Posts Tagged ‘Idriss Déby Itno’

Tchad: un manifestant tué à N’Djamena avant l’investiture de Deby

août 7, 2016

N’Djamena – Un jeune Tchadien a été tué par balle dimanche après-midi alors qu’il manifestait à N’Djamena à l’appel de l’opposition contre le régime du président Idriss Deby Itno, qui doit être investi lundi pour un cinquième mandat, a-t-on appris de source policière.

Selon un officier de police sous couvert d’anonymat, un jeune homme qui avait déchiré le drapeau du MPS (Mouvement patriotique du Salut), le parti du président Deby, a été tué par balles dimanche après-midi lors d’une manifestation de l’opposition préalablement interdite par le pouvoir.

Le corps du manifestant a ensuite été amené à la morgue, a précisé cette source.

Le chef de file de l’opposition, Saleh Kebzabo, a lui fait état d’un mort ayant succombé à ses blessures en fin de journée après des tirs à balles réelles des forces de l’ordre pour disperser les manifestants dans le 7e arrondissement de N’Djamena.

Selon l’opposant, un autre jeune a également été touché par une balle au thorax avant d’être conduit à l’hôpital pour être opéré. Cette information n’a pu être confirmée de source indépendante.

La manifestation a dans un premier temps été dispersée à coups de gaz lacrymogènes sans véritable violences, a expliqué à l’AFP M. Kebzabo. Plusieurs de nos militants étaient très remontés après qu’on nous ait empêché de marcher et ils sont retournés manifester. Ils ont été à nouveau dispersés. Un autre petit groupe est reparti à la charge, et là ça a dégénéré, a-t-il dit.

Comme la veille, où un meeting avait été dispersé par la police anti-émeute, l’opposition avait décidé de maintenir sa marche pacifique pour contester la réélection du chef de l’Etat, malgré l’interdiction décrétée par le pouvoir.

Le ministre de l’Intérieur Ahmat Mahamat Bachir avait affirmé jeudi à l’AFP que la marche était de nature à perturber l’ordre public, déstabiliser la population et intoxiquer l’opinion publique.

Les manifestants devaient emprunter quatre itinéraires différents, pour converger vers le Palais du 15 janvier (ex-Assemblée nationale).

Un important dispositif de forces de l’ordre quadrillait la capitale, et seul le Carrefour Dendé a finalement rassemblé une centaine de jeunes en début d’après-midi, a constaté un journaliste de l’AFP.

M. Deby, réélu en avril dès le premier tour avec près de 60% des voix, tient son pays d’une main de fer depuis son arrivée au pouvoir par la force en 1990.

La cérémonie d’investiture doit se dérouler lundi en présence d’une dizaine de chefs d’Etats africains et d’autres invités comme le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian, arrivé dimanche soir.

Romandie.com avec(©AFP / 07 août 2016 23h21)

Tchad: La plainte du député Ngarlejy Yorongar déposée à Paris en très bonne voie

août 5, 2016

Le dernier séjour d’un mois, en Europe, du député fédéraliste tchadien, Ngarlejy Yorongar, n’aura pas été consacré, uniquement, à rencontrer ses amis et connaissances et à se faire examiner par ses médecins. Cette fois-ci, il a beaucoup consulté avant de porter plainte contre le général tchadien, Ismaël Mahamat Chaïbo. Tortionnaire attitré du régime, Ismaël Mahamat Chaïbo était le directeur de la sinistre DDS (Direction de la documentation et de la sécurité), la police politique du régime d’Idriss Déby Itno (notre photo montrant le couple présidentiel tchadien, Hinda et Idriss Déby Itno en train d’accueillir, le 27 février 2008, à N’Djamena, le couple français, Carla et Nicolas Sarkozy, au moment où Ngarlejy Yorongar gisait encore dans un cachot du régime). Le député Yorongar accuse, précisément, le général Chaïbo de l’avoir enlevé, le 3 février 2008, avant de lui faire subir un traitement dégradant qu’il est incapable de nommer, tellement, celui-ci était insupportable. La plainte fait donc mention d’« Enlèvement, de séquestration et de tortures » que le célèbre député tchadien a endurés. Déposée auprès du Tribunal de grande instance de Paris, en juillet dernier, cette plainte, actuellement, chez le doyen des juges, Roger Leloire, est suivie par son avocat, Me Joseph Bréham.

