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Corruption: la Cour des comptes étrille le pouvoir haïtien

août 17, 2020

Un rapport de la Cour supérieure des comptes d'Haïti a dénoncé la gestion frauduleuse du pouvoir.

Un rapport de la Cour supérieure des comptes d’Haïti a dénoncé la gestion frauduleuse du pouvoir. MAURICIO VALENZUELA / AFP

La Cour supérieure des comptes d’Haïti déplore, dans un nouveau rapport publié lundi, la gestion frauduleuse et souvent illégale, par les divers ministères et administrations, de centaines de millions de dollars d’aide offerts par le Venezuela entre 2008 et 2016. Projets engagés sans une évaluation des besoins ou même une estimation des coûts, violations répétées des normes de passation de marchés publics: sur plus de 1000 pages, les juges n’épargnent aucune institution.

«Les projets d’investissement et les contrats liés au fonds PetroCaribe n’ont pas été gérés en respectant les principes d’efficience et d’économie», accuse la Cour des comptes. Mis en place à l’initiative de l’ancien président Hugo Chavez, ce programme a permis à plusieurs pays d’Amérique latine et des Caraïbes de bénéficier de prêts du Venezuela dans le cadre d’un mécanisme de livraison de pétrole à conditions préférentielles. Les six gouvernements haïtiens qui se sont succédé depuis 2008 ont lancé pour près de deux milliards de dollars de projets sans, le plus souvent, se soucier des principes de base de la gestion de fonds publics, accuse l’audit.

La Cour des comptes haïtienne dénonce aussi l’absence de coopération des institutions ce qui a empêché son travail d’enquête. Par exemple, les juges n’ont pas pu retracer un seul contrat pour la construction d’un parc industriel et de 1500 maisons en périphérie de Port-au-Prince : ce qui a été le plus ambitieux projet public d’aménagement urbain initié suite au séisme de 2010 s’est arrêté en 2014. Plus de 46 millions de dollars ont pourtant été versés à une seule entreprise, Constructora ROFI S.A., qui appartient au sénateur dominicain Félix Bautista, sanctionné pour corruption par le Trésor américain en juin 2018.

Dans leur précédent rapport sur le fonds PetroCaribe, les juges avaient épinglé l’actuel président de la République Jovenel Moïse, accusé d’avoir été au cœur d’un «stratagème de détournement de fonds» avant sa prise de fonction. Contre les recommandations de la Cour des comptes et malgré des manifestations populaires organisées depuis 2018, aucune poursuite n’a encore été menée la justice haïtienne contre les dizaines d’anciens ministres et haut dirigeants impliqués dans le scandale PetroCaribe.

Par Le Figaro avec AFP

Coronavirus en Haïti: la reprise des vols avec les États-Unis «pas une erreur»

juin 30, 2020

 

Le gouvernement haïtien considère que la reprise des liaisons aériennes avec les Etats-Unis ce mercredi n’est «pas une erreur», à l’heure où l’Union Européenne refuse encore l’ouverture de ses frontières avec le pays en raison de la flambée des cas de Covid-19 sur le sol américain. «Ça n’est pas une erreur», a affirmé mardi Marie-Greta Roy Clément, ministre haïtienne de la santé. «Il y a l’économique et le sanitaire: il nous faut trouver un équilibre entre les deux pour nous permettre de faire à nouveau fonctionner le pays», a-t-elle ajouté lors d’une visite gouvernementale de l’aéroport de Port-au-Prince.

Après plus de trois mois d’interruption du trafic aérien commercial, le premier vol attendu sur le tarmac à Port-au-Prince mercredi matin provient de Fort Lauderdale, en Floride. Une majorité d’Haïtiens de la diaspora réside dans cet État américain qui enregistre actuellement un fort regain de l’épidémie de nouveau coronavirus. Un protocole sanitaire est prévu pour les passagers arrivant à Port-au-Prince, mais son annonce tardive rend impossible son application dès l’arrivée des premiers vols ce mercredi. «Les gens qui viennent de pays où l’incidence du coronavirus est élevé devront venir avec un test négatif au coronavirus. Cependant, comme c’est aujourd’hui que nous l’annonçons, nous sommes obligés d’attendre un petit moment avant de l’appliquer», a reconnu Mme Roy Clément.

