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Angola : un fantôme nommé Savimbi

février 21, 2012

Dix ans après sa mort, le 22 février 2002, le souvenir du chef  de l’Unita Jonas Savimbi, orgueilleux et brutal, hante toujours la scène  politique angolaise.

« Primeiro os Angolanos » (« Les Angolais d’abord »), scandait Jonas Savimbi à la fin de  ses grands discours. Aujourd’hui, le slogan est devenu sonnerie. À Luanda,  beaucoup de jeunes ont mis la voix du fondateur de l’Union nationale pour  l’indépendance totale de l’Angola (Unita) dans leur téléphone portable. Dix ans  après sa mort, Savimbi est tendance.

Que reste-t-il de lui ? Pas que des bons souvenirs. Savimbi était un  guerrier. Entre 1975 – année de l’indépendance – et 2002, la guerre  civile a causé la mort de près de 1 million de personnes. L’Unita est  coupable, au même titre que le parti au pouvoir, le Mouvement populaire pour la  libération de l’Angola (MPLA). Les contraintes de la guerre ? Sans doute. Mais  le chef rebelle était d’une grande brutalité, y compris avec les siens.  Plusieurs de ses compagnons ont été mis à mort pour rien. Pour de simples  soupçons.

Savimbi était d’un orgueil démesuré. Comme le rappelle son dernier biographe  portugais, Emídio Fernando, « ce n’est qu’en 1966, quand il a compris qu’il  ne serait jamais numéro un du MPLA, qu’il a créé l’Unita ». Il est vrai que  sa communauté des Ovimbundus était marginalisée par les élites métisses du MPLA.  Puis, de purge en purge, le chef a installé autour de lui un culte de la  personnalité. Façon Staline ou Mao. Entre 1964 et 1966, le jeune  Savimbi a longuement séjourné en Chine. Épisode peu connu, épisode  formateur.

Mort les armes à la main

Mais Savimbi était aussi un farouche nationaliste. Et un homme courageux : le 22 février 2002, il est mort les armes à la main. On  sait moins que c’était un bon gestionnaire. « Dans les vastes territoires  sous contrôle de l’Unita, il y avait partout écoles et dispensaires. En fait,  c’était un homme de gauche », témoigne le reporter français Yves Loiseau. « L’Angolais d’aujourd’hui se souvient de l’aversion de Jonas à l’égard des  corrompus et il fait le parallèle avec le régime actuel », affirme Paulo  Lukamba Gato, l’un des successeurs de Savimbi à la tête de l’Unita. « À  l’époque, quand il y avait une coupure d’eau ou d’électricité à Luanda, le MPLA  pouvait dire que c’était de la faute de l’Unita. Mais en 2012… »

Savimbi a-t-il été un pion des Américains qui n’a pas compris, à la fin de la  guerre froide, que ses mentors avaient plus besoin du pétrole du MPLA que de ses  diamants ? Pas si simple. « Dès les premiers mois de 1992, Savimbi a senti  que le président Bush le lâchait et m’a demandé de le mettre en contact avec  Mitterrand, ce que j’ai fait », confie Paulo Lukamba Gato. Le chef rebelle  a cru qu’il pourrait tenir malgré les sanctions de l’ONU et la chute de Mobutu,  son voisin congolais et allié… Il s’est trompé. Sans doute encore cet orgueil  démesuré.

« C’est le de Gaulle africain »

Que reste-t-il ? Un tribun d’exception, qui s’exprimait dans toutes les  langues de son pays. Un homme de grande culture qui, les derniers jours de sa  vie, citait Churchill ou Mao. À la fois un Africain enraciné dans sa terre et  une figure avant l’heure des « élites mondialisées » – il parlait  l’anglais et le français couramment. « C’est le de Gaulle africain », disait un chef des services secrets français, Alexandre de Marenches. Surtout,  il reste un parti, qui a survécu à son créateur. Avec 16 sièges sur 220 à  l’Assemblée, il représente la deuxième force politique du pays. « Aujourd’hui, dans l’opposition, l’Unita est la seule alternative au  MPLA », remarque Paulo Lukamba Gato. On en saura plus aux législatives de  septembre prochain. Depuis dix ans, la famille du défunt réclame le transfert de  son corps dans son village natal de la province du Bié. Le pouvoir refuse, de  peur que le site devienne un lieu de pèlerinage. Le fantôme de Savimbi est  toujours là.

Jeuneafrique.com par Christophe Boisbouvier