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L’héritage de Senghor est un cadeau pour l’humanité

décembre 20, 2021
Léopold Sédar Senghor, dans sa propriété de Verson, près de Caen (Normandie), en août 1981. © Pascal Maitre/Jeune Afrique

Le 20 décembre 2001, disparaissait Léopold Sédar Senghor, premier chef d’État du Sénégal. Vingt ans plus tard, à l’heure où son compatriote Mohamed Mbougar Sarr est célébré par le gotha littéraire mondial, l’œuvre du grand poète et écrivain qui a fait rayonner la langue française, la négritude et l’humanisme reste d’une brûlante actualité. Moustapha Niasse et Jean-François Mbaye lui rendent hommage.

Il y a vingt ans, le premier président du Sénégal tirait sa révérence, après deux décennies passées à la tête de l’État. Pendant sa longue mandature, il a réussi l’exploit d’imposer son pays sur la carte de la planète, ainsi que la culture africaine, dans les cercles littéraires et artistiques.

Le festival mondial des Arts nègres qu’il a organisé, à Dakar, en 1966, reste un monument à la gloire de la création africaine. André Malraux, alors ministre de la Culture de la France, prononça ces mots sublimes qui défient le temps et consacrent le président-poète sénégalais : « Pour la première fois, un chef d’État prend en ses mains périssables le destin spirituel d’un continent. »

Senghor a compris, avant beaucoup d’autres, que le combat pour la culture africaine allait de pair avec celui pour la libération politique, économique et sociale du continent. L’esclavage, et ensuite le colonialisme, ont eu comme socle idéologique la négation de l’humanité des Africains, de leurs créations culturelles multidimensionnelles, fruits d’un génie fécond que nul ne pouvait enterrer.

IL S’ÉTAIT JURÉ DE DÉCHIRER LES RIRES BANANIA DE TOUS LES MURS DE FRANCE

Le premier festival des Arts nègres, six ans après l’accession à la souveraineté internationale du Sénégal, et de la majorité des États africains, fut un coup de tonnerre éblouissant qui illumina les consciences sur les trésors culturels africains, si longtemps cachés, parce que niés par les colonisateurs.

Célébrer la culture noire et le génie humain

Le combat culturel était bien un combat politique et il prolongeait celui pour l’indépendance qui devait être totale, à la fois politique et culturelle.

Senghor qui s’était juré de « déchirer les rires Banania de tous les murs de France » avait de la suite dans les idées, et la cohérence de son action exigeait de jumeler lutte pour la souveraineté et bataille pour le respect de l’humanité spécifique et universelle des Noirs. En vérité, Senghor est un « universaliste » et c’est pourquoi sa « négritude » est un humanisme et s’épanouit dans l’enracinement et l’ouverture.

Défendre la culture noire et s’engager dans la célébration du génie humain, sous tous les cieux, constituent une seule et même démarche, cohérente, généreuse et fidèle à l’homme, dont l’unicité et la spécificité, parmi les espèces, sont scientifiquement prouvées, par la génétique certes ; mais aussi par la création artistique.

Les faux savants et vrais idéologues qui ont cherché en vain à nier cette réalité objective ont fini par être démasqués et jetés dans les oubliettes de l’Histoire.

Homme politique hors pair

Senghor a été aussi un homme politique hors pair, et, nous autres parlementaires, devons nous enorgueillir de son action pionnière, avec les autres élus africains et antillais, au Palais Bourbon, où il a représenté le Sénégal dignement.

Élu du second collège, celui des indigènes, il a soutenu le combat pour l’égalité citoyenne avec son compatriote et aîné Lamine Guèye, et avec les autres élus africains et tous ceux qui avaient choisi de mettre fin à une discrimination qui faisait tache sur le drapeau français. Et mettait en porte-à-faux les valeurs républicaines de liberté, d’égalité et de fraternité.

Ces parlementaires du continent africain ont fait honneur à leurs mandants et fini par arracher l’indépendance des États, sous domination française, au Sud du Sahara, de manière pacifique.

Cela permet de comprendre l’engagement de Senghor aux côtés des présidents Habib Bourguiba et Hamani Diori, ainsi que du monarque Norodom Sihanouk pour l’avènement de la « francophonie ».

La langue française, un lien fraternel

En effet, la langue française était devenue un lien fraternel, un moyen de communication et d’accès à l’éducation, et non plus un outil de domination coloniale, dès lors que la souveraineté internationale était acquise.

SENGHOR A FAIT SA PART DE TRAVAIL ET A ÉTÉ CONSÉQUENT DANS SON ACTION DE DÉFENSE DES CULTURES AFRICAINES

C’est en toute liberté que les États francophones ont choisi de garder le français comme langue officielle, avec leurs différentes langues nationales.

Senghor, le professeur, a agi inlassablement pour que les six langues nationales choisies dans son pays soient transcrites et leur grammaire normalisée et codifiée. Aujourd’hui, une abondante littérature en langues nationales sénégalaises existe et continue de se développer.

Il faudrait faire mieux et plus pour diffuser cette production littéraire, au Sénégal et dans le monde. Senghor, l’homme d’État, a fait sa part de travail et a été conséquent dans son action de défense et d’illustration des cultures africaines.

Au service du dialogue des cultures

Car, promouvoir les cultures et créations artistiques, où que ce soit, exige de mettre en exergue les langues nationales qui sont, à la fois, le produit et la sève nourricière des cultures florissantes que le génie africain a su créer.

SA PENSÉE CONVERGE AVEC CELLES DE THEILLARD DE CHARDIN ET DE LÉO FROBENUIS

Ainsi, au rendez-vous du donner et du recevoir, si cher à Senghor, les Africains auront, dans le domaine linguistique, des trésors inestimables à partager.

Senghor, l’homme multidimensionnel : poète, penseur, linguiste et homme d’État, est resté, toute sa vie, jusqu’à ses 95 ans, au service du dialogue des cultures qui se noue dans toutes les communautés nationales, dans les États, au niveau des continents. Parce que Senghor est d’abord et avant tout un homme de paix, un humaniste dont la foi est solide et la volonté d’ouverture forte.

Sa pensée converge avec celles de Theillard de Chardin et de Léo Frobenuis, entre autres, mais puise beaucoup dans sa culture communautaire sérère, comme dans la culture française qui l’a profondément marqué. Il est bien l’homme de toutes ces synthèses et celui dont l’élection à l’Académie française a été une consécration méritée.

Pensée plus actuelle que jamais

Ce qui est remarquable, c’est que, vingt ans après sa disparition, sa pensée soit plus actuelle que jamais, dans un monde en proie aux discriminations, aux conflits communautaires et au terrorisme.

