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Mali, Burkina, Guinée : la Cédéao se penche sur les sanctions

juillet 3, 2022

Les dirigeants ouest-africains se réunissent ce dimanche 3 juillet au Ghana pour réexaminer leur plan d’action face aux juntes arrivées au pouvoir par la force au Mali, en Guinée et au Burkina Faso.

Assimi Goïta, ici lors d’une réunion de la Cedeao, à Accra, le 15 septembre 2020. © REUTERS/Francis Kokoroko

Levée, maintien ou durcissement des sanctions ? Les leaders des pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), réunis ce dimanche à Accra, doivent notamment se prononcer sur le Mali, qui subit depuis le 9 janvier de sévères mesures de rétorsion commerciales et financières et qui a accepté récemment des prérequis indispensables à leur levée.

« Le Mali a fait d’énormes progrès »

La décision sur la levée de l’embargo sur les transactions commerciales et financières est très attendue au Mali, où les négociations entre la junte et la Cedeao durent depuis des mois. Le médiateur Goodluck Jonathan, ancien président du Nigeria, est venu la semaine dernière à Bamako. Si rien n’a officiellement filtré des échanges, un membre de son entourage a indiqué à l’AFP que « le Mali a fait d’énormes progrès ».

Les autorités ont annoncé mercredi un calendrier électoral fixant la présidentielle à février 2024, le référendum constitutionnel à mars 2023, et les législatives entre octobre et novembre 2023. Il vient compléter l’adoption, le 17 juin, d’une nouvelle loi électorale et la mise en place d’une commission chargée de rédiger la nouvelle Constitution.

Un potentiel point de blocage dans les négociations peut néanmoins subsister avec la porte désormais ouverte, par la nouvelle loi électorale, d’une candidature d’un militaire à une élection présidentielle. Les « actes qui ont été posés ces jours-ci vont dans le sens d’une levée de ces sanctions », a estimé vendredi soir le chef de la diplomatie malienne, Abdoulaye Diop.

La Guinée veut rassurer

Le Burkina Faso et la Guinée seront également au centre des attentions. Les deux pays ne sont pour l’heure que suspendus des organes de la Cedeao. Mais les juntes en place entendent y rester trois ans et exposent leur pays à un durcissement des sanctions.

La Guinée a mené cette semaine une intense campagne diplomatique pour apaiser les dirigeants ouest-africains et éviter de nouvelles sanctions. Les autorités guinéennes avaient suscité l’ire de ses voisins en actant une durée de transition de 36 mois. Un délai qualifié d’« impensable » par le chef de l’État sénégalais Macky Sall, président en exercice de l’Union africaine. « La Cedeao va devoir prendre des mesures », avait-il dit.

Le Premier ministre de transition, Mohamed Béavogui, a reçu samedi le représentant spécial des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, Mahamat Saleh Annadif. Le message de la Guinée est de rassurer « les frères de la Cedeao » sur l’engagement du pays à mener une transition apaisée et inclusive, a souligné le gouvernement.

Lundi, le gouvernement a aussi reçu les principales formations politiques en vue d’engager un dialogue. Plusieurs mouvements politiques ont conditionné leur participation à la nomination d’un médiateur ouest-africain. « Il nous apparaît fondamental que la Cedeao intervienne pour présider le dialogue et favoriser ainsi le retour à l’ordre constitutionnel en Guinée », a déclaré vendredi le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC).

« Sur la voie du compromis » au Burkina

Au Burkina Faso, la Cedeao a nommé l’ex-président nigérien Mahamadou Issoufou comme médiateur. « Nous sommes sur la voie du compromis » avec ce pays, a dit à l’AFP un diplomate de la sous-région. En visite samedi à Ouagadougou, Mahamadou Issoufou a salué « l’ouverture au dialogue » des militaires et dit avoir « échangé sur le chronogramme de la transition » présenté mercredi aux leaders politiques.

Les autorités burkinabè prévoient les dates du 24 décembre 2024 pour un référendum constitutionnel et du 25 février 2025 pour la tenue d’élections législatives et présidentielle.

Vendredi, les partis de l’ex-majorité du président Roch Marc Christian Kaboré renversé ont dénoncé l’agenda présenté par la junte comme une « manœuvre solitaire qui contraste avec les impératifs d’une transition inclusive et réussie », regrettant « l’absence de concertations en amont ».

La Cedeao, qui a vu se succéder les coups de force des colonels et lieutenants-colonels, multiplie les sommets, les médiations et les pressions pour accélérer le retour des civils à la direction de ces pays. Mais le dernier sommet en date, le 4 juin, avait accouché d’une souris : aucune décision n’avait été prise et la Cedeao s’était donnée un mois de plus pour négocier.

Avec AFP

En Guinée, les manifestations politiques désormais « interdites »

mai 15, 2022

La junte au pouvoir en Guinée a annoncé l’interdiction des manifestations politiques de rue, deux jours après l’adoption par l’organe législatif qu’elle a mis en place d’une transition de trois ans avant le retour des civils au pouvoir.

Mamadi Doumbouya après une rencontre avec des représentants de la Cedeao, à Conakry, le 10 septembre 2021. © Sunday Alamba/AP/SIPA

« Toutes manifestations sur la voie publique, de nature à compromettre la quiétude sociale et l’exécution correcte des activités contenues dans le chronogramme (de transition) sont interdites pour l’instant jusqu’aux périodes de campagne électorale », écrit le Comité national du rassemblement pour le développement (CNDR), dans un communiqué publié dans la soirée du vendredi 13 mai.

« Pour mener à bien le chronogramme de la transition et de la politique de refondation enclenchés depuis le 5 septembre 2021 (date du renversement du président Alpha Condé, ndlr), le CNRD invite l’ensemble des acteurs politiques et sociaux à circonscrire aux sièges de leurs formations toute forme de manifestation ou regroupement à caractère politique », affirme le communiqué du CNRD.

Transition de trois ans

L’organe principal de la junte, dirigée par le colonel Mamadi Doumbouya, « réitère à l’opinion nationale et internationale qu’il n’est ni candidat à une élection, ni proche d’un parti politique ». Il prévient que « tout manquement » aux décisions annoncées vendredi « entraînera pour leurs auteurs des conséquences de droit ».

