Posts Tagged ‘Hissène Habré’

Sénégal : la justice refuse de libérer Hissène Habré, selon ses avocats

avril 18, 2021
Hissène Habré lors de son procès à Dakar, le 30 mai 2016.

La justice sénégalaise a refusé une demande de libération de l’ex-président tchadien Hissène Habré, condamné à perpétuité par une juridiction africaine à Dakar pour crimes contre l’humanité, a-t-on appris dimanche auprès de ses avocats.

Hissène Habré, 79 ans, qui a dirigé le Tchad de 1982 à 1990, a été condamné le 30 mai 2016 à la prison à vie à l’issue d’un procès sans précédent à Dakar, après avoir été déclaré coupable de crimes contre l’humanité, viols, exécutions, esclavage et enlèvement.

Une commission d’enquête tchadienne a chiffré à 40 000 morts le nombre des victimes de la répression sous le régime Habré.

Renversé en 1990, l’ex-président tchadien avait trouvé refuge au Sénégal, où, sous la pression internationale, les conditions de son procès avaient été créées. Il y avait été arrêté en 2013 et inculpé par un tribunal spécial instauré en coopération avec l’Union africaine. Depuis sa condamnation, il purge sa peine dans un établissement pénitentiaire de Dakar.

Refus

Ses avocats ont le 29 mars déposé une « demande de permission » visant sa libération, une requête adressée au juge de l’application des peines au Tribunal de grande instance hors classe de Dakar.

« Un refus a été opposé à cette demande », ont indiqué dimanche dans un communiqué  ses avocats Ibrahima Diawara et François Serres.

« Le juge a tenu à mettre en avant l’avis défavorable de la commission pénitentiaire consultative présidée par lui-même et composée du directeur de l’administration pénitentiaire, du directeur de la prison » où est détenu Hissène Habré et d’autres membres dans le personnel pénitentiaire et la santé, ont-ils ajouté dans ce communiqué.

« Le raisonnement tenu pour refuser la permission est que la question de la santé est du ressort de la direction de l’administration pénitentiaire », alors que « c’est bien en tenant compte des risques pour la santé que la première permission a été accordée par le même juge », ont expliqué les deux avocats, qui ont dénoncé une « règle de droit (…) à géométrie variable ».

« Nous vivons des moments difficiles où un système étouffe un homme, ses droits les plus élémentaires, à savoir le droit à la santé », ont poursuivi les avocats.

L’ancien dirigeant tchadien avait bénéficié le 7 avril 2020 d’une sortie de prison de 60 jours accordée par la justice sénégalaise.

Le juge de l’application des peines avait motivé sa décision par le fait que Hissène Habré était « particulièrement vulnérable au coronavirus » et la nécessité de faire de la place dans sa prison, choisie pour mettre en quarantaine les prisonniers en début de détention. Hissène Habré avait regagné sa cellule au terme des 60 jours, début juin 2020.

« Ce n’est que justice »

Le Sénégal a officiellement enregistré 39 782 cas de Covid-19, dont 1 091 décès.

« Ce n’est que justice », a déclaré Kaltouma Deffalah, une victime du régime de Hissène Habré, citée dans un communiqué de Human Rights Watch.

« L’homme qui m’a réduite en esclavage doit purger sa peine conformément à la loi. Nous attendons toujours que Hissène Habré arrête de cacher son argent et nous verse les indemnités ordonnées par le tribunal », a-t-elle ajouté.

Le tribunal qui a condamné Hissène Habré a également accordé 82 milliards de francs CFA (environ 125 millions d’euros) d’indemnités à plus de 7 300 victimes qui réclament toujours d’être indemnisées.

Par Jeune Afrique avec AFP

Au Sénégal, le Tchadien Hissène Habré bénéficie d’une libération provisoire

avril 7, 2020

Hissène Habré fermant les yeux à son procès pendant le témoignage de Bandoum Bandjim, le 23 septembre 2015 à Dakar.