Les paroles de sage de Senghor, qui a laissé des textes majeurs dans ses ouvrages de la série Liberté, dans ses poésies sublimes comme JoalFemme noire ou Masques, doivent encore être méditées par les nouvelles générations. Célébrer le président-poète est un hommage mérité qui récompense un génie littéraire doublé d’un homme de culture universaliste et humaniste.

Senghor n’est plus là, mais, comme lui, on peut encore rêver des « signares aux yeux surréels comme un clair de lune sur la grève ». À Joal, Gorée, Saint-Louis, voire la Martinique ou la Guadeloupe.

Jean-François Mbaye

Avec Jeune Afrique par Jean-François Mbaye

Député de la République française, membre de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie

Moustapha Niasse

Avec Jeune Afrique par Moustapha Niasse

Président de l’Assemblée nationale du Sénégal, vice-président de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie

Afrique du Sud : bienvenue dans la Mandela family

novembre 19, 2021
L’ancien président Nelson Mandela entourés par ses petits-enfants, le 18 juillet 2018. © Themba Hadebe /AFP

Ils surfent sur l’image du héros de l’indépendance, entretiennent sa mémoire ou encore se disputent son héritage… Huit ans après la mort de Nelson Mandela, portrait de famille de l’ancien président sud-africain.

Alerte bonne affaire. « Achetez une caisse de vin de la Maison Mandela et espérez gagner un croquis de la série Le Combat de Nelson Mandela. » L’offre publicitaire jaillit sur le site de la marque lifestyle House of Mandela (H.O.M). Vins, art, bijoux, littérature, vêtements… La Maison Mandela est une boutique raffinée. Comme l’était l’ancien militant anti-apartheid que l’on dit modeste ? Le marketing maquille l’histoire et nous vend du Mandela en lettres d’or.

« Ce n’est pas lié à un seul homme, c’est lié à l’histoire de la Maison Mandela », se justifie Tukwini Mandela, sur la défensive. La petite-fille de Madiba, 47 ans, a créé la marque H.O.M avec sa mère Makaziwe Mandela en 2010. Les descendants d’Evelyn Mase, première épouse de Nelson Mandela, disent vouloir rendre hommage à leurs ancêtres et raconter l’histoire de la lignée qui a enfanté un héros. « Les gens ont tendance à croire que mon grand-père est tombé du ciel comme l’un de ces dieux mythologiques, ce qu’il n’est pas. C’est un être humain avec un véritable sens de la filiation », corrige Tukwini.

« On doit payer les factures »

Si elle dit refléter l’histoire du clan Mandela, l’entreprise est gérée exclusivement par Makaziwe et ses enfants. Soit une petite branche d’une famille composée de trois épouses, six enfants et dix-sept petits-enfants. De quoi faire des jaloux ? La question agace Tukwini. « Il n’y a pas de jalousie, ce nom nous appartient à tous. C’est à chaque famille de choisir ce qu’elle veut en faire. Tant que l’on met de la dignité dans ce que l’on fait et que l’on respecte l’héritage de mon grand-père », résume la petite-fille.

À l’autre bout de l’arbre généalogique, une cousine qui n’a aucun intérêt dans la boutique, acquiesce. « On doit tous payer nos factures », abonde Ndileka Mandela, 56 ans, et première petite-fille de Nelson Mandela. « Les gens qui questionnent la manière dont on fait de l’argent avec notre nom sont grotesques », s’emporte-t-elle. En ligne de mire, les opportunistes qui ne se privent pas d’empocher quelques billets sur le nom de Madiba.

Des commerçants exposent des tee-shirts portant des portraits de Nelson Mandela dans un centre commercial le 5 février 2010 à Johannesburg.
Des commerçants exposent des tee-shirts portant des portraits de Nelson Mandela dans un centre commercial le 5 février 2010 à Johannesburg. © STEPHANE DE SAKUTIN/AFP

En témoigne le Mandela Square de l’immense centre commercial Sandton City dans la banlieue chic de Johannesburg. L’aile baptisée du nom de l’ancien président est un temple de la consommation. H.O.M y a d’ailleurs son magasin. Entre deux courses, les clients se prennent en selfie avec les statues en plastique de Nelson et Winnie Mandela. La marque Presidential vend les chemises aux motifs floraux qui ont rendu célèbre la garde-robe de l’ancien chef d’État.

Kardashian africaines ?

C’est ici aussi qu’en 2013, deux petites-filles de Winnie et Nelson ont lancé leur marque de vêtements en hommage à leur grand-père. Des casquettes brodées « Mandela » et des t-shirts imprimés « Liberté », dans le style kitsch des boutiques de souvenirs. Zaziwe Dlamini-Manaway et sa soeur, Swati, ont été les vedettes d’une émission de téléréalité sobrement intitulée Être une Mandela (Being a Mandela). Toute ressemblance avec une émission américaine à succès serait purement fortuite.

FAUTE DE MANDELA JUNIOR POUR PORTER LES COMBATS DU PÈRE DE LA NATION SUD-AFRICAINE, L’INFLUENCE POLITIQUE DE LA FAMILLE S’AMENUISE

« Nous ne sommes pas les Kardashian africaines », balaie une cousine qui apparaît dans le programme. L’émission est diffusée en 2013 aux États-Unis où les sœurs ont grandi, mais se concentre sur leur vie d’entrepreneuses en devenir en Afrique du Sud. À l’époque, cette téléréalité low-cost suscite les railleries des réseaux sociaux et de la presse. « Désormais, l’Afrique du Sud est assez libre pour que même les petits-enfants des deux icônes de la libération puissent inconsciemment se faire de l’argent en agissant de manière stupide », sabre un journaliste du Mail & Guardian.

Pourtant, la mise en scène de la vie dorée des deux héritières contraste avec le quotidien de la famille. « Pour grand nombre de gens, être une Mandela rime avec plaisir, voyages et un tas d’argent. Rien ne pourrait être plus éloigné de la réalité », déconstruit Ndileka dans son autobiographie parue en 2019. « On hérite du nom mais pas des avantages qui vont avec », écrit-elle. Cette ancienne infirmière en soins intensifs a connu des ennuis financiers. Mais ce n’est rien comparé à sa cousine Zoleka, petite-fille de Winnie Mandela, avec qui elle partage le même éditeur. Tous les malheurs du monde se sont abattus sur Zoleka : la drogue, l’alcool, la maladie et la perte de deux enfants. Ces deux autobiographies soulignent que porter le nom Mandela ne signifie ni être bien né ni bénéficier d’une armure face aux épreuves de la vie.

