancer des attaques contre la Russie.

En avril, M. Gladkov avait accusé des hélicoptères ukrainiens d’avoir attaqué un dépôt de carburant à Belgorod.

Par Radio-Canada avec Agence France-Presse

Ukraine: Les troupes russes repoussées encore plus loin de Kharkiv

mai 11, 2022

La nouvelle administration prorusse de la région occupée de Kherson, dans le sud de l’Ukraine, annonce qu’elle réclamera son annexion à la Russie.

Un homme en treillis militaire près d'un tank russe carbonisé sur une route.

Un combattant ukrainien pose près d’un tank de l’armée russe près du village de Staryi Saltiv, près de Kharkiv, qui a été libérée la semaine dernière dans la foulée d’une contre-offensive ukrainienne. Photo: Reuters/Vitalii Hnidyi

L’état-major de l’armée ukrainienne affirme que ses troupes continuent de repousser les forces russes stationnées au nord-est de Kharkiv, desserrant son étau sur la deuxième ville d’Ukraine, bombardée sans relâche depuis le début de la guerre.

Les localités de Cherkasy Tychky, Rusky Tychky, Roubijne et Bayrak ont été libérées, a-t-il annoncé mardi soir sur Facebook. L’ennemi a été repoussé encore plus loin de Kharkiv, et les occupants ont eu encore moins de possibilités de frapper le centre régional.

Nos forces armées nous ont donné à tous de bonnes nouvelles de la région de Kharkiv. Les occupants sont progressivement repoussés de Kharkiv, a aussi fait valoir le président ukrainien Volodymyr Zelensky dans une vidéo.

« Je suis reconnaissant à tous nos combattants qui tiennent bon et qui font preuve d’une force surhumaine pour chasser l’armée d’envahisseurs. »— Une citation de  Volodymyr Zelensky, président de l’UkraineTrois hommes s'affairent autour d'un obusier.

Des combattants ukrainiens se préparent à lancer un obus de mortier sur des positions russes, lundi, dans les environs de Kharkiv. Photo : Reuters/Serhii Nuzhnenko

Le gouverneur régional, Oleg Sinegoubov, a confirmé mercredi dans un message publié sur Telegram que les troupes russes ont été repoussées encore plus loin de la ville, ce qui leur donne encore moins d’occasions de tirer sur le centre régional.

Des combats féroces sont toutefois toujours en cours dans la région, a-t-il précisé, avant de mettre ses concitoyens en garde contre un retour trop précipité. Selon lui, les soldats russes laissent des pièges mortels en se retirant.

Dans une entrevue accordée mardi au New York Times, le maire de Kharkiv, Igor Terekhov, a témoigné que la ville commence à reprendre vie, et que des entreprises recommencent même à fonctionner.

« Pour la première fois depuis le début de l’invasion russe, nous avons pu vivre sans être constamment bombardés pour une deuxième journée de suite. »— Une citation de  Igor Terekhov, maire de KharkivUn homme portant une combinaison se tient debout dans un champ, à proximité de cadavres de soldats russes étendus au sol.

Un Ukrainien observe les corps de soldats russes tués dans le village de Vilkhivka, près de Kharkiv, que les forces ukrainiennes ont repris il y a quelques jours. Photo : La Presse Canadienne/AP/Felipe Dana

Les quartiers nord et nord-est de Kharkiv, une ville qui comptait environ 1,5 million d’habitants avant la guerre, sont frappés depuis des semaines par des roquettes et des missiles russes, causant la mort de nombreux civils.

Fin février, l’armée russe avait tenté de prendre la ville, mais en vain : les forces ukrainiennes avaient résisté et les avaient repoussés à quelques kilomètres de là, au prix d’âpres combats.

L’Institute for the Study of War (ISW), centre de réflexion américain basé à Washington, avait noté en fin de semaine que l’armée ukrainienne faisait des progrès significatifs dans la région de Kharkiv et prédisait qu’elle avancera probablement jusqu’à la frontière russe dans les jours ou semaines à venir.

Le centre a avancé mardi soir que la contre-offensive ukrainienne forçait vraisemblablement l’armée russe à redéployer des troupes stationnées à Izioum vers la région de Kharkiv pour empêcher que leurs frères d’armes soient repoussés vers la frontière russe.

Cela risque de détourner des ressources qui devaient être utilisées pour l’offensive dans le Donbass, notait l’ISWInstitute for the Study of War.

Avec Radio-Canada

Vladimir Poutine ne compte pas s’arrêter au Donbass, selon le renseignement américain

mai 10, 2022

Le président russe table sur un essoufflement du soutien occidental à l’Ukraine, croit la cheffe du renseignement américain. Il devra néanmoins recourir à la loi martiale pour parvenir à ses fins.

Un convoi de chars militaires sur une route.

