Posts Tagged ‘Haïti’

Rodney Saint-Éloi : « Le verbe le plus utilisé en Haïti est “partir” »

juin 3, 2022

Éditeur à Montréal, le poète haïtien publie « Quand il fait triste Bertha chante »Et confie l’épuisement de l’espoir dans son pays natal.

Quand il fait triste Bertha chante, paru aux éditions Héloïse d’Ormesson et qui a figuré dans la sélection du prix France Télévisions 2022, est un roman de la vie, même s’il est en forme de tombeau pour une mère disparue trop tôt (72 ans), aux États-Unis, où vivait Bertha. Elle qui ne s’est jamais relevée d’une chute sur les marches de l’église. La mère de l’auteur est une mère courage comme tant d’Haïtiennes, femme noire modeste et travailleuse qui aura quatre enfants de pères différents. Saint-Éloi, né en 1963 dans la petite ville de Cavaillon en Haïti, homonyme de celle du sud de la France, est l’aîné des quatre, fruit d’une union improbable et fugace entre un pharmacien et la jeune Bertha, qui était employée dans sa famille. Choc des classes sociales et une relation père-fils qui tiendra dans la petite enveloppe remise par le premier au second. Une chance, un avenir en vue, dans le quartier, on appelle déjà le petit garçon « docteur », « ingénieur », ou encore « avocat »… Il a la meilleure éducation et le devoir de ne pas décevoir.

Dans ce roman grandement autobiographique, qui s’ouvre sur les obsèques, ô combien, révélatrices de ce que signifie l’exil, on voit grandir celui qui est avant tout poète, avec notamment Nous ne trahirons pas le poème et autres recueils (éd. Points, 2021), qui était une belle entrée en matière. Il est aussi éditeur, installé à Montréal, et a quitté Haïti en 2001. Tout un faisceau de parcours, et de belles leçons de vie, celle de la mère d’abord, éclairent son livre.

« Ne vivez pas trop loin de vos rêves »

De passage à Paris pour installer en France le catalogue de sa maison d’édition Mémoire d’encrier (20 ans l’an prochain !), Rodney Saint-Éloi a réagi au micro du Point sur la situation catastrophique de son pays natal. Car l’auteur de Haïti, kenbe la ! (Haïti, redresse-toi !), écrit à la suite du tremblement de terre de 2010 (aux éditions Michel Lafon), avoue avoir « épuisé l’espoir » et renoncé au fantasme de reconstruire Haïti depuis l’exil. Il revient aussi sur ce que l’enquête du New York Times a tout récemment et puissamment médiatisé dans son enquête : la dette que les Haïtiens ont dû payer aux colons pour prix de leur indépendance (1804), bien à l’origine de leur malheur.

« Je suis très heureux que l’Occident le dise et l’assume : tout le monde en parle, nous le savions… Mais surtout, il n’y a pas que les étrangers, Français et Américains, qui sont responsables : nos élites locales le sont aussi », dit-il, en soulignant que le verbe le plus utilisé en Haïti est « partir ». Il n’en conseille pas moins aux jeunes de ce « pays pourri », comme il le nomme dans son livre, de vivre comme l’un des personnages (vrais) du roman, son grand-père, Tino : « Ne vivez pas trop loin de vos rêves. »

Avec Le Point

Ariel Henry, Premier ministre haïtien à la part d’ombre grandissante

février 8, 2022
Ariel Henry, Premier ministre haitien a la part d'ombre grandissante
Ariel Henry, Premier ministre haïtien à la part d’ombre grandissante© AFP/Valerie Baeriswyl

Médecin réputé mais responsable politique critiqué, Ariel Henry s’est emparé des rênes du pouvoir en Haïti après l’assassinat il y a sept mois du président Jovenel Moïse. Aujourd’hui le Premier ministre s’accroche à son poste malgré les soupçons qui le lient à cet attentat.

Agé de 72 ans, Ariel Henry s’est fait un nom en Haïti au fil de son parcours professionnel de neurologue. Après des études de médecine à l’université française de Montpellier, il prend la tête du service de neurochirurgie d’un des hôpitaux privés les plus réputés d’Haïti.

