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Présidentielle en Guinée : le RPG vote Alpha Condé

août 7, 2020

  Alpha Condé, lors de la convention du RPG, le 6 août 2020 à Conakry

Alpha Condé, lors de la convention du RPG, le 6 août 2020 à Conakry © Cellou Binani / AFP

 

Alors que son parti le pressait de se présenter une troisième fois lors de la présidentielle d’octobre, le président guinéen a préféré « prendre acte » et réserver sa réponse.

Ce devait être la fin du suspense. Mais finalement, Alpha Condé a réservé sa réponse. « Pour le moment je prends acte », a-t-il répondu aux cadres de son parti qui, à l’issue de deux journées de convention au Palais du Peuple, à Conakry, lui ont demandé d’être le candidat du Rassemblement pour la Guinée (RPG, au pouvoir).

Arrivé en début d’après-midi sous un tonnerre d’applaudissements, le président guinéen a pris place sur un siège installé face à la scène. Le cérémonial avait été scénarisé dans les moindres détails. Hadja Diakhagbè Camara, une militante du parti, a d’abord pris la parole pour présenter le « rapport final de la convention ». « Nous exprimons notre soutien indéfectible au président de la République », a-t-elle assuré, avant de lancer : « Nous vous choisissons comme l’unique candidat du RPG ! ».

« Pour le moment, je prends acte »

Dans la salle, c’est l’explosion. Alpha Condé, lui, reste serein. Hadja Nantou Chérif, coordinatrice nationale du RPG vient lui apporter le texte de la résolution finale en mains propres. Et l’interpelle, à nouveau, dans toutes les langues du pays : « Notre choix s’appelle Alpha Condé : accepte notre choix ! » Le chef de l’État se lève enfin, les bras levés, monte sur l’estrade, avec l’hymne national en fond sonore. Il adresse quelques remerciements aux partis alliés du RPG, au Premier ministre, aux militants « sans lesquels je ne serai pas à cette place ».

Mais bientôt, l’enthousiasme des militants se tempère. Dans son discours, Alpha Condé indexe, sans les nommer, les cadres de son parti. « Il faut que le RPG revienne à sa tradition de solidarité », lance-t-il devant ses partisans. « Les forces intermédiaires entre le peuple et moi ne jouent pas leur rôle », accuse-t-il ensuite, avant de poser une série de conditions.

« Si vous voulez que j’accepte votre proposition, il faudra faire en sorte que le RPG soit comme avant : un parti pour tous », déclare Alpha Condé. « Si vous voulez que je continue, faites en sorte que ceux qui se sont battus pour le parti vivent dignement ». « Pour le moment je prends acte », ajoute-t-il. « Si vous faites tout ce que je viens de dire, je vous donnerai ma réponse. »

« Aucune place pour un dauphin »

Les militants et cadres du RPG avaient pourtant fait les choses en grand, persuadés d’obtenir séance tenante une réponse positive de leur leader.

Dès l’ouverture du congrès, la ligne était toute tracée : « Cette convention se tient à un moment particulier, où le monde est confronté à la pandémie du Covid-19 et où les violences sont récurrentes. L’adversité est menaçante, mais je suis sûr que nous sortirons victorieux sous le leadership du président Alpha Condé », avait ainsi entonné mercredi le Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana, dans un discours où il dressait un bilan élogieux des deux mandats du président guinéen.

Le président de l’Assemblée nationale, Amadou Damaro Camara, ne faisait pas non plus mystère de l’issue espérée. « Le président sera investi, c’est une certitude. Le professeur Alpha Condé est le meilleur de nous tous. Il n’y avait aucune place pour un dauphin », assurait-il le même jour à Jeune Afrique.

Il leur faudra donc s’armer de patience. Alpha Condé a promis, à compter de demain matin, de recevoir les différentes délégations à tour de rôle : Guinée-Forestière, Haute-Guinée, Foutah et Basse-Guinée.

Avec Jeune Afrique par Diawo Barry et Fatoumata Diallo

Guinée – Kabinet Cissé, président de la Ceni : « Nous ne céderons pas aux pressions extérieures »

juillet 25, 2020

 Kabinet Cissé (au centre), après son élection à la présidence de la Commission électoral nationale indépendante de Guinée, le 26 mai 2020.