Hissène Habré fermant les yeux à son procès pendant le témoignage de Bandoum Bandjim, le 23 septembre 2015 à Dakar. © Capture d’écran / RTS

 

L’ex-président tchadien, qui purge à Dakar une peine de réclusion à perpétuité pour crimes contre l’humanité, a bénéficié d’une autorisation de sortie de 60 jours dans le contexte de l’épidémie de coronavirus.

Lundi 6 avril, aux environs de 21 heures locales, le plus illustre détenu de la maison d’arrêt du Cap Manuel a quitté le pavillon spécial de sa prison dakaroise. L’ex-président tchadien (1982-1990), condamné à la réclusion à perpétuité en mai 2016, notamment pour crimes contre l’humanité, a en effet bénéficie d’une autorisation de sortie de 60 jours. Il a rejoint dans la soirée sa femme et ses proches à leur domicile dakarois, où il est placé en résidence surveillée. Un domicile qu’il ne pourra quitter que « sur autorisation et pour une visite médicale », précise le colonel Jean-Bertrand Bocandé, directeur de l’administration pénitentiaire sénégalaise.

Particulièrement vulnérable

Signée par le juge d’application des peines Babacar Ndiaye Fall ce lundi, l’autorisation de sortie répond à la demande de libération déposée par les avocats de Hissène Habré le 26 mars. « La prison est un milieu qui présente de réels risques de contamination par le virus et [Hissène Habré], d’un âge avancé, est particulièrement vulnérable », mentionne l’ordonnance de sortie, que Jeune Afrique a pu consulter.

Depuis le 23 mars, afin d’éviter d’en faire un foyer de propagation du Covid-19, la maison d’arrêt avait été vidée de tous ses occupants à l’exception de l’ex-président tchadien, aujourd’hui âgé de 77 ans. Depuis quelques jours cependant, elle accueillait de nouveaux individus placés sous mandat de dépôt. « La venue de nouveaux arrivants en détention, en cette période de crise sanitaire, augmentait les risques », explique le colonel Bocandé.

Sortie sous escorte

Le 1er avril, Clément Abaïfouta, le président de l’Association des victimes des crimes du régime de Hissène Habré (AVCRHH) avait lancé un avrtissement : « La crise sanitaire ne doit pas servir d’excuse à la libération anticipée de Hissène Habré. » Une inquiétude face à laquelle l’administration pénitentiaire sénégalaise précise, dans un communiqué, qu’« il ne s’agit pas d’une libération mais d’une sortie sous escorte pénitentiaire ».

Depuis plusieurs mois déjà, la santé de Hissène Habré faisait l’objet d’une querelle entre l’administration pénitentiaire et la famille du condamné. L’épouse de ce dernier accusait ainsi l’administration carcérale de refuser l’accès aux soins à son mari, qui s’était, selon elle, fracturé le bras lors d’une chute en novembre 2019. Mais jusqu’ici, l’autorité judiciaire a estimé que Hissène Habré se portait bien.

« Nous ne pouvons que croire le gouvernement sur parole sur le fait qu’il ne s’agisse que d’une mesure temporaire pour protéger la santé de Habré », a réagit Reed Brody, défenseur des victimes et avocat pour l’ONG Human Rights Watch.

« Sa libération anticipée violerait non seulement les règles de la Cour africaine qui l’a condamné, mais aussi l’obligation du Sénégal de réprimer de manière effective ces crimes, comme l’a indiqué clairement le Comité des Nations unies contre la torture », a-t-il ajouté.

Avec Jeuneafrique par Manon Laplace – à Dakar

 

Perpétuité confirmée pour l’ex-président tchadien pour crimes contre l’humanité

avril 27, 2017

L’ex-président tchadien Hissène Habré escorté par des gardes lors de son procès en première instance à Dakar le 20 juillet 2015 / © AFP/Archives / SEYLLOU

L’ex-président tchadien Hissène Habré a définitivement été condamné jeudi à la prison à vie pour crimes contre l’humanité, un verdict rendu à l’issue de son procès en appel devant un tribunal spécial africain siégeant à Dakar.

