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Massacre du 28 septembre en Guinée : l’ONU appelle à l’organisation rapide d’un procès

septembre 28, 2019

Le 28 septembre 2009, des manifestants se dirigent vers le Stade du 28-Septembre, à Conakry, en Guinée. © IDRISSA SOUMARE/AP/SIPA

Dix ans après l’attaque perpétrée par l’armée dans une stade de Conakry, la Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme a appelé les autorités à « accélérer » l’organisation du procès des responsables.

« L’impunité règne depuis trop longtemps en Guinée et empêche les cicatrices des victimes de guérir. La paix et la réconciliation durables ne seront pas atteintes tant que justice et responsabilité ne seront pas maintenues », a déclaré Michelle Bachelet dans un communiqué.

Le 28 septembre 2009, les forces de défense et de sécurité et des militaires avaient battu, poignardé et tué par balles des opposants au régime militaire, rassemblés dans le plus grand stade de Conakry pour réclamer que le président autoproclamé depuis décembre 2008, Moussa Dadis Camara, ne se présente pas à la prochaine élection présidentielle.

« Crime contre l’humanité »

L‘instruction sur le massacre est clôturée depuis fin 2017, mais la date du procès n’a toujours pas été fixée. Une Commission d’enquête internationale nommée par l’ONU a établi en décembre 2009 que l’attaque « a fait au moins 156 morts et disparus, dont un certain nombre de femmes décédées des suites de violentes agressions sexuelles », a rappelé le Haut-Commissariat dans un communiqué.

Ce rapport a accablé les autorités de l’époque, expliquant qu’elles ont modifié les lieux du crime. Des détenus ont par ailleurs été torturés, au moins 109 filles et femmes ont été victimes de violences sexuelles et des cadavres ont été enterrés dans des fosses communes.

La Commission a également conclu que ce massacre constitue un « crime contre l’humanité », et a conclu à la responsabilité pénale individuelle de plusieurs responsables guinéens, dont Moussa Dadis Camara.

Hauts fonctionnaires toujours en poste

« Bien que la Commission d’enquête ait recommandé il y a près de dix ans aux autorités guinéennes de poursuivre les responsables et d’indemniser les victimes, peu de progrès tangibles ont été enregistrés jusqu’à présent », a déploré Michelle Bachelet, appelant les autorités à « accélérer l’organisation du procès ».

« Ces procédures judiciaires tant attendues – si et quand elles auront réellement lieu – devraient garantir la responsabilité à la fois dans l’intérêt des victimes et renforcer l’état de droit dans l’ensemble du pays », a-t-elle souhaité.

La Haut-Commissaire a souligné que les efforts pour engager des poursuites et organiser une procédure judiciaire « ont été extrêmement lents et n’ont pas abouti à un procès ni à des condamnations réelles des responsables ». « Il est particulièrement préoccupant qu’un certain nombre de hauts fonctionnaires mis en accusation soient toujours en poste et ne soient pas encore traduits en justice », a-t-elle conclu.

Par Jeune Afrique avec AFP

 

Guinée: Alpha Condé parle de référendum, donnant corps au projet de 3e mandat

septembre 24, 2019

 

Le président Alpha Condé a appelé les Guinéens à se préparer à un référendum et à des élections, accréditant encore plus une candidature à sa propre succession malgré l’obstacle constitutionnel, selon une vidéo postée sur les réseaux sociaux.

«Je vous demande de vous organiser et de vous préparer pour le référendum et les élections», dit Alpha Condé (81 ans) dans cette vidéo datée du 22 septembre postée sur Facebook et abondamment reprise mardi par les médias guinéens. Condé rencontrait lundi des membres de la communauté guinéenne à New York, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, selon les médias. La présidence guinéenne n’a pas répondu aux sollicitations qui lui ont été faites. Cette vidéo donne encore davantage de corps au projet attribué à Alpha Condé de briguer à nouveau la présidence. Condé, ancien opposant historique et premier président démocratiquement élu de cette ex-colonie française d’Afrique de l’Ouest, achève son deuxième mandat en octobre 2020.

