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La Guinée se retire des Jeux de Tokyo en raison de la pandémie de COVID-19

juillet 22, 2021

CONAKRY, Guinée — La Guinée a choisi de se retirer des Jeux olympiques de Tokyo en raison de la résurgence des cas de COVID-19 et de l’apparition des variants.

© Fournis par La Presse Canadienne

Le pays africain devait envoyer cinq athlètes au Japon.

Le ministère des Sports Sanoussy Bantama en a fait l’annonce dans une lettre envoyée mercredi au président du Comité olympique de Guinée.

«En raison de la propagation des variants de la COVID-19, le gouvernement, qui veut protéger la santé des athlètes guinéens, a décidé d’annuler la participation de la Guinée aux 32e Jeux olympiques, prévus à Tokyo», peut-on lire dans la déclaration.

Quelques jours seulement avant cette annonce, le secrétaire général du Comité olympique de Guinée, Ben Daouda Nassoko, avait mentionné à l’Associated Press que sa délégation venait de recevoir les fonds nécessaires pour se rendre à Tokyo.

La lutteuse Fatoumata Yarie Camara est l’une des athlètes qui seront privés d’une participation aux JO.

«La question que je me pose est: si le pays hôte — le Japon — n’a pas annulé les Jeux en raison de la pandémie, alors pourquoi la Guinée a choisi de ne pas participer?» a-t-elle souligné.

«Pourquoi? C’est ce que je me demande, mais je n’ai toujours pas trouvé de réponse.»

Les autres athlètes guinéens qui devaient participer aux compétitions sont les nageurs Mamadou Tahirou Bah et Fatoumata Lamarana Toure, le sprinteur Aissata Deen Conte et le judoka Mamadou Samba Bah.

La Guinée a envoyé une délégation lors de 11 Jeux olympiques, mais elle n’a jamais remporté de médaille.

La Corée du Nord est le seul autre pays à s’être retiré des Jeux de Tokyo, également en raison de la pandémie.

Avec Boubacar Diallo et Carley Petesch, The Associated Press

Libération d’opposants en Guinée : « Il n’y a pas plus indulgent qu’Alpha Condé »

juin 25, 2021

Alpha Condé, au palais présidentiel.

Retour d’exilés, grâce et libération d’opposants… Le président multiplie les gestes d’apaisement envers des adversaires. À condition qu’ils présentent des excuses publiques !

L’heure semble désormais à l’apaisement à Conakry. Tour à tour, des opposants condamnés ont recouvré la liberté. Le 22 juin, Souleymane Condé, coordinateur du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) aux États-Unis, et Youssouf Dioubaté, l’ami avec lequel il avait été arrêté, ont ainsi bénéficié d’une remise de peine. Les deux hommes avaient été condamnés à un an d’emprisonnement pour « production, diffusion, mise à disposition d’autrui des données de nature à troubler l’ordre public ».

Grâce présidentielle

Avant eux, le 18 juin, ce sont deux autres opposants qui avaient bénéficié de la grâce présidentielle : le jeune militant de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) Boubacar Diallo, alias Grenade, condamné en appel début juin à dix ans de prison ferme pour « tentative d’assassinat, port illégal d’armes de guerre et de minutions ». La Cour d’appel de Conakry avait alors confirmé une peine rendue deux ans auparavant par le tribunal de Dixinn contre le jeune opposant, accusé d’avoir tiré à balles réelles sur les forces de l’ordre lors d’une manifestation de l’opposition, en mai 2016.

Autre gracié, Mamady Condé, alias « Madic 100 frontière », 300 000 abonnés sur Facebook. Transfuge du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG arc-en-ciel, au pouvoir), l’opposant qui militait pour l’UFDG de Cellou Dalein Diallo et contre le troisième mandat d’Alpha Condé avait été interpellé à la veille de la présidentielle. Condamné en février dernier à cinq ans de prison pour « téléchargement, diffusion de messages, photos, dessins de nature raciste ou xénophobe, menaces, violences et injures par le biais d’un système informatique », « Madic 100 frontière » avait fait appel. Le 10 juin, la Cour d’appel venait de réduire sa peine à un an de prison ferme.

Excuses publiques

Tous ont auparavant dû s’acquitter d’excuses publiques auprès du chef de l’État. Les grâces de Souleymane Condé et Youssouf Dioubaté ont été annoncées quelques heures après la publication dans la presse d’une lettre conjointe, dans laquelle les deux anciens prisonniers disaient « profondément » regretter leurs actes, qu’ils assimilaient à des « erreurs de jeunesse », jurant de ne pas récidiver pour « le restant de leur vie ».

Boubacar Diallo a fait de même. Dans une lettre adressée au ministre de la Justice, il a exprimé ses regrets, expliquant par ailleurs que sa grand-mère, qui l’a élevé depuis le décès de sa mère, « est gravement malade ». « Je sollicite votre aide afin de bénéficier de la clémence de la force publique guinéenne qui aura pour conséquence directe l’établissement d’une remise de peine à mon bénéfice », a-t-il plaidé. Depuis sa libération, l’ancien opposant ne tarit plus d’éloges à l’égard du chef de l’État et fustige son « abandon » par l’UFDG, sa formation politique d’origine.

VOUS VERREZ QUE LE PRÉSIDENT GRACIERA TOUS LES DÉTENUS POLITIQUES

Mamady Condé avait quant à lui plaidé en vain la clémence du tribunal de Dixinn. Il doit sa libération à la mobilisation de sa famille, dont l’histoire se confond avec celle du RPG arc-en-ciel. Son frère cadet s’est en effet employé à rappeler aux autorités les représailles essuyées par leur père sous le régime de Lansana Conté : « Mon père a été l’un des fondateurs du RPG ».

« À son retour au pays en 1992 après ses études au Canada et à Cuba, il a décliné l’offre du président Conté de le nommer ministre. Il a pris part à un meeting de l’opposant Alpha Condé à Kissidougou. Cela lui a coûté son poste de directeur national de l’élevage, il a été emprisonné, muté, explique à Jeune Afrique Kader Yomba Condé. En 1998, le jour de son arrestation et de celle du leader du RPG, ma sœur a été tuée par des militaires. Après des jours de recherches, son corps a été retrouvé dans un puits. Mon frère et moi avons fait la prison, avant que lui ne s’exile au Canada. »

C’est à son retour en Guinée, en 2011, que Mamady Condé s’éloigne du parti au pouvoir et se rapproche de l’opposition pour défendre, assure son frère, les mêmes idéaux de justice et d’équité pour lesquels sa famille s’est toujours battue. « Je partage ses convictions mais déplore ses excès de communication sur les réseaux sociaux, plaide Kader Yomba Condé. Il n’y a pas plus indulgent que Alpha Condé. On a demandé pardon au président de la République, il nous a entendus. Vous verrez qu’il graciera tous les détenus politiques. »

« Chantage »

Autre retour marquant, celui de Souleymane Bah, alias « Soulay Thiâ’nguel », ancien conseiller en communication de Cellou Dalein Diallo. Le 7 juin, il a regagné Conakry après cinq années d’exil au Sénégal et en France. En 2018, la justice l’avait condamné à la réclusion criminelle à perpétuité par contumace pour son implication dans les affrontements au cours desquels un journaliste, Mohamed Koula Diallo, avait perdu la vie. Son exil en France lui aura permis de « se rapprocher de sa famille » et de se consacrer à l’écriture, sa passion. Sa pièce de théâtre, La Cargaison, a remporté le Prix RFI théâtre 2020.

