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Guinée: des putschistes affirment avoir capturé le président Condé et contrôler Conakry

septembre 5, 2021
Guinee: des putschistes affirment avoir capture le president Conde et controler Conakry
Guinée: des putschistes affirment avoir capturé le président Condé et contrôler Conakry© AFP/CELLOU BINANI

Des officiers des forces spéciales guinéennes ont affirmé dimanche avoir capturé le président Alpha Condé, pris le contrôle de Conakry et « dissoudre » les institutions, lors d’un coup d’Etat qui pourrait sonner la retraite d’un vétéran de la politique africaine, mais condamné par la communauté internationale.

Aucun mort n’a été rapporté dimanche, malgré les crépitements intenses d’armes automatiques entendus dans la matinée dans la capitale de ce pays coutumier des confrontations politiques brutales. L’apparent épilogue de plus de dix années de régime Condé a donné lieu à des scènes de liesse dans différents quartiers de la capitale.

« Nous avons décidé après avoir pris le président, qui est actuellement avec nous (…) de dissoudre la Constitution en vigueur, de dissoudre les institutions », dont le gouvernement, a dit, dans une vidéo, le chef des forces spéciales, le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, au nom d’un « Comité national du rassemblement et du développement », au côté de putschistes en uniforme et en armes.

Il a également annoncé la fermeture des frontières terrestres et aériennes de ce pays d’Afrique de l’Ouest plongé depuis des mois dans une grave crise économique et politique.

Dénonçant la « gabegie », le lieutenant-colonel Doumbouya, enveloppé dans un drapeau guinéen, a promis d' »engager une concertation nationale pour ouvrir une transition inclusive et apaisée », dans une déclaration à la télévision nationale qui a brièvement interrompu ses programmes.

Les putschistes ont également diffusé une vidéo du président Condé entre leurs mains. Ils lui demandent s’il a été maltraité et Alpha Condé, en jeans et chemise froissée dans un canapé, refuse de leur répondre.

« Libération immédiate »

« On tient tout Conakry et on est avec toutes les forces de défense et de sécurité pour enfin mettre fin au mal guinéen », a déclaré à la télévision France 24 le lieutenant-colonel Doumbouya, personnalité très peu connue jusqu’alors.

Le ministère de la Défense a initialement affirmé que la garde présidentielle avaient repoussé les « insurgés » quand ils ont tenté de prendre le palais présidentiel. Mais les autorités en place jusqu’alors ont ensuite sombré dans le silence.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a « fermement » condamné dans un tweet « toute prise de pouvoir » en Guinée « par la force du fusil », appelant « à la libération immédiate du président Alpha Condé », 83 ans.

Le président en exercice de l’Union africaine (UA) Félix Tshisekedi et le président de la Commission de l’UA Moussa Faki Mahamat « condamnent toute prise de pouvoir par la force et demandent la libération immédiate du président Alpha Condé » et appellent à une réunion d’urgence de l’organisation.

Le président en exercice de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), le Ghanéen Nana Akufo-Addo, de son côté, « exige le respect de l’intégrité physique » du chef de l’Etat guinéen, sa libération immédiate et « le retour à l’ordre constitutionnel sous peine de sanctions ».

« Beaucoup de morts pour rien »

De nombreux habitants de Conakry, notamment dans les banlieues réputées favorables à l’opposition, sont descendus dans la rue pour acclamer les militaires des forces spéciales.

« Nous sommes fiers des forces spéciales, honte à la police, honte à la milice de l’ancien président Alpha Condé, mort aux tortionnaires et aux assassins de notre jeunesse », s’exclamait un manifestant voulant rester anonyme.

« Je ne pouvais pas imaginer qu’Alpha Condé allait quitter le pouvoir de mon vivant, tellement il m’a fait du tort », a confié Madiaou Sow, un chauffeur, « il a tué dans les manifestations ma soeur Mariama, mon neveu Bissiriou, mon cousin Alphadio ».

Il faisait référence à la répression sanglante des manifestations de l’opposition et de la mobilisation contre l’adoption par referendum en 2020 d’une nouvelle Constitution, dont M. Condé a tiré argument pour briguer et obtenir un troisième mandat.

« Nous allons réécrire une Constitution ensemble, cette fois-ci, toute la Guinée », a assuré le chef des putschistes, déplorant qu’il y ait eu « beaucoup de morts pour rien, beaucoup de blessés, beaucoup de larmes ».

Les principaux dirigeants de l’opposition, sollicités par l’AFP, n’ont pas souhaité s’exprimer.

Mais le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), coalition de mouvements politiques et de la société civile qui a mené la contestation contre un troisième mandat d’Alpha Condé, a pris acte de « l’arrestation du dictateur » et des déclarations des militaires sur la Constitution.

Tôt dans la matinée, des tirs nourris d’armes automatiques avaient retenti sur la presqu’île de Kaloum, centre névralgique de Conakry, où siègent la présidence, les institutions et les bureaux d’affaires.

« J’ai vu une colonne de véhicules militaires à bord desquels des soldats surexcités tiraient en l’air et entonnaient des slogans militaires », a déclaré à l’AFP une habitante du quartier de Tombo, proche du centre de la capitale.