Enseignant dans les universités d’Etat de la capitale Port-au-Prince, Ariel Henry n’embrasse que tardivement une carrière politique.

En janvier 2015, le chef de l’Etat Michel Martelly le nomme ministre de l’Intérieur, un poste qu’il occupe moins de huit mois.

Après un changement à la tête du gouvernement en septembre 2015, il prend le portefeuille des Affaires sociales et du Travail pour un peu plus de six mois, avant de quitter la scène politique plus de cinq années.

En juillet 2021, il fait son retour quand le président Jovenel Moïse le choisit comme son septième Premier ministre.

« Tapage orchestré »

Mais deux jours seulement après cette nomination, le 7 juillet, Jovenel Moïse est assassiné dans sa résidence privée par un commando armé composé d’anciens militaires colombiens.

L’attentat plonge le pays, déjà fragile sur le plan politique, dans une confusion totale, au détriment d’Ariel Henry qui n’avait pas eu le temps de prendre officiellement ses fonctions.

Après deux semaines de flou et sous la pression des ambassades étrangères, il est finalement installé à la tête du gouvernement, souffrant déjà d’un déficit de légitimité.

L’enquête sur l’assassinat du président va accroître la défiance à son égard: la nuit du meurtre, Ariel Henry a eu plusieurs appels téléphoniques avec l’un des principaux suspects.

Face à ces accusations, il fustige un « tapage orchestré au niveau national et international autour des conversations téléphoniques », et dénonce une « diversion ».

S’il n’a pas nié avoir eu des échanges avec Joseph Félix Badio, qui aurait été géolocalisé deux heures après le meurtre dans le quartier où se trouve la résidence de Jovenel Moïse, Ariel Henry annonce qu’il lui est difficile de se rappeler les noms de tous ceux l’ayant appelé et la nature des conversations qu’il avait eues ce jour-là.

Mainmise des gangs

Alors que la société civile et une partie de l’opposition politique peinent à s’entendre pour offrir une alternative, le Premier ministre conserve le contrôle de l’Etat, sans grands résultats face aux crises qui secouent le pays.

Bien avant la mort du président Jovenel Moïse, les gangs avaient étendu leur mainmise sur le territoire haïtien, multipliant détournements de marchandises et enlèvements crapuleux.

Contrôlant une large partie de Port-au-Prince, et rendant impossible le transport routier sécurisé vers toute la moitié sud du pays, les bandes armées empêchent l’accès aux bureaux de la Primature: c’est depuis sa résidence officielle qu’Ariel Henry organise réunions et conseils du gouvernement.

Le 1er janvier, le Premier ministre a même été contraint de fuir, sous des rafales de tirs, la cérémonie de la fête nationale organisée dans la ville des Gonaïves.

Soupçons du juge

Cette « tentative d’assassinat », qu’il dénonce avec fermeté, n’empêche pas Ariel Henry de garder son agenda politique, similaire à celui de feu Jovenel Moïse, à savoir l’organisation d’élections et l’adoption d’une nouvelle constitution.

Sans assise populaire et contesté, le Premier ministre bénéficie encore du soutien de la communauté internationale, qui prêche cependant depuis l’assassinat de Jovenel Moïse pour une entente entre tous les acteurs de la scène politique.

Le 7 février aurait dû être jour de passation du pouvoir présidentiel. En fait, Haïti entame, avec Ariel Henry à sa tête, le quatrième régime de transition de l’histoire de sa jeune démocratie, née à la suite de la chute de la dictature des Duvalier en 1986.

Mais les doutes grandissants quant à son éventuelle implication dans l’attentat contre le président Moïse fragilisent la position déjà précaire du dirigeant.

Dans un document audio révélé par CNN et circulant mardi sur les réseaux sociaux, on entend un homme, identifié par de nombreux Haïtiens crédibles comme le juge qui était en charge de l’instruction du dossier (avant d’être écarté en raison d’accusations de corruption), parler des relations d’Ariel Henry « avec le moteur, l’initiateur de l’assassinat qui est son ami et qui a planifié avec lui, le jour de l’assassinat ».

Avec Jeune Afrique avec AFP

Le Canada organise une réunion des Amériques sur la crise en Haïti

janvier 19, 2022
Des hommes armés en uniforme à bord d'un véhicule.