Ce jugement confirme un jugement en première instance rendu en mai 2016 par les Chambres africaines extraordinaires (CAE), créées en vertu d’un accord entre l’Union africaine (UA) et le Sénégal, où M. Habré s’est réfugié après avoir été renversé en décembre 1990 par l’actuel président tchadien Idriss Deby Itno.

Son procès était le premier au monde dans lequel un ancien chef d’Etat est traduit devant une juridiction d’un autre pays pour violations présumées des droits de l’homme.

Une commission d’enquête tchadienne estime le bilan de la répression sous le régime d’Hissène Habré (1982-1990) à quelque 40.000 morts.

Le jugement en appel s’était déroulé en janvier devant une cour présidée par le magistrat malien Wafi Ougadèye, qui a rendu son verdict jeudi.

La Cour d’appel « confirme la décision » sur les crimes de guerre, crimes contre l’humanité et crimes de torture rendue en mai 2016, a déclaré M. Ougadèye.

M. Habré, aujourd’hui âgé de 74 ans, a en revanche été acquitté de l’accusation de viol, une « infirmation partielle (qui) ne change pas » le verdict selon le magistrat.

Hissène Habré purgera sa peine au Sénégal ou dans un autre pays de l’UA.

« Depuis plus de 26 ans, je travaille pour que Habré soit condamné pour les crimes qu’il a commis. Aujourd’hui, je suis enfin en paix », a réagi Souleymane Guengueng, président d’une association de victimes, détenu pendant plus de deux ans par la Direction de la Documentation et de la Sécurité (DDS, police politique du régime Habré).

« J’espère que tous les dictateurs en Afrique ont compris le message – personne n’est au-dessus des lois ! », a ajouté M. Guengueng dans un message électronique transmis à l’AFP.

Une immense victoire

Pour le juriste américain Reed Brody, qui travaille avec les victimes depuis 1999 et a assisté à toutes les étapes du procès depuis son ouverture, la condamnation définitive de M. Habré « représente une immense victoire pour les victimes tchadiennes ».

« Cette décision envoie un message fort : l’époque où les tyrans pouvaient brutaliser leur peuple, piller les richesses de leur pays puis s’enfuir à l’étranger pour profiter d’une vie de luxe, touche à sa fin. Ce jour restera gravé dans l’Histoire comme étant celui où un groupe de survivants déterminés l’a finalement emporté sur leur bourreau », a commenté M. Brody dans le même message.

L’audience s’était ouverte peu après 10H00 (locales et GMT), en l’absence d’Hissène Habré, sans que le président Wafi Ougadèye évoque cet aspect, selon un journaliste de l’AFP.

Peu d’affluence était notée dans la salle d’audience, où étaient cependant présents quelques partisans de M. Habré, des victimes et leurs soutiens, ainsi que des avocats des parties civiles et ceux commis d’office pour la défense.

Le 30 mai 2016, Hissène Habré avait été condamné à la perpétuité pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité, tortures et viols par le tribunal spécial puis, le 29 juillet 2016, à payer jusqu’à 20 millions de francs CFA (plus de 30.000 euros) par victime.

Tout au long du procès en première instance qui s’était ouvert le 20 juillet 2015, Hissène Habré avait refusé de s’exprimer ou d’être représenté devant une juridiction qu’il récuse. La Cour avait donc désigné trois avocats commis d’office pour assurer sa défense.

Ce sont ces trois avocats qui ont fait appel, et non les conseils désignés par lui et qui, selon ses instructions, avaient boycotté les débats. Mais jeudi, le journaliste de l’AFP a vu dans la salle un des avocats embauchés par M. Habré, le Français François Serres.

La défense commise d’office avait réclamé une annulation de sa condamnation, dénonçant notamment des erreurs affectant la validité du verdict rendu en première instance et contestant certaines accusations contre M. Habré.

Les avocats des parties civiles avaient de leur côté réclamé la confirmation du verdict.