Depuis des mois, le pays, parmi les plus pauvres du monde malgré des ressources minières et hydrologiques considérables, est en proie à une profonde crise politique et économique, aggravée par la pandémie de Covid-19.

M. Condé, ancien opposant historique, est devenu en 2010 le premier président démocratiquement élu en Guinée après des décennies de régimes autoritaires.

Des défenseurs des droits humains fustigent sa dérive autoritaire remettant en cause les acquis du début.

M. Condé se targue d’avoir fait avancer les droits humains et d’avoir redressé un pays qu’il dit avoir trouvé en ruines.

Par Le Point avec AFP

Tiken Jah Fakoly: Alpha Condé devient fou

septembre 5, 2021

Avec GandhiMalienTV

Guinée : Alpha Condé arrêté par les putschistes

septembre 5, 2021
Alpha Condé, entouré des militaires des Forces spéciales qui ont procédé à son « arrestation », le dimanche 5 septembre 2021.

Depuis le début de la matinée, le quartier du palais présidentiel était le théâtre de tirs nourris. Ce putsch est mené par le Groupement des forces spéciales, dirigé par Mamady Doumbouya.

Entouré de militaires en treillis, masqués et les armes à la main, Alpha Condé apparaît sur un canapé du palais présidentiel. Le président guinéen est comme sonné, la chemise entre-ouverte, les pieds nus. « Est-ce qu’on a touché à un seul de vos cheveux ? On vous a brutalisé, Excellence? » lui demande un militaire dans une vidéo tournée à Sékoutoureya. Alpha Condé, 83 ans, semble aller bien mais reste silencieux. Il n’aura fallu que quelques heures aux putschistes pour se saisir de celui qui dirigeait le pays depuis onze ans.

Mamady Doumbouya

Le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, commandant des Forces spéciales guinéennes, lors d’un défilé militaire en 2019.

Tout est allé très vite. Cette journée folle à Conakry a débuté aux alentours de 8h. Des tirs nourris et à l’arme lourde ont été entendus tout au long de la matinée aux abords de Sékoutoureya, le palais présidentiel où se trouvait alors le chef de l’État. Selon des photos, il aurait depuis été emmené hors du palais présidentiel.

À la mi-journée, une déclaration de Mamady Doumbouya, un Malinké originaire de la région de Kankan, a circulé sur les réseaux sociaux. Selon les informations de Jeune Afrique, c’est ce lieutenant-colonel et ses hommes du Groupement des forces spéciales (GPS), une unité d’élite de l’armée aussi bien entrainée qu’équipée, qui sont à l’origine du coup d’État.

Dans cette vidéo, béret rouge sur la tête et lunette de soleil sur le nez, entouré de deux militaires, Mamady Doumbouya annonce que « la situation socio-politique et économique du pays, le dysfonctionnement des institutions républicaines, l’instrumentalisation de la justice, le piétinement des droits des citoyens, la gabegie financière […] ont amené l’armée républicaine à prendre ses responsabilités vis-à-vis du peuple de Guinée. »

Il annonce aussi la dissolution de la Constitution, du gouvernement, des institutions et la fermeture des frontières. Enfin, il annonce qu’un « Comité national du rassemblement et du développement, CNRD » a pris le pouvoir.

Alpha Condé aux mains des putschistes

Ancien légionnaire de l’armée française, Mamady Doumbouya avait été rappelé en Guinée pour prendre la tête du GPS en 2018. Ces derniers mois, sa volonté d’autonomiser le GPS par rapport au ministère de la Défense avait suscité la méfiance du pouvoir de Conakry. En mai, des rumeurs infondées faisant part de sa possible arrestation avaient même circulé dans la capitale guinéenne.

LES FORCES FIDÈLES À ALPHA CONDÉ N’ONT PAS DIT LEUR DERNIER MOT

Celui qui apparaît aujourd’hui comme le chef des putschistes a appelé ses « frères d’armes à l’unité » et à rester dans leurs casernes. C’est bien l’interrogation majeure à cette heure : les hommes du GPS vont-ils être suivis par le reste de l’armée ? « Les forces fidèles à Alpha Condé n’ont pas dit leur dernier mot, mais le président est bel et bien entre les mains des putschistes », a affirmé à Jeune Afrique un proche du chef de l’État.

Arrivé au pouvoir en 2010, Alpha Condé a été réélu en 2020 pour un troisième mandat après une révision de la Constitution controversée.

Par Jeune Afrique

Guinée : décès de Mamadouba Toto Camara, ancien numéro deux de Dadis Camara

août 24, 2021
Le général guinéen Mamadou Toto Camara à Conakry, le 16 décembre 2009.

Chef d’état-major adjoint de l’armée de terre sous Lansana Conté, puis numéro deux de la junte militaire au pouvoir entre 2008 et 2010, le général Mamadouba Toto Camara est mort le 23 août à Conakry.

C’est au début des années 2000 qu’il avait pour la première fois fait parler de lui. Lansana Conté était à l’époque malade et vieillissant et le colonel Mamadouba Toto Camara avait été soupçonné d’avoir trempé dans l’un de ces complots qui ont rythmé les dernières années de sa présidence. En 2004, chef d’état-major général adjoint de l’armée de terre, formé sur les bancs de Saint-Cyr et de l’Institut de défense nationale, à Paris, il est emprisonné en même temps que plusieurs cadres de l’Union des forces républicaines (UFR), de Sidya Touré.

