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Niger, Guinée, Côte d’Ivoire : trio de tête de la reprise pour la Banque mondiale

avril 2, 2021
Quartier du Plateau et pont Charles-de-Gaulle à Abidjan

Moins dépendants des matières premières et relativement épargnés par la nouvelle vague de coronavirus, les pays côtiers de l’Afrique de l’Ouest devraient dépasser les 6 % de croissance en 2021.

C’est un rapport 2021 « Africa’s Pulse » sur l’état de l’économie de l’Afrique subsaharienne mi-figue mi-raisin qu’a publié le 31 mars la Banque mondiale. Une fois encore, les pays qui dépendent le moins de l’exportation de matières premières devraient connaître une reprise certaine, à l’image de la Côte d’Ivoire (+6,2%), de la Guinée (+6,6 %) ou du Niger (+6,9 %).

Les pays très dépendants notamment du pétrole comme l’Angola ou confrontés à des difficultés économiques persistantes comme l’Afrique du Sud n’accélèreront guère.

Pour Pulse, la première vague de la pandémie a relativement épargné la région. En revanche, et malgré des programmes de soutien des États, la croissance s’y est évanouie pour la première fois depuis vingt cinq ans et a reculé de 2 % en 2020.

Reprise inégale

C’est moins catastrophique qu’en Europe ou en Amérique latine, parce que le virus s’y est propagé moins vite, parce que l’agriculture y a été porteuse et parce que les prix mondiaux des produits de base se sont redressés plus rapidement que prévu grâce à la reprise des achats chinois.

Reste qu’un champion comme le Rwanda a connu sa première récession en dix ans et que l’Afrique du Sud a plongé à – 7 %. L’Organisation mondiale du tourisme (OMT) a calculé que de décembre 2019 à décembre 2020, les arrivées des touristes en Afrique subsaharienne avaient chuté de 78 %, mettant à mal les économies de Maurice, des Seychelles, du Cap Vert ou du Sénégal.

Le rapport estime que le pire est passé et table sur une reprise, mais il pense que celle-ci sera très inégale selon les pays, car l’arrivée de variants du coronavirus a augmenté de 40 % le nombre des infections dans la région.

Cette deuxième vague ne touche cependant pas tous les pays, ce qui explique que les prévisions donnent une fourchette de croissance en 2021 de +2,3 % à +3,4 %. Le Nigeria ou l’Angola risquent de connaître une convalescence molle, quand les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest comme la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Sénégal, le Togo dépasseront les 4 %.

Dépendance aux délais de vaccination

Pour les autres, « une croissance de 4 % est atteignable, note le rapport, si les pays mettent en œuvre un ensemble de mesures favorables à des investissements soutenus et à la création d’emplois et permettent au taux de change de refléter les forces du marché et d’améliorer la compétitivité ».

Cela sera aussi fonction de l’allègement du fardeau de la dette qui se discutera durant la semaine du 5 avril, lors des réunions de printemps de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI).

Mais la vigueur et la généralisation du dynamisme économique dans toute l’Afrique subsaharienne dépendront surtout de la rapidité de la vaccination des populations qui compensera la fragilité des systèmes de santé et autorisera une franche reprise des activités.

Pour l’instant, les pays riches monopolisent les doses salvatrices qui arrivent au compte-goutte en Afrique. Comme l’a regretté Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), dix pays se sont réservé 70 % des vaccins fabriqués dans le monde à ce jour… et ce ne sont pas des pays africains.

Avec Jeune Afrique par Alain Faujas

Match Guinée- Congo : les Congolais rangés derrière les Diables rouges

mars 29, 2021

A quelques heures du match Guinée-Bissau-Congo, une rencontre qui fait office de finale du groupe I dans le cadre des éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations, les supporteurs des Diables rouges du Congo dégagent des ondes positives à l’endroit des poulains de Barthélemy Ngatsono. Les Congolais interrogés, à cet effet, pensent que le onze national est sur la bonne voie.

Les supporteurs Congolais lors d’un match/Adiac

Le Congo affronte la Guinée ce 30 mars à Bissau, une rencontre qui se joue pour le compte de la sixième et dernière journée des éliminatoires de la Can, Cameroun 2022. Les Congolais sont obligés de faire un bon résultat afin de valider leur ticket pour le Cameroun. Le gagnant de ce match sera officiellement présent au Cameroun puisque deux points seulement séparent les deux équipes. Avec ses huit points, un match nul suffira au Congo pour qu’il retrouve la place qu’il a occupée pour la première et unique fois, en 1972.

Dans les ruelles de Brazzaville, les transports en commun et les espaces publics, tout le monde ne jure que sur la qualification du Congo. Même dans les localités lointaines de la capitale, les comités de soutien s’organisent déjà au profit du Congo. Hugues Bouesso, un fervent supporteur de l’équipe nationale, a créé un groupe whatsapp, intitulé « Tous derrière le Congo », consacré à la promotion des atouts des différents acteurs qui composent la sélection congolaise. Dans cette plateforme le cas de chaque joueur est étudié avec beaucoup de sérieux et de rationalité. « Je pense que nous avons tous nos chances de nous qualifier. Il suffit que l’équipe soit mille fois déterminée. Le coach doit faire de bons choix car sa carrière est aussi mise en jeu. Nous, les supporteurs, endurons des moments difficiles. Tous les pros ne sont pas censés jouer, il y a des joueurs locaux qui sont plus engagés que certains attaquants qui se sont transformés en défenseurs de l’équipe adverse lors des précédents matchs », a lancé l’un des membres de ce groupe.

La prestation de l’équipe nationale lors de la dernière édition du Championnat d’Afrique des nations a permis à Nganongo Princia, une étudiante en deuxième année à l’Université Marien Ngouabi, de renouer avec l’équipe nationale après une longue période d’abandon causée par les multiples déceptions. Elle espère que ce match renforcera ses liens avec le football au niveau de l’équipe nationale. Pour elle, le Congo joue son va-tout et chaque citoyen devrait s’y impliquer afin de garantir la qualification. « Malgré les réalités que nous vivons, la fibre patriotique domine toujours nos émotions négatives. La présence des Joueurs comme Bifouma, Ndinga, Mafoumbi et des jeunes comme Makouta ou Mouandza rassure. Ils doivent savoir que nous avons besoin de cette qualification. Ceux qui ne sont pas aptes, le coach y compris, sont libres d’abdiquer, la société a des yeux sur eux », a –t-elle déclaré.

Un autre Congolais qui suit l’équipe du Congo depuis son enfance pense que le Cameroun est le porte bonheur aux Diables rouges du fait que le Congo a remporté son unique Can dans ce pays en 1972 et il est nécessaire que « les autorités bougent les lignes. Au cas d’un match nul, nous allons les prouver qu’ils sont des dignes représentants ».

Dans les localités éloignées de Brazzaville, les Congolais s’organisent en petits groupes pour aller suivre le match dans les grands centres urbains. C’est le cas de quelques jeunes du village Leboulou, dans le district de Kibangou, dans le Niari, qui souhaitent « célébrer la qualification du Congo avec les habitants des villages environnants ».

Si la majorité croit totalement à la qualification des Congolais, certains, cependant, émettent des doutes puisque selon eux le Congo gagne difficilement les matchs à l’extérieur et l’inefficacité des défenseurs congolais rendent dubitatifs certains supporteurs. « C’est quoi cette équipe qui ne marque pas ? Là nous avons besoin d’attaquants percutants et de défenseurs costauds. Le coach doit jouer pour gagner, s’il veut vraiment nous satisfaire », a indiqué un Brazzavillois.