POUR L’OPPOSITION, CES EXCUSES ET REPENTANCES PUBLIQUES ONT ÉTÉ OBTENUES SOUS LA PRESSION

Son retour en Guinée est le fruit d’un an de négociations conduites par des membres de l’entourage présidentiel souhaitant rester anonymes. « Je ne regrette pas mon engagement politique, mais je suis arrivé à un point où la politique ne peut plus rien m’apporter, assure l’intéressé. Je m’en suis rendu compte durant mon exil, à travers ceux qui m’ont soutenu au-delà des clivages qu’on connaît dans ce pays. C’est pourquoi j’ai décidé de tourner définitivement la page politique et de revenir aux domaines pour lesquels j’ai modestement une expertise reconnue : la communication et la culture. »

Pour l’opposition, ces excuses et repentances publiques ont été obtenues sous la pression. Selon Ibrahima Diallo et Sékou Koundouno, dirigeants du FNDC que les autorités considèrent comme un « mouvement insurrectionnel », elles ne sont que le fruit d’un « chantage politique ».

Ils en veulent pour preuve le fait qu’outre cinq cadres et alliés de l’UFDG en attente de procès, il n’y a désormais plus qu’un seul célèbre condamné politique qui n’a pas été gracié : Oumar Sylla, alias Foniké Mengué, responsable de la mobilisation du FNDC, farouche opposant au troisième mandat. Lui refuse de s’excuser. Condamné en janvier à onze mois de prison ferme, il avait déclaré à l’énoncé du verdict : « Cette sentence ne changera pas mon engagement : je continuerai la lutte contre le troisième mandat d’Alpha Condé, même en prison. »

Avec Jeune Afrique par Diawo Barry – à Conakry

Égypte, Sénégal, Guinée… Où vont les investissements de l’ère post-Covid ?

juin 21, 2021
Le mégaprojet de « nouvelle capitale administrative du Caire », en Égypte, le 7 mars 2021.

Si les investissements étrangers en Afrique ont dégringolé en 2020 sur le continent, plusieurs secteurs (énergie, mines…) et un certain nombre de pays ont su tirer leur épingle du jeu.

On se doutait que le millésime 2020 des investissements étrangers serait plus que médiocre en raison de la pandémie et de la chute des prix des produits de base.

Pourtant, avec une baisse de 16 % (40 milliards de dollars en 2020 contre 47 en 2019), l’Afrique semble faire en la matière moins mal que l’Europe (- 80 %) ou l’Amérique du Nord (- 40%), si l’on en croit le Rapport 2021 sur l’investissement dans le monde publié ce 21 juin par la Conférence des Nations-Unies sur le commerce et le développement (Cnuced).

Les énergies renouvelables résistent

« Oui, l’Afrique fait moins mal que d’autres continents, mais il faut regarder plus en détail ces flux, relativise Alexandre Dabou, spécialiste de la division investissement et entreprises de la Cnuced. La forte baisse des pays développés est due à la chute des flux de transit ou des prêts interentreprises. Alors qu’en Afrique, la baisse concerne les projets nouveaux et les fusions-acquisitions ».

En effet, les annonces de nouveaux projets y ont chuté de 62 % (22 milliards de dollars en 2020 contre 77 en 2019). Les fusions-acquisitions transfrontalières, elles, ont reculé de 45 % (3,2 milliards contre 5,8).

Bonne nouvelle, les projets d’investissements dans les énergies renouvelables font exception à ce recul généralisé puisqu’ils ont augmenté de 28 % pour atteindre 11 milliards de dollars contre 9,1 milliards en 2019.

Progression de l’Afrique centrale

Si l’on fait le tour du continent, on remarque que l’Afrique du Nord est la région la plus pénalisée (- 25 %) bien que l’Égypte demeure la première destinations du continent pour les investissements étrangers et que les investissements au Maroc demeurent en croissance (+3 %).

Viennent ensuite l’Afrique de l’Ouest (-18 %), où se distinguent le Sénégal (+39 %), en raison de sa politique énergétique notamment dans le solaire, la Guinée, où le flux d’investissement dans le secteur minier a été multiplié par six, et dans une moindre mesure le Nigeria (+ 3 %), l’Afrique de l’Est (-16 %), l’Afrique australe (-12 %).

Ce sont également les projets énergétiques qui ont permis à l’Afrique centrale – pourtant mal en point au plan macroéconomique – de bénéficier d’une progression de ses investissements étrangers (+3,3%).

Faibles budgets de relance

Les cinq principaux bénéficiaires des investissements étrangers sur le continent sont l’Égypte, le Congo, l’Afrique du Sud, l’Éthiopie et le Nigeria. Les cinq pays qui ont connu la plus forte chute des investissements sont le Malawi (-88 %), la Guinée Bissau (-72 %), le Swaziland (-69 %), le Rwanda (-62 %) et le Mali (-52 %).

Les cinq pays qui les ont vu le plus progresser sont Sao Tomé (+95 %), le Togo (+85 %), la République centrafricaine (+36 %), le Congo (+19 %) et la Guinée équatoriale (+17 %).

Les perspectives de reprise semblent modestes, soit +5 % en moyenne en 2021, selon le rapport de la Cnuced. « Les investissements en Afrique ne vont pas revenir rapidement à leur croissance antérieure, prédit Alexandre Dabou. Beaucoup de ses pays connaissent des faiblesses structurelles qui freinent les investisseurs et ils n’ont guère de marge budgétaire pour relancer leur économie ».

Zlecaf, entraînement… Les raisons d’y croire

Plusieurs facteurs font tout de même espérer une embellie. « La reprise mondiale générera une augmentation de la demande de métaux et d’énergie dont l’Afrique est productrice et donc des investissements dans ces secteurs », assure l’analyste qui compte aussi sur une reconfiguration des chaînes de valeur mondiales qui « prendront une dimension plus régionale ».

En ce sens, « l’adoption du protocole d’investissement de l’accord sur la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) donnera un élan aux investissements intercontinentaux », estime-t-il.

Sans oublier que les milliers de milliards de dollars qui vont être injectés par les pays riches dans la relance de leur économie auront forcément un effet d’entraînement sur l’Afrique. Celle-ci pourrait ainsi bénéficier d’une hausse des investissements industriels de groupes tentés par la proximité du continent avec l’Europe ou avec l’Asie.

Avec Jeune Afrique par Alain Faujas

Guinée : fin de la deuxième épidémie d’Ebola

juin 19, 2021

BILAN. C’est l’OMS qui le déclare. La maladie a pu être jugulée en quelques mois, grâce à l’expérience acquise entre 2013 et 2016.

La decouverte d'une vingtaine de cas debut 2021 avait fait craindre le retour d'Ebola qui avait meurtri l'Afrique de l'Ouest entre 2013 et 2016.
La découverte d’une vingtaine de cas début 2021 avait fait craindre le retour d’Ebola qui avait meurtri l’Afrique de l’Ouest entre 2013 et 2016.© CAROL VALADE / AFP

Soulagement en Guinéela résurgence d’Ebola qui a surpris le pays fin janvier est déjà annoncée comme éradiquée. L’Organisation mondiale de la santé vient officiellement de déclarer la fin de la deuxième épidémie d’Ebola dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. La nouvelle a été annoncée depuis la très symbolique ville de Nzérékoré, en Guinée forestière dans le Sud-Est, d’où l’épidémie était partie en 2013 faisant des milliers de morts. Elle s’était propagée au Liberia et à la Sierra Leone voisins et avait touché dix pays au total. Pour l’OMS et les autorités guinéennes, il ne fait aucun doute que l’expérience accumulée entre 2013 et 2016 a servi. Il faut souligner que la Guinée a traversé la pire épidémie au monde depuis l’identification du virus en 1976, elle avait tué plus de 11 300 personnes, principalement en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone, trois des pays les plus pauvres du monde. Un bilan sous-évalué de l’aveu même de l’OMS.