« Il s’en est toujours défendu mais ce soupçon l’a poursuivi, se souvient Tibou Kamara, aujourd’hui ministre et porte-parole du gouvernement. C’était un officier connu et influent au sein de l’armée, qui a toujours été soupçonné de vouloir s’emparer du pouvoir d’État. »

« Destin présidentiel manqué »

Quand Lansana Conté s’éteint le 22 décembre 2008, l’armée entre en scène et ravit le pouvoir à son dauphin constitutionnel, Aboubacar Somparé, le président de l’Assemblée nationale. Le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) voit le jour, dirigé par le capitaine Moussa Dadis Camara. Fort de sa notoriété et de son influence au sein de la troupe, Mamadouba Toto Camara est nommé premier vice-président et obtient le portefeuille de la Sécurité.

Cette fonction, explique Tibou Kamara, « lui a été confiée par respect pour son grade [il était à l’époque général de brigade], mais c’était un lot de consolation. Et cela a été la même chose lorsque Dadis a dû quitter le pouvoir. On peut donc parler d’un destin présidentiel plusieurs fois manqué. »

En décembre 2009, lorsque Dadis est ciblé par une tentative d’assassinat, Mamadouba Toto Camara a beau être la deuxième personnalité de l’État dans l’ordre protocolaire du CNDD, ce n’est pas à lui mais à Sékouba Konaté – surnommé « le Tigre » – qu’il revient d’assurer la présidence par intérim.

Disgrâce

Après la transition militaire et l’accession d’Alpha Condé au pouvoir en décembre 2010, Mamadouba Toto Camara est reconduit à son poste de ministre de la Sécurité. Il sera remercié deux ans plus tard, en octobre 2012, à l’occasion du premier remaniement gouvernemental de l’ère Condé. En même temps que deux autres anciens membres de la junte : feu Mamadou Korka Diallo et Mathurin Bangoura, actuel gouverneur de la ville de Conakry.

Mamadouba Toto Camara s’était depuis mis en retrait de la vie politique et était tombé en disgrâce : en sa qualité d’ancien numéro deux du CNDD, il avait été inculpé dans le cadre de l’enquête sur le massacre du 28 septembre 2009 et « poursuivi pour les exactions commises par les forces de police placées sous son commandement ».

Mamadouba Toto Camara avait récemment connu des ennuis de santé et avait dû recevoir des soins à l’étranger. Son décès intervient alors qu’il était revenu depuis peu à Conakry.

Dans un communiqué publié dans la soirée du 23 août, le ministre de la Défense nationale, Mohamed Diané, a présenté « ses condoléances les plus attristées à [sa] famille ». « Sa mort a été accueillie avec beaucoup d’émotion et de tristesse par le président de la République et par le gouvernement, ajoute Tibou Kamara. La Guinée salue la mémoire d’un officier, d’un soldat qui l’a servie durant toute sa vie. »

Avec Jeune Afrique par Diawo Barry

Côte d’Ivoire : un cas de virus Ebola détecté

août 16, 2021
Un virion de la fièvre hémorragique Ebola.

Un cas de virus Ebola a été détecté à Abidjan, a annoncé samedi soir le ministre ivoirien de la Santé, Pierre N’Gou Dimba.

Les autorités sanitaires ivoiriennes « ont été informées ce jour (samedi) par l’Institut Pasteur d’un cas de maladie à virus Ebola après examen des échantillons prélevés » vendredi « sur une jeune fille âgée de 18 ans de nationalité guinéenne », a déclaré à la télévision nationale le ministre de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, Pierre N’Gou Dimba. Il a précisé que cette jeune fille avait quitté la ville de Labé en Guinée par la route et « est arrivée en Côte d’Ivoire le 11 août ». « Il s’agit d’un cas isolé et importé », a-t-il assuré, ajoutant que la patiente était « actuellement en isolement et prise en charge au centre de traitement des maladies hautement épidémique du CHU de Treichville », à Abidjan.

RÉACTIVATION DU SYSTÈME DE SURVEILLANCE

Selon le ministre, la Côte d’Ivoire dispose de vaccins contre Ebola et « procèdera à la vaccination des groupes cibles, le personnel soignant qui a été en contact immédiatement avec la patiente et les forces de sécurité qui sont à nos frontières ». « Une réunion interministérielle d’urgence » s’est tenue samedi en fin d’après-midi sous la présidence du Premier ministre ivoirien Patrick Achi, a-t-il indiqué. Parmi les mesures prises figurent la réactivation du système de surveillance et de riposte au virus Ebola mis en place pendant la dernière épidémie en Guinée, « l’identification et la surveillance de tous les cas contacts identifiés » et la « collaboration frontalière intense avec la Guinée ».

« Le gouvernement rassure les populations et les invite à la sérénité », a déclaré Pierre N’Gou Dimba. « Toutes les dispositions sont prises pour faire face à cette situation ». Selon l’OMS, c’est le premier cas confirmé d’Ebola depuis 1994 en Côte d’Ivoire. « Il est extrêmement préoccupant que cette épidémie ait été déclarée à Abidjan, une métropole de plus de quatre millions d’habitants », a déclaré Matshidiso Moeti, Directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique, dans un communiqué. « Cependant, l’essentiel de l’expertise mondiale en matière de lutte contre la maladie à virus Ebola se trouve ici, sur le continent, et la Côte d’Ivoire peut tirer parti de cette expérience pour accélérer la riposte », a-telle ajouté.

