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Haïti dit adieu, sous haute sécurité, à son président assassiné

juillet 23, 2021
Haiti dit adieu, sous haute securite, a son president assassine
Haïti dit adieu, sous haute sécurité, à son président assassiné© AFP/Valerie BAERISWYL

Les Haïtiens rendaient vendredi un dernier hommage à leur président assassiné Jovenel Moïse, lors de funérailles nationales placées sous haute sécurité dans le pays rongé par les violences et la pauvreté.

Prévue pour durer toute la matinée, la cérémonie solennelle se déroulait dans la ville de Cap-Haïtien, la métropole septentrionale d’Haïti. M. Moïse, tué le 7 juillet à son domicile de la capitale Port-au-Prince par un commando armé, était originaire du Nord du pays.

Cap-Haïtien était relativement calme au matin, après une journée de tension jeudi. Des policiers ont été déployés un peu partout dans les rues.

Le cercueil de Jovenel Moïse, recouvert du drapeau national et de l’écharpe présidentielle, était exposé sur une esplanade, ornée de fleurs. La dépouille était gardée par des soldats des forces armées d’Haïti.

Martine Moïse, la veuve du président, gravement blessée dans l’attaque, était présente, le bras en écharpe après avoir été soignée dans un hôpital de Floride. Le visage barré d’un masque portant une photo de son mari, elle s’est inclinée devant son cercueil.

Délégation américaine

Des représentants de délégations étrangères, du corps diplomatique et les membres du gouvernement s’étaient succédé auparavant pour lui présenter leurs condoléances.

Le président américain Joe Biden a de son côté envoyé une délégation menée par Linda Thomas-Greenfield, l’ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, et Daniel Foote, le nouvel émissaire américain pour Haïti.

Un bataillon a rendu les honneurs militaires au chef de l’Etat, qui était âgé de 53 ans, avec notamment l’hymne présidentiel, suivi de l’hymne national. La cérémonie religieuse était dirigée par cinq prêtres.

La veuve du président a rendu un hommage appuyé à son mari, à la fructueuse carrière d’entrepreneur avant son entrée en politique, et a déploré sa fin tragique, « sauvagement assassiné », « abandonné et trahi ».

« Quel crime as-tu commis pour mériter un tel châtiment ? », a demandé l’épouse en deuil, coiffée d’un chapeau noir.

« Il connaissait bien les vices de ce système pourri et injuste », a affirmé Mme Moïse, « ce système auquel peu avant lui ont voulu s’attaquer ».

« Il s’est retrouvé du jour au lendemain avec tout le système en bloc, en face de lui », a-t-elle poursuivi, ajoutant toutefois ne vouloir « ni vengeance, ni violence ».

Ces louanges contrastent avec la vive défiance que suscitait avant sa mort M. Moïse au sein d’une bonne partie de la population civile, qui l’accusait d’inaction face à la crise et de dérive autoritaire, après qu’il eut suspendu le parlement.

Reste que l’assassinat du président a encore davantage plongé dans l’incertitude le pays et fait resurgir des tensions historiques au sein de la population.

Présent à Cap-Haïtien, le directeur général de la police nationale, Léon Charles, a notamment été pris à partie jeudi par des habitants qui lui reprochaient d’avoir échoué à protéger le président Moïse, l’enfant du pays.

Ariel Henry, le nouveau Premier ministre qui a pris ses fonctions mardi, a promis de traduire en justice les assassins du chef de l’Etat et d’organiser des élections présidentielle et législatives exigées par la population et la communauté internationale.

Les habitants du Nord d’Haïti rappellent que Jovenel Moïse est le cinquième chef d’Etat originaire de leur région à avoir été tué dans l’Ouest, où se trouve la capitale, Port-au-Prince. Certains accusent les Haïtiens de l’Ouest d’avoir perpétré ces assassinats.

Jeudi, des riverains ont ainsi érigé des barricades sur les routes nationales qui mènent au Cap-Haïtien afin, ont-ils affirmé, d’empêcher les habitants de Port-au-Prince de venir assister aux funérailles.

Avec Le Point avec AFP

Haïti-Assassinat de Jovenel Moïse : son chef de la sécurité serait détenu

juillet 15, 2021

Le chef de la sécurité du Palais national haïtien, Dimitri Hérard, est détenu par la police nationale dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat du président Jovenel Moïse, rapportent jeudi le Washington Post et CNN.

Le chef de l'Unité de sécurité générale du Palais national, Dimitri Hérard.

© – Le chef de l’Unité de sécurité générale du Palais national, Dimitri Hérard.

