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Burkina-Faso- Assassinat de Sankara : l’ex-président Blaise Compaoré condamné à la perpétuité

avril 6, 2022

Le verdict est tombé dans le procès des assassins de l’ancien président burkinabè. L’ex-président Compaoré, absent du procès, a été condamné à la perpétuité. Tout comme Gilbert Diendéré et Hyacinthe Kafando.

Thomas Sankara, en 1986. © Pascal Maitre/JA

Blaise Compaoré, en exil depuis 2014 en Côte d’Ivoire, a été condamné par contumace, le 6 avril, à la prison à perpétuité pour sa participation à l’assassinat de son prédécesseur Thomas Sankara, tué avec douze de ses compagnons lors d’un coup d’État en 1987. Le tribunal militaire de Ouagadougou a également condamné à la perpétuité le commandant de sa garde Hyacinthe Kafando, en fuite depuis 2016, et le général Gilbert Diendéré, un des chefs de l’armée lors du putsch de 1987.

Dans le détail, Blaise Compaoré, Gilbert Diendéré et Hyacinthe Kafando ont été reconnus coupables d’« attentat à la sûreté de l’État ». Kafando a en outre été reconnu coupable d’« assassinat », Compaoré et Diendere de « complicité d’assassinat ». Ces deux derniers ont cependant été acquittés des faits de « recel de cadavre », pour cause de prescription. Le tribunal a également maintenu les mandats d’arrêt émis à l’encontre de Compaoré et de Kafando.

Idrissa Sawadogo et Nabonssouindé Ouedraogo, reconnus coupables d’assassinat, ont été condamnés à 20 ans de prison ferme. Yamba Élysée Ilboudo, lui aussi reconnu coupable d’assassinat, a écopé de 11 ans de prison. Jean-Pierre Palm et Tibo Ouedraogo ont été condamnés à 10 ans de prison. Nida Tonde, dit « Mang-Baaba », a été condamné à trois ans de prison.

Cinq ans de prison avec sursis ont été prononcés contre Djakalia Dème et Pascal Sidibi Belemlilga. Bossobè Traoré, qui comparaissait pour complicité d’attentat à la sûreté de l’État et de complicité d’assassinat, a été acquitté.

Les différentes parties ont désormais quinze jours pour faire appel.

Grands absents

L’énoncé du verdict est intervenu au terme d’un long procès démarré en octobre dernier devant le tribunal militaire de Ouagadougou. Le jour de la première audience, le 11 octobre, douze des quatorze accusés étaient présents, dont le général Gilbert Diendéré, 61 ans, un des principaux chefs de l’armée lors du putsch de 1987. Tous doivent répondre des chefs d’inculpation suivants : « complicité d’assassinat », « assassinat », « recel de cadavres » et « attentat à la sûreté de l’État ».

Le principal accusé, l’ancien président Blaise Compaoré, porté au pouvoir par ce putsch et ami proche de Sankara, est absent, ses avocats ayant dénoncé « un simulacre de procès » devant « un tribunal d’exception ». Soupçonné d’être le commanditaire de l’assassinat de Sankara – ce qu’il a toujours nié -, il a été chassé du pouvoir en 2014 par la rue et vit depuis en Côte d’Ivoire. Le parquet militaire a requis 30 ans de prison contre lui.

Trente ans ont également été requis contre l’autre grand absent, l’adjudant-chef Hyacinthe Kafando, ancien commandant de la garde de Compaoré, en fuite depuis 2016 et soupçonné d’avoir mené le commando qui a assassiné Thomas Sankara et ses compagnons.

L’écrasante majorité des accusés présents plaide non coupable, dont le général Diendéré qui risque une peine de 20 ans de prison, durée de celle qu’il purge actuellement pour une tentative de coup d’État en 2015. Les prévenus racontent une tentative d’arrestation de Sankara qui a « mal tourné », à la suite de divergences avec Blaise Compaoré « sur la marche de la révolution« .