Romandie.com avec(©AFP / 27 avril 2017 14h15)

L’ex-président tchadien Habré doit verser entre 15.000 et 30.000 euros à chaque victime

juillet 29, 2016

Dakar – L’ex-président tchadien Hissène Habré, reconnu coupable fin mai de crimes de guerre et crimes contre l’humanité, a été condamné vendredi à verser entre 10 et 20 millions de FCFA (entre 15.245 et 30.490 euros) par victime par le tribunal spécial africain qui l’a jugé à Dakar.

Le tribunal, qui l’avait déjà condamné à la prison à vie, a ordonné l’indemnisation des victimes de viol, de détention arbitraire ou prisonnier et rescapé, et des victimes indirectes, a annoncé son président, le magistrat burkinabè Gberdao Gustave Kam.

Le jugement a été rendu en l’absence de M. Habré, qui a dirigé le Tchad de 1982 à 1990. Mais les avocats commis d’office pour sa défense étaient présents.

La juridiction condamne M. Habré à payer à chacune des victimes de viol et d’esclavage sexuel la somme de 20 millions de FCFA, à chaque victime de détention arbitraire, prisonnier de guerre et rescapé la somme de 15 millions de FCFA (22.867 euros) et (à chacune) des victimes indirectes (ayant perdu des proches, ndlr) 10 millions de FCFA, a indiqué M. Kam, sans préciser le nombre de victimes concernées.

Selon la Tchadienne Jacqueline Moudeina, présidente du collectif des avocats des victimes, le nombre total de victimes est de 4.733 dont 1.625 directes, a-t-elle déclaré à la presse à l’issue de l’audience.

Parmi ces victimes, une quinzaine de femmes ont été, selon elles, victimes de viol et d’esclavage sexuel, a ajouté Mme Moudeina.

Hissène Habré a été condamné le 30 mai à perpétuité pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et crimes de tortures par les Chambres africaines extraordinaires (CAE).

Les CAE ont été créées en vertu d’un accord entre le Sénégal et l’Union africaine (UA) pour juger Hissène Habré (1982-1990) à Dakar, où il s’est réfugié en décembre 1990 après avoir été renversé par un de ses anciens collaborateurs, l’actuel président Idriss Deby Itno.

Une commission d’enquête tchadienne estime le bilan de la répression sous son régime à quelque 40.000 morts.

Romandie.com avec(©AFP / 29 juillet 2016 13h52)

Crimes d’Hissène Habré : HRW prépare un rapport accablant sur le rôle de la France

mai 31, 2016

Le président François Mitterrand, son premier ministre de l’époque Jacques Chirac déjeunent avec le dictateur Hissene Habre en 1986 au Togo.

Le président François Mitterrand, son premier ministre de l’époque Jacques Chirac déjeunent avec le dictateur Hissene Habre en 1986 au Togo. Crédits : DANIEL JANIN/AFP
Hissène Habré a été condamné lundi 30 mai à la prison à vie pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre, tortures et viols commis durant sa présidence du Tchad de juin 1982 à décembre 1990. Durant toute cette période, l’ex-dictateur a bénéficié d’une aide importante de la France. Que savait Paris de ses crimes ?

Difficile à déterminer sans l’accès aux archives officielles, que les autorités françaises ont refusé à Human Rights Watch (HRW). « Que cherche à cacher l’Etat français ? », demande l’ONG, qui enquête depuis 1999 sur le système de répression d’Hissène Habré et a préparé deux rapports en voie de finalisation : un premier sur les relations entre le Tchad et les Etats-Unis et un second sur la France, rédigé par Henri Thulliez.

Le Monde a eu accès à une version provisoire de ce rapport, qui s’appuie sur de nombreux témoignages et documents. Il montre que Paris a soutenu le régime Habré « au-delà de ce qui était connu » et « devait, au minimum, être informé des plus graves exactions commises » pendant plus de huit ans par les FANT, les Forces armées nationales tchadiennes, et par la DDS, sa police politique.

