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Présidentielle en Guinée : Alpha Condé déclaré vainqueur dès le premier tour

octobre 24, 2020
Alpha Condé, lors d'un meeting de campagne le 10 octobre 2020 à Conakry.

Alpha Condé remporte la présidentielle avec 59,49 % des suffrages, devant Cellou Dalein Diallo, crédité de 33,5 % des voix, selon les résultats globaux provisoires rendus publics par la Commission électorale nationale indépendante.

Alpha Condé, le président sortant, a été élu dès le premier tour pour un troisième mandat. Un « coup KO » qui vient d’être annoncé à l’issue d’une semaine extrêmement tendue en Guinée.

Selon les résultats globaux provisoires délivrés samedi 24 octobre par Kabinet Cissé, le président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), Alpha Condé a remporté 59,49 % des suffrages exprimés, contre 33,5 % pour Cellou Dalein Diallo, son principal rival. Parmi les autres candidats, aucun n’a dépassé la barre fatidique des 5 %, seuil obligatoire pour obtenir le remboursement de sa caution.

Le taux de participation lors de la présidentielle du dimanche 18 octobre a été de 78,88%.

Si le scrutin s’est déroulé dans le calme et sans incident majeur, la tension est très rapidement montée dès le lendemain. Et tandis que la guerre des chiffres faisait rage entre les deux principaux candidats de cette présidentielle aux allures de duel entre Alpha Condé, 82 ans, et Cellou Dalein Diallo, 68 ans, des affrontements ont éclaté à Conakry et dans plusieurs villes du pays entre forces de l’ordre et manifestants de l’opposition.

Cellou Dalein Diallo revendique la victoire

Cellou Dalein Diallo a revendiqué la victoire le 19 octobre, avant la publication des résultats officiels de la présidentielle.

Les violences ont démarré dans l’après-midi du lundi 19 octobre, quelques heures après que Cellou Dalein Diallo a revendiqué la victoire lors d’une conférence de presse organisée au siège de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG). « Mes chers compatriotes, malgré les graves anomalies qui ont entaché le bon déroulement du scrutin du 18 octobre et au vu des résultats sortis des urnes, je sors victorieux de cette élection dès le premier tour », a-t-il lancé devant une foule de partisans.

Les scènes de liesse dans les quartiers de Conakry acquis à l’UFDG, ainsi que dans plusieurs villes du pays, ont rapidement cédé la place à des heurts entre jeunes militants et membres des forces de l’ordre.

Des conflits ont notamment éclaté dans les préfectures de Kissidougou et de Coyah « entre militants de l’UFDG et ceux d’autres formations politiques, notamment du RPG Arc-en-Ciel [au pouvoir]», a fait savoir le ministre de la Sécurité, Albert Damantang Camara, dans un communiqué évoquant également des « attaques ciblées à l’intérieur du pays, dans les quartiers de la haute banlieue de Conakry et contre les sièges des partis de la mouvance présidentielle et les domiciles des militants de ces partis ».

Au moins neuf personnes ont été tuées dans ces affrontements, selon un bilan délivré mercredi par le ministre de la Sécurité. L’UFDG, de son côté, dénombrait vendredi soir au moins 27 personnes tuées.

Alors que la flambée de violences continuait dans la capitale et à l’intérieur du pays, le général Bouréma Condé, ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, a annoncé que l’armée était désormais réquisitionnée pour maintenir l’ordre, les militaires étant déployés aux côtés de la police et de la gendarmerie, selon un communiqué lu à la télévision nationale jeudi soir.

Dans un message publié sur les réseaux sociaux, Alpha Condé a lancé un « appel à tous, au calme et à la sérénité en attendant l’issue du processus électoral en cours dans notre pays ». Il ajoutait alors : « Si la victoire me revient, je reste ouvert au dialogue et disponible pour travailler avec tous les Guinéens. »

La Ceni, qui vient de proclamer la victoire d’Alpha Condé dès le premier tour, avait commencé à rendre publics les résultats, circonscription par circonscription, à partir du 20 octobre au soir. Ces résultats, même partiels, indiquaient déjà clairement une tendance en faveur du président sortant, crédité d’une confortable avance dans les quatre préfectures dont les chiffres avaient été compilés, à savoir Matoto (49,13 %), Matam (51,39 %), Kaloum (51,87 %) et Boffa (56,69 %).

Bataille de chiffres

Des résultats contestés par l’Alliance nationale pour l’alternance démocratique (ANAD), qui soutient la candidature de Cellou Dalein Diallo, qui a publié son propre décompte des votes avant même que la Ceni ne délivre ses premiers chiffres. Selon ces résultats, Cellou Dalein Diallo aurait remporté la présidentielle avec 52 ,57 % des suffrages exprimés, tandis qu’Alpha Condé aurait recueilli 39,24 % des voix.

L’ANAD affirme avoir obtenu ces résultats en compilant des données collectées via un système de messagerie SMS, d’applications sur téléphone portable et par le biais d’un centre d’appel. Ce système aurait permis de collecter 84% des procès-verbaux ( 12 744 ).

Au terme d’une rencontre avec le corps diplomatique accrédité en Guinée, jeudi, le ministre guinéen des Affaires étrangères Mamadi Camara a critiqué ce procédé de compilation, évoquant « un logiciel tombé du ciel qui a la capacité d’avoir accès à tous les bureaux de vote dans les villages les plus reculés ». Jugeant le procédé « très grave et très dangereux », il a estimé que la démarche était « passible de poursuites judiciaires ».

Le gouvernement guinéen a menacé Cellou Dalein Diallo de « poursuites judiciaires » après que celui-ci a proclamé sa victoire. Mercredi soir, le domicile de l’opposant a été encerclé par des forces de l’ordre, et le siège de l’UFDG investi par des policiers. « Cette descente musclée des forces de défense et de sécurité dans nos locaux avait-elle pour objectif de détruire les preuves de la fraude massive organisée pour permettre le passage en force du troisième mandat ? » s’est notamment interrogé Cellou Dalein Diallo.

