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Au moins 20 morts dans des pluies torrentielles au Japon

juillet 7, 2018

Une route effondrée, le 7 juillet 2018 dans la région d’Hiroshima, suite aux pluies torrentielles que connaît l’ouest du Japon depuis quatre jours / © JIJI PRESS/AFP / STR

Les pluies torrentielles qui s’abattent depuis plusieurs jours sur le sud et l’ouest du Japon ont fait au moins vingt morts, selon les autorités, tandis que les médias annonçaient des bilans encore bien plus lourds.

Les précipitations records enregistrées sur plusieurs régions (Hiroshima, Kyoto, Okayama, etc.) ont entraîné des crues exceptionnelles, des glissements de terrain et inondations, piégeant de nombreux habitants malgré des ordres d’évacuation donnés par les autorités locales à au moins 1,9 million de personnes selon les autorités et même le double selon la chaîne publique NHK.

Cette dernière, dont les programmes habituels sont en partie remplacés par des éditions spéciales, parlait de 47 morts et 47 disparus en début de soirée au Japon (tout début d’après-midi heure GMT).

D’autres chaînes donnaient des chiffres assez proches.

La préfecture de Hiroshima totaliserait le plus lourd bilan avec 23 morts selon la NHK, mais les provinces d’Aichi, Gifu, Kyoto et Okayama apparaissent aussi durement touchées.

« Nous nous attendons à ce que le nombre de victimes augmente car nous n’avons recueilli qu’une partie des informations », a indiqué à l’AFP un responsable de la section de gestion des désastres de la préfecture d’Ehime, également concernée.

Quelque 48.000 hommes des pompiers, de la police et des Forces d’autodéfense (nom de l’armée japonaise) ont été dépêchés sur le terrain, mais ils affrontent des difficultés majeures compte tenu de l’inaccessibilité de certains lieux en pleine campagne.

Le Premier ministre, Shinzo Abe, a qualifié la situation « d’extrêmement grave » et ordonné le déploiement de tous les moyens possibles pour sauver des vies.

L’ouest du Japon a reçu plus d’un mètre d’eau en 72 heures, et de nombreuses localités sont inondées, comme ici à Hiroshima, le 7 juillet 2018 / © JIJI PRESS/AFP / STR

L’agence de météo a placé en alerte maximale plusieurs régions mettant en garde contre des risques très grands de dégâts majeurs.

Les services de secours essayaient de sauver des habitants réfugiés sur les toits de leurs maisons en grande partie sous les eaux. Hélicoptères, bateaux et autres véhicules étaient mobilisés.

« Une vigilance maximum s’impose », répétaient les météorologues tandis que le gouvernement a monté une cellule de crise.

Des maisons se sont effondrées par endroits, en raison de glissements de terrain, des routes et ponts ont été saccagés voire carrément emportés par les violents et épais flots boueux et des quartiers entiers totalement noyés, selon les images des télévisions.

Les précipitations ont dépassé un mètre en 72 heures dans plusieurs régions, l’agence de météo estimant que de tels niveaux ne sont atteints que rarement en plusieurs décennies. Elle a qualifié les pluies de « terribles » et estimé qu’elles dureraient jusqu’à dimanche.

Le Japon est souvent traversé par d’importants fronts pluvieux en plus des typhons parfois meurtriers qui le balayent régulièrement en été.

Romandie.com avec(©AFP / 07 juillet 2018 12h57)

Le Japon commémore le bombardement atomique de Hiroshima

août 6, 2016

Les Japonais ont commémoré samedi le premier bombardement atomique de l’Histoire, effectué il y a 71 ans sur Hiroshima. Le maire de cette ville du sud du Japon a appelé le monde à interdire les armes nucléaires.

La cérémonie annuelle a eu lieu quelques mois après la visite historique de Barack Obama, premier président américain en exercice à se rendre à Hiroshima.

Le 6 août 1945, à 08h15 heure locale, un bombardier B-29 américain baptisé « Enola Gay » larguait sur cette cité la bombe atomique « Little Boy ». Trois jours plus tard une autre bombe atomique, « Fat Man », frappait Nagasaki, conduisant à la reddition japonaise le 15 août et à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

D’une puissance équivalant à près de 16 kilotonnes de TNT, la bombe de Hiroshima a causé une déflagration faisant monter la température au sol à 4000 degrés. « Little Boy » a provoqué le jour même et dans les semaines suivantes le décès de 140’000 personnes.

Interdire l’arme nucléaire
Samedi, 50’000 personnes, dont le Premier ministre japonais Shinzo Abe et les représentants de dizaines de pays, ont observé une minute de silence à l’heure exacte où la bombe avait explosé sur Hiroshima.