Une caméra thermique était en cours d’installation mardi dans le hall d’arrivée de l’aéroport Toussaint Louverture, avant le passage des passagers au service d’immigration, a constaté une journaliste de l’AFP. «Nous savons que c’est un risque mais nous allons renforcer la surveillance épidémiologique et tous les gens qui rentrent dans le pays à partir de demain devront observer une quarantaine domiciliaire», a conclu la ministre.

Questionné sur cette nécessité de test négatif à présenter à l’entrée en Haïti, le Premier ministre Joseph Jouthe s’est voulu ferme. «Quand les gens sont aux États-Unis, ils se conforment à tout ce qu’on leur demande mais, quand ils arrivent en Haïti, c’est la débandade. Et bien non! Haïti est un pays souverain et quelle que soit la personne, elle doit obéir à toute décision prise par les autorités gouvernementales ou bien qu’elle ne vienne pas», a-t-il répondu sèchement.

Avec moins de 6.000 cas positifs et 105 décès officiellement attribués au Covid-19, la faible virulence du virus en Haïti est une «heureuse surprise» pour la communauté médicale qui craignait une hécatombe dans le pays aux infrastructures hospitalières lacunaires.

Par Le Figaro avec AFP

Libération d’une Française employée de l’ONU enlevée en Haïti

février 28, 2020

 

Une employée française du Programme alimentaire mondial a été libérée jeudi après avoir été enlevée mardi soir dans la capitale haïtienne, a indiqué l’agence onusienne vendredi 28 février.

La victime, dont l’identité n’a pas été rendue publique, «a été libérée en toute sécurité le 27 février après avoir été enlevée à Port-au-Prince par un groupe d’individus non identifiés le 25 février», selon les précisions apportées à l’AFP par Greg Barrow, en charge de la communication au Programme alimentaire mondial (PAM).

Présents en Haïti pour «fournir une assistance humanitaire et une aide au développement aux pauvres, affamés et vulnérables», les employés du PAM «devraient toujours bénéficier de la sécurité nécessaire pour mener leur travail», précise le communiqué.

Par Le Figaro avec AFP

Haïti: 15 enfants meurent dans l’incendie d’un orphelinat insalubre

février 14, 2020

 

L’incendie d’un orphelinat en Haïti a provoqué la mort de 15 enfants, a indiqué vendredi 14 février à l’AFP la juge de la commune de Kenscoff, Raymonde Jean Antoine.

Deux enfants sont morts dans l’orphelinat et 13 d’asphyxie à l’hôpital de Fermathe, a indiqué la magistrate. L’incendie s’est déclenché peu après 21H00 heure locale jeudi (02H00 GMT vendredi), selon elle.

L’orphelinat de Kenscoff, commune située sur les hauteurs de l’agglomération de Port-au-Prince, n’avait plus l’autorisation légale d’opérer depuis 2013 et abritait environ 66 enfants, selon Raymonde Jean Antoine. La cause de l’incendie et l’âge des victimes étaient pour le moment inconnus.

L’orphelinat était situé dans un bâtiment insalubre de deux étages, avec des lits superposés — certains en état déplorable — entassés dans de petites chambres, avec un escalier exigu et seulement une porte de sortie ouverte, a constaté l’AFP.

C’est dans ce pays qu’un couple de Français venus adopter a perdu la vie il y a près de trois mois.

Par Le Figaro avec AFP

Haïti sous tension

novembre 5, 2019
© Philippe Leblanc 

Depuis sept semaines, des manifestations spontanées paralysent le pays.

Chaque jour, des milliers de contestataires bloquent de nombreuses rues avec des pierres, des branches, des troncs d’arbres, des blocs de béton, des barrières de métal.

Tout ce qu’ils trouvent sert à paralyser la circulation et à empêcher le transport de marchandises vitales. Ils espèrent attiser la colère des citoyens pour forcer le président à démissionner.

Les manifestants ont cependant été moins nombreux dans les rues de Port-au-Prince depuis deux jours, ce qui a permis aux policiers de dégager des artères importantes et permettre à la circulation de reprendre.

Manifestations et violence

Le carrefour de l'aéroport a été rebaptisé Carrefour des résistants.