« Nous avons mis le paquet sur la sécurisation des suffrages exprimés en notre faveur, pour démontrer nos victoires volées en 2010 et 2015, a répondu la directrice de cabinet de Cellou Dalein Diallo, Nadia Nahman, lors d’une conférence de presse virtuelle organisée jeudi. Nous avons tous les résultats enregistrés dans des serveurs à l’étranger ».

Internet coupé

L’annonce des résultats donnant Alpha Condé vainqueur dès le premier tour de la présidentielle est intervenue alors qu’internet et les réseaux sociaux étaient extrêmement perturbés depuis la soirée de jeudi. L’ONG Netblocks a pour sa part mesuré que la connectivité de l’opérateur Orange, leader sur le marché guinéen, était à 9 % de son niveau habituel.

« Orange Guinée constate que son accès à l’internet mondial via le câble ACE a été coupé au niveau de la société Guilab, qui gère les accès du pays à ce câble, confirmait à Jeune Afrique un cadre d’Orange, le 23 octobre. La panne a été signalée à Guilab et Orange Guinée attend des éléments sur les délais de remise en service. »

Avec Jeune Afrique par Diawo Barry – à Conakry

Présidentielle en Guinée : entre bataille de chiffres et violences post-électorales

octobre 22, 2020
A Conakry, des violences ont éclaté entre les partisans de l’opposant Cellou Dalein Diallo et la police, le 21 octobre 2020.

Des violences ont été observées à Conakry et dans plusieurs régions du pays mercredi. La commission électorale pourrait diffuser les résultats complets du scrutin vendredi « au plus tard », tandis que l’opposant Cellou Dalein Diallo se déclare d’ores et déjà victorieux.

Le bras de fer se durcit entre Cellou Dalein Diallo et Alpha Condé. Après avoir proclamé la victoire de son candidat au lendemain du scrutin du 18 octobre, l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG, opposition) a annoncé, ce mercredi, la publication des résultats compilés par ses représentants.

Dans une stratégie prévisible, l’adversaire du président sortant a devancé la Commission électorale nationale indépendante (CENI), seule habilitée à diffuser les résultats du scrutin, proclamant dès lundi sa victoire à l’issue du premier tour, « malgré de graves anomalies » dans la tenue des opérations de vote.

La Ceni a, quant à elle, commencé à publier mardi soir des résultats partiels. Selon les chiffres qu’elle a publiés, le président sortant, Alpha Condé, arrive en tête dans les quatre préfectures dont les chiffres ont déjà été compilés, à savoir Matoto (49,13 %), Matam (51,39 %), Kaloum (51,87 %) et Boffa (56,69 %).

Des chiffres rejetés par le parti de Cellou Dalein Diallo, qui se base sur des résultats compilés par ses propres représentants, déployés dans l’ensemble des 15 000 bureaux de vote. « Et pourquoi pas, c’est une tradition en Guinée ! Alpha Condé avait fait la même chose en 2010 », justifie à JA le directeur de la communication de l’UFDG, Ousmane Gaoual.

« Nos délégués ont pris en photo ou saisi manuellement les résultats des procès-verbaux et les ont fait remonter, a-t-il par ailleurs expliqué lors d’une conférence de presse. C’est sur ces chiffres que nous nous sommes fondés pour annoncer notre victoire, qui ne souffre aucune contestation. »

« La seule région administrative qui a systématiquement refusé de nous remettre les procès-verbaux, c’est Kankan [fief du Rassemblement du peuple de Guinée, le parti d’Alpha Condé] », a-t-il néanmoins précisé, ajoutant que cela n’était pas de nature à remettre en cause la victoire de Cellou Dalein Diallo.

Résultats complets attendus vendredi

Une déclaration unilatérale, jugée « nulle et de nul effet » par la CENI. « Leurs résultats sont basés sur des chiffres envoyés par SMS, souligne le vice-président de l’institution, Bakary Mansaré. Nous ne pouvons pas les certifier. » Il rappelle que le travail de centralisation des résultats est effectué par la commission nationale de totalisation des votes, au sein de laquelle siègent notamment les commissaires de la CENI et un représentant de chaque candidat à l’élection présidentielle.

Selon lui, la commission électorale devrait publier dès ce mercredi soir des résultats concernant « au minimum » dix autres préfectures, sur les 38 que comptent le pays. « Le processus est rapide », assure Bakary Mansaré, qui ajoute que les résultats complets devrait être publiés « au plus tard vendredi ».

« La Ceni doit publier les procès-verbaux des résultats qu’elle annonce, insiste Ousmane Gaoual, afin de rassurer les Guinéens et la communauté internationale ».

Déployée dans 147 bureaux de vote sur l’ensemble du territoire, la mission d’observation électorale de l’Union africaine (UA) affirmait ce mardi que « malgré quelques dysfonctionnements, la clôture et le dépouillement du scrutin se sont déroulés de manière satisfaisante ».

Les 25 observateurs de l’UA ont toutefois relevé la « représentation inégale des candidats en lice » dans les bureaux de vote et souligné que certains membres des bureaux de vote n’avaient pas « scrupuleusement respecté les procédures de dépouillement telles que prévues par la loi ». La mission estime toutefois que le scrutin s’est globalement déroulé dans « la transparence, le calme et la sérénité ».

Violences

L’annonce des résultats partiels par la Ceni a toutefois été suivie d’une crispation du climat à Conakry, ainsi que dans plusieurs villes du pays, où des heurts entre manifestants et forces de l’ordre ont éclaté. L’UFDG estime à seize le nombre de personnes tuées mercredi à Conakry, dont deux membres des forces de l’ordre.

Dans un communiqué publié mercredi, le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) évoque une « situation chaotique ». Il dénonce la mort « par balles » de son coordinateur dans la capitale et annonce des « actions décisives » à venir.

Selon le ministre de la Sécurité, Albert Damantang Camara, des barricades ont été érigées dans plusieurs quartiers de Conakry dans la journée. Des tirs ont été entendus dans plusieurs quartiers de la ville.

