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Guinée : Mamadi Doumbouya accroît la pression sur les médias

octobre 15, 2021
Investiture du colonel Mamadi Doumbouya, le 1er octobre 2021 © DR

Alors que les forces spéciales guinéennes ont « visité » sans ménagement le siège de Djoma Média, un groupe appartenant à un proche d’Alpha Condé, l’inquiétude grandit pour la liberté de la presse.

Après avoir renversé l’ancien président Alpha Condé, le 5 septembre, Mamadi Doumbouya assurait qu’il « n’y aura[it] aucun esprit de haine, ni de vengeance [ni] de chasse aux sorcières ». Mais pour la presse, certaines méthodes sont bien moins rassurantes que ces paroles. Le 9 octobre, les forces spéciales guinéennes ont fait une descente musclée au siège de Djoma Média, dans la banlieue sud-est de Conakry, un groupe audiovisuel privé connu pour appartenir à un proche d’Alpha Condé. Son patron, Kabinet Sylla – surnommé « Bill Gates » – était intendant à la présidence sous l’ancien chef de l’État.

Les militaires se sont présentés en affirmant vouloir « vérifier une information faisant état du stationnement de véhicules volés dans l’enceinte » du siège du groupe, rapporte son directeur général, Kalil Oularé, interrogé par Jeune Afrique. Mais la situation a dégénéré quand les policiers qui montaient la garde devant l’entrée s’y sont opposés. Les forces spéciales n’avaient ni mandat ni ordre de mission.

Deux blessés

Des renforts, avec à leur tête le colonel Amara Camara, qui commande la Compagnie mobile d’intervention et de sécurité (CMIS) numéro 21 du quartier populaire de Cosa, sont alors arrivés pour prêter main forte aux policiers. Des affrontements ont éclaté entre les deux unités et des coups de feu ont brièvement été entendus. Deux hommes ont été blessés.

Mais la tempête n’était pas encore finie à Djoma Média. « Vers 23h10, un commandant de l’armée et un civil se sont à nouveau présentés à notre siège, toujours pour les mêmes motifs, explique Kalil Oularé. Quand j’ai remonté l’information au colonel Balla Samoura [membre du Comité national de rassemblement pour le développement], il m’a répondu de les laisser faire. Après vérification, ils sont repartis. » Puis vers 4h du matin, des hommes en uniforme des forces spéciales ont fait irruption au domicile du colonel Amara Camara et ont emporté de l’argent et des bijoux, selon la famille de ce dernier.

LES MÉDIAS ONT ÉTÉ EXCLUS DES PRESTATIONS DE SERMENT DE MOHAMED BÉAVOGUI ET DE MAMADI DOUMBOUYA

Interdits aux journalistes

L’incident survenu au siège de Djoma Média a provoqué une levée de boucliers au sein de l’opinion. L’Union des radiodiffusions et télévisions libres de Guinée (Urtelgui) a condamné « énergiquement cette agression armée et ciblée de la part d’éléments présumés issus de l’Unité d’élite anciennement commandée par le président de la transition, le colonel Mamadi Doumbouya ».

L’émotion a été assez forte pour que le colonel Balla Samoura se fasse l’émissaire du président de la transition. Le 11 octobre, ce haut membre de la junte s’est voulu rassurant : « À moins qu’il ne commette un jour une faute grave, Djoma n’est la cible d’aucune action de déstabilisation de la part des nouvelles autorités. »  Cela n’a pas rassuré : le 8 octobre, le média apprenait que ses comptes étaient gelés.

Les premières semaines du régime de Mamadi Doumbouya ne paraissent pas de bon augure pour la liberté de la presse. La prestation de serment du nouveau Premier ministre, Mohamed Béavogui, a notamment été interdite aux journalistes, exception faite de la RTG, le média d’État. Cela avait déjà été le cas pour celle de Mamadi Doumbouya lui-même ou lors des concertations nationales avec les forces vives du pays.

Avec Jeune Afrique par Diawo Barry

Guinée: Liste des généraux mis à la retraite par Mamadi Doumbouya pour une réforme de l’armée

octobre 14, 2021

Le colonel Doumbouya met à la retraite forcée plus de 40 généraux jugés proches d’Alpha Condé.

Ci-dessous, la liste des 42 Généraux de l’armée guinéenne envoyés à la retraite ce mardi 12 octobre 2021 par le président de la Transition, colonel Mamady Doumbouya à travers un décret lu à télévision nationale.