Enseignements tirés

En 2021, un total de seize cas confirmés et sept cas probables ont été recensés lors de cette dernière épidémie en Guinée. Onze patients ont survécu et douze sont décédés, selon un communiqué de l’OMS publié samedi. Le communiqué ne donne pas le détail des morts parmi les cas confirmés et probables.

Un précédent bilan donné par l’organisation jeudi faisait état de cinq décès. « J’ai l’honneur de prendre la parole en ce jour de déclaration de la fin de la maladie à virus Ebola » en Guinée, a déclaré un responsable de l’OMS, Alfred Ki-Zerbo, lors d’une cérémonie officielle à Nzérékoré où la maladie était réapparue fin janvier. « Je voudrais, au nom du chef de l’État (le président Alpha Condé), déclarer la fin de la résurgence de la maladie à virus Ebola en République de Guinée », a pour sa part indiqué le ministre de la Santé, le médecin général Rémy Lamah.

La cérémonie a réuni environ 200 personnes, dont des chefs religieux.

Des règles internationales précises

Après avoir, suivant les règles internationales, officiellement déclaré l’état d’épidémie le 14 février, la Guinée a atteint vendredi les 42 jours sans nouveau cas, soit deux fois la durée maximale d’incubation, seuil fixé pour la déclaration de fin d’épidémie. Le dernier cas guéri déclaré remonte au 8 mai, a dit à l’AFP un responsable du ministère de la Santé.

Après la détection des premiers cas à Gouécké, dans la préfecture de Nzérékoré, « les autorités sanitaires nationales ont rapidement mis en œuvre la riposte, avec le soutien de l’OMS et ses partenaires, en s’appuyant sur l’expertise accumulée » dans la lutte contre Ebola dans le pays et en République démocratique du Congo, selon le communiqué de l’Organisation mondiale de la santé.

Communautés intégrées

« Il faut remercier aussi les communautés qui se sont engagées pour vaincre la maladie », a ajouté Alfred Ki-Zerbo. Les réticences dans la lutte anti-Ebola de communautés en Guinée avaient notamment causé la mort d’agents de l’État déployés en Guinée forestière durant la précédente épidémie. En 2021, grâce notamment à « une implication de la communauté, des mesures de santé publique efficaces et une utilisation équitable des vaccins, la Guinée a réussi à contrôler l’épidémie et à prévenir sa propagation au-delà des frontières », a renchéri le directeur général de l’OMS, Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, dans le communiqué.

L’OMS dit avoir aidé à expédier environ 24 000 doses de vaccin et avoir soutenu la vaccination de près de 11 000 personnes à haut risque parmi lesquelles plus de 2 800 travailleurs de santé en première ligne. « Nous avons vaincu Ebola mais restons vigilants », proclamait une banderole déployée lors de la cérémonie officielle.

Vigilance continue

La directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique, Dre Matshidiso Moeti, a appelé dans un communiqué « à rester en alerte face à une possible réapparition du virus et nous assurer que l’expertise dans la lutte contre Ebola s’élargisse à d’autres menaces sanitaires telles que le Covid-19 ».

Sur Twitter, le directeur général de l’OMS a souligné que le « Covid-19 est une maladie différente qui se propage plus facilement qu’Ebola mais la démarche est la même ». Cependant, « l’utilisation inefficace des mesures de santé publique et sociale » et « les inégalités continuent de donner au Covid-19 une chance de muter, de se propager et de tuer ». La Guinée, relativement peu touchée par le coronavirus, a déclaré plus de 23 400 cas, dont 168 décès, selon un dernier bilan vendredi. Après la déclaration de fin d’épidémie d’Ebola, la Guinée devrait entrer dans une période de surveillance épidémiologique renforcée pendant 90 jours, selon l’OMS à Conakry.

Par Le Point Afrique

Guinée : les déguerpissements sont-ils légaux ?

avril 20, 2021
Les boutiques sans permis de construction ont été démolies au Marché Niger de Conakry. Photo d’illustration.

Lancé en 2016, le déguerpissement des voiries publiques s’est accéléré ces dernières semaines. Mais parfois conduites sans base légale, ces opérations ont suscité la colère des habitants dont les maisons ont été détruites. Le Premier ministre promet des sanctions le cas échéant.

Lors des nuits des 12 et 13 avril, Conakry a enregistré les premières pluies de 2021, accompagnées d’un vent violent. Le lendemain, des ruelles boueuses étaient jonchées des déchets drainés par les eaux de ruissellement puis ramassés dans les bennes à ordures du turc Albayrak, partenaire des autorités guinéennes en matière d’assainissement.

Mais pour certains Conakrykas comme Mamadou Bah, rencontré devis en main au quartier Hafia 2, l’insalubrité est une préoccupation moins pressante que celle d’avoir un toit pour s’abriter des pluies. Dans ce quartier de la commune de Dixinn, les opérations de libération des emprises des voiries publiques, engagées en 2016 par le ministère de la Ville et de l’Aménagement du territoire, ont provoqué des déguerpissements sans ménagement.

« Ils ont démoli ma maison en notre absence »

Le 1er mars, un bulldozer du génie militaire a fait irruption dans le quartier et démoli plusieurs concessions pour tracer une nouvelle route. Les victimes de l’opération ont de sérieux doutes quant à la régularité des travaux. « Ils ont démoli ma maison en notre absence, déplore Mamadou Bah, qui a trouvé refuge avec sa famille chez des voisins. L’ordre du gouvernement, c’était de libérer les emprises des routes et non de créer une nouvelle voie ou de procéder à un nouveau lotissement. Une équipe du ministère de la Ville est venue certifier qu’aucun tracé de route n’est prévu sur l’emplacement de ma maison. »

Sa voisine, Hawa Sow, a dû mettre la main à la poche pour qu’on épargne son four à pain qui nourrit, depuis le décès de son mari en 2008, ses sept enfants et ses trois petit-fils. « Quand le bulldozer a donné un premier coup sur le four, j’ai crié, raconte la veuve. Depuis la mort de mon mari, avec mes enfants qui ont fini d’étudier mais qui n’ont pas de travail, nous dépendons de ce four. Ils m’ont demandé de leur donner trois millions de francs. Finalement, je leur ai donné 2, 5 millions, pris à crédit avec le chef des boulangers. Après, leur chef a ordonné d’arrêter ».

TOUS CEUX QUI ONT DES TITRES FONCIERS, L’ÉTAT S’ENGAGE À LES REMBOURSER

À Kénendé, dans la ville de Dubréka située à 50 km à l’est de Conakry, des démolitions d’habitations ont également été enregistrées début mars. « Nous avons été surpris de voir des gens venir avec des militaires pour casser nos maisons. Quand nous avions acheté ce terrain il y a onze ans, aucune autorité ne nous a signifié qu’il s’agissait d’une zone réservée. Ils ont tout cassé, j’ai tout perdu », se désole Yéro Tala Diallo. Selon lui, une soixantaine de maisons ont été détruites en même temps que la sienne.