Pour répondre à ces détracteurs, le sélectionneur de l’équipe nationale du Congo, Barthélemy Ngatsono, a reconnu l’enjeu du match tout en assurant qu’il prendra certaines dispositions au plan tactique pour que le Congo essaie de faire un bon résultat.

En tout cas, même sur les réseaux sociaux, les avis ne sont pas du tout similaires quant au résultat de ce match qui retient l’attention de tout un peuple. Le rendez-vous est pris pour ce 30 mars à 17h, heure de Brazzaville, au stade du 24 septembre de Bissau, entre ces deux équipes qui disputent la deuxième place du groupe. Ça passe ou ça casse.

Le Congo(8pts) est actuellement deuxième derrière le Sénégal (13 pts) suivi de la Guinée (6 pts) puis de l’Eswatini(1pts).

Avec Adiac-Congo par Rude Ngoma

Décès de Djibril Tamsir Niane : « Oui, nous sommes entrés dans l’Histoire »

mars 9, 2021
Djibril Tamsir Niane devant sa bibliothèque en construction, en janvier 2017, à Conakry.

Décédé ce lundi 8 mars à l’âge de 89 ans, l’historien et intellectuel Djibril Tamsir Niane était une figure des milieux universitaires d’Afrique de l’Ouest. Jeune Afrique l’avait rencontré en 2018. Il avait pour nous déroulé le fil de ses souvenirs, de l’enthousiasme des premières années de l’indépendance de son pays, la Guinée, à l’exil en passant par la prison sous Sékou Touré.

En avril 2018, lors de la clôture de la manifestation « Conakry, capitale mondiale du livre », Djibril Tamsir Niane avait inauguré, en présence du président Condé, la première bibliothèque privée du pays. Construite juste en face de sa villa de toujours, à Belle-Vue, dans le quartier de la Minière, elle porte son nom. Jeune Afrique l’avait rencontré quelques semaines plus tard. Nous republions aujourd’hui l’entretien qu’il nous avait accordé, alors que l’historien et dramaturge est décédé lundi 8 mars à Dakar, à l’âge de 89 ans.*

À lui seul, Djibril Tamsir Niane était la mémoire vivante de l’Afrique de l’Ouest. Aussi grand en taille et en notoriété qu’il était modeste et réservé, il faisait depuis longtemps partie des figures universitaires majeures de l’Afrique contemporaine, qu’il a d’ailleurs toutes côtoyées, tels le Sénégalais Cheikh Anta Diop, le Malien Amadou Hampâté Bâ ou le Burkinabè Joseph Ki-Zerbo, son ami, avec lequel il a codirigé la publication du volume IV de l’Histoire générale de l’Afrique, sous les auspices de l’Unesco.

Si l’on évoque régulièrement l’histoire du Mandé et, en particulier, celle de l’empire du Mali, qui domina la sous-région du XIIIe au XVIIe siècle, c’est en grande partie grâce à l’immense travail de recherche de Djibril Tamsir Niane, compilé dans son ouvrage le plus célèbre, Soundjata ou l’épopée mandingue.

Après un diplôme d’études supérieures en histoire médiévale à l’université de Bordeaux, Djibril Tamsir Niane a participé au tout début de l’ère Sékou Touré à la grande réforme de l’enseignement. Il a notamment contribué à mettre l’histoire de l’Afrique au cœur des manuels scolaires. Mais son intégrité et sa franchise conduiront à son arrestation, en 1961, alors qu’il était membre du bureau du syndicat des enseignants. Il sera détenu au célèbre camp Boiro avant de recouvrer la liberté, quelques années plus tard, pour enseigner de nouveau à l’Institut polytechnique de Conakry, puis, en 1972, sera contraint de s’exiler avec sa famille au Sénégal, où il devint un proche conseiller de Léopold Sédar Senghor.

Jeune Afrique : Quels souvenirs avez-vous des premiers jours de l’indépendance ?

Pr Djibril Tamsir Niane : Je me souviens d’abord de la visite du général de Gaulle à Conakry, le 25 août 1958. Il a été bien reçu par Sékou Touré. À l’époque, j’étais jeune, je venais de terminer ma licence et me destinais à la recherche.

NOUS PRÉFÉRONS LA LIBERTÉ DANS LA PAUVRETÉ À L’ESCLAVAGE DANS L’OPULENCE

Je me souviens que toute la ville de Conakry a été mobilisée pour acclamer de Gaulle. Pour nous, il était le sauveur de la France durant la Seconde Guerre mondiale. Oui, il a été vivement acclamé.

Mais les paroles des deux hommes ont donné un tout autre tour à cette visite. Le ton du discours de Sékou Touré fut fort et ferme : « Nous préférons la liberté dans la pauvreté à l’esclavage dans l’opulence. » Après que la foule l’eut applaudi et eut hurlé sa joie, de Gaulle prit la parole et répondit calmement que l’indépendance était à la disposition de la Guinée, qu’elle pouvait la prendre le 28 septembre en votant « non ». C’était net. C’était la rupture.

Le général de Gaulle à Conakry, le 25 août 1958.

Comme on le sait, la France a tout fait par la suite pour faire échouer le projet politique de Sékou Touré. Dès 1959, les difficultés entre les deux pays commencèrent. La Guinée s’est dressée, elle est entrée en révolution. Elle a traversé de grandes épreuves, et le pouvoir de Sékou Touré s’est raidi. Il s’est maintenu au pouvoir durant vingt-cinq ans, un pouvoir dictatorial, sanglant. On vivait sur le qui-vive en permanence. Et, dans le même temps, on était en face d’une France hostile, qui ne baissa officiellement les armes qu’en 1978, lorsque le président Giscard d’Estaing fit une visite à Conakry.

Quand la France s’est retirée, quelle a été l’atmosphère dans le pays ?

Au début, elle était formidable. Il y avait un grand enthousiasme. La Guinée était très agitée au temps de la lutte anticolonialiste, mais il n’y a pas eu d’actes de violence contre les Français résidant dans le pays. Après les élections, de Gaulle a demandé aux fonctionnaires français de rentrer en France. Cela a créé un vide, qui a été rapidement comblé : avec une grande joie, la Guinée a vu arriver des Russes, des Chinois, etc., des cadres venus d’ailleurs pour la soutenir et l’aider. C’était une nouvelle voie.

LES INTELLECTUELS AFRICAINS SONT VENUS SPONTANÉMENT EN GUINÉE ET ONT PRIS AVANTAGEUSEMENT LA RELÈVE DES PROFESSEURS FRANÇAIS

Y compris pour le milieu universitaire, dont vous faisiez partie ?

L’indépendance était soutenue par tous ceux qui voulaient l’émancipation de l’Afrique. Et la Guinée a connu un formidable élan de solidarité africaine pour sauver son enseignement, menacé par le départ des fonctionnaires français, expressément demandé par de Gaulle.