Kabinet Cissé (au centre), après son élection à la présidence de la Commission électoral nationale indépendante de Guinée, le 26 mai 2020. © DR / CENI Guinée

À quelques mois de la présidentielle, c’est lui qui a la charge d’organiser des « élections libres, transparentes et inclusives ». Kabinet Cissé, président de la Ceni, expose sa feuille de route et affiche sa volonté d’indépendance.

En acceptant la présidence de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), Kabinet Cissé savait qu’il prenait les rênes de l’une des institutions les plus difficiles à gérer à Conakry. Mais le nouveau président a vite pris ses marques. À peine investi, il a proposé à Alpha Condé la date du 18 octobre pour la tenue du scrutin. En attendant la validation du chef de l’État, il a d’ores et déjà fixé le chronogramme à suivre.

Le nouveau patron de la Ceni entend marquer une rupture avec ses prédécesseurs. Les querelles politiques ne sont pas ses affaires, confie-t-il à Jeune Afrique, exprimant son souhait de voir naître une réforme globale de la Commission, basée sur une « Ceni technique » où les commissaires désignés par les partis politiques seraient relégués à une fonction administrative.

Jeune Afrique : La Ceni a proposé la date du 18 octobre prochain pour la tenue des élections présidentielles. Ce calendrier est-il tenable, dans le contexte actuel ? 

Oui, cette date est tout à fait tenable, et nous y travaillons avec tous les commissaires de la Ceni. Par ailleurs, il est important de préciser qu’elle est indicative et n’est en aucun cas définitive. Conformément à la loi, il appartient au président de la République de l’entériner ou non.

Son mandat prenant fin entre le 20 et le 21 décembre prochain, il était de notre devoir de fixer une date « technique ». En effet, toujours selon la loi, l’élection présidentielle doit se tenir 60 jours au moins et 90 jours au plus avant l’expiration du mandat précédent. C’est ainsi que nous avons privilégié la date du 18 octobre.

Quoi qu’il en soit, la Ceni a déjà commencé à dérouler son chronogramme depuis le 20 juillet. L’objectif est d’assainir le fichier électoral pour favoriser une élection libre, transparente et inclusive.

Lors du double scrutin du 22 mars 2020, le chronogramme de la Ceni a longtemps divisé en son sein. Les commissaires issus de l’opposition l’ont maintes fois rejeté, ainsi que plusieurs organisations internationales. Allez-vous prendre en compte ces critiques ? 

Oui, la Ceni a connu quelques difficultés ces dernières années, mais nous ne céderons pas aux pressions extérieures et nous n’accorderons aucun crédit aux polémiques. Seul le respect de la loi nous importe.

La principale mission de la Commission est de régler la question relative aux 2,4 millions d’électeurs qui ont été écartés lors du double scrutin de mars car considérés comme « problématiques ». Certains ont prétendu que ces électeurs étaient fictifs, c’est faux. Ils existent, mais nombres d’entre eux ne possèdent pas de carte d’identité numérique ou n’ont pas participé à la dernière campagne de recensement.

La tâche qui nous incombe aujourd’hui est de régulariser la situation de ces citoyens pour les intégrer dans le processus électoral.

Le débat sur le fichier électoral est récurent. D’où vient réellement ce problème ?

Je pense que la difficulté fondamentale vient d’une mauvaise interprétation de la loi. Conformément au code électoral, un recensement ordinaire de 90 jours doit se tenir tous les ans. Celui-ci doit débuter entre le 1er octobre et le 31 décembre. Or cette règle n’a jamais été respectée. De facto, on se retrouve avec un fichier électoral non qualifié, qui n’est pas mis à jour, et, les années passant, des millions de Guinéens disparaissent des radars électoraux.

Comment va se dérouler cette campagne de recensement ?

Nous avons déployé 2 000 kits d’enrôlement sur tout le territoire et 2 000 équipes composées de cinq personnes chacune. Nous avons également mis à contribution les autorités locales, qui connaissent les citoyens de leurs circonscriptions. Une campagne de sensibilisation va venir renforcer le processus.

Cette campagne de révision exceptionnelle nous permettra d’enrôler en quinze jours les citoyens qui ne se sont jamais fait recenser, d’effacer les doublons à l’aide de la prise d’empreintes et de munir les électeurs d’une carte d’identité conforme à la législation actuelle.

Allez-vous  demander à nouveau une assistance technique à l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) ou à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao)?

