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Côte d’Ivoire : au PDCI, Henri Konan Bédié face à la grogne de jeunes militants

mai 23, 2022

Alors que l’ancien parti unique est toujours dirigé par l’ancien président de 88 ans, certains représentants de la jeune génération s’inquiètent publiquement de sa capacité à remporter les prochaines échéances électorales.

L’ancien président Henri Konan Bédié, 86 ans, célèbre sa candidature pour le parti d’opposition PDCI-RDA à l’élection présidentielle, le 12 septembre 2020 à Yamoussoukro. Former president Henri Konan Bedie, 86, attends a party rally to celebrate his presidential candidacy for the opposition PDCI-RDA party and as a show of strength ahead of next months presidential election, in Yamoussoukro, Ivory Coast Saturday, Sept. 12, 2020. Bedie, who led the country from 1993-1999, and Pascal Affi N’Guessan of the Ivorian Popular Front party, are the two opposition leaders who pose the strongest threat to incumbent President Alassane Ouattara. © Diomande Ble Blonde/AP/SIPA

« Est-ce que les militants ne servent qu’à payer des cotisations et à organiser les réunions ? Est-ce que la jeunesse sert seulement à soulever des bâches et des chaises lors des meetings ou à être instrumentalisée dans d’absurdes guerres internes ? » Des jeunes militants du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) se posent des questions et, cette fois, ils le font haut et fort.

Ces derniers temps, sur les réseaux sociaux ou dans la presse ivoirienne, ils multiplient les prises de position, regrettant de ne pas être écoutés ou reçus par les instances dirigeantes du parti d’opposition, dirigé par l’ancien président Henri Konan Bédié, malgré leurs sollicitations. « Ce n’est pas facile de se faire entendre dans un parti comme le PDCI », résume Franck Medard Kouassi, secrétaire général du mouvement “Marée verte” qui revendique entre 4 000 et 5 000 adhérents et dont l’objectif depuis son lancement en 2020 est de faire vivre le plus vieux parti ivoirien sur les réseaux sociaux afin d’en « rafraîchir l’image avec une communication plus moderne ».

« Parti réfractaire au débat et à la contradiction », « folklore du culte de la personnalité », « pas de vision », délégations « en hibernation », absence de mobilisation de terrain, lutte interne des cadres du parti, les griefs sont nombreux à en croire tous ceux, membres de “Marée verte” ou non, qui osent s’exprimer publiquement.

Ambition

« Nous sommes inquiets pour l’avenir de notre parti qui, je le rappelle, est dans l’opposition depuis 23 ans. Comment remporter les élections locales de 2023 et surtout la présidentielle de 2025 sans stratégie et sans impliquer les jeunes ? Nous demandons qu’un bilan soit tiré pour identifier ce qui ne marche pas et avancer. Notre ambition est de gouverner, le président Bédié doit se saisir du problème », poursuit Franck Medard Kouassi. Ce dernier espère que le congrès du parti, repoussé à de multiples reprises, se tiendra cette année et qu’au bout un candidat consensuel sera désigné. Et si ce doit être l’ancien président de 88 ans, comme en 2020, les jeunes suivront, assure Franck Medard Kouassi.

Cette demande d’un examen de conscience n’est pas nouvelle. Depuis l’échec de la stratégie du parti lors de l’élection présidentielle d’octobre 2020 et malgré des ajustements dans l’organisation de la formation politique, les récriminations, à bas bruit, sont constantes.

Manipulation

« Ces reproches sont le fait d’une poignée de jeunes manipulés. Sinon, pourquoi cette action coordonnée sur les réseaux sociaux, du jour au lendemain ?» s’interroge un haut cadre du parti. Une manipulation qui serait d’après lui orchestré par des mécontents des changements intervenus à la tête du PDCI l’année dernière. « Il n’y a pas péril en la demeure, nous sommes zen », assure-t-il.

Il rappelle les propos de Valentin Kouassi, le président de la jeunesse du PDCI (JPDCI Urbaine), un des organes officiels des jeunes du parti, qui dans une interview récente à Ivoir’hebdo refusait lui aussi de parler « de colère et encore moins de grogne », même s’il évoquait quelques jours plus tôt « des discordes » .

En réponse, Franck Medard Kouassi réfute toute forme de manipulation, malgré des rumeurs de proximité avec Jean-Louis Billon qui avait, un temps, fait part de son souhait d’être candidat à la présidentielle au nom du PDCI. « J’ai lu ça mais c’est complétement faux. Nous travaillons sur fonds propres, nous ne sommes affiliés à personne ».