Des heurts ont également éclaté dans les préfectures de Kissidougou et de Coyah « entre militants de l’UFDG et ceux d’autres formations politiques, notamment du RPG Arc-en-ciel », a fait savoir le ministre dans un communiqué. Il évoque également des « attaques ciblées à l’intérieur du pays, dans les quartiers de la haute banlieue de Conakry et contre les sièges des partis de la mouvance présidentielle et les domiciles des militants de ces partis. »

Le bilan est de dix morts sur l’ensemble du territoire selon le gouvernement, qui évoque une « stratégie du chaos orchestrée pour remettre en cause le scrutin » et lance un appel « au calme et à la retenue ».

Cellou Dalein Diallo a, quant à lui, affirmé être « séquestré » chez lui, en raison de la présence massive de forces de police devant son domicile. Un déploiement confirmé par Albert Damantang Caamara, qui a évoqué « des raisons de sécurité ». Le candidat de l’opposition a également accusé les forces de l’ordre de « tout détruire » dans ses bureaux, situés dans le quartier d’Hamdallaye.

Discret depuis le scrutin du 18 octobre, Alpha Condé s’est, lui, exprimé sur la situation dans un appel à la nation. « Je réitère mon appel, à tous, au calme et à la sérénité, en attendant l’issue du processus électoral en cours dans notre pays. Bien sûr qu’il y aura un vainqueur, mais, ce n’est pas pour autant que la démocratie sera menacée ou que la paix sociale devient impossible », a déclaré le président sortant.

Avec Jeune Afrique par Marième Soumaré

Présidentielle en Guinée : les électeurs appelés à trancher

octobre 18, 2020

Une file d'électeurs devant un bureau de vote du quartier Camayenne, proche banlieue de Conakry, le 18 octobre 2020.

Plus de cinq millions de Guinéens sont appelés dimanche à choisir leur président, dans un scrutin qui a tourné au duel entre Alpha Condé, candidat à un troisième mandat, et Cellou Dalein Diallo, son principal opposant.

Douze candidats et candidates sont en lice pour diriger la Guinée, pays de 12 à 13 millions d’habitants. L’issue devrait se jouer entre le sortant Alpha Condé, 82 ans, et son adversaire de longue date, Cellou Dalein Diallo, 68 ans.

Les deux hommes s’étaient affrontés en 2010, premières élections jugées démocratiques après des décennies de régimes autoritaires, puis en 2015. Alpha Condé l’avait emporté les deux fois.

Cette élection ouverte à 08H00 (heure locale), la première d’une série de cinq présidentielles en Afrique de l’Ouest avant fin 2020, se déroule dans un climat de crispation qui fait redouter des troubles.

Les Guinéens sont appelés aux urnes pour élire leur président, le 18 octobre 2020.

Promesses économiques

Alpha Condé, 4e président seulement qu’ait connu la Guinée indépendante (outre deux présidents par intérim), revendique d’avoir redressé un pays qu’il avait trouvé en ruines et d’avoir fait avancer les droits humains. Il promet d’en faire « la deuxième puissance (économique) africaine après le Nigeria ».

Cellou Dalein Diallo propose de « tourner la page cauchemardesque de 10 ans de mensonges », fustigeant répression policière, corruption, chômage des jeunes et pauvreté. Il dit le sortant incapable de continuer à gouverner à cause de son âge.

Le scrutin de 2020 n’échappe pas aux tensions des précédents. Pendant des mois, l’opposition s’est mobilisée contre la candidature d’Alpha Condé.

La contestation a été durement réprimée. Des dizaines de civils ont été tués.

Gouvernement et opposition se rejettent la responsabilité de ces morts.

Le nombre de mandats présidentiels est limité à deux. Mais pour Alpha Condé, la Constitution qu’il a fait adopter en mars pour, dit-il, moderniser le pays remet son compteur à zéro.

L’opposition a remis en cause la légitimité de cette Constitution. Après avoir défendu le principe du boycott, Cellou Dalein Diallo a décidé de participer à la présidentielle, faisant valoir que pour gouverner, il fallait passer par les urnes.

Les bureaux de vote guinéens ont ouvert à 8h00, heure locale.

Menée à coups de grands meetings fiévreux, la campagne a été émaillée d’invectives, d’incidents et d’obstructions, et de heurts qui ont fait plusieurs blessés entre militants.

L’importance des appartenances ethniques ajoute à la volatilité de la situation.

Le ministère de la Sécurité a prévenu vendredi qu’il était « interdit » à quiconque d’autre que les institutions « reconnues » de publier un résultat.

La publication d’un résultat national devrait prendre quelques jours au moins.Un éventuel second tour est programmé le 24 novembre.

Avec Jeune Afrique

Guinée – Ousmane Gaoual Diallo (UFDG) : « La candidature de Cellou Dalein Diallo ne légalise pas celle d’Alpha Condé »

octobre 15, 2020
Cellou Dalein Diallo, lors d'un meeting de campagne à Mamou, dans la Fouta-Djalon.

À la veille de son ultime face-à-face avec Alpha Condé, Cellou Dalein Diallo clôt ce jeudi dix jours de campagne présidentielle à travers la Guinée. Et rejette d’ores et déjà les résultats dans le fief de son adversaire, explique à JA son conseiller politique, Ousmane Gaoual Diallo.

« Alpha Condé ne peut pas gagner. » Alors que sa campagne électorale à travers le pays s’achève, Cellou Dalein Diallo veut y croire. Et ce, alors même que le chef de file de l’opposition considère que « les conditions d’un scrutin équitable ne sont pas réunies ».

Depuis dix jours, à chacune des étapes de sa campagne, l’ancien Premier ministre de Lansana Conté fait le même geste : juché sur le 4×4 qui le conduit au milieu de la foule de ses partisans vers le lieu du meeting du jour, il pointe du doigt la montre qu’il porte au poignet gauche. Une manière de dire : « L’heure du changement est venue. »

Des fiefs de son adversaire Alpha Condé, il ressort en s’affirmant « surpris » par le « soutien massif » qu’y a reçu son parti, l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG). Et veut y voir le signe de la désaffection de la jeunesse à l’égard du président sortant, candidat à un troisième mandat controversé.