Dans la phase où nous nous trouvons actuellement, nous n’avons pas besoin de ces organisations. Nous sommes dotés d’outils et de logiciels solides – développés par l’entreprise sud-coréenne Miru Systems et la société Innovatrices – qui nous permettent de mener ces opérations en toute autonomie.

Vous affirmez que tous les commissaires de la Ceni vous soutiennent pour mener à bien le scrutin à venir. Or, le 20 juin dernier, les commissaires issus de l’opposition ont publié un communiqué dans lequel ils remettent en cause le chronogramme que vous avez proposé. Que leur répondez-vous ?

J’ai constaté que lors de la discussion autour de la date du 18 octobre, un seul commissaire avait exprimé sa réserve. J’entends les revendications, mais il ne faut pas nécessairement avoir une lecture négative des critiques. Je considère qu’elles permettent aussi d’améliorer le processus. Une chose est sûre : aujourd’hui, le dialogue est bien instauré entre tous les commissaires. C’est ce qui m’importe.

Doit-on réformer la Ceni ?

À terme, une réforme apparaît nécessaire. Actuellement, la Commission est composée de commissaires issus de la mouvance et de l’opposition, ce qui permet d’équilibrer les points de vue. Mais je pense fondamentalement qu’il est dans l’intérêt de tous de mettre en place une Ceni constituée de techniciens. Il faut ainsi réduire le rôle des commissaires et limiter ces derniers à une gestion administrative. Cette réforme peut notamment permettre de balayer les critiques qui disent que la Commission est trop politisée.

Comment allez-vous faire pour retrouver la confiance de ceux qui reprochent à la Ceni d’être instrumentalisée par la majorité présidentielle ?

Il faut arrêter de faire de tels raccourcis ! La Ceni ne se résume pas aux commissaires nommés par les partis politiques. Dans son fonctionnement, la loi oblige que la présidence soit briguée par un membre de la société civile. C’est ainsi que j’ai été nommé, tout comme mes prédécesseurs. Depuis que j’ai pris mes fonctions, c’est cette démarche que je prône. Je suis à l’écoute de tous les camps, de leurs préoccupations, et j’encourage tout un chacun à s’exprimer.

L’opposition affirme qu’elle n’ira pas aux élections si Alpha Condé se présente à nouveau. Si ce scénario se vérifie, comment garantir le caractère inclusif de l’élection ? 

Il faut que les choses soient claires : la Ceni est une organisation apolitique. Les demandes de l’opposition ne nous concernent pas mais s’adressent à l’État et à la classe politique, notamment la mouvance présidentielle.

Si l’opposition pose des conditions qui doivent se régler dans d’autres instances, cela ne nous regarde pas. Oui, la Ceni souhaite des élections libres, transparentes et inclusives. La question relative à cette transparence est de notre prérogative. Le reste relève du domaine politique.

Avec Jeun Afrique par Fatoumata Diallo

Guinée: reprise des manifestations anti-Condé, heurts avec la police

juillet 20, 2020

Suspendue depuis des mois en raison de la pandémie de coronavirus, la contestation contre un éventuel troisième mandat du président guinéen Alpha Condé a repris, ce lundi 20 juillet, à Conakry et a été marquée par des heurts entre manifestants et forces de l’ordre. Le gouvernement guinéen a assuré que l’appel à manifester des opposants au chef de l’État n’avait «pratiquement pas été suivi».

En revanche, le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), qui mène la contestation, a «félicité» et «salué le courage des populations de Conakry et de ses alentours qui, malgré» la pluie «et une forte militarisation des villes, ont répondu à l’appel».

«Les forces de défense et de sécurité ont, à nouveau, réprimé les citoyens en faisant usage des armes de guerre», assure le FNDC, qui fait état d’un bilan «d’au moins 20 personnes blessées, dont cinq par balles et deux dans un état très critique».

Un jeune homme de 22 ans a été blessé par balle au visage dans le quartier de Hamdallaye à Conakry, ont affirmé à l’AFP un de ses proches et une source médicale. «Plusieurs dizaines d’arrestations ont également été enregistrées, dont un groupe de femmes à Lansanaya» près de la capitale, selon le FNDC.

Le ministère de la Sécurité et de la Protection civile a de son côté dénoncé «quelques groupes de loubards» qui se sont «livrés à des actes d’incivisme». Selon le ministère, un adjudant de police a été «grièvement blessé par jets de pierres». Mais «aucun cas de blessé civil en lien avec les échauffourées n’a été constaté», a-t-il indiqué dans un communiqué. Une forte pluie a contribué à l’arrêt des manifestations, selon un correspondant de l’AFP.