Un convoi de chars russes sur la route de Marioupol (archives) Photo: Reuters/Chingis Kondarov

Vladimir Poutine n’a pas l’intention de limiter sa volonté d’occupation à la seule région du Donbass en Ukraine, mais veut porter le conflit à la Transnistrie, région de Moldavie qui a fait sécession en 1990, a déclaré mardi la cheffe du renseignement américain, Avril Haines.

Nous estimons que le président Poutine se prépare à un conflit prolongé en Ukraine, durant lequel il a encore l’intention d’atteindre des objectifs au-delà du Donbass, a déclaré Mme Haines lors d’une audition au Congrès.

Les services de renseignement américains estiment que l’armée russe veut étendre le pont terrestre [dans le sud de l’Ukraine] à la Transnistrie, a-t-elle ajouté.

S’il est possible que les forces russes réalisent cet objectif dans les mois qui viennent, ils ne pourront atteindre la Transnistrie et inclure Odessa sans décréter une forme de mobilisation générale, a-t-elle ajouté.

Le président russe compte probablement sur un affaiblissement de la détermination des États-Unis et de l’Union européenne lorsque les pénuries de biens alimentaires et la hausse des prix de l’énergie vont s’aggraver, a-t-elle prévenu.Avril Haines parle dans un micro en faisant un geste de la main.

La directrice du renseignement national américain, Avril Haines, a livré ses projections sur le conflit en Ukraine lors d’un témoignage devant le Comité des forces armées du Sénat. Photo : Reuters/Kevin Lamarque

Les ambitions de M. Poutine dépassent, selon elle, les capacités de l’armée russe et cela signifie probablement que nous allons évoluer dans les prochains mois selon une trajectoire plus imprévisible et potentiellement une escalade, a ajouté Mme Haines.

« La tendance actuelle augmente les chances que le président Poutine se tourne vers des mesures plus draconiennes, y compris l’instauration de la loi martiale, la réorientation de la production industrielle ou une potentielle escalade militaire afin de libérer les ressources nécessaires pour atteindre ses objectifs. »— Une citation de  Avril Haines, directrice du renseignement national des États-Unis.

Nous continuons de penser que le président Poutine n’ordonnera l’usage de l’arme nucléaire que s’il perçoit une menace existentielle pour l’État ou le régime russe, a-t-elle noté.

Le président russe pourrait néanmoins y recourir s’il pense qu’il perd la guerre en Ukraine et que l’OTAN est soit en train d’intervenir soit se prépare à intervenir, a-t-elle précisé.

Mais, même dans cette hypothèse, il est probable qu’il enverrait des signaux avant de le faire, a noté Avril Haines.

Radio-Canada avec Agence France-Presse

Ukraine: Kharkiv repousse l’envahisseur

mai 10, 2022

Depuis le début de la guerre, une évidence s’impose : l’invasion de l’Ukraine ordonnée par Vladimir Poutine ne se déroule pas comme prévu. Les troupes russes piétinent ou sont forcées de reculer. Et ce n’est nulle part plus évident actuellement que dans la région de Kharkiv, où l’armée ukrainienne, en pleine contre-offensive, regagne beaucoup de terrain. Nous l’avons constaté sur place.

Tir d'artillerie.

L’artillerie ukrainienne à l’œuvre dans la région de Kharkiv. Photo : Radio-Canada/Jean-François Bélanger

D’abords constants et assourdissants, le bruit des sirènes et le tonnerre des bombardements se sont graduellement faits plus distants. Une indication claire de la bonne marche de la contre-offensive lancée par les forces ukrainiennes pour desserrer l’étau autour de Kharkiv et mettre la ville hors de portée de l’artillerie russe.

Les routes aux abords de la ville, jonchées de véhicules blindés calcinés, sont autant de vestiges des combats très violents qui s’y sont déroulés. Prise d’assaut par les forces russes dès les premiers jours de l’invasion, la deuxième ville du pays a été lourdement bombardée, ce qui a eu pour effet de faire fuir une bonne partie de sa population. Mais alors qu’un calme relatif s’installe, de plus en plus de citoyens sont tentés par un retour.Un blindé immobilisé.

Un blindé russe détruit. Photo : Radio-Canada/Jean-François Bélanger

Oleksandr et Lyudmila Nishcheta poussent même l’audace jusqu’à aller s’aventurer au-delà des limites de la ville. Car ce couple de retraités possède une maison à Vil’Khiva, à une quinzaine de kilomètres à l’est de Kharkiv. Le parcours pour s’y rendre est parsemé d’embûches.

Les points de contrôle de l’armée ukrainienne sont nombreux et à chacun d’eux, les soldats multiplient les avertissements : la situation est encore fluide et changeante; la région fait encore l’objet de bombardements à l’occasion; les retraités doivent comprendre qu’ils s’y rendent à leurs risques et périls. Rapidement, les rangées de maisons en ruines de chaque côté de la route viennent confirmer que les affrontements n’ont pas détruit que des cibles militaires.Portrait d'Oleksandr et de Lyudmila.