La constitution actuelle l’empêche d’en assumer un troisième. Alpha Condé, à son poste depuis 2010, a souvent contesté la pertinence de la limitation du nombre de mandats. Il n’est pas allé jusqu’alors jusqu’à lancer une réforme constitutionnelle. Mais il a mandaté début septembre son premier ministre, Ibrahima Kassory Fofana, pour qu’il organise de larges «consultations» portant en particulier sur la constitution. Ces consultations, qui doivent en principe s’achever mercredi, sont boycottées par les principaux partis d’opposition. Le chef de l’Etat a aussi prôné la tenue d’élections législatives avant la fin de 2019. Elles étaient initialement prévues en 2018, mais avaient été reportées sine die. Le chef de la Commission électorale a proposé qu’elles se déroulent le 28 décembre, mais les représentants de l’opposition au sein de la commission ont jugé cette date «irréaliste». Plusieurs membres d’un mouvement créé pour s’opposer à un troisième mandat d’Alpha Condé ont été interpellés en avril et mai lors de manifestations émaillées d’incidents, avant d’être relaxés par la justice.

Lors de son séjour aux Etats-Unis, Alpha Condé a été reçu par le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, qui a appelé à une «transition du pouvoir démocratique et honnête (en Guinée), ce qui impliquera des institutions plus fortes et moins de corruption», selon le département d’Etat.

Par Le Figaro.fr avec AFP

Guinée : Beny Steinmetz sera jugé pour corruption au tribunal de Genève

août 13, 2019

Beny Steinmetz le 7 décembre 2009 à Tel Aviv. © Anonymous/AP/SIPA 

L’homme d’affaires et diamantaire franco-israélien Beny Steinmetz va être jugé devant le tribunal correctionnel de Genève pour corruption et faux dans un dossier portant sur la concession de mines de Simandou entre 2005 et 2010.

Dans cette procédure ouverte depuis 2013, le procureur suisse Claudio Mascotto a retenu contre l’homme d’affaires et deux de ses collaborateurs – le français Frédéric Cilins et la belge Sandra Merloni-Horemans – les infractions de « corruption d’agents publics étrangers » et de « faux dans les titres ». La date du procès n’a pas été précisée.

Les prévenus sont accusés d’avoir « versé ou fait verser des pots-de-vin à l’une des épouses de l’ancien président guinéen Lansana Conté en vue de faire évincer un concurrent puis de faire octroyer au Beny Steinmetz Group Resources (BSGR) des droits miniers dans la région de Simandou », dans le sud-est de la Guinée. Cette mine étant le plus important gisement de fer non-exploité au monde. Les prévenus sont en outre accusés d’avoir fabriqué des faux contrats et des fausses factures pour dissimuler ces dessous de table.

10 millions de dollars de pots-de-vin présumés

Selon le procureur, les pots-de-vin versés s’élèveraient à environ dix millions de dollars. Ces sommes, dont une partie a transité par une société off-shore établie aux îles Vierges et des comptes suisses, auraient permis d’évincer en 2008 par décret présidentiel le groupe minier britannique Rio Tinto, détenteur du permis d’exploitation du site depuis les années 1990.

Cinq mois plus tard, l’homme d’affaires franco-israélien, qui résidait et travaillait à l’époque à Genève, avait obtenu la licence d’exploitation de la mine de Simandou, juste avant le décès du président Conté en 2008.

En 2013, Beny Steinmetz affirmait avoir investi 170 millions de dollars dans cette mine, puis d’en avoir revendu 51 % en 2010 au groupe brésilien de matières premières Vale pour 2,5 milliards de dollars, soit presque 30 fois plus cher, avant de voir sa concessions résiliée par le gouvernement en 2014, pour des soupçons de corruption. Il accusait par ailleurs l’actuel président guinéen Alpha Condé d’avoir orchestré « des machinations » contre lui avec le milliardaire américain George Soros.