Pour rappel, dans le cadre de ses activités politiques qui n’ont jamais fait plaisir à Idriss Déby Itno, le député Ngarlejy Yorongar a, déjà, subi jusqu’à 15 enlèvements qui lui ont valu autant de séances de tortures au point qu’il a perdu l’usage de certaines parties de son corps. Le préjudice corporel et moral subi est immense. Il avait d’ailleurs eu à en parler dans son ouvrage intitulé « Démocratie, crimes, tortures et mensonges d’Etat », paru, en 2010, aux éditions l’Harmattan, à Paris.

Le Tchad n’étant pas (encore) un Etat de droit, comme on l’entend, dans les démocraties parlementaires, une plainte déposée devant les tribunaux de N’Djamena eût été préjudiciable pour la victime. Au nom du principe de la justice universelle, et face à des faits imprescriptibles et graves comme ceux qui sont reprochés au général, Ismaël Mahamat Chaïbo, les tribunaux de France, pays des droits de l’homme, se sont imposés de façon fort naturelle.

Afriqueeducation.com

Présidentielle au Tchad: L’opposition appelle à une Journée Ville Morte jeudi 5 mai

mai 4, 2016

Les requêtes en annulation de la victoire d’Idriss Déby Itno déposées, la semaine dernière, auprès du Conseil constitutionnel par l’opposition, n’ont rien donné. Les « Sages » n’ont même pas perdu leur temps à les examiner avant de les recaler. D’entrée de jeu, ils leur ont trouvé une vice de forme : celle d’avoir été « collectives » au lieu d’être « individuelles ». L’opposition, bien entendu, conteste, et ne l’entend pas de cette oreille.

Comme l’avait annoncé afriqueeducation.com, vendredi, 29 avril, à 20h35 : « Présidentielle au Tchad : L’opposition refuse la « victoire » de Déby et dit « L’alternance c’est maintenant » ! », elle prépare, d’ores et déjà, la paralysie du Tchad. Déby et sa clique de « profito-situationnistes » des clans Zagawa (clan du chef de l’Etat) et de Hinda (première dame et 14e épouse du dictateur) n’auront qu’à y faire face, grâce aux « 59,92% » des Tchadiens qui l’auraient voté à la présidentielle du 10 avril, selon le verdict de la Cour constitutionnelle, présidée par l’ancien premier ministre, Nagoum Yamassoum, un petit obligé d’Idriss Déby Itno. C’est cette petite personne qui avait, abusivement, invalidé la candidature de l’opposant, Ngarlejy Yorongar, refusant tout recours devant lui permettre de se porter candidat, lui aussi, à l’élection présidentielle. On sait pourquoi : Déby ayant centré sa campagne sur le « fédéralisme », un thème cher défendu depuis de très longues années par le « député fédéraliste » Yorongar, il ne fallait pas lui donner la possibilité de contredire Idriss Déby Itno sur ce terrain qu’il ne maîtrise pas.

La journée ville morte au Tchad aura, donc, lieu, demain, jeudi, 5 mai, sur toute l’étendue du territoire. Ce n’est qu’un début, les Tchadiens devenant conscients que l’alternance à la tête de l’Etat ne viendra, jamais, par les urnes. Tant que Déby (notre photo) sera président de la République.

Dans un communiqué conjoint, Mahamat Ahmad Alhabo, Saleh Kebzabo, Joseph Djimrangar Dadnadji, Gali Ngothé Gatta, Brice Mbaïmon Guedmbaye et Laoukein Kourayo Mbaiherem rejettent « des résultats de ce scrutin fabriqués par le système MPS (Mouvement patriotique du salut, au pouvoir, ndlr), administrativement, validés par la CENI et, juridictionnellement, entérinés par le Conseil constitutionnel ».