Une répression sanglante

Avec l’apparition de la pandémie de Covid-19, le FNDC, collectif de partis, syndicats et représentants de la société civile, avait suspendu les manifestations. L’organisation avait régulièrement appelé à manifester depuis octobre pour faire barrage à une nouvelle candidature du président Condé à la présidentielle prévue en octobre. Cette trêve a été levée lundi, bien que les rassemblements restent interdits en raison de l’état d’urgence sanitaire. Ce pays pauvre, régulièrement en proie à des manifestations et une répression sanglante, a officiellement enregistré quelque 6.500 cas de Covid-19 et 39 décès.

Le second mandat de M. Condé, 82 ans, arrive à échéance à la fin de l’année. L’opposition est convaincue qu’il briguera sa propre succession. Celle-ci a vainement tenté de s’opposer à une nouvelle Constitution soumise le 22 mars à référendum, et dénonce un subterfuge de M. Condé pour se représenter. Ancien opposant historique, devenu premier président démocratiquement élu après des décennies de régimes autoritaires, Alpha Condé entretient l’ambiguïté sur ses ambitions.

Par Le Figaro avec AFP

Guinée : Mory Kanté, le « griot électrique », est décédé

mai 22, 2020

Le chanteur Mory Kanté à Marrakech, en mai 2011.

Le chanteur Mory Kanté à Marrakech, en mai 2011. © Joel Jean-Pierre/AP/SIPA 

Le chanteur et musicien guinéen Mory Kanté, célèbre pour son tube « Yéké Yéké » dans les années 1980, est décédé vendredi à l’âge de 70 ans à l’hôpital sino-guinéen de Conakry.

Mory Kanté, surnommé le « griot électrique », a contribué à populariser la musique africaine et guinéenne à travers le monde. « Yéké Yéké », l’un des plus grands tubes de l’histoire de la musique africaine, sorti en 1987, s’est vendu à des millions d’exemplaires, et a atteint les sommets des hit-parades dans de nombreux pays. Mory Kanté s’est éteint « vers 9h45 ce matin à l’hôpital sino-guinéen » dans la capitale guinéenne, a annoncé son fils, Balla Kanté.

« Il souffrait de maladies chroniques et voyageait souvent en France pour des soins, mais avec le coronavirus ce n’était plus possible », a-t-il ajouté. On a vu son état se dégrader rapidement, mais j’étais surpris quand même car il avait déjà traversé des moments bien pires ».

Né dans une célèbre famille de griots, ces poètes, conteurs, musiciens dépositaires de la culture orale en Afrique, Mory Kanté fut l’un des premiers musiciens, avec le Malien Salif Keïta, à diffuser la musique mandingue loin de ses frontières. Mory Kanté, qui a passé une grande partie de sa jeunesse au Mali voisin de la Guinée, y intégra, au début des années 1970, le fameux Rail Band de Bamako, dont Salif Keïta était le chanteur.

« Un héritage immense »

Après avoir quitté le Rail Band, il révolutionna la musique ouest-africaine dans les années 1980 en électrifiant son instrument et en ouvrant les musiques traditionnelles mandingues villageoises aux beats électroniques et aux grooves plus urbains. Le concept de « World Music » était alors encore balbutiant.

Avec « Yéké Yéké », ce maître de l’instrument traditionnel à cordes qu’est la kora, doté aussi d’une puissante voix de tête, a accédé à la gloire internationale et amené la musique mandingue sur les pistes de danse. L’album « Akwaba Beach », dans lequel figure cette chanson, fut l’une des plus grosses ventes mondiales des musiques d’Afrique noire.

Dans les années 2000, après un certain désamour d’un public lassé, il s’était un temps orienté vers une musique plus acoustique, au sein d’un orchestre où prédominaient les cordes.

Au début des années 2010, dans « la Guinéenne », son premier disque depuis huit ans, enregistré au pays, il choisissait la formule du grand orchestre, celle de l’âge d’or de la musique ouest-africaine dans les années post-indépendances, avec une suite de mélodies mandingues entonnées sur des grooves occidentaux, aux accents funk, reggae, zouk.