Le PDCI dit attendre la fin des obsèques du frère aîné du président, décédé en août dernier, qui se dérouleront à Daoukro du 28 mai au 5 juin, pour convoquer un bureau politique afin de fixer la date du congrès et mettre les choses à plat. Après avoir passé trois mois dans sa région natale, Henri Konan Bédié a retrouvé sa résidence d’Abidjan le 17 juin, accueilli notamment par son directeur de cabinet, Bernard Ehouman et le secrétaire exécutif adjoint du parti, Georges Philippe Ezaley. Et si certains y ont vu un retour précipité en raison de la grogne, son entourage assure qu’au contraire, il était tout à fait prévu.

Avec Jeune Afrique par Florence Richard – à Abidjan

Côte d’Ivoire : deux réunions le même jour et des tensions au parti de Bédié

avril 2, 2022
Henri Konan Bédié lors d’un meeting du PDCI, pendant la campagne présidentielle, le 21 septembre 2020, à Yamoussoukro. © Diomande Ble Blonde/AP/SIPA

Le 31 mars, deux réunions du PDCI, convoquées par deux cadres du parti, ont eu lieu presque simultanément dans un contexte de rivalités internes exacerbées par les réformes lancées par Henri Konan Bédié.

Ce jeudi 31 mars, c’est en fanfare que les participants à la rencontre convoquée par Georges Philippe Ezaley sont accueillis au siège du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), à Cocody. Mais qu’y a-t-il à célébrer ? Les cadres sont surtout venus écouter le secrétaire exécutif en chef adjoint, chargé des délégations et des sections, ainsi que des relations avec les partis politiques nationaux.

Pour lui, c’est un grand jour : pendant presque un mois, il a coordonné l’envoi de missions à travers le pays. Celles-ci ont rendu visite à 351 des 357 délégations que compte le parti. Cette tournée, c’est l’une de ses premières missions d’envergure depuis que le président du parti, Henri Konan Bédié, l’a nommé à son poste en novembre dernier. « Le bilan est satisfaisant, affirme l’un des chefs de mission. C’était l’occasion de prendre le pouls du personnel politique avant le congrès du parti », qui devrait se tenir en octobre.

Près de 196 personnalités issues de toutes les instances ont été mobilisées pour l’opération. « Cela doit nous aider à mettre de l’ordre dans nos bases. Continuez de faire ce bon travail », a lancé Ezaley.

Petit psychodrame

La veille, il avait rencontré Henri Konan Bédié dans son fief de Daoukro pour lui faire son compte-rendu d’étape. À quelques mois du prochain bureau politique du PDCI et du congrès, le parti se met en ordre de bataille.

Le problème, c’est que l’unité n’est que de façade et que ce même jeudi 31 mars, un petit psychodrame s’est joué : une heure seulement après que la réunion d’Ezaley s’est ouverte, Maurice Kakou Guikahué a initié de son côté une réunion extraordinaire du secrétariat exécutif.

Officiellement, le but était de préparer le 76e anniversaire du parti, le 9 avril prochain. Au sortir de la rencontre, le porte-parole du PDCI, Soumaïla Kouassi Bredoumy, a précisé que décision avait été prise de profiter de l’occasion pour rendre hommage à l’ancien Premier ministre Charles Konan Banny et à Marcelin Bédié, le frère de l’ex-président – deux personnalités décédées en 2021.

Critiqué ces derniers mois pour s’être opposé à la nomination d’un adjoint et accusé d’avoir semé le doute sur les prérogatives de chacun, Maurice Kakou Guikahué a-t-il cherché à voler la vedette à Georges Philippe Ezaley ?

Devant son auditoire, ce dernier a tenté de sauver les apparences et de dissiper les malentendus face aux interrogations des militants et de la presse. Sa réunion, a-t-il insisté, était inscrite à l’agenda depuis longtemps et avait été approuvée par Henri Konan Bédié.

Dans un contexte de tensions, cette réunion organisée par Guikahué agace dans l’entourage de son adjoint. D’autant plus qu’officiellement, le secrétariat exécutif était en vacances jusqu’au 4 avril.

Affaibli depuis la vague de nominations effectuées par Bédié, laquelle a permis de répartir entre plusieurs personnes les prérogatives qui étaient jusque-là les siennes, Guikahué tente de garder la main.