La Guinée et l’OMS ont officiellement annoncé le 19 juin la fin de la deuxième épidémie d’Ebola dans ce pays, quelques mois après la réapparition de cette maladie rapidement vaincue grâce à l’expérience accumulée en 2013-2016 où elle avait fait des milliers de morts.

Par Jeune Afrique avec AFP

La Guinée se retire des Jeux de Tokyo en raison de la pandémie de COVID-19

juillet 22, 2021

CONAKRY, Guinée — La Guinée a choisi de se retirer des Jeux olympiques de Tokyo en raison de la résurgence des cas de COVID-19 et de l’apparition des variants.

© Fournis par La Presse Canadienne

Le pays africain devait envoyer cinq athlètes au Japon.

Le ministère des Sports Sanoussy Bantama en a fait l’annonce dans une lettre envoyée mercredi au président du Comité olympique de Guinée.

«En raison de la propagation des variants de la COVID-19, le gouvernement, qui veut protéger la santé des athlètes guinéens, a décidé d’annuler la participation de la Guinée aux 32e Jeux olympiques, prévus à Tokyo», peut-on lire dans la déclaration.

Quelques jours seulement avant cette annonce, le secrétaire général du Comité olympique de Guinée, Ben Daouda Nassoko, avait mentionné à l’Associated Press que sa délégation venait de recevoir les fonds nécessaires pour se rendre à Tokyo.

La lutteuse Fatoumata Yarie Camara est l’une des athlètes qui seront privés d’une participation aux JO.

«La question que je me pose est: si le pays hôte — le Japon — n’a pas annulé les Jeux en raison de la pandémie, alors pourquoi la Guinée a choisi de ne pas participer?» a-t-elle souligné.

«Pourquoi? C’est ce que je me demande, mais je n’ai toujours pas trouvé de réponse.»

Les autres athlètes guinéens qui devaient participer aux compétitions sont les nageurs Mamadou Tahirou Bah et Fatoumata Lamarana Toure, le sprinteur Aissata Deen Conte et le judoka Mamadou Samba Bah.

La Guinée a envoyé une délégation lors de 11 Jeux olympiques, mais elle n’a jamais remporté de médaille.

La Corée du Nord est le seul autre pays à s’être retiré des Jeux de Tokyo, également en raison de la pandémie.

Avec Boubacar Diallo et Carley Petesch, The Associated Press

Libération d’opposants en Guinée : « Il n’y a pas plus indulgent qu’Alpha Condé »

juin 25, 2021

Alpha Condé, au palais présidentiel.

Retour d’exilés, grâce et libération d’opposants… Le président multiplie les gestes d’apaisement envers des adversaires. À condition qu’ils présentent des excuses publiques !

L’heure semble désormais à l’apaisement à Conakry. Tour à tour, des opposants condamnés ont recouvré la liberté. Le 22 juin, Souleymane Condé, coordinateur du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) aux États-Unis, et Youssouf Dioubaté, l’ami avec lequel il avait été arrêté, ont ainsi bénéficié d’une remise de peine. Les deux hommes avaient été condamnés à un an d’emprisonnement pour « production, diffusion, mise à disposition d’autrui des données de nature à troubler l’ordre public ».

Grâce présidentielle

Avant eux, le 18 juin, ce sont deux autres opposants qui avaient bénéficié de la grâce présidentielle : le jeune militant de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) Boubacar Diallo, alias Grenade, condamné en appel début juin à dix ans de prison ferme pour « tentative d’assassinat, port illégal d’armes de guerre et de minutions ». La Cour d’appel de Conakry avait alors confirmé une peine rendue deux ans auparavant par le tribunal de Dixinn contre le jeune opposant, accusé d’avoir tiré à balles réelles sur les forces de l’ordre lors d’une manifestation de l’opposition, en mai 2016.

Autre gracié, Mamady Condé, alias « Madic 100 frontière », 300 000 abonnés sur Facebook. Transfuge du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG arc-en-ciel, au pouvoir), l’opposant qui militait pour l’UFDG de Cellou Dalein Diallo et contre le troisième mandat d’Alpha Condé avait été interpellé à la veille de la présidentielle. Condamné en février dernier à cinq ans de prison pour « téléchargement, diffusion de messages, photos, dessins de nature raciste ou xénophobe, menaces, violences et injures par le biais d’un système informatique », « Madic 100 frontière » avait fait appel. Le 10 juin, la Cour d’appel venait de réduire sa peine à un an de prison ferme.

Excuses publiques

Tous ont auparavant dû s’acquitter d’excuses publiques auprès du chef de l’État. Les grâces de Souleymane Condé et Youssouf Dioubaté ont été annoncées quelques heures après la publication dans la presse d’une lettre conjointe, dans laquelle les deux anciens prisonniers disaient « profondément » regretter leurs actes, qu’ils assimilaient à des « erreurs de jeunesse », jurant de ne pas récidiver pour « le restant de leur vie ».