À Kankan, pourtant, il n’a pas pu tenir son meeting, le 11 octobre. Des jeunes ont bloqué son convoi avant qu’il ne parvienne dans la capitale du pays malinké, et des affrontements ont éclaté entre les partisans de Condé et les siens.

Au sortir d’une campagne électorale tendue, lors de laquelle les deux camps s’accusent mutuellement d’instrumentaliser la question ethnique à des fins électoralistes, Ousmane Gaoual Diallo, conseiller politique de Cellou Dalein Diallo et directeur de la Communication de l’UFDG, répond aux questions de Jeune Afrique.

Ousmane Gaoual Diallo, conseiller politique de Cellou Dalein Diallo, aux côtés du candidat de l'UFDG pendant la campagne présidentielle.

Jeune Afrique : Quel est le principal message de votre candidat, qui termine une tournée au quatre coins de la Guinée ? Quelles seraient ses priorités en cas de victoire ? 

Ousmane Gaoual Diallo : Notre première priorité, c’est de réconcilier et d’unir les Guinéens. Nous allons mettre en œuvre les recommandations de la commission nationale de la réconciliation, afin de solder un passé qui continue de diviser. À ce moment-là seulement, nous nous attèlerons à nos axes prioritaires, qui concernent l’éducation, la santé, les infrastructures routières, la justice, les institutions militaires. Ces secteurs ne peuvent se reconstruire sur les bases d’une société divisée.

L’UFDG s’est joint à l’appel à manifester ce jeudi lancé par le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC). En décidant de se porter candidat, Cellou Dalein Diallo a rompu avec la ligne du boycott, suivie par ce dernier. Quels rapports conservez-vous avec vos alliés d’hier ?

Le FNDC n’est pas notre allié. Nous en sommes membres à part entière, même si nous ne sommes plus présents au sein des organes de décision. Cette structure a été créée par les organisations politiques et de la société civile pour défendre la Constitution de 2010 et s’opposer au troisième mandat. Ces objectifs, nous les poursuivons à travers la candidature de Cellou Dalein Diallo. Ce sont deux démarches complémentaires pour le même objectif.

Plusieurs membres ou ex-membres du FNDC sont aujourd’hui candidats à l’élection. Pourquoi n’êtes-vous pas parvenu à désigner un candidat unique ?

Ce sujet divise la classe politique et n’a jamais été tranché. Mais ceux qui pouvaient se présenter ont décidé de le faire. L’essentiel, c’est qu’ils s’engagent pour l’alternance et s’alignent derrière celui qui, parmi eux, arrivera au second tour.

Avez-vous l’assurance que les onze candidats de l’opposition feront front commun, dans l’hypothèse d’un deuxième tour ?

Un accord en ce sens a déjà été signé dans le cadre de l’Alliance nationale pour l’alternance démocratique. Ils se sont engagés publiquement.

N’est-il pas paradoxal de participer à un scrutin dont, par ailleurs, vous affirmez qu’il est illégitime ?  

Tout d’abord, la candidature de Cellou Dalein Diallo ne légalise pas celle d’Alpha Condé, qui a prêté serment à plusieurs reprises devant une Constitution qui lui interdit d’être candidat à un troisième mandat.

Ensuite, il faut rappeler que nous sommes dans une situation d’imbroglio juridique. La Constitution de 2010 adoptée par consensus est suspendue, une autre a été soumise au peuple par référendum, et une troisième a été promulguée… Ces trois textes sont différents : lequel s’impose aujourd’hui aux Guinéens ?

Enfin, le code électoral, qui fixe les conditions de candidature et les règles de cette élection, est adossé à la Constitution de 2010, qui a été suspendue. C’est ce qui fait que des conditions édictées dans la nouvelle Constitution, comme l’obligation de parrainage pour les candidats, n’ont pas pu être mises en œuvre.

Malgré tout, la candidature de Cellou Dalein Diallo, qui est légale et légitime, ne vient pas effacer ces turpitudes.

Critiquée par votre parti qui lui reproche un manque de transparence dans le processus de décompte des voix, la Commission électorale nationale indépendante [Ceni] a réaffirmé son impartialité. Avez-vous reçu des assurances quant à l’accès aux procès-verbaux des bureaux de vote lors du scrutin ?

La loi dit que chaque candidat doit avoir un représentant dans chaque bureau de vote et doit repartir avec une copie du procès-verbal. Est-ce qu’il appartient à la Ceni de s’interroger sur la nécessité ou non de respecter la loi ?

La Ceni a affirmé avoir des difficultés techniques pour disposer, le jour du scrutin, de suffisamment de copies des procès-verbaux…

Ces dispositions ne sont pas nouvelles et ne peuvent être soumises à discussion. Au moment de réfléchir au budget, il fallait tout mettre en œuvre afin de se conformer au code électoral. La Ceni connaissait le nombre de candidats ; à elle de s’assurer qu’il y aura suffisamment de copies à leur disposition.

Par ailleurs, nous constatons d’autres violations du code électoral, notamment en ce qui concerne l’affichage des listes, qui n’a pas été effectué. Enfin, la sécurité des représentants des différents candidats en Haute-Guinée pose question. Les préfectures de Kankan, de Kouroussa, de Sirigui, de Kerouané, sont devenues des régions de non-droit. Il revient à la Ceni de décider qu’en raison de l’insécurité qui y règne et de l’incapacité de l’État à garantir la sécurité des candidats, des électeurs et des délégués, il n’y aura pas d’élections dans ces régions.

Aucun des douze candidats n’a pu faire campagne là-bas, à part Alpha Condé. S’il y a une partie du territoire qui est exclusivement réservée à Alpha Condé, il y a un problème fondamental. Cela veut dire que l’on n’a pas accès à nos électeurs.

Si on nous prive du droit d’aller nous adresser à nos concitoyens, on ne pourra certainement pas se rendre dans les bureaux de vote. Si l’État est incapable de préserver la sécurité dans cette région, il faut accepter de ne pas l’inclure dans le processus électoral, afin de garantir une élection transparente et crédible.