Le Post dit en avoir obtenu la confirmation du chef du parquet de Port-au-Prince, Bed-ford Claude, d’un porte-parole du premier ministre Claude Joseph, Israël Jacky Cantave, et d’un proche de Hérard, Carl Martin.

Ce dernier a aussi confirmé la nouvelle à CNN.

Le motif précis de la détention de Dimitri Hérard n’est pas connu. La justice veut qu’il réponde à des questions», s’est borné à dire Bed-ford Claude au Post.

Depuis le meurtre de Jovenel Moïse, le 7 juillet, les Haïtiens s’interrogent ouvertement sur le rôle joué par les responsables de la sécurité du président, qui ne semblent pas avoir échangé le moindre coup de feu avec les assaillants.

M. Hérard, chef de l’Unité de sécurité générale du Palais national, et Jean Laguel Civil, coordonnateur de la sécurité du président, avaient été convoqués par le parquet cette semaine, mais n’ont finalement pas encore été entendus.

Selon CNN et le Miami Herald, M. Hérard a fait savoir par lettre qu’il ne pouvait comparaître mercredi, comme prévu, parce qu’il était retenu par l’inspecteur général de la Police nationale haïtienne, responsable des affaires internes.

Le quotidien haïtien Le Nouvelliste cite une source au parquet selon laquelle M. Civil a aussi justifié son absence, mardi, en disant être frappé par une mesure conservatoire de l’Inspection générale de la Police nationale d’Haïti ».

La police nationale colombienne a révélé plus tôt cette semaine qu’elle enquête sur de multiples voyages effectués dans leur pays par M. Hérard.

Ils cherchent à déterminer s’il y a un lien entre ces visites et le fait que l’essentiel des membres du commando accusé d’avoir assassiné le président dans sa résidence privée sont d’ex-militaires colombiens.

Le chef de la Police nationale d’Haïti (PNH), Léon Charles, demeure très discret au sujet des responsables de la sécurité du président.

Selon Le Nouvelliste, il s’est borné à dire mercredi soir que 4 d’entre eux étaient en isolement et que 24 policiers étaient frappés par des mesures conservatoires.

Deux arrestations supplémentaires

Le chef de la PNH Léon Charles a annoncé mercredi soir l’arrestation de deux autres suspects dans l’enquête sur l’assassinat du président.

Il s’agit de Reynaldo Corvington, dirigeant d’une firme de sécurité haïtienne, et Gilbert Dragon, un ancien chef rebelle ayant participé à un soulèvement contre l’ex-président haïtien Jean-Bertrand Aristide, en 2004.

Un défenseur des droits humains en Haïti, Pierre Espérance, a déclaré au Washington Post que Dragon est un proche de Dimitri Hérard.

Le quotidien américain et le Miami Herald affirment en outre qu’il était un bras droit de Guy Philippe, chef de la rébellion contre l’ex-président Aristide, aujourd’hui incarcéré aux États-Unis après avoir plaidé coupable à une accusation de blanchiment d’argent.

Les deux hommes ont planifié des rencontres à plusieurs niveaux depuis l’arrivée des assaillants, les ont logés, leur ont loué des véhicules, leur ont fourni des armes», a indiqué Léon Charles selon le compte-rendu du Nouvelliste.

Selon lui, des perquisitions effectuées aux résidences des deux hommes ont permis aux policiers de mettre la main sur de nombreuses armes et des munitions.

Quatre avis de recherche lancés

La PNH a aussi lancé mercredi quatre avis de recherche visant Joseph Félix Badio, John Joël Joseph, Rodolph (Dodof) Jaar et Gordon Phenil Désir.

Les trois premiers sont recherchés pour assassinat, tentative d’assassinat et vol à main armée, selon les avis de recherche diffusés par la PNH.

Selon le compte-rendu du Nouvelliste, Léon Charles a présenté MM. Badio et Jaar comme des coordonnateurs de l’opération sur le terrain» et M. Joseph, un ancien sénateur opposé à M. Moïse, comme le trésorier de l’opération».

MM. Joseph et Jaar auraient aussi été chargés de la coordination des rencontres avec les mercenaires» et auraient loué des véhicules utilisés dans l’opération.

M. Badio aurait en outre loué une maison située près de celle du président, tandis que M. Jaar aurait aussi hébergé des mercenaires.

Selon Associated Press, M. Jaar a été accusé en Floride en 2013 d’avoir comploté en vue d’importer de la cocaïne provenant de la Colombie et du Venezuela qui aurait transité par Haïti avant d’entrer aux États-Unis. Il a plaidé coupable a été condamné à quatre ans de prison.

L’agence présente aussi M. Badio comme un ancien fonctionnaire du ministère de la Justice qui s’est joint à l’Unité de lutte contre la corruption d’Haïti en 2013.

