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Ouattara, Saïed, Condé, Guelleh, Bongo, Bazoum… Les hommages du continent à BBY

mai 5, 2021
Béchir Ben Yahmed lors d’une soirée de « La Revue » le 6 mai 2010, à Paris

Chefs d’État, intellectuels, lecteurs… Depuis le décès, le 3 mai à Paris, de Béchir Ben Yahmed, fondateur de « Jeune Afrique » et de « La Revue », les messages saluant sa mémoire se multiplient.

Béchir Ben Yahmed, fondateur et patron historique de Jeune Afriques’est éteint lundi à l’âge de 93 ans à l’hôpital parisien Lariboisière. Depuis l’annonce du décès de ce témoin privilégié des soubresauts de l’Afrique et du Moyen-Orient, les hommages affluent. Qu’ils soient chefs d’États, Premiers ministres, journalistes ou lecteurs émus, les témoignages de respect et d’estime se multiplient, publics comme privés.

L’un de ses amis les plus chers et les plus fidèles, Alassane Ouattara – le journaliste considérait être pour l’Ivoirien « une sorte de frère aîné » – a été l’un des premiers à réagir. « C’est avec une immense tristesse que j’apprends le décès de mon aîné Béchir Ben Yahmed, un ami depuis une quarantaine d’années, un grand intellectuel, un excellent journaliste et un infatigable entrepreneur », s’est ainsi ému le président.

Son Premier ministre, Patrick Achi, a évoqué un « homme du dialogue des cultures, des continents et des hommes ». « Créatif, généreux, exigeant, il avait le génie de la presse », a-t-il ajouté.

« C’est une certaine Afrique qui s’en est allée »

Peu après l’annonce du décès de BBY, c’est un autre chef d’État, fraîchement élu, qui a été parmi les premiers à saluer la mémoire du fondateur de JA. « C’est une certaine Afrique qui s’en est ainsi allée, à travers ce grand témoin de notre histoire, a écrit le président du Niger, Mohamed Bazoum. Mes condoléances attristées à l’équipe de Jeune Afrique. Je suis convaincu qu’elle saura porter très haut le flambeau de cette belle aventure. » Son prédécesseur, Mahamadou Issoufou, lui a emboîté le pas, rendant hommage à « un géant ». Un terme également employé par Moussa Faki Mahamat, le président de la Commission de l’Union africaine.

« Je salue la mémoire d’un pionnier qui a mis sa plume au service du continent », a écrit pour sa part le président burkinabè, Roch Marc Christian Kaboré. BBY a été un acteur de la lutte pour la cause du tiers-monde, l’indépendance des pays africains, l’État de droit et la démocratie. » Le président sénégalais, Macky Sall, a quant à lui fait part de sa peine, insistant sur le « parcours exceptionnel » du fondateur de Jeune Afrique. 

Les présidents guinéen Alpha Condégabonais Ali Bongo Ondimbabissau-guinéen Umaro Sissoco Embaló, comorien Azali Assoumani ont fait part de leurs condoléances par le biais de messages personnels adressés à Danielle Ben Yahmed, l’épouse de BBY, et à ses fils, Marwane et Amir Ben Yahmed.

« La disparition de Béchir Ben Yahmed signe indubitablement le départ d’un serviteur passionné qui mit, des décennies entières, des compétences exceptionnelles d’intelligence, de créativité et de plaidoirie en faveur de la dignité et du bien-être de l’Afrique », a quant à lui écrit le président djiboutien Ismaïl Omar Guelleh.

Kaïs Saïed lisant l’un des numéros de sa collection de « Jeune Afrique », en septembre 2019, dans l’entre-deux tours de la présidentielle en Tunisie.

C’est également le cas de Kaïs Saïed, le président tunisien, qui a salué « l’une des figures de proue du mouvement national tunisien qui a contribué, aussi bien par son engagement politique que par sa plume, à l’indépendance de son pays natal ».

« Béchir Ben Yahmed restera à jamais gravé dans la mémoire du monde des médias tunisiens, français et africains », écrit le chef de l’État, grand lecteur de Jeune Afrique, dont il conserve chez lui des dizaines de numéros.

Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a également rendu hommage « au nom du Royaume du Maroc », à cet homme « d’une grande lucidité et d’une grande constance de conviction, ainsi que le Maroc et les Marocains peuvent en témoigner ».