La culture africaine est en deuil

Mory Kanté, qui fut ambassadeur de bonne volonté de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation (FAO) et chanta au profit de la lutte contre la fièvre Ebola, qui frappa durement la Guinée entre 2013 et 2016, était une personnalité incontournable dans son pays.

« La culture africaine est en deuil, a tweeté le président Alpha Condé, Merci l’artiste. Un parcours exceptionnel. Exemplaire. Une fierté ».

« Il laisse un héritage immense pour la culture, trop vaste pour qu’on puisse tout citer », a dit son fils. « Il a aussi beaucoup fait pour la culture dans son pays en construisant des studios, des structures culturelles. Mais surtout, il a valorisé la musique guinéenne et africaine en la faisant connaître à travers le monde », a-t-il ajouté.

Par Jeune Afrique avec AFP

Guinée : Amadou Salif Kébé, le président de la Ceni, emporté par le coronavirus

avril 17, 2020

Me Salif Kébé, président de la Ceni de Guinée Conakry, le 30 janvier 2018.

Me Salif Kébé, président de la Ceni de Guinée Conakry, le 30 janvier 2018. © Diawo Barry pour JA

 

À la tête de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) depuis juillet 2018, l’avocat Amadou Salif Kébé avait notamment supervisé le double scrutin du 22 mars dernier.

Le président de la Commission électorale et indépendante guinéenne (Ceni), Me Amadou Salif Kebé, est décédé ce vendredi 17 avril à l’hôpital de Donka, à Conakry, des suites du Covid-19.

Confiné chez lui depuis une dizaine de jours, il avait été admis le 14 avril au CHU de Donka, un établissement en première ligne dans la lutte contre la pandémie, à la suite d’une dégradation de son état de santé, aggravé par le diabète. Selon une source proche de la mouvance présidentielle, Amadou Salif Kebé aurait été contaminé par des observateurs de la société civile africaine venus en Guinée pour superviser le double scrutin électoral du 22 mars dernier. L’un d’entre eux est toujours hospitalisé.

Le président de la Ceni est la troisième victime du Covid-19 en Guinée, qui compte 438 cas confirmés, dont 49 guérisons, au 17 avril.

Un homme déterminé

Ancien avocat, Amadou Salif Kebé avait été porté à la tête de l’institution par 18 commissaires sur 19 à la suite d’une motion de défiance déclenchée contre son prédécesseur, Bakary Fofana. Depuis, il avait la lourde tâche d’assainir le fichier électoral guinéen et de conduire le double scrutin boycotté par une partie de l’opposition. « Mon équipe et moi faisons du mieux que nous pouvons afin que les élections soient de qualité », avait-il affirmé à Jeune Afrique en février 2018.

Souvent décrié par les détracteurs du pouvoir, le patron de la Ceni n’a jamais flanché et s’est toujours dit « serein », ne cessant de défendre l’institution qu’il a présidée durant un an et demi.

Sa dernière apparition publique date du 2 avril, lorsqu’il a annoncé les résultats provisoires des élections législatives et du référendum constitutionnel.

Avec Jeuneafrique par Fatoumata Diallo

Guinée : Alpha Condé annonce le report des législatives et du référendum constitutionnel

février 28, 2020

Alpha Condé, au palais présidentiel en octobre 2016.

Alpha Condé, au palais présidentiel en octobre 2016. © Vincent Fournier pour Jeune Afrique

 

Le président guinéen Alpha Condé a annoncé ce soir le report du double scrutin – les législatives et le référendum constitutionnel – qui devait se tenir ce dimanche. « Ce n’est ni une capitulation, ni une reculade », a-t-il affirmé lors d’un discours retransmis par la télévision nationale.

« La Guinée a été depuis 1958 le champion du panafricanisme. Nous savons les sacrifices que notre pays a consenti pour soutenir les mouvements de libération. (…) C’est par responsabilité nationale et sous-régionale que nous avons accepté un report léger de la date des élections ». C’est par ces mots que le président guinéen Alpha Condé a annoncé ce vendredi soir le report du double scrutin qui devait se tenir le 1er mars.

Les électeurs étaient appelés aux urnes pour des élections législatives couplées à un référendum sur une nouvelle Constitution, dans un contexte de tensions croissantes entre le pouvoir et l’opposition, dont les principales composantes appelaient au boycott du double scrutin.