Rangés de la politique

S’ils sont quelques-uns à s’être raconté dans des livres, à diriger de modestes fondations ou à s’afficher sur les réseaux sociaux, les Mandela sont plutôt des gens discrets. Surtout, ils ont déserté le champ politique. La famille compte aujourd’hui un seul parlementaire : Mandla Mandela, député du Congrès national africain (ANC) depuis 2009, chef tribal du village de Mvezo dans le Cap-Oriental où est né Madiba et militant pour la cause palestinienne. Faute de Mandela junior pour porter les combats du Père de la nation sud-africaine, l’influence politique de la famille s’amenuise.

IL N’A JAMAIS PU ÊTRE LE PÈRE QU’IL AURAIT AIMÉ ÊTRE POUR SES ENFANTS

« Nous n’avons plus d’appétit pour la politique », admet Ndileka qui répète à l’envi qu’elle ne vote plus pour l’ANC. Les sacrifices concédés par leurs grands-parents, Nelson et Winnie, double figure de la lutte contre l’apartheid, ont durablement meurtri la famille. Nelson Mandela a vécu 27 ans en détention. « D’avoir passé autant de temps en prison l’a déconnecté de sa famille », témoigne Ndileka.

De fait, Nelson Mandela n’a jamais vraiment appartenu à sa famille. Militant en fuite, prisonnier politique, président d’Afrique du Sud (1994-1999), icône internationale. « Il n’a jamais pu être le père qu’il aurait aimé être pour ses enfants », confie Zoleka Mandela. Seuls le grand âge et la maladie l’ont contraint à vivre aux côtés de ses proches. Se relayant à son chevet, les petits-enfants ont renoué des liens avec leur aïeul. Ndaba Mandela, 39 ans, est l’un deux. « D’une certaine façon, mon grand-père et moi avons traversé les vallées qui nous séparaient », relate-t-il dans un livre consacré aux leçons de vie apprise aux côtés du « Vieil homme ».

Loin de sa famille

Malgré cette réunion affective tardive, un monde continue de séparer Nelson Mandela et ses descendants. Quand il crée sa fondation en 1999, il érige une paroi étanche entre son héritage mémoriel et sa famille. Aucun de ses enfants ou petits-enfants ne figurent dans l’organigramme. « C’était un coup de génie », apprécie la médecin Mamphela Ramphele. Cette ancienne militante anti-apartheid fut l’une des premières à siéger à la fondation Nelson Mandela. Elle loue aujourd’hui le fin stratège qu’était Madiba. « Ce que fait sa famille ou non, n’a pas d’impact sur le travail de la fondation. L’intelligence de Mandela était aussi d’admettre qu’il n’a pas élevé ses enfants et que, malheureusement, il ne pouvait pas s’attendre à partager les mêmes valeurs. Je lui suis reconnaissant d’avoir été assez honnête avec lui même. »

IL NOUS A TOUS CONSUMÉS. C’ÉTAIT QUELQU’UN DE HORS-NORME

Nelson Mandela absent, distant, arraché des siens par un destin exceptionnel. S’il fallait reprendre ce récit, il faudrait donc commencer par ses épouses. « C’est à travers ma mère que vit son héritage », oriente Zoleka en référence à Winnie Mandela. « Si vous nous voyez comme ses petits-enfants, nous sommes en réalité la somme des femmes qui nous ont élevé », adhère Ndileka. « Ma grand-mère a joué le rôle de mère, père et grand-père pendant très longtemps », ajoute Tukwini.

Les figures tutélaires du clan Mandela ont désormais disparu. Evelyn Mase, la première épouse de Mandela est décédée en 2004, puis Winnie Mandela en 2018. Seule Graça Machel, troisième épouse de Madiba, est encore en vie. La mort de Nelson Mandela en 2013, après plusieurs périodes d’hospitalisation éreintantes, a fini par éclater la famille. « Il nous a tous consumés. C’était quelqu’un de hors-norme. Quand il est mort, chacun d’entre nous a eu besoin d’aller explorer sa propre voie », dévoile Ndileka.

Reste alors Qunu, ce petit village du Cap-Oriental où Nelson Mandela a grandi et où la famille possède un domaine. C’est ici que Mandela se reposait au crépuscule de sa vie. C’est à Qunu qu’il est enterré sous la terre enherbée de ses ancêtres. Le cimetière est un centre de gravité où les petits-enfants y convergent de temps en temps. La fratrie peut alors se reposer sur la tombe du colosse et observer en surplomb, celui qui fît de l’ombre à toute une génération.

Avec Jeune Afrique par Romain Chanson – à Johannesbourg

L’héritage de la COVID-19 : pauvreté et instabilité

mai 30, 2021

Si les Européens et les Nord-Américains parviennent jusqu’à maintenant à passer à travers la pandémie de COVID-19, c’est grâce entre autres aux mesures de soutien prises par leurs gouvernements, qui ont tenu l’économie à bout de bras au cours de la dernière année. Cependant, des milliers de personnes vivant dans ces pays riches ont subi des pertes de revenu très importantes et les files sont longues devant les comptoirs d’aide alimentaire.

Des sans-abris font la file pour recevoir un repas le 8 décembre 2020, à Manille, aux Philippines, où les associations caritatives peinent à fournir à la demande depuis le début de la pandémie.

© TED ALJIBE/Getty Images Des sans-abris font la file pour recevoir un repas le 8 décembre 2020, à Manille, aux Philippines, où les associations caritatives peinent à fournir à la demande depuis le début de la pandémie.

Dans les pays plus pauvres, la situation est catastrophique. La COVID fera entre 119 et 124 millions de pauvres (vivant avec moins de 1,90 $ par jour), selon les estimations de la Banque mondiale.

Ce calcul inclut les personnes dont le statut s’est détérioré à cause de la pandémie (entre 88 et 93 millions), mais aussi celles qui seraient sorties de la pauvreté n’eût été la COVID-19 (31 millions de personnes).

Avant la pandémie, la Banque mondiale prévoyait qu’il y aurait 31 millions de nouveaux pauvres en moins en 2020. On est loin du compte.

Selon un sondage téléphonique mené par la Banque mondiale dans des pays en développement auxquels elle vient en aide, depuis le début de la pandémie, 51,5 % des adultes ont dû sauter au moins un repas par manque d’argent.

C’est la première fois en 20 ans que le taux de pauvreté mondiale s’accroîtra, explique Ambar Narayan, économiste principal au pôle d’expertise en Pauvreté et équité de la Banque mondiale. La dernière fois que la pauvreté mondiale a augmenté, c’était après la crise financière asiatique en 1998», affirme-t-il.

Depuis 1999, le nombre d’habitants de la planète vivant dans l’extrême pauvreté a reculé de plus de 1 milliard. La pandémie de COVID-19 risque d’annuler en partie ces progrès.

Les régions les plus touchées sont celles où la pauvreté était déjà élevée, précise M. Narayan, notamment l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud.