De son côté, l’ambassadeur d’Algérie à Paris, Mohamed Antar Daoud, a adressé ses condoléances à la famille Ben Yahmed en saluant une figure « connue et appréciée pour ses qualités humaines et professionnelles », qui laissera « le souvenir d’un homme qui a fait siens la cause et le combat du peuple algérien pour le recouvrement de son indépendance ».

Le Premier ministre guinéen, Ibrahima Kassory Fofana, a lui aussi adressé une lettre de condoléances à Danielle Ben Yahmed. Abdoulaye Bio Tchané, ministre d’État du Plan et du Développement et numéro deux du gouvernement béninois, ainsi qu’Olivier Boko, proche conseiller du président Patrice Talon, ont également présenté leurs hommages.

Daniel Ona Ondo, président de la Commission de la Cemac, a lui écrit sa « peine » après la disparition de celui qui a « réussi à faire de Jeune Afrique un puissant outil d’analyses pour la lecture et la compréhension de l’histoire contemporaine africaine ». François Fall, représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour l’Afrique centrale, a pour sa part salué « un baobab qui aura contribué à l’éveil du continent ».

Le Béninois Serge Ékué, président de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), ou encore le Sénégalais Makhtar Diop, à la tête de la Société financière internationale (IFC), ont également fait part de leurs condoléances.

L’Élysée salue « un homme de conviction »

La présidence française a longuement rendu hommage à une « plume alerte, dont la lucidité clinique n’épargnait aucun chef d’État, ni africain, ni français ». Emmanuel Macron a notamment salué « un homme de presse et de conviction qui a accompagné et éclairé les indépendances africaines, qui a insufflé une fraternité d’âme entre les États de ce continent, et qui a incarné la profondeur du lien indéfectible entre la France et l’Afrique ».

Les chefs d’État et ministres n’ont pas été les seuls à réagir. Personnalités politiques et intellectuels, artistes, écrivains, nombreux ont été celles et ceux qui ont adressé leurs condoléances de manière publique ou privée. C’est notamment le cas de Lakhdar Brahimi, ancien ministre algérien des Affaires étrangères, de Tiébilé Dramé, ancien ministre malien des Affaires étrangères, du Sénégalais Karim Wade, ex-ministre et fils de l’ancien président Abdoulaye Wade. « L’Afrique perd son plus grand patron de presse », s’est pour sa part ému le Congolais Moïse Katumbi, rendant hommage aux soixante années que BBY a passées « au service de l’information ».

Écrivains, cinéastes, journalistes…

La Prix Goncourt franco-marocaine Leïla Slimani, ancienne journaliste à Jeune Afrique, le peintre marocain Mehdi Qotbi, le cinéaste tunisien Férid Boughedir et l’ancien ministre français de la Culture Frédéric Mitterrand, qui a collaboré à La Revue, ont également adressé leurs condoléances à la famille du défunt. « C’est grâce à Béchir Ben Yahmed et à Jeune Afrique qu’une très grande partie de ma génération est née au panafricanisme, a quant à lui écrit le philosophe camerounais Achille Mbembe. Il aura eu un impact considérable sur la formation de notre conscience historique. »

Les hommages des professionnels des médias n’ont pas manqué. De l’Ivoirien Venance Konan, directeur général de Fraternité Matin, et son confrère Noël Yao, au Marocain Mohamed Khabbachi. Ce dernier, patron du site Barlamane et ancien directeur général de la MAP, salue « le parcours du combattant » d’un homme dont « le nom résonne dans toute l’Afrique et le monde arabe ».

Les anciens collaborateurs de JA ont également été nombreux à rendre hommage à Béchir Ben Yahmed : Francis Kpatindé, dans Le MondePascal Airault, dans L’OpinionChristophe Boisbouvier et Jean-Baptiste Placca, sur RFI, le Camerounais Célestin Monga, aujourd’hui enseignant à Harvard, sans oublier l’ancien rédacteur en chef de Jeune Afrique Hamid Barrada, l’une des références du journalisme au Maroc, les Sénégalais Cheikh Yérim Sow et Cécile Sow, Mohamed Selhami, fondateur de Maroc HebdoGuy Sitbon, Jean-Claude Hazena, Jean-Pierre Séréni…

Beaucoup de quotidiens et de sites d’information du continent également rendu hommage à Béchir Ben Yahmed, de Walf Quotidien (Sénégal) à Wakat Séra (Burkina Faso), en passant par Le Djely (Guinée) ou encore Les Dépêches de Brazzaville.