© Fournis par Canadian Broadcasting Corporation Le carrefour de l’aéroport a été rebaptisé Carrefour des résistants.
Manifestations et routes bloquées ont aussi contribué à une hausse de la criminalité. Des brigands ont régulièrement profité de la présence de certains barrages routiers improvisés en périphérie de la capitale pour braquer ceux qui osaient s’y aventurer. On rapporte aussi quelques enlèvements.

La tension semble continuer de monter dans les rues de Port-au-Prince même si les manifestants étaient moins nombreux depuis quelques jours. Il suffit de s’arrêter quelques minutes au carrefour de l’aéroport rebaptisé Carrefour des résistants pour entendre une salve de coups de feu à quelques mètres de là.

Quelques instants plus tard, au Champ de mars, lieu de rassemblement traditionnel de jeunes pour discuter de politique et de la situation en Haïti, d’autres coups de feu retentissent. Ils semblent plus loin, à quelques coins de rue de là. La pétarade est plus longue et on ne sait pas si les tireurs avancent vers la place publique ou non. Mais les jeunes n’y prêtent aucune attention. Ils continuent de discuter entre eux comme si de rien n’était.

Du 15 au 30 septembre uniquement, le Réseau national de défense des droits humains, une ONG haïtienne, a recensé 17 morts et 189 blessés directement en lien avec les soulèvements populaires.

Un président qui incarne les maux affligeant Haïti

Étude Lobs explique que Jovenel Moïse a accentué la misère dans ce pays parmi les plus pauvres de la planète.

© Fournis par Canadian Broadcasting Corporation Étude Lobs explique que Jovenel Moïse a accentué la misère dans ce pays parmi les plus pauvres de la planète.
Étude Lobs a 53 ans, un sourire contagieux et un ferme désir de voir le président démissionner. Derrière les chaudrons de son stand de nourriture de rue, où elle sert du spaghetti et des omelettes dans un sandwich, elle explique que Jovenel Moïse a accentué la misère dans ce pays parmi les plus pauvres de la planète.

Elle vit au quotidien les conséquences de l’inflation galopante de 17 % annuellement. Une douzaine d’œufs lui coûtait 200 gourdes haïtiennes (2,80 $) il y a deux ans et demi. La même boîte coûte aujourd’hui 300 gourdes (4,20 $).

Depuis que Jovenel Moïse est président, nous avons faim et nous manquons de nourriture, dit-elle. Il n’y a pas de travail. Les banques sont fermées. Les écoles aussi. Nos enfants souffrent, affirme Étude.

L’ONU estime que deux millions d’enfants sont privés d’école depuis des semaines en raison du soulèvement populaire et du désordre en Haïti. Étude Lobs a perdu la majeure partie de ses clients puisque son kiosque est situé à côté du Collège Canado-Haïtien.

Elle demeure néanmoins responsable de sa famille et de ses cinq enfants. Son fils de 27 ans, Christian, l’accompagne aujourd’hui. Il n’arrive pas à trouver du travail dans ce pays au taux de chômage avoisinant les 70 %.

Tant qu’à rester à la maison à ne rien faire, je l’amène ici avec moi pour qu’il m’aide, explique Étude.

Des promesses vides et brisées

Joël Célestin est adossé contre le mur tout près d’Étude et de son fils. Il ne se gêne pas pour intervenir lui aussi. Non seulement le président Moïse a-t-il appauvri les Haïtiens, dit-il, il leur a aussi fait des promesses mirobolantes qui ne se sont jamais réalisées, ce qui contribue à la méfiance envers les politiciens.

Aux élections présidentielles de 2016 [à laquelle le taux de participation n’était que de 21 %], il a promis du travail et de l’eau aux citoyens, affirme Joël. Il a aussi promis l’électricité 24 heures par jour, mais on n’a jamais eu ça. Il y a encore des pannes de courant rotatives.

Joël Célestin est artiste dans un pays où les citoyens se battent chaque jour pour leur survie. Penser vendre ses toiles en ce moment n’est tout simplement pas réaliste.

Radio-Canada.ca par Philippe Leblanc

Haïti au bord du gouffre

octobre 24, 2019
© Andres Martinez Casares
 

Rien ne va plus pour le régime du président d’Haïti, Jovenel Moïse. Le pays entier est le théâtre depuis cinq semaines de ce qui a toutes les allures d’un soulèvement pour obtenir sa démission.