À cette strate de pauvres, la COVID-19 ajoute un nouveau segment de la population, explique l’économiste. Beaucoup d’entre eux vivent dans des pays à revenu intermédiaire, dans les centres urbains et travaillent dans des secteurs informels.

C’est différent de la pauvreté structurelle que l’on voyait avant la pandémie», soutient-il.

En Asie, beaucoup de ces nouveaux pauvres sont dans des pays comme le Bangladesh, le Pakistan et surtout l’Inde, qui pèse de tout son poids démographique dans la balance des démunis.

L’Inde comprend environ le quart des personnes qui vivent au-dessous du seuil de pauvreté au monde», souligne Jules Naudet, sociologue au centre d’études de l’Inde et de l’Asie du Sud (EHESS-CNRS). Les tendances indiennes pèsent donc très lourd sur les dynamiques globales.»

Des volontaires d'une organisation non gouvernementale distribuent de la nourriture à des Indiens dans le besoin à Mumbai, le 15 avril 2021.

© Indranil Mukherjee/afp via getty images Des volontaires d’une organisation non gouvernementale distribuent de la nourriture à des Indiens dans le besoin à Mumbai, le 15 avril 2021.

Les problèmes économiques du pays ne datent pas de la COVID, affirme le chercheur, mais plutôt des mauvaises politiques gouvernementales de ces dernières années.

La démonétisation décrétée par le gouvernement Modi en 2016 a causé un choc qui a entraîné des faillites et un endettement accru. Puis est arrivée la COVID-19.

Au moment où l’économie tournait déjà déjà au ralenti, pour éviter le pire, le gouvernement a décidé, avec quatre heures de préavis seulement, d’imposer un confinement à l’échelle du pays entier», raconte Jules Naudet. Puisqu’ils n’avaient plus de moyens de subsistance, les travailleurs migrants ont alors tenté de rentrer dans leurs villages, ce qui a occasionné une congestion monstre et des milliers de morts.

Des travailleurs migrants, privés de travail en mars 2020 en raison du confinement, tentent de regagner leur région d'origine.

© Amit Dave/Reuters Des travailleurs migrants, privés de travail en mars 2020 en raison du confinement, tentent de regagner leur région d’origine.

Au cours de ce premier confinement, le gouvernement a mis en place certaines mesures pour aider les plus démunis, dont la distribution de riz et de lentilles, mais beaucoup de personnes ont souffert de faim et se sont fortement endettées. Lors de la deuxième vague, la détresse est encore plus grande, souligne M. Naudet.

Les inégalités amplifiées

Les impacts de la COVID-19 n’ont pas fini de se faire sentir, notamment en ce qui concerne les inégalités de revenu à l’intérieur des pays, ainsi que la diminution de la mobilité sociale, souligne la Banque mondiale.

Dans beaucoup de pays en développement, la mobilité sociale est déjà très basse, soutient Ambar Narayan. Or, avec la pandémie, des milliers d’enfants ont été privés d’école et des opportunités d’améliorer leur situation. Les conséquences à moyen et long terme risquent d’être désastreuses.

Les Colombiens se sont mobilisés contre le gouvernement, alors que l'économie du pays s'est fortement détériorée avec la pandémie.

© /Reuters Les Colombiens se sont mobilisés contre le gouvernement, alors que l’économie du pays s’est fortement détériorée avec la pandémie.

Plusieurs observateurs craignent que cet appauvrissement brutal n’entraîne une crise sociale dans plusieurs pays fragiles. La cohésion sociale est mise à mal par la pandémie», écrit notamment le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) dans une étude montrant que les émeutes, manifestations et violences collectives ont augmenté au cours de la dernière année.

Les effets du confinement et de la crise varient selon les systèmes politiques, ainsi que selon le niveau de pauvreté ou de développement des pays, estime Mathieu Couttenier, enseignant-chercheur à l’École normale supérieure de Lyon. Le confinement a eu tendance à exacerber les inégalités économiques, les tensions politiques et les tensions religieuses et ethniques existantes», croit-il.

Dans certains cas, cela a pris la forme de manifestations pour dénoncer (ou réclamer) des mesures gouvernementales, alors que dans d’autres, il s’agit de violences organisées de la part de groupes armés.

Les violences plus structurées surviennent surtout dans des pays où les groupes d’insurgés profitent de l’affaiblissement de l’État, notamment en Afrique.

Pour autant, les pays du nord ne sont pas épargnés, avec des violences qui prennent par exemple la forme de représailles contre des groupes considérés comme boucs émissaires, comme la communauté asiatique. Dans un contexte d’instabilité économique, on a tendance à blâmer ceux qui ont moins de pouvoir dans la société, les plus pauvres ou les étrangers», croit M. Couttenier.Des centaines de personnes se sont rassemblées devant le Capitole d'Atlanta, aux États-Unis, en soutien à la communauté asiatique américaine après que huit personnes, dont six femmes d'origine asiatique, ont été tuées au cours de plusieurs fusillades dans des salons de massage de la région à la mi-mars.

© Megan Varner/Getty Images Des centaines de personnes se sont rassemblées devant le Capitole d’Atlanta, aux États-Unis, en soutien à la communauté asiatique américaine après que huit personnes, dont six femmes d’origine asiatique, ont été tuées au cours de plusieurs fusillades dans des salons de massage de la région à la mi-mars.

Comment prévenir ces flambées de violence?

Dans certains cas, les États peuvent intervenir en stabilisant le prix de certains aliments pour éviter un appauvrissement généralisé, croit M. Couttenier.

Dans d’autres, il peut y avoir un travail d’éducation et d’information pour combattre les stéréotypes qui poussent à la violence envers certaines communautés. Mais c’est vraiment au cas par cas, pense-t-il. Chaque pays est un cas unique.»

La communauté internationale, pour sa part, a également un rôle à jouer en épaulant les pays en développement. Il ne peut y avoir de fin durable à la crise économique sans mettre fin à la crise sanitaire», écrit le Fonds monétaire international (FMI), qui préconise notamment des dons massifs de vaccins ainsi que des subventions accrues aux nations moins nanties.

Aider les plus pauvres permettra de remettre en marche la machine plus rapidement et apportera un rendement de l’investissement très profitable, croit le FMI.

Le G20 a soutenu cette initiative en émettant des droits de tirage spéciaux, qui permettront d’augmenter les capacités de prêts du FMI. Les 20 pays les plus riches du monde ont également décidé en avril de prolonger la suspension du service de la dette des pays les plus vulnérables jusqu’à fin 2021.