En avril 2021, Bédié avait annoncé sa volonté de moderniser le parti, de renforcer la démocratie interne, de faire une place aux jeunes et de capitaliser sur les ressources internes. Si les réformes ne visaient pas – officiellement – des individus, comme on l’assure dans l’entourage du président, elle a de fait contribué à réduire l’influence du secrétaire exécutif en chef et exacerbé les tensions.

« Les deux peuvent ne pas s’entendre, mais on n’a pas besoin de s’aimer pour travailler ensemble, regrette un participant à la rencontre. Cette attitude est préjudiciable au parti. Quel est l’objet visé par ceux qui étalent leur déchirement sur la place publique par Nouveau Réveil interposé ? »

Avec Jeune Afrique par Aïssatou Diallo

Côte d’Ivoire : le PDCI d’Henri Konan Bédié renvoie la responsabilité des violences de 2020 au camp Ouattara

décembre 30, 2021
Henri Konan Bédié lors d’un meeting du PDCI pendant la campagne présidentielle, le 12 septembre 2020, à Yamoussoukro. © Diomande Ble Blonde/AP/SIPA

Directement mis en cause par le rapport d’enquête sur les violences post-électorales de 2020, Henri Konan Bédié réplique, via son parti, en accusant le camp présidentiel d’être à l’origine des troubles.

C’était la réaction politique la plus attendue du moment. Deux jours après la publication du rapport de l’unité spéciale chargée d’enquêter sur les violences commises pendant la présidentielle de 2020, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) dirigé par Henri Konan Bédié (HKB), est sorti de son silence, ce mercredi 29 décembre.

Appel à la désobéissance civile

L’ancien président du pays figure tout en haut de la liste des acteurs politiques de l’opposition désignés par les enquêteurs comme étant à l’origine de la planification et du financement des violences ayant coûté la vie à 85 personnes et fait de plus de 500 blessés, selon les chiffres officiels. L’unité spéciale estime en effet que l’appel au boycott et à la désobéissance civile lancé avant le scrutin par le Sphinx de Daoukro pour s’opposer à un troisième mandat d’Alassane Ouattara a été « l’un des déclencheurs » de ces troubles.

« On est en droit d’affirmer sans ambages que le troisième mandat [du président Alassane Ouattara] et ses « supporters » sont les auteurs directs et indirects de la désobéissance civile, des exactions et violences qui ont suivi en octobre 2020 », répond ce mercredi 29 décembre le PDCI. Son ancien vice-président, aujourd’hui secrétaire exécutif chargé des sections, Georges Ezaley, son secrétaire exécutif, Maurice Kacou Guikahué, et l’ancien directeur de cabinet d’HKB, Narcisse N’Dri, récemment nommé vice-président du parti, figurent également parmi les mis en cause. Les deux derniers ont déjà passé plusieurs mois en prison. Ils ont été interpellés après l’annonce par l’opposition de la mise en place d’un Conseil national de transition (CNT), au lendemain des résultats de l’élection.

Pas de rupture du dialogue politique

Si le climat se tend entre le régime en place et le PDCI, pas question pour ce dernier d’aggraver la situation. Le parti d’Henri Konan Bédié ne prévoit pas à ce stade d’abandonner le dialogue politique qui doit reprendre début janvier après plusieurs faux-départs.

Le PDCI-RDA « prend à témoin la communauté nationale et la communauté internationale sur sa disposition à aller à la table du dialogue véritable qui est susceptible d’effacer tous les germes de conflits [qui] installent la Côte d’Ivoire dans la peur quotidienne de lendemains violents et fratricides », lit-on dans le communiqué publié par le parti. « L’accalmie que connaît actuellement notre pays est le résultat de l’engagement du président du PDCI-RDA », affirme le document, qui rappelle qu’HBK avait « accepté » de rencontrer le président Ouattara le 11 novembre 2020.

Ce dialogue politique se poursuivra ainsi, « sans crainte ni peur de quelque procédure judiciaire que ce soit », assure la formation d’opposition. Richard Adou, le procureur près du tribunal de Grande instance d’Abidjan, a pourtant assuré que l’ancien président n’était, dans ce cas précis, nullement protégé par la loi de 2005 relative au statut des anciens présidents et qu’il pourrait être poursuivi.

