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Au PS, la guerre feutrée entre Cambadélis et Désir

décembre 21, 2012

Candidat malheureux à la direction du parti, le député de Paris multiplie les critiques en creux contre le patron du PS.

Il y a certains combats, même feutrés, qui n’en finissent pas. Des plaies qui ne se referment jamais. Derrière la guerre des chefs à droite, une autre bataille, plus discrète, se mène au parti socialiste, loin des caméras: celle qui oppose les deux ex-prétendants à la direction du PS, le député de Paris Jean-Christophe Cambadélis et le patron du parti, Harlem Désir. Depuis que le premier – qui rêvait de diriger le PS – s’est vu doubler par le second, il multiplie les critiques contre les choix tactiques du premier secrétaire.

Dernière offensive: prendre le contre-pied de la direction du parti en demandant au groupe PS de renoncer à un amendement sur la procréation médicalement assistée lors du débat sur le mariage pour tous. Une offensive très mal perçue rue de Solférino: «C’était contraire au positionnement du PS, note le sénateur Luc Carvounas. «Camba» se singularise trop souvent contre la ligne. La coupe va être pleine!»

«Harlem et moi sommes complémentaires»

En creux, le député de Paris se montre sévère avec le premier secrétaire. Interrogé lundi sur la lettre des douze députés PS enjoignant à François Hollande de remettre les couches populaires au cœur de son action, Jean-Christophe Cambadélis a regretté qu’il n’y ait «pas de voix (…) pour défendre» le président. Dans son viseur: le patron du PS qui n’imprimerait pas dans l’opinion. Le 11 décembre, dans Le Figaro, il s’était montré plus critique encore, appelant le parti à se reprendre en main et à «marcher sur ses deux pieds» (sociétal et social), alors que Désir venait de lancer une pétition pour le mariage pour tous. Ce qui a obligé le premier secrétaire, furieux, à faire une mise au point au bureau national, le soir même. Sous les yeux goguenards de l’ex strauss-kahnien, affublé à «Solfé» d’un nouveau sobriquet: le «sage réactif». L’intéressé se défend (mollement): «Harlem et moi sommes complémentaires. Lui est dans les figures imposées, moi dans les figures libres. Nous nous parlons et essayons d’avancer en même temps.»

À la tête du parti, les critiques de «Camba» exaspèrent. «Il y a déjà assez à faire pour critiquer la droite! Chez Camba, il y a une part d »amertume», note le député Carlos Da Silva. «C’est un mauvais perdant qui est très seul derrière son blog», tranche un proche de Désir. Le député de Paris balaye ces arguments «faciles»: «Ça ne répond pas aux problèmes de fond que je pose!» De son côté, Harlem Désir fait le dos rond. «Harlem sait que Jean-Christophe n’a pas digéré sa défaite et qu’il distille la méfiance. Ça l’agace mais il n’en fait pas un fromage», note un dirigeant du parti. «Ils se répartissent les rôles, relativise le député Christophe Borgel. Ils jouent sur deux tonalités. C’est la deuxième fois que je vois Jean-Christophe ne pas atteindre son objectif. En 1997, il boycottait les réunions. Là, il n’est pas dans cet état d’esprit.»

Reste que Cambadélis dit parfois tout haut ce que beaucoup, dans la majorité, pensent tout bas. «Il met le feu mais il a l’habileté d’avoir raison» souligne un ministre. Certains jugent que le PS se fourvoie en insistant sur les sujets sociétaux, plutôt qu’économiques. D’autres, au gouvernement, trouvent le parti trop discret. «On voulait qu’aucune tête ne dépasse, c’est réussi!» note une source gouvernementale. Les partisans du premier secrétaire relativisent: «Harlem n’est à la tête du PS que depuis deux mois, patience. Le PS va se mettre en ordre de marche!»

Le Figaro.fr par Solenn de Royer