« Des sanctions seront prises »

Le 7 avril, alors qu’il livrait son discours de politique générale devant l’Assemblée nationale, le Premier ministre, Ibrahima Kassory Fofana, avait martelé la consigne du gouvernement à propos des opérations de déguerpissement. « L’instruction du président, c’est de libérer les emprises des routes. Mais que les gens aillent dans les quartiers casser des maisons, nous ignorons d’où vient l’ordre », avait-il assuré. Avant de renchérir : « Tous ceux qui ont des titres fonciers, l’État s’engage à les rembourser. C’est une décision ferme du président et je suis appelé à y veiller. J’ai demandé au ministre de l’Urbanisme de s’organiser pour recenser toutes les maisons irrégulièrement cassées. La lumière sera faite, des sanctions seront prises contre ceux de l’administration qui ont permis cela. »

Mais avec la saison des pluies qui s’annonce, les victimes n’ont d’autre choix que de financer elles-même la reconstruction de leur maison. Du moins celles qui en ont les moyens. « Le maire de Dixinn est venu voir les dégâts. Il nous a réunis avec le colonel qui a piloté les opérations pour lui demander s’il détenait un ordre de mission. Ce dernier a répondu par la négative. La directrice de l’Habitat de la commune a pour sa part dit n’avoir donné aucune consigne dans ce sens. Dans ce cas, pourquoi ne pas arrêter celui qui est venu avec le bulldozer démolir ? », s’interroge Mamadou Bah, qui a presque achevé de reconstruire les murs de sa maison démolie, « avec l’autorisation du maire », s’empresse-t-il de préciser. « Ce sont des dépenses imprévues, mais avec la pluie, nous n’avons d’autre choix. J’ignore le coût total des dépenses pour le moment, surtout en cette période de fluctuation des prix », ajoute-t-il.

« Abus » et faille légale

Le Conseil national des organisations de la société civile (Cnosc) a ouvert une enquête sur le déroulement des opérations. Les résultats feront l’objet d’un rapport attendu en fin de semaine. Mais le président du Cnosc admet d’ores et déjà des « excès » et esquisse les responsabilités.

LES CADRES CHARGÉS DE L’OPÉRATION ONT COMMIS DES ABUS, VOIRE SE SONT LIVRÉS À DES RÈGLEMENTS DE COMPTE PAR ENDROIT

« Il y a eu un certain amateurisme de la part des agents sur le terrain, qui se sont contentés de dire qu’ils avaient reçu des ordres, tout en restant incapables de fournir une base légale, explique Dansa Kourouma à Jeune Afrique. L’opération a été sélective par endroits : elle a visé des couches vulnérables et épargné les gros bonnets. Il y a des habitations construites sur des emprises de route, mais il y a bel et bien eu des maisons démolies qui n’étaient pas dans cette situation. Les cadres chargés de l’opération ont commis des abus, voire se sont livrés à des règlements de comptes par endroit. Des excès ont été commis. »

Dansa Kourouma déplore aussi le flou juridique entourant ces pratiques : absence de délai de préavis, de commission de réclamations, de fonds d’indemnisation. Une faille qui facilite, selon lui, ces déguerpissements illégaux.

Avec Jeune Afrique par Diawo Barry – à Conakry

Niger, Guinée, Côte d’Ivoire : trio de tête de la reprise pour la Banque mondiale

avril 2, 2021
Quartier du Plateau et pont Charles-de-Gaulle à Abidjan

Moins dépendants des matières premières et relativement épargnés par la nouvelle vague de coronavirus, les pays côtiers de l’Afrique de l’Ouest devraient dépasser les 6 % de croissance en 2021.

C’est un rapport 2021 « Africa’s Pulse » sur l’état de l’économie de l’Afrique subsaharienne mi-figue mi-raisin qu’a publié le 31 mars la Banque mondiale. Une fois encore, les pays qui dépendent le moins de l’exportation de matières premières devraient connaître une reprise certaine, à l’image de la Côte d’Ivoire (+6,2%), de la Guinée (+6,6 %) ou du Niger (+6,9 %).

Les pays très dépendants notamment du pétrole comme l’Angola ou confrontés à des difficultés économiques persistantes comme l’Afrique du Sud n’accélèreront guère.

Pour Pulse, la première vague de la pandémie a relativement épargné la région. En revanche, et malgré des programmes de soutien des États, la croissance s’y est évanouie pour la première fois depuis vingt cinq ans et a reculé de 2 % en 2020.

Reprise inégale

C’est moins catastrophique qu’en Europe ou en Amérique latine, parce que le virus s’y est propagé moins vite, parce que l’agriculture y a été porteuse et parce que les prix mondiaux des produits de base se sont redressés plus rapidement que prévu grâce à la reprise des achats chinois.

Reste qu’un champion comme le Rwanda a connu sa première récession en dix ans et que l’Afrique du Sud a plongé à – 7 %. L’Organisation mondiale du tourisme (OMT) a calculé que de décembre 2019 à décembre 2020, les arrivées des touristes en Afrique subsaharienne avaient chuté de 78 %, mettant à mal les économies de Maurice, des Seychelles, du Cap Vert ou du Sénégal.

Le rapport estime que le pire est passé et table sur une reprise, mais il pense que celle-ci sera très inégale selon les pays, car l’arrivée de variants du coronavirus a augmenté de 40 % le nombre des infections dans la région.

Cette deuxième vague ne touche cependant pas tous les pays, ce qui explique que les prévisions donnent une fourchette de croissance en 2021 de +2,3 % à +3,4 %. Le Nigeria ou l’Angola risquent de connaître une convalescence molle, quand les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest comme la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Sénégal, le Togo dépasseront les 4 %.

Dépendance aux délais de vaccination

Pour les autres, « une croissance de 4 % est atteignable, note le rapport, si les pays mettent en œuvre un ensemble de mesures favorables à des investissements soutenus et à la création d’emplois et permettent au taux de change de refléter les forces du marché et d’améliorer la compétitivité ».

Cela sera aussi fonction de l’allègement du fardeau de la dette qui se discutera durant la semaine du 5 avril, lors des réunions de printemps de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI).

Mais la vigueur et la généralisation du dynamisme économique dans toute l’Afrique subsaharienne dépendront surtout de la rapidité de la vaccination des populations qui compensera la fragilité des systèmes de santé et autorisera une franche reprise des activités.

Pour l’instant, les pays riches monopolisent les doses salvatrices qui arrivent au compte-goutte en Afrique. Comme l’a regretté Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), dix pays se sont réservé 70 % des vaccins fabriqués dans le monde à ce jour… et ce ne sont pas des pays africains.

Avec Jeune Afrique par Alain Faujas

Match Guinée- Congo : les Congolais rangés derrière les Diables rouges

mars 29, 2021

A quelques heures du match Guinée-Bissau-Congo, une rencontre qui fait office de finale du groupe I dans le cadre des éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations, les supporteurs des Diables rouges du Congo dégagent des ondes positives à l’endroit des poulains de Barthélemy Ngatsono. Les Congolais interrogés, à cet effet, pensent que le onze national est sur la bonne voie.