Les intellectuels africains sont venus spontanément en Guinée, et de nombreux enseignants, répondant à l’appel de Sékou Touré, sont arrivés du Sénégal, du Mali, du Niger, de Côte d’Ivoire, du Dahomey, de Haute-Volta, et ont pris avantageusement la relève des professeurs français. Parmi eux, le Voltaïque Joseph Ki-Zerbo, agrégé d’histoire, le Nigérien Abdou Moumouni, le Dahoméen Louis Behanzin, agrégé de mathématiques, Mame Ndiack Seck, professeur de sciences naturelles, etc.

SI L’ON REVENAIT DE FRANCE, ON ÉTAIT TOUT DE SUITE SUSPECT POUR LE RÉGIME

Ils ont sauvé le système éducatif en assurant la première réforme de l’enseignement. Après « nos ancêtres les Gaulois », on s’est enfin mis à enseigner l’histoire de l’Afrique. Idem du côté de la littérature. Au fil des ans, les relations avec la France se sont tendues.

Les Guinéens se sont donc tournés vers les pays de l’Est, qui leur accordaient des bourses. On allait à Pékin ou à Moscou bien plus facilement qu’en Europe. L’Ouest était presque devenu interdit. Si l’on revenait de France, on était tout de suite suspect pour le régime. Nous avons lentement perdu contact avec l’ancienne métropole, dont nous avons commencé à sentir de plus en plus le manque… Ce qui explique que lorsque le président Giscard est venu à Conakry, le 21 décembre 1978, les Guinéens lui ont offert un accueil extraordinaire. J’ai vu cela à la télévision, depuis Dakar.

Sékou Touré et son homologue français, Valéry Giscard d’Estaing, le 21 décembre 1978.

À l’époque, vous étiez en exil volontaire au Sénégal. Pourtant, vous avez été proche de Sékou Touré au début de sa présidence ?

Oui. C’était vraiment un tribun hors pair, toujours en première ligne pour le combat anticolonialiste. À l’époque, Conakry était une petite ville coquette. Tout le monde se connaissait. On y parlait beaucoup de politique. Il y avait alors plusieurs partis, et la Guinée était très politisée, grâce à Sékou Touré, qui avait donné une orientation marxiste à son parti, le Parti démocratique de Guinée [PDG].

ON ÉTAIT POUR OU CONTRE, ET QUAND ON ÉTAIT CONTRE, ON DEVENAIT UN ENNEMI

Le pouvoir était très centralisé, avec des sections bien formées, et le parti était une force incroyable.

Mais le PDG est rapidement devenu un parti unitaire, qui a englobé tout le monde. Et tout le monde obéissait au chef. On était pour ou contre, et quand on était contre, on devenait un ennemi. Le parti avait des slogans anti-impérialistes écrits sur des panneaux que l’on retrouvait partout – « À bas le capitalisme ! À bas le colonialisme ! » –, des slogans qui dénonçaient les ennemis intérieurs (qu’on appelait les « valets du colonialisme ») et que l’on criait avec force. En tant qu’historien, je peux dire que c’était comme sous la Terreur, en France, au temps où la Révo­lution faisait peur. Mais il fallait suivre. Même quand on n’y croyait plus, il fallait suivre.

Que s’est-il passé ?

Le désenchantement est venu rapidement. Tout le monde a applaudi quand, en 1960, la Guinée a créé le franc guinéen, une monnaie indépendante. Mais celle-ci dégringola rapidement. Or tout venait de l’extérieur (huile, sucre, farine, tomate…) et, comme nous n’avions pas l’expérience de devoir commander et gérer les ravitaillements, les ruptures de stock ont commencé, puis les pénuries, et le gouvernement a été contraint de réduire tous les salaires – des cheminots, enseignants, agents administratifs, etc. –, ce qui provoqua un grand émoi.

ON CRITIQUAIT LES SENGHOR, LES HOUPHOUËT, QU’ON DISAIT À DROITE

C’est là que les heurts ont commencé.

Et vous avez senti que le régime allait mal tourner ?

Au début, j’y croyais. Nous, les jeunes, nous étions tous à gauche et farouchement pour l’indépendance. On critiquait les Senghor, les Houphouët, qu’on disait à droite. Lorsque les étudiants de France venaient en vacances en Afrique, ils faisaient des conférences, tenant des discours révolutionnaires.

SÉKOU TOURÉ FERMA TOUTES LES ÉCOLES ET NOUS ACCUSA D’ÊTRE À LA SOLDE DE L’ÉTRANGER

Quand je suis rentré en Guinée, j’étais professeur d’histoire. Je devins proviseur du lycée technique, puis du lycée classique de Donka et, en 1961, je fus élu au bureau du syndicat des enseignants. Ce dernier s’éleva contre la diminution des salaires, qui était difficilement ressentie.

Au congrès de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée [CNTG], Sékou Touré dénonça les enseignants et créa un complot : les enseignants furent traduits devant la Haute Cour de justice et condamnés, les lycéens se soulevèrent. Sékou Touré ferma toutes les écoles et nous accusa d’être « à la solde de l’étranger ». Nous avons alors été enfermés au camp de la Garde républicaine, lequel deviendra plus tard le sinistre camp Boiro.

Qu’est-ce qu’a raté la France dans sa relation avec la Guinée et, plus généralement, avec l’Afrique ?

La France nous a profondément marqués. Elle a enseigné de grands principes (liberté, égalité, fraternité) et s’est battue pour ces principes. Or elle a conquis la Guinée et lui a imposé sa force, ainsi qu’à beaucoup d’autres pays. Moi j’étais français, né sénégalais – la citoyenneté française n’était pas donnée à tout le monde, elle ne revenait qu’aux seules quatre communes du Sénégal (Dakar, Gorée, Saint-Louis et Rufisque). Le premier mouvement des Africains était d’obtenir l’égalité avec les Français. On ne voulait plus du régime de l’indigénat, on n’aimait pas être appelés « indigènes », le terme était méprisant.

FINALEMENT, ON VOULAIT TOUS L’ÉGALITÉ, MAIS QUELLE ÉGALITÉ ?

Après le discours de De Gaulle à Brazzaville, en 1944, un vent de liberté a soufflé sur l’Afrique. L’empire français a senti qu’il fallait lâcher du lest. C’est alors que nous avons pris conscience de notre existence et que s’est enclenché le combat pour la libération du continent. Le débat s’était installé autour de l’union française, fraîchement créée par la France, mais de quoi s’agissait-il ? Fallait-il l’égalité entre Français et Africains dans une même nation ? Créer l’égalité entre la France et des entités africaines indépendantes ? Il y avait une dichotomie dans les luttes. Finalement, on voulait tous l’égalité, mais quelle égalité ?

Soixante ans plus tard, diriez-vous que la Guinée est pleinement indépendante ?

D’une manière générale, l’Afrique n’est pas indépendante car elle est encore sous-développée. On ne parle pas d’égal à égal avec les grandes puissances. Nous sommes indépendants en théorie, mais, en fait, nous dépendons étroitement de l’extérieur, de la France, de la Chine, de la Russie, des États-Unis. Nous n’avons ni agriculture ni industrie développée. Nous ne produisons rien, pas de voitures, pas de machines agricoles. Tout ou presque vient de l’extérieur, à commencer par la nourriture.