Oleksandr et Lyudmila devant ce qu’il reste de leur maison dans la région de Kharkiv. Photo : Radio-Canada/Jean-François Bélanger

Mais arrivés devant chez eux, ils sont accueillis par un concert d’aboiements enjoués. Rigik, le chien des voisins qu’ils croyaient mort, accourt vers Lyudmila et la couvre de salive à grands coups de langue. Submergée par l’émotion, la sexagénaire, soulagée, l’enlace et le caresse en lui répétant des mots rassurants.

Mais une fois franchi le portail de la propriété, un triste spectacle les attend. Un obus a creusé un énorme cratère dans le jardin et a dévasté la façade. Oleksandr pousse un soupir en marchant sur les débris et se frotte la tête frénétiquement en se répétant à voix haute : C’est un cauchemar, c’est terrible. Puis, il lance à notre intention : Voilà à quoi ressemble la paix russe.

Son épouse le rejoint et partage son désarroi. Ils observent la façade en silence puis font un signe amical à l’endroit des deux soldats ukrainiens qui montent la garde dans le quartier. C’est notre terre, notre mère patrie, rappelle Oleksandr avec détermination. Et personne ne va nous forcer à partir d’ici. Sa femme acquiesce. Elle note que son sentiment d’appartenance au peuple ukrainien a monté en flèche depuis l’invasion du 24 février.

« Nous sommes forts. Et personne ne nous a rendus si forts et si unis que Vladimir Poutine lui-même. Personne. »— Une citation de  Lyudmila NishchetaOleksandr et Lyudmila derrière une camionnette calcinée.

Oleksandr et Lyudmila constatent les dégâts matériels à la suite du passage de l’armée russe. Photo: Radio-Canada/Emilio Avalos

Comme une majorité d’habitants de la région de Kharkiv, le couple de retraités a le russe comme langue maternelle. Mais en voyant les traces de la présence de soldats russes dans sa maison, elle se sent partagée entre la haine et le mépris.

Elle est surtout écœurée que les russophones comme elle aient servi de prétexte à Vladimir Poutine pour envahir l’Ukraine. Les pacifiques soldats russes sont soi-disant venus nous libérer, dit-elle avec ironie. Nous libérer de quoi? Je ne sais pas. Pour le moment, ils nous ont surtout libérés de la langue russe.

Une dernière phrase qu’elle choisit de prononcer lentement et en ukrainien pour en accentuer la portée. Comme elle, beaucoup d’Ukrainiens russophones ont maintenant honte de parler leur langue maternelle et choisissent de s’exprimer désormais en ukrainien. En sortant, Oleksandr et Lyudmila prennent des nouvelles des voisins, ceux qui sont restés sur place. Comme Vasiliy Orinchin, 87 ans, qui n’a pas bougé de chez lui tout au long de l’occupation. La silhouette frêle, le dos voûté, le vieillard cite un vieux proverbe pour s’expliquer.Portrait de Vasiliy.

Vasiliy n’a pas quitté sa maison pendant l’offensive russe. Photo : Radio-Canada/Jean-François Bélanger

« Là où je suis né, là où j’ai été baptisé, c’est là où je mourrai. »— Une citation de  Vasiliy Orinchin, résident de Vil’hivka

L’homme nous raconte avoir aperçu les soldats russes dans la rue devant chez lui il y a quelques semaines en regardant par la fenêtre. Il nous amène derrière sa modeste demeure pour nous montrer le souvenir qu’on lui a laissé.

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Vasiliy montre du doigt l'engin explosif.

Vasiliy a trouvé une roquette plantée dans son jardin.Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Une roquette partiellement enfouie dans la terre.

Cette roquette aurait pu faire des dommages considérables si elle avait explosé dans le jardin de Vasiliy. Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Une roquette non explosée est plantée dans la terre, bien en évidence à moins d’un mètre du mur de sa maison. Il raconte qu’elle est tombée en pleine nuit, que cela l’a réveillé, car les murs ont tremblé. Ils bombardaient et c’est tombé chez moi, conclut-il simplement avant d’ajouter, un sourire dans le regard : Moi, j’ai rien demandé.

Vasiliy jure de rester chez lui en attendant la visite des démineurs ukrainiens. Il se sent d’ailleurs bien plus en sécurité depuis que les soldats russes se sont retirés des villes et villages des environs.

Un grondement sourd se fait entendre à travers le village. Deux lourdes pièces d’artillerie sur chenilles traversent Vil’khivka au pas de charge. Les canons motorisés de 203 mm s’arrêtent soudainement dans un champ et se positionnent, à côté l’un de l’autre. Une nuée d’opérateurs se déploie immédiatement tout autour pour les charger et les pointer dans la bonne direction.