Les supporteurs Congolais lors d’un match/Adiac

Le Congo affronte la Guinée ce 30 mars à Bissau, une rencontre qui se joue pour le compte de la sixième et dernière journée des éliminatoires de la Can, Cameroun 2022. Les Congolais sont obligés de faire un bon résultat afin de valider leur ticket pour le Cameroun. Le gagnant de ce match sera officiellement présent au Cameroun puisque deux points seulement séparent les deux équipes. Avec ses huit points, un match nul suffira au Congo pour qu’il retrouve la place qu’il a occupée pour la première et unique fois, en 1972.

Dans les ruelles de Brazzaville, les transports en commun et les espaces publics, tout le monde ne jure que sur la qualification du Congo. Même dans les localités lointaines de la capitale, les comités de soutien s’organisent déjà au profit du Congo. Hugues Bouesso, un fervent supporteur de l’équipe nationale, a créé un groupe whatsapp, intitulé « Tous derrière le Congo », consacré à la promotion des atouts des différents acteurs qui composent la sélection congolaise. Dans cette plateforme le cas de chaque joueur est étudié avec beaucoup de sérieux et de rationalité. « Je pense que nous avons tous nos chances de nous qualifier. Il suffit que l’équipe soit mille fois déterminée. Le coach doit faire de bons choix car sa carrière est aussi mise en jeu. Nous, les supporteurs, endurons des moments difficiles. Tous les pros ne sont pas censés jouer, il y a des joueurs locaux qui sont plus engagés que certains attaquants qui se sont transformés en défenseurs de l’équipe adverse lors des précédents matchs », a lancé l’un des membres de ce groupe.

La prestation de l’équipe nationale lors de la dernière édition du Championnat d’Afrique des nations a permis à Nganongo Princia, une étudiante en deuxième année à l’Université Marien Ngouabi, de renouer avec l’équipe nationale après une longue période d’abandon causée par les multiples déceptions. Elle espère que ce match renforcera ses liens avec le football au niveau de l’équipe nationale. Pour elle, le Congo joue son va-tout et chaque citoyen devrait s’y impliquer afin de garantir la qualification. « Malgré les réalités que nous vivons, la fibre patriotique domine toujours nos émotions négatives. La présence des Joueurs comme Bifouma, Ndinga, Mafoumbi et des jeunes comme Makouta ou Mouandza rassure. Ils doivent savoir que nous avons besoin de cette qualification. Ceux qui ne sont pas aptes, le coach y compris, sont libres d’abdiquer, la société a des yeux sur eux », a –t-elle déclaré.

Un autre Congolais qui suit l’équipe du Congo depuis son enfance pense que le Cameroun est le porte bonheur aux Diables rouges du fait que le Congo a remporté son unique Can dans ce pays en 1972 et il est nécessaire que « les autorités bougent les lignes. Au cas d’un match nul, nous allons les prouver qu’ils sont des dignes représentants ».

Dans les localités éloignées de Brazzaville, les Congolais s’organisent en petits groupes pour aller suivre le match dans les grands centres urbains. C’est le cas de quelques jeunes du village Leboulou, dans le district de Kibangou, dans le Niari, qui souhaitent « célébrer la qualification du Congo avec les habitants des villages environnants ».

Si la majorité croit totalement à la qualification des Congolais, certains, cependant, émettent des doutes puisque selon eux le Congo gagne difficilement les matchs à l’extérieur et l’inefficacité des défenseurs congolais rendent dubitatifs certains supporteurs. « C’est quoi cette équipe qui ne marque pas ? Là nous avons besoin d’attaquants percutants et de défenseurs costauds. Le coach doit jouer pour gagner, s’il veut vraiment nous satisfaire », a indiqué un Brazzavillois.

Pour répondre à ces détracteurs, le sélectionneur de l’équipe nationale du Congo, Barthélemy Ngatsono, a reconnu l’enjeu du match tout en assurant qu’il prendra certaines dispositions au plan tactique pour que le Congo essaie de faire un bon résultat.

En tout cas, même sur les réseaux sociaux, les avis ne sont pas du tout similaires quant au résultat de ce match qui retient l’attention de tout un peuple. Le rendez-vous est pris pour ce 30 mars à 17h, heure de Brazzaville, au stade du 24 septembre de Bissau, entre ces deux équipes qui disputent la deuxième place du groupe. Ça passe ou ça casse.

Le Congo(8pts) est actuellement deuxième derrière le Sénégal (13 pts) suivi de la Guinée (6 pts) puis de l’Eswatini(1pts).

Avec Adiac-Congo par Rude Ngoma

Décès de Djibril Tamsir Niane : « Oui, nous sommes entrés dans l’Histoire »

mars 9, 2021
Djibril Tamsir Niane devant sa bibliothèque en construction, en janvier 2017, à Conakry.

Décédé ce lundi 8 mars à l’âge de 89 ans, l’historien et intellectuel Djibril Tamsir Niane était une figure des milieux universitaires d’Afrique de l’Ouest. Jeune Afrique l’avait rencontré en 2018. Il avait pour nous déroulé le fil de ses souvenirs, de l’enthousiasme des premières années de l’indépendance de son pays, la Guinée, à l’exil en passant par la prison sous Sékou Touré.

En avril 2018, lors de la clôture de la manifestation « Conakry, capitale mondiale du livre », Djibril Tamsir Niane avait inauguré, en présence du président Condé, la première bibliothèque privée du pays. Construite juste en face de sa villa de toujours, à Belle-Vue, dans le quartier de la Minière, elle porte son nom. Jeune Afrique l’avait rencontré quelques semaines plus tard. Nous republions aujourd’hui l’entretien qu’il nous avait accordé, alors que l’historien et dramaturge est décédé lundi 8 mars à Dakar, à l’âge de 89 ans.*

À lui seul, Djibril Tamsir Niane était la mémoire vivante de l’Afrique de l’Ouest. Aussi grand en taille et en notoriété qu’il était modeste et réservé, il faisait depuis longtemps partie des figures universitaires majeures de l’Afrique contemporaine, qu’il a d’ailleurs toutes côtoyées, tels le Sénégalais Cheikh Anta Diop, le Malien Amadou Hampâté Bâ ou le Burkinabè Joseph Ki-Zerbo, son ami, avec lequel il a codirigé la publication du volume IV de l’Histoire générale de l’Afrique, sous les auspices de l’Unesco.

Si l’on évoque régulièrement l’histoire du Mandé et, en particulier, celle de l’empire du Mali, qui domina la sous-région du XIIIe au XVIIe siècle, c’est en grande partie grâce à l’immense travail de recherche de Djibril Tamsir Niane, compilé dans son ouvrage le plus célèbre, Soundjata ou l’épopée mandingue.

Après un diplôme d’études supérieures en histoire médiévale à l’université de Bordeaux, Djibril Tamsir Niane a participé au tout début de l’ère Sékou Touré à la grande réforme de l’enseignement. Il a notamment contribué à mettre l’histoire de l’Afrique au cœur des manuels scolaires. Mais son intégrité et sa franchise conduiront à son arrestation, en 1961, alors qu’il était membre du bureau du syndicat des enseignants. Il sera détenu au célèbre camp Boiro avant de recouvrer la liberté, quelques années plus tard, pour enseigner de nouveau à l’Institut polytechnique de Conakry, puis, en 1972, sera contraint de s’exiler avec sa famille au Sénégal, où il devint un proche conseiller de Léopold Sédar Senghor.

Jeune Afrique : Quels souvenirs avez-vous des premiers jours de l’indépendance ?

Pr Djibril Tamsir Niane : Je me souviens d’abord de la visite du général de Gaulle à Conakry, le 25 août 1958. Il a été bien reçu par Sékou Touré. À l’époque, j’étais jeune, je venais de terminer ma licence et me destinais à la recherche.