Accord à l’amiable

En février dernier, le milliardaire et la présidence guinéenne ont annoncé avoir trouvé un accord à l’amiable, avec le concours de l’ancien président français Nicolas Sarkozy, débouchant sur le retrait des poursuites pour corruption contre Beny Steinmetz en échange de son renoncement à ses droits sur le gisement de Simandou. L’homme d’affaire a en revanche obtenu, avec un partenaire britannique, les droits d’exploitation de Zogota, une mine de fer guinéenne moins importante.

Mais cet arrangement n’a pas mis fin aux poursuites engagées par le ministère public genevois qui devrait requérir des peines allant de deux à dix ans d’emprisonnement. Puisque l’État guinéen s’est retiré de la procédure, il ne demeure plus aucun plaignant dans l’affaire.

La mine du Simandou, quant-à elle, est toujours en attente d’un concessionnaire qui sera choisi par l’État. Un appel d’offre pour la reprise des anciens blocs de Beny Steinmetz a été lancé le 13 juillet dernier, la procédure est ouverte jusqu’au 19 août 2019 inclus.

Par Jeune Afrique avec AFP

Guinée: un hélicoptère de l’armée s’abîme en mer au large de Conakry

août 6, 2019

 

Un hélicoptère militaire avec deux personnes à bord s’est abîmé en mer ce mardi près des côtes de la capitale guinéenne Conakry, ont affirmé plusieurs médias guinéens et un témoin contacté par l’AFP.

Des recherches menées notamment par la marine guinéenne étaient en cours à 13h00 (GMT et locales) pour retrouver l’épave de l’appareil et ses deux occupants, un commandant de l’armée instructeur et un élève pilote, selon plusieurs sites d’informations de Guinée. L’appareil de type «Ecureuil» s’est abîmé en mer à proximité de l’hôtel Onomo, situé sur la presqu’île de Kaloum, quartier administratif de la capitale guinéenne.

Un employé de l’hôtel a confirmé l’accident en précisant «que de nombreux services de secours étaient sur place».

Par Le Figaro.fr avec AFP

Guinée : la dépouille de Mamoudou Barry est arrivée à Conakry

août 4, 2019

L’universitaire guinéen Mamoudou Barry, agressé vendredi 19 juillet dans la banlieue de Rouen. © DR

 

Le corps de l’enseignant guinéen victime d’une agression à Rouen (nord-ouest de la France) il y a deux semaines a été rapatrié samedi dans la capitale. Il sera inhumé lundi à Bolaro, son village natal, situé à 330 km de Conakry.

Le corps de Mamoudou Barry, 31 ans, est arrivé à l’aéroport de Conakry à bord d’un vol régulier parti de l’aéroport Charles de Gaulle, à Paris.

Il a été accueilli par des dizaines de parents et proches du défunt, dont plusieurs femmes en pleurs. Les ministres guinéens des Affaires étrangères et de la Jeunesse, Mamadi Touré et Mouctar Diallo, et un représentant de l’ambassade de France à Conakry étaient également présents.

Cérémonie à l’université Sonfonia

« Le gouvernement guinéen suit de très près l’évolution de l’enquête pour élucider le mobile de ce crime odieux. Nous sommes convaincus que justice sera rendue car les crimes racistes ne peuvent être tolérés », a déclaré le chef de la diplomatie guinéenne.

A la suite de l’agression contre Mamoudou Barry, un homme a été interpellé et hospitalisé en raison de problèmes psychiatriques.

Le représentant de l’ambassade de France, Fabien Talon, a dit être porteur d’une lettre de condoléances du président français Emmanuel Macron à son homologue guinéen, Alpha Condé, et au peuple de Guinée.

Une cérémonie est prévue dimanche matin à l’université publique Sonfonia de Conakry, où Mamoudou Barry a fait une partie de ses études. Ses collègues universitaires et amis doivent prononcer des témoignages sur sa vie.