L’agence en question a fait savoir qu’il avait été congédié en mai pour des manquements graves à des règles éthiques qui n’ont pas été précisées, et qu’une plainte avait été déposée contre lui.

La PNH a aussi lancé un avis de recherche visant Gordon Phenil Désir présenté comme un responsable de la location des véhicules, de la coordination des rencontres avec les mercenaires et du paiement des matériels».

Outre 21 ex-militaires colombiens, la police haïtienne a aussi arrêté trois Haïtiens depuis le début de son enquête, soit James Solages, Joseph Vincent et Christian Emmanuel Sanon.

Cinq autres ex-militaires colombiens sont en fuite, et trois ont été tués dans les heures suivant le meurtre de Jovenel Moïse.

Selon la PNH, M. Sanon aurait recruté les 26 ex-militaires colombiens via les services d’une entreprise de sécurité nommée CTU, dirigée par un Vénézuélien basé en Floride, Antonio Emmanuel Intriago Valera.

Une photo présentée en preuve

Léon Charles a également présenté mercredi une photo, déjà virale sur les réseaux sociaux depuis quelques jours, montrant selon lui plusieurs des suspects réunis à Saint-Domingue, en République dominicaine pour planifier l’assassinat de Jovenel Moïse.

Ils s’étaient réunis dans un hôtel à Saint-Domingue. Autour de la table, il y a les auteurs intellectuels, un groupe technique de recrutement et un groupe de financement», a déclaré M. Charles à la presse.

Certains sur la photo ont déjà été appréhendés. C’est le cas du Dr Christian Emmanuel Sanon, (et de) James Solages. Ce dernier a effectué les coordinations avec la firme de sécurité vénézuélienne CTU, basée à Miami», a-t-il ajouté.

Le responsable de la firme, Antonio Emmanuel Intriago Valera, est sur la photo. Il est entré plusieurs fois en Haïti pour planifier l’assassinat», a poursuivi Léon Charles.

Il y a aussi sur le cliché le responsable de la compagnie Worldwide Capital Lending Group, Walter Veintemilla. Nous sommes en train d’enquêter sur cette entreprise qui aurait collecté des fonds pour financer l’exécution de l’acte criminel.»

Il y avait un groupe de quatre (mercenaires) qui étaient déjà présents au pays. Les autres sont entrés le 6 juin. Ils sont passés par la République dominicaine. Nous avons retracé la carte de crédit qui a été utilisée pour acheter les billets d’avion», a indiqué le patron de la PNH.

Avec CBC/Radio-Canada 

Un troisième Haïtien arrêté en lien avec l’assassinat du président Jovenel Moïse

juillet 12, 2021

La police nationale en Haïti a annoncé dimanche avoir arrêté un ressortissant haïtien qui est accusé d’être entré au pays à bord d’un avion privé et d’avoir participé au complot concernant l’assassinat du président Jovenel Moïse mercredi.

Léon Charles, directeur de la police nationale haïtienne, explique ce que son service a découvert à propos d'un suspect.

© RICARDO ARDUENGO/Reuters Léon Charles, directeur de la police nationale haïtienne, explique ce que son service a découvert à propos d’un suspect.

Le chef de la police nationale haïtienne, Léon Charles, a indiqué que le suspect se nomme Christian Emmanuel Sanon et qu’il est âgé de 63 ans.

M. Charles a expliqué que les policiers ont trouvé plusieurs objets potentiellement d’intérêt au domicile de l’homme, dont une casquette à l’effigie de l’agence américaine de lutte contre le trafic de drogue, 20 boîtes de munitions, des parties d’un fusil, quatre plaques d’immatriculation de la République dominicaine, deux voitures ainsi que des lettres dont le destinataire n’a pu être identifié.

Le chef de la police n’a pas immédiatement été possible de confirmer si l’homme avait un avocat.

« Des objectifs politiques »

À son arrivée dans le pays en juin, Charles Emmanuel Sanon était accompagné de plusieurs ressortissants colombiens, chargés d’assurer sa sécurité.

Le chef de la police haïtienne explique que la mission a ensuite changé.

La mission était de procéder à l’arrestation du président de la République et l’opération a été montée à partir de là : 22 autres individus sont alors entrés en Haïti», a-t-il ajouté.

Les interrogatoires réalisés auprès des 18 citoyens colombiens arrêtés depuis mercredi ont permis à la police haïtienne d’apprendre que Charles Emmanuel Sanon avait recruté les 26 membres du commando via les services d’une compagnie vénézuélienne de sécurité nommée CTU, basée en Floride.

Ces 26 Colombiens figurent parmi la liste des suspects concernant l’assassinat du président haïtien. De ce nombre, 18 ont déjà été arrêtés, tous comme trois Haïtiens.