1-Général d’armée Sékouba Konaté

2-Général d’armée Namory Traoré

3-Général de corps d’armée Aboubacar Sidiki Camara

4- Général de corps d’Armée Ibrahima Baldé

5- Général Mohamed 2 Bangoura

6- Général de division Alpha Oumar Diallo

7- Général de division Fodé Keita

8- Général de division Fodé Touré

9- Général de division Bouréma Condé

10- Général de division Amadou Doumbouya

11- Général de division Adrien Naby Youssouf Soumah

12- Général de division aérienne Bambou Fofana

13- Général de division Siba Lohalamou

14- Général de division Mathurin Bangoura

15- Général de brigade Oumar Sanoh

16- Général de brigade Ansoumane Kaba

17- Général de brigade Mohamed Diané

18- Général de brigade Pépé Roger Sagno

19- Général de brigade Tidjane Diallo

20- Général de brigade Abdoulaye Keita

21- Général de brigade M’Hawa Sylla

22- Général de brigade Amadou Kaba

23- Général de brigade Aly Moussa Camara

24- Général de brigade Ibrahima Kalil Condé

25- Général de brigade Naby Youssouf Bangoura

26- Général de brigade Aboubacar Diakité

27- Général de brigade Mohamed Lamine Keita

28- Général de brigade Bachir Diallo

29- Général de brigade Bhoundouka Condé

30-Général de brigade Aboubacar Biro Condé

31- Général de brigade Édouard Théa

32- Général de brigade Mohamed Lamine Diarra

33- Médecin Général Remy Lamah

34- Médecin général Mbemba Kaba

35- Général de brigade aérienne Sidy Yaya Camara

36- Général de brigade aérienne Aboubacar Monchon Bangoura

37- Général de brigade aérienne Georges Sy

38- Général de brigade Mamadou Djan Diallo

39- Amiral Zézé Onovogui

40- Amiral Lansana Touré

41- Général de brigade Oumar Kandé

42- Général de brigade Ousmane Camara

Mamady Doumbouya

Conformément au statut général et particulier des officiers, précise l’article 2 du décret, les droits suivants leur sont accordés :
La totalité de la solde indiciaire mensuelle qui évolue en fonction du barème de solde annuelle,
Une indemnité de logement qui équivaut à 75% de la solde indiciaire,
Les frais de représentation qui équivalent à 50% de la solde indiciaire,
Un passeport diplomatique pour lui, de son conjoint ou sa conjointe,
Un grade d’un élément,
Un véhicule neuf non renouvelable,
Une dotation mensuelle en carburant,
La gratuité des soins de santé pour lui-même.
Et dans sa deuxième version, l’officier général peut occuper des fonctions civiles

Avec Ibrahima sory kandja Bangoura pour Gangan RTV

Guinée : purge à la tête de l’armée, Mamadi Doumbouya place ses hommes

octobre 13, 2021
Lors de l’investiture du colonel Mamadi Doumbouya, le 1er octobre 2021. © DR

Le président de la transition a mis à la retraite une quarantaine d’officiers généraux. Parmi eux, l’ancien président de la transition Sékouba Konaté et plusieurs anciens proches d’Alpha Condé.

Après avoir dissous le gouvernement, l’Assemblée nationale et la plupart des institutions dans la foulée de son arrivée au pouvoir par la force, le 5 septembre dernier, le colonel Mamadi Doumbouya a annoncé une importante purge au sein de l’armée. Le président de la transition a mis à la retraite d’office quarante généraux et deux amiraux. Une décision rendue publique par un décret lu à la télévision nationale, mardi 12 octobre.

Le général Sékouba Konaté, qui fut président de la transition par intérim en 2010, a fait les frais de ce coup de balai au sein de la Grande Muette. L’officier s’était pourtant publiquement réjoui du putsch qui a renversé Alpha Condé. Moussa Dadis Camara, qui fut son binôme à la tête de la transition entre décembre 2008 et décembre 2010, s’était pour sa part déjà « volontairement retiré » de l’armée en 2015, qu’il avait quittée avec le grade de capitaine, avant d’annoncer sa volonté de se présenter à l’élection présidentielle de la même année.

Plusieurs proches d’Alpha Condé ont été écartés. Parmi eux, le général Namory Traoré, qui était jusque-là chef d’état-major général des armées, a été remplacé à son poste par le colonel Sadiba Koulibaly, considéré par certains comme la deuxième personnalité de la junte au pouvoir – laquelle n’a, pour l’heure, pas publié de liste officielle de ses membres.

Mises à l’écart et promotions

Autre « retraité d’office », le général Ibrahima Baldé, qui a été débarqué de son poste de Haut commandant de la gendarmerie et directeur de la justice militaire. Nommé par Moussa Dadis Camara, il avait été maintenu à son poste par Alpha Condé. Ironie du sort, c’est l’un de ses subordonnés, avec lequel il avait des relations difficiles, qui prend sa suite : le colonel Balla Samoura, qui est également un proche et un ami personnel de Mamadi Doumbouya.

Deux anciens ministres d’Alpha Condé, qui avaient déjà fait les frais de la dissolution du gouvernement, ont également perdu leur poste au sein de l’armée : les généraux Bouréma Condé, ancien ministre de l’Administration du territoire, et Rémy Lamah, ancien ministre de la Santé.

Autre général mis au placard, le général Mathurin Bangoura, l’ancien gouverneur de la ville de Conakry, qui avait déjà été remplacé à ce poste par la générale de brigade à la retraite M’mahawa Sylla, première femme à occuper cette position. Également démis et retraité, le général de division Siba Lohalamou, qui occupait les mêmes fonctions de gouverneur à Boké, dans le nord-ouest du pays. Plusieurs généraux qui avaient été nommés à des postes d’attachés de défense dans les ambassades ont également été appelés à faire valoir leurs droits à la retraite : Boundouka Condé (Berlin), Aboubacar Biro Condé (Paris) et Bachir Diallo (Alger).