Paris au plus près des exactions des FANT

Lorsque Hissène Habré prend le pouvoir à N’Djamena, en juin 1982, Paris connaît déjà la violence de ce chef de guerre. En 1974, ses rebelles du Front de libération nationale du Tchad (Frolinat) ont kidnappé trois Européens, dont l’anthropologue française Françoise Claustre. L’année suivante, l’officier français venu négocier sa libération, Pierre Galopin, « est exécuté par les forces d’Habré », rappelle le rapport de HRW.

Après 1982, la France déploie par étapes au Tchad une aide militaire d’envergure : opérations « Manta » (1983-1984) puis « Epervier » (1986-2014). Lorsque, le 30 juillet 1983, les Forces armées nationales du Tchad (FANT) reprennent Abéché et Faya Largeau dans le nord du pays, les officiers français ne sont pas loin. Des centaines de combattants de Goukouni Oueddeï (soutenu par la Libye de Mouammar Kadhafi) seront « victimes d’exactions, de mauvais traitements, de tortures et d’exécutions sommaires ».

L’armée française pouvait-elle l’ignorer ? Le 11 juillet 1983, « 32 mercenaires, sélectionnés par René Dulac (…), ont décollé de l’aéroport du Bourget » pour N’Djamena puis Faya Largeau. Qui dirige « Saxo », cette opération clandestine ? « Dulac a reçu ses ordres lors d’une réunion de crise organisée par la DGSE [Direction générale de la sécurité extérieure] dans les locaux du ministère de la coopération, affirme le rapport de HRW. Le projet est suivi de près par Jean-François Dubos, directeur adjoint du cabinet du ministre de la défense Charles Hernu (1981-1984), ainsi que par Guy Penne et François de Grossouvre, conseillers de Mitterrand. »

Une DGSE « très proche » de la DDS tchadienne

En janvier 1983, Hissène Habré instaure par décret la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS). « Cet organisme s’est rendu responsable d’innombrables exactions pendant toute la durée du régime Habré », écrit HRW en 2013 dans son rapport intitulé « La Plaine des morts ». Dès la création de la DDS, Claude Faure, ancien agent de la DGSE, écrit : « Au Tchad, une équipe du service action de la DGSE est détachée auprès de la DDS tchadienne. Les membres de cette équipe ont pour mission de conseiller et de former les personnels de ce service. »

Paris pouvait-il ignorer les pratiques de torture de la DDS ? A son procès à N’Djaména, en 2014, Saleh Younous, premier directeur de la DDS (1983-1987), a déclaré : « Les renseignements venaient de l’extérieur et de l’intérieur. Nous avions une relation très étroite avec la DGSE, la CIA, le Mossad, les services soudanais, etc. (…) La DGSE était très proche de nous. »

Lemonde.fr

Procès Habré: l’ex-président tchadien condamné à la prison à vie

mai 30, 2016

Dakar – L’ex-président tchadien Hissène Habré, jugé à Dakar par un tribunal spécial africain, a été reconnu coupable lundi de crimes contre l’humanité, viols, exécutions, esclavage et enlèvement, et condamné à la prison à perpétuité.

L’ex-président dispose de quinze jours pour interjeter appel.

Hissène Habré, la Chambre (le tribunal spécial, NDLR) vous déclare coupable (…) des crimes contre l’humanité de viol, d’esclavage forcé, d’homicide volontaire, de pratique massive et systématique d’exécutions sommaires, d’enlèvement de personnes suivi de leur disparition, de tortures et d’actes inhumains, a déclaré le président du tribunal, le Burkinabè Gberdao Gustave Kam.

Il a ajouté que M. Habré a aussi été reconnu coupable de crimes autonomes de tortures et des crimes de guerre d’homicide volontaire, de torture, de traitement inhumain et détention illégale ainsi que des crimes de guerre de meurtre, de torture et de traitement cruel conformément à certains articles du Statut portant création du tribunal.