SI NOUS SOMMES ENCORE DÉPENDANTS DE L’EXTÉRIEUR EN 2018, C’EST LA FAUTE DES GUINÉENS, C’EST LA FAUTE DES AFRICAINS

L’Afrique est bien entrée dans l’Histoire, contrairement à ce qu’a dit Sarkozy. Mais le continent d’aujourd’hui doit se battre durement. Oui, nous avons une histoire et, oui, elle a été perturbée par la domination européenne, par l’esclavage et la colonisation. Mais si nous sommes encore dépendants de l’extérieur en 2018, c’est la faute des Guinéens, c’est la faute des Africains. Car cela fait soixante ans que nous sommes indépendants. Regardez le Vietnam, la Corée du Sud, les « Tigres d’Asie », eux sont vraiment indépendants.

Nos gouvernements successifs n’ont pas assumé leurs responsabilités. Le continent doit s’affranchir et se prendre en main. On n’arrive pas à maîtriser les structures nouvelles, la démocratie marche mal, on tente de créer une unité africaine alors que nous n’avons pas d’armée pour la défendre, ni de budget suffisant pour lui donner son autonomie. On attend toujours l’aide extérieure. Pour rassembler les Africains, l’Union africaine doit s’en donner les moyens.

Des moyens qui ne sont pas uniquement financiers, évidemment…

Nous parlons beaucoup d’économie et de développement. Or, en Europe, en Asie ou en Amérique, le développement est fondé sur l’enseignement et la recherche. Aux États-Unis, la plus grande fête est celle des universités, lors de la graduation, quand toute la famille et le pays entier applaudissent les jeunes lauréats.

En Afrique aujourd’hui, où est l’école ? Où est la recherche ? L’un des grands défauts du continent est de n’avoir pas compris cela et de ne pas donner à l’éducation – le pilier de toute nation – la place qui lui revient.

La bibliothèque que je viens d’ouvrir est consacrée à la recherche. Ma précédente bibliothèque avait été ravagée par un incendie en 2012 – plus de cinquante ans de travail partis en fumée. Heureusement, grâce au soutien du président Alpha Condé, elle a été restaurée et agrandie, ce qui va lui permettre d’accueillir plus de lecteurs ainsi que des chercheurs venant de l’extérieur. Elle reste l’une des rares bibliothèques et l’un des rares centres privés de lecture publique du pays.


Soundjata ou l’épopée mandingue

Ce récit épique retrace la vie de l’ancêtre du grand Manding et la genèse de cet empire du Mali, né en 1235 après la victoire de Soundjata sur le roi du Sosso (Soumahoro) à la bataille de Kirina. Il compile les travaux du mémoire de diplôme d’études supérieures de Djibril Tamsir Niane, pour lequel le médiéviste a collecté les récits et paroles des griots.

La première édition de Soundjata ou l’épopée mandingue, parue en 1960 chez Présence africaine, a eu un succès phénoménal. En réhabilitant l’oralité, la parole africaine, il a constitué un tournant dans l’approche de l’histoire du continent. « À la soutenance de mon diplôme, j’ai dit : “Il y a des gens qui utilisent la parole et sont des spécialistes. Il y a un enseignement moral, structuré, donné par les griots aux jeunes griots. L’Afrique a une histoire, et elle est enseignée par les griots.” Ce fut un grand tournant », explique l’historien.

Avec Jeune Afrique par François-Xavier Freland

(*) Cet article a été initialement publié le 2 octobre 2018. Nous le republions ce 9 mars, au lendemain de l’annonce du décès de Djibril Tamsir Niane. 

Vatican: Le pape accepte la démission du cardinal guinéen Robert Sarah

février 21, 2021
Cardinal Robert Sarah sur la place Saint Pierre le 4 mars 2013.

Le pape François a accepté la démission du cardinal guinéen ultra-conservateur Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, a annoncé samedi le Vatican.

Le cardinal Robert Sarah, qui avait présenté sa démission le 15 juin 2020 à l’occasion de ses 75 ans (âge officiel de la retraite au Vatican), s’était retrouvé mêlé à une polémique après la sortie en janvier 2020 d’un livre défendant avec force le célibat des prêtres, thème brûlant de l’Église, co-signé avec le pape émérite Benoît XVI.

La sortie en France de cet ouvrage intitulé Des profondeurs de nos coeurs, avec en couverture les photos de Benoît XVI et du cardinal Sarah, avait suscité de nombreuses interrogations sur le pape émérite, affaibli par son grand âge. Ce livre était apparu pour certains comme une immixtion dans le pontificat du pape François, et pour d’autres comme un coup de semonce provenant de la frange traditionaliste de l’Église.

Face à la polémique, Benoît XVI avait demandé que son nom soit retiré de la couverture du livre, ainsi que de l’introduction et de la conclusion co-signées. Mgr Sarah a réagi samedi à l’annonce du Vatican sur son compte Twitter : « Je suis entre les mains de Dieu. Le seul roc, c’est le Christ. Nous nous retrouverons très vite à Rome et ailleurs. 

Successeur

Nommé archevêque de Conakry en 1979 par Jean Paul II, à seulement 34 ans, Mgr Sarah avait été nommé cardinal en 2010 par Benoît XVI, puis à la tête de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements en 2014 par le pape François.

Le nom de son successeur n’a pas été annoncé dans l’immédiat. L’un de ses dernières décisions à la tête de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements a été de publier le 17 février les lignes directrices pour que les célébrations de Pâques 2021 se déroulent « de la manière la plus efficace possible pour nos communautés, tout en respectant le bien commun et la santé publique », alors que la pandémie du Covid-19 fait encore rage.

Le pape a également accepté samedi la démission du vicaire général pour la Cité du Vatican et président de la Fabrique de saint Pierre (qui gère les travaux d’entretien et de restauration au Vatican, notamment de la basilique Saint-Pierre), le cardinal Angelo Comastri, auquel succédera le franciscain Mauro Gametti, récemment nommé cardinal et Gardien général du couvent sacré de saint François à Assise.

Par Jeune Afrique avec AFP

Résurgence d’Ebola en pleine pandémie de Covid-19 : comment la Guinée compte faire face

février 16, 2021
Livraison de matériel logistique, le 16 février 2021, pour faire face à de nouveaux cas de fièvre hémorragique Ebola.

Plus de quatre ans après la fin de l’épidémie d’Ebola, la Guinée fait face à une nouvelle résurgence du virus, alors que les autorités affrontent plusieurs crises sanitaires au premier rang desquelles la pandémie de coronavirus.

Les autorités sanitaires guinéennes auront mis moins d’un mois, à compter du décès fin janvier de la première victime officielle, une infirmière inhumée le 1er février à Gouécké, pour déclarer la résurgence de la maladie. Lors de la dernière apparition d’Ebola en Guinée, en 2013, il s’était écoulé trois fois plus de temps avant que « les morts d’une maladie mystérieuse en Guinée forestière », comme le relayait alors la presse locale, ne soient réellement identifiés comme les victimes de la fièvre hémorragique. Entre temps, les échantillons avaient dû être acheminés aux instituts Pasteur de Dakar et de Lyon pour y être analysés. Cette fois, les tests ont eu lieu sur place.

L’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS), créée sur les cendres de la Coordination nationale de lutte contre Ebola et toujours pilotée par le docteur Sakoba Keïta, appuyé par le ministre de la Santé Rémy Lamah – déjà aux commandes lors de la première épidémie -, se sont rapidement réunis. Une mission mixte a dans la foulée été déployée à Nzérékoré, chef-lieu de la région du sud-est d’où est partie, comme en décembre 2013, la maladie.