HUIT AFFIDÉS DE MAMADI DOUMBOUYA ONT ÉTÉ PROMUS GOUVERNEURS DANS LES HUIT RÉGIONS ADMINISTRATIVES DU PAYS

Cette mise à l’écart d’une partie de la haute hiérarchie militaire qui tenait les rênes de l’armée sous l’ère Alpha Condé s’est accompagnée d’une soudaine montée en grade de plusieurs affidés de Mamadi Doumbouya. Huit d’entre eux ont été promus gouverneurs dans les huit régions administratives du pays.

Les directions des trois grandes composantes de l’armée sont également renouvelées. Le colonel Balla Koïvogui, qui commandait jusque-là le bataillon spécial de Conakry, est nommé chef d’état-major de l’armée de terre ; le colonel Yacouba Touré, qui était en mission de maintien de la paix au Soudan du Sud, devient chef d’état-major de l’armée de l’air, et le capitaine de vaisseau Amadou Sow, chef d’état-major de l’armée de mer.

Lots de consolation

Vingt-huit des 42 « retraités » ont été nommés membres du Conseil supérieur de la défense nationale (CSDN), un organe créé en 2016 par Alpha Condé. Sous l’autorité directe du président de la République, le CSDN est supposé être « l’organe suprême qui traite de l’orientation stratégique des questions de défense et de sécurité ». Mais la nomination des officiers fraîchement retraités apparaît en réalité comme un lot de consolation, tant ce Conseil n’a « jamais réellement fonctionné », souligne une source de Jeune Afrique au sein du ministère de la Défense.

À noter enfin que le général Aboubacar Sidiki Camara – alias « Idi Amin » – , est également mis à la retraite, mais sans être nommé au CSDN. Réputé proche de Mamadi Doumbouya, dont il fait figure de mentor, le militaire semble être appelé à assumer dans les prochaines semaines un rôle plus important.

Pour Mamadi Doumouya, qui place ses hommes aux plus hautes fonctions militaires, il s’agit avant tout de consolider son pouvoir. Un grand jeu de chaises musicales qui peut néanmoins faire peser un risque sur la chaîne de commandement, en particulier en raison du vide laissé dans le domaine de la lutte contre le terrorisme, tant les hommes du Groupement des forces spéciales sont désormais pour une large part accaparés par la gestion des affaires de l’État. « Le bataillon de sécurité présidentielle a été démantelé, ses éléments affectés à l’intérieur du pays. Ceux du groupement des forces spéciales assurent désormais la sécurité présidentielle, la police judiciaire et font des patrouilles. Toute chose qui ne relève pas de leur domaine », relève un cadre de l’ancien régime.

Avec Jeune Afrique par Diawo Barry

Guinée : et si la transition de Mamadi Doumbouya s’appuyait sur les femmes ?

octobre 4, 2021
Des votantes lors de l’élection présidentielle de 2020, à Conakry. © REUTERS/Emmanuel Braun

Les nouveaux hommes forts de Conakry poursuivent les tractations autour du futur gouvernement post-Alpha Condé. Ils seraient bien inspirés de placer les femmes en son centre et de favoriser la parité dans tous les secteurs.

Après l’éviction du président guinéen Alpha Condé lors d’un coup d’État, le 5 septembre denier, le commandant des forces spéciales guinéennes, le colonel Mamadi Doumbouya, a ouvert une période de consultations en vue de la formation d’un nouveau gouvernement. Des réunions ont été organisées avec des dirigeants des sphères politique, religieuse et économique, et j’ai moi-même participé à la réunion avec le secteur financier. Nous espérons que ce processus de consultation se traduira par un engagement résolu en faveur d’élections libres et équitables, un calendrier pour la transition vers un nouveau gouvernement démocratique, et des idées de réformes politiques et institutionnelles qui pourraient permettre de bâtir une démocratie forte et durable en Guinée. Ce que notre peuple, et les dirigeants à l’origine du coup d’État, disent vouloir.

La parité, une chance

Si le colonel Doumbouya souhaite vraiment « ne pas répéter les erreurs du passé », il devra, conjointement aux autres responsables, saisir cette opportunité pour mettre en œuvre les réformes fondamentales qui intégreront et autonomiseront très clairement les femmes. Même en cette période incertaine, il est indispensable de ne pas les oublier : elles seront, en définitive, bénéfiques pour tous les Guinéens.

L’AUTONOMISATION DES FEMMES PRÉSENTE DES AVANTAGES SOCIAUX ET SÉCURITAIRES IMPORTANTS

Un nouveau gouvernement qui désirerait s’appuyer sur les valeurs démocratiques et la transparence ne pourrait pas atteindre un tel objectif sans la participation égale des femmes. Il a été largement démontré que l’autonomisation des femmes présente des avantages sociaux et sécuritaires importants. Récemment, de nouvelles recherches ont montré que les sociétés qui oppriment les femmes (inégalité des droits de propriété, pratique du mariage précoce pour les filles, préférence pour les fils et indulgence face à la violence faite aux femmes) sont plus exposées à la violence et l’instabilité.