M. Charles a aussi mentionné que cinq suspects étaient toujours en fuite, tandis que trois autres ont été tués.

Quand nous avons bloqué la progression de ces bandits, la première personne qu’un des assaillants a appelé, c’est Charles Emmanuel Sanon. Il a lui, pris contact avec deux autres personnes que nous considérons comme auteurs intellectuels de l’assassinat du président Jovenel Moïse», a indiqué Léon Charles sans détailler l’identité de ces deux suspects.

La police haïtienne collabore avec les autorités colombiennes pour faire la lumière sur ce complot. Les forces de l’ordre cherchent notamment à savoir comment les suspects ont quitté la Colombie et qui a payé pour leur trajet vers Haïti.

Le FBI en renfort

Des membres du FBI, du département d’État, du département américain de la justice et du département de la sécurité intérieure des États-Unis sont arrivés dimanche en Haïti et ont rencontré le directeur général de la police nationale.

Cet assassinat a aggravé la crise institutionnelle dans laquelle Haïti était déjà plongée depuis des mois et qui amène aujourd’hui trois politiciens à se prétendre légitime pour assurer le pouvoir par intérim.

La délégation des États-Unis s’est entretenue en rendez-vous séparés avec les principaux acteurs de la scène politique dont le premier ministre Claude Joseph.

J’ai rencontré la délégation américaine et ensemble nous avons apprécié la résolution du sénat qui a fait choix de moi comme président provisoire de la République», a pour sa part indiqué dimanche soir sur Twitter Joseph Lambert, président du Sénat.

Quatre jours après l’assassinat du chef de l’État, un calme précaire perdure en Haïti compte tenu des zones d’ombres qui entourent ce meurtre commis dans la chambre de Jovenel Moïse, dans sa résidence privée pourtant sous haute surveillance.

Aucun policier haïtien n’a été blessé au cours des opérations pour appréhender les présumés mercenaires colombiens dont trois ont été tués.

Avec  CBC/Radio-Canada 

La lutte pour le pouvoir en Haïti s’enclenche

juillet 8, 2021

Au lendemain de l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, la légitimité du premier ministre sortant Claude Joseph à gouverner est déjà contestée.

Une lutte pour le pouvoir se dessine à Haïti entre le premier ministre nommé, Ariel Henry, et le premier ministre sortant, Claude Joseph.

© /Reuters Une lutte pour le pouvoir se dessine à Haïti entre le premier ministre nommé, Ariel Henry, et le premier ministre sortant, Claude Joseph.

M. Joseph semble vouloir remplir le vide laissé par la mort du dirigeant. C’est lui qui, flanqué des têtes dirigeantes des forces de l’ordre, s’est adressé mercredi à la population haïtienne pour tenter de la rassurer.

Mais Claude Joseph devait normalement quitter son poste, qu’il occupe par intérim depuis avril dernier. Son successeur, le docteur Ariel Henry, avait été nommé par Jovenel Moïse environ 24 heures avant qu’il tombe sous les balles de ses assaillants.

En entrevue avec le journaliste Robenson Geffrard du quotidien haïtien Le Nouvelliste, Ariel Henry semble déterminé à faire valoir son droit à diriger le pays.

Selon moi, [Claude Joseph] n’est plus premier ministre», a-t-il affirmé au quotidien. Je suis un premier ministre nommé, Claude a été un premier ministre intérimaire qui a repris ses positions de ministre des Affaires étrangères. Je pense qu’il faut qu’on se parle. Claude était censé rester dans le gouvernement que moi j’allais avoir.» Il a ajouté que, selon lui, M. Joseph fait désormais partie de son» gouvernement.

La Constitution haïtienne, amendée en 2012, prévoit qu’en cas de vacance de la présidence, la direction du pays soit assurée par le premier ministre en fonction.

Nommé le 5 juillet, Ariel Henry n’a pas eu le temps de former son gouvernement avant les événements du 7 juillet. J’étais en train de choisir les membres de mon Cabinet, on était même très avancé», a dit le premier ministre nommé. Il faut que je continue, mais dans le contexte actuel, je pense qu’il y a une opportunité de dialogue pour arriver à un accord qui nous permettra d’aller dans un meilleur climat aux élections et d’avoir un gouvernement aussi qui pourrait créer ce climat.»

M. Henry a notamment critiqué la décision de son prédécesseur d’imposer l’état de siège dans le pays. Je ne pense pas qu’on soit dans une situation qui nécessite l’état de siège. Je pense que c’est un peu précipité. C’est mon point de vue », a-t-il dit.

