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En Haïti, l’horreur des viols commis par les gangs

novembre 29, 2021

« Certaines femmes kidnappées n’arrivent même pas à savoir combien d’hommes les violaient »: Judith Fadois a beau travailler depuis plus de six ans en Haïti à la clinique de Médecins sans frontières dédiée à la prise en charge des crimes sexuels, la médecin s’avoue dépassée par l’horreur de certains cas.

Déjà minées par le tabou qui entoure ces crimes dans une société considérée comme machiste, la cruauté accrue des gangs haïtiens lors de certains enlèvements sidère les équipes médicales qui prennent en charge les victimes de violences sexuelles.

« Pour certains cas, je parlerais de mutilation, tellement elles ont été traitées en objet », témoigne sobrement le Dr Fadois, responsable des activités médicales du centre MSF.

Les bandes armées ont virtuellement pris le contrôle de Haïti depuis plusieurs mois, alors même que ce petit pays des Caraïbes faisait déjà face à une pauvreté endémique.

« Pure torture »

Au coeur de la capitale Port-au-Prince, l’équipe du Dr Fadois offre l’assistance médicale d’urgence et le soutien psychologique vital aux victimes mais la gravité des récentes violences a personnellement affecté le personnel de MSF.

« En octobre et novembre, ça n’a pas été facile du tout pour le staff », souffle la médecin qui qualifie certains viols de « pure torture » et évoque « des choses que jamais (elle n’aurait) pensé qu’un humain pouvait faire subir à un autre humain ».

Parmi les premières interlocutrices des victimes, Djynie Sonia Dieujuste assure, avec trois collègues, la permanence à la ligne téléphonique d’urgence, confidentielle, ouverte en continue, gratuitement.

« Nous sommes des humains, nous sommes des femmes: il y a des situations qui nous affectent vraiment », reconnaît l’infirmière qui répond en moyenne à deux ou trois appels par jour.

« Certaines ont des idées suicidaires, c’est pourquoi nous avons des psychologues disponibles 24H sur 24 qui prennent le relais si ça dépasse notre compétence » d’infirmières, précise Mme Dieujuste.

Début novembre, Sophonie, un prénom d’emprunt, a composé le numéro d’urgence.

La jeune fille de 24 ans a subi un viol par deux hommes, entrés par effraction dans son domicile, situé dans un quartier populaire de la capitale.

« Je dormais et j’ai senti que la porte s’ouvrait. J’ai cru que c’était ma tante qui revenait. Ils ont foncé sur moi, ils m’ont bâillonnée puis j’ai perdu connaissance », souffle rapidement sa faible voix.

« Garder ça secret »

« Quand je suis revenue à moi, j’étais totalement nue, mes vêtements étaient déchirés », se rappelle-t-elle.

Après l’attaque, Sophonie envisage d’aller voir la police mais comme elle n’a pu distinguer le visage des deux hommes, elle abandonne l’idée.

Se faire soigner et conseiller au centre MSF aide la jeune femme mais elle se refuse encore à évoquer ce viol collectif à son entourage.

A ses professeurs et amies d’école, après une semaine sans se présenter en cours, elle a simplement annoncé avoir été malade.

« Dans les quartiers, une personne qui a subi un viol est affligée d’une étiquette », atteste Dr Judith Fadois. « Donc les femmes intègrent l’idée de ne pas en parler si jamais ça leur arrivait, » déplore la médecin.

C’est pour briser ce tabou, et car aucune structure médicale ne prenait alors en charge ce pan de la santé publique en Haïti, que MSF a ouvert le centre baptisé « Pran men’m » (« prends ma main », en créole) en mai 2015.

Mariage forcé

L’organisation médicale a également décelé l’urgence de lutter contre certaines pratiques coutumières.

« En province surtout, la tradition est que soit on force la jeune fille à se marier avec son agresseur, soit la famille de la victime est dédommagée financièrement », s’insurge le Dr Fadois.

Pour étendre la prise en charge médicale des violences sexuelles, MSF a organisé des formations pour les professionnels de santé de tous les hôpitaux d’Haïti.

L’occasion pour Judith Fadois de réaliser que la notion du consentement n’était pas une évidence pour ses confrères, imbus de la culture considérée comme machiste de son pays.