Il a en revanche été acquitté des crimes de guerre, détention illégale visés dans d’autres articles du même document.

En conséquence et compte tenu de l’extrême gravité des faits, a poursuivi le magistrat Kam, Hissène Habré, la Chambre vous condamne à la peine d’emprisonnement à perpétuité.

Après l’énoncé du verdict, l’accusé, en turban et boubou blancs, lunettes noires, demeuré imperturbable depuis l’ouverture de l’audience, a levé les bras en saluant ses partisans et crié: A bas la Françafrique!.

Auparavant, le juge avait en outre expliqué que le tribunal a été convaincu par le témoignage de Khadija Hassan Zidane, qui a affirmé pendant le procès avoir été violée par Hissène Habré. Le juge a fait état de rapports sexuels non consentis à trois reprises et d’un rapport buccal non consenti imposée à Mme Zidane par M. Habré.

Hissène Habré a dirigé le Tchad pendant huit ans (1982-1990) avant d’être renversé par un de ses anciens collaborateurs, l’actuel président Idriss Deby Itno, et de se réfugier au Sénégal en décembre 1990.

Arrêté le 30 juin 2013, il était jugé depuis le 20 juillet 2015 par les Chambres africaines extraordinaires (CAE), créées en vertu d’un accord entre le Sénégal et l’Union africaine (UA), qu’il récuse et devant lesquelles il refuse de s’exprimer ou de se défendre.

Une commission d’enquête tchadienne estime le bilan de la répression sous Hissène Habré à quelque 40.000 morts, dont 4.000 identifiés nommément.

Sans surprise, le verdict a été salué par les parties civiles et des organisations de défense des droits de l’Homme qui les soutiennent, et décrié par des partisans de M. Habré, dont des proches, ayant assisté à l’audience au Palais de Justice de Dakar.

La condamnation de Hissène Habré pour ces crimes atroces 25 ans plus tard représente une immense victoire pour les victimes tchadiennes, a affirmé dans un bref message à la presse Reed Brody, cheville ouvrière de cette procédure au sein de Human Rights Watch (HRW).

A l’opposé, pour Mahamat Togoi, du collectif de soutien à Hissène Habré: ce qu’on a vu aujourd’hui ce n’est pas de la Justice, c’est un crime contre l’Afrique, a-t-il lancé.

Romandie.com avec(©AFP / 30 mai 2016 14h33)

Procès Habré: le procureur réclame la prison à perpétuité

février 10, 2016

Dakar – Le procureur du tribunal spécial africain qui juge l’ex-président tchadien Hissène Habré à Dakar a réclamé mercredi sa condamnation à l’emprisonnement à perpétuité pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre.

Au regard des éléments de preuve, il y a lieu de retenir la culpabilité de Hissène Habré pour les crimes de torture, crimes contre l’humanité et crimes de guerre, a déclaré le procureur spécial Mbacké Fall au terme d’un réquisitoire de près de sept heures. Il a réclamé l’emprisonnement à perpétuité, assorti de la confiscation de tous les biens saisis pendant la procédure.

Hissène Habré mérite une condamnation à la hauteur des crimes dont il est déclaré coupable, a affirmé M. Fall, considérant comme une circonstance aggravante le silence de l’accusé pendant tout le procès, y voyant une lâcheté envers les victimes plutôt qu’une stratégie de défense.

Quelle que soit la peine qui sera prononcée à son encontre, M. Habré aura meilleure fortune que ses victimes, a-t-il ajouté.

Hissène Habré comparaît devant les Chambres africaines extraordinaires (CAE), juridiction créée en vertu d’un accord entre le Sénégal et l’Union africaine (UA), qu’il récuse et devant laquelle il refuse de s’exprimer et de se défendre, une tâche confiée par les CAE à trois avocats commis d’office.

En détention depuis le 30 juin 2013 au Sénégal, où il avait trouvé refuge en décembre 1990 après avoir été renversé par l’actuel président tchadien Idriss Deby Itno, il est poursuivi pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et crimes de torture.