Le Conseil national de transition (CNT), l’organe législatif mis en place par la junte, a fixé mercredi à trois ans la durée de la transition avant le retour des civils au pouvoir. Cette décision du CNT, qui fait office de Parlement de transition, doit être validée par le colonel Dombouya à une date non précisée. Une coalition formée du parti de l’ex-président Alpha Condé et de formations de l’opposition sous le pouvoir de ce dernier a dénié à l’organe législatif la prérogative de fixer la durée de la transition.

En septembre, après le putsch contre le président Condé, la Cedeao avait « insisté pour que la transition soit très courte », et que des élections soient organisées dans un délai ne dépassant pas « six mois ». L’organisation ouest-africaine a suspendu la Guinée après le putsch du 5 septembre et lui a imposé des sanctions à la suite du refus de la junte de se conformer à ses exigences.

Jeune Afrique avec AFP

Guinée : la transition pourrait prendre jusqu’à 52 mois

avril 30, 2022

Le gouvernement mis en place par la junte militaire du colonel Mamadi Doumbouya a conclu, le 29 avril, un forum politique contesté, en annonçant avoir reçu des « propositions » pour un calendrier pour restituer le pouvoir à des civils élus.

Mamadi Doumbouya après une rencontre avec la délégation de la Cedeao à Conakry, vendredi 10 septembre 2021. © Sunday Alamba/AP/SIPA

En Guinée, la transition ne pourrait être effective qu’en 2026, voire plus tard. C’est du moins la fourchette haute des différentes « propositions » de calendrier de transition politique qu’a reçues, ce 29 avril, au sortir d’un forum politique contesté, le gouvernement mis en place par la junte en Guinée. Les autorités issues du coup d’État ayant renversé le président Alpha Condé ont lancé depuis mars deux consultations politiques – une conférence dite de réconciliation et « un cadre de concertation inclusif » –, toutes deux boudées par un grand nombre de partis politiques.

En clôturant le « cadre de concertation inclusif », le ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, Mory Condé, a déclaré que l’ »ensemble des acteurs » ayant accepté d’y participer avaient « proposé des durées allant de 18 à 52 mois » pour la transition, sans préciser à partir de quelle date. « La durée et le chronogramme de la transition seront définis de commun accord entre le CNRD [le Comité national du rassemblement et du développement, l’organe dirigeant de la junte] et les acteurs des forces vives », a-t-il ajouté.

L’opposition réclame un dialogue permanent

Mais Rafiou Sow, porte-parole de l’Alliance nationale pour l’alternance et la démocratie (Anad) et du G58, deux importantes coalitions politiques, a déclaré à l’AFP que « le cadre de concertation […] ne nous concerne pas, les conclusions de ce cadre de concertation ne nous engagent pas […] ce cadre de concertation n’est pas valable, il n’est pas national ».

Sow a réclamé au contraire la mise en place d’un « cadre de dialogue permanent » incluant « un facilitateur désigné par la communauté internationale », faute de quoi les partis qu’il représente seront « obligés d’user de manifestations pacifiques pour [se] faire entendre ».

Vers un allongement des sanctions ?

Après le putsch militaire du 5 septembre 2021 ayant porté à la tête de l’État le colonel Mamady Doumbouya, Conakry est sous la pression de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) pour restituer le pouvoir à des civils élus le plus rapidement possible. Fin mars, la Cedeao avait sommé Conakry de lui présenter « au plus tard le 25 avril » un calendrier de transition« acceptable », sous peine d’une extension des sanctions économiques décidées contre le pays, après le coup d’État et le refus manifeste de la junte d’organiser rapidement des élections.

Mais celle-ci a laissé passer l’échéance et, selon un communiqué de la Cedeao publié le 27 avril, Conakry a demandé à disposer de « davantage de temps par rapport à l’échéance du 25 avril », afin de « permettre la poursuite des consultations ».

Par Jeune Afrique avec AFP

Guinée : l’administration Doumbouya promet « prudence et transparence » dans la gestion des financements du FMI

mars 13, 2022
Le colonel Mamadi Doumbouya le 17 septembre 2021, à Conakry, à l’issue d’une réunion avec les représentants de la Cedeao. © JOHN WESSELS/AFP

Le Fonds avait alloué au pays plus de 280 millions de dollars en droits de tirage spéciaux, quelques semaines avant le coup d’État de septembre 2021.

Des cadres du Fonds monétaire international (FMI) – une équipe menée par Clara Mira –, viennent de boucler une visite virtuelle avec les autorités guinéennes, au cours d’échanges organisés du 28 février au 4 mars. Face à l’équipe du personnel du FMI, il y avait notamment Lanciné Condé, le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, ses homologues du Budget, Moussa Cissé, de l’Énergie, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures, Ibrahima Abé Sylla, et le gouverneur de la Banque centrale Karamo Kaba. L’équipe a pu également s’entretenir avec le Premier ministre Mohamed Béavogui.

Incertitude politique prolongée

À l’issue de ces échanges, l’équipe du FMI a jugé l’économie guinéenne « résiliente » et caractérisée par une croissance « élevée et soutenue » du secteur minier. Les dirigeants du Fonds ont constaté « une reprise progressive – modérément plus lente que prévu » du secteur non-minier. Pour cette année, le FMI anticipe une croissance de 5 % du PIB de la Guinée, grâce notamment à la production minière, nonobstant l’atténuation des conséquences du Covid-19 sur l’économie, et le règlement attendu par le gouvernement de ses arriérés de paiement. L’institution multilatérale a toutefois alerté quant aux dangers posés par les autres facteurs, comme les effets globaux de l’invasion russe en Ukraine, et les risques d’« une incertitude politique prolongée » qui pourraient « peser sur les perspectives ».

De leurs côtés les autorités guinéennes ont tenu à rassurer les représentants du Fonds. En août 2021, le FMI avait alloué 205,3 millions de Droits de tirage spéciaux (DTS) à la Guinée (environ 284 millions de dollars), afin notamment d’atténuer les effets de la crise du Covid-19 sur les économies et permettre une relance soutenue. Au total, le Fonds a accordé 33 milliards de dollars en DTS aux pays africains, dont 23 milliards de dollars pour les pays subsahariens, précisait en février à Jeune Afrique, Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI.