L’autonomisation des femmes présente également des avantages économiques : selon une projection de la Banque mondiale, la réduction des inégalités entre les sexes en Guinée pourrait entraîner une croissance du PIB par habitant de plus de 10 % d’ici à 2035.

Selon ONU Femmes, le cadre juridique de la Guinée présente de grosses lacunes lorsqu’il s’agit de promouvoir, faire appliquer et contrôler le respect de l’égalité entre les sexes, notamment en matière d’emploi et d’avantages économiques. La Guinée a fait des progrès en 2019 en adoptant une loi sur la parité pour les listes électorales. En février 2021, 31 % des ministres du gouvernement étaient des femmes, contre seulement 22 % en moyenne dans le monde et dans la Cedeao. Nous devons veiller à ne pas régresser et nous devons placer les femmes au centre des nouvelles structures de gouvernance qui se forment.

Nouvelles technologies et postes de direction

La Guinée (et d’autres nations africaines d’ailleurs) dispose de trois moyens pour soutenir l’inclusion financière et l’autonomisation des femmes, et renforcer ainsi la stabilité sociale et économique du pays. En premier lieu, les secteurs public et privé peuvent être proactifs en développant et en mettant en œuvre des politiques sensibles à la dimension de genre afin de renforcer considérablement l’inclusion des femmes. Les banques pourraient faciliter l’ouverture par les femmes de comptes personnels et professionnels en réexaminant les conditions requises. En collaboration avec les agences gouvernementales, les institutions financières pourraient développer des programmes ciblés pour les femmes entrepreneures qui cherchent à officialiser leurs activités commerciales, qu’elles soient de petite taille ou informelles.

Ces politiques doivent également concerner les nouvelles technologies. Selon le rapport 2021 sur les inégalités entre hommes et femmes dans la téléphonie mobile, l’écart entre les sexes dans l’utilisation de l’internet mobile en Afrique subsaharienne est de 27  %, ce qui signifie que les femmes ne profitent pas des services bancaires et commerciaux mobiles de la même manière que les hommes. La parité hommes-femmes concernant les ventes en ligne d’ici à 2025 permettrait d’ajouter près de 15 milliards de dollars au marché africain d’ici à 2030.

DANS LE PARLEMENT DISSOUS DE LA GUINÉE, SEULS 16,7 % DES SIÈGES ÉTAIENT OCCUPÉS PAR DES FEMMES

Deuxièmement, il est nécessaire que le nombre de femmes occupant des postes de direction augmente. Dans le Parlement dissous de la Guinée, seuls 16,7 % des sièges étaient occupés par des femmes. D’après ma propre expérience au sein du gouvernement et dans des conseils d’administration guinéens, les quelques femmes directrices de banques et de compagnies d’assurance sont souvent éclipsées. L’augmentation du nombre de femmes aux postes de direction permettrait aux entreprises de mieux comprendre une clientèle largement inexploitée.

Les femmes sont également sous-représentées dans le secteur de la finance, comme dans le reste du monde. ONU Femmes et l’initiative de développement de l’Organisation internationale des institutions supérieures de contrôle des finances publiques ont constaté que les portefeuilles des finances sont détenus par des femmes dans seulement 11 % des pays du globe et que moins d’un tiers de tous les chefs des bureaux d’audit nationaux sont des femmes. Comment espérer que les gouvernements et les organismes financiers élaborent des politiques qui tiennent compte des femmes lorsque les dirigeants en place connaissent si peu les défis uniques auxquels elles sont confrontées ?

Comprendre les obstacles

Troisièmement, nous devons augmenter notre capacité à collecter et à analyser les données sur les femmes. En décembre 2020, à peine un tiers des indicateurs qui permettraient de suivre les performances de la Guinée en matière de réalisation des Objectifs de développement durable d’un point de vue du genre étaient disponibles. Seuls 3,3 % d’entre eux se trouvaient dans des catégories de « haute performance ». Les données les plus récentes sur le pourcentage de femmes ayant accès à un compte bancaire en Afrique subsaharienne remontent à 2017. Trois ans et une pandémie persistante plus tard, l’écart entre les hommes et les femmes s’est probablement creusé…

NOTRE PAYS ET NOTRE ÉCONOMIE DÉPENDENT DE LA PARTICIPATION ÉCONOMIQUE, SOCIALE ET POLITIQUE DES FEMMES

Comme indiqué précédemment, la plupart des utilisateurs de téléphones mobiles en Afrique subsaharienne sont des hommes. Par conséquent, il est très difficile de comprendre la manière dont les femmes ont accès aux services mobiles en Afrique subsaharienne et comment elles les utilisent. Si nous pouvions nous efforcer d’améliorer l’accès des femmes à ces services et mieux comprendre comment elles les utilisent, les entreprises seraient en bien meilleure position pour les servir.