Complot international

D’anciens collaborateurs du président tué lèvent le voile sur les relations tendues entre Blaise Compaoré et Thomas Sankara et sur l’existence d’un « complot international » ourdi contre un leader progressiste qui voulait bouleverser l’ordre du monde et éradiquer la pauvreté dans son pays. « Le drame du 15 octobre 1987 est arrivé sous la pression de certains chefs d’État, tels que Félix Houphouët Boigny de la Côte d’Ivoire », témoigne Abdoul Salam Kaboré, ministre des Sports de Sankara.

C’EST LA CRÉATION D’UN PARTI POLITIQUE UNIQUE QUI A MIS LE FEU AUX POUDRES

Entendu en visioconférence depuis la France, ancienne puissance coloniale au Burkina, Moussa Diallo, aide de camp du président assassiné, assure que les événements d’octobre 1987 « ont été prémédités » et que le président Houphouët Boigny, grand ami de la France, était « au centre de ce complot ».

Houphouët Boigny avait dit à Thomas Sankara : « Il faut que vous changiez, si vous ne changez pas, nous allons vous changer », selon Serge Théophile Balima, ancien directeur de la télévision burkinabè.

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« Blaise Compaoré voulait le pouvoir. C’est la création d’un parti politique unique qui a mis le feu aux poudres » car Compaoré « ne voulait pas de l’unification des organisations du Comité national de la révolution (CNR) », a expliqué aux enquêteurs Valère Somé, politologue burkinabè dont la déposition a été lue au procès. Selon un commandant militaire, Blaise Sanou, « celui qui était accro au pouvoir, c’était Blaise Compaoré ». « C’est également à cause (de cette soif) du pouvoir qu’il a voulu modifier la constitution après 27 ans de règne », ce qui a provoqué sa chute en 2014.

Coup d’État

Le procès a été interrompu à plusieurs reprises à la suite du coup d’État du 24 janvier mené par le lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba qui a renversé le président élu Roch Marc Christian Kaboré. L’une de ces interruptions a été motivée par un requête des avocats de la défense auprès du Conseil constitutionnel qui a investi Damiba le 16 février. Ils estiment qu’on ne peut pas condamner des accusés pour « attentat à la sûreté de l’État » alors que le coup d’État est en lui-même une telle atteinte. Une requête rejetée par le Conseil constitutionnel.

Par Jeune Afrique avec AFAvec AFP

Procès Sankara au Burkina : trente ans de prison requis contre Blaise Compaoré

février 8, 2022
Le général Diendéré au tribunal militaire de Ouagadougou, le 9 novembre 2021. © General Diendere at the Military Tribunal of Ouagadougou, Tuesday, November 9, 2021. General Diendere will be questioned as an accused from this Tuesday. Le General Diendere au Tribunal Militaire de Ouagadougou, le mardi 9 novembre 2021. Le General Diendere sera interroge en tant qu accuse a partir de ce mardi. © Sophie Garcia/Hans Lucas

L’ancien président burkinabè, en exil en Côte d’Ivoire, a été désigné par le parquet comme le principal responsable de l’assassinat de Thomas Sankara. Trente ans de prison ont également été requis contre Hyacinthe Kafando et vingt contre Gilbert Diendéré, alors que le procès historique touche bientôt à son terme.

Trente ans de prison ferme ont été requis ce mercredi contre Blaise Compaoré, soupçonné d’être le principal commanditaire de l’assassinat de Thomas Sankara et de douze de ses compagnons en 1987. Le parquet militaire a demandé au tribunal de reconnaître l’ancien président du Burkina Faso coupable « d’attentat à la sûreté de l’État », de « recel de cadavre » et de « complicité d’assassinat ».

Une réquisition énoncée en l’absence du principal concerné. Chassé du pouvoir par la rue en 2014, Blaise Compaoré vit depuis en Côte d’Ivoire. Il ne s’est pas présenté devant ses juges, ses avocats dénonçant « un tribunal d’exception ». Il a toujours nié toute implication dans les événements du 15 octobre 1987.