MAMADI DOUMBOUYA A CONVOQUÉ LES OPÉRATEURS ÉCONOMIQUES POUR LES METTRE EN GARDE CONTRE LA SPÉCULATION SUR LES PRIX

Les autorités guinéennes se sont en particulier engagées à utiliser les 205,3 millions de DTS « avec prudence et transparence », afin de « soutenir les investissements dans les infrastructures et les secteurs sociaux », ce qu’espèrent les services du Fonds monétaire. Outre les DTS alloués en août, les créances de la Guinée auprès du FMI atteignent 26,78 millions de DTS prêtés, eux, dans le cadre d’une facilité élargie de crédit de 152,75 millions de DTS, signée en décembre 2016. « En outre, en 2014 et en 2020, le FMI a apporté une aide d’urgence dans le cadre de la facilité de crédit rapide et accordé un allégement de la dette afin de dégager des ressources » au pays, rapporte l’institution multilatérale.

Protéger la population vulnérable

Les cadres du FMI ont, par ailleurs, appelé le gouvernement guinéen à « continuer à protéger les plus vulnérables contre les conditions difficiles ». Une tâche « essentielle » selon le Fonds, alors que les tensions inflationnistes sont de plus en plus persistantes. Le 10 mars, le lieutenant-colonel Mamadi Doumbouya, à la tête de l’exécutif depuis le coup d’État perpétré le 5 septembre 2021, a convoqué les opérateurs économiques pour les mettre en garde contre la spéculation sur les prix (déjà élevés), notamment des denrées de première nécessité.

Deux jours auparavant, à l’occasion de la célébration de la Journée internationale des droits des femmes, des Guinéennes n’ont pas manqué d’entonner des slogans, comme : « Doumbouya, le marché est cher ! » Pour ne rien arranger, l’arrivée du mois de ramadan est imminente (début avril à début mai 2022). Cette période de jeûne en islam est accompagnée généralement d’une hausse des prix…

Avec Jeune Afrique par Diawo Barry – à Conakry

Guinée – Foniké Mengué : « Doumbouya a ma confiance, mais il est mal entouré »

février 16, 2022
Portrait de Foniké Mengué à Conackry le 15 février 2022. © Youssouf Bah pour JA

Farouche opposant à Alpha Condé, le militant a été nommé le 3 février à la tête du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC). Libéré de prison au lendemain du coup d’État, il ne mâche pas ses mots face aux autorités de la transition. Et se dit prêt, s’il le fallait, à redescendre dans la rue.

Le 5 mars, six mois se seront écoulés depuis la chute d’Alpha Condé. Six mois durant lesquels Mamadi Doumbouya a imprimé sa marque au sommet de l’État et qui, pour Oumar Sylla, alias Foniké Mengué, ont un goût de liberté : le 7 septembre, alors que le sort du président déchu était encore incertain, l’infatigable activiste sortait de prison. Il avait été incarcéré un an auparavant, à la veille de l’élection présidentielle remportée par Alpha Condé, puis condamné à trois ans de détention.

Mais s’il doit sa libération au putsch, le nouveau chef du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC, qui s’était engagé contre le troisième mandat d’Alpha Condé), ne retient pas ses coups envers les autorités de la transition.

« Inquiet » face à la manière dont les militaires gèrent le pays, Foniké Mengué réclame un retour rapide à l’ordre constitutionnel. Mais s’abstient toutefois de critiquer Mamadi Doumbouya, qu’il estime « soucieux de bien faire », ni certaines de ses décisions les plus controversées.

Jeune Afrique : Presque six mois après le coup d’État, comment jugez-vous la situation dans le pays ?

Foniké Mengué : Elle est inquiétante. Nous n’avons aucune visibilité sur la marche de la transition. Nous ne connaissons même pas la liste des membres du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD).  La charte de la transition stipule qu’ils ne participeront pas aux élections, mais comment s’assurer du respect de cette disposition si l’on ne sait pas qui siège au CNRD ? Et pourquoi les grands acteurs politiques que sont le FNDC et les partis politiques ne sont-ils pas davantage associés à ce que fait le comité ? Il n’y a aucun dialogue entre eux et nous.

N’êtes-vous pas en contact avec les autorités de transition ?

Les deux premières semaines, nous avons été reçus par le CNRD, à qui nous avons conseillé de rendre la transition inclusive. Force est de constater que nous n’avons pas été entendus. Or l’exclusion peut créer des mécontentements et des frustrations, et nous souhaitons que cette transition réussisse.

Le Conseil national de transition (CNT), l’organe législatif de la transition, ne permet-il pas aux différents acteurs de s’exprimer ?

Il n’est ni représentatif ni légitime. La plupart de ses membres ont été cooptés, ils sont là par copinage. Si le CNT était représentatif, ses membres n’auraient pas besoin de réaliser la tournée annoncée pour rencontrer des citoyens à travers le pays. Et n’oublions pas que son président, Dansa Kourouma, a été un grand promoteur du troisième mandat d’Alpha Condé.

LE DURÉE DE LA TRANSITION DOIT ÊTRE TRÈS RAISONNABLE ET LE RETOUR À L’ORDRE CONSTITUTIONNEL RAPIDE

Une critique dont il se défend lui-même…

Il n’a pas la probité morale et la crédibilité requises pour le poste.

Que lui reprochez-vous exactement ?

Comme dit le dicton, qui ne dit mot consent. De la création du FNDC, le 3 avril 2019, à la chute d’Alpha Condé, Dansa Kourouma n’a jamais lutté contre le troisième mandat. De plus, il s’exprimait publiquement contre les opposants. Nous n’avons pas confiance en lui ni dans le CNT. La durée de la transition doit être très raisonnable et le retour à l’ordre constitutionnel rapide.

Quelle serait la durée raisonnable ?

Nous nous prononcerons très bientôt sur cette question.

Quelle opinion avez-vous de Mamadi Doumbouya ?

Il a pour l’instant ma confiance. Il est rentré dans l’Histoire, à lui maintenant de se battre pour y rester de façon positive. Mais des gens toxiques dans son entourage veulent l’induire en erreur. À mon sens, il préside mais ne dirige pas.

Au sein du CNRD ?