« Des médecins hommes me hurlaient dessus, me demandaient +mais d’où vous sortez avec ça ? Ça n’est pas un truc pour notre culture, pour ici+, » se rappelle la médecin.

En six ans, elle peut constater une lente mais notable évolution des mentalités à l’égard du viol.

En revanche, la récente montée en puissance des gangs à Port-au-Prince met en péril cette assistance offerte aux victimes.

« Certaines disent qu’elles ne peuvent pas quitter l’endroit où elles sont à cause de l’insécurité qui y règne: c’est comme si elles étaient en prison, » s’émeut la médecin, impuissante.

Par Le Point avec AFP

Haïti: libération de deux otages parmi les 17 Nord-Américains enlevés mi-octobre

novembre 21, 2021
Haiti: liberation de deux otages parmi les 17 Nord-Americains enleves mi-octobre
Haïti: libération de deux otages parmi les 17 Nord-Américains enlevés mi-octobre© AFP/Richard PIERRIN

Deux otages parmi un groupe de 17 missionnaires nord-américains et leurs proches enlevés près de la capitale haïtienne Port-au-Prince, ont été libérés a annoncé dimanche l’église américaine à laquelle ils appartiennent.

« Seules des informations limitées peuvent être fournies, mais nous sommes en mesure d’indiquer que les deux otages qui ont été libérés sont sains et saufs, ont bon moral et sont pris en charge, » a déclaré l’organisation religieuse Christian Aid Ministries dans un communiqué publié sur son site internet.

Le groupe, 16 Américains et un Canadien, avait été enlevé le 16 octobre après la visite d’un orphelinat au coeur de la zone sous l’emprise d’un des principaux gangs d’Haïti.

Basée dans l’Etat américain de l’Ohio, l’organisation Christian Aid Ministries avait indiqué que le groupe comptait 12 adultes, dont l’âge est compris entre 18 et 48 ans, et cinq enfants âgés de 8 mois, 3, 6, 13 et 15 ans.

« Nous ne pouvons pas fournir ou confirmer les noms des personnes libérées, les conditions de leur libération, leur origine ou leur emplacement actuel » précise dimanche l’église, en demandant la discrétion à ceux ayant connaissance de ces détails.

« Preuves de vie »

Les membres du gang « 400 mawozo », qui ont enlevé ces 17 personnes avaient réclamé un million de dollars par personne gardée captive, selon les informations recueillies par l’AFP.

Dans une vidéo publiée fin octobre sur les réseaux sociaux, le chef de cette bande armée avait menacé d’exécuter les otages.

Quelques jours plus tard, la police haïtienne avait annoncé « avoir reçu des preuves de vie de tous les otages ».

Plusieurs agents du FBI collaborent avec les autorités haïtiennes et la cellule contre enlèvement de la police nationale qui négocie depuis plus d’un mois avec les ravisseurs.

Haïti est classé comme pays en zone rouge par les Etats-Unis qui déconseillent à leurs ressortissants de s’y rendre, notamment en raison des nombreux enlèvements dont « les victimes incluent régulièrement des citoyens américains ».

La semaine dernière, les Etats-Unis et le Canada ont aussi recommandé à leurs ressortissants vivant en Haïti de planifier leur départ du pays où les gangs armés étendent leur contrôle, causant une grave pénurie de carburants.

Les bandes armées ont commis plus de 800 enlèvements contre rançon depuis le début de l’année, selon le Centre d’analyse et de recherches en droits humains, basé à Port-au-Prince.

En avril, dix personnes dont deux religieux français avait été séquestrées 20 jours par ce gang dans la même région.

Par Le Point avec AFP

Épidémie de kidnappings à Haïti : une preuve de la « faillite de l’État »

octobre 18, 2021

 Des policiers dans les rues de la capitale, Port-au-Prince, dans les heures suivant le rapt de missionnaires, dans la commune de Ganthier.

© RALPH TEDY EROL/Reuters Des policiers dans les rues de la capitale, Port-au-Prince, dans les heures suivant le rapt de missionnaires, dans la commune de Ganthier.

L’enlèvement de 12 missionnaires et de 5 de leurs enfants à Ganthier, à l’est de la capitale Port-au-Prince, n’est que la plus récente preuve de la déliquescence de l’État haïtien, affirme la journaliste et autrice Emmelie Prophète.