Prière mortuaire

Le cortège funèbre doit ensuite quitter Conakry dimanche soir pour la ville de Mamou, à 300 km de la capitale, où est prévue la prière mortuaire lundi, suivie de l’inhumation à Bolaro, village natal du défunt, à une trentaine de km plus loin.

Mamoudou Barry, père d’un enfant de deux ans, est mort des suites de ses blessures après avoir été roué de coups dans la rue, le 19 juillet, lors d’une agression qualifiée de « raciste » par ses proches à Canteleu, dans la banlieue de Rouen.

Il avait soutenu une thèse de droit sur les « Politiques fiscales et douanières en matière d’investissements étrangers en Afrique francophone » le 27 juin dernier à Rouen.

Par Jeune Afrique avec AFP

France/Rouen: un suspect interpellé après l’agression mortelle d’un universitaire Guinéen

juillet 22, 2019

Barry

Marié et père d’une fille, Mamoudou Barry a été victime, vendredi 19 juillet, en marge de la CAN, d’une agression verbale puis physique d’une extrême violence, qualifiée de «raciste» par ses proches.

Un homme soupçonné d’être l’auteur de l’agression mortelle qui a tué vendredi Mamoudou Barry, un enseignant-chercheur guinéen, à Canteleu, près de Rouen, a été interpellé lundi. Sa garde à cependant été levée pour raison médicale et le suspect hospitalisé.

Le suspect, de nationalité turque, selon des sources policières, né en 1990, a été interpellé « ce matin à Rouen à 9 heures 30 » et a des « antécédents psychiatriques », étant d’ailleurs actuellement sous curatelle forcée.

Le suspect portait « un maillot du club turc de Galatasaray » au moment des faits, qui ont eu lieu vers 20 heures 20, peu avant la finale de la Coupe d’Afrique des Nations entre l’Algérie et le Sénégal. « C’est un petit voyou connu pour des délits mineurs, comme de stupéfiants », a indiqué une autre source policière. « Il a été identifié sur la base de l’exploitation de vidéos et de témoignages ». Le suspect était originaire de Canteleu, dans la banlieue de Rouen, où s’est déroulée l’agression, mais n’y habite plus.

Après l’agression, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, avait indiqué sur Twitter que : «Tout [était] mis en oeuvre pour identifier et interpeller l’auteur de l’agression (…). Il appartiendra à la Justice de faire toute la lumière sur cet acte odieux». «Mes premières pensées vont à ses proches dont je partage l’émotion et l’indignation».

Mamoudou Barry, 31 ans, était chercheur à l’université de Rouen. Il venait de soutenir une thèse de droit sur les «Politiques fiscales et douanières en matière d’investissements étrangers en Afrique francophone» le 27 juin à Rouen, d’après le site de l’université. Marié et père d’une fille, il a été «victime d’une agression verbale puis physique d’une extrême violence qui lui ont causé des lésions cérébrales et l’ont mis dans un coma profond dès la soirée du 19 juillet», selon l’université. Pris en charge par les secours, il a été hospitalisé avant de décéder, samedi.

Dans un premier temps, la presse guinéenne avait affirmé que le jeune homme avait été agressé par des supporters de l’Algérie, qui affrontait le Sénégal en finale de la CAN 2019.

L’agression a été qualifiée de «raciste» par ses proches. Une affirmation réitérée par son avocat, ce lundi : « Il s’agit d’un crime raciste, sans aucun doute, mais rien ne permet d’établir que c’est en lien avec la finale de la CAN. Rien ne permet de dire aussi qu’il a été agressé par un supporteur algérien », a dit à Me Jonas Haddad.