Il encourt jusqu’aux travaux forcés à perpétuité. En cas de condamnation, dont il peut faire appel, l’accusé pourra purger sa peine au Sénégal ou dans un autre pays de l’UA.

Romandie.com avec(©AFP / 10 février 2016 19h14)

Le procès de Hissène Habré ajourné au 7 septembre

juillet 21, 2015

L'ex-président tchadien lundi 20 juillet lors de l'ouverture de son procès à Dakar. © Ibrahima Ndiaye/AP/SIPA

L’ex-président tchadien lundi 20 juillet lors de l’ouverture de son procès à Dakar. © Ibrahima Ndiaye/AP/SIPA

Le procès de l’ex-président tchadien Hissène Habré qui s’est ouvert hier à Dakar a finalement été ajourné au 7 septembre.

Devant le refus de ses avocats de se présenter au tribunal à sa propre demande, les juges ont désigné un avocat commis d’office à Hissène Habré. Le temps que le nouveau conseil de l’ancien président tchadien prenne connaissance du dossier, le procès est ajourné et reprendra dans 45 jours.

Stratégie d’ignorance

Au deuxième jour de son procès qui s’est ouvert lundi matin, Hissène Habré a une fois de plus été amené de force devant le tribunal spécial qui doit le juger pour « crimes contre l’humanité, crimes de guerre et crimes de torture ». Lorsqu’il a été appelé à la barre, l’ex-président tchadien n’a pas bougé d’un centimètre en préférant adopter une stratégie d’ignorance totale à l’égard de la cour et des juges.

L’accusé, en détention depuis deux ans au Sénégal, « ne reconnaît pas cette juridiction, ni dans sa légalité, ni dans sa légitimité », avait déjà affirmé Me Ibrahima Diawara, l’un de ses avocats .

Hissène Habré a quitté la salle d’audience en levant le poing, tourné vers ses partisans qui l’ont applaudi.

Ce report risque de représenter une déception pour les 4000 victimes qui se sont constituées parties civiles. « Nous aurions aimé être consultés sur ce délai », a déclaré Me Georges-Henri Beauthier, avocat au barreau de Bruxelles, membre du collectif des avocats des victimes. « M. Habré a le droit de garder le silence mais nous avons le droit à une justice », a-t-il déclaré à l’AFP. Sous son règne, le régime aurait fait plus de 40 000 victimes entre 1982 et 1990.

Jeuneafrique.com

L’ex-président tchadien Hissène Habré amené de force au premier jour de son procès

juillet 20, 2015

Dakar – L’ex-président tchadien Hissène Habré a été amené de force lundi au tribunal spécial devant le juger pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et crimes de torture, a constaté une journaliste de l’AFP.

Hissen Habré pris de force pour comparaître

Hissen Habré pris de force pour comparaître

Hissène Habré, 72 ans, vêtu de blanc et coiffé d’un turban, a été porté dans le box des accusés au palais de justice de Dakar, par des agents de l’administration pénitentiaire. Il a levé le poing et crié Allah akbar (Dieu est grand)!.

Le procès, devant les Chambres africaines extraordinaires (CAE), tribunal spécial créé par l’Union africaine (UA) en vertu d’un accord avec le Sénégal, s’est ouvert quelques minutes après l’horaire prévu (10H00 locales et GMT), après l’évacuation par les gendarmes de partisans du président tchadien déchu, qui ont hurlé dans la salle des slogans hostiles à la Cour.

Le président, le Burkinabè Gberdao Gustave Kam, a constaté à l’ouverture du procès que la défense n’était pas représentée.

L’unique accusé, qui ne reconnaît pas cette juridiction, ni dans sa légalité, ni dans sa légitimité, selon un de ses avocats, Me Ibrahima Diawara, avait annoncé qu’il refuserait de comparaître et donné instruction à ses conseils de ne pas assister non plus aux audiences.