On ne peut pas parler de la faiblesse de l’État, mais de la faillite de l’État. L’État haïtien a complètement perdu le contrôle du territoire», a fait valoir l’écrivaine, qui a récemment publié Les villages de Dieu, racontant la vie dans des bidonvilles transformés en zone de non-droit.

Selon elle, cette faillite s’est particulièrement mise en œuvre dans la foulée des élections de 2011, qui a donné lieu à une intervention grossière et visible des États-Unis pour imposer un président [Michel Martelly, NDLR] pour manipuler les élections».

Depuis lors, il y a un désordre permanent dans le pays, des protestations, beaucoup de bruit. L’État s’est enlisé entièrement», a-t-elle expliqué en entrevue à l’émission Tout un matin.

Ces bandes armées se financent de plus en plus par des enlèvements. Le Centre d’analyse et de recherche en droits de la personne, basé dans la capitale haïtienne, recense plus de 600 enlèvements lors des trois premiers trimestres de 2021, contre 231 à la même période en 2020.

La romancière haïtienne Emmelie Prophète, lors du Salon du livre de Montréal, en 2018.

© Étienne Côté-Paluck/Radio-Canada La romancière haïtienne Emmelie Prophète, lors du Salon du livre de Montréal, en 2018.

Il y a une industrialisation du crime. Il y a beaucoup de gens, des jeunes particulièrement, des quartiers défavorisés, qui ont des armes, et qui enlèvent des personnes au hasard dans les rues de Port-au-Prince», relate l’autrice haïtienne, qui vit elle-même dans la capitale.

Comme il n’y a pas de poursuite judiciaire – la police est incapable d’agir – ça continue, ça prend de l’ampleur, il y en a de plus en plus qui se lancent dans cette forme de criminalité très rentable », ajoute-t-elle. Les familles sont obligées de s’endetter très fortement pour payer les rançons pour faire libérer leurs proches. »

Mme Prophète raconte qu’un de ses collègues, le professeur d’université Patrice Derenencourt, a aussi été enlevé en plein jour samedi, à Port-au-Prince. Un policier qui a tenté de s’interposer a été abattu par les ravisseurs.

Ottawa confirme l’enlèvement d’un Canadien

Affaires mondiales Canada a confirmé lundi qu’un citoyen canadien fait partie du groupe de 17 personnes enlevées samedi. Ils ont ainsi confirmé l’information fournie en fin de semaine par Christian Aid Ministries, le groupe chrétien fondé par des communautés amish et mennonites qui dirigeait leur mission humanitaire.

Les représentants du gouvernement canadien en Haïti collaborent avec les autorités locales et fournissent une assistance consulaire», affirme un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Jason Kung, dans un courriel envoyé à Radio-Canada. Le nom du Canadien enlevé n’a pas été dévoilé.

Le puissant gang 400 Mawozo montré du doigt

Selon Associated Press, un inspecteur de police, Frantz Champagne, a confirmé dimanche que le rapt des missionnaires est attribuable au puissant gang 400 Mawozo, dirigé par Joseph « Lanmou san jou » Wilson, qui contrôle le secteur de Ganthier.

Emmilie Prophète raconte que ce gang impose un couvre-feu à 18 h dans les zones qu’il contrôle, et qu’il a récemment kidnappé un policier sous prétexte qu’il n’avait pas respecté ce mot d’ordre. Peu après, un animateur de radio a livré un plaidoyer en sa faveur.

L’animateur demandait pardon au chef de ce gang, qui s’appelle « Lanmou san jou », lui disant de pardonner au policier qui était sorti après 18 h, […] de le libérer s’il vous plaît, parce qu’il n’a pas les moyens de payer une rançon quelconque.»

Donc, la police ne peut pas agir. La police n’a pas suffisamment de moyens. Les membres de gang sont mieux armés, ils ont plus argent, ils contrôlent entièrement des quartiers qui sont des châteaux forts, ou la police ne peut pas rentrer.»

Le chef de gang Jimmy Cherizier est si puissant qu'il est considéré comme un acteur politique par plusieurs spécialistes.