Claude Joseph n’a pas donné d’indications quant à une éventuelle passation du pouvoir. Ariel Henry affirme toutefois que les deux hommes sont en contact constant».

Des membres du corps policier en Haïti étaient à la recherche de preuves près de la résidence présidentielle le 7 juillet 2021.

© VALERIE BAERISWYL/AFP Des membres du corps policier en Haïti étaient à la recherche de preuves près de la résidence présidentielle le 7 juillet 2021.

Ce que l’on sait des événements

Vers 1 h mercredi matin, un groupe armé a fait irruption dans la résidence du président haïtien Jovenel Moïse. Les assassins ont criblé l’homme d’État d’au moins 12 balles, et ont également grièvement blessé sa femme, Martine Moïse. Cette dernière a été transportée vers un hôpital de la Floride pour que soient traitées ses blessures.

Peu de choses sont connues pour l’instant à propos des assaillants. Selon le premier ministre sortant Claude Joseph, les membres de ce commando» seraient des étrangers» qui parleraient anglais et espagnol». À cette heure, le pouvoir n’a fourni aucune preuve pour appuyer ces affirmations.

Le chef de la police nationale haïtienne a annoncé que ses hommes avaient tué quatre responsables présumés de l’attaque, en plus d’en blesser deux autres.

Claude Joseph a déclaré hier l’état de siège» dans le pays pour 15 jours. Ces mesures spéciales permettent entre autres aux autorités de procéder à des perquisitions sans mandat ainsi que d’ instaurer des mesures de sûreté spéciales».

Par  Jean-François Thériault avec des informations du Nouvelliste

Le président d’Haïti Jovenel Moïse assassiné

juillet 7, 2021

 

Jovenel Moïse, président d’Haïti, est mort assassiné à la suite d’une attaque armée de sa résidence, a confirmé le premier ministre par intérim Claude Joseph.

Le président haïtien Jovenel Moïse a été assassiné dans sa résidence dans la nuit de mardi à mercredi.

© Dieu Nalio Chery/The Associated Press Le président haïtien Jovenel Moïse a été assassiné dans sa résidence dans la nuit de mardi à mercredi.

Dans une déclaration publiée sur les médias sociaux, le premier ministre a déclaré qu’un groupe d’individus a attaqué la résidence privée du président, le blessant mortellement. Jovenel Moïse avait 53 ans.

L’ambassade d’Haïti au Canada a confirmé la nouvelle tôt ce matin sur Twitter.

Martine Moïse, la femme du président, a également été blessée dans l’attaque et a été transportée à l’hôpital. Son état de santé n’est pas confirmé pour l’instant. Quelques médias locaux rapportent qu’elle serait morte de ses blessures.

Claude Joseph a condamné cet acte odieux, inhumain et barbare». Il a appelé la population au calme.

Peu de détails concernant l’attaque sont connus pour l’instant. Elle aurait toutefois été menée par un commando organisé, composé d’individus qui s’exprimait en anglais et en espagnol, selon le premier ministre.

Les premiers échos de Port-au-Prince rapportent que la situation est relativement calme pour l’instant. Sur place, le rédacteur en chef du quotidien Le Nouvelliste Frantz Duval affirme que ce sont le choc et la stupeur qui règnent en ce moment.

La situation plonge le pays plus loin encore dans l’instabilité. Jovenel Moïse avait nommé Ariel Henry à titre de nouveau premier ministre lundi, mais celui-ci n’était toujours pas entré en fonction.

Le premier ministre en place, Claude Joseph, est donc celui qui a annoncé la nouvelle aux Haïtiens.

Crise politique et sociale majeure

Le pays vit une crise politique et sociale majeure depuis plus d’un an.

Haïti est le pays le plus pauvre du continent américain, et l’insécurité sociale y est amplifiée par la présence des gangs qui multiplient les enlèvements et les assassinats. Jovenel Moïse était accusé de fermer les yeux devant ces violences et de laisser la situation se gangrener.

Depuis son assermentation, M. Moïse a fait face à de nombreuses contestations populaires et un nombre toujours grandissant de voix appelaient à sa démission. Les manifestations à ce sujet s’enchaînaient depuis 2019, faisant des dizaines de morts et de blessés lors d’affrontements avec la police. Le président était toutefois déterminé à terminer son mandat, qui venait à échéance en 2022.

Jovenel Moïse affirmait d’ailleurs avoir échappé à une tentative d’assassinat et de coup d’État en février dernier.

Les violences sont fréquentes en Haïti, particulièrement dans la capitale de Port-au-Prince, où plusieurs quartiers sont sous le contrôle de groupes armés qui multiplient les assassinats. Un journaliste et une militante d’opposition ont par ailleurs été tués il y a un peu plus d’une semaine, suscitant un tollé à l’international.