Hissen Habré: la honte d'une comparution

Hissen Habré: la honte d’une comparution

Hissène Habré, en détention depuis deux ans au Sénégal où il a trouvé refuge après avoir été renversé par l’actuel président Idriss Deby Itno, est poursuivi pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et crimes de torture sous son régime (1982-1990) qui ont fait quelque 40.000 morts, selon les organisations de défense des droits de l’Homme.

Romandie.com avec(AFP / 20 juillet 2015 12h25)

Procès Habré : « On a placé des fils électriques sur mon corps et allumé le courant »

juillet 19, 2015

Alkhali Mahamat Bichara s'est fait interrogé par Hissène Habré lui-même. © Rémi Carayol, pour J.A.

Alkhali Mahamat Bichara s’est fait interrogé par Hissène Habré lui-même. © Rémi Carayol, pour J.A.

Alkhali Mahamat Bichara a passé plus de 20 mois en prison où il a été torturé. Un jour, il se retrouve même face à Hissène Habré en personne. À la veille du procès, retrouvez le troisième témoigne de la série consacrée par Jeune Afrique aux victimes du régime Habré.

Lui non plus, ne pensait pas finir en prison. Alkhali Mahamat Bichara était certes un « goukouniste » : un compagnon d’armes de Goukouni Weddeye, l’allié de Hissène Habré devenu son ennemi juré à partir de 1976. Mais quand il rentre à N’Djamena en mars 1988, après un long exil en Libye, il est serein : s’il revient, c’est parce que Goukouni et Habré ont fait la paix, et que la guerre contre la Libye touche à sa fin. Il n’a donc rien à craindre, croit-il. D’ailleurs, d’autres l’ont imité.

Erreur : peu de temps après son arrivée, il est arrêté. Mené à la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS). « J’ai été gardé sous terre (dans une cellule de la célèbre « Piscine », ndlr) pendant trois jours. Puis on m’a sorti et on m’a amené dans un bureau, où on m’a interrogé. ‘Qui vous a envoyé ? Qui vous a donné de l’argent ?’ On m’a torturé : on a placé des fils électriques sur mon corps et allumé le courant ; on m’a aussi gavé à l’eau jusqu’à ce que je m’évanouisse. »

Face à Habré en personne

Le gavage à l’eau, est une terrible épreuve : on vous place un tuyau dans la bouche, dos contre terre, et on ouvre le robinet ; l’eau rentre, rentre, puis sort par tous les trous ; et l’on finit bien souvent par s’évanouir avec une impression d’asphyxie. Le supplice, pour Bichara, se reproduit plusieurs nuits d’affilées.

Puis un jour, les gardes le menottent, lui voilent les yeux et le font monter dans un pick-up. Quand on lui retire le bandeau, il se trouve face à Habré en personne, dans ce que Bichara devine comme étant son bureau.

« Il était assis sur son fauteuil. Il fumait et me crachait la fumée au visage sans me parler, en lisant des notes. Sur la table, il y avait un pistolet. Je ne savais pas si je sortirais d’ici. Au bout d’un moment, il m’a dit : ‘Je vais te poser trois questions : qui t’a envoyé ? pour quoi faire ? que t’a-t-on donné ?’ Je lui ai dit que personne ne m’avait envoyé, que j’étais rentré car les chefs avaient fait la paix. Puis il a appelé le garde du corps et on m’a ramené en prison. On a dû rester plus d’une heure dans son bureau sans personne d’autre ».

On voyait mourir quatre ou cinq détenus par jour »

Bichara ne sera plus torturé. Il sera transféré à la prison des « Locaux ». Là, ce n’est pas des sévices qu’on y meurt, mais de la maltraitance. « C’était une hécatombe, se souvient-il. On voyait mourir quatre ou cinq détenus par jour ». Il ne sera libéré que vingt mois plus tard, le 1er décembre 1990, lorsque la chute de Habré sera confirmée.

A l’âge de 67 ans, il ne souhaite qu’une chose : « Que justice soit rendue et qu’Habré paye pour ce qu’il a fait ».

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