Les rues de la capitale, Port-au-Prince, sont désertes pratiquement un jour sur deux, bloquées par des barricades de pierres, d’arbres et de pneus en flammes. Les manifestations se succèdent, souvent spontanées, rassemblant parfois de dizaines de milliers de personnes.

Les rassemblements hostiles au régime se déroulent aussi dans de nombreuses villes du pays. Certaines, comme les Gonaïves, ont vu défiler des manifestants armés. Les affrontements avec la police sont nombreux. Le journal web Haïti libre a recensé 94 morts par balles et 49 blessés entre le 1er septembre et le 11 octobre.

Le pouvoir central ne contrôle plus rien dans le pays, estime l’historien et écrivain Michel Soukar, qui, comme d’autres, s’inquiète d’une éventuelle « somalisation » d’Haïti, en référence à la situation qui sévit en Somalie, pays d’Afrique soumis aux bandes armées et aux seigneurs de la guerre. Devant le quasi vide du pouvoir en Haïti, des régions sont souvent laissées aux mains des gangs, des groupes mi-mafieux, mi-politiques, armés, qui étendent leur emprise sur des régions.

Les Haïtiens ont une expression pour décrire la crise : Peyi lòk (« pays bloqué »).

Pour la population, la situation est rien de moins que catastrophique. Les transports en commun sont suspendus entre plusieurs villes à cause des barricades et du rançonnement des véhicules et de leurs occupants. Les approvisionnements en essence, en nourriture et en fournitures médicales sont grandement ralentis quand ils ne sont pas devenus impossibles.

Le président haïtien, Jovenel Moïse, est accusé de corruption par bon nombre de ses concitoyens.

© Fournis par Canadian Broadcasting Corporation Le président haïtien, Jovenel Moïse, est accusé de corruption par bon nombre de ses concitoyens.
Aux sources de la colère : inflation et corruption
La vague récente de contestation du régime n’est pas la première à survenir depuis l’élection du président Moïse, en février 2017. Le pays s’est embrasé une première fois pendant l’été 2018 alors qu’une hausse du prix du carburant a été décrétée par l’État.Le niveau de vie qui a continué de chuter dans les dix années suivant le séisme de 2010, la hausse du coût de la vie combinée à un chômage évalué à 70 %, sont autant de facteurs d’explosion sociale. Les émeutes qui ont secoué le pays ont forcé le gouvernement à reculer.

Mais la colère contre les dirigeants politiques n’a pas faibli. Un énorme scandale de corruption, qui entache l’ensemble de la classe politique a donné naissance à une nouvelle vague de contestation. C’est le  scandale du Fonds Petro Caribe.

Ce fonds, constitué grâce aux bénéfices tirés du pétrole vénézuélien vendu à prix d’escompte à l’État haïtien, devait en contrepartie servir à financer des projets de développement. Or, les différents régimes qui se sont succédé depuis les débuts de ce programme, en 2006, sont réputés avoir dilapidé et détourné l’argent.

Sous les présidences de René Préval, de Michel Martelly, puis de Jovenel Moïse, une grande partie de cet argent s’est évaporée, au fil des pots-de-vin, de procédés de double facturation ou de travaux débutés mais jamais achevés conformément aux contrats signés.

Qui plus est, une enquête de la Cour supérieure des comptes d’Haïti incrimine le président Moïse lui-même. Celui -ci fait face à des allégations de détournement de fonds et de double facturation dans un projet de route.

Un mouvement animé par des jeunes Haïtiens a enflammé les réseaux sociaux sur le thème de la corruption. Ceux-ci, surnommés les « pétrochallengers », ont provoqué une vaste mobilisation qui réclame depuis plus d’un an une reddition de comptes de la part des politiciens et entrepreneurs impliqués, et la tenue de procès pour corruption.

C’est la première fois que la lutte à la corruption se retrouve au centre d’une grande mobilisation populaire, constate l’avocat des droits humains Samuel Madistin, de la Fondation Je Klere.

Face à la colère populaire, une grande partie de la classe politique se réclame désormais de cette lutte contre la corruption et, à côté des demandes de démission du président Moïse, un vaste mouvement de la société civile s’est constitué pour demander une réforme en fond en comble du système, à commencer par l’abolition de l’immunité des parlementaires qui sont aujourd’hui protégés contre des poursuites lorsqu’ils sont en fonction.