Vous vous apprêtez donc à concourir à une élection en considérant que les résultats de la région qui réunit 22 % du corps électoral national ne peuvent être pris en compte…

Absolument. Si on ne peut pas permettre aux délégués d’être présents, après avoir empêché les onze candidats de faire campagne, cela veut dire que le RPG est seul dans la région. Ce n’est pas la peine de considérer qu’il y a une élection en Haute-Guinée. Ce n’est pas une volonté, c’est un constat, une situation désagréable qui est en train de prendre une tournure dramatique pour notre pays. Nos militants sur place sont pourchassés, leurs biens saccagés, dans l’indifférence totale de l’État.

Alpha Condé a appelé ses partisans au calme cette semaine…

Est-ce suffisant ? Des individus sont ciblés à cause de leur patronyme. Ils sont parfois attaqués alors même qu’ils ne sont pas des militants de l’UFDG, mais simplement parce qu’ils appartiennent à la communauté peule. C’est quelque chose d’extrêmement dangereux.

Vos adversaires vous reprochent d’instrumentaliser, vous aussi, les questions ethniques à des fins politiques. À Labé, le fief de Cellou Dalein Diallo en Moyenne-Guinée, le convoi du Premier ministre, Ibrahima Kassory Fofana, a été attaqué le 29 septembre par des militants de l’UFDG.

Le préfet de Labé [El hadj Safioulaye Bah] a dit lui-même que le Premier ministre n’était pas visé par les attaques. Si des militants ont attaqué le cortège, ils doivent être jugés et condamnés par l’État. C’est son rôle. Il ne peut pas justifier la violence d’aujourd’hui par celle d’hier, sauf à instrumentaliser cette violence. Nous appelons nous-mêmes nos militants à la retenue, car nous n’avons aucun intérêt à aller dans cette voie.

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest [Cedeao] est impliquée dans le processus électoral pour cette présidentielle. Qu’en attendez-vous ?

Rien du tout. C’est une institution qui devient une organisation clanique, au service de ceux qui sont au pouvoir, quand bien même elle continue d’être considérée comme une référence par les autres organisations internationales. L’Union européenne et les Nations unies, quant à elles, n’ont pas voulu s’associer à ce processus biaisé.

Quelle sera votre réaction en cas de victoire d’Alpha Condé ?

S’il remporte cette élection de manière transparente et crédible, nous reconnaîtrons le résultat sans difficultés. Mais tout dépend de la qualité du scrutin. On ne peut pas reconnaître quelqu’un qui ne compte que sur la violence, la fraude et la corruption pour s’emparer des leviers du pouvoir. La Constitution a donné aux citoyens la liberté de s’exprimer et de manifester. Dans ces conditions-là, nous prendrons position dans la rue, aussi longtemps qu’il le faudra.

Avec Jeune Afrique par Marième Soumaré

                                                      

Guinée : élection présidentielle le 18 octobre

août 11, 2020

Le président guinéen Alpha Condé a annoncé mardi à la télévision nationale que l'élection présidentielle aura lieu le 18 octobre.

Le président guinéen Alpha Condé a annoncé mardi à la télévision nationale que l’élection présidentielle aura lieu le 18 octobre. CELLOU BINANI / AFP

Le président guinéen Alpha Condé a annoncé mardi à la télévision nationale que l’élection présidentielle, très attendue, aura lieu le 18 octobre.

Le président Condé a fait passer en mars une réforme constitutionnelle qui était, selon l’opposition, un subterfuge pour lui permettre de se présenter une troisième fois à la présidentielle. Son parti politique l’a désigné comme candidat présidentiel la semaine dernière, mais il n’a pas encore indiqué s’il allait ou non se présenter.

Par Le Figaro avec AFP

Présidentielle en Guinée : le RPG vote Alpha Condé

août 7, 2020

  Alpha Condé, lors de la convention du RPG, le 6 août 2020 à Conakry

Alpha Condé, lors de la convention du RPG, le 6 août 2020 à Conakry © Cellou Binani / AFP

 

Alors que son parti le pressait de se présenter une troisième fois lors de la présidentielle d’octobre, le président guinéen a préféré « prendre acte » et réserver sa réponse.

Ce devait être la fin du suspense. Mais finalement, Alpha Condé a réservé sa réponse. « Pour le moment je prends acte », a-t-il répondu aux cadres de son parti qui, à l’issue de deux journées de convention au Palais du Peuple, à Conakry, lui ont demandé d’être le candidat du Rassemblement pour la Guinée (RPG, au pouvoir).

Arrivé en début d’après-midi sous un tonnerre d’applaudissements, le président guinéen a pris place sur un siège installé face à la scène. Le cérémonial avait été scénarisé dans les moindres détails. Hadja Diakhagbè Camara, une militante du parti, a d’abord pris la parole pour présenter le « rapport final de la convention ». « Nous exprimons notre soutien indéfectible au président de la République », a-t-elle assuré, avant de lancer : « Nous vous choisissons comme l’unique candidat du RPG ! ».

« Pour le moment, je prends acte »

Dans la salle, c’est l’explosion. Alpha Condé, lui, reste serein. Hadja Nantou Chérif, coordinatrice nationale du RPG vient lui apporter le texte de la résolution finale en mains propres. Et l’interpelle, à nouveau, dans toutes les langues du pays : « Notre choix s’appelle Alpha Condé : accepte notre choix ! » Le chef de l’État se lève enfin, les bras levés, monte sur l’estrade, avec l’hymne national en fond sonore. Il adresse quelques remerciements aux partis alliés du RPG, au Premier ministre, aux militants « sans lesquels je ne serai pas à cette place ».

Mais bientôt, l’enthousiasme des militants se tempère. Dans son discours, Alpha Condé indexe, sans les nommer, les cadres de son parti. « Il faut que le RPG revienne à sa tradition de solidarité », lance-t-il devant ses partisans. « Les forces intermédiaires entre le peuple et moi ne jouent pas leur rôle », accuse-t-il ensuite, avant de poser une série de conditions.