Les entreprises et les organisations non gouvernementales peuvent aider le gouvernement à trouver des données actualisées concernant les obstacles auxquels les femmes sont confrontées aujourd’hui en matière d’inclusion financière.

Nous devons mieux comprendre la manière dont les politiques actuelles affectent les femmes. Alors que le monde se numérise de plus en plus, nous avons plus que jamais besoin de produits et de services qui répondent à leurs besoins. La conduite du changement peut être extrêmement difficile. Mais j’exhorte les Guinéens à profiter de cette période de transition délicate pour jeter des bases solides en faveur d’une participation économique, sociale et politique des femmes en tant que citoyennes à part entière. Notre pays et notre économie en dépendent.

Malado Kaba

Avec Jeune Afrique par Malado Kaba

Ancien ministre guinéen de l’Économie et des Finances (2016-2018), PCA d’Orabank Guinée. Membre de la cohorte inaugurale de l’Initiative Amujae, programme phare du Centre présidentiel Ellen Johnson Sirleaf pour les femmes et le développement.

Guinée : Mamadi Doumbouya devient officiellement chef de l’État

octobre 1, 2021
Mamadi Doumbouya, ici le 5 septembre, a été investi président de la transition en Guinée le 1er octobre. © JOHN WESSELS/AFP

Devant sa femme et des personnalités politiques guinéennes, mais en l’absence de représentants étrangers de haut rang, le putschiste a été investi président de la transition ce vendredi 1er octobre.

Mamadi Doumbouya, a prêté serment vendredi 1er octobre comme président d’une transition à la durée et au contenu toujours inconnus. Le commandant des forces spéciales qui a renversé le président Alpha Condé le 5 septembre, en uniforme d’apparat beige, portant béret rouge et lunettes noires, a juré devant la Cour suprême « de préserver en toute loyauté la souveraineté nationale », de « consolider les acquis démocratiques, de garantir l’indépendance de la patrie et l’intégrité du territoire national ». Sa mère et son épouse, une officier de gendarmerie française, et de nombreuses personnalités politiques guinéennes étaient présentes. Cellou Dalein Diallo (UFDG), Sidya Touré (UFR), Faya Millimouno (BL), Siaka Barry ou encore Ousmane Kaba avaient fait le déplacement au palais Mohammed-V de Conakry.

S’octroyant un grade supplémentaire de colonel, Mamadi Doumbouya s’est de nouveau engagé au respect par la Guinée de tous ses « engagements nationaux et internationaux ». Il a par ailleurs assuré que, comme prévu par la « charte » de la transition, sorte d’acte fondamental publié lundi 27 septembre et entré en vigueur immédiatement, ni lui ni aucun membre de la junte ou des organes de transition ne serait candidat aux futures élections.

Culte de la personnalité

Avant de lui faire prêter serment, le président de la Cour suprême, Mamadou Sylla, a comparé la tâche du colonel Doumbouya au pilotage d’un navire « chargé de beaucoup d’événements douloureux, d’exigences nombreuses et d’attentes immenses et urgentes ». Il l’a appelé à ne pas se laisser dérouter « par la force des vagues de la démagogie et la tempête du culte de la personnalité ». Après deux coups de force au Mali voisin, le colonel Doumbouya a conduit le troisième putsch en un an en Afrique de l’Ouest, réalisé en quelques heures au prix d’un nombre indéterminé de vies humaines, les médias faisant état d’une dizaine à une vingtaine de morts.

Ce putsch a été largement condamné par la communauté internationale qui réclame la libération d’Alpha Condé, toujours aux mains des putschistes. Si les présidents de la Cedeao avaient été invités à cette cérémonie d’ouverture, aucun n’a fait le déplacement. Le président de la transition malien avait tout de même envoyé Malick Diaw, le président du Conseil de transition pour représenter son pays. Dans l’assistance figuraient les ambassadeurs de Chine et de Russie. Plusieurs pays occidentaux avaient limité leur présence à des diplomates de rang moindre mais le représentant du système des Nations unies était présent.

Durée indéterminée

Le colonel Doumbouya a assigné pour mission à cette transition une « refondation de l’État », la rédaction d’une nouvelle Constitution, la lutte contre la corruption, la réforme du système électoral, l’organisation d’élections « libres, crédibles et transparentes » et la « réconciliation nationale ». La junte a dit qu’elle rendrait le pouvoir aux civils après des élections à la fin d’une période de transition. Mais elle n’a jamais précisé la durée de cette transition, qui doit encore être fixée d’un « commun accord » entre les militaires et les forces vives du pays, ni précisé ses plans.

Le colonel Doumbouya, colosse aux manières posées, toujours protégé de près par ses hommes et apparaissant toujours en public en treillis et coiffé de son béret, semble résolu à se laisser du temps, malgré les pressions internationales, conviennent les analystes. La Cedeao a réclamé des élections présidentielle et législatives sous six mois. Elle a décidé de geler les avoirs financiers des membres de la junte et de leur famille et de les interdire de voyage.