© Raynald K. Petit Frere/Reuters Le chef de gang Jimmy Cherizier est si puissant qu’il est considéré comme un acteur politique par plusieurs spécialistes.

Une autre manifestation de la puissante des bandes armées s’est produite dimanche, lorsque le premier ministre Ariel Henry n’a pu se rendre au Pont-Rouge, dans la capitale, pour commémorer le 215e anniversaire de l’assassinat du père fondateur de la nation, Jean-Jacques Dessalines.

Le premier ministre a été repoussé, la police a été repoussée par les gangs, notamment le gang contrôlé par Barbecue [Jimmy Chérizier], qui dirige la fédération des gangs qui s’appelle G9.»

Peu après, on a vu des photos de Jimmy Chérizier, en costume blanc s’il vous plaît [comme le veut la tradition à cette occasion, NDLR], allant lui-même déposer la gerbe de fleurs sur la tombe de Dessalines. C’est vous dire.»

Avec CBC/Radio-Canada

Haïti: le procureur demande l’inculpation du Premier ministre

septembre 14, 2021
Haiti: le procureur demande l'inculpation du Premier ministre
Haïti: le procureur demande l’inculpation du Premier ministre© AFP/Archives/HECTOR RETAMAL

Le chef du parquet de Port-au-Prince a demandé mardi au juge enquêtant sur l’assassinat du président Jovenel Moïse d’inculper le Premier ministre Ariel Henry, en raison d’appels téléphoniques qu’il aurait eus avec l’un des principaux suspects du meurtre.

Bed-Ford Claude, le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince –équivalent du procureur– a par ailleurs demandé que M. Henry soit interdit de quitter le territoire haïtien « en raison de la gravité des faits exposés ».

Le président Moïse a été abattu le 7 juillet par un commando armé à son domicile de Port-au-Prince.

Dans une lettre adressée au tribunal de première instance de Port-au-Prince, Bed-Ford Claude assure qu’il « existe suffisamment d’éléments compromettants qui forment sa conviction sur l’opportunité de poursuivre Monsieur Henry et de demander son inculpation pure et simple ».

Dans un second courrier, envoyé au directeur de l’administration migratoire, le commissaire du gouvernement justifie l’interdiction demandée de sortie du territoire à l’encontre d’Ariel Henry « pour des présomptions graves d’assassinat sur le président de la République ».

Vendredi soir, Bed-Ford Claude avait déjà invité le chef du gouvernement à se présenter mardi au parquet, affirmant que M. Henry avait eu, quelques heures après le meurtre de Jovenel Moïse, des conversations téléphoniques avec l’une des personnes activement recherchées dans le cadre de l’enquête.

Ancien cadre de l’unité de lutte contre la corruption, dépendante du ministère de la justice, Joseph Félix Badio aurait été géolocalisé dans le quartier où se situe la résidence privée de Jovenel Moïse lors des appels passés à Ariel Henry à 04h03 puis 04h20 la nuit de l’attentat.

Samedi, le Premier ministre avait alors dénoncé la démarche du procureur, la qualifiant de diversion.

« Les manoeuvres de diversion pour semer la confusion et empêcher la justice de faire sereinement son travail ne passeront pas », avait réagi Ariel Henry.

« Les vrais coupables, les auteurs intellectuels et les commanditaires de l’assassinat odieux du président Jovenel Moïse seront trouvés, traduits en justice et punis pour leur forfait », a-t-il ajouté.

Quarante-quatre personnes, dont 18 Colombiens et deux Américains d’origine haïtienne, ont déjà été arrêtées dans le cadre de l’enquête sur le meurtre de Jovenel Moïse, commis à son domicile sans qu’aucun policier de sa sécurité rapprochée ne soit blessé.

Par Le Point avec AFP

Après le séisme, Haïti toujours dans le choc

août 17, 2021

Avec France24

Séisme en Haïti: la Coalition humanitaire lance un appel à l’aide aux Canadiens

août 17, 2021

MONTRÉAL — Une douzaine d’organismes s’unissent au sein de la Coalition humanitaire afin de lancer une collecte de fonds destinée à fournir une aide d’urgence après le tremblement de terre dévastateur survenu samedi dernier dans le sud-ouest d’Haïti.