Boubacar Diallo a fait de même. Dans une lettre adressée au ministre de la Justice, il a exprimé ses regrets, expliquant par ailleurs que sa grand-mère, qui l’a élevé depuis le décès de sa mère, « est gravement malade ». « Je sollicite votre aide afin de bénéficier de la clémence de la force publique guinéenne qui aura pour conséquence directe l’établissement d’une remise de peine à mon bénéfice », a-t-il plaidé. Depuis sa libération, l’ancien opposant ne tarit plus d’éloges à l’égard du chef de l’État et fustige son « abandon » par l’UFDG, sa formation politique d’origine.

VOUS VERREZ QUE LE PRÉSIDENT GRACIERA TOUS LES DÉTENUS POLITIQUES

Mamady Condé avait quant à lui plaidé en vain la clémence du tribunal de Dixinn. Il doit sa libération à la mobilisation de sa famille, dont l’histoire se confond avec celle du RPG arc-en-ciel. Son frère cadet s’est en effet employé à rappeler aux autorités les représailles essuyées par leur père sous le régime de Lansana Conté : « Mon père a été l’un des fondateurs du RPG ».

« À son retour au pays en 1992 après ses études au Canada et à Cuba, il a décliné l’offre du président Conté de le nommer ministre. Il a pris part à un meeting de l’opposant Alpha Condé à Kissidougou. Cela lui a coûté son poste de directeur national de l’élevage, il a été emprisonné, muté, explique à Jeune Afrique Kader Yomba Condé. En 1998, le jour de son arrestation et de celle du leader du RPG, ma sœur a été tuée par des militaires. Après des jours de recherches, son corps a été retrouvé dans un puits. Mon frère et moi avons fait la prison, avant que lui ne s’exile au Canada. »

C’est à son retour en Guinée, en 2011, que Mamady Condé s’éloigne du parti au pouvoir et se rapproche de l’opposition pour défendre, assure son frère, les mêmes idéaux de justice et d’équité pour lesquels sa famille s’est toujours battue. « Je partage ses convictions mais déplore ses excès de communication sur les réseaux sociaux, plaide Kader Yomba Condé. Il n’y a pas plus indulgent que Alpha Condé. On a demandé pardon au président de la République, il nous a entendus. Vous verrez qu’il graciera tous les détenus politiques. »

« Chantage »

Autre retour marquant, celui de Souleymane Bah, alias « Soulay Thiâ’nguel », ancien conseiller en communication de Cellou Dalein Diallo. Le 7 juin, il a regagné Conakry après cinq années d’exil au Sénégal et en France. En 2018, la justice l’avait condamné à la réclusion criminelle à perpétuité par contumace pour son implication dans les affrontements au cours desquels un journaliste, Mohamed Koula Diallo, avait perdu la vie. Son exil en France lui aura permis de « se rapprocher de sa famille » et de se consacrer à l’écriture, sa passion. Sa pièce de théâtre, La Cargaison, a remporté le Prix RFI théâtre 2020.

POUR L’OPPOSITION, CES EXCUSES ET REPENTANCES PUBLIQUES ONT ÉTÉ OBTENUES SOUS LA PRESSION

Son retour en Guinée est le fruit d’un an de négociations conduites par des membres de l’entourage présidentiel souhaitant rester anonymes. « Je ne regrette pas mon engagement politique, mais je suis arrivé à un point où la politique ne peut plus rien m’apporter, assure l’intéressé. Je m’en suis rendu compte durant mon exil, à travers ceux qui m’ont soutenu au-delà des clivages qu’on connaît dans ce pays. C’est pourquoi j’ai décidé de tourner définitivement la page politique et de revenir aux domaines pour lesquels j’ai modestement une expertise reconnue : la communication et la culture. »

Pour l’opposition, ces excuses et repentances publiques ont été obtenues sous la pression. Selon Ibrahima Diallo et Sékou Koundouno, dirigeants du FNDC que les autorités considèrent comme un « mouvement insurrectionnel », elles ne sont que le fruit d’un « chantage politique ».

Ils en veulent pour preuve le fait qu’outre cinq cadres et alliés de l’UFDG en attente de procès, il n’y a désormais plus qu’un seul célèbre condamné politique qui n’a pas été gracié : Oumar Sylla, alias Foniké Mengué, responsable de la mobilisation du FNDC, farouche opposant au troisième mandat. Lui refuse de s’excuser. Condamné en janvier à onze mois de prison ferme, il avait déclaré à l’énoncé du verdict : « Cette sentence ne changera pas mon engagement : je continuerai la lutte contre le troisième mandat d’Alpha Condé, même en prison. »

Avec Jeune Afrique par Diawo Barry – à Conakry

Égypte, Sénégal, Guinée… Où vont les investissements de l’ère post-Covid ?

juin 21, 2021
Le mégaprojet de « nouvelle capitale administrative du Caire », en Égypte, le 7 mars 2021.

Si les investissements étrangers en Afrique ont dégringolé en 2020 sur le continent, plusieurs secteurs (énergie, mines…) et un certain nombre de pays ont su tirer leur épingle du jeu.

On se doutait que le millésime 2020 des investissements étrangers serait plus que médiocre en raison de la pandémie et de la chute des prix des produits de base.