Identifier la chaîne de contamination

Parmi les urgences : tenter d’établir la chaîne de contamination, alors que l’épidémie a déjà tué cinq personnes pour neuf cas identifiés au 16 février. L’infirmière de Gouécké pourrait-elle être le patient zéro ? Si cette première victime recensée a développé  des symptômes après l’hospitalisation de sa belle-mère, décédée courant janvier, cette dernière « a présenté une symptomatologie très pauvre, qui ne répond pas à 100 % à la définition de cas, explique le docteur Adama Kaba, directeur régional de la Santé de Nzérékoré, contacté par Jeune Afrique. « Aucune des femmes du village ayant procédé à la toilette funèbre de la vieille n’a développé la maladie, poursuit-il. En revanche, certaines personnes ayant participé aux funérailles de l’infirmière sont tombées malades. Pour le moment, et jusqu’à preuve contraire, l’infirmière est le patient zéro ».

De Gouécké où elle travaillait, cette dernière a été hospitalisée dans un établissement du centre-ville de Nzérékoré, puis à l’indigénat, où elle a rendu l’âme. Son corps a été ramené et inhumé à Gouécké. L’enjeu est désormais de recenser et suivre tous les cas contacts de ce trajet.

80 % DES CAS CONTACTS RÉSIDENT DANS LA SOUS-PRÉFECTURE DE GOUÉCKÉ

« Nous avons listé tous les cas contacts, une centaine, dont 80 % résident dans la sous-préfecture de Gouécké. Ils sont en train d’être suivis par les agents pour voir l’évolution de leur état de santé. Nous avons entamé la sensibilisation par l’intermédiaire des radios locales et fait appel à l’ANSS et aux autres partenaires qui sont en train d’arriver pour nous appuyer dans la riposte », poursuit le directeur régional de la Santé de Nzérékoré.

Regroupements proscrits, marchés fermés et vaccins attendus

Une série de mesures ont été annoncées. Dans un communiqué lu lundi soir sur les antennes des médias publics, le président Alpha Condé a interdit tout regroupement de plus de cinq personnes à Nzérékoré. Dans la sous-préfecture de Gouécké, les marchés seront par ailleurs fermés durant un mois. Parmi les autres dispositions, l’enterrement digne et sécurisé des cas suspects, probables ou confirmés, est désormais pris en charge par la Croix-Rouge ; des barrages de contrôle ont été mis en place, de même que des mesures de prise de température corporelle ; et les ménages isolés recevront des denrées alimentaires pour limiter les déplacements.

La riposte passera également par la vaccination, assurent les autorités. Alors qu’un vaccin expérimental existe notamment grâce à des recherches faites en Guinée, le stock constitué par la Guinée à la fin de la première épidémie, en 2016, s’est entretemps périmé. De nouvelles doses sont impatiemment attendues à Conakry, assure Georges Alfred Ki-Zerbo, le représentant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en Guinée. « Nous sommes en contact avec le bureau régional à Brazzaville et le siège à Genève pour sécuriser les vaccins qui pourront renforcer la riposte », précise-t-il, assurant que l’OMS est également pleinement mobilisée.  « Les premières dispositions ont été prises pour activer le système de gestion des urgences, dans le cadre du programme de l’OMS mis en place suite aux précédents épidémies d’Ebola en Afrique de l’Ouest », explique-t-il.

Plusieurs fronts sanitaires

Si la réactivité des autorités guinéennes dans la gestion du Covid-19 prouvent qu’elles ont appris de l’expérience de la première épidémie d’Ebola, il convient de rester prudent, prévient le représentant de l’OMS. « La Guinée fait face à une situation sanitaire très complexe. Ces nouveaux cas d’Ebola viennent s’ajouter au contexte du Covid-19, et alors la fièvre jaune sévit à Koundara, près de la frontière du Sénégal, et que des flambées de poliomyélite sont en train d’être contenues grâce à des campagnes de vaccination, rappelle Georges Alfred Ki-Zerbo. Les problèmes sanitaires sont nombreux et le système de santé reste fragile. Il faut tirer toutes les leçons et ne surtout pas oublier celle relatives à l’engagement communautaire dans les premiers foyers infectés : nous devons nous assurer que la perception des communautés, leur sensibilité et leurs approches de solution sont prises en compte ».

Une approche inclusive d’autant plus importante que, lors de la première épidémie d’Ebola, les populations s’étaient d’abord montrées réticentes à observer certains gestes barrières. Les toilettes funèbres, traditionnellement assurées en famille, avaient parfois perduré, malgré le danger.

Avec Jeune Afrique par Diawo Barry – à Conakry

Ebola : la Guinée annonce ses premiers décès depuis 2016

février 14, 2021
Le ministre guinéen de la Santé, Rémy Lamah, en décembre 2014.

Quatre personnes sont décédées de la fièvre hémorragique Ebola en Guinée, première résurgence signalée de la maladie en Afrique de l’Ouest, d’où était partie la pire épidémie de l’histoire du virus, entre 2013 et 2016.

« On est vraiment préoccupés, il y a déjà quatre décès de la fièvre hémorragique à virus Ebola dans la région de Nzérékoré (sud-est), dont deux à Nzérékoré même et deux dans la sous-préfecture de Gouéké », en Guinée forestière, a déclaré samedi le ministre de la Santé, Rémy Lamah.

« Il y a une infirmière de Gouéké qui est tombée malade vers la fin du mois de janvier. Elle est décédée entre le 27 et le 28 janvier et a été inhumée le 1er février à Gouéké », a pour sa part dit le patron de l’Agence nationale de la sécurité sanitaire (ANSS), le Dr Sakoba Keïta, cité par le site GuinéeMatin. « Parmi ceux qui ont participé à l’enterrement, huit personnes ont présenté des signes : diarrhées, vomissements et saignements. Trois d’entre eux sont décédés et quatre autres sont hospitalisés à Nzérékoré », a-t-il ajouté.

Selon lui, un patient s’était « échappé » mais a été retrouvé et a été hospitalisé à Conakry. Interrogé par l’AFP, le Dr Keïta a confirmé avoir tenu ces propos.

« Toutes les dispositions » ont été prises

Le patron de l’ANSS et le ministre de la Santé ont tous les deux indiqué que les prélèvements analysés par un laboratoire mis sur pied par l’Union européenne à Guéckédou, dans la région, avaient détecté la présence du virus Ebola. Les résultats d’analyses complémentaires étaient attendus très prochainement.

« Nous avons pris toutes les dispositions, une équipe d’alerte est sur place pour identifier les cas contact », a dit le ministre, Rémy Lamah, soulignant qu’il n’y avait « pas eu de résurgence depuis 2016 ». « Je suis inquiet en tant qu’humain, mais je reste serein car on a géré la première épidémie et la vaccination est possible. Il y aura une réunion de crise demain » dimanche, a-t-il ajouté.

De son côté, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a été « informée de deux cas possibles d’Ebola en Guinée-Conakry ». Un « dépistage de confirmation est en cours », a ajouté sur Twitter le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Provoquant une fièvre brutale, des maux de tête, des vomissements et diarrhées, le virus Ebola a été identifié pour la première fois en 1976 au Zaïre, l’actuelle RDC. Depuis, ce virus, pour lequel il existe deux vaccins expérimentaux mais aucun traitement curatif, a semé plusieurs fois la terreur en Afrique.