Avec  Ximena Sampson 

Pourquoi Laeticia Hallyday ne pourra pas dilapider la fortune de Johnny

mars 23, 2018

« Aucun Boudou ne figure dans le trust de Johnny Hally­day »

L’avocat de Laeti­cia Hally­day s’est longue­ment confié dans les colonnes de Paris Match ce jeudi 22 mars. Maître Amir-Aslani y évoque le trust dont la veuve du rockeur est l’unique béné­fi­ciaire et précise qu’elle ne pourra pas dépen­ser de manière exces­sive toute la fortune lais­sée par le chan­teur.

L’avocat de Laeti­cia Hally­day a derniè­re­ment souhaité mettre les points sur les « i » dans une inter­view accor­dée à nos confrères de Paris Match dans son numéro du 22 mars. Maître Arda­van Amir-Aslani a pris la défense de sa cliente et a ainsi levé le voile sur l’exact contenu du trust dont Laeti­cia a été dési­gnée comme unique béné­fi­ciaire.
Selon ses propos, « aucun Boudou ne figure dans le trust de Johnny Hally­day ». L’avocat de Laeti­cia Hally­day a précisé par la suite :  »Dès lors que le trust est consti­tué, il n’y a plus besoin d’exé­cu­teur testa­men­taire ». Grégory Boudou, le frère de Laeti­cia qui avait été dési­gné dans le testa­ment laissé par le rockeur aurait même été remplacé selon l’avocat : en effet, « un conseil profes­sion­nel améri­cain, qui a long­temps travaillé aux côtés de Johnny » joue­rait désor­mais le rôle « de protec­teur » du trust.

Plusieurs fois évoquée sur les plateaux de télé­vi­sion, la possi­bi­lité qu’aurait Laeti­cia a dila­pi­der la fortune de son défunt mari est aujourd’hui à exclure. Impos­sible pour la veuve de Johnny Hally­day de dépen­ser tout l’argent du rockeur dans des achats incon­si­dé­rés. C’est le « trus­tee », en l’occur­rence la banque et non Laeti­cia Hally­day, qui a le droit d’ache­ter ou de vendre selon les révé­la­tions de Maître Arda­van Amir-Aslani à nos confrères de Paris Match.

Gala.fr par Marion Rouyer

 

Hallyday, Bashung, Cousteau…Quand l’héritage tourne au vinaigre

mars 15, 2018
9 histoires de successions compliquées

9 histoires de successions compliquées

La bataille judiciaire autour de l’héritage de Johnny Hallyday commence tout juste. Laura Smet et David Hallyday ont saisi le mois dernier la justice en référé pour obtenir un droit de regard sur l’album posthume de leur père, pour le moment intitulé Je te promets. Le tribunal de Nanterre doit se pencher ce jeudi 15 mars sur leur demande. Et leur permettre éventuellement de prendre connaissance du projet et d’écouter les maquettes. Plus largement, Laura Smet et David Hallyday conteste le testament du rockeur qui les a exclus de sa succession.

La famille de Johnny Hallyday ne fait évidemment pas exception. L’héritage de plusieurs artistes français, d’Alain Bashung au sculpteur Arman, a donné lieu à des affrontements devant les tribunaux. Il faut savoir que, de manière générale, les notaires font état de conflits dans 30% des successions, quand bien même l’harmonie semblait régner dans la famille. Si vous connaissez ou avez connu ce genre de situation, vous n’êtes donc seul. Découvrez dans notre diaporama des exemples de successions de personnalités qui se sont révélées difficiles.

 

Photo 1/10© Gregg DeGuire/WireImage/GettyImages-Tony Barson/GettyImages-Marka/UIG/GettyImages
Johnny Hallyday

Johnny Hallyday

La bataille risque de durer des années… Laura Smet et David Hallyday, les deux enfants aînés du rockeur, contestent le testament de leur père, qui a décidé de tout léguer à sa femme Laeticia Hallyday. Pour régler sa succession, Johnny Hallyday a couché ses dernières volontés dans un document régi par la loi américaine. Ses deux premiers enfants entendent prouver que c’est la loi française qui devrait pourtant s’appliquer, celle-ci octroyant obligatoirement une part de l’héritage aux descendants.

Photo 2/10© Gregg DeGuire/WireImage/GettyImages

Alain Bashung

Alain Bashung

L’affaire Hallyday a mis la lumière sur une autre affaire de succession, celle du chanteur Alain Bashung, décédé en 2009. La deuxième épouse de l’artiste, Chantal Monterastelli, a en effet déclaré en février dernier au JDD que son fils, Arthur, n’avait “rien hérité de son père pour l’instant”. “Le lendemain de l’enterrement de son père, Arthur a eu le choc de recevoir le testament : Alain avait laissé à sa veuve (Chloé Mons, ndlr) tous ses droits d’auteur, bénéfices artistiques, biens, meubles et effets personnels (…) De plus, il n’a aucun droit de regard sur l’utilisation de l’image de son père”. D’après elle, son fils a engagé une procédure qui “n’a pas donné grand chose”.

Chloé Mons a répondu le 5 mars dernier, assurant que “personne n’a été déshérité”. “On voit notamment dans le jugement rendu par le tribunal (publié par Paris Match, ndlr) à qui a été distribué l’argent. Il n’est pas allé qu’à moi. (…) Alain a été extrêmement équitable avec tout le monde”, affirme-t-elle. Dans son testament, le chanteur a indiqué avoir pris ses dispositions compte tenu qu’il a laissé la maison à Chantal Monterastelli au moment de leur divorce.

Photo 3/10© Tony Barson Archive/WireImage/GettyImages

Léo Ferré

Léo Ferré

Le famille de Léo Ferré a également décidé de prendre la parole suite au décès de Johnny Hallyday. “Mon père nous a laissé un héritage merveilleux, intellectuel, culturel, musical, poétique, un héritage économique aussi”, a déclaré le fils du chanteur, Matthieu, dans l’émission Stupéfiant de France 2, diffusée le 5 mars dernier. “Il nous a laissé aussi en héritage son divorce, et ça, c’est pas de la tarte”. Léo Ferré et sa seconde épouse, Madeleine Rabereau, n’ont jamais réussi à se mettre d’accord sur le partage de leurs biens suite à leur divorce, en 1973. Annie Butor, leur fille, souhaite récupérer la part des droits artistiques qui revenaient à sa mère. Le droit moral sur l’oeuvre de Léo Ferré est actuellement détenu par sa dernière épouse et ses trois enfants, dont fait partie Matthieu. Et 25 ans après la mort du chanteur, le problème n’est toujours pas réglé…

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Jacques-Yves Cousteau

Jacques-Yves Cousteau

“Ma succession est une tragédie perpétuelle”, avait prévenu le commandant Cousteau en 1995. L’homme au bonnet rouge avait choisi son fils Philippe pour prendre soin de son héritage, mais celui-ci est décédé en 1979 dans un accident d’hydravion. C’est finalement sa seconde épouse, Francine, qui a été choisie comme légataire universelle et exécuteur testamentaire, au grand dam de son fils aîné Jean-Michel. Ce dernier n’a pas accepté que sa belle-mère l’empêche d’utiliser le nom Cousteau pour ses affaires. La justice l’a finalement autorisé à y recourir mais uniquement précédé de son prénom “imprimé en caractères de même taille et de même couleur”. Les héritiers se sont aussi disputés la propriété du célèbre bateau “La Calypso”. C’est Francine qui l’a obtenue en 2007.