« L’article 54 de cette loi dit bien que toutes les infractions commises par ces personnalités en période électorale échappent à la procédure spéciale », a-t-il souligné. Cette disposition « ne peut s’entendre que dans le cas où une élection régulière, conforme aux termes de la Constitution ivoirienne a pu se tenir », lui rétorque aujourd’hui le PDCI-RDA.

Avec Jeune Afrique par Florence Richard

Côte d’Ivoire : mais où était passée Djenebou Zongo, la proche collaboratrice de Bédié ?

décembre 29, 2021
Djenebou Zongo, ancienne conseillère en communication de Henri Konan Bédié © PDCI RDA

Portée disparue depuis la présidentielle d’octobre 2020, l’ex-patronne de la communication du PDCI vient de réapparaître. Elle est nommée à l’inspection du parti.

Mais où était-elle donc bien passée ? Ils sont nombreux à se poser la question, ce 9 décembre, en apercevant Djenebou Zongo arpenter la Maison du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), le siège de la formation d’Henri Konan Bédié (HKB) à Abidjan. Nommée à l’inspection du parti – un organe dirigé par Niamien N’Goran, censé encadrer ses activités -, l’ancienne conseillère en communication de l’ex-président ivoirien fait son grand retour. Si sa présence est ce jour-là remarquée, c’est que Djenebou Zongo avait littéralement disparu depuis les tensions qui ont suivi l’élection présidentielle du 31 octobre 2020.

Retour un an en arrière. Nous sommes le 3 novembre 2020. Alassane Ouattara vient d’être déclaré vainqueur d’un scrutin boycotté par la grande majorité de l’opposition. Refusant de reconnaitre cette victoire, les rivaux du président annoncent lors d’une conférence de presse à la résidence d’HKB la création d’un Conseil national de transition (CNT). Le chef de l’État réagit immédiatement. Le quartier de Cocody-Ambassades est bouclé par plusieurs cargos de CRS et du Groupement mobile d’intervention (GMI). L’air est saturé de gaz lacrymogène. Après plusieurs heures d’attente, les forces de l’ordre lancent l’assaut. Une dizaine de personnes présentes au domicile de Bédié sont arrêtées, comme Maurice Kacou Guikahué et Narcisse N’dri. Djenebou Zongo, elle, se volatilise.

ELLE ÉTAIT DE TOUS LES VOYAGES DE BÉDIÉ ET FILTRAIT SES RENDEZ-VOUS – CERTAINS L’ACCUSAIENT MÊME DE LES MONNAYER

Figure incontournable

Son absence est très remarquée : cela fait près de quinze ans que cette femme est une une figure incontournable. Ancienne compagne de Kouadio Konan Bertin (KKB), le ministre de la Réconciliation, avec lequel elle a eu un fils et dont elle fut la chargée de communication, elle était l’une des plus proches collaboratrices de Bédié. Travaillant à ses côtés depuis 2007, elle le connaissait par cœur. Elle était de tous ses voyages à l’étranger, de toutes les rencontres politiques, filtrait ses rendez-vous – certains l’accusaient même de les monnayer.

Au temps de l’alliance avec Alassane Ouattara, rompue par le PDCI en août 2018, elle entretenait d’excellentes relations avec la présidence et bénéficiait de ses largesses. Selon certains sources, elle émargeait auprès de plusieurs institutions de la République et voyait ses frais médicaux régulièrement payés par le pouvoir.

Exfiltrée dans le coffre d’une voiture

Rapidement après sa disparition, des premières informations avaient fait état de sa brève interpellation. Mais selon nos sources, Djenebou Zongo a en réalité été exfiltrée sur instruction de Bédié, cachée dans le coffre de la voiture de Gaston Ouassénan Koné. Général à la retraite respecté par ADO et la hiérarchie militaire, ce dernier était l’un des seuls à pouvoir braver les barrages policiers sans risque d’être fouillé. « Ouassénan l’hébergeait depuis un moment. Il l’avait déjà prise sous son aile », précise un cadre du PDCI.

Choquée et craignant d’être arrêtée, Djenebou Zongo vit ensuite pendant plusieurs mois à Abidjan, dans un lieu tenu secret appartenant à l’ancien député de Katiola. Elle change également de numéro de téléphone, utilise seulement la messagerie sécurisée Signal. Par la suite, elle se rendra à deux reprises en France, en mai et en décembre 2021.