Une agression qualifiée de «raciste»

Mamoudou Barry rentrait chez lui en voiture avec son épouse vendredi raconte Kalil Aissata Kéita, enseignant chercheur à l’université de Rouen, lui aussi Guinéen et «ami proche» de la victime. «L’agresseur les a pointés du doigt et a dit:  »Vous les sales noirs, on va vous niquer ce soir »». L’agresseur était «de type maghrébin» mais «on ne sait pas si c’est un Algérien». Mamoudou Barry serait descendu de sa voiture pour demander des explications à son agresseur qui l’aurait alors roué de coups. L’agression a été filmée par des caméras de vidéosurveillance et s’est déroulée devant plusieurs témoins, selon son ami, pour qui «la police a pris l’affaire à bras-le-corps».

Une cagnotte a été mise en ligne avec des amis pour aider au rapatriement du corps de Mamoudou Barry en Guinée et «accompagner sa femme et sa fille». «Débordant de projets, il forçait, par son travail, l’admiration de ses collègues et de ses étudiants», a réagi Joël Alexandre, président de l’Université de Rouen-Normandie, dans un communiqué. «Nous souhaitons que toute la lumière soit faite sur les circonstances du drame».

Une marche blanche doit être organisée vendredi.

Par Le Figaro.fr avec AFP

Enquête ouverte après la mort d’un universitaire guinéen agressé près de Rouen

juillet 21, 2019

L’universitaire guinéen Mamoudou Barry, agressé vendredi 19 juillet dans la banlieue de Rouen. ©

 

Une enquête a été ouverte après la mort d’un jeune universitaire guinéen, Mamoudou Barry, violemment agressé vendredi 19 juillet près de Rouen, a-t-on appris dimanche de sources concordantes.

« Tout est mis en oeuvre pour identifier et interpeller l’auteur de l’agression qui a coûté la vie à #MamadouBarry. Il appartiendra à la Justice de faire toute la lumière sur cet acte odieux », a écrit sur Twitter le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner. « Mes premières pensées vont à ses proches dont je partage l’émotion et l’indignation ».

De sources policières, Mamoudou Barry a été agressé à Canteleu, dans la banlieue de Rouen. Pris en charge par les secours, il a été hospitalisé à Rouen, où il est mort samedi. « Les investigations sont en cours. Les auditions et vérifications devraient permettre de préciser le déroulement des faits », a indiqué le procureur de Rouen Pascal Prache dans un message à l’AFP.

Mamoudou Barry était chercheur à l’Université de Rouen Normandie, a-t-on appris auprès de l’établissement. D’après le site Thinking Africa, il avait soutenu sa thèse de droit le 27 juin dernier à Rouen. Marié et père d’une fille, il a été « victime d’une agression verbale puis physique d’une extrême violence qui lui ont causé des lésions cérébrales et l’ont mis dans un coma profond dès la soirée du 19 juillet », est-il précisé de même source.

Par Jeuneafrique.com avec AFP

Pourquoi la Somalie a rompu ses relations diplomatiques avec la Guinée

juillet 9, 2019

Muse Bihi Abdi, le président du Somaliland (image d’illustration). © YouTube/ENNTelevision

La Somalie a annoncé la rupture de ses relations diplomatiques avec la Guinée. Cette décision, que Conakry dit avoir apprise par voie de presse, fait suite à une audience accordée à une délégation du Somaliland par le chef de la diplomatie guinéenne.

« Le gouvernement fédéral somalien a décidé de mettre fin à toute relation diplomatique avec la République de Guinée », a annoncé le ministère somalien des Affaires étrangères et de la Coopération dans un communiqué daté du 4 juillet.

Une décision que Conakry aurait apprise par voie de presse, la diplomatie guinéenne n’en ayant pas été notifiée officiellement, selon un conseiller du ministre guinéen des Affaires étrangères. La décision somalienne n’aurait pas obéi « aux procédures de consultation en la matière », a-t-il déclaré à Jeune Afrique.

Ce brusque refroidissement des relations diplomatiques entre la Somalie et la Guinée faisait suite à l’accueil réservé le 2 juillet à Muse Bihi Abdi, le président du Somaliland – « avec un protocole de chef d’État », selon le ministère somalien. Le Somaliland, que Mogadiscio considère comme partie intégrante de son territoire, est une ancienne colonie britannique qui s’est autoproclamée indépendante en 1991.