NOUS PRÉFÉRONS LA LIBERTÉ DANS LA PAUVRETÉ À L’ESCLAVAGE DANS L’OPULENCE

Je me souviens que toute la ville de Conakry a été mobilisée pour acclamer de Gaulle. Pour nous, il était le sauveur de la France durant la Seconde Guerre mondiale. Oui, il a été vivement acclamé.

Mais les paroles des deux hommes ont donné un tout autre tour à cette visite. Le ton du discours de Sékou Touré fut fort et ferme : « Nous préférons la liberté dans la pauvreté à l’esclavage dans l’opulence. » Après que la foule l’eut applaudi et eut hurlé sa joie, de Gaulle prit la parole et répondit calmement que l’indépendance était à la disposition de la Guinée, qu’elle pouvait la prendre le 28 septembre en votant « non ». C’était net. C’était la rupture.

Le général de Gaulle à Conakry, le 25 août 1958.

Comme on le sait, la France a tout fait par la suite pour faire échouer le projet politique de Sékou Touré. Dès 1959, les difficultés entre les deux pays commencèrent. La Guinée s’est dressée, elle est entrée en révolution. Elle a traversé de grandes épreuves, et le pouvoir de Sékou Touré s’est raidi. Il s’est maintenu au pouvoir durant vingt-cinq ans, un pouvoir dictatorial, sanglant. On vivait sur le qui-vive en permanence. Et, dans le même temps, on était en face d’une France hostile, qui ne baissa officiellement les armes qu’en 1978, lorsque le président Giscard d’Estaing fit une visite à Conakry.

Quand la France s’est retirée, quelle a été l’atmosphère dans le pays ?

Au début, elle était formidable. Il y avait un grand enthousiasme. La Guinée était très agitée au temps de la lutte anticolonialiste, mais il n’y a pas eu d’actes de violence contre les Français résidant dans le pays. Après les élections, de Gaulle a demandé aux fonctionnaires français de rentrer en France. Cela a créé un vide, qui a été rapidement comblé : avec une grande joie, la Guinée a vu arriver des Russes, des Chinois, etc., des cadres venus d’ailleurs pour la soutenir et l’aider. C’était une nouvelle voie.

LES INTELLECTUELS AFRICAINS SONT VENUS SPONTANÉMENT EN GUINÉE ET ONT PRIS AVANTAGEUSEMENT LA RELÈVE DES PROFESSEURS FRANÇAIS

Y compris pour le milieu universitaire, dont vous faisiez partie ?

L’indépendance était soutenue par tous ceux qui voulaient l’émancipation de l’Afrique. Et la Guinée a connu un formidable élan de solidarité africaine pour sauver son enseignement, menacé par le départ des fonctionnaires français, expressément demandé par de Gaulle.

Les intellectuels africains sont venus spontanément en Guinée, et de nombreux enseignants, répondant à l’appel de Sékou Touré, sont arrivés du Sénégal, du Mali, du Niger, de Côte d’Ivoire, du Dahomey, de Haute-Volta, et ont pris avantageusement la relève des professeurs français. Parmi eux, le Voltaïque Joseph Ki-Zerbo, agrégé d’histoire, le Nigérien Abdou Moumouni, le Dahoméen Louis Behanzin, agrégé de mathématiques, Mame Ndiack Seck, professeur de sciences naturelles, etc.

SI L’ON REVENAIT DE FRANCE, ON ÉTAIT TOUT DE SUITE SUSPECT POUR LE RÉGIME

Ils ont sauvé le système éducatif en assurant la première réforme de l’enseignement. Après « nos ancêtres les Gaulois », on s’est enfin mis à enseigner l’histoire de l’Afrique. Idem du côté de la littérature. Au fil des ans, les relations avec la France se sont tendues.

Les Guinéens se sont donc tournés vers les pays de l’Est, qui leur accordaient des bourses. On allait à Pékin ou à Moscou bien plus facilement qu’en Europe. L’Ouest était presque devenu interdit. Si l’on revenait de France, on était tout de suite suspect pour le régime. Nous avons lentement perdu contact avec l’ancienne métropole, dont nous avons commencé à sentir de plus en plus le manque… Ce qui explique que lorsque le président Giscard est venu à Conakry, le 21 décembre 1978, les Guinéens lui ont offert un accueil extraordinaire. J’ai vu cela à la télévision, depuis Dakar.

Sékou Touré et son homologue français, Valéry Giscard d’Estaing, le 21 décembre 1978.

À l’époque, vous étiez en exil volontaire au Sénégal. Pourtant, vous avez été proche de Sékou Touré au début de sa présidence ?

Oui. C’était vraiment un tribun hors pair, toujours en première ligne pour le combat anticolonialiste. À l’époque, Conakry était une petite ville coquette. Tout le monde se connaissait. On y parlait beaucoup de politique. Il y avait alors plusieurs partis, et la Guinée était très politisée, grâce à Sékou Touré, qui avait donné une orientation marxiste à son parti, le Parti démocratique de Guinée [PDG].

ON ÉTAIT POUR OU CONTRE, ET QUAND ON ÉTAIT CONTRE, ON DEVENAIT UN ENNEMI

Le pouvoir était très centralisé, avec des sections bien formées, et le parti était une force incroyable.

Mais le PDG est rapidement devenu un parti unitaire, qui a englobé tout le monde. Et tout le monde obéissait au chef. On était pour ou contre, et quand on était contre, on devenait un ennemi. Le parti avait des slogans anti-impérialistes écrits sur des panneaux que l’on retrouvait partout – « À bas le capitalisme ! À bas le colonialisme ! » –, des slogans qui dénonçaient les ennemis intérieurs (qu’on appelait les « valets du colonialisme ») et que l’on criait avec force. En tant qu’historien, je peux dire que c’était comme sous la Terreur, en France, au temps où la Révo­lution faisait peur. Mais il fallait suivre. Même quand on n’y croyait plus, il fallait suivre.

Que s’est-il passé ?

Le désenchantement est venu rapidement. Tout le monde a applaudi quand, en 1960, la Guinée a créé le franc guinéen, une monnaie indépendante. Mais celle-ci dégringola rapidement. Or tout venait de l’extérieur (huile, sucre, farine, tomate…) et, comme nous n’avions pas l’expérience de devoir commander et gérer les ravitaillements, les ruptures de stock ont commencé, puis les pénuries, et le gouvernement a été contraint de réduire tous les salaires – des cheminots, enseignants, agents administratifs, etc. –, ce qui provoqua un grand émoi.

ON CRITIQUAIT LES SENGHOR, LES HOUPHOUËT, QU’ON DISAIT À DROITE

C’est là que les heurts ont commencé.

Et vous avez senti que le régime allait mal tourner ?

Au début, j’y croyais. Nous, les jeunes, nous étions tous à gauche et farouchement pour l’indépendance. On critiquait les Senghor, les Houphouët, qu’on disait à droite. Lorsque les étudiants de France venaient en vacances en Afrique, ils faisaient des conférences, tenant des discours révolutionnaires.

SÉKOU TOURÉ FERMA TOUTES LES ÉCOLES ET NOUS ACCUSA D’ÊTRE À LA SOLDE DE L’ÉTRANGER

Quand je suis rentré en Guinée, j’étais professeur d’histoire. Je devins proviseur du lycée technique, puis du lycée classique de Donka et, en 1961, je fus élu au bureau du syndicat des enseignants. Ce dernier s’éleva contre la diminution des salaires, qui était difficilement ressentie.