Partie en décembre 2013 de Guinée forestière, avant de se propager au Liberia et à la Sierra Leone voisins, l’épidémie en Afrique de l’Ouest s’était achevée en 2016 après avoir atteint 10 pays, dont l’Espagne et les États-Unis, provoquant plus de 11 300 morts pour quelque 28 600 cas recensés, à plus de 99% en Guinée (2 500 morts), au Liberia et en Sierra Leone.

Bilan sous-évalué 

Ce bilan, sous-évalué de l’aveu même de l’OMS, est sept fois supérieur en nombre de morts à celui cumulé de toutes les précédentes épidémies d’Ebola depuis 1976.

KINSHASA A ANNONCÉ LE 7 FÉVRIER UNE NOUVELLE « RÉSURGENCE » DE LA MALADIE DANS L’EST DU PAYS

La deuxième plus grave épidémie d’Ebola – mais la dixième enregistrée en RDC -, s’était déclarée en août 2018 dans l’Est du pays. Elle s’est officiellement achevée en juin 2020, avec un bilan de 3 481 cas et 2 299 décès, selon l’OMS.

La onzième épidémie en RDC, qui a causé la mort de 55 personnes sur 130 cas recensés dans la province de l’Equateur (nord-ouest), a été déclarée finie le 18 novembre dernier. Mais Kinshasa a annoncé le 7 février une nouvelle « résurgence » de la maladie dans l’Est du pays, où l’OMS a dépêché une équipe d’épidémiologistes et se prépare à une campagne de vaccination dans la zone touchée. Au 10 février, les autorités congolaises avaient enregistré le décès dû à cette nouvelle vague d’Ebola de deux agricultrices dans la province du Nord-Kivu.

Sur son site internet, l’OMS explique que « l’être humain s’infecte par contact soit avec des animaux infectés (en général en les dépeçant, en les cuisant ou en les mangeant), soit avec des liquides biologiques de personnes infectées ». « La plupart des cas surviennent à la suite de la transmission interhumaine qui se produit lorsque du sang, des liquides biologiques ou des sécrétions (selles, urine, salive, sperme) de sujets infectés pénètrent dans l’organisme d’une personne saine par l’intermédiaire d’une lésion cutanée ou des muqueuses », est-il ajouté.

Par Jeune Afrique avec AFP

Présidentielle en Guinée : la victoire d’Alpha Condé confirmée par la Cour constitutionnelle

novembre 7, 2020
Alpha Condé, lors d'un meeting de campagne à Conakry, le 16 octobre 2020, a été déclaré vainqueur de la présidentielle.

La victoire d’Alpha Condé à la présidentielle a été confirmée par la Cour constitutionnelle. Le président sortant, qui a remporté 59,50% des suffrages, entame son troisième mandat à la tête de la Guinée.

Après plusieurs jours d’attente, la victoire d’Alpha Condé à l’élection présidentielle du 18 octobre dès le premier tour a été confirmée ce samedi 7 novembre, aux alentours de 12h30 GMT par la Cour constitutionnelle. Selon les chiffre définitifs, il a remporté 59,50% des suffrages, contre 33,49% pour son rival, Cellou Dalein Diallo.

Les recours déposés par ce dernier et trois autres opposants devant la Cour, dimanche 1er novembre, n’auront donc pas inversé la tendance donnée le 24 octobre par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) chargée de publier les résultats provisoires. La commission avait en effet annoncé la victoire d’Alpha Condé avec 59,49 % des suffrages, et 33,5% pour son rival.

La Cour constitutionnelle a évalué à 79,51% le taux de participation dans le pays, un taux légèrement supérieur à celui dévoilé par la Ceni, qui était de 78,88%. C’est la première fois que cette Cour, créée en 2010, statue sur un contentieux électoral en Guinée.

Recours légaux épuisés pour l’UFDG

Cellou Dalein Diallo, candidat de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), a donc épuisé les recours juridiques possibles. Au lendemain du scrutin, l’ancien Premier ministre de Lansana Conté s’était autoproclamé vainqueur de l’élection, affirmant avoir obtenu 53,8 % des voix, avant même la publication des résultats provisoires par la Ceni. Un chiffre issu d’un décompte des procès-verbaux réalisé par ses équipes.

Des scènes de liesse avaient alors été observées dans plusieurs quartiers de Conakry et de plusieurs villes du pays, ses partisans célébrant cette victoire. Très vite, des heurts avaient éclaté entre manifestants et forces de l’ordre. Les violences qui avaient suivi le scrutin, qui a clos une campagne électorale particulièrement tendue, ont fait plusieurs dizaines de morts dans le pays.

Les urnes et la rue

Une partie de l’opposition avait fait le choix de boycotter cette présidentielle, jugeant que la candidature d’Alpha Condé à un troisième mandat était « illégale », et exprimant sa défiance envers la Ceni. Cellou Dalein Diallo, initialement tenant de la ligne du boycott, avait finalement décidé de rompre avec cette stratégie observée par son parti lors des législatives de mars dernier, à l’issue desquelles l’UFDG a perdu la totalité de ses sièges de députés, déclarant vouloir jouer la contestation au troisième mandat d’Alpha Condé à la fois dans les urnes et dans la rue.

Au lendemain de son autoproclamation, son domicile avait été encerclé par les forces de l’ordre, et le siège de son parti investi par les policiers. L’ensemble du dispositif sécuritaire avait toutefois été allégé le 28 octobre.

Avec Jeune Afrique par Diawo Barry et Marièeme Soumaré

Présidentielle en Guinée : Alpha Condé déclaré vainqueur dès le premier tour

octobre 24, 2020
Alpha Condé, lors d'un meeting de campagne le 10 octobre 2020 à Conakry.

Alpha Condé remporte la présidentielle avec 59,49 % des suffrages, devant Cellou Dalein Diallo, crédité de 33,5 % des voix, selon les résultats globaux provisoires rendus publics par la Commission électorale nationale indépendante.

Alpha Condé, le président sortant, a été élu dès le premier tour pour un troisième mandat. Un « coup KO » qui vient d’être annoncé à l’issue d’une semaine extrêmement tendue en Guinée.

Selon les résultats globaux provisoires délivrés samedi 24 octobre par Kabinet Cissé, le président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), Alpha Condé a remporté 59,49 % des suffrages exprimés, contre 33,5 % pour Cellou Dalein Diallo, son principal rival. Parmi les autres candidats, aucun n’a dépassé la barre fatidique des 5 %, seuil obligatoire pour obtenir le remboursement de sa caution.

Le taux de participation lors de la présidentielle du dimanche 18 octobre a été de 78,88%.

Si le scrutin s’est déroulé dans le calme et sans incident majeur, la tension est très rapidement montée dès le lendemain. Et tandis que la guerre des chiffres faisait rage entre les deux principaux candidats de cette présidentielle aux allures de duel entre Alpha Condé, 82 ans, et Cellou Dalein Diallo, 68 ans, des affrontements ont éclaté à Conakry et dans plusieurs villes du pays entre forces de l’ordre et manifestants de l’opposition.

Cellou Dalein Diallo revendique la victoire

Cellou Dalein Diallo a revendiqué la victoire le 19 octobre, avant la publication des résultats officiels de la présidentielle.