Au CNRD, mais aussi dans son entourage direct ou indirect. Certains partent nuitamment pour le rencontrer, lui disent qu’il faut qu’il reste au pouvoir. C’est mauvais pour lui. La même chose s’est produite concernant Alpha Condé. Certes, il avait lui-même la volonté [de se représenter]. Mais ses ministres auraient pu le convaincre de renoncer, ou à défaut démissionner pour manifester leur désaccord. On voit le résultat aujourd’hui.

Que pensez-vous de ces anciens du parti d’Alpha Condé, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), qui s’organisent pour les futures élections et pour désigner un candidat à la présidentielle ?

Tous ceux qui ont fait la promotion du troisième mandat doivent être sanctionnés. Il a coûté cher à la Guinée et causé la mort d’une centaine de Guinéens. Mais en attendant que la justice fasse son travail, ceux qui ont soutenu le troisième mandat doivent être écartés de la gestion publique pendant au moins cinq ans.

Si l’on suit votre raisonnement, tous ceux qui n’ont pas lutté activement contre le troisième mandat pourraient être entendus par la justice…

Les personnes aux postes de responsabilité sont facilement identifiables. Les procureurs, les ministres, par exemple, pourraient être convoqués. La justice est la priorité des priorités.

L’AVENIR D’UN PAYS N’EST PAS L’AFFAIRE D’UN GROUPE DE COPAINS QUI SE RETROUVENT DANS DE PETITS BUREAUX

Qu’attendez-vous des leaders de l’ex-opposition à Condé, dont certains étaient ou demeurent proches du FNDC ?

Je pense qu’ils veulent s’impliquer et apporter leur savoir-faire. Mais sans discussions, comment faire ? L’avenir d’un pays n’est pas l’affaire d’un groupe de copains qui se retrouvent dans de petits bureaux.

Quel regard portez-vous sur la transition malienne, qui fait elle aussi suite à un coup d’État ?

Je préfère ne pas m’exprimer sur cette question.

La Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) avait requis une transition de six mois au lendemain du putsch en Guinée. Le risque de voir le régime de sanctions aggravé après cette date vous inquiète-t-il ?

Bien sûr. C’est au CNRD de négocier un délai plus long, mais jusqu’à présent, il ne s’est pas exprimé sur la question. Mamadi Doumbouya doit penser au peuple. Et si celui-ci doute, c’est largement à cause de cette nomination de Dansa Kourouma. Elle tire le colonel vers le bas et entame l’estime du peuple. C’est l’un des facteurs qui peut faire échouer la transition.

Votre nom avait un temps circulé. Auriez-vous pu mieux faire ?

Le FNDC souhaitait, en tant que mouvement, diriger le CNT et obtenir quelques sièges, c’est vrai. Nous avons lutté contre le tripatouillage de la Constitution et aurions pu être utiles, changer les choses.

Si le CNRD n’a pas voulu me donner le poste, c’est parce que je ne suis ni un béni-oui-oui, ni manipulable. On ne peut que prendre acte de cette décision et continuer à jouer notre rôle de sentinelle de la démocratie.

Pourriez-vous redescendre dans la rue pour vous faire entendre ?

Ce n’est pas ce que nous souhaitons, mais la reprise des manifestations n’est pas à exclure.

Avec Jeune Afrique par Marième Soumaré – à Conakry

Par Marième Soumaré – à Conakry

Guinée : pourquoi Sékou Touré divise encore, cent ans après sa naissance

février 12, 2022
Sékou Touré, c’est l’homme du « non » au référendum du général de Gaulle, le 28 septembre 1958. © Agence Internationale/Archives JA.

Chantre du nationalisme pour les uns, tyran pour les autres, l’ancien président a laissé un héritage ambivalent, analyse Rachid Ndiaye, ex-ministre guinéen de la Communication. En témoigne la polémique née de la décision de la junte de donner son nom à l’aéroport de Conakry.

Né en janvier 1922, le premier président guinéen aurait eu cent ans cette année. Mis à part le palais de Sékhoutoureya et l’aéroport international de Conakry, récemment rebaptisé par le président de la transition, Mamady Doumbouya, aucun autre édifice public ne porte le nom du leader du Parti démocratique de Guinée (PDG).

Ahmed Sékou Touré a dirigé la Guinée de 1958 à 1984. Décédé aux États-Unis le 26 mars 1984, enterré le 30 mars 1984 à Conakry, l’homme a laissé un héritage politique qui divise encore les Guinéens. Héros pour les uns, tyran pour les autres, pour reprendre la dichotomie popularisée par l’historien Ibrahima Baba Kaké dans son livre Le héros et le tyran (Jeune Afrique, 1987).

Électoralement, depuis la disparition du président Ahmed Sékou Touré, le PDG ne pèse plus grand-chose et n’a remporté aucune élection d’envergure. Le candidat qui briguait la magistrature suprême sous sa bannière n’a été crédité que de 0, 56 % en 1993 et le parti n’a obtenu trois sièges à l’issue des élections législatives de juin 2002.

« Pas de dignité sans liberté ! »

Mais Sékou Touré, c’est aussi l’homme du « non » au référendum du général de Gaulle, le 28 septembre 1958. Pour de nombreux Guinéens, surtout au sein de l’ancienne génération qui a participé à la lutte pour l’indépendance, il demeure une figure de la résistance à l’ancien colonisateur. Il a honoré la Guinée et l’Afrique, en donnant le signal des indépendances en Afrique francophone. De lui subsistent encore cette image d’un souverainiste hostile à tout interventionnisme extérieur et ce célèbre discours prononcé le 28 septembre 1958.

Ce jour-là, galvanisé par la foule, Sékou Touré consomme la rupture avec le général français : «  Il n’y a pas de dignité sans liberté, lance-t-il de sa voix de stentor. Nous préférons la pauvreté dans la liberté à l’opulence dans l’esclavage. » « On a parlé d’indépendance, elle est à la disposition de la Guinée, la métropole ne s’y opposera pas, elle en tirera bien sûr les conséquences », répondit le général, en demandant aussitôt le retrait de l’administration civile et militaire française de la Guinée.