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Charles Trenet

Charles Trenet

Pas de bataille de clans au décès de Charles Trenet, en 2001. Le chanteur a décidé, par testament, de tout léguer à son secrétaire particulier et ami, Georges El Assidi. Mais celui-ci assure s’être fait escroquer. Il affirme qu’en 2006, alors qu’il avait déjà des difficultés à gérer l’héritage, il s’est fait piéger par Maurice Khardine, qui se présente comme conseiller financier. Avec l’aide de son avocat Johan Schlüter, il l’aurait poussé à signer un contrat avec une société danoise. Georges El Assidi estime que la structure a permis aux deux associés de le dépouiller des oeuvres de Charles Trenet et de ses biens immobiliers dans le sud de la France.

Quelques années plus tard, alors que Georges El Assidi rentrait en conflit avec son conseiller, il a dû affronter un nouveau problème. La demi-soeur de Charles Trenet et le fils de son demi-frère ont porté plainte contre lui en 2008 et 2009 pour “abus de faiblesse” et “captation d’héritage”, mais n’ont pas obtenu gain de cause. En 2015, nouveau coup dur pour Georges El Assidi. Maurice Khardine et Johan Schlüter sont relaxés, alors qu’ils avaient été condamnés à de la prison ferme en première instance pour “escroquerie” notamment. Un jugement confirmé par la Cour de cassation.

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Pablo Picasso

Pablo Picasso

A sa mort, en 1973, le peintre espagnol Pablo Picasso, qui a vécu une grande partie de sa vie en France, laisse derrière lui un héritage alors estimé à 1,4 milliard de francs, soit environ 700 millions d’euros, comprenant entre autres des tableaux inconnus. Sa dernière épouse, Jacqueline Roque, et son fils issu d’une première union, Paulo Ruiz Picasso, sont ses héritiers légaux. Sauf que trois autres enfants, considérés à l’époque comme “adultérins”, réclament une part de l’héritage… et finissent par l’obtenir en 1974 après être passés devant les tribunaux. Malheureusement, la saga n’est pas terminée. Paulo Ruiz Picasso meurt deux ans après son père et laisse derrière lui, là encore, des enfants nés de différentes unions, relançant encore les procédures. La succession est finalement réglée en 1995. La société Picasso Administration est notamment créée pour gérer la part de l’héritage des enfants “adultérins”.

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Maurice Jarre

Maurice Jarre

L’histoire de la succession du compositeur Maurice Jarre ressemble à celle de Johnny Hallyday. Le compositeur avait décidé avant sa mort de tout léguer à sa dernière épouse grâce à un “family trust” constitué en vertu de la loi américaine. Jean-Michel Jarre, compositeur célèbre lui aussi, et Stéfanie, ses enfants nés de précédents mariages, n’ont donc rien reçu de leur père. Ils ont décidé de saisir la justice afin que la loi française s’applique, sans succès. La Cour de cassation a estimé en septembre 2017 que Maurice Jarre était dans son droit, notamment car son installation aux Etats-Unis était “ancienne et durable” et que ses enfants n’étaient pas “dans une situation économique de précarité ou de besoin”. Des arguments qui pourraient aussi s’appliquer, d’ailleurs, dans le cas de la succession de Johnny Hallyday.

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Gilbert Bécaud

Gilbert Bécaud

L’histoire est cette fois inversée puisque c’est à son fils aîné, Gaya, que le chanteur Gilbert Bécaud, décédé en 2001, a décidé de léguer les droits moraux sur son oeuvre. La dernière épouse de l’artiste s’est estimée lésée et a bataillé durant huit ans pour prendre part à la succession. La justice a finalement donné raison à Gaya Bécaud. La veuve du chanteur gère toutefois depuis 2010 la société de production et d’éditions musicales de Gilbert Bécaud.

Photo 9/10© Laurent SOLA/Gamma-Rapho/Getty Images

Arman

Arman

La bataille autour de la succession du sculpteur Arman, décédé en 2005, a duré douze ans. Elle a opposé sa seconde épouse, Corice Arman, qui avait été désignée comme légataire universelle, et la fille aînée de l’artiste, Marion Moreau, née d’un premier mariage et qui représente d’autres héritiers potentiels. Cette dernière a accusé la veuve d’Arman d’avoir cherché à capter l’héritage, soulignant que son testament avait été rédigé six mois avant sa mort, alors qu’il était très malade. Finalement, les deux femmes ont trouvé un accord en novembre 2017, après l’echec d’une demi-douzaine de tentatives de conciliation. Il prévoit que Corice Arman et Marion Moreau siègent ensemble dans un “comité Arman” dans lequel sont intégrés des personnalités extérieures et qui est chargé d’authentifier les œuvres et de mener les négociations pour la création d’un musée.

Capital.fr

David et Laura, les deux aînés de Johnny Hallyday réclament chacun près de 20% du patrimoine du rocker

mars 14, 2018

Une distri­bu­tion à parts égales

Obtien­dront-ils gain de cause ? David Hally­day et Laura Smet demandent près de 20% du patri­moine de leur père – 18,75%, préci­sé­ment. Selon les dernières dispo­si­tions testa­men­taires de Johnny Hally­day, ils n’ont actuel­le­ment droit à aucun héri­tage : l’inté­gra­lité en revient à Laeti­cia Hally­day.

On en sait plus sur les demandes de David Hally­day et Laura Smet, qui contestent le testa­ment de leur père. On savait déjà que le procès du 15 mars porte­rait sur l’album post­hume de Johnny Hally­day, et sur le droit de regard qu’aime­raient obte­nir ses deux aînés ; L’Express, sur des infor­ma­tions de l’AFP, va plus loin et précise comment frère et sœur envi­sagent le partage de l’héri­tage du Taulier. Actuel­le­ment, et selon son dernier testa­ment, l’inté­gra­lité revient à Laeti­cia Hally­day.

« Les deux aînés réclament que 25% du patri­moine de la star revienne à Laeti­cia Hally­day et 18,75% à chacun des quatre enfants, confor­mé­ment au droit français », peut-on lire sur L’Express. Ainsi, David Hally­day et Laura Smet ne veulent pas plus que Jade et Joy – dont certains obser­va­teurs s’inquiètent d’ailleurs qu’elles ne touchent jamais l’héri­tage de leur père avec les dispo­si­tions testa­men­taires actuelles.