« Si vous voulez que j’accepte votre proposition, il faudra faire en sorte que le RPG soit comme avant : un parti pour tous », déclare Alpha Condé. « Si vous voulez que je continue, faites en sorte que ceux qui se sont battus pour le parti vivent dignement ». « Pour le moment je prends acte », ajoute-t-il. « Si vous faites tout ce que je viens de dire, je vous donnerai ma réponse. »

« Aucune place pour un dauphin »

Les militants et cadres du RPG avaient pourtant fait les choses en grand, persuadés d’obtenir séance tenante une réponse positive de leur leader.

Dès l’ouverture du congrès, la ligne était toute tracée : « Cette convention se tient à un moment particulier, où le monde est confronté à la pandémie du Covid-19 et où les violences sont récurrentes. L’adversité est menaçante, mais je suis sûr que nous sortirons victorieux sous le leadership du président Alpha Condé », avait ainsi entonné mercredi le Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana, dans un discours où il dressait un bilan élogieux des deux mandats du président guinéen.

Le président de l’Assemblée nationale, Amadou Damaro Camara, ne faisait pas non plus mystère de l’issue espérée. « Le président sera investi, c’est une certitude. Le professeur Alpha Condé est le meilleur de nous tous. Il n’y avait aucune place pour un dauphin », assurait-il le même jour à Jeune Afrique.

Il leur faudra donc s’armer de patience. Alpha Condé a promis, à compter de demain matin, de recevoir les différentes délégations à tour de rôle : Guinée-Forestière, Haute-Guinée, Foutah et Basse-Guinée.

Avec Jeune Afrique par Diawo Barry et Fatoumata Diallo

Guinée – Kabinet Cissé, président de la Ceni : « Nous ne céderons pas aux pressions extérieures »

juillet 25, 2020

 Kabinet Cissé (au centre), après son élection à la présidence de la Commission électoral nationale indépendante de Guinée, le 26 mai 2020.

Kabinet Cissé (au centre), après son élection à la présidence de la Commission électoral nationale indépendante de Guinée, le 26 mai 2020. © DR / CENI Guinée

À quelques mois de la présidentielle, c’est lui qui a la charge d’organiser des « élections libres, transparentes et inclusives ». Kabinet Cissé, président de la Ceni, expose sa feuille de route et affiche sa volonté d’indépendance.

En acceptant la présidence de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), Kabinet Cissé savait qu’il prenait les rênes de l’une des institutions les plus difficiles à gérer à Conakry. Mais le nouveau président a vite pris ses marques. À peine investi, il a proposé à Alpha Condé la date du 18 octobre pour la tenue du scrutin. En attendant la validation du chef de l’État, il a d’ores et déjà fixé le chronogramme à suivre.

Le nouveau patron de la Ceni entend marquer une rupture avec ses prédécesseurs. Les querelles politiques ne sont pas ses affaires, confie-t-il à Jeune Afrique, exprimant son souhait de voir naître une réforme globale de la Commission, basée sur une « Ceni technique » où les commissaires désignés par les partis politiques seraient relégués à une fonction administrative.

Jeune Afrique : La Ceni a proposé la date du 18 octobre prochain pour la tenue des élections présidentielles. Ce calendrier est-il tenable, dans le contexte actuel ? 

Oui, cette date est tout à fait tenable, et nous y travaillons avec tous les commissaires de la Ceni. Par ailleurs, il est important de préciser qu’elle est indicative et n’est en aucun cas définitive. Conformément à la loi, il appartient au président de la République de l’entériner ou non.

Son mandat prenant fin entre le 20 et le 21 décembre prochain, il était de notre devoir de fixer une date « technique ». En effet, toujours selon la loi, l’élection présidentielle doit se tenir 60 jours au moins et 90 jours au plus avant l’expiration du mandat précédent. C’est ainsi que nous avons privilégié la date du 18 octobre.

Quoi qu’il en soit, la Ceni a déjà commencé à dérouler son chronogramme depuis le 20 juillet. L’objectif est d’assainir le fichier électoral pour favoriser une élection libre, transparente et inclusive.

Lors du double scrutin du 22 mars 2020, le chronogramme de la Ceni a longtemps divisé en son sein. Les commissaires issus de l’opposition l’ont maintes fois rejeté, ainsi que plusieurs organisations internationales. Allez-vous prendre en compte ces critiques ? 

Oui, la Ceni a connu quelques difficultés ces dernières années, mais nous ne céderons pas aux pressions extérieures et nous n’accorderons aucun crédit aux polémiques. Seul le respect de la loi nous importe.

La principale mission de la Commission est de régler la question relative aux 2,4 millions d’électeurs qui ont été écartés lors du double scrutin de mars car considérés comme « problématiques ». Certains ont prétendu que ces électeurs étaient fictifs, c’est faux. Ils existent, mais nombres d’entre eux ne possèdent pas de carte d’identité numérique ou n’ont pas participé à la dernière campagne de recensement.

La tâche qui nous incombe aujourd’hui est de régulariser la situation de ces citoyens pour les intégrer dans le processus électoral.

Le débat sur le fichier électoral est récurent. D’où vient réellement ce problème ?

Je pense que la difficulté fondamentale vient d’une mauvaise interprétation de la loi. Conformément au code électoral, un recensement ordinaire de 90 jours doit se tenir tous les ans. Celui-ci doit débuter entre le 1er octobre et le 31 décembre. Or cette règle n’a jamais été respectée. De facto, on se retrouve avec un fichier électoral non qualifié, qui n’est pas mis à jour, et, les années passant, des millions de Guinéens disparaissent des radars électoraux.

Comment va se dérouler cette campagne de recensement ?

Nous avons déployé 2 000 kits d’enrôlement sur tout le territoire et 2 000 équipes composées de cinq personnes chacune. Nous avons également mis à contribution les autorités locales, qui connaissent les citoyens de leurs circonscriptions. Une campagne de sensibilisation va venir renforcer le processus.