Pourtant, avec une baisse de 16 % (40 milliards de dollars en 2020 contre 47 en 2019), l’Afrique semble faire en la matière moins mal que l’Europe (- 80 %) ou l’Amérique du Nord (- 40%), si l’on en croit le Rapport 2021 sur l’investissement dans le monde publié ce 21 juin par la Conférence des Nations-Unies sur le commerce et le développement (Cnuced).

Les énergies renouvelables résistent

« Oui, l’Afrique fait moins mal que d’autres continents, mais il faut regarder plus en détail ces flux, relativise Alexandre Dabou, spécialiste de la division investissement et entreprises de la Cnuced. La forte baisse des pays développés est due à la chute des flux de transit ou des prêts interentreprises. Alors qu’en Afrique, la baisse concerne les projets nouveaux et les fusions-acquisitions ».

En effet, les annonces de nouveaux projets y ont chuté de 62 % (22 milliards de dollars en 2020 contre 77 en 2019). Les fusions-acquisitions transfrontalières, elles, ont reculé de 45 % (3,2 milliards contre 5,8).

Bonne nouvelle, les projets d’investissements dans les énergies renouvelables font exception à ce recul généralisé puisqu’ils ont augmenté de 28 % pour atteindre 11 milliards de dollars contre 9,1 milliards en 2019.

Progression de l’Afrique centrale

Si l’on fait le tour du continent, on remarque que l’Afrique du Nord est la région la plus pénalisée (- 25 %) bien que l’Égypte demeure la première destinations du continent pour les investissements étrangers et que les investissements au Maroc demeurent en croissance (+3 %).

Viennent ensuite l’Afrique de l’Ouest (-18 %), où se distinguent le Sénégal (+39 %), en raison de sa politique énergétique notamment dans le solaire, la Guinée, où le flux d’investissement dans le secteur minier a été multiplié par six, et dans une moindre mesure le Nigeria (+ 3 %), l’Afrique de l’Est (-16 %), l’Afrique australe (-12 %).

Ce sont également les projets énergétiques qui ont permis à l’Afrique centrale – pourtant mal en point au plan macroéconomique – de bénéficier d’une progression de ses investissements étrangers (+3,3%).

Faibles budgets de relance

Les cinq principaux bénéficiaires des investissements étrangers sur le continent sont l’Égypte, le Congo, l’Afrique du Sud, l’Éthiopie et le Nigeria. Les cinq pays qui ont connu la plus forte chute des investissements sont le Malawi (-88 %), la Guinée Bissau (-72 %), le Swaziland (-69 %), le Rwanda (-62 %) et le Mali (-52 %).

Les cinq pays qui les ont vu le plus progresser sont Sao Tomé (+95 %), le Togo (+85 %), la République centrafricaine (+36 %), le Congo (+19 %) et la Guinée équatoriale (+17 %).

Les perspectives de reprise semblent modestes, soit +5 % en moyenne en 2021, selon le rapport de la Cnuced. « Les investissements en Afrique ne vont pas revenir rapidement à leur croissance antérieure, prédit Alexandre Dabou. Beaucoup de ses pays connaissent des faiblesses structurelles qui freinent les investisseurs et ils n’ont guère de marge budgétaire pour relancer leur économie ».

Zlecaf, entraînement… Les raisons d’y croire

Plusieurs facteurs font tout de même espérer une embellie. « La reprise mondiale générera une augmentation de la demande de métaux et d’énergie dont l’Afrique est productrice et donc des investissements dans ces secteurs », assure l’analyste qui compte aussi sur une reconfiguration des chaînes de valeur mondiales qui « prendront une dimension plus régionale ».

En ce sens, « l’adoption du protocole d’investissement de l’accord sur la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) donnera un élan aux investissements intercontinentaux », estime-t-il.

Sans oublier que les milliers de milliards de dollars qui vont être injectés par les pays riches dans la relance de leur économie auront forcément un effet d’entraînement sur l’Afrique. Celle-ci pourrait ainsi bénéficier d’une hausse des investissements industriels de groupes tentés par la proximité du continent avec l’Europe ou avec l’Asie.

Avec Jeune Afrique par Alain Faujas

Guinée : fin de la deuxième épidémie d’Ebola

juin 19, 2021

BILAN. C’est l’OMS qui le déclare. La maladie a pu être jugulée en quelques mois, grâce à l’expérience acquise entre 2013 et 2016.

La decouverte d'une vingtaine de cas debut 2021 avait fait craindre le retour d'Ebola qui avait meurtri l'Afrique de l'Ouest entre 2013 et 2016.
La découverte d’une vingtaine de cas début 2021 avait fait craindre le retour d’Ebola qui avait meurtri l’Afrique de l’Ouest entre 2013 et 2016.© CAROL VALADE / AFP

Soulagement en Guinéela résurgence d’Ebola qui a surpris le pays fin janvier est déjà annoncée comme éradiquée. L’Organisation mondiale de la santé vient officiellement de déclarer la fin de la deuxième épidémie d’Ebola dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. La nouvelle a été annoncée depuis la très symbolique ville de Nzérékoré, en Guinée forestière dans le Sud-Est, d’où l’épidémie était partie en 2013 faisant des milliers de morts. Elle s’était propagée au Liberia et à la Sierra Leone voisins et avait touché dix pays au total. Pour l’OMS et les autorités guinéennes, il ne fait aucun doute que l’expérience accumulée entre 2013 et 2016 a servi. Il faut souligner que la Guinée a traversé la pire épidémie au monde depuis l’identification du virus en 1976, elle avait tué plus de 11 300 personnes, principalement en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone, trois des pays les plus pauvres du monde. Un bilan sous-évalué de l’aveu même de l’OMS.