POUR BEAUCOUP, C’EST AUSSI CE DIRIGEANT QUI A DOTÉ SON PAYS DE SA PROPRE MONNAIE, ŒUVRÉ POUR L’UNITÉ DU CONTINENT

Sékou Touré, pour beaucoup, c’est aussi ce dirigeant qui a doté son pays de sa propre monnaie, œuvré pour l’unité du continent en participant à la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) – la Guinée, avec Diallo Telli, occupera le premier poste de secrétaire général de 1964 à 1972. L’ancien président a également soutenu de nombreux mouvements de libération nationale, allant du Congrès national africain (ANC) de Nelson Mandela au Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), d’Amilcar Cabral. Il a aussi ouvert les bras à de multiples révolutionnaires exilés, comme le Camerounais Félix Moumié ou le Ghanéen Kwame Nkrumah, après son renversement en 1966.

Et parce que la nostalgie se nourrit de tout, ceux qui se revendiquent de son héritage aiment à rappeler les origines de Sékou Touré, en écho à cette époque où la corruption et l’enrichissement des élites ne régissaient pas la politique. Un vieux militant se souvient d’un « président modeste, dont la famille paternelle était venue du Soudan français [actuel Mali] pour chercher fortune en Guinée, à l’époque sous domination française ». « Côté maternelle, il s’inscrit dans la lignée de l’empereur Samory Touré [figure de la lutte anti-coloniale, déporté par les Français sur l’ile de Ndjolé au Gabon en 1898] », poursuit notre interlocuteur.

Un homme sanguinaire, adepte de la terreur

Mais aucun souvenir n’est jamais univoque, et nombreux aussi sont ceux à se rappeler les années les plus sombres d’un règne qui dura 26 ans. Ils n’ont pas oublié le parti unique, la confiscation des libertés, la violence et le tristement célèbre camp Boiro. Pour eux, Sékou Touré rime encore avec terreur, exécutions, délation. C’est l’homme à cause duquel tant de Guinéens ont dû se résoudre à l’exil. Un passif lourd, ineffaçable, fait de morts et de drames, sur lequel le coup d’État du 3 avril 1984 viendra jeter une lumière crue.

La colère et l’incompréhension quand l’aéroport de la capitale guinéenne a été renommé viennent de là. « Le lieutenant-colonel Mamadi Doumbouya a-t-il perdu la raison ? On pourrait le penser depuis qu’il a arbitrairement donné à l’aéroport de Conakry le nom du sanguinaire Sékou Touré », s’est emporté Tierno Monénembo, qui a consacré, dès 1979, son roman Les Crapauds-brousse (Seuil) à la dictature. L’écrivain a immédiatement accusé le chef de la junte de « comploter en douce pour replonger le pays dans les années les plus noires de son histoire, celle des pendaisons publiques, des aveux radiophoniques obtenus sous la torture, des haines ethniques et des pénuries de toutes sortes ».

LE RÉGIME DU PRÉSIDENT SÉKOU TOURÉ FRAPPAIT PLUS DUREMENT LES SOCIÉTÉS CONSERVATRICES, CONSIDÉRÉES COMME HOSTILES À LA RÉVOLUTION

Les persécutions ont-elles été menées sur une base ethnique ? L’affirmer n’est pas une nouveauté. Dans les années 1990, l’opposant Mamadou Bâ souhaitait, dans une interview, que le groupe ethnique auquel appartenait Sékou Touré « demande pardon » pour ces crimes. Mais cela fait aussi des années que des membres de l’Association des victimes du camp Boiro réclament la fin de cette compétition mémorielle ou communautaire. « En fait, le régime du président Sékou Touré frappait plus durement les sociétés conservatrices, considérées comme hostiles à la révolution, soutient Ali Camara, un professeur de droit public proche de l’ancien parti unique. Il a frappé toutes les aristocraties, qu’elles soient peules, malinkés, soussous. Les grandes familles étaient, à ses yeux, l’incarnation de la féodalité. Ce n’était pas ethnique, mais idéologique. »

Une veuve choyée par le nouveau régime

Enfin, Sékou Touré aujourd’hui, c’est aussi une famille. Fille d’un médecin français et d’une jeune femme originaire de Guinée forestière, sa veuve, Andrée, désormais âgée de 88 ans, vit toujours à Conakry, dans le domicile familial du quartier de Coleah Corniche. Les nouvelles autorités du pays viennent de lui octroyer une villa, dans une banlieue de Conakry, dont l’Église catholique guinéenne, par la voix du cardinal Robert Sarah, a revendiqué la propriété. Andrée Touré a si peu apprécié la sortie du prélat qu’elle a rétorqué : « Si Robert Sarah a oublié cela, il faut que je le lui rappelle : c’est grâce au président Sékou Touré que son ethnie, les Coniaguis, a commencé à porter des habits. »

Elle-même a toujours vécu dans l’ombre d’un mari à la personnalité écrasante, loin de la politique. Après le coup d’État de 1984, elle ne sera toutefois pas épargnée et sera enfermée à la prison de Kindia avec son fils Mohamed, sa belle-fille Aminata, ainsi que ses frères et les frères et sœurs de son mari. Elle y passera quatre ans avec son fils. Aminata sera libérée au bout d’un an. Pour la veuve de l’ex-chef d’État, ce sera ensuite l’exil au Maroc, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, puis de nouveau au Maroc, avant son retour en Guinée, en 2000.

Un bilan pleinement assumé par ses enfants

Des années après son emprisonnement, Aminata Touré – l’unique fille du président, née en 1954 – raconta avoir été très proche de son père. « Dans la vie, il ne m’a jamais dit non », confessait-elle, rappelant la simplicité de Sékou Touré. « Tout le monde sait qu’il portait sa tenue tergal, sans broderie, rien du tout, un bazin simple, se souvenait-elle. Il voulait aussi manger comme tous les Guinéens. On n’avait même pas le droit de laisser le climatiseur tout le temps en marche, parce que en ville, le peuple n’en avait pas. Il voulait qu’on parte à l’école comme tout le monde. Il a fallu qu’on se batte pour avoir droit à une vieille jeep. Il était vraiment marqué par l’austérité, dégagé de toutes contingences matérielles. »

ON N’AVAIT PAS LE DROIT DE LAISSER LE CLIMATISEUR TOUT LE TEMPS EN MARCHE, PARCE QUE LE PEUPLE N’EN AVAIT PAS

En 1977, Aminata se maria avec Maxime Camara, célèbre footballeur du Hafia FC. Juge d’instruction, elle défendra jusqu’au bout l’œuvre et le bilan de son père, sans exprimer le moindre regret. Elle était à ses côtés, en mars 1984, dans l’avion médicalisé qui le transportait en urgence à Cleveland, aux États-Unis, où Sékou Touré est finalement décédé. Femme d’affaires, active entre le Maroc et la Guinée équatoriale, elle avait été élue maire de Kaloum en 2018. L’héritière s’est éteinte à l’âge de 68 ans le 12 janvier dernier, à Rabat, dans ce royaume du Maroc que son père, qui avait tissé des liens étroits avec Mohamed V, considérait comme sa seconde patrie.