La police patrouille dans le centre-ville de Port-au-Prince, en Haïti. Photo : AP/ Matias Delacroix

Le Canada organise une réunion virtuelle de ministres des Antilles et des Amériques pour discuter de l’insécurité croissante en Haïti, notamment depuis l’assassinat de son président l’été dernier.

Le président Jovenel Moïse a été assassiné par balles le 7 juillet à son domicile de Port-au-Prince. Sa femme a aussi été blessée lors de cette fusillade.

Des migrants d’Haïti et d’un certain nombre de pays d’Amérique centrale se sont également déplacés vers le nord, exerçant une pression sur la frontière sud des États-Unis et créant une instabilité généralisée dans l’hémisphère occidental.

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Mélanie Joly, présidera le sommet virtuel vendredi.

Elle en sera alors à l’ultime étape d’un voyage officiel dans trois pays européens pour discuter du renforcement militaire russe à la frontière ukrainienne, qui menace toute l’Europe.Mélanie Joly se croise les bras.

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Mélanie Joly Photo: Associated Press

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, et son homologue haïtien, Ariel Henry, prendront la parole à l’ouverture de cette réunion ministérielle virtuelle.

Soutenir un processus politique inclusif

Ottawa a invité des ministres des Affaires étrangères de démocraties aux vues similaires et des représentants d’organisations multilatérales comme les Nations unies, la Communauté des Caraïbes (CARICOM), l’Organisation internationale de la Francophonie et l’Organisation des États américains.

Affaires mondiales Canada décrit cette réunion comme une tentative de renforcer les efforts coordonnés en matière de sécurité, et de soutenir un processus politique inclusif et le développement durable.

La ministre Joly sera accompagnée du ministre canadien du Développement international, Harjit Sajjan.

Le Canada et Haïti sont depuis longtemps unis par une profonde amitié et une étroite collaboration, indique la ministre Joly dans un communiqué.

En tant qu’ami et partenaire de longue date, le Canada est prêt à appuyer les solutions mises de l’avant par Haïti pour résoudre les problèmes les plus urgents du pays, et reste engagé à soutenir Haïti en vue de favoriser un avenir plus démocratique, plus sûr et plus prospère.

Par La Presse canadienne avec AP

En Haïti, l’horreur des viols commis par les gangs

novembre 29, 2021

« Certaines femmes kidnappées n’arrivent même pas à savoir combien d’hommes les violaient »: Judith Fadois a beau travailler depuis plus de six ans en Haïti à la clinique de Médecins sans frontières dédiée à la prise en charge des crimes sexuels, la médecin s’avoue dépassée par l’horreur de certains cas.

Déjà minées par le tabou qui entoure ces crimes dans une société considérée comme machiste, la cruauté accrue des gangs haïtiens lors de certains enlèvements sidère les équipes médicales qui prennent en charge les victimes de violences sexuelles.

« Pour certains cas, je parlerais de mutilation, tellement elles ont été traitées en objet », témoigne sobrement le Dr Fadois, responsable des activités médicales du centre MSF.

Les bandes armées ont virtuellement pris le contrôle de Haïti depuis plusieurs mois, alors même que ce petit pays des Caraïbes faisait déjà face à une pauvreté endémique.

« Pure torture »

Au coeur de la capitale Port-au-Prince, l’équipe du Dr Fadois offre l’assistance médicale d’urgence et le soutien psychologique vital aux victimes mais la gravité des récentes violences a personnellement affecté le personnel de MSF.

« En octobre et novembre, ça n’a pas été facile du tout pour le staff », souffle la médecin qui qualifie certains viols de « pure torture » et évoque « des choses que jamais (elle n’aurait) pensé qu’un humain pouvait faire subir à un autre humain ».

Parmi les premières interlocutrices des victimes, Djynie Sonia Dieujuste assure, avec trois collègues, la permanence à la ligne téléphonique d’urgence, confidentielle, ouverte en continue, gratuitement.

« Nous sommes des humains, nous sommes des femmes: il y a des situations qui nous affectent vraiment », reconnaît l’infirmière qui répond en moyenne à deux ou trois appels par jour.