Enseignements tirés

En 2021, un total de seize cas confirmés et sept cas probables ont été recensés lors de cette dernière épidémie en Guinée. Onze patients ont survécu et douze sont décédés, selon un communiqué de l’OMS publié samedi. Le communiqué ne donne pas le détail des morts parmi les cas confirmés et probables.

Un précédent bilan donné par l’organisation jeudi faisait état de cinq décès. « J’ai l’honneur de prendre la parole en ce jour de déclaration de la fin de la maladie à virus Ebola » en Guinée, a déclaré un responsable de l’OMS, Alfred Ki-Zerbo, lors d’une cérémonie officielle à Nzérékoré où la maladie était réapparue fin janvier. « Je voudrais, au nom du chef de l’État (le président Alpha Condé), déclarer la fin de la résurgence de la maladie à virus Ebola en République de Guinée », a pour sa part indiqué le ministre de la Santé, le médecin général Rémy Lamah.

La cérémonie a réuni environ 200 personnes, dont des chefs religieux.

Des règles internationales précises

Après avoir, suivant les règles internationales, officiellement déclaré l’état d’épidémie le 14 février, la Guinée a atteint vendredi les 42 jours sans nouveau cas, soit deux fois la durée maximale d’incubation, seuil fixé pour la déclaration de fin d’épidémie. Le dernier cas guéri déclaré remonte au 8 mai, a dit à l’AFP un responsable du ministère de la Santé.

Après la détection des premiers cas à Gouécké, dans la préfecture de Nzérékoré, « les autorités sanitaires nationales ont rapidement mis en œuvre la riposte, avec le soutien de l’OMS et ses partenaires, en s’appuyant sur l’expertise accumulée » dans la lutte contre Ebola dans le pays et en République démocratique du Congo, selon le communiqué de l’Organisation mondiale de la santé.

Communautés intégrées

« Il faut remercier aussi les communautés qui se sont engagées pour vaincre la maladie », a ajouté Alfred Ki-Zerbo. Les réticences dans la lutte anti-Ebola de communautés en Guinée avaient notamment causé la mort d’agents de l’État déployés en Guinée forestière durant la précédente épidémie. En 2021, grâce notamment à « une implication de la communauté, des mesures de santé publique efficaces et une utilisation équitable des vaccins, la Guinée a réussi à contrôler l’épidémie et à prévenir sa propagation au-delà des frontières », a renchéri le directeur général de l’OMS, Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, dans le communiqué.

L’OMS dit avoir aidé à expédier environ 24 000 doses de vaccin et avoir soutenu la vaccination de près de 11 000 personnes à haut risque parmi lesquelles plus de 2 800 travailleurs de santé en première ligne. « Nous avons vaincu Ebola mais restons vigilants », proclamait une banderole déployée lors de la cérémonie officielle.

Vigilance continue

La directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique, Dre Matshidiso Moeti, a appelé dans un communiqué « à rester en alerte face à une possible réapparition du virus et nous assurer que l’expertise dans la lutte contre Ebola s’élargisse à d’autres menaces sanitaires telles que le Covid-19 ».

Sur Twitter, le directeur général de l’OMS a souligné que le « Covid-19 est une maladie différente qui se propage plus facilement qu’Ebola mais la démarche est la même ». Cependant, « l’utilisation inefficace des mesures de santé publique et sociale » et « les inégalités continuent de donner au Covid-19 une chance de muter, de se propager et de tuer ». La Guinée, relativement peu touchée par le coronavirus, a déclaré plus de 23 400 cas, dont 168 décès, selon un dernier bilan vendredi. Après la déclaration de fin d’épidémie d’Ebola, la Guinée devrait entrer dans une période de surveillance épidémiologique renforcée pendant 90 jours, selon l’OMS à Conakry.

Par Le Point Afrique

Guinée : les déguerpissements sont-ils légaux ?

avril 20, 2021
Les boutiques sans permis de construction ont été démolies au Marché Niger de Conakry. Photo d’illustration.

Lancé en 2016, le déguerpissement des voiries publiques s’est accéléré ces dernières semaines. Mais parfois conduites sans base légale, ces opérations ont suscité la colère des habitants dont les maisons ont été détruites. Le Premier ministre promet des sanctions le cas échéant.

Lors des nuits des 12 et 13 avril, Conakry a enregistré les premières pluies de 2021, accompagnées d’un vent violent. Le lendemain, des ruelles boueuses étaient jonchées des déchets drainés par les eaux de ruissellement puis ramassés dans les bennes à ordures du turc Albayrak, partenaire des autorités guinéennes en matière d’assainissement.

Mais pour certains Conakrykas comme Mamadou Bah, rencontré devis en main au quartier Hafia 2, l’insalubrité est une préoccupation moins pressante que celle d’avoir un toit pour s’abriter des pluies. Dans ce quartier de la commune de Dixinn, les opérations de libération des emprises des voiries publiques, engagées en 2016 par le ministère de la Ville et de l’Aménagement du territoire, ont provoqué des déguerpissements sans ménagement.