Mogadiscio et Conakry entretenaient « des relations d’amitié et de coopération sans enjeux politique et économique majeurs. Nous n’avons aucune représentation diplomatique en Somalie et inversement », confie à JA un des conseillers du ministre guinéen des Affaires étrangères, Mamadi Touré. Ce dernier n’a pas souhaité réagir aux sollicitations de Jeune Afrique.

Visite discrète

Cette rupture diplomatique intervient alors que Conakry avait pris des précautions en recevant le « dirigeant séparatiste » loin des médias. Le chef de l’État guinéen, Alpha Condé, s’est notamment tenu à l’écart de la rencontre, laissant son ministre des Affaires étrangères accueillir Muse Bihi Abdi à l’aéroport international de Conakry.

Les deux personnalités ont ensuite rejoint le centre-ville de Kaloum à bord d’un hélicoptère. Muse Bihi Abdi et Mamadi Touré se sont entretenus « en comité restreint » à l’hôtel Primus Kaloum, situé à un jet de pierre du palais présidentiel Sekhoutoureya. Malgré cette proximité, Alpha Condé n’a pas rencontré l’invité, selon notre source au ministère guinéen des Affaires étrangères, qui précise : « On ne reçoit pas le Somaliland en tant qu’État. »

La question du Somaliland à l’UA

Le Somaliland est néanmoins en quête d’une reconnaissance internationale et d’un statut de membre de l’Union africaine (UA). « Le Somaliland a énormément besoin de soutien à tous les niveaux. Ses dirigeants politiques ont besoin de davantage de partenaires, et on ne peut pas refuser d’assister un pays africain », a souligné une autre source au sein du ministère des Affaires étrangères.

Actuellement étudiée par l’UA, la question du Somaliland ne saurait tarder à trouver une issue, selon notre source.

Grande fête à Hargeisa

De leur côté, les Somalilandais n’ont visiblement pas le triomphe modeste. Autant l’accueil réservé à leur président à Conakry irrite Mogadiscio, autant il crée la joie dans les rues de Hargeisa, la capitale du Somaliland, où le tricolore guinéen et les portraits du présidents Condé sont omniprésents, à en croire des images publiées sur les réseaux sociaux.

Une propagande véhiculée aussi bien par le jeune État en quête de reconnaissance internationale que par ses détracteurs. Conséquences : des fake news circulent, comme ce communiqué « d’excuses » du gouvernement guinéen à la Somalie. « C’est un faux grossier. Nous ne sommes pas à l’origine de ce communiqué », dément Mohamed Lamine Solano, conseiller en communication du chef de la diplomatie guinéenne, Mamadi Touré. Affirmant n’avoir pas été informé par la voie diplomatique, Conakry a décidé de ne pas répondre à Mogadiscio.

Hargeisa s’en est chargé à travers un communiqué du 5 juillet. Les autorités du Somaliland y flétrissent la décision de la Somalie de rompre unilatéralement ses relations diplomatiques avec la Guinée. « Le gouvernement de la République du Somaliland est profondément inquiet et blessé par le comportement de la Somalie et de sa campagne d’agression contre une grande liste de nations africaines au moment où les chefs d’État sont réunis à Niamey pour trouver des solutions communes pour la paix, la sécurité et la promotion de l’intégration », indique notamment le communiqué.

 

Par Jeuneafrique.com

Guinée : le nouveau Code civil légalise la polygamie, mais sous condition

mai 13, 2019

Le collectif des associations féministes à l’Assemblée nationale guinéenne, le 30 décembre 2018, pour réclamer l’abrogation de la légalisation de la polygamie. © DR / Collectif « Pas Sans Elles »

 

Le nouveau Code civil guinéen, adopté la semaine dernière, institue la monogamie comme le régime général du mariage. La polygamie, dont la légalisation dans la première mouture du texte avait fait débat, reste possible, mais à la condition que la première épouse donne son accord lors de la célébration du mariage à la mairie.