Un rejet de l’ingérence étrangère

Un autre consensus rallie les Haïtiens, celui de la nécessité de résoudre cette crise entre Haïtiens. L’opinion est très remontée contre les pays étrangers qui, depuis longtemps mais plus encore depuis le séisme de 2010, dictent à Haïti ses politiques.

Les murs de Port-au-Prince sont couverts de graffitis contre l’ONU et aussi contre ce que tout le monde ici connaît comme le « Core Group », un regroupement de pays donateurs, dont le Canada, les États-Unis, l’Union européenne et l’Organisation des États américains, sans le soutien de qui aucun président ne peut rester en poste longtemps en Haïti.

Lors des manifestations, il est courant de voir les gens s’en prendre aux étrangers et aux symboles de leur présence comme des hôtels.

Jusqu’ici, aucune sortie de crise n’est facile à entrevoir. Le 15 octobre, en conférence de presse – une apparition publique exceptionnelle – le président Jovenel Moïse a déclaré : Ce serait irresponsable de ma part de démissionner.

Cette déclaration a donné lieu à une nouvelle manifestation spontanée à Port-au-Prince.

Tous les appels au dialogue lancés par le président depuis un mois ont été rejetés massivement par l’opposition.

Radio-Canada.ca par Luc Chartrand

Haïti: un mort en marge de la manifestation réclamant la démission du président

juin 10, 2019

 

Un homme a été tué en marge de la manifestation qui a réuni plusieurs milliers d’Haïtiens dimanche à Port-au-Prince, réclamant la démission du président Jovenel Moïse, accusé d’être au cœur d’un «stratagème de détournements de fonds» par la Cour supérieure des comptes.

Le corps sans vie, marqué d’une blessure par balle au thorax, a été rapidement transporté hors de la zone de tensions, a pu constater une journaliste de l’AFP.

En fin de parcours, des violentes échauffourées ont opposé des groupes de jeunes hommes aux forces de l’ordre à proximité du palais présidentiel et du siège départemental de la police. Malgré une importante présence policière et le déploiement de véhicules blindés de l’ONU, deux bâtiments à proximité ont été ravagés par un incendie.

Alors que manifestants et policiers s’affrontaient à coups de pierre et de grenades lacrymogènes, plusieurs rafales de tirs à balles réelles ont résonné au centre-ville.

Avant ces incidents, le cortège de plusieurs milliers de personnes, membres d’organisations de la société civile et de partis d’opposition, avait défilé dans le calme, réclamant justice.

Les juges de la Cour des comptes ont publié la semaine dernière un rapport de plus de 600 pages sur l’utilisation du fonds Petrocaribe, un programme de développement parrainé par le Venezuela, qui se révèle être une litanie d’exemples de gestion calamiteuse et de corruption.

Parmi les centaines de projets épinglés, les magistrats ont découvert qu’en 2014, pour le même chantier de réhabilitation de route, l’État a signé deux contrats avec deux entreprises aux noms distincts, Agritrans et Betexs, mais qui partagent notamment le même matricule fiscal et le même personnel technique.

Avant son arrivée au pouvoir en 2017, Jovenel Moïse était à la tête de l’entreprise Agritrans, laquelle a reçu plus de 33 millions de gourdes (plus de 700.000 dollars américains, au taux de l’époque) pour ce projet routier alors que son activité consistait à de la production bananière.

«Ces gens-là n’ont pas fait beaucoup d’effort pour dissimuler quand ils détournaient l’argent. C’est pour ça que le président doit démissionner : pour qu’on puisse finalement couper toute la tête de ce système de mafia qui se protège pour ne pas aller en prison et aller vers le procès Petrocaribe», a affirmé dimanche avec espoir Velina Charlier, «Petrochallengeuse» de la première heure.

Toujours perçu comme source de gaspillage et de corruption, le fonds Petrocaribe a déjà donné lieu, en 2016 et 2017, à deux enquêtes sénatoriales. Depuis l’été 2018, le mouvement citoyen «Petrocaribe Challenge» a multiplié les manifestations à travers le pays, poussant la Cour des comptes à lancer son contrôle pour déterminer comment les plus de 1,6 milliard de dollars américains ont été dépensés par les quatre administrations successives.