Le procès du 15 mars se dérou­lera dans un climat parti­cu­lier : ni Laura Smet, ni Laeti­cia Hally­day n’y seront présentes, et il est possible que David Hally­day ne fasse pas non plus le dépla­ce­ment. La justice devra toute­fois tran­cher ; les aînés de Johnny ont donné « un délai de 48 heures » à la mère de Jade et Joy pour accé­der à leurs demandes.

Gala.fr par  Saeptem

Un château, héritage d’Houphouët-Boigny, sème la zizanie dans un village français

décembre 30, 2016

Afrique du Sud : Les bénéficiaires de l’héritage de Mandela connus

mai 30, 2016

 

Le chauffeur de Nelson Mandela, sa secrétaire personnelle et plusieurs écoles chères au cœur de l’ancien président sud-africain ont reçu, vendredi, 27 mai, leur part de l’héritage du prix Nobel de la Paix, conformément, à ses dernières volontés, deux ans après sa mort.

Au total, Nelson Mandela a laissé une somme de 22 millions de rands (1,2 million d’euros), dont certains bénéficiaires, non membres de la famille, ont touché leur part lors d’une cérémonie symbolique à Johannesburg.

L’héritage de Nelson Mandela a donné lieu à de très fortes tensions, et sa maison de Qunu, dans la province du Cap-Oriental (Sud), est, toujours, l’objet d’une bataille judiciaire engagée par son ex-épouse, Winnie Madikizela-Mandela.

Vendredi, 27 mai, l’ancien chauffeur de Nelson Mandela, Mike Maponya, qui a travaillé pour lui pendant 23 ans, a reçu un chèque de 50.000 rands (2.800 euros ou 3.200 dollars).
Il s’est dit « profondément peiné et heureux » de ce legs. « C’est typique de la gentillesse et de la générosité de Madiba », a-t-il estimé, en faisant référence au nom de clan de Mandela, affectueusement, repris par la plupart des Sud-Africains.
« Je ne suis pas surpris qu’il ait laissé quelque chose à tant d’entre nous. Peu de gens auraient fait ça », a-t-il, encore, ajouté.

La secrétaire de Nelson Mandela, Zelda la Grange, qui n’était pas présente, ce vendredi, a, aussi, reçu 50.000 rands.

Parmi les autres bénéficiaires qui ont obtenu leur chèque, vendredi, figurent l’Université sud-africaine de Fort Hare, où Mandela a étudié, l’école primaire de Qunu, son tout premier établissement scolaire, et le lycée Orlando West, dans le township de Soweto où il a vécu.

L’un des exécuteurs testamentaires de Nelson Mandela, Dikgang Moseneke, a salué l’attitude de la famille dans la mise en oeuvre de l’héritage. « Malgré les spéculations récurrentes dans les médias, il n’y a pas eu de conflit dans la famille. Elle était unie, (…) elle est restée digne de l’amour qu’elle avait pour lui », a-t-il affirmé.

Nelson Mandela a présidé l’Afrique du Sud, de 1994 à 1999, après avoir passé 27 ans en prison pour son engagement dans la lutte contre l’apartheid. Sans aucune pression, il a, volontairement, abandonné le pouvoir à l’issue de son premier mandat, préférant laisser la gestion du pays à Thabo Mbeki. Il est décédé le 5 décembre 2013, à l’âge de 95 ans.

Ses volontés avaient été rendues publiques, en février 2014, montrant que son épouse, Graça Machel (notre photo la montrant à la droite de Mandela, et Winnie à sa gauche), avait reçu l’essentiel de ses biens.

Le père de la démocratie sud-africaine n’avait pas amassé une fortune colossale. Il était tout le contraire de Jacob Zuma, aujourd’hui. Il n’a pas non plus utilisé son aura à l’international pour s’enrichir. Il est resté un homme mesuré, modeste et profondément en phase avec son combat jusqu’à la fin de ses jours. Il avait, cependant, perçu d’importants revenus de la publication de ses livres et de différents projets à son nom, lignes de vêtements, tee-shirts ou une émission de téléréalité. Toutes choses que personne lui reprochera.

Afriqueeducation.com

Les sapeurs de Kinshasa se disputent l’héritage de Papa Wemba

avril 27, 2016

Des sapeurs démontrent leur élégance en arpentant une rue de Kinshasa.

Des sapeurs démontrent leur élégance en arpentant une rue de Kinshasa. Crédits : AFP
« A la fin des années 70, Papa Wemba passait presque chaque samedi à la télé. A chaque fois, la semaine suivante, tous les jeunes de Kinshasa allaient en ville pour chercher les mêmes vêtements que ceux qu’il portait ! Il était un modèle pour eux. »A l’époque, Innocent avait une dizaine d’années, et le mouvement de la Société des ambianceurs et des personnes élégantes, la fameuse Sape, était presque aussi vieux que lui.

Papa Wemba, le «roi de la rumba » congolaise, décédé dimanche 24 avril à l’aube, à Abidjan, en Côte d’Ivoire, était l’une des icônes de la Sape, que beaucoup d’adeptes ont élevée au rang de religion. Alors, en signe de deuil, des fans à Kinshasa ont revêtu leurs plus belles tenues. « Il a montré beaucoup de choses : il faut bien s’habiller, bien se parfumer… Si je suis comme je suis maintenant, c’est grâce à lui ! », confie un jeune homme.

Lire aussi : Abidjan sous le choc de la mort de Papa Wemba, le « roi de la rumba congolaise »

La star de 66 ans est décédée sur scène, en plein concert. Selon plusieurs sources, il avait confié à plusieurs reprises que c’était ainsi qu’il s’imaginait quitterle monde. « Il est mort en pleine énergie », en servant son art, ce qui « l’honore vraiment »,estime le photographe Yves Sambu, du collectif Solidarité des artistes pour le développement intégral (Sadi), qui avait approché l’artiste pour un grand projet visant à promouvoir la Sape.