« Certaines ont des idées suicidaires, c’est pourquoi nous avons des psychologues disponibles 24H sur 24 qui prennent le relais si ça dépasse notre compétence » d’infirmières, précise Mme Dieujuste.

Début novembre, Sophonie, un prénom d’emprunt, a composé le numéro d’urgence.

La jeune fille de 24 ans a subi un viol par deux hommes, entrés par effraction dans son domicile, situé dans un quartier populaire de la capitale.

« Je dormais et j’ai senti que la porte s’ouvrait. J’ai cru que c’était ma tante qui revenait. Ils ont foncé sur moi, ils m’ont bâillonnée puis j’ai perdu connaissance », souffle rapidement sa faible voix.

« Garder ça secret »

« Quand je suis revenue à moi, j’étais totalement nue, mes vêtements étaient déchirés », se rappelle-t-elle.

Après l’attaque, Sophonie envisage d’aller voir la police mais comme elle n’a pu distinguer le visage des deux hommes, elle abandonne l’idée.

Se faire soigner et conseiller au centre MSF aide la jeune femme mais elle se refuse encore à évoquer ce viol collectif à son entourage.

A ses professeurs et amies d’école, après une semaine sans se présenter en cours, elle a simplement annoncé avoir été malade.

« Dans les quartiers, une personne qui a subi un viol est affligée d’une étiquette », atteste Dr Judith Fadois. « Donc les femmes intègrent l’idée de ne pas en parler si jamais ça leur arrivait, » déplore la médecin.

C’est pour briser ce tabou, et car aucune structure médicale ne prenait alors en charge ce pan de la santé publique en Haïti, que MSF a ouvert le centre baptisé « Pran men’m » (« prends ma main », en créole) en mai 2015.

Mariage forcé

L’organisation médicale a également décelé l’urgence de lutter contre certaines pratiques coutumières.

« En province surtout, la tradition est que soit on force la jeune fille à se marier avec son agresseur, soit la famille de la victime est dédommagée financièrement », s’insurge le Dr Fadois.

Pour étendre la prise en charge médicale des violences sexuelles, MSF a organisé des formations pour les professionnels de santé de tous les hôpitaux d’Haïti.

L’occasion pour Judith Fadois de réaliser que la notion du consentement n’était pas une évidence pour ses confrères, imbus de la culture considérée comme machiste de son pays.

« Des médecins hommes me hurlaient dessus, me demandaient +mais d’où vous sortez avec ça ? Ça n’est pas un truc pour notre culture, pour ici+, » se rappelle la médecin.

En six ans, elle peut constater une lente mais notable évolution des mentalités à l’égard du viol.

En revanche, la récente montée en puissance des gangs à Port-au-Prince met en péril cette assistance offerte aux victimes.

« Certaines disent qu’elles ne peuvent pas quitter l’endroit où elles sont à cause de l’insécurité qui y règne: c’est comme si elles étaient en prison, » s’émeut la médecin, impuissante.

Par Le Point avec AFP

Haïti: libération de deux otages parmi les 17 Nord-Américains enlevés mi-octobre

novembre 21, 2021
Haiti: liberation de deux otages parmi les 17 Nord-Americains enleves mi-octobre
Haïti: libération de deux otages parmi les 17 Nord-Américains enlevés mi-octobre© AFP/Richard PIERRIN

Deux otages parmi un groupe de 17 missionnaires nord-américains et leurs proches enlevés près de la capitale haïtienne Port-au-Prince, ont été libérés a annoncé dimanche l’église américaine à laquelle ils appartiennent.

« Seules des informations limitées peuvent être fournies, mais nous sommes en mesure d’indiquer que les deux otages qui ont été libérés sont sains et saufs, ont bon moral et sont pris en charge, » a déclaré l’organisation religieuse Christian Aid Ministries dans un communiqué publié sur son site internet.

Le groupe, 16 Américains et un Canadien, avait été enlevé le 16 octobre après la visite d’un orphelinat au coeur de la zone sous l’emprise d’un des principaux gangs d’Haïti.

Basée dans l’Etat américain de l’Ohio, l’organisation Christian Aid Ministries avait indiqué que le groupe comptait 12 adultes, dont l’âge est compris entre 18 et 48 ans, et cinq enfants âgés de 8 mois, 3, 6, 13 et 15 ans.