Deux coups de tonnerre déchirent bientôt le ciel alors qu’une énorme boule de feu sort de la bouche des canons. L’opération n’a duré que quelques minutes. Rapidement, après les tirs, les artilleurs entreprennent de plier bagage. Car ces armes de conception ancienne, héritage de l’ère soviétique, sont vulnérables aux contre-attaques. Les soldats ukrainiens misent donc sur la mobilité et sur des configurations de tir atypiques pour déjouer l’ennemi.

« Ukraine In The Fight », l’Ukraine au combat peut-on lire sur l’écusson cousu sur une la veste d’un militaire.

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Kran avec une arme en bandoulière.

Kran, le commandant de l’unité spéciale Tuman. Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Deux soldats.

Le moral des combattants ukrainiens est à toute épreuve. Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Gros plan sur un écusson.

« Ukraine In The Fight », l’Ukraine au combat peut-on lire sur l’écusson cousu sur une la veste d’un militaire. Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

La rapidité d’action et la grande connaissance du terrain sont des atouts essentiels aux yeux de Kran, le commandant de l’unité spéciale appelée Tuman, ce qui veut dire brouillard. Le grand gaillard à la barbe fournie a une allure de grand-père un peu bonasse. Mais le regard de fer que l’on perçoit derrière ses lunettes balistiques et la kalachnikov qu’il porte en bandoulière ne laissent aucun doute sur sa détermination.

Nous sommes tous convaincus que nous allons gagner, confirme-t-il en désignant ses hommes d’un geste de la main. Il évoque la trop grande rigidité de la chaîne de commandement de l’armée russe, ses problèmes d’approvisionnement, de logistique et le faible moral de ses troupes comme autant de facteurs plombant l’ennemi et favorisant les troupes de Kiev sur le terrain. Mais, selon lui, c’est la motivation sans faille des combattants ukrainiens qui fait la différence.

« Nous nous battons pour protéger notre terre, notre mère patrie, nos femmes, nos enfants, notre avenir. Il n’y a pas de meilleure motivation. »— Une citation de  Kran, commandant, unité spéciale Tuman, armée ukrainienne

Son bras droit, nom de guerre Orest, nous emmène dans le bunker adjacent pour nous montrer sa collection de trophées. Alignées sur le mur de béton, se trouve une série d’armes laissées derrière par des troupes russes en déroute. Des lance-roquettes RPG7, une mitrailleuse douchka, un fusil de sniper DragounovDes cadeaux de la Russie, lance-t-il, ironique.Le NLAW porté à l'épaule.

Le NLAW cadeau des Britanniques. Photo : Radio-Canada/ Emilio Avalos

Mais c’est un autre cadeau, venu celui-là de Grande-Bretagne, qui s’est révélé le plus utile sur le champ de bataille. Orest nous montre le NLAW qui trône bien en évidence dans le bunker, un lance-roquettes antichar, très moderne, qui a permis de détruire quantité de blindés russes.

L’officier en profite pour lancer un appel aux pays occidentaux, leur demandant de fournir à l’armée ukrainienne davantage d’armes modernes et d’équipements spécialisés comme des lunettes de visée nocturne. Seul moyen, selon lui, de mettre un terme rapidement au conflit et d’ainsi réduire les pertes de vies humaines.

Une guerre cruelle et insensée dont Oleksandr et Lyudmila attendent la fin avec impatience, évoquant son lourd tribut; les dizaines de milliers de victimes et les millions de personnes aujourd’hui sans abri.

Au moment de quitter la maison à demi détruite, sentant la tristesse et le désespoir de sa femme, Oleksandr l’enlace et lui chuchote à l’oreille : Nous allons tout reconstruire, ne t’en fais pas.

Avec Radio-Canada par Jean-François Bélanger

Conflit en Ukraine : 60 morts dans le bombardement d’une école

mai 8, 2022
Les ruines d'une école bombardée.

Des sauveteurs dégagent une femme des débris d’une école dans le village de Bilogorivka. Photo : via Reuters/State Emergency Services

Soixante personnes ont été tuées samedi dans le bombardement d’une école de la région de Louhansk, dans l’est de l’Ukraine, a déclaré dimanche le président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

Pas plus tard qu’hier, dans le village de Bilogorivka, dans la région de Louhansk, une bombe russe a tué 60 civils, a affirmé M. Zelensky lors d’une intervention en visioconférence à un sommet du G7.

Ils essayaient de trouver refuge dans le bâtiment d’une école ordinaire qui a été visée par une frappe aérienne russe, a-t-il ajouté.

Une bombe aérienne a frappé une école et 60 personnes sont mortes sous les décombres, a déclaré de son côté le gouverneur de la région de Louhansk, Serguiï Gaïdaï, à la télévision en langue russe Current Time TV.