En février, Haïti a connu une semaine de violentes manifestations contre le pouvoir au cours desquelles au moins sept personnes ont été tuées. Ces émeutes ont entrainé mi-mars la chute du gouvernement, mais depuis le processus politique pour installer un nouveau cabinet est bloqué par le Parlement.

Sans ministres en fonction, sans encore de budget voté pour l’année fiscale qui a débuté en octobre, Haïti est également menacée par une crise constitutionnelle car la tenue d’élections législatives à l’automne est incertaine.

Cette fragilité institutionnelle aggrave la crise économique à laquelle le pays fait face. Avec une inflation dépassant les 17%, couplée à une forte dévaluation de la monnaie nationale, les besoins des familles les plus vulnérables s’amplifient.

Par Le Figaro.fr avec AFP

Haïti: au moins 11 morts dans un séisme de magnitude 5,9

octobre 7, 2018

Vue de Port-au-Paix, en Haïti, le 7 mai 2016 / © AFP/Archives / HECTOR RETAMAL

Au moins 11 personnes ont été tuées dans le nord-ouest d’Haïti, secoué par un séisme d’une magnitude de 5,9 samedi en fin de soirée, ont annoncé les autorités.

Le bilan est jusqu’à présent de onze morts, et une cellule de crise a été mise en place, a déclaré à l’AFP Eddy Jackson Alexis, porte-parole du gouvernement haïtien.

L’épicentre de la secousse, d’une magnitude de 5,9, a été enregistré à 19 kilomètres au nord-ouest de la ville côtière de Port-de-Paix, a annoncé l’institut géologique américain USGS.

Une cellule de crise, incluant plusieurs ministères, a été mise en place « afin de coordonner l’ensemble des réponses d’urgence à apporter », a tweeté le Premier ministre d’Haïti, Jean-Henry Céant.

De son côté, le président Jovenel Moïse a exhorté, sur Twitter, la population « à garder son calme », ajoutant que « le système de gestion de risques et les directions régionales de la Protection civile sont en alerte pour assister les habitants des zones touchées ».

« Des blessés sont actuellement accueillis et soignés dans les hôpitaux du département », avait dans un premier temps indiqué la protection civile haïtienne dans un communiqué. « Ailleurs, des cas de blessés, pour la plupart légers, ont été également enregistrés à la suite de mouvements de panique causés par la secousse », a-t-elle ajouté.

Deux légères répliques ont été ressentiées dans le nord-ouest, a ajouté la protection civile, qui a indiqué qu’aucune alerte au tsunami n’avait été émise.

Des photos de maisons aux murs endommagés et de bâtiments partiellement détruits circulent sur les réseaux sociaux sans que leur authenticité ne puisse être établie.

Région la plus pauvre du pays, le nord-ouest compte beaucoup de zones enclavées faute de routes en bon état.

La secousse de plusieurs secondes a été ressentie jusque dans la capitale Port-au-Prince, suscitant l’émotion auprès des habitants qui restent traumatisés par le séisme qui avait ravagé la ville et ses environs en 2010.

Le 12 janvier 2010, un tremblement de terre d’une magnitude de 7 sur l’échelle de Richter avait causé la mort de plus de 200.000 personnes, en blessant plus de 300.000 autres.

Plus d’un million et demi de personnes s’étaient trouvées à la rue à la suite de cette catastrophe dont les dégâts avaient été évalués à hauteur de 120% du PIB national.

Les structures et l’organisation de l’État haïtien avaient beaucoup souffert de la catastrophe. Au bout de trois jours, l’état d’urgence avait été déclaré sur l’ensemble du pays pour un mois. De très nombreux bâtiments avaient été détruits, dont le Palais national et la cathédrale Notre-Dame de Port-au-Prince.

Romandie.com avec(©AFP / (07 octobre 2018 07h18)

Haïti: le Premier ministre annonce avoir démissionné

juillet 14, 2018

Le Premier ministre haïtien Jack Guy Lafontant arrive à la Chambre des députés à Port-au-Prince le 14 juillet 2018 / © AFP / Pierre Michel Jean

Le Premier ministre haïtien Jack Guy Lafontant a abruptement annoncé sa démission samedi, une semaine après des violences meurtrières déclenchées par une tentative du gouvernement d’augmenter les prix des carburants.