 

© Fournis par La Presse Canadienne

La Direction générale de la Protection civile d’Haïti (DGPC) rapporte qu’au moins 1419 personnes ont perdu la vie et que 6900 ont été blessées dans le séisme, et que le bilan risque de s’alourdir. La secousse a détruit des habitations, des écoles, des églises et des hôpitaux.   

Environ 600 000 personnes ont aujourd’hui besoin de vivres, d’eau et d’un abri.   

La Coalition humanitaire regroupe notamment les organismes Action contre la Faim, Aide à l’enfance, Banque canadienne de grains, Care Canada, Médecins du Monde, Oxfam-Québec, Plan International Canada et Vision Mondiale Canada.   

Lundi, la Croix-Rouge canadienne avait déjà invité la population à contribuer au fonds «Séisme en Haïti» qu’elle a mis en place dans la foulée du tremblement de terre. Les dons versés à ce fonds serviront à répondre aux besoins immédiats des sinistrés, à appuyer les efforts de secours, à favoriser le rétablissement à long terme et à préparer Haïti à faire face à d’autres sinistres, y compris les situations d’urgence pouvant découler du tremblement de terre.   

Pour sa part, la Coalition humanitaire s’engage à fournir une aide vitale aux familles affectées.  Cette catastrophe s’est produite dans un pays déjà ébranlé par un chaos politique depuis l’assassinat de son président le mois dernier et par de multiples troubles sociaux et l’insécurité alimentaire.  

Les Canadiens peuvent faire des dons pour l’aide aux victimes du séisme en Haïti en accédant à la page Web http://www.coalitionhumanitaire.ca.

Avec La Presse Canadienne

Haïti: Un puissant séisme fait au moins 29 morts et des dégâts

août 14, 2021

Avec France 24

Un puissant séisme frappe Haïti, lourd bilan à craindre

août 14, 2021

UN PUISSANT SÉISME FRAPPE HAÏTI, LOURD BILAN À CRAINDRE

© Reuters/Valerie Baeriswyl 

PORT-AU-PRINCE/LA HAVANE (Reuters) – Un puissant séisme a frappé samedi matin l’ouest d’Haïti, faisant sans doute de nombreuses victimes et des dégâts importants dans le pays, l’un des plus pauvres du monde, déjà touché par un fort tremblement de terre il y a 11 ans.

Selon l’Institut américain de géophysique (USGS), le tremblement de terre d’une magnitude de 7,2 a été ressenti dans toute la région des Caraïbes, où les habitants ont fui leur maison de peur qu’elle ne s’effondre.

Le Premier ministre haïtien, Ariel Henry, a fait état sur Twitter de « plusieurs pertes en vies humaines » et « d’énormes dégâts » dans le Sud.

L’épicentre se situe à huit kilomètres de la ville de Petit Trou de Nippes, à environ 150 km à l’ouest de la capitale Port-au-Prince, à 10 km de profondeur, selon l’USGS.

Le 12 janvier 2010, un séisme d’une magnitude de 7 avait fait des dizaines, voire des centaines de milliers de morts et d’énormes dégâts matériels en Haïti.

Le système d’alerte au tsunami des États-Unis a émis une alerte après la secousse, la levant peu de temps après. Des médias haïtiens ont signalé des habitants des zones côtières fuyant vers les montagnes.

Le service de protection civile d’Haïti a fait état sur Twitter de victimes probables.

Des images publiées sur les réseaux sociaux – que Reuters n’a pas pu vérifier dans l’immédiat – montrent des maisons effondrées et une église de la ville de Jérémie complètement détruite.

« Dans mon quartier, j’ai entendu des gens crier. Ils se sont précipités dehors », a déclaré Sephora Pierre Louis, une habitante de Port-au-Prince, qui s’est dite en état de choc.

Ce nouveau tremblement de terre survient alors qu’Haïti est déjà aux prises avec des crises politiques, humanitaires et sécuritaires.

Le gouvernement est dans la tourmente, un mois après l’assassinat du président Jovenel Moïse, la famine menace et les services de santé sont débordés par l’épidémie de COVID-19. L’accès à la région sud, où le séisme a frappé, est rendu difficile par la présence de gangs dans des zones-clés.