Au congrès de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée [CNTG], Sékou Touré dénonça les enseignants et créa un complot : les enseignants furent traduits devant la Haute Cour de justice et condamnés, les lycéens se soulevèrent. Sékou Touré ferma toutes les écoles et nous accusa d’être « à la solde de l’étranger ». Nous avons alors été enfermés au camp de la Garde républicaine, lequel deviendra plus tard le sinistre camp Boiro.

Qu’est-ce qu’a raté la France dans sa relation avec la Guinée et, plus généralement, avec l’Afrique ?

La France nous a profondément marqués. Elle a enseigné de grands principes (liberté, égalité, fraternité) et s’est battue pour ces principes. Or elle a conquis la Guinée et lui a imposé sa force, ainsi qu’à beaucoup d’autres pays. Moi j’étais français, né sénégalais – la citoyenneté française n’était pas donnée à tout le monde, elle ne revenait qu’aux seules quatre communes du Sénégal (Dakar, Gorée, Saint-Louis et Rufisque). Le premier mouvement des Africains était d’obtenir l’égalité avec les Français. On ne voulait plus du régime de l’indigénat, on n’aimait pas être appelés « indigènes », le terme était méprisant.

FINALEMENT, ON VOULAIT TOUS L’ÉGALITÉ, MAIS QUELLE ÉGALITÉ ?

Après le discours de De Gaulle à Brazzaville, en 1944, un vent de liberté a soufflé sur l’Afrique. L’empire français a senti qu’il fallait lâcher du lest. C’est alors que nous avons pris conscience de notre existence et que s’est enclenché le combat pour la libération du continent. Le débat s’était installé autour de l’union française, fraîchement créée par la France, mais de quoi s’agissait-il ? Fallait-il l’égalité entre Français et Africains dans une même nation ? Créer l’égalité entre la France et des entités africaines indépendantes ? Il y avait une dichotomie dans les luttes. Finalement, on voulait tous l’égalité, mais quelle égalité ?

Soixante ans plus tard, diriez-vous que la Guinée est pleinement indépendante ?

D’une manière générale, l’Afrique n’est pas indépendante car elle est encore sous-développée. On ne parle pas d’égal à égal avec les grandes puissances. Nous sommes indépendants en théorie, mais, en fait, nous dépendons étroitement de l’extérieur, de la France, de la Chine, de la Russie, des États-Unis. Nous n’avons ni agriculture ni industrie développée. Nous ne produisons rien, pas de voitures, pas de machines agricoles. Tout ou presque vient de l’extérieur, à commencer par la nourriture.

SI NOUS SOMMES ENCORE DÉPENDANTS DE L’EXTÉRIEUR EN 2018, C’EST LA FAUTE DES GUINÉENS, C’EST LA FAUTE DES AFRICAINS

L’Afrique est bien entrée dans l’Histoire, contrairement à ce qu’a dit Sarkozy. Mais le continent d’aujourd’hui doit se battre durement. Oui, nous avons une histoire et, oui, elle a été perturbée par la domination européenne, par l’esclavage et la colonisation. Mais si nous sommes encore dépendants de l’extérieur en 2018, c’est la faute des Guinéens, c’est la faute des Africains. Car cela fait soixante ans que nous sommes indépendants. Regardez le Vietnam, la Corée du Sud, les « Tigres d’Asie », eux sont vraiment indépendants.

Nos gouvernements successifs n’ont pas assumé leurs responsabilités. Le continent doit s’affranchir et se prendre en main. On n’arrive pas à maîtriser les structures nouvelles, la démocratie marche mal, on tente de créer une unité africaine alors que nous n’avons pas d’armée pour la défendre, ni de budget suffisant pour lui donner son autonomie. On attend toujours l’aide extérieure. Pour rassembler les Africains, l’Union africaine doit s’en donner les moyens.

Des moyens qui ne sont pas uniquement financiers, évidemment…

Nous parlons beaucoup d’économie et de développement. Or, en Europe, en Asie ou en Amérique, le développement est fondé sur l’enseignement et la recherche. Aux États-Unis, la plus grande fête est celle des universités, lors de la graduation, quand toute la famille et le pays entier applaudissent les jeunes lauréats.

En Afrique aujourd’hui, où est l’école ? Où est la recherche ? L’un des grands défauts du continent est de n’avoir pas compris cela et de ne pas donner à l’éducation – le pilier de toute nation – la place qui lui revient.

La bibliothèque que je viens d’ouvrir est consacrée à la recherche. Ma précédente bibliothèque avait été ravagée par un incendie en 2012 – plus de cinquante ans de travail partis en fumée. Heureusement, grâce au soutien du président Alpha Condé, elle a été restaurée et agrandie, ce qui va lui permettre d’accueillir plus de lecteurs ainsi que des chercheurs venant de l’extérieur. Elle reste l’une des rares bibliothèques et l’un des rares centres privés de lecture publique du pays.


Soundjata ou l’épopée mandingue

Ce récit épique retrace la vie de l’ancêtre du grand Manding et la genèse de cet empire du Mali, né en 1235 après la victoire de Soundjata sur le roi du Sosso (Soumahoro) à la bataille de Kirina. Il compile les travaux du mémoire de diplôme d’études supérieures de Djibril Tamsir Niane, pour lequel le médiéviste a collecté les récits et paroles des griots.

La première édition de Soundjata ou l’épopée mandingue, parue en 1960 chez Présence africaine, a eu un succès phénoménal. En réhabilitant l’oralité, la parole africaine, il a constitué un tournant dans l’approche de l’histoire du continent. « À la soutenance de mon diplôme, j’ai dit : “Il y a des gens qui utilisent la parole et sont des spécialistes. Il y a un enseignement moral, structuré, donné par les griots aux jeunes griots. L’Afrique a une histoire, et elle est enseignée par les griots.” Ce fut un grand tournant », explique l’historien.

Avec Jeune Afrique par François-Xavier Freland

(*) Cet article a été initialement publié le 2 octobre 2018. Nous le republions ce 9 mars, au lendemain de l’annonce du décès de Djibril Tamsir Niane. 

Vatican: Le pape accepte la démission du cardinal guinéen Robert Sarah

février 21, 2021
Cardinal Robert Sarah sur la place Saint Pierre le 4 mars 2013.

Le pape François a accepté la démission du cardinal guinéen ultra-conservateur Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, a annoncé samedi le Vatican.

Le cardinal Robert Sarah, qui avait présenté sa démission le 15 juin 2020 à l’occasion de ses 75 ans (âge officiel de la retraite au Vatican), s’était retrouvé mêlé à une polémique après la sortie en janvier 2020 d’un livre défendant avec force le célibat des prêtres, thème brûlant de l’Église, co-signé avec le pape émérite Benoît XVI.

La sortie en France de cet ouvrage intitulé Des profondeurs de nos coeurs, avec en couverture les photos de Benoît XVI et du cardinal Sarah, avait suscité de nombreuses interrogations sur le pape émérite, affaibli par son grand âge. Ce livre était apparu pour certains comme une immixtion dans le pontificat du pape François, et pour d’autres comme un coup de semonce provenant de la frange traditionaliste de l’Église.