« Ils ont démoli ma maison en notre absence »

Le 1er mars, un bulldozer du génie militaire a fait irruption dans le quartier et démoli plusieurs concessions pour tracer une nouvelle route. Les victimes de l’opération ont de sérieux doutes quant à la régularité des travaux. « Ils ont démoli ma maison en notre absence, déplore Mamadou Bah, qui a trouvé refuge avec sa famille chez des voisins. L’ordre du gouvernement, c’était de libérer les emprises des routes et non de créer une nouvelle voie ou de procéder à un nouveau lotissement. Une équipe du ministère de la Ville est venue certifier qu’aucun tracé de route n’est prévu sur l’emplacement de ma maison. »

Sa voisine, Hawa Sow, a dû mettre la main à la poche pour qu’on épargne son four à pain qui nourrit, depuis le décès de son mari en 2008, ses sept enfants et ses trois petit-fils. « Quand le bulldozer a donné un premier coup sur le four, j’ai crié, raconte la veuve. Depuis la mort de mon mari, avec mes enfants qui ont fini d’étudier mais qui n’ont pas de travail, nous dépendons de ce four. Ils m’ont demandé de leur donner trois millions de francs. Finalement, je leur ai donné 2, 5 millions, pris à crédit avec le chef des boulangers. Après, leur chef a ordonné d’arrêter ».

TOUS CEUX QUI ONT DES TITRES FONCIERS, L’ÉTAT S’ENGAGE À LES REMBOURSER

À Kénendé, dans la ville de Dubréka située à 50 km à l’est de Conakry, des démolitions d’habitations ont également été enregistrées début mars. « Nous avons été surpris de voir des gens venir avec des militaires pour casser nos maisons. Quand nous avions acheté ce terrain il y a onze ans, aucune autorité ne nous a signifié qu’il s’agissait d’une zone réservée. Ils ont tout cassé, j’ai tout perdu », se désole Yéro Tala Diallo. Selon lui, une soixantaine de maisons ont été détruites en même temps que la sienne.

« Des sanctions seront prises »

Le 7 avril, alors qu’il livrait son discours de politique générale devant l’Assemblée nationale, le Premier ministre, Ibrahima Kassory Fofana, avait martelé la consigne du gouvernement à propos des opérations de déguerpissement. « L’instruction du président, c’est de libérer les emprises des routes. Mais que les gens aillent dans les quartiers casser des maisons, nous ignorons d’où vient l’ordre », avait-il assuré. Avant de renchérir : « Tous ceux qui ont des titres fonciers, l’État s’engage à les rembourser. C’est une décision ferme du président et je suis appelé à y veiller. J’ai demandé au ministre de l’Urbanisme de s’organiser pour recenser toutes les maisons irrégulièrement cassées. La lumière sera faite, des sanctions seront prises contre ceux de l’administration qui ont permis cela. »

Mais avec la saison des pluies qui s’annonce, les victimes n’ont d’autre choix que de financer elles-même la reconstruction de leur maison. Du moins celles qui en ont les moyens. « Le maire de Dixinn est venu voir les dégâts. Il nous a réunis avec le colonel qui a piloté les opérations pour lui demander s’il détenait un ordre de mission. Ce dernier a répondu par la négative. La directrice de l’Habitat de la commune a pour sa part dit n’avoir donné aucune consigne dans ce sens. Dans ce cas, pourquoi ne pas arrêter celui qui est venu avec le bulldozer démolir ? », s’interroge Mamadou Bah, qui a presque achevé de reconstruire les murs de sa maison démolie, « avec l’autorisation du maire », s’empresse-t-il de préciser. « Ce sont des dépenses imprévues, mais avec la pluie, nous n’avons d’autre choix. J’ignore le coût total des dépenses pour le moment, surtout en cette période de fluctuation des prix », ajoute-t-il.

« Abus » et faille légale

Le Conseil national des organisations de la société civile (Cnosc) a ouvert une enquête sur le déroulement des opérations. Les résultats feront l’objet d’un rapport attendu en fin de semaine. Mais le président du Cnosc admet d’ores et déjà des « excès » et esquisse les responsabilités.

LES CADRES CHARGÉS DE L’OPÉRATION ONT COMMIS DES ABUS, VOIRE SE SONT LIVRÉS À DES RÈGLEMENTS DE COMPTE PAR ENDROIT

« Il y a eu un certain amateurisme de la part des agents sur le terrain, qui se sont contentés de dire qu’ils avaient reçu des ordres, tout en restant incapables de fournir une base légale, explique Dansa Kourouma à Jeune Afrique. L’opération a été sélective par endroits : elle a visé des couches vulnérables et épargné les gros bonnets. Il y a des habitations construites sur des emprises de route, mais il y a bel et bien eu des maisons démolies qui n’étaient pas dans cette situation. Les cadres chargés de l’opération ont commis des abus, voire se sont livrés à des règlements de comptes par endroit. Des excès ont été commis. »

Dansa Kourouma déplore aussi le flou juridique entourant ces pratiques : absence de délai de préavis, de commission de réclamations, de fonds d’indemnisation. Une faille qui facilite, selon lui, ces déguerpissements illégaux.

Avec Jeune Afrique par Diawo Barry – à Conakry