Depuis son avènement, celui que les communiqués officiels désignaient déjà comme président de la République avant même son investiture, a multiplié les propos rassurants envers les investisseurs et des partenaires étrangers. Il a garanti le respect des contrats miniers et fait rouvrir toutes les frontières aériennes et terrestres. La « charte » de la transition confirme le colonel Doumbouya comme le nouvel homme fort de la Guinée, « chef de l’État et chef suprême des armées », qui « détermine la politique de la Nation » et qui « peut prendre des ordonnances ». Le président Doumbouya nommera par décret un Premier ministre de transition, qu’il pourra révoquer.

Jeune afrique avec AFP

Urgent : Exil de ALPHA Condé par Mamady Doumbouya en France/Brazzaville..

septembre 16, 2021

Avec Nouvelles du Monde

Coup d’État en Guinée : le mirage des mandats perpétuels

septembre 13, 2021
Affiche montrant le portrait du colonel Mamady Doumbouya, à Conakry, le 11 septembre 2021.

La situation en Guinée est intimement liée au refus de certains chefs d’État de limiter le nombre de leurs mandats. L’Afrique de l’Ouest doit scruter Conakry en s’interrogeant sur l’état de la démocratie dans la région.

« Si le peuple est écrasé par ses propres élites, c’est à l’armée de donner au peuple sa liberté », a déclaré le colonel Mamady Doumbouya, le nouvel homme fort de Conakry, pour justifier son coup d’État du 5 septembre. Il citait Jerry Rawlings, l’officier qui avait pris le pouvoir au Ghana en 1979.

La référence historique est parlante car la situation en Afrique de l’Ouest commence en effet à rappeler une autre époque, caractérisée par des dérives autoritaires, l’instabilité politique croissante et parfois, comme maintenant en Guinée, des coups d’État.

L’Afrique de l’Ouest a pourtant déjà payé un lourd tribut aux régimes militaires. C’est précisément pour cela que la région, qui a connu une longue période de relative paix et prospérité depuis le retour à la démocratie à la fin des années 1990, a proscrit les coups d’État dans ses traités, et les dénonce systématiquement aujourd’hui. Un large consensus demeure d’ailleurs en Afrique contre un retour aux gouvernements militaires.

Attachement à la démocratie

Comme le disait inlassablement Kofi Annan, en effet, la démocratie n’est pas seulement un bien en soi, mais aussi le système le plus propice à la paix, au développement inclusif et au respect des droits humains. Et les sondages d’Afrobaromètre confirment, année après année, l’attachement à la démocratie de la grande majorité de la population d’Afrique de l’Ouest.

CINQ DES DOUZE PAYS QUI ONT CONNU LE PIRE RECUL DE LA DÉMOCRATIE DANS LE MONDE DEPUIS 2015 SE SITUENT EN AFRIQUE DE L’OUEST

En revanche, selon les mêmes sondages, la majorité demeure insatisfaite du fonctionnement de ses gouvernements, dont beaucoup ne sont démocratiques qu’en apparence. Ainsi, Freedom House note que cinq des douze pays qui ont connu le pire recul de la démocratie dans le monde depuis 2015 se situent en Afrique de l’Ouest.

Tous les pays de la région organisent certes des élections, mais ces processus tendent à être de moins en moins crédibles. La politisation du recensement, des commissions électorales, de l’administration, de la justice et de la vie économique, souvent associée à des pressions sur l’opposition, la presse et la société civile, sapent la légitimité de maintes élections.

Et les élections – aussi importantes soient-elles – ne sont qu’un pan de la vie démocratique, et force est de constater des dérives autoritaires dans l’exercice du pouvoir dans bien des pays de la région.

Dérives autoritaires

En Guinée, il faut ajouter à tout cela un changement très contesté de la Constitution en 2020, pour permettre au président Alpha Condé de se représenter pour un troisième mandat, malgré les nombreuses voix qui se sont élevées contre ce projet. La Fondation Kofi Annan et le National Democratic Institute ont conduit une mission pré-électorale conjointe de haut niveau en décembre 2019, à l’issue de laquelle ils avaient, comme beaucoup d’autres partenaires, déconseillé au président de changer la Constitution.

Le président est passé outre à ces conseils et aux vives tensions suscitées par les doutes sur la légitimité de ce troisième mandat. Le pays en a malheureusement fait les frais le 5 septembre avec ce coup d’État condamné par les instances régionales et internationales.

Cette issue est d’autant plus regrettable qu’Alpha Condé a passé la majeure partie de sa vie à se battre pour la démocratie. À sa victoire en 2011, il avait même annoncé son ambition de devenir le Nelson Mandela de la Guinée. Sans doute a-t-il oublié par la suite que Madiba s’était retiré après un seul mandat en raison de son âge avancé.

Que faire à présent ? Tout d’abord, si la libération des prisonniers politiques peut être saluée, il faudra surveiller attentivement la mise en œuvre des autres promesses faites par le colonel Doumbouya, surtout en ce qui concerne la tenue d’élections dans dix-huit mois.

Encadrer la transition

Les partis politiques et la société civile de Guinée doivent jouer ce rôle de surveillance mais, au regard du rapport de forces, la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), l’Union africaine et l’ONU devront aussi contribuer à encadrer la transition. C’est bien ce à quoi la Cedeao semble s’atteler, ayant décidé de suspendre la Guinée et d’envoyer rapidement une mission de haut niveau à Conakry.