EN 2018, LES DÉBOIRES JUDICIAIRES DU FILS DE SÉKOU TOURÉ, MOHAMED, ONT DÉFRAYÉ LA CHRONIQUE

Quant à Mohamed, le fils de Sékou et Andrée Touré, il effectua lui aussi toutes ses études en Guinée – sorti de l’université Polytechnique en 1981, il sera affecté au contrôle financier du ministère de l’Économie. Marié à Denise Cros, la fille d’un ancien ministre de son père, il s’est exilé aux États-Unis après ses quatre années en prison à Kindia – c’est outre-Atlantique que sont nés et qu’ont été élevés ses enfants. Rentrée en Guinée en 2010 pour devenir le secrétaire général du PDG, lui aussi a toujours dit assumer le bilan de son père.

En 2018, ses déboires judiciaires ont défrayé la chronique. Son épouse et lui ont été condamnés à sept ans de prison pour travail forcé par la justice texane, à la suite d’une plainte déposée par une ancienne employée de maison. Le couple a en outre été condamné à verser à la victime près de 300 000 dollars de dommages et intérêts. La preuve d’un « complot permanent », aux dires de sa mère.

Par Jeune Afrique – Rachid Ndiaye, ancien ministre guinéen de la Communication

Guinée : Moussa Dadis Camara, libre en toute impunité

janvier 27, 2022
Le capitaine Moussa Dadis Camara, le 30 septembre 2009 à Conakry. © SEYLLOU DIALLO/AFP

L’ex-chef de la junte militaire a effectué un court séjour au pays, alors qu’il est toujours sous le coup d’un mandat d’arrêt. Preuve que seule une aide internationale pourrait permettre à la justice guinéenne de juger les responsables des crimes du 28 septembre 2009.

Le 22 décembre 2021, le capitaine Moussa Dadis Camara était de retour en Guinée. « Dadis », comme l’appellent les Guinéens, est revenu au pays après plus de douze ans d’absence. En décembre 2009, le chef de la junte alors au pouvoir, le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), quittait la Guinée dans un avion médicalisé en direction du Maroc. Il venait de recevoir une balle dans la tête tirée par son aide de camp et adjoint, le lieutenant Aboubacar Sidiki Diakité, dit « Toumba ».

À peine arrivé à Conakry, Dadis a été reçu par le colonel Mamady Doumbouya à la présidence. Un geste apprécié par celui qui rêve, après un long exil au Maroc puis au Burkina Faso, d’une réhabilitation. La rencontre a aussi été l’occasion pour le colonel Doumbouya, nouveau maître des lieux après un coup d’État réussi le 5 septembre 2021, de montrer que, à la différence d’Alpha Condé, il sait dialoguer avec tous et œuvrer à la réconciliation des Guinéens. Mais le séjour guinéen de Dadis s’est achevé avant même la fin de l’année par un retour précipité à Ouagadougou. Une tournée en Guinée forestière était pourtant prévue. Elle a été annulée, sans doute sur les conseils de ses avocats. Car son retour au pays n’a pas plu à tous, et surtout pas aux victimes du stade du 28-Septembre, qui envisageaient de saisir la justice pour demander son incarcération.

Rappelons que, le 28 septembre 2009, un meeting de l’opposition a tourné au massacre dans la capitale guinéenne. Alors qu’une foule d’opposants s’était réunie dans le stade pour manifester contre la candidature à l’élection présidentielle de Dadis, les forces de sécurité qu’il dirigeait avaient réprimé brutalement le rassemblement.
Au cours de ces évènements, au moins 156 personnes ont été tuées, 109 femmes ont été victimes de viols et d’autres violences sexuelles, y compris de mutilations sexuelles, tandis que des centaines de personnes ont subi des actes de torture ou des traitements cruels, inhumains ou dégradants. Pendant plusieurs jours, des arrestations et des détentions arbitraires ainsi que des actes de pillage ont également été pratiqués.

Un procès toujours attendu

Qui sont les auteurs de ces violations ? Une enquête pénale a été ouverte et conduite par trois juges d’instruction guinéens entre 2012 et 2017. Au total, treize personnes ont été mises en examen et renvoyées devant le tribunal criminel de Dixinn. Selon l’ordonnance des juges, elles sont renvoyées pour des faits d’assassinats, meurtres, coups et blessures volontaires, viols et autres violences sexuelles, pillages, séquestrations et actes de torture. La procédure a été validée par la Cour suprême en 2019, mais depuis, le procès est toujours attendu… sans doute faute d’instructions claires de la part des autorités politiques, dans un pays peu connu pour l’indépendance de sa magistrature.

N’EST-IL PAS URGENT QU’UN JUGE DÉCIDE SI DADIS CAMARA DOIT RESTER LIBRE OU NON AVANT SON PROCÈS ?

On trouve Dadis dans la liste des treize prévenus, mais aussi plusieurs de ses ministres ainsi que des membres de son entourage et de la garde présidentielle. Certains (les colonels Claude Pivi ou Moussa Tiegboro Camara) ont évité la prison du fait du soutien qu’Alpha Condé leur apportait. Mais nombre d’entre eux sont en détention pour ces faits, et ce, depuis plusieurs années. Tel est le cas du lieutenant Toumba et du sous-lieutenant Marcel Guilavogui, chef adjoint de la garde présidentielle. Sont également détenus l’adjudant Cécé Raphaël Haba, garde du corps de Dadis, le sergent Paul Mansa Guilavogui et les gendarmes Mamadou Aliou Keita, Alpha Amadou Baldé et Ibrahima Camara. Pourquoi leur chef est-il libre et peut-il passer les frontières ? Un mandat d’arrêt avait été émis contre Dadis par les juges d’instruction : est-il toujours en vigueur ? Si oui, pourquoi n’a-t-il pas été exécuté ? N’est-il pas urgent qu’un juge décide si Dadis doit rester libre ou non avant son procès ? L’intéressé encourt la réclusion criminelle à perpétuité et sa responsabilité pénale ne fait guère de doute.