DJENEBOU ÉTAIT LE FUSIBLE IDÉAL. ELLE S’ÉTAIT FAIT BEAUCOUP D’ENNEMIS EN INTERNE, QUI JALOUSAIENT SA RELATION AVEC BÉDIÉ

Chasse aux sorcières

Entre-temps, le PDCI est traversé par une véritable chasse aux sorcières. Après la débâcle électorale, tout le monde est soupçonné de trahison. Accusée d’avoir divulgué des informations à certaines personnalités proches du pouvoir, Djenebou Zongo en fait les frais. « Djenebou était le fusible idéal. Elle s’était fait beaucoup d’ennemis en interne, qui jalousaient sa relation avec Bédié. Le Vieux lui confiait tout. N’importe quel document du parti passait par elle, raconte un proche de l’ancien président. Elle a aussi fait des missions secrètes et délicates. Elle était notamment chargée de garder le contact avec d’anciennes figures du parti qui avaient rejoint le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, au pouvoir), comme Jeannot Ahoussou-Kouadio, le président du Sénat. »

L’intéressée n’a pas répondu aux sollicitations de Jeune Afrique. « Djenebou n’a plus eu de relation avec le pouvoir depuis la rupture entre ADO et Bédié. Toutes ces accusations sont fausses. Bédié ne l’a pas lâchée. Il a simplement voulu la protéger. Sa récente nomination en est la preuve », assure l’un de ses proches.à

Avec Jeune Afrique par Vincent Duhem

Côte d’Ivoire : les raisons du report du dialogue politique

décembre 22, 2021
Patrick Achi, en août 2021, à Paris © ERIC PIERMONT/AFP

La première séance de travail entre les différents acteurs du dialogue politique ivoirien devait avoir lieu ce mardi. Elle a finalement été reportée au 27 décembre. Un délai supplémentaire a été accordé aux partis politiques afin qu’ils déposent leurs propositions de thèmes à débattre.

Faux départ pour le dialogue politique ivoirien. Prévu ce mardi 21 décembre, la première séance de travail entre les représentants des partis politiques ivoiriens est reportée au lundi 27 décembre. La raison ? Certains n’ont toujours pas transmis au gouvernement leurs propositions de thèmes à débattre, alors que la date butoir avait initialement été fixée au vendredi 17 décembre.

« Cette étape étant un préalable au démarrage des travaux en comité restreint, un cadre de discussion approfondie, les structures concernées sont invitées à mettre tout en œuvre en vue de respecter ce délai », a indiqué le ministre de l’Intérieur, Vagondo Diomandé, dans un courrier transmis aux partis.

Rencontre entre Gbagbo et HKB

Vagondo Diomandé a été désigné par le Premier ministre Patrick Achi pour représenter le gouvernement lors de cette cinquième phase du dialogue politique incluant également des organisations de la société civile. Au cours d’une cérémonie à la primature en début de semaine dernière, ce dernier s’était réjoui d’une « nouvelle étape » dans ce processus de dialogue « ouvert, transparent et inclusif » plusieurs fois interrompu ou boycotté par le passé, auquel tous les partis d’opposition ont répondu présents.

Des représentants du PPA-CI de Laurent Gbagbo et du PDCI d’Henri Konan Bédié seront autour de la table. Les deux anciens chefs de l’État se sont par ailleurs entretenus ce lundi soir à Abidjan, au domicile d’HKB. Les deux alliés ont-ils parlé de l’organisation de ce dialogue politique qui doit notamment permettre de préparer les élections locales prévues en 2023 ? Officiellement, non. Il s’agissait simplement « d’une visite fraternelle » pour se souhaiter de bonnes fêtes.

Avec Jeune Afrique Florence Richard – à Abidjan

Côte d’Ivoire : Patrick Achi relance le dialogue politique

novembre 9, 2021
Patrick Achi à Abidjan, le 5 novembre 2021 © ISSOUF SANOGO/AFP

Alors que Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié marquent leur rapprochement, le Premier ministre ivoirien a annoncé face à la presse, ce lundi 8 novembre, la reprise des négociations entre les différents acteurs politiques.