Face à la polémique, Benoît XVI avait demandé que son nom soit retiré de la couverture du livre, ainsi que de l’introduction et de la conclusion co-signées. Mgr Sarah a réagi samedi à l’annonce du Vatican sur son compte Twitter : « Je suis entre les mains de Dieu. Le seul roc, c’est le Christ. Nous nous retrouverons très vite à Rome et ailleurs. 

Successeur

Nommé archevêque de Conakry en 1979 par Jean Paul II, à seulement 34 ans, Mgr Sarah avait été nommé cardinal en 2010 par Benoît XVI, puis à la tête de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements en 2014 par le pape François.

Le nom de son successeur n’a pas été annoncé dans l’immédiat. L’un de ses dernières décisions à la tête de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements a été de publier le 17 février les lignes directrices pour que les célébrations de Pâques 2021 se déroulent « de la manière la plus efficace possible pour nos communautés, tout en respectant le bien commun et la santé publique », alors que la pandémie du Covid-19 fait encore rage.

Le pape a également accepté samedi la démission du vicaire général pour la Cité du Vatican et président de la Fabrique de saint Pierre (qui gère les travaux d’entretien et de restauration au Vatican, notamment de la basilique Saint-Pierre), le cardinal Angelo Comastri, auquel succédera le franciscain Mauro Gametti, récemment nommé cardinal et Gardien général du couvent sacré de saint François à Assise.

Par Jeune Afrique avec AFP

Résurgence d’Ebola en pleine pandémie de Covid-19 : comment la Guinée compte faire face

février 16, 2021
Livraison de matériel logistique, le 16 février 2021, pour faire face à de nouveaux cas de fièvre hémorragique Ebola.

Plus de quatre ans après la fin de l’épidémie d’Ebola, la Guinée fait face à une nouvelle résurgence du virus, alors que les autorités affrontent plusieurs crises sanitaires au premier rang desquelles la pandémie de coronavirus.

Les autorités sanitaires guinéennes auront mis moins d’un mois, à compter du décès fin janvier de la première victime officielle, une infirmière inhumée le 1er février à Gouécké, pour déclarer la résurgence de la maladie. Lors de la dernière apparition d’Ebola en Guinée, en 2013, il s’était écoulé trois fois plus de temps avant que « les morts d’une maladie mystérieuse en Guinée forestière », comme le relayait alors la presse locale, ne soient réellement identifiés comme les victimes de la fièvre hémorragique. Entre temps, les échantillons avaient dû être acheminés aux instituts Pasteur de Dakar et de Lyon pour y être analysés. Cette fois, les tests ont eu lieu sur place.

L’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS), créée sur les cendres de la Coordination nationale de lutte contre Ebola et toujours pilotée par le docteur Sakoba Keïta, appuyé par le ministre de la Santé Rémy Lamah – déjà aux commandes lors de la première épidémie -, se sont rapidement réunis. Une mission mixte a dans la foulée été déployée à Nzérékoré, chef-lieu de la région du sud-est d’où est partie, comme en décembre 2013, la maladie.

Identifier la chaîne de contamination

Parmi les urgences : tenter d’établir la chaîne de contamination, alors que l’épidémie a déjà tué cinq personnes pour neuf cas identifiés au 16 février. L’infirmière de Gouécké pourrait-elle être le patient zéro ? Si cette première victime recensée a développé  des symptômes après l’hospitalisation de sa belle-mère, décédée courant janvier, cette dernière « a présenté une symptomatologie très pauvre, qui ne répond pas à 100 % à la définition de cas, explique le docteur Adama Kaba, directeur régional de la Santé de Nzérékoré, contacté par Jeune Afrique. « Aucune des femmes du village ayant procédé à la toilette funèbre de la vieille n’a développé la maladie, poursuit-il. En revanche, certaines personnes ayant participé aux funérailles de l’infirmière sont tombées malades. Pour le moment, et jusqu’à preuve contraire, l’infirmière est le patient zéro ».

De Gouécké où elle travaillait, cette dernière a été hospitalisée dans un établissement du centre-ville de Nzérékoré, puis à l’indigénat, où elle a rendu l’âme. Son corps a été ramené et inhumé à Gouécké. L’enjeu est désormais de recenser et suivre tous les cas contacts de ce trajet.

80 % DES CAS CONTACTS RÉSIDENT DANS LA SOUS-PRÉFECTURE DE GOUÉCKÉ

« Nous avons listé tous les cas contacts, une centaine, dont 80 % résident dans la sous-préfecture de Gouécké. Ils sont en train d’être suivis par les agents pour voir l’évolution de leur état de santé. Nous avons entamé la sensibilisation par l’intermédiaire des radios locales et fait appel à l’ANSS et aux autres partenaires qui sont en train d’arriver pour nous appuyer dans la riposte », poursuit le directeur régional de la Santé de Nzérékoré.

Regroupements proscrits, marchés fermés et vaccins attendus

Une série de mesures ont été annoncées. Dans un communiqué lu lundi soir sur les antennes des médias publics, le président Alpha Condé a interdit tout regroupement de plus de cinq personnes à Nzérékoré. Dans la sous-préfecture de Gouécké, les marchés seront par ailleurs fermés durant un mois. Parmi les autres dispositions, l’enterrement digne et sécurisé des cas suspects, probables ou confirmés, est désormais pris en charge par la Croix-Rouge ; des barrages de contrôle ont été mis en place, de même que des mesures de prise de température corporelle ; et les ménages isolés recevront des denrées alimentaires pour limiter les déplacements.

La riposte passera également par la vaccination, assurent les autorités. Alors qu’un vaccin expérimental existe notamment grâce à des recherches faites en Guinée, le stock constitué par la Guinée à la fin de la première épidémie, en 2016, s’est entretemps périmé. De nouvelles doses sont impatiemment attendues à Conakry, assure Georges Alfred Ki-Zerbo, le représentant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en Guinée. « Nous sommes en contact avec le bureau régional à Brazzaville et le siège à Genève pour sécuriser les vaccins qui pourront renforcer la riposte », précise-t-il, assurant que l’OMS est également pleinement mobilisée.  « Les premières dispositions ont été prises pour activer le système de gestion des urgences, dans le cadre du programme de l’OMS mis en place suite aux précédents épidémies d’Ebola en Afrique de l’Ouest », explique-t-il.

Plusieurs fronts sanitaires

Si la réactivité des autorités guinéennes dans la gestion du Covid-19 prouvent qu’elles ont appris de l’expérience de la première épidémie d’Ebola, il convient de rester prudent, prévient le représentant de l’OMS. « La Guinée fait face à une situation sanitaire très complexe. Ces nouveaux cas d’Ebola viennent s’ajouter au contexte du Covid-19, et alors la fièvre jaune sévit à Koundara, près de la frontière du Sénégal, et que des flambées de poliomyélite sont en train d’être contenues grâce à des campagnes de vaccination, rappelle Georges Alfred Ki-Zerbo. Les problèmes sanitaires sont nombreux et le système de santé reste fragile. Il faut tirer toutes les leçons et ne surtout pas oublier celle relatives à l’engagement communautaire dans les premiers foyers infectés : nous devons nous assurer que la perception des communautés, leur sensibilité et leurs approches de solution sont prises en compte ».

Une approche inclusive d’autant plus importante que, lors de la première épidémie d’Ebola, les populations s’étaient d’abord montrées réticentes à observer certains gestes barrières. Les toilettes funèbres, traditionnellement assurées en famille, avaient parfois perduré, malgré le danger.

Avec Jeune Afrique par Diawo Barry – à Conakry