Une justice en piteux état

À Conakry, parmi les victimes et les associations de défense des droits humains, personne ne comprend pourquoi les subordonnés de Dadis, exécutants de ses basses œuvres, sont emprisonnés à la maison centrale, alors que le premier responsable demeure libre et voyage à sa guise. Peut-on encore espérer une réaction des autorités judiciaires ?

LES QUELQUES TENTATIVES D’AFFIRMATION D’INDÉPENDANCE DE LA JUSTICE SONT INVARIABLEMENT BRISÉES

Rien n’en est moins sûr. Car la justice guinéenne se trouve dans un piteux état. Depuis 1958, elle n’a jamais réussi à faire juger des violations des droits humains dans un pays qui en a pourtant connu d’innombrables. Elle s’est en revanche toujours montrée intraitable à l’égard des membres de la société civile qui défendaient les libertés, y compris récemment contre les leaders du Front national pour la défense de la constitution (FNDC) qui militaient contre le troisième mandat d’Alpha Condé. Ses quelques tentatives d’affirmation d’indépendance sont invariablement brisées. Comme le montre la démission forcée, le 31 décembre dernier, de la ministre de la Justice, Fatoumata Yarie Soumah, pour avoir osé rappeler au secrétaire général de la présidence que seuls le garde des sceaux et le Conseil supérieur de la magistrature ont autorité sur les magistrats. Plus que jamais, il apparaît que, sans une aide régionale et internationale, la justice guinéenne ne parviendra pas à trouver la force de juger les auteurs des crimes du 28 septembre 2009.

Fofana Kabinet

Avec Jeune Afruique par Fofana Kabinet

Analyste politique

Ghislain Poissonnier

Avec Jeune Afrique par Ghislain Poissonnier

Magistrat

Guinée : Mamadi Doumbouya nomme Dansa Kourouma à la tête du CNT

janvier 23, 2022
Le colonel Mamadi Doumbouya, chef de la junte au pouvoir, le 1er octobre 2021 à Conakry. © AFP/Cellou BINANI

Le chef de l’État a nommé samedi les 81 membres du Conseil national de transition (CNT), l’organe législatif devant décider de la date du retour des civils au pouvoir.

Selon un décret lu samedi soir à la télévision publique, le médecin Dansa Kourouma a été nommé président du CNT. Proche de l’ancien Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana, il était jusqu’ici président du Conseil national des organisations de la société civile (CNOSC).

Les membres du CNT représentent toutes les organisations socio-professionnelles du pays ainsi que les partis politiques. Ils doivent participer aux discussions sur l’agenda de la transition.

Tensions avec la classe politique

La charte de transition, sorte d’acte fondamental, signée le 27 septembre indique que la durée de la transition doit être fixée « d’un commun accord entre les forces de la nation et le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) », la junte au pouvoir.

Le colonel Doumbouya, qui s’est fait investir président de transition le 1er octobre 2021, après avoir renversé le président Alpha Condé, s’est engagé à rendre le pouvoir à des civils après des élections, mais sans mentionner jusque-là d’échéance pour cette transition. Et des tensions sont récemment apparues avec la classe politique qui juge que la junte ne tient pas ses promesses, notamment en n’écartant pas suffisamment les cadres ayant fait la promotion du 3e mandat de l’ancien président.

Brouille avec la communauté internationale

La durée de la transition est également au centre de la brouille entre les militaires au pouvoir et certains partenaires internationaux du pays. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) insiste sur la nécessité de respecter le délai de six mois pour la tenue des élections et presse les autorités guinéennes de soumettre rapidement un calendrier en ce sens. Elle a en outre suspendu la Guinée de ses organes de décision et infligé des sanctions individuelles aux membres de la junte.À LIRELe Mali à la recherche d’alliés dans la sous-région

Depuis le putsch du 5 septembre, un gouvernement a été formé. Dirigé par Mohamed Béavogui, un technocrate spécialiste des questions de développement, il a bien promis de rendre le pouvoir aux civils après des élections. Mais il refuse de se laisser dicter un délai et dit que celui-ci sera fixé par le CNT.

Par Jeune Afrique avec AFP


La liste des membres du Conseil National de transition :

A. Partis politiques
1-Aboubacar Sidiki Cissé (MPDG)
2-Mme Seny Panamou (Bloc libéral)
3-Mamadou Faza Baldé (UFDG)
4-Aboubacar Koly Kourouma (GRUP)
5-Sayon Mara (RPG)
6-Bangaly Djenessa Kourouma (RRD)
7-Mohamed Victor Bangoura (UDRG)
8-Mamadou Baïlo Diallo (UPR)
9-Mme Fingui Camara (PEDN)
10-Mohamed Kaba (PADES)
11-Mme Aminata Bah (PACT)
12-Mme Fatoumata Diallo (ADC-BOC)
13-Seny Camara (PUP)
14-Ahmed Tidiane Sylla (UFR)
15-Mohamed Aïssata Camara (FAN)

B. Organisations de la société civile
16-Mme Aïssata Mariama Soumah
17-Ismaël Kabacé Samoura
18-Dansa Kourouma (Président du CNT)
19-Salia Camara
20-El Hadj Mamadi Keïta
21-Alpha Abdoulaye Diallo
22-Sekou Doré

C. Centrales syndicales
23-Yamoussa Touré
24-Mme Hawa Bangoura
25-Maoulia Sénè
26-Aboubacar Sidiki Mara
27-Mme Mariama Touré