Les violences, centralisées dans l’ouest de la capitale, ont forcé de nombreux habitants hors de la ville.

Des accusations de corruption

Élu en novembre 2016 sous la bannière du Parti haïtien Tet Kale (PHTK) de l’ancien président Michel Martelly avec tout près de 56 % des voix, Jovenel Moïse aura connu une vie politique mouvementée. Celui qui a pris les rênes du pays en 2017 a essuyé nombreuses accusations de corruption ces dernières années.

Il avait été déclaré vainqueur du premier tour de l’élection présidentielle d’octobre 2015, mais le second tour avait été annulé en raison d’accusations de fraude entourant le scrutin. Haïti avait alors hérité d’un gouvernement intérimaire, élu par le Parlement.

La victoire de Jovenel Moïse en 2016 avait aussi été entachée de plusieurs irrégularités, selon le tribunal électoral haïtien, ce qui avait déclenché de grandes manifestations au pays. Il avait tout de même été élu pour un mandat de cinq ans.

Issu d’un milieu modeste du nord du pays, M. Moïse n’était pas un politicien de carrière. Avant d’être porté à la tête du pays, il était PDG d’Agritrans, une entreprise de production et d’exportation de bananes. Des accusations de blanchiment d’argent, datant de son passage dans le monde des affaires, pesaient encore sur lui au moment de son élection.

En 2018, le pays s’était embrasé à la suite d’une hausse du prix de l’essence décrété par le gouvernement central.

Avec CBC/Radio-Canada 

L’Eglise dénonce la « descente aux enfers » d’Haïti après l’enlèvement de religieux

avril 12, 2021
L'Eglise denonce la "descente aux enfers" d'Haiti apres l'enlevement de religieux
L’Eglise dénonce la « descente aux enfers » d’Haïti après l’enlèvement de religieux© AFP/Archives/Yuri CORTEZ

L’Eglise catholique haïtienne a dénoncé lundi l’inaction des autorités au lendemain de l’enlèvement de dix personnes, dont sept religieux –cinq Haïtiens et deux Français– près de Port-au-Prince, capitale de ce pays des Caraïbes gangréné par l’insécurité.

« Depuis quelque temps, nous constatons la descente aux enfers de la société haïtienne », regrette l’archevêché de Port-au-Prince, selon qui la « violence des bandes armées » prend « une proportion sans précédent ».

« Les autorités publiques qui ne font rien pour résoudre cette crise ne sont pas à l’abri de tout soupçon. Nous dénonçons les complaisances et les complicités d’où qu’elles viennent », poursuit le communiqué estampillé par Monseigneur Max Leroy Mésidor, archevêque de la première ville haïtienne.

Le groupe comprend quatre prêtres et une religieuse haïtiens ainsi que deux Français originaires de l’ouest de la France: une religieuse du département de la Mayenne et un prêtre de l’Ille-et-Vilaine qui vit en Haïti depuis plus de trente ans.

Trois personnes, membres de la famille d’un prêtre haïtien qui ne fait pas partie des personnes kidnappées, ont également été enlevées. Les Haïtiens sont majoritairement de confession catholique et leur pays est le plus pauvre du continent américain.

Le parquet de Paris, compétent pour des crimes commis à l’étranger contre des citoyens français, a ouvert lundi une enquête pour « enlèvement et séquestration en bande organisée », qu’il a confiée à l’Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO).

Rançon exigée

La police haïtienne soupçonne un gang armé – baptisé « 400 Mawozo » – actif dans le secteur où ces enlèvements se sont produits, d’en être à l’origine, d’après une source policière.

Les ravisseurs réclament une rançon d’un million de dollars, a de son côté déclaré le père Loudger Mazile, selon lequel les religieux ont été kidnappés dans la matinée à la Croix-des-Bouquets, près de Port-au-Prince, au moment où ils se rendaient à « l’installation d’un nouveau curé ».

A Paris, le ministère des Affaires étrangères a dit être « pleinement mobilisé, en relation étroite avec les autorités locales », tout en souhaitant observer « la plus grande discrétion ».

Les cinq prêtres appartiennent à la Société des prêtres de Saint-Jacques, établie à Guiclan (Finistère, ouest de la France), a confirmé lundi à l’AFP le supérieur général, Paul Dossous.

« On essaye de prier en étant aussi actifs. Nous sommes en train de négocier. Le contact est fait, ça c’est important », a-t-il souligné. La société missionnaire compte une quinzaine de prêtres en Haïti dont les cinq enlevés, sur un total de 80 prêtres et une vingtaine de séminaristes présents aussi en France, au Brésil et au Canada.