Il y a toujours des frappes très fortes sur Bilogorivka, a-t-il poursuivi.

J’aimerais vraiment croire que des gens sont encore vivants là-bas, a-t-il toutefois dit, en mentionnant que dès que les bombardements seront terminés, nous pourrons commencer à déblayer les décombres.

Dimanche matin, M. Gaïdaï avait déclaré qu’il y avait au total 90 personnes sur place au moment de la frappe. Vingt-sept ont été sauvées, avait-il ajouté, précisant que la température avait été très élevée sur les lieux après l’explosion.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, s’est dit horrifié, soulignant que de nombreuses personnes cherchaient apparemment refuge face aux combats en cours.

M. Guterres a noté que cette attaque rappelait une nouvelle fois que dans cette guerre, comme dans tant de conflits, ce sont les civils qui paient le prix le plus élevé.

Cette attaque est un autre rappel brutal de la cruauté de cette guerre, avait pour sa part affirmé M. Awad, avant l’annonce du dernier bilan des morts.

Par Radio-Canada avec Agence France-Presse

Guerre en Ukraine : le G7 s’engage à ne plus acheter de pétrole russe

mai 8, 2022

Les pays du G7 se sont engagés dimanche à supprimer progressivement les importations de pétrole russe afin de priver Moscou de ses revenus.

Emmanuel Macron participe a une visioconference avec les dirigeants du G7 sur l'Ukraine a l'Elysee a Paris, le 8 mai 2022.
Emmanuel Macron participe à une visioconférence avec les dirigeants du G7 sur l’Ukraine à l’Élysée à Paris, le 8 mai 2022. 
 © THIBAULT CAMUS / POOL / AFP

Dimanche 8 mai, le G7 s’est engagé à interdire ou supprimer progressivement les importations de pétrole russe. Selon la Maison-Blanche, cette décision va porter « un coup dur » à la principale artère irriguant l’économie de Vladimir Poutine en le privant des revenus dont il a besoin pour « financer sa guerre » contre l’Ukraine.

L’exécutif américain ne précise pas quels engagements exactement a pris chacun des membres du G7, à savoir l’Allemagne (qui en a la présidence cette année), le Canada, les États-Unis, la France, l’Italie, le Japon et le Royaume-Uni. Le G7 tenait dimanche, en visioconférence, sa troisième réunion de l’année, avec la participation du président ukrainien Volodymyr Zelensky. Le choix de la date est hautement symbolique : les Européens célèbrent le 8 mai la fin de la Seconde guerre mondiale en Europe.

Un embargo sur le pétrole russe

Cette réunion de dimanche se tient par ailleurs à la veille de la parade militaire du 9 mai en Russie, qui marque la victoire de l’Union soviétique sur l’Allemagne nazie. Les Occidentaux font preuve jusqu’ici d’une très étroite coordination dans leurs annonces de sanctions contre la Russie, mais n’avancent pas au même rythme quand il s’agit de pétrole et de gaz russes. Les États-Unis, qui n’en étaient pas de grands consommateurs, ont d’ores et déjà interdit l’importation d’hydrocarbures russes.

Les États membres de l’Union européenne, sous pression pour se joindre au mouvement, mais beaucoup plus dépendants de la Russie, continuaient dimanche à mener d’intenses tractations pour mettre en place un embargo sur le pétrole russe. Washington a par ailleurs annoncé une nouvelle salve de sanctions contre la Russie, autour de deux axes majeurs : les médias et l’accès des entreprises et des grandes fortunes russes aux services de conseil et de comptabilité dont les Américains et les Britanniques sont les grands spécialistes mondiaux.

Les médias pro-Kremlin sanctionnés

Les États-Unis vont sanctionner les chaînes de télévision Pervy Kanal, Rossiïa-1, et NTV. Il sera interdit à toute entreprise américaine de les financer par de la publicité ou de leur vendre des équipements. Autre axe d’attaque de Washington : interdire la prestation de services d’audit, de management, de conseil, de marketing, tous les services utilisés pour faire fonctionner des entreprises multinationales, mais aussi potentiellement pour contourner les sanctions ou dissimuler des richesses mal acquises.

Par Radio-Cnada avec AFP

Guerre en Ukraine : Kiev dit avoir détruit un nouveau navire russe

mai 7, 2022

La marine ukrainienne revendique la destruction d’un navire de débarquement et de deux systèmes de missile près de l’île des Serpents, en mer Noire.

Samedi 7 mai, l’Ukraine a affirmé avoir détruit un navire de débarquement russe près de la petite île des Serpents en mer Noire, devenue le symbole de la résistance ukrainienne à l’invasion russe lancée fin février.