Cette campagne de révision exceptionnelle nous permettra d’enrôler en quinze jours les citoyens qui ne se sont jamais fait recenser, d’effacer les doublons à l’aide de la prise d’empreintes et de munir les électeurs d’une carte d’identité conforme à la législation actuelle.

Allez-vous  demander à nouveau une assistance technique à l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) ou à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao)?

Dans la phase où nous nous trouvons actuellement, nous n’avons pas besoin de ces organisations. Nous sommes dotés d’outils et de logiciels solides – développés par l’entreprise sud-coréenne Miru Systems et la société Innovatrices – qui nous permettent de mener ces opérations en toute autonomie.

Vous affirmez que tous les commissaires de la Ceni vous soutiennent pour mener à bien le scrutin à venir. Or, le 20 juin dernier, les commissaires issus de l’opposition ont publié un communiqué dans lequel ils remettent en cause le chronogramme que vous avez proposé. Que leur répondez-vous ?

J’ai constaté que lors de la discussion autour de la date du 18 octobre, un seul commissaire avait exprimé sa réserve. J’entends les revendications, mais il ne faut pas nécessairement avoir une lecture négative des critiques. Je considère qu’elles permettent aussi d’améliorer le processus. Une chose est sûre : aujourd’hui, le dialogue est bien instauré entre tous les commissaires. C’est ce qui m’importe.

Doit-on réformer la Ceni ?

À terme, une réforme apparaît nécessaire. Actuellement, la Commission est composée de commissaires issus de la mouvance et de l’opposition, ce qui permet d’équilibrer les points de vue. Mais je pense fondamentalement qu’il est dans l’intérêt de tous de mettre en place une Ceni constituée de techniciens. Il faut ainsi réduire le rôle des commissaires et limiter ces derniers à une gestion administrative. Cette réforme peut notamment permettre de balayer les critiques qui disent que la Commission est trop politisée.

Comment allez-vous faire pour retrouver la confiance de ceux qui reprochent à la Ceni d’être instrumentalisée par la majorité présidentielle ?

Il faut arrêter de faire de tels raccourcis ! La Ceni ne se résume pas aux commissaires nommés par les partis politiques. Dans son fonctionnement, la loi oblige que la présidence soit briguée par un membre de la société civile. C’est ainsi que j’ai été nommé, tout comme mes prédécesseurs. Depuis que j’ai pris mes fonctions, c’est cette démarche que je prône. Je suis à l’écoute de tous les camps, de leurs préoccupations, et j’encourage tout un chacun à s’exprimer.

L’opposition affirme qu’elle n’ira pas aux élections si Alpha Condé se présente à nouveau. Si ce scénario se vérifie, comment garantir le caractère inclusif de l’élection ? 

Il faut que les choses soient claires : la Ceni est une organisation apolitique. Les demandes de l’opposition ne nous concernent pas mais s’adressent à l’État et à la classe politique, notamment la mouvance présidentielle.

Si l’opposition pose des conditions qui doivent se régler dans d’autres instances, cela ne nous regarde pas. Oui, la Ceni souhaite des élections libres, transparentes et inclusives. La question relative à cette transparence est de notre prérogative. Le reste relève du domaine politique.

Avec Jeun Afrique par Fatoumata Diallo

Guinée: reprise des manifestations anti-Condé, heurts avec la police

juillet 20, 2020

Suspendue depuis des mois en raison de la pandémie de coronavirus, la contestation contre un éventuel troisième mandat du président guinéen Alpha Condé a repris, ce lundi 20 juillet, à Conakry et a été marquée par des heurts entre manifestants et forces de l’ordre. Le gouvernement guinéen a assuré que l’appel à manifester des opposants au chef de l’État n’avait «pratiquement pas été suivi».

En revanche, le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), qui mène la contestation, a «félicité» et «salué le courage des populations de Conakry et de ses alentours qui, malgré» la pluie «et une forte militarisation des villes, ont répondu à l’appel».

«Les forces de défense et de sécurité ont, à nouveau, réprimé les citoyens en faisant usage des armes de guerre», assure le FNDC, qui fait état d’un bilan «d’au moins 20 personnes blessées, dont cinq par balles et deux dans un état très critique».

Un jeune homme de 22 ans a été blessé par balle au visage dans le quartier de Hamdallaye à Conakry, ont affirmé à l’AFP un de ses proches et une source médicale. «Plusieurs dizaines d’arrestations ont également été enregistrées, dont un groupe de femmes à Lansanaya» près de la capitale, selon le FNDC.

Le ministère de la Sécurité et de la Protection civile a de son côté dénoncé «quelques groupes de loubards» qui se sont «livrés à des actes d’incivisme». Selon le ministère, un adjudant de police a été «grièvement blessé par jets de pierres». Mais «aucun cas de blessé civil en lien avec les échauffourées n’a été constaté», a-t-il indiqué dans un communiqué. Une forte pluie a contribué à l’arrêt des manifestations, selon un correspondant de l’AFP.

Une répression sanglante

Avec l’apparition de la pandémie de Covid-19, le FNDC, collectif de partis, syndicats et représentants de la société civile, avait suspendu les manifestations. L’organisation avait régulièrement appelé à manifester depuis octobre pour faire barrage à une nouvelle candidature du président Condé à la présidentielle prévue en octobre. Cette trêve a été levée lundi, bien que les rassemblements restent interdits en raison de l’état d’urgence sanitaire. Ce pays pauvre, régulièrement en proie à des manifestations et une répression sanglante, a officiellement enregistré quelque 6.500 cas de Covid-19 et 39 décès.

Le second mandat de M. Condé, 82 ans, arrive à échéance à la fin de l’année. L’opposition est convaincue qu’il briguera sa propre succession. Celle-ci a vainement tenté de s’opposer à une nouvelle Constitution soumise le 22 mars à référendum, et dénonce un subterfuge de M. Condé pour se représenter. Ancien opposant historique, devenu premier président démocratiquement élu après des décennies de régimes autoritaires, Alpha Condé entretient l’ambiguïté sur ses ambitions.