« Ce pays ne trouve tout simplement jamais de répit ! », a déploré sur son compte Twitter un entrepreneur haïtien, Marc-Alain Boucicault. « Ça va prendre des années pour arranger les choses et nous n’avons même pas commencé! »

Le séisme a été ressenti jusqu’à Cuba et en Jamaïque, où ni mort ni dégâts n’ont été signalés dans l’immédiat.

« Tout le monde a vraiment peur. Cela fait des années qu’un tremblement de terre aussi important n’a pas eu lieu », a déclaré Daniel Ross, un habitant de la ville de Guantanamo, dans l’est de Cuba, qui a senti sa maison trembler.

Avec Reuters (Reportage Andre Paultre à Port-au-Prince et Sarah Marsh à La Havane, version française Matthieu Protard et Elizabeth Pineau)

Haïti dit adieu, sous haute sécurité, à son président assassiné

juillet 23, 2021
Haiti dit adieu, sous haute securite, a son president assassine
Haïti dit adieu, sous haute sécurité, à son président assassiné© AFP/Valerie BAERISWYL

Les Haïtiens rendaient vendredi un dernier hommage à leur président assassiné Jovenel Moïse, lors de funérailles nationales placées sous haute sécurité dans le pays rongé par les violences et la pauvreté.

Prévue pour durer toute la matinée, la cérémonie solennelle se déroulait dans la ville de Cap-Haïtien, la métropole septentrionale d’Haïti. M. Moïse, tué le 7 juillet à son domicile de la capitale Port-au-Prince par un commando armé, était originaire du Nord du pays.

Cap-Haïtien était relativement calme au matin, après une journée de tension jeudi. Des policiers ont été déployés un peu partout dans les rues.

Le cercueil de Jovenel Moïse, recouvert du drapeau national et de l’écharpe présidentielle, était exposé sur une esplanade, ornée de fleurs. La dépouille était gardée par des soldats des forces armées d’Haïti.

Martine Moïse, la veuve du président, gravement blessée dans l’attaque, était présente, le bras en écharpe après avoir été soignée dans un hôpital de Floride. Le visage barré d’un masque portant une photo de son mari, elle s’est inclinée devant son cercueil.

Délégation américaine

Des représentants de délégations étrangères, du corps diplomatique et les membres du gouvernement s’étaient succédé auparavant pour lui présenter leurs condoléances.

Le président américain Joe Biden a de son côté envoyé une délégation menée par Linda Thomas-Greenfield, l’ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, et Daniel Foote, le nouvel émissaire américain pour Haïti.

Un bataillon a rendu les honneurs militaires au chef de l’Etat, qui était âgé de 53 ans, avec notamment l’hymne présidentiel, suivi de l’hymne national. La cérémonie religieuse était dirigée par cinq prêtres.

La veuve du président a rendu un hommage appuyé à son mari, à la fructueuse carrière d’entrepreneur avant son entrée en politique, et a déploré sa fin tragique, « sauvagement assassiné », « abandonné et trahi ».

« Quel crime as-tu commis pour mériter un tel châtiment ? », a demandé l’épouse en deuil, coiffée d’un chapeau noir.

« Il connaissait bien les vices de ce système pourri et injuste », a affirmé Mme Moïse, « ce système auquel peu avant lui ont voulu s’attaquer ».

« Il s’est retrouvé du jour au lendemain avec tout le système en bloc, en face de lui », a-t-elle poursuivi, ajoutant toutefois ne vouloir « ni vengeance, ni violence ».

Ces louanges contrastent avec la vive défiance que suscitait avant sa mort M. Moïse au sein d’une bonne partie de la population civile, qui l’accusait d’inaction face à la crise et de dérive autoritaire, après qu’il eut suspendu le parlement.

Reste que l’assassinat du président a encore davantage plongé dans l’incertitude le pays et fait resurgir des tensions historiques au sein de la population.

Présent à Cap-Haïtien, le directeur général de la police nationale, Léon Charles, a notamment été pris à partie jeudi par des habitants qui lui reprochaient d’avoir échoué à protéger le président Moïse, l’enfant du pays.

Ariel Henry, le nouveau Premier ministre qui a pris ses fonctions mardi, a promis de traduire en justice les assassins du chef de l’Etat et d’organiser des élections présidentielle et législatives exigées par la population et la communauté internationale.