Au cours de la cérémonie solennelle, le maire de Hiroshima, Kazumi Matsui, a rappelé dans son allocution la visite de M. Obama et son discours historique.

Cette visite « a été la preuve que le profond désir de Hiroshima de ne pas tolérer le ‘mal absolu’ était partagé par le président Obama », a-t-il affirmé. M. Matsui a appelé le monde à prendre des mesures allant vers l’interdiction de l’arme nucléaire, « forme ultime de l’inhumanité ».

Reste de cet événement l’image émouvante d’un Barack Obama serrant la main d’un survivant et en étreignant un autre. M. Obama, « venu pour rendre hommage aux morts », s’était alors exprimé pour un « monde sans armes nucléaires ».

Engagement de Shinzo Abe
Après avoir déposé une couronne de fleurs, Shinzo Abe a de son côté répété samedi que Tokyo continuerait à travailler à un monde sans armes nucléaires. « Je suis convaincu que (la visite de M. Obama) a apporté un grand espoir au Japon, dans le monde et (particulièrement) à Hiroshima et Nagasaki », a-t-il dit.

Hiroshima et Nagasaki sont un symbole dont le souvenir doit être entretenu de par le monde, jugent les Japonais.

Le 25 juillet dernier, près de 500 écoliers et collégiens nippons participaient à une commémoration au Parc du Mémorial de la Paix de Hiroshima, où ils ont déposé le nombre symbolique de 1000 grues japonaises blanches en origami (papier plié) sur la statue de Sadako Sasaki, la petite fille de 13 ans représentant tous les enfants morts à cause de la bombe atomique.

Des collégiens de l’île de la Réunion ont aussi envoyé récemment des milliers de grues, représentant la paix, en signe de solidarité.

Romandie.com avec(ats / 06.08.2016 12h59)

Japon/Barack Obama à Hiroshima : « Il y a 71 ans, la mort est tombée du ciel »

mai 27, 2016

Rarement l’expression « historique » fut plus juste. A Hiroshima, victime du feu nucléaire le 6 août 1945, le président Barack Obama a renouvelé, vendredi 27 mai, son engagement à œuvrer à un monde débarrassé de l’arme nucléaire et a surtout condamné toutes les guerres et « les souffrances indicibles » qu’elles infligent.

Cette visite, la première d’un président américain en exercice, se voulait placée sous le signe non de la contrition mais de la « poursuite de la paix ». Dans son allocution, le président américain a navigué habilement dans les méandres de la sémantique entre émotion, mémoire, éthique et politique.

« Pourquoi suis-je ici ?, a déclaré M. Obama. Pour réfléchir pourquoi des femmes et des enfants, des Américains, des Coréens et des Japonais ont péri. (…) Nous devons faire face à l’histoire, a-t- il poursuivi. Il y a soixante et onze ans, la mort est tombée du ciel et le monde a changé. (…) Hiroshima nous a appris la vérité sur la science qui peut devenir un outil de massacre. » Le martyre de ces deux villes « doit éveiller notre conscience morale ».

Barack Obama embrasse Mori Shigeaki, survivant de l’attaque atomique d’Hiroshima.

Barack Obama embrasse Mori Shigeaki, survivant de l’attaque atomique d’Hiroshima. JOHANNES EISELE / AFP

Accueilli par le premier ministre Shinzo Abe, M. Obama avait d’abord visité le musée du mémorial pour la Paix où sont présentés, de manière parfois insoutenable, les effets du bombardement atomique sur les êtres humains. Une visite rapide (une dizaine de minutes) que la presse n’a pas été autorisée à couvrir.

Après s’être recueilli quelques instants devant le monument à la paix, le président américain a déposé une couronne de fleurs blanches. Après son allocution il s’est entretenu quelques instants avec trois survivants très émus. Agés, ils avaient attendu ce moment depuis des décennies. Plus que des excuses, la majorité d’entre eux souhaite que le monde reconnaissance leurs souffrances, afin de donner un sens à la formule sibylline du monument à la paix : « Reposez en paix, on ne répétera jamais la même erreur. » Phrase sans sujet mais qui, pour eux, en a un : L’humanité.

C’est pourquoi, les survivants de la bombe atomique (hibakusha) demandaient que Barack Obama visite le musée du mémorial pour la paix. Longtemps, le ressentiment à l’égard des Américains a dominé chez eux. Un geste de regret était attendu. Soixante et onze ans sont passés. Les 183 000 victimes de l’atome reconnues, dont l’âge moyen en 2016 est de 80 ans, s’éteignent peu à peu. Et avec eux s’évanouit la mémoire vive de ce qu’ils ont vécu. Elle se transmet mais pour les plus jeunes, le bombardement relève de l’histoire. Le peu de temps qui reste pour écouter les victimes de l’un des plus grands drames du XXsiècle fut sans doute une des raisons de la décision de Barack Obama de se rendre à Hiroshima.