« Ce n’est ni une capitulation ni une reculade », a insisté Alpha Condé, qui a par ailleurs précisé que le double scrutin serait reporté de « deux semaines », précisant que la Cour constitutionnelle sera consultée pour valider cette décision. « Je sais que beaucoup d’entre vous seront mécontents, déçus et révoltés. Mais la Guinée, qui était la patrie du panafricanisme, peut-elle s’isoler de ses frères? Nous disons non ! », a ajouté le président guinéen.

« Je persiste encore, et c’est important : ne seront concernés (par le scrutin à venir) que les partis qui sont déjà en compétition, c’est à dire qui sont en règle devant la Ceni, les partis déjà engagés dans la compétition électorale », a précisé le président guinéen.

L’annonce d’Alpha Condé intervient dans un contexte où plusieurs organisations internationales ont émis des doutes sur la possibilité d’organiser le scrutin dans de bonnes conditions. Ces derniers jours, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), la Communauté économique des Etats de l’AFrique de l’Ouest (Cedeao) et l’Union africaine (UA) ont ainsi annoncé leur décision de ne pas déployer de mission d’observation lors de ces élections.

Avec Jeuneafrique par Diawo Barry – à Conakry

 

Guinée : à une semaine du scrutin, l’OIF retire son soutien au processus électoral

février 24, 2020

Un électeur dans un bureau de vote de Conakry, en 2015 (archives).

Un électeur dans un bureau de vote de Conakry, en 2015 (archives). © Youssouf Bah/AP/SIPA

 

L’organisation internationale de la Francophonie (OIF) a fait savoir lundi qu’elle ne pouvait plus « soutenir le processus électoral » du 1er mars en l’absence d’un consensus national sur le nombre d’électeurs.

La Francophonie aura attendu le dernier moment pour exprimer ses réserves vis-à-vis du processus électoral. Les Guinéens sont en effet invités à voter à la fin de la semaine, dimanche 1er mars, lors d’un double scrutin :  les législatives et le référendum constitutionnel.

La secrétaire générale de la Francophonie Louise Mushikiwabo avait envoyé à Conakry une mission d’assistance du 10 novembre 2019 au 7 février afin de procéder à la révision des listes électorales, sur demande de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). En l’absence de révisions du fichier, l’OIF refuse désormais de soutenir le processus électoral dans son ensemble.

Ce lundi, l’organisation a fait savoir par voie de communiqué ses réserves vis-à-vis du fichier électoral, audité en 2018 par l’OIF, les Nations unies et l’Union européenne. « Il est important de rappeler que le fichier électoral de 2015 comportait 2.490.664 électeurs problématiques qui continuent malgré tout de figurer dans la base de données actuelle », relève l’organisation dans son communiqué. « Au total, il s’avère que 98% de ces 2.490.664 électeurs ne disposent pas de documents permettant leur identification », ajoute le texte.

Communiqué prudent

Prudente, l’organisation indique toutefois que son rôle ne « consistait nullement en une quelconque validation ou invalidation du fichier électoral guinéen ». « Ce n’est pas notre rôle de dire ce que la Guinée doit faire ou ne pas faire », détaille une source de Jeune Afrique au sein de l’organisation. « Nous disons que c’est difficile de continuer à soutenir le processus électoral en Guinée au vu de la confusion qui l’entoure. C’est problématique qu’on ait encore plus de deux millions d’électeurs pas identifiables ou décédés sur les listes. »

Une position de l’OIF que le vice-président de la Ceni, déjà fragilisée par des divisions internes, refuse de voir comme un désaveu. « L’OIF avait uniquement une mission d’assistance technique. Elle n’a pas à soutenir ou non notre processus électoral », tacle Bakary Mankaré, nommé par la mouvance présidentielle.

Il soutient d’ailleurs que 77% des recommandations de l’audit de 2018 ont été mises en œuvre. « Nous allons tirer les enseignements du rapport de mission de l’OIF », fait-il toutefois savoir, annonçant une « remise officielle » des conclusions de l’OIF le 16 mars prochain, soit deux semaines après le scrutin.

Cela fait pourtant des mois que l’envoyé spécial de Louise Mushikiwabo en Guinée, l’ancien ministre malien des Affaires Étrangères Tieman Coulibaly, effectue de nombreuses visites à Conakry dans le cadre de cette mission.