« Nous ne pouvons pas fournir ou confirmer les noms des personnes libérées, les conditions de leur libération, leur origine ou leur emplacement actuel » précise dimanche l’église, en demandant la discrétion à ceux ayant connaissance de ces détails.

« Preuves de vie »

Les membres du gang « 400 mawozo », qui ont enlevé ces 17 personnes avaient réclamé un million de dollars par personne gardée captive, selon les informations recueillies par l’AFP.

Dans une vidéo publiée fin octobre sur les réseaux sociaux, le chef de cette bande armée avait menacé d’exécuter les otages.

Quelques jours plus tard, la police haïtienne avait annoncé « avoir reçu des preuves de vie de tous les otages ».

Plusieurs agents du FBI collaborent avec les autorités haïtiennes et la cellule contre enlèvement de la police nationale qui négocie depuis plus d’un mois avec les ravisseurs.

Haïti est classé comme pays en zone rouge par les Etats-Unis qui déconseillent à leurs ressortissants de s’y rendre, notamment en raison des nombreux enlèvements dont « les victimes incluent régulièrement des citoyens américains ».

La semaine dernière, les Etats-Unis et le Canada ont aussi recommandé à leurs ressortissants vivant en Haïti de planifier leur départ du pays où les gangs armés étendent leur contrôle, causant une grave pénurie de carburants.

Les bandes armées ont commis plus de 800 enlèvements contre rançon depuis le début de l’année, selon le Centre d’analyse et de recherches en droits humains, basé à Port-au-Prince.

En avril, dix personnes dont deux religieux français avait été séquestrées 20 jours par ce gang dans la même région.

Par Le Point avec AFP

Épidémie de kidnappings à Haïti : une preuve de la « faillite de l’État »

octobre 18, 2021

 Des policiers dans les rues de la capitale, Port-au-Prince, dans les heures suivant le rapt de missionnaires, dans la commune de Ganthier.

© RALPH TEDY EROL/Reuters Des policiers dans les rues de la capitale, Port-au-Prince, dans les heures suivant le rapt de missionnaires, dans la commune de Ganthier.

L’enlèvement de 12 missionnaires et de 5 de leurs enfants à Ganthier, à l’est de la capitale Port-au-Prince, n’est que la plus récente preuve de la déliquescence de l’État haïtien, affirme la journaliste et autrice Emmelie Prophète.

On ne peut pas parler de la faiblesse de l’État, mais de la faillite de l’État. L’État haïtien a complètement perdu le contrôle du territoire», a fait valoir l’écrivaine, qui a récemment publié Les villages de Dieu, racontant la vie dans des bidonvilles transformés en zone de non-droit.

Selon elle, cette faillite s’est particulièrement mise en œuvre dans la foulée des élections de 2011, qui a donné lieu à une intervention grossière et visible des États-Unis pour imposer un président [Michel Martelly, NDLR] pour manipuler les élections».

Depuis lors, il y a un désordre permanent dans le pays, des protestations, beaucoup de bruit. L’État s’est enlisé entièrement», a-t-elle expliqué en entrevue à l’émission Tout un matin.

Ces bandes armées se financent de plus en plus par des enlèvements. Le Centre d’analyse et de recherche en droits de la personne, basé dans la capitale haïtienne, recense plus de 600 enlèvements lors des trois premiers trimestres de 2021, contre 231 à la même période en 2020.

La romancière haïtienne Emmelie Prophète, lors du Salon du livre de Montréal, en 2018.

© Étienne Côté-Paluck/Radio-Canada La romancière haïtienne Emmelie Prophète, lors du Salon du livre de Montréal, en 2018.

Il y a une industrialisation du crime. Il y a beaucoup de gens, des jeunes particulièrement, des quartiers défavorisés, qui ont des armes, et qui enlèvent des personnes au hasard dans les rues de Port-au-Prince», relate l’autrice haïtienne, qui vit elle-même dans la capitale.