Le rapport de notre mission avait relevé de nombreux problèmes qui devront être traités avant la tenue d’un nouveau scrutin. Le gouvernement de transition pourrait certes s’y référer, mais il faudrait surtout organiser un grand dialogue inclusif avec les partis politiques, la société civile et toutes les forces du pays pour dégager le consensus nécessaire sur les mesures à prendre pour assurer un retour de la confiance dans les processus électoraux.

LA NON-LIMITATION DES MANDATS ENTRAÎNE UN PLUS GRAND RISQUE DE CORRUPTION, D’ÉROSION DES DROITS CIVIQUES ET DE CONFLITS

Enfin, ce coup d’État, survenu l’année même du 20e anniversaire du Protocole sur la démocratie et la bonne gouvernance de la Cedeao, est l’occasion pour les pays de la région de reconduire les normes auxquelles ils ont souscrit en 2001, et d’en adopter de nouvelles afin de prévenir des interventions militaires.

À la lumière des événements en Guinée, aucune ne paraît plus urgente et essentielle que le respect des limitations des mandats présidentiels, telles qu’ancrées dans les constitutions. Parce que les recherches en science politique montrent que la non-limitation des mandats entraîne un plus grand risque de corruption, d’érosion des droits civiques et de conflits, de nombreuses constitutions prévoient une limite stricte au nombre des mandats, limite que trop de dirigeants cherchent à contourner. Mais que peut-on vraiment prétendre accomplir en quinze ans qu’on n’a pas accompli en dix ?

Il faut espérer que les déboires de la Guinée servent de sonnette d’alarme à toute l’Afrique de l’Ouest. Comme le dit le proverbe : « Quand la maison de ton voisin brûle, hâte-toi de l’aider à éteindre le feu de peur que celui-ci ne s’attaque à la tienne. »

Par  Elhadj As Sy

Président du Conseil de la Fondation Kofi Annan, Genève

Coup d’État en Guinée : Retour de l’ancien Premier ministre Sidya Touré

septembre 12, 2021

Avec CGTC

Guinée : les putschistes annoncent des rencontres pour former un gouvernement

septembre 12, 2021

Mamady Doumbouya, le 10 septembre 2021 à Conakry, après une rencontre avec la mission dépêchée en Guinée par la Cedeao.

Les putschistes au pouvoir en Guinée ont annoncé l’ouverture à partir de mardi 14 septembre d’une série de rencontres pour préparer la formation d’un gouvernement.

Ces rencontres, annoncées samedi soir par les militaires à la télévision nationale, s’inscrivent dans le cadre de la « concertation » promise pour fixer les lignes d’une transition politique et former un gouvernement.

Les militaires, menés par le colonel Mamady Doumbouya, recevront mardi les chefs des partis politiques, puis ceux des confessions religieuses ; mercredi les organisations de la société civile, puis les représentations diplomatiques ; jeudi les patrons des compagnies minières implantées en Guinée, puis les organisations patronales ; vendredi les banques et les syndicats, indiquent les communiqués lus à la télévision.

Mission de la Cedeao

Le coup d’État a fait monter le prix de l’aluminium à son plus haut niveau depuis des années sur les marchés – la Guinée est l’un des premiers producteurs mondiaux de bauxite, principal minerai pour la production d’aluminium – et la junte s’est employée à rassurer les partenaires du pays de la poursuite des activités et du respect des engagements pris.

Les militaires qui ont déposé le président Alpha Condé le 5 septembre ouvriront cette concertation alors que la Cedeao doit à nouveau se prononcer sur les suites à donner au putsch. L’organisation ouest-africaine exige un « retour immédiat à l’ordre constitutionnel » et a suspendu la Guinée de ses organes de décision. Elle doit à présent examiner le rapport d’une mission dépêchée dans ce pays vendredi, avant de décider d’éventuelles nouvelles mesures.

« Toute manifestation de joie » interdite

Si la chute d’Alpha Condé a été saluée par des scènes de liesse, le comité militaire désormais à la tête du pays a cependant annoncé samedi soir l’interdiction de toute manifestation de soutien. Le colonel Doumbouya remercie les Guinéens de leur « adhésion massive à sa vision exprimée à travers des scènes de joie dans l’ensemble du pays. Toutefois le président (du comité) interdit toute manifestation de joie de quelque nature que ce soit », selon les termes d’un autre communiqué lu à la télévision.

La junte a aussi annoncé la mise à disposition d’un numéro vert pour dénoncer tout abus des forces de sécurité. Les abus de ces dernières sont constamment dénoncés par les défenseurs des droits humains.

Par Jeune Afrique avec AFP

Guinée: les putschistes sous pression, l’ex-président en bonne santé selon la Cédéao

septembre 10, 2021

Guinee: les putschistes sous pression, l'ex-president en bonne sante selon la Cedeao
Guinée: les putschistes sous pression, l’ex-président en bonne santé selon la Cédéao© AFP/Archives/CELLOU BINANI

Les militaires au pouvoir en Guinée ont reçu vendredi à Conakry une mission de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) qui a dit avoir trouvé l’ex-président Alpha Condé en bonne santé, cinq jours après le putsch.