Les habitants du Nord d’Haïti rappellent que Jovenel Moïse est le cinquième chef d’Etat originaire de leur région à avoir été tué dans l’Ouest, où se trouve la capitale, Port-au-Prince. Certains accusent les Haïtiens de l’Ouest d’avoir perpétré ces assassinats.

Jeudi, des riverains ont ainsi érigé des barricades sur les routes nationales qui mènent au Cap-Haïtien afin, ont-ils affirmé, d’empêcher les habitants de Port-au-Prince de venir assister aux funérailles.

Avec Le Point avec AFP

Haïti-Assassinat de Jovenel Moïse : son chef de la sécurité serait détenu

juillet 15, 2021

Le chef de la sécurité du Palais national haïtien, Dimitri Hérard, est détenu par la police nationale dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat du président Jovenel Moïse, rapportent jeudi le Washington Post et CNN.

Le chef de l'Unité de sécurité générale du Palais national, Dimitri Hérard.

© – Le chef de l’Unité de sécurité générale du Palais national, Dimitri Hérard.

Le Post dit en avoir obtenu la confirmation du chef du parquet de Port-au-Prince, Bed-ford Claude, d’un porte-parole du premier ministre Claude Joseph, Israël Jacky Cantave, et d’un proche de Hérard, Carl Martin.

Ce dernier a aussi confirmé la nouvelle à CNN.

Le motif précis de la détention de Dimitri Hérard n’est pas connu. La justice veut qu’il réponde à des questions», s’est borné à dire Bed-ford Claude au Post.

Depuis le meurtre de Jovenel Moïse, le 7 juillet, les Haïtiens s’interrogent ouvertement sur le rôle joué par les responsables de la sécurité du président, qui ne semblent pas avoir échangé le moindre coup de feu avec les assaillants.

M. Hérard, chef de l’Unité de sécurité générale du Palais national, et Jean Laguel Civil, coordonnateur de la sécurité du président, avaient été convoqués par le parquet cette semaine, mais n’ont finalement pas encore été entendus.

Selon CNN et le Miami Herald, M. Hérard a fait savoir par lettre qu’il ne pouvait comparaître mercredi, comme prévu, parce qu’il était retenu par l’inspecteur général de la Police nationale haïtienne, responsable des affaires internes.

Le quotidien haïtien Le Nouvelliste cite une source au parquet selon laquelle M. Civil a aussi justifié son absence, mardi, en disant être frappé par une mesure conservatoire de l’Inspection générale de la Police nationale d’Haïti ».

La police nationale colombienne a révélé plus tôt cette semaine qu’elle enquête sur de multiples voyages effectués dans leur pays par M. Hérard.

Ils cherchent à déterminer s’il y a un lien entre ces visites et le fait que l’essentiel des membres du commando accusé d’avoir assassiné le président dans sa résidence privée sont d’ex-militaires colombiens.

Le chef de la Police nationale d’Haïti (PNH), Léon Charles, demeure très discret au sujet des responsables de la sécurité du président.

Selon Le Nouvelliste, il s’est borné à dire mercredi soir que 4 d’entre eux étaient en isolement et que 24 policiers étaient frappés par des mesures conservatoires.

Deux arrestations supplémentaires

Le chef de la PNH Léon Charles a annoncé mercredi soir l’arrestation de deux autres suspects dans l’enquête sur l’assassinat du président.

Il s’agit de Reynaldo Corvington, dirigeant d’une firme de sécurité haïtienne, et Gilbert Dragon, un ancien chef rebelle ayant participé à un soulèvement contre l’ex-président haïtien Jean-Bertrand Aristide, en 2004.

Un défenseur des droits humains en Haïti, Pierre Espérance, a déclaré au Washington Post que Dragon est un proche de Dimitri Hérard.

Le quotidien américain et le Miami Herald affirment en outre qu’il était un bras droit de Guy Philippe, chef de la rébellion contre l’ex-président Aristide, aujourd’hui incarcéré aux États-Unis après avoir plaidé coupable à une accusation de blanchiment d’argent.