Comme il n’y a pas de poursuite judiciaire – la police est incapable d’agir – ça continue, ça prend de l’ampleur, il y en a de plus en plus qui se lancent dans cette forme de criminalité très rentable », ajoute-t-elle. Les familles sont obligées de s’endetter très fortement pour payer les rançons pour faire libérer leurs proches. »

Mme Prophète raconte qu’un de ses collègues, le professeur d’université Patrice Derenencourt, a aussi été enlevé en plein jour samedi, à Port-au-Prince. Un policier qui a tenté de s’interposer a été abattu par les ravisseurs.

Ottawa confirme l’enlèvement d’un Canadien

Affaires mondiales Canada a confirmé lundi qu’un citoyen canadien fait partie du groupe de 17 personnes enlevées samedi. Ils ont ainsi confirmé l’information fournie en fin de semaine par Christian Aid Ministries, le groupe chrétien fondé par des communautés amish et mennonites qui dirigeait leur mission humanitaire.

Les représentants du gouvernement canadien en Haïti collaborent avec les autorités locales et fournissent une assistance consulaire», affirme un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Jason Kung, dans un courriel envoyé à Radio-Canada. Le nom du Canadien enlevé n’a pas été dévoilé.

Le puissant gang 400 Mawozo montré du doigt

Selon Associated Press, un inspecteur de police, Frantz Champagne, a confirmé dimanche que le rapt des missionnaires est attribuable au puissant gang 400 Mawozo, dirigé par Joseph « Lanmou san jou » Wilson, qui contrôle le secteur de Ganthier.

Emmilie Prophète raconte que ce gang impose un couvre-feu à 18 h dans les zones qu’il contrôle, et qu’il a récemment kidnappé un policier sous prétexte qu’il n’avait pas respecté ce mot d’ordre. Peu après, un animateur de radio a livré un plaidoyer en sa faveur.

L’animateur demandait pardon au chef de ce gang, qui s’appelle « Lanmou san jou », lui disant de pardonner au policier qui était sorti après 18 h, […] de le libérer s’il vous plaît, parce qu’il n’a pas les moyens de payer une rançon quelconque.»

Donc, la police ne peut pas agir. La police n’a pas suffisamment de moyens. Les membres de gang sont mieux armés, ils ont plus argent, ils contrôlent entièrement des quartiers qui sont des châteaux forts, ou la police ne peut pas rentrer.»

Le chef de gang Jimmy Cherizier est si puissant qu'il est considéré comme un acteur politique par plusieurs spécialistes.

© Raynald K. Petit Frere/Reuters Le chef de gang Jimmy Cherizier est si puissant qu’il est considéré comme un acteur politique par plusieurs spécialistes.

Une autre manifestation de la puissante des bandes armées s’est produite dimanche, lorsque le premier ministre Ariel Henry n’a pu se rendre au Pont-Rouge, dans la capitale, pour commémorer le 215e anniversaire de l’assassinat du père fondateur de la nation, Jean-Jacques Dessalines.

Le premier ministre a été repoussé, la police a été repoussée par les gangs, notamment le gang contrôlé par Barbecue [Jimmy Chérizier], qui dirige la fédération des gangs qui s’appelle G9.»

Peu après, on a vu des photos de Jimmy Chérizier, en costume blanc s’il vous plaît [comme le veut la tradition à cette occasion, NDLR], allant lui-même déposer la gerbe de fleurs sur la tombe de Dessalines. C’est vous dire.»

Avec CBC/Radio-Canada

Haïti: le procureur demande l’inculpation du Premier ministre

septembre 14, 2021
Haiti: le procureur demande l'inculpation du Premier ministre
Haïti: le procureur demande l’inculpation du Premier ministre© AFP/Archives/HECTOR RETAMAL

Le chef du parquet de Port-au-Prince a demandé mardi au juge enquêtant sur l’assassinat du président Jovenel Moïse d’inculper le Premier ministre Ariel Henry, en raison d’appels téléphoniques qu’il aurait eus avec l’un des principaux suspects du meurtre.

Bed-Ford Claude, le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince –équivalent du procureur– a par ailleurs demandé que M. Henry soit interdit de quitter le territoire haïtien « en raison de la gravité des faits exposés ».

Le président Moïse a été abattu le 7 juillet par un commando armé à son domicile de Port-au-Prince.