Le 8 novembre, le technocrate Patrick Achi a remis les habits du politique. Pour la première fois depuis sa nomination à la tête du gouvernement, en mars dernier, il s’est soumis à l’exercice de la conférence de presse pour présenter la vision du gouvernement et la feuille de route des prochains mois. Lancé par le président Alassane Ouattara et mis en œuvre par Amadou Gon Coulibaly et Hamed Bakayoko, les défunts Premiers ministres, le dialogue politique a connu des fortunes diverses. Parfois contesté par l’opposition, voire boycotté, il visait à instaurer un climat plus serein, notamment dans la perspective de l’élection d’octobre 2020. Une « trêve » consistant en une suspension des mots d’ordre d’appels à la grève, des sit-ins et autres modes de protestation avait été finalement actée. Selon nos informations, Patrick Achi cherche à la prolonger.

Gbagbo et Bédié représentés

La relance du processus de dialogue doit se faire avec les représentants des principaux partis d’opposition, mais en l’absence de leur leader. Ni Henri Konan Bédié du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), ni Laurent Gbagbo pour le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), ne seront autour de la table des négociations. Ce seront leurs collaborateurs qui seront appelés à les représenter.

Le retour de ce dernier, le 17 juin dernier, après dix années de démêlés judiciaires à la Cour pénale internationale, a changé la donne politique. Si Laurent Gbagbo soigne ses relations avec Alassane Ouattara, qu’il a rencontré en juillet, il s’est surtout affiché auprès d’Henri Konan Bédié ces derniers temps. Les deux opposants disent envisager une alliance forte contre le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), au pouvoir, en vue de la prochaine présidentielle, en 2025.

Avec Jeune Afrique par Baudelaire Mieu – à Abidjan

Côte d’Ivoire : Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo de nouveau réunis

octobre 6, 2021
Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo le 6 octobre 2021 © Aissatou Diallo

Pour la deuxième fois depuis le retour de l’ancien président socialiste, en juin, les deux hommes se sont entretenus ce mercredi à Abidjan, marquant encore leur rapprochement.

« Le président Bédié est en deuil. Nous sommes venus le saluer et lui présenter nos condoléances », a simplement déclaré Laurent Gbagbo au sortir d’un échange d’une demi-heure avec Henri Konan Bédié, à Abidjan. Le patron du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) a récemment subi la disparition de plusieurs membres de son entourage, dont celle de son frère aîné, Marcelin Koffi Bédié, le 27 septembre, et celle de l’ancien Premier ministre Charles Konan Banny, mort des suites du Covid-19 à Paris le 10 septembre, et dont la dépouille a été rapatriée dans la capitale économique le 23 septembre.

« Rencontre fraternelle »

Alors que beaucoup cherchent les marques d’une éventuelle alliance entre les deux hommes, chacune de leur rencontre est scrutée. Mais Laurent Gbagbo a qualifié cette visite à la résidence de Bédié de « non-politique ». « C’est une rencontre fraternelle », a-t-il insisté. Leurs épouses, Henriette Bédié et Nady Bamba, étaient aussi présentes et ont eu un échange en tête-à-tête avant de les rejoindre.

Henri Konan Bédié était notamment entouré de poids lourds du PDCI, dont le secrétaire exécutif du parti, Maurice Kakou Guikahué, et le coordonnateur général du comité politique, Allah Kouadio Rémi. Laurent Gbagbo, quant à lui, a fait le déplacement avec plusieurs fidèles dont Assoa Adou, l’ancien secrétaire général de son parti.

Depuis son retour d’exil le 17 juin, c’est la deuxième fois que l’ancien prisonnier de la Cour pénale internationale rend visite à Henri Konan Bédié. Le 10 juillet dernier, il avait été chaleureusement accueilli à Daoukro, fief du Sphinx, en signe d’un rapprochement entre les deux anciens ennemis.

Futur parti

Quelques jours plus tard, le 27 juillet, il avait été invité par Alassane Ouattara à la présidence. Les deux hommes, qui ne s’étaient pas revus depuis le 25 novembre 2010, à l’occasion d’un débat télévisé avant le second tour de la présidentielle, avaient parlé de réconciliation nationale et évoqué une éventuelle rencontre à trois, avec Bédié.

Rentré d’un voyage privé en Europe le 30 septembre, Laurent Gbagbo s’attèle aux derniers préparatifs du congrès constitutif de son futur parti, qui se tiendra les 16 et 17 octobre à l’hôtel Ivoire. Selon nos informations, plusieurs VIP et responsables politiques y prendront part. Mais aucun des deux présidents n’a dit si Henri Konan Bédié y sera convié.