«La Sape continue ! »

Chancelier Mabonda, qui possède des malles entières de vêtements et de chaussures, explique que la mort de Papa Wemba est « vraiment un coup dans le cœur des Sapeurs ». « On n’arrive pas comprendre, poursuit le président du groupe de sapeurs Léopards. Vraiment, c’est Dieu qui sait. Mais la Sape continue ! Nous, on est là. »

La Sape s’est développée dans les années 1960 au Congo, où elle est née, et en République démocratique du Congo. A Brazzaville, c’est plutôt ambiance dandy, avec costume, chapeau, canne à la main ou pipe à la bouche ; à Kinshasa, l’excentricité est de bon ton : coton, soie, fourrure, lin se côtoient dans un mariage de couleurs parfois déroutant. Sûrs de leur goût, les Kinois prient pour les sceptiques : « ô Dieu de la Sape (…), pardonne à tous ceux qui ne savent pas s’habiller ! »

Lire aussi : Fally Ipupa, le prince congolais de la rumba mondialisée

Avant Papa Wemba, deux autres baobabs de la Sape sont tombés. D’abord le musicien Stervos Niarcos, qui avait fondé la religion «kitendi » (l’habillement, en lingala), avant de rendre l’âme en 1995 dans la prison de Fresnes, près de Paris, où il était incarcéré pour une affaire de stupéfiants. En 2014, dans la capitale française, le chanteur King Kester Emeneya, grand adepte de blousons en cuir, s’est éteint à son tour.

L'entrée de la maison de Papa Wemba, à Mbinza, près de Kinshasa (RDC), le 25 avril 2016.

L’entrée de la maison de Papa Wemba, à Mbinza, près de Kinshasa (RDC), le 25 avril 2016. Crédits : AFP

« Le pape de la Sape, c’est Stervos Niarcos, mais Papa Wemba, c’est notre idole, juge Six S’malto, 28 ans. Si la Sape a évolué, c’est grâce à lui. Il nous a beaucoup aidés à propos de la mode vestimentaire, à propos du style, de la démarche, de la façon de parler. »Car tout Sapeur se doit de glorifier les créateurs par des pas de danse et l’exhibition des griffes – un culte que certains jugent indécent, la majorité des Congolais vivant dans la misère.

Pour le sapeur fantasque Bwapwa Kumeso, 46 ans, Papa Wemba était plus qu’une idole. Il affirme avoir habillé la star et son groupe, Viva la Musica, ce qui lui a permis d’« acheter une machine à coudre et un groupe électrogène ». Et créer sa propre marque : Kadhitoza, qu’il porte lors des grands événements – comme le 10 février, anniversaire de la mort de Stervos Niarcos et décrété «fête des Sapeurs » par les fidèles du mouvement.

Les Sapeuses peinent à s’affirmer

Parmi les héritiers de Papa Wemba, on trouve aussi des héritières. Les Sapeuses, encore rares, portent pour certaines des costumes – ce qui tend à déplaire dans un pays où, par endroits, une femme en pantalon est jugée indécente et peut se faireagresser verbalement ou physiquement. « Elles donnent l’impression d’être lesbiennes. Est-ce que ce sont des femmes ? Est-ce qu’un homme peut s’approcher d’elles si elles font comme ça ? », interroge Angélique Kipu Katani, présidente de la Ligue de promotion de la femme congolaise.

Lire aussi : La dernière rumba de Papa Wemba

Papa Wemba, lui, n’était pas de cet avis. Sur plusieurs photos, il apparaît au côté de Marie-Louise Likuse, alias «Mère Malou », qui a beaucoup évolué en France, où elle est décédée en 2008. Le roi de la Sape avait loué ses performances. « Elle était en tête de peloton avec nous puisque quand ce mouvement a démarré, elle était là. Vraiment, elle en a fait un peu, quelque part, son cheval de bataille aussi : elle parlait bien de la Sape. »

D’autres hommes défendent les Sapeuses, mais sous réserve. « Une femme qui s’introduit dans le monde de la Sape ne peut pas imiter les hommes. Il faut qu’elles aient leur propre style, qu’elles se comportent comme des femmes », estime le Sapeur Junior Kipulu. Pour certains, l’essentiel est ailleurs : recruter et former des femmes pour concurrencer Brazzaville lors des joutes vestimentaires. Car en matière de parité, le Congo a une longueur d’avance.

Argent : guerres de successions et héritages des chefs

août 25, 2015

Pascaline Bongo (à d.) , Ali Bongo (à g.) lors des obsèques de leur père Omar Bongo, en 2009. © AFP

Pascaline Bongo (à d.) , Ali Bongo (à g.) lors des obsèques de leur père Omar Bongo, en 2009. © AFP

Ali Bongo Ondimba a annoncé la semaine dernière vouloir « partager » son héritage avec la jeunesse gabonaise. Quels sont les autres chefs d’État africains à avoir fait ce type d’annonce et tenu ce genre de promesses ?

Depuis qu’Ali Bongo Ondimba a annoncé le « partage » de son héritage avec « la jeunesse gabonaise », son entourage entonne le même chant de gloire : « C’est une première sur le continent, peut-être même dans le monde », affirme l’un de ses conseillers.

Introuvables en effet sont les chefs d’État à avoir cédé ne serait-ce qu’une part de leur fortune au pays qu’ils avaient dirigé, et parfois pillé. Félix Houphouët-Boigny avait bien exprimé le vœu qu’une partie de sa fortune serve à construire un hôpital à Yamoussoukro, mais c’était pour répondre à une promesse faite au pape Jean-Paul II, et non à son peuple.

Quant à Nelson Mandela, c’est à son parti, l’ANC, qu’il a légué une partie de sa fortune – estimée à 3 millions d’euros -, et non à l’État. Il est vrai que l’un et l’autre ont parfois tendance à se chevaucher.

Héritages et conflits de familles

Tout aussi introuvables sont les descendants qui, pris de remords, auraient fait bénéficier leur peuple des fortunes amassées par leur paternel. Ce n’est pas la première fois, par contre, que des fils et filles d’ex-chef d’État africain se disputent, comme le font les Bongo depuis six ans pour le trésor que leur laisse ce dernier à sa mort.

En Côte d’Ivoire, l’une des filles d’Houphouët, Hélène, est en guerre contre les six autres enfants du « Vieux », de même que la veuve de ce dernier, Marie-Thérèse, qui a porté plainte en France pour recel et détournement d’une succession dont elle a été écartée.

En Afrique du Sud, les descendants de Nelson Mandela n’ont pas attendu sa mort pour se déchirer sur la place publique : deux clans s’opposent, celui d’Evelyn, la première épouse, et celui de Winnie, la deuxième.

En Guinée, ce sont les descendants de Lansana Conté qui se battent pour un lopin de terre et des parts dans une société.

Parfois, avant de s’écharper en famille, il faut affronter un ennemi commun. Les descendants de Mobutu Sese Seko ont ainsi dû se liguer face à la justice helvétique (et aux autorités de Kinshasa) pour empocher les quelque 6,6 millions d’euros planqués dans des banques suisses par le despote zaïrois. Le fils aîné de Jean-Bedel Bokassa, Georges, représentant les 37 héritiers, a eu moins de succès : plusieurs propriétés achetées en France par l’empereur centrafricain ont été mises aux enchères ces dernières années. Une insupportable « spoliation » à ses yeux…

Rémi Carayol