Selon la marine ukrainienne, un drone de combat Bayraktar TB2, développé en Turquie, aurait touché un navire de débarquement du projet 11770 Serna ainsi que deux systèmes de missiles sol-air de type Tor. « Le défilé traditionnel de la flotte russe le 9 mai cette année aura lieu près de l’île des Serpents, au fond de la mer », a ironisé de son côté le ministère ukrainien de la Défense sur Twitter.

Deux patrouilleurs russes bombardés

Moscou n’a pas confirmé l’information de son côté. Sur des vidéos publiées par l’armée ukrainienne, on peut voir notamment un navire mouillant près d’un quai touché par une explosion puis ravagé par des flammes et propageant un gros panache de fumée. Long de 26 mètres, le Serna appartient à une classe de navire rapide de débarquement russe avec une capacité d’emport de 45 tonnes. Il est armé de mitrailleuses de calibre de 7,62 mm et de lance-missiles Igla et a été conçu pour le débarquement de véhicules de combat, ainsi que d’unités d’assaut.

Auparavant, l’armée ukrainienne avait affirmé début mai avoir bombardé au large de l’île des Serpents deux patrouilleurs russes de classe Raptor, frappés eux aussi par des drones de combat Bayraktar TB2. Mi-avril, le vaisseau-amiral russe Moskva a coulé en mer Noire après avoir, selon Kiev et Washington, été touché par des missiles ukrainiens. Moscou avait affirmé de son côté qu’il avait été endommagé par une explosion à bord.

Une île devenue symbole

L’île des Serpents est devenue un symbole en Ukraine depuis un échange radio, devenu viral sur les réseaux sociaux, dans lequel, au premier jour du conflit, les gardes-frontières ukrainiens avaient lancé « Va te faire foutre, navire militaire russe ! » au croiseur russe, le Moskva, qui leur intimait de se rendre. Peu après cet échange, le navire avait bombardé l’île, les Russes en prenant le contrôle, et les militaires ukrainiens avaient été faits prisonniers. Ils avaient ensuite été libérés à la faveur d’un échange de prisonniers avec Moscou.

Avec Radio-Canada

Ukraine : nouveau convoi de l’ONU attendu pour évacuer les civils d’Azovstal

mai 6, 2022
Ukraine : nouveau convoi de l'ONU attendu pour evacuer les civils d'Azovstal
Ukraine : nouveau convoi de l’ONU attendu pour évacuer les civils d’Azovstal© Donetsk People Republic Ministry of transport/AFP/-

Un nouveau convoi de l’ONU est attendu vendredi pour évacuer les derniers civils retranchés dans l’aciérie d’Azovstal à Marioupol, l’ultime poche de résistance ukrainienne dans ce port stratégique du Donbass, sans assurance toutefois d’une trêve dans les combats.

Malgré cette incertitude, le secrétaire général adjoint de l’ONU chargé des questions humanitaires, Martin Griffiths, avait annoncé jeudi que ce nouveau convoi se dirigeait vers la cité martyre, devenue un des symboles de l’invasion russe déclenchée le 24 février.

Le Comité international de la Croix-rouge (CICR) a confirmé être associé à cette opération, « en coordination avec l’ONU et les belligérants », mais « insiste sur le fait qu’aucun détail ne peut être communiqué jusqu’à ce que la situation le permette, afin de ne pas compromettre gravement l’opération ».

« Nous avons réussi à évacuer presque 500 civils » ces derniers jours, a souligné vendredi le chef de l’administration présidentielle ukrainienne Andriï Iermak. « Aujourd’hui nous nous concentrons sur Azovstal », a précisé à l’AFP la vice-Première ministre Iryna Verechtchouk.

Les informations sur la situation dans cette aciérie, où vivent retranchés dans d’immenses galeries souterraines civils et combattants, restaient néanmoins contradictoires.

Vendredi matin, le ministère ukrainien de la Défense a assuré que les forces russes avaient, « dans certaines zones, avec le soutien de l’aviation, repris les opérations visant à prendre le contrôle de l’usine ».

Le régiment Azov, qui défend ces installations, a accusé le même jour les forces russes d’avoir visé « avec un missile guidé antichar » une de ses voitures impliquées dans l’opération d’évacuation de civils, tuant un soldat et faisant six blessés.

« Chaque seconde compte »

Le président russe Vladimir Poutine a de son côté affirmé jeudi soir que « l’armée russe était toujours prête à assurer l’évacuation des civils » d’Azovstal, qui pourraient être encore au nombre de 200, piégés avec les combattants ukrainiens dans ce complexe.

Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a quant à lui assuré que l’armée russe respectait le cessez-le-feu autour de l’usine et que des couloirs humanitaires y « fonctionnaient ».

Ce que les militaires ukrainiens sur place ont démenti.

Le commandant-adjoint du régiment Azov, Sviatoslav Palamar, a ainsi assuré dans une vidéo que des affrontements « sanglants » se déroulaient à l’intérieur même du site et que les Russes « ne tenaient pas leur promesse » de trêve.