Avec Jeune Afrique par Aïssatou Diallo

Côte d’Ivoire : Laurent Gbagbo rend visite à Henri Konan Bédié

juillet 11, 2021
Laurent Gbagbo rend visite, samedi 10 juillet 2021, à son ancien rival Henri Konan Bédié.

L’ex-président Laurent Gbagbo, de retour en Côte d’Ivoire depuis la mi-juin, a été chaleureusement accueilli samedi à Daoukro par son ancien rival et prédécesseur, Henri Konan Bédié.

Devant plusieurs centaines de militants et cadres de leur parti, les deux anciens chefs d’État se sont donné une franche accolade avant de faire quelques dizaines de mètres main dans la main, saluant la foule, et de s’asseoir côte à côte pour assister à plusieurs spectacles et discours.

Laurent Gbagbo a ensuite pris la parole, dans un discours d’une trentaine de minutes où il a épinglé le président ivoirien Alassane Ouattara, réélu en 2020 pour un troisième mandat au cours d’une présidentielle boycottée par l’opposition, qui jugeait ce nouveau mandat inconstitutionnel.

« Assumons de faire de la politique ! »

« On peut décider que nous n’avons aucune Constitution et vivre comme ça. Mais si nous avons une Constitution, il faut se battre pour être du côté de la Constitution. Respectez les textes ! » a-t-il lancé. « Est-ce que Laurent Gbagbo peut rencontrer Henri Konan Bédié sans que ça soit de la politique ? Assumons de faire de la politique ! », a également déclaré Laurent Gbagbo à la tribune, sous des applaudissements nourris.

Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié ont longtemps été des rivaux politiques : au moment de l’élection présidentielle de 2010, Henri Konan Bédié avait apporté son soutien à Alassane Ouattara. Laurent Gbagbo avait ensuite été poursuivi par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité au cours des violences post-électorales de 2010-2011. « Il était le véritable donneur d’ordres, à ce titre il devra rendre des comptes », avait alors déclaré Henri Konan Bédié dans un entretien avec Jeune Afrique.

Alliance et réconciliation

Mais depuis, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) d’Henri Konan Bédié est devenu la principale formation d’opposition en 2018. Ce dernier avait rendu visite à Laurent Gbagbo fin juillet 2019 à Bruxelles, où il résidait en liberté conditionnelle en attendant la confirmation de son acquittement devant la CPI. Désormais libre, Laurent Gbagbo est rentré en Côte d’Ivoire le 17 juin dernier et c’est la première fois qu’il rencontre Henri Konan Bédié depuis son retour. « Une marque de réconciliation », a-t-il affirmé.

« Bédié-Gbagbo, unis pour une opposition plus forte » : dix ans plus tard, le mot d’ordre est donc à l’union, à l’image des nombreux t-shirts, pagnes et banderoles des militants présents à Daoukro. Et la perspective d’une alliance entre le PDCI et le Front Populaire Ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo n’est pas à exclure en vue des prochains scrutins nationaux. Ces deux partis s’étaient déjà associés dans de nombreuses circonscriptions aux législatives de mars dernier.

« On ne peut pas l’exclure. C’est une alliance pour le bien de la Côte d’Ivoire, pas contre quelqu’un », assure Antoni Garou, le député-maire pro-Gbagbo d’Ouragahio, qui englobe la circonscription du village de naissance de Laurent Gbagbo, Mama. « Tous les Ivoiriens doivent se parler », a-t-il encore dit, espérant que le président Ouattara recevrait prochainement Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié.

Par Jeune Afrique avec AFP

Côte d’Ivoire : sous les braises, la paix

juillet 4, 2021
Laurent Gbagbo, le 20 juin, à la Cathédrale Saint Paul d’Abidjan.

Le 17 juin, l’ex-président Gbagbo, acquitté par la justice internationale, est rentré dans son pays. L’événement, aussi historique soit-il, ne suffira pas à permettre la réconciliation nationale tant attendue. Les adversaires d’hier doivent faire leur aggiornamento.