Nommé par la Secrétaire générale le 28 septembre 2019, il a, à plusieurs reprises, rencontré le président Alpha Condé, mais également Salif Kébé, les représentants de l’UE et de la Cedeao, ainsi que Fodé Oussou Fofana, le vice-président de l’UFDG, de l’opposant Cellou Dalein Diallo. « Nous exhortons toutes les parties à s’entendre sur un consensus », fait savoir l’OIF, à six jours du scrutin.

Avec Jeuneafrique par Marième Soumaré

Guinée: un adolescent tué lors de heurts avec la police

février 13, 2020

 

Un adolescent de 15 ans a été tué par balle jeudi à Conakry lors de heurts avec les forces de l’ordre, où l’opposition guinéenne manifeste depuis quatre mois contre un éventuel troisième mandat du président Alpha Condé, ont indiqué des proches et l’opposition. La mort d’Idrissa Barry, un collégien de 15 ans, porte à 29 au moins le nombre de manifestants tués depuis le début à la mi-octobre de cette vague de protestation, qui a également coûté la vie à un gendarme, selon un décompte de l’AFP.

Le Front national pour la Défense de la Constitution (FNDC), collectif de partis d’opposition, de syndicats et de membres de la société civile, a dénoncé dans un communiqué la «répression sauvage des forces de défense et de sécurité qui ont tué par balle» le jeune homme et «fait plusieurs blessés, dont un par balle». «Mon frère est décédé des suites d’une blessure par balle dans la poitrine, tiré par un agent des forces de l’ordre qui l’a directement visé», a déclaré un de ses proches, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat. «Nous, ça nous amusait de donner du travail aux forces de l’ordre puisqu’on érigeait les barricades et qu’on fuyait dans les ruelles du quartier, sans imaginer qu’un d’eux allait tirer sur nous», a expliqué un autre proche.

Interrogé par l’AFP, un responsable de la police a indiqué ne pas être en mesure de confirmer l’information.

Le FNDC avait lancé un appel à manifester mercredi et jeudi, après quelques semaines de trêve. L’opposition guinéenne organise depuis la mi-octobre des manifestations, parfois durement réprimées, pour faire barrage au projet qu’elle prête au chef de l’Etat de briguer un troisième mandat à la fin de l’année, alors que la Constitution en limite le nombre à deux. Un projet de nouvelle Constitution, soumis à référendum le 1er mars, en même temps que des élections législatives, maintient cette limite. Mais l’opposition soupçonne que son adoption servirait à M. Condé, 81 ans, de prétexte pour remettre son compteur présidentiel à zéro. Alpha Condé a laissé lundi la porte ouverte à une nouvelle candidature, affirmant que c’est son parti «qui décidera». Il a aussi défendu le référendum, jugeant qu’il n’y a «rien de plus démocratique».

Par Le Figaro avec AFP

Guinée : les législatives et le référendum constitutionnel seront couplés

février 5, 2020

Alpha Condé, le président guinéen, au palais présidentiel à Conakry en octobre 2016.

Alpha Condé, le président guinéen, au palais présidentiel à Conakry en octobre 2016. © Vincent Fournier/JA

 

Le référendum constitutionnel se tiendra le 1er mars, et sera couplé avec les législatives. L’annonce a été faite par un communiqué de la présidence guinéenne lu sur les médias nationaux mardi soir.

« J’ai signé le décret convoquant le corps électorale pour le couplage des élections législatives ainsi que le référendum pour la nouvelle Constitution en Guinée pour le 1er mars 2020 ». En un tweet, le président guinéen a confirmé ce à quoi beaucoup s’attendaient, depuis l’annonce du report au 1er mars des législatives initialement prévues le 16 février.

Le décret, signé de la main d’Alpha Condé, a été lu mardi soir sur les antennes de la RTG, la télévision nationale.

Dans une ordonnance prise le 29 janvier dernier, le président guinéen avait fixé les règles de ce scrutin référendaire, sans pour autant préciser la date de sa tenue. Pour être adopté, le texte soumis aux Guinéens devra recueillir plus de 50 % des suffrages exprimés.

L’opposition vent debout contre le couplage

« Le corps électoral est convoqué au moins quinze jours francs avant la date du scrutin par décret du président de la République, sur proposition de la Ceni [Commission électorale nationale indépendante, NDLR] », stipulait l’ordonnance, qui précisait notamment que, pendant la campagne référendaire, « les médias publics sont tenus de présenter les divers points de vues relatifs au projet soumis à référendum de manière équilibrée ».