Alpha Condé en avait fait un casus belli. Au lendemain du vote du nouveau Code civil, le 29 décembre dernier, il avait refusé de promulguer la loi organique, bloquant de fait l’entrée en application du nouveau Code, et adressé, dès le 4 janvier, un courrier au Parlement invitant les députés à une seconde lecture du texte. « En 1968, nous avons dit monogamie, et en 2018 nous disons polygamie ? Je ne signerai pas ce texte », avait alors déclaré, furieux, le président.

Cause du courroux présidentiel, l’un des articles de la première mouture du texte, qui stipulait que « le mariage peut être conclu soit sous le régime de la monogamie ; soit sous le régime de la polygamie limitée à quatre femmes. Faute par l’homme de souscrire à l’une des options prévues au présent article, le mariage est présumé être placé sous le régime de la polygamie. » Une légalisation de fait de la polygamie qui, si elle est très largement pratiquée de manière traditionnelle dans le pays, était jusque-là considérée comme en dehors du cadre de la loi.

Revendications en partie entendues

Les députés ont, en partie, entendu les récriminations présidentielles et les arguments des associations de défense du droits des femmes – aux premiers rangs desquelles le collectif #PasSansElles et Wafrica – qui plaidaient pour le maintien du caractère illégal de la polygamie.

Le président de la République a voulu encadrer la polygamie pour donner la possibilité aux femmes de choisir le régime qu’elles désirent

En effet, le nouveau Code civil adopté jeudi prévoit certes que « le nouveau mariage est soumis au régime de la monogamie pour tous les citoyens guinéens », mais le texte ajoute immédiatement « toutefois, le mari peut, au moment de la célébration, en présence de sa future épouse, et avec l’accord explicite de celle-ci, déclarer qu’il opte pour la polygamie limitée à deux, trois ou quatre femmes qu’il ne peut dépasser ».

« Le président de la République a voulu encadrer la polygamie pour donner la possibilité aux femmes de choisir le régime qu’elles désirent », précise à Jeune Afrique Mohamed Lamine Fofana, ministres à la présidence chargé des Relations avec les institutions. De fait, le texte instaure la possibilité pour l’épouse d’avoir voix au chapitre, ce qui n’était pas le cas dans la version initiale du texte, qui ne laissait qu’au seul homme la prérogative de choisir le régime de mariage, monogame ou polygame.

« Les discriminations au détriment des femmes ont été corrigées. Le principe de la monogamie est consacré comme par le passé et la polygamie est devenue une exception », s’est félicité la députée Traoré Zalikatou Diallo après le vote du nouveau texte. « Les lois qui sont prises aujourd’hui, c’est pour faire plaisir aux Occidentaux sans tenir compte de nos coutumes et de nos mœurs », a pour sa part regretté Aboubacar Soumah, l’un des deux seuls députés à avoir voté contre, jeudi.

Surtout, avancent les défenseurs du texte, ce nouveau Code civil constitue une avancée pour les secondes, troisièmes ou quatrièmes épouses, qui n’avaient jusque-là aucun statut civil. Désormais, en acceptant la polygamie, la première femme permet à ses coépouses d’avoir les mêmes droits qu’elle, notamment en matière de succession et d’autorité parentale.

« On accepte, mais par défaut »

Réelle avancée ou cadeau empoisonné ? La question se pose cependant, dans un pays dans lequel la polygamie est profondément ancrée dans les mœurs, jusque parmi les représentants politiques. Si elle « salue la décision des députés d’avoir accepté de modifier l’article qui posait problème », Fatou Souaré Hann, directrice de l’ONG Wafrica-Guinée, ne cache pas son amertume.