Les violences ont démarré dans l’après-midi du lundi 19 octobre, quelques heures après que Cellou Dalein Diallo a revendiqué la victoire lors d’une conférence de presse organisée au siège de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG). « Mes chers compatriotes, malgré les graves anomalies qui ont entaché le bon déroulement du scrutin du 18 octobre et au vu des résultats sortis des urnes, je sors victorieux de cette élection dès le premier tour », a-t-il lancé devant une foule de partisans.

Les scènes de liesse dans les quartiers de Conakry acquis à l’UFDG, ainsi que dans plusieurs villes du pays, ont rapidement cédé la place à des heurts entre jeunes militants et membres des forces de l’ordre.

Des conflits ont notamment éclaté dans les préfectures de Kissidougou et de Coyah « entre militants de l’UFDG et ceux d’autres formations politiques, notamment du RPG Arc-en-Ciel [au pouvoir]», a fait savoir le ministre de la Sécurité, Albert Damantang Camara, dans un communiqué évoquant également des « attaques ciblées à l’intérieur du pays, dans les quartiers de la haute banlieue de Conakry et contre les sièges des partis de la mouvance présidentielle et les domiciles des militants de ces partis ».

Au moins neuf personnes ont été tuées dans ces affrontements, selon un bilan délivré mercredi par le ministre de la Sécurité. L’UFDG, de son côté, dénombrait vendredi soir au moins 27 personnes tuées.

Alors que la flambée de violences continuait dans la capitale et à l’intérieur du pays, le général Bouréma Condé, ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, a annoncé que l’armée était désormais réquisitionnée pour maintenir l’ordre, les militaires étant déployés aux côtés de la police et de la gendarmerie, selon un communiqué lu à la télévision nationale jeudi soir.

Dans un message publié sur les réseaux sociaux, Alpha Condé a lancé un « appel à tous, au calme et à la sérénité en attendant l’issue du processus électoral en cours dans notre pays ». Il ajoutait alors : « Si la victoire me revient, je reste ouvert au dialogue et disponible pour travailler avec tous les Guinéens. »

La Ceni, qui vient de proclamer la victoire d’Alpha Condé dès le premier tour, avait commencé à rendre publics les résultats, circonscription par circonscription, à partir du 20 octobre au soir. Ces résultats, même partiels, indiquaient déjà clairement une tendance en faveur du président sortant, crédité d’une confortable avance dans les quatre préfectures dont les chiffres avaient été compilés, à savoir Matoto (49,13 %), Matam (51,39 %), Kaloum (51,87 %) et Boffa (56,69 %).

Bataille de chiffres

Des résultats contestés par l’Alliance nationale pour l’alternance démocratique (ANAD), qui soutient la candidature de Cellou Dalein Diallo, qui a publié son propre décompte des votes avant même que la Ceni ne délivre ses premiers chiffres. Selon ces résultats, Cellou Dalein Diallo aurait remporté la présidentielle avec 52 ,57 % des suffrages exprimés, tandis qu’Alpha Condé aurait recueilli 39,24 % des voix.

L’ANAD affirme avoir obtenu ces résultats en compilant des données collectées via un système de messagerie SMS, d’applications sur téléphone portable et par le biais d’un centre d’appel. Ce système aurait permis de collecter 84% des procès-verbaux ( 12 744 ).

Au terme d’une rencontre avec le corps diplomatique accrédité en Guinée, jeudi, le ministre guinéen des Affaires étrangères Mamadi Camara a critiqué ce procédé de compilation, évoquant « un logiciel tombé du ciel qui a la capacité d’avoir accès à tous les bureaux de vote dans les villages les plus reculés ». Jugeant le procédé « très grave et très dangereux », il a estimé que la démarche était « passible de poursuites judiciaires ».

Le gouvernement guinéen a menacé Cellou Dalein Diallo de « poursuites judiciaires » après que celui-ci a proclamé sa victoire. Mercredi soir, le domicile de l’opposant a été encerclé par des forces de l’ordre, et le siège de l’UFDG investi par des policiers. « Cette descente musclée des forces de défense et de sécurité dans nos locaux avait-elle pour objectif de détruire les preuves de la fraude massive organisée pour permettre le passage en force du troisième mandat ? » s’est notamment interrogé Cellou Dalein Diallo.

« Nous avons mis le paquet sur la sécurisation des suffrages exprimés en notre faveur, pour démontrer nos victoires volées en 2010 et 2015, a répondu la directrice de cabinet de Cellou Dalein Diallo, Nadia Nahman, lors d’une conférence de presse virtuelle organisée jeudi. Nous avons tous les résultats enregistrés dans des serveurs à l’étranger ».

Internet coupé

L’annonce des résultats donnant Alpha Condé vainqueur dès le premier tour de la présidentielle est intervenue alors qu’internet et les réseaux sociaux étaient extrêmement perturbés depuis la soirée de jeudi. L’ONG Netblocks a pour sa part mesuré que la connectivité de l’opérateur Orange, leader sur le marché guinéen, était à 9 % de son niveau habituel.

« Orange Guinée constate que son accès à l’internet mondial via le câble ACE a été coupé au niveau de la société Guilab, qui gère les accès du pays à ce câble, confirmait à Jeune Afrique un cadre d’Orange, le 23 octobre. La panne a été signalée à Guilab et Orange Guinée attend des éléments sur les délais de remise en service. »

Avec Jeune Afrique par Diawo Barry – à Conakry

Présidentielle en Guinée : entre bataille de chiffres et violences post-électorales

octobre 22, 2020
A Conakry, des violences ont éclaté entre les partisans de l’opposant Cellou Dalein Diallo et la police, le 21 octobre 2020.

Des violences ont été observées à Conakry et dans plusieurs régions du pays mercredi. La commission électorale pourrait diffuser les résultats complets du scrutin vendredi « au plus tard », tandis que l’opposant Cellou Dalein Diallo se déclare d’ores et déjà victorieux.

Le bras de fer se durcit entre Cellou Dalein Diallo et Alpha Condé. Après avoir proclamé la victoire de son candidat au lendemain du scrutin du 18 octobre, l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG, opposition) a annoncé, ce mercredi, la publication des résultats compilés par ses représentants.

Dans une stratégie prévisible, l’adversaire du président sortant a devancé la Commission électorale nationale indépendante (CENI), seule habilitée à diffuser les résultats du scrutin, proclamant dès lundi sa victoire à l’issue du premier tour, « malgré de graves anomalies » dans la tenue des opérations de vote.

La Ceni a, quant à elle, commencé à publier mardi soir des résultats partiels. Selon les chiffres qu’elle a publiés, le président sortant, Alpha Condé, arrive en tête dans les quatre préfectures dont les chiffres ont déjà été compilés, à savoir Matoto (49,13 %), Matam (51,39 %), Kaloum (51,87 %) et Boffa (56,69 %).

Des chiffres rejetés par le parti de Cellou Dalein Diallo, qui se base sur des résultats compilés par ses propres représentants, déployés dans l’ensemble des 15 000 bureaux de vote. « Et pourquoi pas, c’est une tradition en Guinée ! Alpha Condé avait fait la même chose en 2010 », justifie à JA le directeur de la communication de l’UFDG, Ousmane Gaoual.