Sur son compte Telegram, Andriï Biletsky, le fondateur de ce régiment, a écrit vendredi matin : « A Azovstal, chaque seconde compte. Des combats sont en cours en ce moment, les bombardements ne s’arrêtent pas. Chaque minute d’attente, c’est la vie des civils, militaires, blessés. Il faut les sauver avec l’aide du monde entier ».

La prise totale de Marioupol, une cité portuaire de près de 500.000 habitants avant-guerre dévastée par deux mois de siège et de bombardements russes, serait une victoire importante pour la Russie à l’approche du 9 mai, jour où elle célèbre par un grand défilé militaire sur la Place Rouge à Moscou sa victoire sur l’Allemagne nazie en 1945.

Les Ukrainiens ont dit qu’ils soupçonnaient les Russes de vouloir organiser à cette occasion une célébration similaire à Marioupol.

« Cette année, bien entendu, c’est impossible pour des raisons évidentes », a toutefois réagi le porte-parole de la présidence russe Dmitri Peskov.

La Russie « pour toujours » dans le sud

Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, Moscou n’a pu revendiquer le contrôle total que d’une ville d’importance, celle de Kherson.

Celle-ci est située dans le sud, où, a lancé un haut responsable parlementaire russe, Andreï Tourtchak, la Russie restera « pour toujours ».

Dans l’est, Severodonetsk, l’une des principales cités du Donbass encore contrôlées par les Ukrainiens, est pour sa part « quasiment encerclée » par les forces russes et les séparatistes, a déclaré vendredi son maire.

Moscou a reconnu jeudi que le soutien occidental avait freiné l' »opération militaire spéciale » russe déclenchée le 24 février.

« Les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Otan dans son ensemble partagent en permanence des données du renseignement avec les forces armées ukrainiennes. Conjuguées aux approvisionnements en armes (…), ces actions ne permettent pas d’achever rapidement » l’offensive, a lâché Dmitri Peskov.

Le New York Times a écrit que les renseignements fournis par Washington à Kiev avaient permis de cibler plusieurs généraux russes. Des informations démenties jeudi par le Pentagone.

Ce soutien apporté par les Occidentaux n’est cependant « pas en mesure d’empêcher » la Russie d’atteindre ses « objectifs » en Ukraine, a ajouté M. Peskov, après dix semaines d’une opération militaire qui a fait des milliers de morts et poussé à l’exil plus de cinq millions d’Ukrainiens.

L’Allemagne a à cet égard fait savoir qu’elle allait fournir sept obusiers blindés à l’Ukraine.

Parallèlement, 41 personnes, dont onze femmes, ont été libérées dans le cadre d’un nouvel échange de prisonniers avec la Russie, a révélé Kiev vendredi, sans donner le nombre des Russes remis à leur pays.

Réunion du G7

Sur le front des sanctions occidentales, la Hongrie bloquait toujours vendredi le projet d’embargo européen sur l’importation de pétrole russe et de difficiles négociations étaient en cours entre les 27 Etats membres de l’UE pour trouver un accord ce week-end, ont dit à l’AFP plusieurs sources diplomatiques.

Par ailleurs, l’Allemagne a annoncé que les dirigeants des grandes puissances du G7 allaient avoir dimanche une réunion virtuelle consacrée à la guerre en Ukraine à laquelle participera le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

« Le 8 mai est une date historique marquant la fin de la Deuxième guerre mondiale en Europe qui a occasionné la terreur, la destruction et la mort » sur ce continent, a souligné une porte-parole du chancelier allemand Olaf Scholz, estimant qu’avec l’actuelle offensive russe en Ukraine « la cohésion du G7 est plus importante que jamais ».

La Russie a de son côté rendu publique vendredi une liste d’une centaine de catégories de marchandises dont l’importation sans l’accord des détenteurs de la propriété intellectuelle est autorisée afin de contourner les restrictions décidées depuis le début de son intervention militaire.

Ce mécanisme d’importations parallèles doit permettre d’éviter les pénuries dans l’industrie comme dans le commerce de marchandises que ce pays est incapable à l’heure actuelle de produire elle-même.

De grandes puissances agricoles, dont l’Union européenne, les États-Unis, le Canada et l’Australie, se sont dans le même temps engagées à assurer la sécurité alimentaire du monde en dépit des chocs provoqués par la situation en Ukraine.

Par Le Point avec AFP

 « C’est l’enfer », raconte un vétéran canadien parti combattre en Ukraine

mai 6, 2022
Un homme et une femme fuient près d'un bâtiment en feu.