Vingt ans à l’encontre de Diendéré

Trente ans de prison ont également été requis contre l’autre grand absent, Hyacinthe Kafando, en fuite depuis 2016. L’ancien commandant de la garde de Compaoré est soupçonné d’avoir mené le commando qui a tué Thomas Sankara et ses collaborateurs. Le parquet a réclamé sa condamnation pour « attentat à la sûreté de l’État » et « assassinat ». Outre ces deux absents de marque, douze autres accusés étaient présents lors de ce procès fleuve qui a débuté en octobre. L’écrasante majorité avait plaidé non coupable.

La veille, mardi 7 février, vingt ans de prison ont été requis contre le général Gilbert Diendéré, l’un des chefs de l’armée lors du putsch de 1987. Il purge déjà une peine de vingt ans de réclusion pour avoir pris le pouvoir au terme du coup d’État de 2015. De trois à vingt ans d’emprisonnement ferme ont également été demandés pour cinq accusés, en plus d’une peine de onze ans avec sursis. Enfin, le parquet a requis l’acquittement de trois accusés « pour faits non constitués » et des deux derniers pour « prescription ».

« Personne n’a avoué »

Lors de son réquisitoire, mardi matin, le parquet militaire a retracé la chronologie des évènements du 15 octobre 1987. Selon lui, alors que le chef de l’État burkinabè se rendait au Conseil de l’entente, le siège du Conseil national de la révolution où s’est produite la tuerie, vers 16h20, « ses bourreaux étaient déjà sur place ». Lorsque Thomas Sankara est entré dans la salle de réunion, « le commando, scindé en deux groupes, a investi les lieux en abattant les gardes du chef de l’État. Le commando a ensuite ordonné au président Sankara et à ses collaborateurs de sortir de la salle. Ils seront tour à tour abattus », a poursuivi l’accusation.

HÉLAS, AUCUN ACCUSÉ NE S’EST REPENTI

Suspendu après le coup d’État militaire survenu au Burkina il y a deux semaines, le procès a repris le 2 février avec les plaidoiries des parties civiles, qui se sont achevées lundi 7 février. « Après quatre mois de débat, c’est un sentiment de soulagement qui anime les familles », a indiqué Me Prosper Farama, l’avocat de la famille Sankara. « Hélas, au cours de ce procès, aucun accusé n’a avoué, aucun ne s’est repenti. Personne ! Nous demandons au tribunal de rendre justice aux familles. Nous ne voulons pas une vengeance, nous demandons simplement justice », a-t-il ajouté. Le procès doit se poursuivre avec les plaidoiries des avocats de la défense.

Par Jeune Afrique avec AFP

Assassinat de Thomas Sankara : enfin la vérité ?

septembre 28, 2021
Thomas Sankara.

Qui a tué l’ancien président burkinabè, icône de la révolution ? C’est un procès historique qui doit s’ouvrir le 11 octobre à Ouagadougou, au cours duquel seront notamment jugés Blaise Compaoré, Gilbert Diendéré et Hyacinthe Kafando.

L’heure du procès a enfin sonné, mettant fin à plus de trente ans d’attente, durant lesquels l’enquête judiciaire a d’abord été enterrée, avant d’être relancée après la chute du régime de Blaise Compaoré, en 2014. Le 11 octobre, à 9 heures, s’ouvrira, dans la salle des banquets de Ouaga 2000, le procès de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses douze compagnons, le 15 octobre 1987. Un procès historique dont les audiences seront publiques tant cette affaire d’État cristallise l’attention des Burkinabè – et de nombreux Africains – depuis trois décennies. 

En tout, 14 prévenus sont appelés à comparaître devant le tribunal militaire de Ouagadougou. Parmi eux, des membres du commando qui a tué Sankara, des complices, mais aussi et surtout trois hommes dont beaucoup pointent depuis longtemps la responsabilité directe dans cet assassinat : Blaise Compaoré, Gilbert Diendéré et Hyacinthe Kafando. Ancien aide de camp de Sankara et ex-commandant adjoint de la gendarmerie nationale, Moussa Diallo était l’un des intimes du président assassiné. En amont du procès, ce témoin de premier plan qui a longtemps gardé le silence s’est longuement confié à JA. Et livre des détails inédits sur la fin sanglante de la révolution burkinabè.

Avec Jeune Afrique par Benjamin Roger