Par Jeune Afrique

Attentat en Tunisie: hommages et premières arrestations

juin 29, 2015

La Tunisie a annoncé lundi les premières arrestations après le pire attentat de son histoire, commis il y a trois jours dans un hôtel en bord de mer. Les ministres allemand, français et britannique de l’Intérieur se sont rendus sur place.

Vendredi, un étudiant tunisien de 23 ans a tué 38 personnes à Port El Kantaoui, près de Sousse, au sud de Tunis, avant d’être lui-même abattu. Les victimes sont en majorité des touristes étrangers. La Grande-Bretagne a payé le plus lourd tribut avec – probablement – une trentaine de morts.

L’attentat a été revendiqué par le groupe Etat islamique (EI). Cette organisation ultraradicale sème la terreur dans plusieurs pays arabes, notamment en Syrie et en Irak où elle occupe de larges pans de territoire.

Le ministre tunisien de l’Intérieur Najem Gharsalli a annoncé les premières arrestations. « Nous avons commencé par arrêter un premier groupe, dont le nombre est important, du réseau qui était derrière ce criminel terroriste », a-t-il dit en allusion à l’auteur de l’attaque. Il n’a cependant pas précisé le nombre ou l’affiliation des personnes arrêtées.

« Moments difficiles »
M. Gharsalli s’exprimait lors d’une conférence de presse à l’hôtel Imperial Marhaba, où a eu lieu la tuerie. Il était accompagné de ses trois homologues européens, le Français Bernard Cazeneuve, l’Allemand Thomas de Maizière et la Britannique Theresa May.

« Je promets aux victimes que ces tueurs criminels seront présentés à la justice pour être punis de manière juste », a-t-il dit. Il a remercié ses homologues européens de leur présence « en ces moments difficiles ».

Fleurs sur la plage
Theresa May a assuré que « les terroristes ne l’emporteront pas. Nous serons unis (…) pour défendre nos valeurs ». Dix-huit Britanniques figurent parmi les 38 morts, mais ce bilan pourrait s’alourdir et atteindre « environ 30 » morts, selon Londres.

Avant leur conférence de presse, les quatre ministres se sont recueillis, une gerbe de fleurs à la main, avant de les déposer sur le site du drame.

Les autorités tunisiennes ont affirmé avoir identifié jusqu’ici 20 des 38 victimes. Parmi elles, des ressortissants belges, allemands, irlandais et portugais. Trente-neuf autres personnes ont été blessées.

Lundi, sur les lieux du carnage, des fleurs continuaient d’être déposées avec ces messages: « Nous sommes désolés », « Nous sommes musulmans, pas terroristes ».

Armer la police touristique
Le 18 mars, la Tunisie avait déjà été frappée en plein coeur par un attentat au musée du Bardo, dans la capitale. Deux Tunisiens avaient tué 22 personnes (21 touristes étrangers et un policier), avant d’être abattus. Là aussi, l’EI avait revendiqué l’attaque.

Après l’attaque de vendredi, le gouvernement a décidé d’armer la police touristique pour protéger hôtels, plages et sites touristiques. Elle sera aussi renforcée dès mercredi par un millier d’agents de sécurité supplémentaires. Tunis va aussi fermer toutes les mosquées hors du contrôle des autorités et « diffusant un discours de haine », selon M. Gharsalli.

Destination phare
Avec 1000 km de littoral, d’innombrables plages et des sites archéologiques de renommée internationale, la Tunisie a très longtemps été l’une des destinations phare des tours opérateurs européens. Mais depuis la révolution de 2011, bouleversements politiques, tensions économiques et sociales et montée du djihadisme ont pesé sur le secteur crucial du tourisme.

Depuis 2011, des dizaines de soldats et policiers ont été tués par des djihadistes en Tunisie. Parallèlement, ce pays fournit le plus gros contingent de ressortissants – environ 3000 – à des groupes extrémistes en Syrie, en Irak et en Libye.

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