Les deux hommes ont planifié des rencontres à plusieurs niveaux depuis l’arrivée des assaillants, les ont logés, leur ont loué des véhicules, leur ont fourni des armes», a indiqué Léon Charles selon le compte-rendu du Nouvelliste.

Selon lui, des perquisitions effectuées aux résidences des deux hommes ont permis aux policiers de mettre la main sur de nombreuses armes et des munitions.

Quatre avis de recherche lancés

La PNH a aussi lancé mercredi quatre avis de recherche visant Joseph Félix Badio, John Joël Joseph, Rodolph (Dodof) Jaar et Gordon Phenil Désir.

Les trois premiers sont recherchés pour assassinat, tentative d’assassinat et vol à main armée, selon les avis de recherche diffusés par la PNH.

Selon le compte-rendu du Nouvelliste, Léon Charles a présenté MM. Badio et Jaar comme des coordonnateurs de l’opération sur le terrain» et M. Joseph, un ancien sénateur opposé à M. Moïse, comme le trésorier de l’opération».

MM. Joseph et Jaar auraient aussi été chargés de la coordination des rencontres avec les mercenaires» et auraient loué des véhicules utilisés dans l’opération.

M. Badio aurait en outre loué une maison située près de celle du président, tandis que M. Jaar aurait aussi hébergé des mercenaires.

Selon Associated Press, M. Jaar a été accusé en Floride en 2013 d’avoir comploté en vue d’importer de la cocaïne provenant de la Colombie et du Venezuela qui aurait transité par Haïti avant d’entrer aux États-Unis. Il a plaidé coupable a été condamné à quatre ans de prison.

L’agence présente aussi M. Badio comme un ancien fonctionnaire du ministère de la Justice qui s’est joint à l’Unité de lutte contre la corruption d’Haïti en 2013.

L’agence en question a fait savoir qu’il avait été congédié en mai pour des manquements graves à des règles éthiques qui n’ont pas été précisées, et qu’une plainte avait été déposée contre lui.

La PNH a aussi lancé un avis de recherche visant Gordon Phenil Désir présenté comme un responsable de la location des véhicules, de la coordination des rencontres avec les mercenaires et du paiement des matériels».

Outre 21 ex-militaires colombiens, la police haïtienne a aussi arrêté trois Haïtiens depuis le début de son enquête, soit James Solages, Joseph Vincent et Christian Emmanuel Sanon.

Cinq autres ex-militaires colombiens sont en fuite, et trois ont été tués dans les heures suivant le meurtre de Jovenel Moïse.

Selon la PNH, M. Sanon aurait recruté les 26 ex-militaires colombiens via les services d’une entreprise de sécurité nommée CTU, dirigée par un Vénézuélien basé en Floride, Antonio Emmanuel Intriago Valera.

Une photo présentée en preuve

Léon Charles a également présenté mercredi une photo, déjà virale sur les réseaux sociaux depuis quelques jours, montrant selon lui plusieurs des suspects réunis à Saint-Domingue, en République dominicaine pour planifier l’assassinat de Jovenel Moïse.

Ils s’étaient réunis dans un hôtel à Saint-Domingue. Autour de la table, il y a les auteurs intellectuels, un groupe technique de recrutement et un groupe de financement», a déclaré M. Charles à la presse.

Certains sur la photo ont déjà été appréhendés. C’est le cas du Dr Christian Emmanuel Sanon, (et de) James Solages. Ce dernier a effectué les coordinations avec la firme de sécurité vénézuélienne CTU, basée à Miami», a-t-il ajouté.

Le responsable de la firme, Antonio Emmanuel Intriago Valera, est sur la photo. Il est entré plusieurs fois en Haïti pour planifier l’assassinat», a poursuivi Léon Charles.

Il y a aussi sur le cliché le responsable de la compagnie Worldwide Capital Lending Group, Walter Veintemilla. Nous sommes en train d’enquêter sur cette entreprise qui aurait collecté des fonds pour financer l’exécution de l’acte criminel.»

Il y avait un groupe de quatre (mercenaires) qui étaient déjà présents au pays. Les autres sont entrés le 6 juin. Ils sont passés par la République dominicaine. Nous avons retracé la carte de crédit qui a été utilisée pour acheter les billets d’avion», a indiqué le patron de la PNH.

Avec CBC/Radio-Canada