L’armée russe concentre désormais ses opérations dans la région du Donbass, après s’être retirée du nord du pays. Photo : Getty Images/Fadel Senna

« Tous les jours, il y a des victimes. Tous les jours, tes amis meurent », raconte Shadow, nom de terrain d’un ancien soldat canadien originaire de Sherbrooke, au Québec. Ses deux derniers mois en Ukraine ne ressemblent en rien à ce qu’il a connu durant ses années avec l’armée canadienne. Après avoir risqué sa vie plusieurs fois, il a pris sa décision : il ne retournera pas au front.

Il y a dix jours, Shadow a évité la mort de justesse, encore une fois. Avec son ami Wali, un tireur d’élite canadien qui s’est également porté volontaire en Ukraine, et deux soldats et amis ukrainiens, il était chargé de suivre un char russe dans la région du Donbass, dans l’est du pays.

Le quatuor croyait ne pas avoir été repéré. Les deux soldats ukrainiens sont même sortis de leur cachette pour fumer une cigarette et en ont offert aux Canadiens. Wali a refusé, mais Shadow était en train de les rejoindre quand le char russe s’est soudainement retourné et a tiré dans leur direction.

L’obus est arrivé exactement entre les deux soldats ukrainiens. L’explosion a repoussé Shadow dans la tranchée, sans blessure. Mais ses deux amis n’ont pas été aussi chanceux. L’un est mort sur le coup, l’autre quelques minutes plus tard.

« Il était à quelques pieds de moi, il respirait encore. On s’est regardés et il est mort sous mes yeux. Deux de mes amis sont morts sous mes yeux. »— Une citation de  Shadow, vétéran canadien parti combattre en UkraineShadow en entrevue avec CBC.

Shadow fait partie des milliers de volontaires d’un peu partout dans le monde qui ont répondu à l’appel à l’aide du président ukrainien, Volodymyr Zelensky. Photo: Radio-Canada/CBC

Les deux Canadiens, beaucoup moins nombreux et moins équipés que les Russes devant eux, n’avaient pas d’autres choix que de tenter de fuir. Ils ont réussi à s’éclipser, malgré les tirs ennemis.

« C’était ma dernière patrouille sur le front de l’est. Je n’ai qu’un mot pour le décrire : c’est l’enfer. »— Une citation de  Shadow, vétéran canadien parti combattre en Ukraine

Tous les jours, il y a des victimes. Tous les jours, tes amis meurent. C’est jour après jour. J’ai des amis américains, des anciens marines, la plupart de leurs missions, c’était d’aller récupérer les corps morts [sic] de leurs amis tués en action. C’est ça la vie sur le front.

« C’était ma première fois »

Shadow et Wali font partie des milliers de volontaires d’un peu partout dans le monde qui ont répondu à l’appel à l’aide du président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

Depuis leur arrivée, il y a environ deux mois, ils ont été témoins plusieurs fois de la nature capricieuse de la guerre, la façon dont chaque petit moment ordinaire peut soudainement devenir mortel.

C’est même arrivé à Shadow, qui n’a pas connu la guerre lors de ses années dans les Forces armées canadiennes, lors du tout premier combat de sa vie. Déployé à Irpin, près de Kiev, il devait assister Wali et porter ses munitions.

Son équipe a rapidement été prise d’assaut par les Russes, qui ont bombardé le bâtiment dans lequel ils se trouvaient.Devant un bâtiment de quatre étages est éventré, des débris jonchent le sol et une voiture est laissée à l'abandon.

La ville d’Irpin, près de Kiev, a été en partie détruite par les bombardements russes. Photo : Getty Images/Chris McGrath

On a été frappés par un char. Il a bombardé notre bâtiment, mais nous a manqué de quelques mètres. Après, les Russes ont commencé à tirer avec des armes plus légères, nous sommes sortis de notre cachette et [il y a eu] un énorme échange de tirs!

C’était ma première fois. Les Russes étaient à environ 50 mètres de nous, il y avait des balles qui fusaient de partout, partout. On ne pouvait rien faire, ils essayaient de nous encercler.

Un soldat ukrainien a finalement lancé une grenade, ce qui a donné le temps à l’équipe de Shadow de fuir. Ce gars nous a sauvé la vie.

« J’ai fait mon temps »

Après trop d’expériences du genre, Shadow ne retournera pas sur le front. Mais il ne peut pas non plus se résoudre à quitter l’Ukraine et ses citoyens. Pour l’instant, je vais m’engager dans l’aide humanitaire. Je vais rester à Lviv et être aussi utile que possible.

Depuis le début de l’invasion russe, le gouvernement du Canada recommande à ses citoyens d’éviter tout voyage en Ukraine. Si vous êtes en Ukraine, vous devriez vous abriter dans un endroit sécurisé, à moins que vous ne puissiez quitter le pays en toute sécurité, conseillait Affaires mondiales Canada à la fin du mois de février.

Radio-Canada avec les informations de Murray Brewster et David Common, de CBC