Pas d’excuses

En tout cas, beaucoup de survivants l’ont ressenti ainsi : « Nous vous avons attendu si longtemps », a écrit au président une victime, Mme Keiko Ogura. « J’admire son courage d’être venu », dit pour sa part Koei Oiwa, un hibakusha de 90 ans. Après d’âpres débats au sein de leurs organisations, ils ont renoncé à exiger des excuses (exclues d’entrée de jeu par Washington et Tokyo).

« Hiroshima nous a appris la vérité sur la science qui peut devenir un outil de massacre », Barack Obama

Mme Yoshiko Kajimoto, 85 ans, qui, adolescente, a perdu ses parents dans le bombardement, a longtemps nourri une profonde rancœur à l’égard des Américains : « Depuis une dizaine d’années, j’ai pris conscience qu’il faut surmonter la haine. Ce que j’attendais de la visite du président Obama, c’est qu’il prenne conscience de ce que nous avons vécu et transmette ce qu’il a ressenti au reste du monde. »

« La dignité d’Hiroshima, c’est de ne pas répondre par la haine à ces bombardements inhumains », a écrit vendredi dans un éditorial le quotidien local Chugoku Shimbun. Pour M. Terumi Tanaka, 84 ans, secrétaire général de l’association nationale des victimes des bombes A et H, « l’abandon de l’arme nucléaire sera la vraie excuse que le monde peut faire aux victimes de la bombe ». Ce n’est pas sans état d’âme que M. Tanaka a renoncé à demander des excuses.

Pas de débat sur les responsabilités

Pour la jeune génération, les effets du premier bombardement atomique doivent guider le présent en vue de l’abolition des armes nucléaires : « Je ne demande pas des excuses du président Obama, mais au moins qu’il ne légitime pas ce bombardement, annonce un étudiant dans la foule, qui se presse aux alentours du parc de la Paix. Si on s’obstine à demander des excuses on ne peut pas progresser. Sa présence est déjà en soi une excuse silencieuse », ajoute un autre jeune.

L’insistance de Tokyo et de Washington à exclure des excuses de M. Obama a irrité des victimes qui se sont senties oubliées en raison de la volonté des deux pays de ne pas rouvrir le débat sur les responsabilités : celles des Etats-Unis d’avoir infligé de telles souffrances à des populations civiles, et celles du Japon pour les exactions de l’armée impériale.

Selon Toshiki Fujimori, secrétaire adjoint de la confédération des organisations des victimes de la bombe A et de la bombe H, « il est honteux d’entendre les dirigeants japonais déclarer que des excuses sont exclues ».

Lire aussi :   « La visite de M. Obama à Hiroshima vient rappeler l’urgence d’agir contre les armes nucléaires »

Les victimes coréennes oubliées

Le député indépendant de Hiroshima, Shizuka Kamei, avait été plus virulent : « Si le président Obama se rend à Hiroshima sans exprimer de remords, il est préférable qu’il ne vienne pas. » Les plus déçus sont les victimes coréennes du bombardement. Barack Obama a négligé le monument à la mémoire des 30 000 Coréens tués lors du bombardement, situé un peu à l’écart dans le parc de la Paix.

Au total il y a eu 50 000 atomisés coréens à Hiroshima et 20 000 à Nagasaki. Pour la plupart, ils avaient été recrutés comme travailleurs forcés par le Japon, qui avait alors colonisé la péninsule. Le sort de survivants fut encore plus misérable que celui des Japonais. De retour en Corée du sud, ils furent considérés comme des parias : au cours des dictatures jusqu’en 1988, il était interdit de critiquer les Etats-Unis et les victimes ne reçurent des soins médicaux que dans les années 1990, lorsque le Japon créa un fonds humanitaire pour leur venir en aide. Beaucoup ont entamé des actions en justice pour être reconnus victimes.

A Séoul comme à Pékin, la visite du président Obama à Hiroshima suscite des critiques : « Elle est imprudente et regrettable », écrit le quotidien sud-coréen JongAng Ilbo, car elle encourage le Japon « à se présenter comme une victime en oubliant qu’il fut un agresseur ». Les Coréens demandent des excuses du Japon et des Etats-Unis avec un leitmotiv : « Ce n’est pas nous qui avons déclenché la guerre. »

Lemonde.fr par Philippe Pons (Hiroshima, envoyé spécial)