Dans une lettre adressée au tribunal de première instance de Port-au-Prince, Bed-Ford Claude assure qu’il « existe suffisamment d’éléments compromettants qui forment sa conviction sur l’opportunité de poursuivre Monsieur Henry et de demander son inculpation pure et simple ».

Dans un second courrier, envoyé au directeur de l’administration migratoire, le commissaire du gouvernement justifie l’interdiction demandée de sortie du territoire à l’encontre d’Ariel Henry « pour des présomptions graves d’assassinat sur le président de la République ».

Vendredi soir, Bed-Ford Claude avait déjà invité le chef du gouvernement à se présenter mardi au parquet, affirmant que M. Henry avait eu, quelques heures après le meurtre de Jovenel Moïse, des conversations téléphoniques avec l’une des personnes activement recherchées dans le cadre de l’enquête.

Ancien cadre de l’unité de lutte contre la corruption, dépendante du ministère de la justice, Joseph Félix Badio aurait été géolocalisé dans le quartier où se situe la résidence privée de Jovenel Moïse lors des appels passés à Ariel Henry à 04h03 puis 04h20 la nuit de l’attentat.

Samedi, le Premier ministre avait alors dénoncé la démarche du procureur, la qualifiant de diversion.

« Les manoeuvres de diversion pour semer la confusion et empêcher la justice de faire sereinement son travail ne passeront pas », avait réagi Ariel Henry.

« Les vrais coupables, les auteurs intellectuels et les commanditaires de l’assassinat odieux du président Jovenel Moïse seront trouvés, traduits en justice et punis pour leur forfait », a-t-il ajouté.

Quarante-quatre personnes, dont 18 Colombiens et deux Américains d’origine haïtienne, ont déjà été arrêtées dans le cadre de l’enquête sur le meurtre de Jovenel Moïse, commis à son domicile sans qu’aucun policier de sa sécurité rapprochée ne soit blessé.

Par Le Point avec AFP

Après le séisme, Haïti toujours dans le choc

août 17, 2021

Avec France24

Séisme en Haïti: la Coalition humanitaire lance un appel à l’aide aux Canadiens

août 17, 2021

MONTRÉAL — Une douzaine d’organismes s’unissent au sein de la Coalition humanitaire afin de lancer une collecte de fonds destinée à fournir une aide d’urgence après le tremblement de terre dévastateur survenu samedi dernier dans le sud-ouest d’Haïti.

 

© Fournis par La Presse Canadienne

La Direction générale de la Protection civile d’Haïti (DGPC) rapporte qu’au moins 1419 personnes ont perdu la vie et que 6900 ont été blessées dans le séisme, et que le bilan risque de s’alourdir. La secousse a détruit des habitations, des écoles, des églises et des hôpitaux.   

Environ 600 000 personnes ont aujourd’hui besoin de vivres, d’eau et d’un abri.   

La Coalition humanitaire regroupe notamment les organismes Action contre la Faim, Aide à l’enfance, Banque canadienne de grains, Care Canada, Médecins du Monde, Oxfam-Québec, Plan International Canada et Vision Mondiale Canada.   

Lundi, la Croix-Rouge canadienne avait déjà invité la population à contribuer au fonds «Séisme en Haïti» qu’elle a mis en place dans la foulée du tremblement de terre. Les dons versés à ce fonds serviront à répondre aux besoins immédiats des sinistrés, à appuyer les efforts de secours, à favoriser le rétablissement à long terme et à préparer Haïti à faire face à d’autres sinistres, y compris les situations d’urgence pouvant découler du tremblement de terre.   

Pour sa part, la Coalition humanitaire s’engage à fournir une aide vitale aux familles affectées.  Cette catastrophe s’est produite dans un pays déjà ébranlé par un chaos politique depuis l’assassinat de son président le mois dernier et par de multiples troubles sociaux et l’insécurité alimentaire.  

Les Canadiens peuvent faire des dons pour l’aide aux victimes du séisme en Haïti en accédant à la page Web http://www.coalitionhumanitaire.ca.

Avec La Presse Canadienne

Haïti: Un puissant séisme fait au moins 29 morts et des dégâts

août 14, 2021

Avec France 24