D. Organisations patronales
28-El Hadj Mansa Moussa Sidibé
29-Abdoulaye Dima Dabo
30-Ismaël Koly

E. Forces de défense et de sécurité
31-Général 2ème section Amadou Kaba
32-Général 2ème section Abdoulaye Keïta
33-Général 2ème section Pépé Roger Sagno
34-Colonel Laye Manfa Condé
35-Colonel Lamine Diallo
36-Colonel Maïmouna Sidibé
37-Capitaine de vaisseau à la retraite Amadou Sow
38-Commissaire divisionnaire André Bangoura
39-Adjudant-chef Mama Samy Béavogui

F. Organisations de défense des droits de l’homme
40-Mory Douno
41-Fatoumata Lamarana Bah

G. Organisations des Guinéens de l’étranger
42-Dominique Kpoghomou
43-Tiguidanké Traoré
44-Mohamed Naby Sylla
45-Abou Kaba
46-Aïcha Diallo

H. Organisations de femmes
47-Mme Fatoumata Yébhè Bah
48-Mme Saran Traoré
49-Dorcas Néma

I. Organisations de jeunesse
50-Hamidou Camara
51-Mamadi Fonfo Camara
52-Bademba Baldé
53-Mme Fanta Conté
54-Mme Maïmouna Barry

J. Organisations culturelles
55-Gouamou Fabara Koné
56-Mamadou Lamine Diallo

K. Confessions religieuses
57-Monseigneur Jacques Boston
58-El Hadj Seny Facinet Sylla (2ème vice-président)

L. Secteurs informels et métiers
59-Bangaly Chérif
60-Mme Fatou Holo Kaba

M. Organisations paysannes
61-Gilbert Andéga Camara
62-Mme Mahawa Soumano Tounkara

N. Sages des régions
63-El hadj Amadou Togba
64-Mohamed Lamine Bangoura

O. Personnes vivant avec le handicap
65-Kabinet Camara
66-Mme Massoud Barry

P. Organisations socioprofessionnelles
67-Me Mohamed Traoré
68-Hassane Bah
69-Hawa Diakité

Q. Chambres consulaires
70-Lansana Fofana
71-Lounceny Chérif

R. Organisations de presse
72-Mme Asmaou Barry
73-Yamoussa Sidibé

S. Personnes ressources
74-Mamadi Kaba
75-Mohamed Ali Thiam
76-Sorel Keïta
77-Aliou Badra Thiam
78-Mme Fatima Camara
79-El Hadj Abdoul Karim Dioubaté
80-Jean-Paul Kantabadouno
81-Maïmouno Yombouno (1ère vice-présidente).

Par Jeune Afrique

Rapatriement en Guinée de la dépouille d’Aminata Touré : respect protocolaire ou manœuvre politique ?

janvier 18, 2022
Damien Glez © Damien Glez

Le corps de la fille aînée de Sékou Touré a été rapatrié en Guinée, le 17 janvier. Un événement hautement symbolique, en cette période de récupération tactique.

Solidaires face aux admonestations d’une communauté internationale plus ou moins sous-régionale, les juntes jumelles d’Afrique de l’Ouest vont-elles se forger une légitimité populiste en invoquant l’esprit des anciens chefs d’État ? Au Mali, les putschistes qui ont poussé Ibrahim Boubacar Keïta à la démission saluent aujourd’hui la mémoire du disparu et font vibrer la corde sensible d’une reconnaissance formelle de la nation. En Guinée voisine, le président de la transition s’incline, lui, devant la mémoire d’Hadja Aminata Touré, fille aînée de Sékou Touré où Mamadi Doumbouya tente, depuis quelques semaines, de conquérir les nostalgiques.

Hadja Aminata Touré

Autorisation de Mohammed VI

Le 12 janvier, la mairesse de Kaloum décède à l’hôpital militaire de Rabat, des suites d’un cancer du pancréas. La junte obtient le rapatriement de son corps, en dépit de la fermeture actuelle des frontières marocaines. Après la prise en charge, par le Maroc, de l’intégralité des frais médicaux de la fille de Sékou Touré, c’est le roi Mohammed VI lui-même qui autorise le rapatriement de la dépouille, en affrétant un vol spécial des Forces armées royales.

Mamadi Doumbouya peut-il se gargariser d’une mansuétude du roi à son égard ? Le geste du monarque ne souligne-t-il pas simplement la fidélité du royaume à la famille de la défunte ? Ce sont déjà les services royaux marocains qui avaient assuré le transport de la dépouille de Sékou Touré, décédé à Cleveland en 1984. Dès cette époque, la fille de l’ancien président guinéen avait été parrainée par Hassan II, le père de Mohammed VI. Le lien a perduré…

C’EST LA DÉPOUILLE D’UNE FIGURE PRÉSENTÉE COMME FÉDÉRATRICE QUE LA GUINÉE ACCUEILLE

Toujours est-il que la junte actuelle flatte, depuis quelques temps, la mémoire du premier président de la République de Guinée. Un jour, Mamadi Doumbouya se recueille sur la tombe de Sékou Touré. Un autre, il restitue le domaine des Cases de Bellevue à sa veuve. Un autre encore, il rebaptise l’aéroport de Conakry du nom de celui qui avait dit « non » au général de Gaulle.

Cette semaine, c’est donc la dépouille d’une figure présentée comme fédératrice que la Guinée accueille. À l’arrivée du corps, l’ancien Premier ministre guinéen Kabinet Komara n’a pas manqué de souligner le « besoin de se donner la main » pour que la Guinée « construise le futur tout en n’oubliant pas le passé », mais en « conservant le passé comme un tremplin pour bien construire le futur ». Or, des journalistes guinéens présentent Komara comme le « VRP » du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) de Mamadi Doumbouya…

Damien Glez

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Guinée : Alpha Condé a quitté Conakry pour Abou Dhabi

janvier 17, 2022
Alpha Condé à Addis Abeba, en février 2020. © Minasse Wondimu Hailu/Anadolu Agency/AFP

Selon nos informations, l’avion transportant l’ancien président guinéen, un Gulfstream G-IV, a décollé de l’aéroport international Ahmed Sekou Touré ce 17 janvier, en début d’après-midi.

Alpha Condé a obtenu l’autorisation de Mamadi Doumbouya de quitter le pays, afin de recevoir des soins à Abou Dhabi. Il est accompagné de son médecin, le docteur Kaba, et de deux gardes du corps.

Avec Jeune Afrique