De son côté la Conférence haïtienne des Religieux a exprimé son « profond chagrin mais aussi sa colère ».

« Il ne se passe pas un jour sans pleurs et grincements de dents et pourtant les soi-disant leaders de ce pays, tout en s’accrochant au pouvoir, sont de plus en plus impuissants », a-t-elle déclaré.

La Conférence des évêques de France et la Conférence des Religieux et Religieuses de France ont appelé les ravisseurs à « libérer les hommes et les femmes de paix qu’ils ont enlevés et ne pas ajouter encore de la haine là où se trouvent déjà la pauvreté et l’insécurité ».

– Profonde crise-

Les enlèvements contre rançon ont connu une recrudescence ces derniers mois en Haïti et touchent toutes les couches de la population, témoignant de l’emprise grandissante des gangs armés sur le territoire.

Les Etats-Unis ont d’ailleurs de nouveau formellement déconseillé lundi à leurs ressortissants de se rendre en Haïti, y soulignant « les enlèvements fréquents ».

A cela s’ajoute la profonde crise politique dans laquelle est plongée la nation.

Le président Jovenel Moïse estime que son mandat prendra fin le 7 février 2022, alors que pour l’opposition et une partie de la société civile celui-ci s’est achevé le 7 février 2021. Ce désaccord tient au fait que M. Moïse avait été élu à l’issue d’un scrutin annulé pour fraudes, puis réélu un an plus tard.

Privé de Parlement, Haïti s’est encore davantage enfoncé dans la crise en 2020 et le président gouverne par décrets, alimentant une défiance croissante à son encontre.

Dans ce contexte instable, M. Moïse a décidé d’organiser en juin un référendum constitutionnel, dénoncé comme une mascarade par l’opposition.

Par Le Point avec AFP

Corruption: la Cour des comptes étrille le pouvoir haïtien

août 17, 2020

Un rapport de la Cour supérieure des comptes d'Haïti a dénoncé la gestion frauduleuse du pouvoir.

Un rapport de la Cour supérieure des comptes d’Haïti a dénoncé la gestion frauduleuse du pouvoir. MAURICIO VALENZUELA / AFP

La Cour supérieure des comptes d’Haïti déplore, dans un nouveau rapport publié lundi, la gestion frauduleuse et souvent illégale, par les divers ministères et administrations, de centaines de millions de dollars d’aide offerts par le Venezuela entre 2008 et 2016. Projets engagés sans une évaluation des besoins ou même une estimation des coûts, violations répétées des normes de passation de marchés publics: sur plus de 1000 pages, les juges n’épargnent aucune institution.

«Les projets d’investissement et les contrats liés au fonds PetroCaribe n’ont pas été gérés en respectant les principes d’efficience et d’économie», accuse la Cour des comptes. Mis en place à l’initiative de l’ancien président Hugo Chavez, ce programme a permis à plusieurs pays d’Amérique latine et des Caraïbes de bénéficier de prêts du Venezuela dans le cadre d’un mécanisme de livraison de pétrole à conditions préférentielles. Les six gouvernements haïtiens qui se sont succédé depuis 2008 ont lancé pour près de deux milliards de dollars de projets sans, le plus souvent, se soucier des principes de base de la gestion de fonds publics, accuse l’audit.

La Cour des comptes haïtienne dénonce aussi l’absence de coopération des institutions ce qui a empêché son travail d’enquête. Par exemple, les juges n’ont pas pu retracer un seul contrat pour la construction d’un parc industriel et de 1500 maisons en périphérie de Port-au-Prince : ce qui a été le plus ambitieux projet public d’aménagement urbain initié suite au séisme de 2010 s’est arrêté en 2014. Plus de 46 millions de dollars ont pourtant été versés à une seule entreprise, Constructora ROFI S.A., qui appartient au sénateur dominicain Félix Bautista, sanctionné pour corruption par le Trésor américain en juin 2018.

Dans leur précédent rapport sur le fonds PetroCaribe, les juges avaient épinglé l’actuel président de la République Jovenel Moïse, accusé d’avoir été au cœur d’un «stratagème de détournement de fonds» avant sa prise de fonction. Contre les recommandations de la Cour des comptes et malgré des manifestations populaires organisées depuis 2018, aucune poursuite n’a encore été menée la justice haïtienne contre les dizaines d’anciens ministres et haut dirigeants impliqués dans le scandale PetroCaribe.