« Avant de venir ici, j’ai remis ma démission au président de la République. (…) Le président de la République a accepté ma démission et, comme je vous dis, je suis au service de la République », a déclaré Jack Guy Lafontant, devant la Chambre des députés.

Accompagné de l’ensemble de ses ministres, le chef du gouvernement était présent à la Chambre des députés parce que les parlementaires exigeant son départ du pouvoir l’avaient convoqué.

Alors qu’encore vendredi, il signalait via le réseau Twitter son refus de démissionner, Jack Guy Lafontant a finalement annoncé son départ du pouvoir au cours de la séance, s’épargnant ainsi un vote de sanction de la part des députés.

Plusieurs centaines de manifestants ont par ailleurs défilé samedi dans les rues de la capitale Port-au-Prince pour exiger le départ du Premier ministre mais aussi du président Jovenel Moïse.

Cette démission met un terme à une semaine de tension politique et sociale, après la vague de violences qu’a connue le pays les 6, 7 et 8 juillet.

Vendredi dernier, le gouvernement avait annoncé la hausse des prix de l’essence de 38%, du gazole de 47% et du kérosène de 51%, à compter du samedi 7 juillet à minuit.

Les principales villes et routes d’Haïti ont alors été hérissées de barricades, paralysant toute activité. La violence a été la plus vive dans la capitale Port-au-Prince, proie d’incendies volontaires et de pillages durant le week-end, causant la mort d’au moins quatre personnes.

Le gouvernement est revenu sur sa décision moins de 24 heures après son annonce mais, choqués par l’absence de réponse politique aux violences, plusieurs secteurs de la société haïtienne ont, dès lundi, exigé la démission de Jack Guy Lafontant.

Médecin de profession, Jack Guy Lafontant, inconnu de la classe politique haïtienne jusqu’à sa nomination en février, est un ami de Jovenel Moïse, au pouvoir depuis le 7 février 2017.

Romandie.com avec(©AFP / 14 juillet 2018 22h20)

Haïti: le FMI suggère une suppression progressive des subventions sur les carburants

juillet 12, 2018

Washington – Le Fonds monétaire international (FMI) a suggéré jeudi que les autorités d’Haïti suppriment de manière plus progressive les subventions sur les carburants, après les violences meurtrières qui se sont déroulées le week-end dernier.

« Nous continuerons de soutenir Haïti et de coopérer étroitement avec les autorités alors qu’elles développent une stratégie de réformes révisée », a commenté Gerry Rice, porte-parole du Fond lors d’une conférence de presse.

Le programme de réformes révisé pourrait inclure « une approche bien plus progressive » pour réduire les subventions sur les carburants, a-t-il dit.

Il a rappelé que la suppression des subventions sur le carburant devait permettre au gouvernement de dégager des fonds pour financer des mesures sociales dans un pays où la majorité de la population est extrêmement pauvre.

Gerry Rice a souligné que ce programme de réformes révisé devrait comprendre « la mise en oeuvre de mesures de compensation pour protéger les personnes les plus vulnérables ».

Vendredi, les ministères haïtiens de l’Économie, des Finances, du Commerce et de l’Industrie avaient annoncé une augmentation des prix de l’essence de 38%, celui du gazole de 47% et celui du kérosène de 51%, à compter du samedi 7 juillet à minuit.

Les rues de Port-au-Prince se sont alors hérissées de barricades, paralysant l’activité dans la capitale, qui a été la proie d’incendies volontaires et de pillages durant le week-end. Les violences ont fait plusieurs morts.

Le gouvernement a finalement dû suspendre samedi sa mesure très impopulaire.

La hausse brutale des carburants résultait de la suppression des subventions aux produits pétroliers, une des clauses de l’accord signé en février par Haïti avec le FMI.

Environ 60% des Haïtiens vivent avec moins de deux dollars par jour et cette majorité pauvre de la population est très sensible à la moindre variation des prix.

Le porte-parole du FMI a souligné que lorsque l’institution de Washington avait discuté avec les autorités du programme de réformes, des mesures de compensations telles que des bons de transport, avaient déjà été évoquées.

« Je le mentionne parce que nous attendrions que de telles mesures compensatrices fassent partie (…) du programme de réformes révisé », a-t-il insisté, ajoutant que le FMI espérait que le dossier allait avancer aussi vite que possible.

Romandie.com avec(©AFP / 12 juillet 2018 17h43)