La Cédéao avait condamné le jour même le putsch mené par le chef des forces spéciales, le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, contre M. Condé, 83 ans, vétéran de la politique ouest-africaine, exigeant sa libération et le « retour à l’ordre constitutionnel » dans ce pays pauvre mais regorgeant de ressources minières, notamment de bauxite.

« Nous avons vu le président, il va bien », a déclaré aux journalistes le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Alpha Barry.

« Nous avons vu le président ici au quartier général de la junte », a précisé le président de la Commission de la Cédéao, Jean-Claude Kassi Brou, confirmant que « le président Alpha Condé va bien ».

« Nous allons rendre compte à ceux qui nous ont mandatés et pour le reste on verra », a ajouté M. Brou avant le départ de la délégation pour l’aéroport de Conakry.

La délégation comprenait également la ministre des Affaires étrangères ghanéenne Shirley Ayorkor Botchwey, dont le pays assure la présidence tournante de l’organisation régionale, et ses homologues nigérian Geoffrey Onyeama, et togolais Robert Dussey.

Elle a d’abord rencontré pendant près de deux heures dans un grand hôtel de Conakry un représentant de la junte, le colonel Balla Samoura, selon une source diplomatique.

Après une interruption, les discussions à huis clos ont repris peu après 14H00 GMT, cette fois en présence du lieutenant-colonel Doumbouya, arrivé sous une imposante escorte militaire à bord de véhicules blindés.

Suspension de l’UA

Cette mission a coïncidé avec l’annonce par l’Union africaine (UA) de la suspension de la Guinée de ses instances, comme l’avait déjà fait la Cédéao mercredi lors d’un sommet par visioconférence.

Les dirigeants ouest-africains ont « exigé le respect de l’intégrité physique du président Alpha Condé », sa « libération immédiate », et « le retour immédiat à l’ordre constitutionnel ». Aucune sanction économique n’a été évoquée.

L’ambassade américaine a exprimé vendredi son « soutien » à l’initiative de la Cédéao, disant partager sa « profonde inquiétude » en raison notamment des possibles conséquences du putsch « sur la paix et la stabilité régionales ».

La Cédéao se retrouve dans une situation comparable à celle qu’elle a connue lors d’un putsch similaire au Mali voisin en août 2020. Elle avait alors pris des sanctions essentiellement économiques et suspendu le pays de l’organisation.

Ces sanctions avaient été levées à la suite de l’engagement des militaires maliens sur la voie d’une transition de 18 mois maximum pour rendre le pouvoir à des dirigeants civils issus d’élections. Mais la Cédeao a exprimé des inquiétudes croissantes sur le respect de ces échéances.

« Démocratie à terre »

Comme au Mali, les militaires guinéens peuvent se prévaloir d’une certaine popularité, comme en attestent les manifestations de joie observées dans différents quartiers de Conakry, encore alimentée par la libération mardi d’un premier groupe de dizaines d’opposants au régime déchu, et la floraison spontanée d’affiches à la gloire du lieutenant-colonel Doumbouya.

Réunis au sein d’un « Comité national du rassemblement et du développement » (CNRD), ils ont justifié leur coup de force par la nécessité de mettre fin à « la gabegie financière » ainsi qu’au « piétinement des droits des citoyens ».

Ils ont dissous le gouvernement et les institutions et aboli la Constitution qu’avait fait adopter M. Condé en 2020 et qui avait ensuite invoqué ce changement de loi fondamentale pour se représenter après deux mandats, malgré des mois de contestation réprimée dans le sang.

Les putschistes ont promis une « concertation » nationale en vue d’une transition politique confiée à un futur « gouvernement d’union nationale », sans autre précision, notamment en termes de calendrier.

Aucun décès lié au putsch n’a été rapporté officiellement. Mais des médias guinéens ont fait état d’une dizaine à une vingtaine de morts dans les rangs de la garde présidentielle, des informations invérifiables faute d’accès aux hôpitaux.

Parmi ses dernières décisions, le CNRD a annoncé jeudi soir le gel temporaire des comptes bancaires des établissements publics à caractère administratif et commercial, ainsi que des anciens membres du gouvernement, préalablement écartés au profit des secrétaires généraux de chaque ministère.

De leur côté, certains partisans de M. Condé laissaient percer leur amertume.

« La Guinée s’est battue toujours pour la démocratie et la démocratie étant vraiment instaurée, en un seul jour les militaires sont venus vraiment mettre cette belle démocratie à terre », a déclaré à l’AFP Victor Léno, enseignant et membre de la jeunesse de l’ex-parti au pouvoir.

Un responsable du parti, Mahmoudou Traoré, a pour sa part incité à la vigilance envers les putschistes, citant l’exemple d’autres pays. Selon lui, « quand les militaires disent +nous venons pour un petit temps+ ils vont faire plus de 5, 6 ou 7 ans » au pouvoir.

Par Le Point avec AFP