Le jour du vote, outre les bulletins portant le nom des candidats aux législatives, les électeurs guinéens auront donc le choix entre deux autres bulletins : l’un blanc, pour le Oui à la réforme constitutionnelle, l’autre, rouge, pour le non.

L’opposition, réunie au sein du Front national pour la défense de la Constitution, qui organise depuis des semaines des manifestations contre la réforme constitutionnelle, a d’ores et déjà annoncé son refus de participer aux législatives. Après l’annonce de ce mardi, Abdoulaye Oumou, porte-parole du FNDC, a qualifié ce couplage des deux scrutins de « coup d’État institutionnel » et promis de le « combattre ».

« L’opposition n’a pas le droit d’interdire au président de la République de consulter les Guinéens. Au contraire, elle devrait se féliciter de l’organisation de ce référendum car la Constitution actuellement en vigueur a été écrite par un collège qui ne représentait pas le peuple de Guinée », insistait pour sa part Amadou Damara Camara, président du groupe parlementaire RPG arc-en-ciel (mouvance présidentielle), interrogé le 31 janvier dernier par Jeune Afrique.

Le texte du projet de nouvelle Constitution, rendu public le 19 décembre dernier, après avoir obtenu l’avis favorable de la Cour constitutionnelle et du président de l’Assemblée nationale, comporte 161 articles sur 45 pages. Il fait notamment passer le mandat présidentiel de cinq à six ans, « renouvelable une fois ». Il prévoit en outre que, si le Premier ministre n’est responsable que devant le président de la République, qui le nomme et le démet à sa discrétion, il pourra être contraint à la démission par l’Assemblée nationale si les trois quarts des députés le jugent nécessaire.

Par Jeuneafrique.com

Guinée: trois morts après une manif anti-Condé

novembre 15, 2019

 

Trois Guinéens ont été tués par balle lors des heurts survenus jeudi à Conakry après la dispersion par les forces de sécurité d’une nouvelle manifestation d’opposants au président Alpha Condé, selon un bilan mis à jour vendredi auprès de l’opposition et de l’hôpital.

Ces décès portent à au moins 20 le nombre de civils tués depuis le début, le 14 octobre, d’une mobilisation contre un éventuel troisième mandat du président Condé. Un gendarme a également été tué. Les Guinéens sont à nouveau descendus en masse jeudi dans les rues de la capitale à l’appel du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), qui mène la contestation. Des violences ont éclaté sur le trajet de la marche, puis se sont étendues à plusieurs quartiers.

Alpha Souleymane Diallo, 16 ans, Abdouramane Diallo, 19 ans, et Amadou Oury Barry, 32 ans, ont été tués par les forces de sécurité au cours «d’expéditions punitives» et «en dehors de toute manifestation», a rapporté le FNDC sur les réseaux sociaux. Au moins 66 personnes ont été blessées, dont 26 par des balles tirées par les policiers ou les gendarmes, a dit à l’AFP Abdoulaye Oumou Sow, un responsable de ce collectif de partis d’opposition, de syndicats et de membres de la société civile. Amadou Oury Barry a été touché par balle «alors qu’il était enfermé dans une boutique», a dit un proche de la famille. Les trois décès ont été confirmés par une source médicale à l’hôpital de l’Amitié sino-guinéenne. Aucun commentaire n’a été obtenu auprès des autorités qui n’ont fait état jusqu’alors que d’un mort.

La Guinée, coutumière des protestations et des répressions brutales, est en proie à l’agitation depuis que le FNDC a appelé à faire barrage au projet prêté à Alpha Condé, élu en 2010 et réélu en 2015, de briguer sa propre succession en 2020 et de réviser dans ce but la Constitution, qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels. La veille de la manifestation de jeudi, les forces de sécurité avaient fait l’objet d’un rapport accusateur d’Amnesty International. Il dénonce l’usage excessif de la force, les interdictions de manifestations pacifiques, les arrestations «massives» et «arbitraires», les cas de torture et l’impunité des gendarmes et policiers. Le gouvernement s’est défendu contre un rapport ignorant selon lui ses efforts.

A 81 ans, Alpha Condé, ancien opposant historique qui fut le premier président démocratiquement élu après des décennies de régimes autoritaires et militaires, entretient le flou sur ses intentions, mais a lancé en septembre des consultations sur la Constitution.

Par Le Figaro.fr avec AFP