« Nos délégués ont pris en photo ou saisi manuellement les résultats des procès-verbaux et les ont fait remonter, a-t-il par ailleurs expliqué lors d’une conférence de presse. C’est sur ces chiffres que nous nous sommes fondés pour annoncer notre victoire, qui ne souffre aucune contestation. »

« La seule région administrative qui a systématiquement refusé de nous remettre les procès-verbaux, c’est Kankan [fief du Rassemblement du peuple de Guinée, le parti d’Alpha Condé] », a-t-il néanmoins précisé, ajoutant que cela n’était pas de nature à remettre en cause la victoire de Cellou Dalein Diallo.

Résultats complets attendus vendredi

Une déclaration unilatérale, jugée « nulle et de nul effet » par la CENI. « Leurs résultats sont basés sur des chiffres envoyés par SMS, souligne le vice-président de l’institution, Bakary Mansaré. Nous ne pouvons pas les certifier. » Il rappelle que le travail de centralisation des résultats est effectué par la commission nationale de totalisation des votes, au sein de laquelle siègent notamment les commissaires de la CENI et un représentant de chaque candidat à l’élection présidentielle.

Selon lui, la commission électorale devrait publier dès ce mercredi soir des résultats concernant « au minimum » dix autres préfectures, sur les 38 que comptent le pays. « Le processus est rapide », assure Bakary Mansaré, qui ajoute que les résultats complets devrait être publiés « au plus tard vendredi ».

« La Ceni doit publier les procès-verbaux des résultats qu’elle annonce, insiste Ousmane Gaoual, afin de rassurer les Guinéens et la communauté internationale ».

Déployée dans 147 bureaux de vote sur l’ensemble du territoire, la mission d’observation électorale de l’Union africaine (UA) affirmait ce mardi que « malgré quelques dysfonctionnements, la clôture et le dépouillement du scrutin se sont déroulés de manière satisfaisante ».

Les 25 observateurs de l’UA ont toutefois relevé la « représentation inégale des candidats en lice » dans les bureaux de vote et souligné que certains membres des bureaux de vote n’avaient pas « scrupuleusement respecté les procédures de dépouillement telles que prévues par la loi ». La mission estime toutefois que le scrutin s’est globalement déroulé dans « la transparence, le calme et la sérénité ».

Violences

L’annonce des résultats partiels par la Ceni a toutefois été suivie d’une crispation du climat à Conakry, ainsi que dans plusieurs villes du pays, où des heurts entre manifestants et forces de l’ordre ont éclaté. L’UFDG estime à seize le nombre de personnes tuées mercredi à Conakry, dont deux membres des forces de l’ordre.

Dans un communiqué publié mercredi, le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) évoque une « situation chaotique ». Il dénonce la mort « par balles » de son coordinateur dans la capitale et annonce des « actions décisives » à venir.

Selon le ministre de la Sécurité, Albert Damantang Camara, des barricades ont été érigées dans plusieurs quartiers de Conakry dans la journée. Des tirs ont été entendus dans plusieurs quartiers de la ville.

Des heurts ont également éclaté dans les préfectures de Kissidougou et de Coyah « entre militants de l’UFDG et ceux d’autres formations politiques, notamment du RPG Arc-en-ciel », a fait savoir le ministre dans un communiqué. Il évoque également des « attaques ciblées à l’intérieur du pays, dans les quartiers de la haute banlieue de Conakry et contre les sièges des partis de la mouvance présidentielle et les domiciles des militants de ces partis. »

Le bilan est de dix morts sur l’ensemble du territoire selon le gouvernement, qui évoque une « stratégie du chaos orchestrée pour remettre en cause le scrutin » et lance un appel « au calme et à la retenue ».

Cellou Dalein Diallo a, quant à lui, affirmé être « séquestré » chez lui, en raison de la présence massive de forces de police devant son domicile. Un déploiement confirmé par Albert Damantang Caamara, qui a évoqué « des raisons de sécurité ». Le candidat de l’opposition a également accusé les forces de l’ordre de « tout détruire » dans ses bureaux, situés dans le quartier d’Hamdallaye.

Discret depuis le scrutin du 18 octobre, Alpha Condé s’est, lui, exprimé sur la situation dans un appel à la nation. « Je réitère mon appel, à tous, au calme et à la sérénité, en attendant l’issue du processus électoral en cours dans notre pays. Bien sûr qu’il y aura un vainqueur, mais, ce n’est pas pour autant que la démocratie sera menacée ou que la paix sociale devient impossible », a déclaré le président sortant.

Avec Jeune Afrique par Marième Soumaré

Présidentielle en Guinée : les électeurs appelés à trancher

octobre 18, 2020

Une file d'électeurs devant un bureau de vote du quartier Camayenne, proche banlieue de Conakry, le 18 octobre 2020.

Plus de cinq millions de Guinéens sont appelés dimanche à choisir leur président, dans un scrutin qui a tourné au duel entre Alpha Condé, candidat à un troisième mandat, et Cellou Dalein Diallo, son principal opposant.

Douze candidats et candidates sont en lice pour diriger la Guinée, pays de 12 à 13 millions d’habitants. L’issue devrait se jouer entre le sortant Alpha Condé, 82 ans, et son adversaire de longue date, Cellou Dalein Diallo, 68 ans.

Les deux hommes s’étaient affrontés en 2010, premières élections jugées démocratiques après des décennies de régimes autoritaires, puis en 2015. Alpha Condé l’avait emporté les deux fois.

Cette élection ouverte à 08H00 (heure locale), la première d’une série de cinq présidentielles en Afrique de l’Ouest avant fin 2020, se déroule dans un climat de crispation qui fait redouter des troubles.

Les Guinéens sont appelés aux urnes pour élire leur président, le 18 octobre 2020.

Promesses économiques

Alpha Condé, 4e président seulement qu’ait connu la Guinée indépendante (outre deux présidents par intérim), revendique d’avoir redressé un pays qu’il avait trouvé en ruines et d’avoir fait avancer les droits humains. Il promet d’en faire « la deuxième puissance (économique) africaine après le Nigeria ».

Cellou Dalein Diallo propose de « tourner la page cauchemardesque de 10 ans de mensonges », fustigeant répression policière, corruption, chômage des jeunes et pauvreté. Il dit le sortant incapable de continuer à gouverner à cause de son âge.

Le scrutin de 2020 n’échappe pas aux tensions des précédents. Pendant des mois, l’opposition s’est mobilisée contre la candidature d’Alpha Condé.

La contestation a été durement réprimée. Des dizaines de civils ont été tués.

Gouvernement et opposition se rejettent la responsabilité de ces morts.

Le nombre de mandats présidentiels est limité à deux. Mais pour Alpha Condé, la Constitution qu’il a fait adopter en mars pour, dit-il, moderniser le pays remet son compteur à zéro.

L’opposition a remis en cause la légitimité de cette Constitution. Après avoir défendu le principe du boycott, Cellou Dalein Diallo a décidé de participer à la présidentielle, faisant valoir que pour gouverner, il fallait passer par les urnes.

Les bureaux de vote guinéens ont ouvert à 8h00, heure locale.

Menée à coups de grands meetings fiévreux, la campagne a été émaillée d’invectives, d’incidents et d’obstructions, et de heurts qui ont fait plusieurs blessés entre militants.

L’importance des appartenances ethniques ajoute à la volatilité de la situation.

Le ministère de la Sécurité a prévenu vendredi qu’il était « interdit » à quiconque d’autre que les institutions « reconnues » de publier un résultat.

La publication d’un résultat national devrait prendre quelques jours au moins.Un éventuel second tour est programmé le 24 novembre.

Avec Jeune Afrique