En matière de trajectoires politiques nationales, le pire n’est jamais sûr et le meilleur rarement garanti. Ce n’est que bien après les événements – même censément historiques comme le retour d’un ex-président acquitté par la justice internationale – que l’on constate, avec le recul, si telle ou telle période remarquable fut un véritable point d’inflexion…

Enivrée ou traumatisée par le retour au pays natal du « Christ de Mama », la Côte d’Ivoire de 2021 inaugurera-t-elle « l’Éburnie d’après » ? Après le péché originel d’un balayeur balayé. Après le retour chaotique à l’autostrade démocratique. Après les 3 000 morts d’une crise post-électorale mal digérée. Après le jugement maladroit d’un clan et le bilan tronqué des responsabilités d’un autre. Après l’élection légale d’un président à un troisième mandat qui nie la légitimité de l’arithmétique. Après le sable imbibé d’hémoglobine de Grand-Bassam. Après la mise sur la touche de fils spirituels – Guillaume Soro et Blé Goudé. Après les décès surinterprétés de deux Premiers ministres en moins de neuf mois. Après le coronavirus…

Parler moins, écouter davantage

Vœu pieux ou condition sine qua non ? Comme de bien entendu, les adversaires d’hier appellent aujourd’hui à la « réconciliation nationale ». Si d’anciennes victimes des deux camps déclarent souffrir d’un manque de cette vérité que l’on dit indispensable au pardon – vérité notamment sur les commanditaires des violences –, les cravatés psalmodient leur absence de ressentiment et appellent de leurs vœux des amnisties pourtant peu originales.

La réconciliation n’est pas qu’une incantation et ne concerne pas que le tragique dérapage du fractionnement géographique des années 2000. C’est à tous les niveaux que les gestionnaires passagers de pouvoir doivent faire leur aggiornamento. Pas seulement les trois monopolisateurs de la politique qui sont tous âgés de plus de 75 ans. Pas seulement un bloc « pro-Ouattara » et un bloc « pro-Gbagbo ». Au fil du temps, l’opportunisme politicien ivoirien a tissé toutes les combinaisons possibles – RDR-FPI, FPI-PDCI/RDA ou RHDP – et rares sont les formations politiques qui ont échappé totalement à l’attraction militariste ou aux dissensions internes.

Les politiques devront moins parler et davantage écouter ce qu’il reste de plaies mal cicatrisées et de rancœurs citoyennes parfois compréhensibles. Et ceci en s’appuyant sur les relais sociaux traditionnels que ne peuvent impressionner le trompe-l’œil inabouti d’une trop ambitieuse Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR) d’un Charles Konan Banny.

Que la richesse culturelle bigarrée des régions ivoiriennes, le talent satirique consensuel d’un Gbich !, « l’ambiance facile » conscientisée d’un Magic System ou le ressort économique manifeste du poumon économique d’Afrique de l’Ouest francophone président à l’esprit nouveau tant attendu. D’où il est, le « canonisé » Félix Houphouët-Boigny saura reconnaître les siens.

Avec Jeune Afrique par  Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Côte d’Ivoire : Henri Konan Bédié souhaite un retour « dans les meilleurs délais » de Laurent Gbagbo

avril 10, 2021
Henri Konan Bédié, lors du meeting du PDCI à Yamoussoukro, le 12 septembre 2020.

L’ex-chef de l’État ivoirien Henri Konan Bédié a souhaité samedi un retour « dans les meilleurs délais » de l’ancien président Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, après leur acquitement de crimes contre l’humanité par la justice internationale.

« Je me réjouis (…) de l’acquittement définitif du président Laurent Gbagbo et du ministre Charles Blé Goudé », a déclaré Henri Konan Bédié dans un discours à Abidjan, à l’occasion du 75e anniversaire du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) qu’il préside. « Je souhaite que le gouvernement prenne toutes les dispositions nécessaires pour favoriser leur retour en Côte d’Ivoire dans les meilleurs délais et dans des conditions sécurisées », a-t-il ajouté.PUBLICITÉ

« Libres de rentrer quand ils le souhaitent »

Il a affirmé que son parti continuerait « sans relâche toutes les actions avec l’ensemble de l’opposition en vue de créer les conditions d’un climat politique apaisé, propice à la réconciliation et à la reconstruction d’un État de droit ». Le PDCI a « construit » la Côte d’Ivoire « sur des bases solides qui ont permis et permettent encore aujourd’hui à notre pays, de plier sans fléchir sous les crises politiques, les crises économiques et sociales depuis trois décennies », a-t-il estimé.

Après l’acquittement définitif de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé par la CPI le 31 mars, le président Alassane Ouattara a indiqué le 7 avril que les deux hommes sont « libres de rentrer en Côte d’Ivoire quand ils le souhaitent », précisant que les frais de voyage de l’ancien président, ainsi que ceux de sa famille, seront pris en charge par l’État

Par Jeune Afrique avec AFP