Par Le Figaro avec AFP

Coronavirus en Haïti: la reprise des vols avec les États-Unis «pas une erreur»

juin 30, 2020

 

Le gouvernement haïtien considère que la reprise des liaisons aériennes avec les Etats-Unis ce mercredi n’est «pas une erreur», à l’heure où l’Union Européenne refuse encore l’ouverture de ses frontières avec le pays en raison de la flambée des cas de Covid-19 sur le sol américain. «Ça n’est pas une erreur», a affirmé mardi Marie-Greta Roy Clément, ministre haïtienne de la santé. «Il y a l’économique et le sanitaire: il nous faut trouver un équilibre entre les deux pour nous permettre de faire à nouveau fonctionner le pays», a-t-elle ajouté lors d’une visite gouvernementale de l’aéroport de Port-au-Prince.

Après plus de trois mois d’interruption du trafic aérien commercial, le premier vol attendu sur le tarmac à Port-au-Prince mercredi matin provient de Fort Lauderdale, en Floride. Une majorité d’Haïtiens de la diaspora réside dans cet État américain qui enregistre actuellement un fort regain de l’épidémie de nouveau coronavirus. Un protocole sanitaire est prévu pour les passagers arrivant à Port-au-Prince, mais son annonce tardive rend impossible son application dès l’arrivée des premiers vols ce mercredi. «Les gens qui viennent de pays où l’incidence du coronavirus est élevé devront venir avec un test négatif au coronavirus. Cependant, comme c’est aujourd’hui que nous l’annonçons, nous sommes obligés d’attendre un petit moment avant de l’appliquer», a reconnu Mme Roy Clément.

Une caméra thermique était en cours d’installation mardi dans le hall d’arrivée de l’aéroport Toussaint Louverture, avant le passage des passagers au service d’immigration, a constaté une journaliste de l’AFP. «Nous savons que c’est un risque mais nous allons renforcer la surveillance épidémiologique et tous les gens qui rentrent dans le pays à partir de demain devront observer une quarantaine domiciliaire», a conclu la ministre.

Questionné sur cette nécessité de test négatif à présenter à l’entrée en Haïti, le Premier ministre Joseph Jouthe s’est voulu ferme. «Quand les gens sont aux États-Unis, ils se conforment à tout ce qu’on leur demande mais, quand ils arrivent en Haïti, c’est la débandade. Et bien non! Haïti est un pays souverain et quelle que soit la personne, elle doit obéir à toute décision prise par les autorités gouvernementales ou bien qu’elle ne vienne pas», a-t-il répondu sèchement.

Avec moins de 6.000 cas positifs et 105 décès officiellement attribués au Covid-19, la faible virulence du virus en Haïti est une «heureuse surprise» pour la communauté médicale qui craignait une hécatombe dans le pays aux infrastructures hospitalières lacunaires.

Par Le Figaro avec AFP

Libération d’une Française employée de l’ONU enlevée en Haïti

février 28, 2020

 

Une employée française du Programme alimentaire mondial a été libérée jeudi après avoir été enlevée mardi soir dans la capitale haïtienne, a indiqué l’agence onusienne vendredi 28 février.

La victime, dont l’identité n’a pas été rendue publique, «a été libérée en toute sécurité le 27 février après avoir été enlevée à Port-au-Prince par un groupe d’individus non identifiés le 25 février», selon les précisions apportées à l’AFP par Greg Barrow, en charge de la communication au Programme alimentaire mondial (PAM).

Présents en Haïti pour «fournir une assistance humanitaire et une aide au développement aux pauvres, affamés et vulnérables», les employés du PAM «devraient toujours bénéficier de la sécurité nécessaire pour mener leur travail», précise le communiqué.

Par Le Figaro avec AFP

Haïti: 15 enfants meurent dans l’incendie d’un orphelinat insalubre

février 14, 2020

 

L’incendie d’un orphelinat en Haïti a provoqué la mort de 15 enfants, a indiqué vendredi 14 février à l’AFP la juge de la commune de Kenscoff, Raymonde Jean Antoine.

Deux enfants sont morts dans l’orphelinat et 13 d’asphyxie à l’hôpital de Fermathe, a indiqué la magistrate. L’incendie s’est déclenché peu après 21H00 heure locale jeudi (02H00 GMT vendredi), selon elle.

L’orphelinat de Kenscoff, commune située sur les hauteurs de l’agglomération de Port-au-Prince, n’avait plus l’autorisation légale d’opérer depuis 2013 et abritait environ 66 enfants, selon Raymonde Jean Antoine. La cause de l’incendie et l’âge des victimes étaient pour le moment inconnus.

L’orphelinat était situé dans un bâtiment insalubre de deux étages, avec des lits superposés — certains en état déplorable — entassés dans de petites chambres, avec un escalier exigu et seulement une porte de sortie ouverte, a constaté l’AFP.

C’est dans ce pays qu’un couple de Français venus adopter a perdu la vie il y a près de trois mois.

Par Le Figaro avec AFP