Par Le Figaro avec AFP

Guinée : Mory Kanté, le « griot électrique », est décédé

mai 22, 2020

Le chanteur Mory Kanté à Marrakech, en mai 2011.

Le chanteur Mory Kanté à Marrakech, en mai 2011. © Joel Jean-Pierre/AP/SIPA 

Le chanteur et musicien guinéen Mory Kanté, célèbre pour son tube « Yéké Yéké » dans les années 1980, est décédé vendredi à l’âge de 70 ans à l’hôpital sino-guinéen de Conakry.

Mory Kanté, surnommé le « griot électrique », a contribué à populariser la musique africaine et guinéenne à travers le monde. « Yéké Yéké », l’un des plus grands tubes de l’histoire de la musique africaine, sorti en 1987, s’est vendu à des millions d’exemplaires, et a atteint les sommets des hit-parades dans de nombreux pays. Mory Kanté s’est éteint « vers 9h45 ce matin à l’hôpital sino-guinéen » dans la capitale guinéenne, a annoncé son fils, Balla Kanté.

« Il souffrait de maladies chroniques et voyageait souvent en France pour des soins, mais avec le coronavirus ce n’était plus possible », a-t-il ajouté. On a vu son état se dégrader rapidement, mais j’étais surpris quand même car il avait déjà traversé des moments bien pires ».

Né dans une célèbre famille de griots, ces poètes, conteurs, musiciens dépositaires de la culture orale en Afrique, Mory Kanté fut l’un des premiers musiciens, avec le Malien Salif Keïta, à diffuser la musique mandingue loin de ses frontières. Mory Kanté, qui a passé une grande partie de sa jeunesse au Mali voisin de la Guinée, y intégra, au début des années 1970, le fameux Rail Band de Bamako, dont Salif Keïta était le chanteur.

« Un héritage immense »

Après avoir quitté le Rail Band, il révolutionna la musique ouest-africaine dans les années 1980 en électrifiant son instrument et en ouvrant les musiques traditionnelles mandingues villageoises aux beats électroniques et aux grooves plus urbains. Le concept de « World Music » était alors encore balbutiant.

Avec « Yéké Yéké », ce maître de l’instrument traditionnel à cordes qu’est la kora, doté aussi d’une puissante voix de tête, a accédé à la gloire internationale et amené la musique mandingue sur les pistes de danse. L’album « Akwaba Beach », dans lequel figure cette chanson, fut l’une des plus grosses ventes mondiales des musiques d’Afrique noire.

Dans les années 2000, après un certain désamour d’un public lassé, il s’était un temps orienté vers une musique plus acoustique, au sein d’un orchestre où prédominaient les cordes.

Au début des années 2010, dans « la Guinéenne », son premier disque depuis huit ans, enregistré au pays, il choisissait la formule du grand orchestre, celle de l’âge d’or de la musique ouest-africaine dans les années post-indépendances, avec une suite de mélodies mandingues entonnées sur des grooves occidentaux, aux accents funk, reggae, zouk.

La culture africaine est en deuil

Mory Kanté, qui fut ambassadeur de bonne volonté de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation (FAO) et chanta au profit de la lutte contre la fièvre Ebola, qui frappa durement la Guinée entre 2013 et 2016, était une personnalité incontournable dans son pays.

« La culture africaine est en deuil, a tweeté le président Alpha Condé, Merci l’artiste. Un parcours exceptionnel. Exemplaire. Une fierté ».

« Il laisse un héritage immense pour la culture, trop vaste pour qu’on puisse tout citer », a dit son fils. « Il a aussi beaucoup fait pour la culture dans son pays en construisant des studios, des structures culturelles. Mais surtout, il a valorisé la musique guinéenne et africaine en la faisant connaître à travers le monde », a-t-il ajouté.

Par Jeune Afrique avec AFP

Guinée : Amadou Salif Kébé, le président de la Ceni, emporté par le coronavirus

avril 17, 2020

Me Salif Kébé, président de la Ceni de Guinée Conakry, le 30 janvier 2018.

Me Salif Kébé, président de la Ceni de Guinée Conakry, le 30 janvier 2018. © Diawo Barry pour JA

 

À la tête de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) depuis juillet 2018, l’avocat Amadou Salif Kébé avait notamment supervisé le double scrutin du 22 mars dernier.

Le président de la Commission électorale et indépendante guinéenne (Ceni), Me Amadou Salif Kebé, est décédé ce vendredi 17 avril à l’hôpital de Donka, à Conakry, des suites du Covid-19.

Confiné chez lui depuis une dizaine de jours, il avait été admis le 14 avril au CHU de Donka, un établissement en première ligne dans la lutte contre la pandémie, à la suite d’une dégradation de son état de santé, aggravé par le diabète. Selon une source proche de la mouvance présidentielle, Amadou Salif Kebé aurait été contaminé par des observateurs de la société civile africaine venus en Guinée pour superviser le double scrutin électoral du 22 mars dernier. L’un d’entre eux est toujours hospitalisé.

Le président de la Ceni est la troisième victime du Covid-19 en Guinée, qui compte 438 cas confirmés, dont 49 guérisons, au 17 avril.

Un homme déterminé

Ancien avocat, Amadou Salif Kebé avait été porté à la tête de l’institution par 18 commissaires sur 19 à la suite d’une motion de défiance déclenchée contre son prédécesseur, Bakary Fofana. Depuis, il avait la lourde tâche d’assainir le fichier électoral guinéen et de conduire le double scrutin boycotté par une partie de l’opposition. « Mon équipe et moi faisons du mieux que nous pouvons afin que les élections soient de qualité », avait-il affirmé à Jeune Afrique en février 2018.

Souvent décrié par les détracteurs du pouvoir, le patron de la Ceni n’a jamais flanché et s’est toujours dit « serein », ne cessant de défendre l’institution qu’il a présidée durant un an et demi.

Sa dernière apparition publique date du 2 avril, lorsqu’il a annoncé les résultats provisoires des élections législatives et du référendum constitutionnel.

Avec Jeuneafrique par Fatoumata Diallo