« On accepte, mais par défaut… C’est mieux que le texte qui avait été voté en décembre. Et nous avons un nouveau Code civil dans lequel il y a des avancées sur certains points », détaille-t-elle à Jeune Afrique, évoquant notamment la possibilité donnée aux femmes de travailler sans demander l’autorisation à leur époux ou encore, l’instauration du partage de l’autorité parentale en cas de divorce. « Mais il est vrai que, sur l’article concernant la polygamie, nous sommes quand même en recul par rapport à l’ancien Code civil ».

Le nouveau Code civil attend désormais la signature d’Alpha Condé, seule à même d’ouvrir la voie à sa promulgation et à sa mise en œuvre effective.

Jeuneafrique.com par Fatoumatou Diallo

Guinée: Alpha Condé pointe la « responsabilité » de la France dans le retard du pays

octobre 1, 2018

Alpha Condé, le président guinéen, au palais présidentiel à Conakry en octobre 2016. © Vincent Fournier/JA

 

Le président guinéen Alpha Condé a attribué une part des difficultés traversées par son pays depuis l’indépendance en 1958 à l’attitude de la France de l’époque, dans une interview à Conakry avec des journalistes de TV5 Monde, RFI et Le Monde.

Lors de cette interview, diffusée dimanche, à deux jours du 60e anniversaire de l’indépendance, M. Condé s’est insurgé contre une question sur le fait que le pays « ne décolle pas économiquement ».

Les Français « doivent savoir que si la Guinée a été en retard, il y a la responsabilité des chefs d’État guinéens, mais aussi la responsabilité de la France de l’époque », a-t-il estimé. « Lorsque nous avons pris l’indépendance en 58, du jour au lendemain tous les cadres français sont partis, la Guinée est restée sans cadres », a déclaré M. Condé. « On a voulu anéantir économiquement le peuple de Guinée », a-t-il ajouté.

« Il ne faut pas oublier aussi que la Guinée a été mise en quarantaine (…), il a fallu que l’Union soviétique et la Chine viennent porter secours à la Guinée, tous les Français étaient partis, on n’avait pas de cadres », a insisté le président guinéen.

« L’histoire de la Guinée ne se ramène pas à la violence »,

La Guinée est devenue le premier pays d’Afrique subsaharienne à obtenir sa souveraineté de la France, après avoir voté non le 28 septembre 1958 au référendum instituant une « communauté » franco-africaine, proposée par le général De Gaulle.

De cet épisode, Alpha Condé a indiqué tirer « deux messages » pour la jeunesse guinéenne. En 1958, la Guinée « s’est donné la main comme un seul homme pour appeler à voter non », a-t-il dit. « Si nous voulons, nous pouvons de nouveau être unis pour faire face aux défis de la Guinée, ça c’est le premier message ». « Le deuxième, c’est que le gouvernement français à l’époque n’a pas eu une attitude correcte, ce qui a fait que, pendant longtemps, les rapports avec la France ont été tendus », a-t-il déploré.

« L’histoire de la Guinée ne se ramène pas à la violence », a-t-il par ailleurs souligné, alors qu’à l’occasion de cet anniversaire la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) et RFI ont publié un ouvrage, « Mémoire collective, une histoire plurielle des violences politiques en Guinée », revenant notamment sur le massacre du 28 septembre 2009.

« Je suis choqué ! »

M. Condé, au pouvoir depuis décembre 2010, s’est emporté à plusieurs reprises contre ses intervieweurs, leur reprochant d’être « venus avec des idées arrêtées ». « Je suis choqué de vous entendre dire que la Guinée n’a pas émergé, je suis choqué, franchement. Je suis choqué ! », s’est-il exclamé.

Ancien opposant historique, Alpha Condé est le premier président démocratiquement élu de cette ex-colonie française d’Afrique de l’Ouest, régie jusqu’alors par des pouvoirs autoritaires, voire dictatoriaux.

Malgré la richesse de son sous-sol, plus de la moitié de la population de Guinée vit sous le seuil de pauvreté, avec moins d’un euro par jour, selon l’ONU.

Jeuneafrique.com avec AFP