Afriqueeducation.com

Présidentielle au Tchad: L’opposition refuse la « victoire » de Déby et dit « L’alternance c’est maintenant » !

avril 29, 2016

« On n’organise pas une élection pour la perdre », avait dit le président congolais, Pascal Lissouba, avant d’être chassé par les armes de la manière qu’on sait. On prête, aussi, cette expression à l’Ivoirien, Laurent Gbagbo, qui, lui aussi, a subi le même sort. Au Tchad, les choses se présentent, un peu, différemment. Certes, Idriss Déby Itno n’a plus une armée très soudée autour de sa personne, mais, il bénéficie, encore, de quelques appuis extérieurs, notamment, en France. Sauf que son ami, François Hollande, a ses propres problèmes domestiques à régler, sans même parler de la présidentielle de l’année prochaine à laquelle les Français lui demandent, par sondages interposés, de ne pas se présenter. Le comble pour un homme politique ! Ce qui est arrivé à Sarkozy arrivera-t-il à Hollande ?

Idriss Déby Itno devra, donc, se débrouiller seul, avec ses amis du lobby militaire français, qui pourront, toujours, l’aider en sous-main. Sans l’accord formel des politiques. Mais, cela ne suffira plus. La coupe est pleine et les Tchadiens n’en peuvent plus des excès de Déby que ses compatriotes se plaisent à appeler « sultan ». C’est dire comment sa gouvernance familiale et clanique provoque des dégâts dans la société au point où la militarisation de son régime ne laissant aucune place à la libre expression, les Tchadiens sont obligés de lui coller de simples étiquettes qui en disent long sur la façon dont ils le perçoivent. A noter que Déby occupe les fonctions de président en exercice de l’Union africaine, en ce moment. Autrement dit, c’est à lui de régler les conflits qui pourraient survenir à tout moment dans l’un des 54 pays africains. Alors que lui-même est empêtré dans la fraude électorale que l’opposition veut sanctionner, comment peut-il assurer son mandat à la tête de l’organisation ?

Parlant, justement, de cette opposition, six de ses représentants, tous, candidats malheureux à l’élection présidentielle du 10 avril gagnée, au premier tour, par Déby, ont, aujourd’hui, demandé au Conseil constitutionnel l’invalidation du scrutin en raison d’irrégularités.

« Nous avons adressé une demande d’invalidation du scrutin du 10 avril auprès du président du Conseil constitutionnel. Les irrégularités relevées pendant le déroulement, pendant le dépouillement et les compilations suffisent à elles seules pour invalider ce scrutin », a affirmé l’ancien premier ministre, Joseph Djimrangar Dadnadji.

Le président Déby a remporté 61,56% des voix contre seulement 12,80% au chef de l’opposition Saleh Kebzabo, selon les résultats provisoires annoncés par la Commission électorale nationale indépendante (Céni), qui doivent être confirmés par le Conseil constitutionnel. Dès le lendemain de la présidentielle, l’opposition avait qualifié le scrutin de « hold-up électoral ».

Après vérification des procès-verbaux par ses militants, dans N’Djamena, les sept régions du Sud très peuplées et l’Ouddai (Est), l’opposition a constaté qu’Idriss Deby était battu.

Selon ces résultats qui ouvrent la voie à un deuxième tour, Saleh Kebzabo arrive en tête avec 33,15%, suivi de Laoukein Kourayo Médard avec 25,82 %.

Le climat post-électoral au Tchad reste tendu, notamment, en raison de disparitions de policiers et militaires qui n’auraient pas voté pour le président et dont les familles restent sans nouvelles. Conclusion : Déby se trouve contesté par une partie de son armée, par l’opposition, et surtout, par la société civile dont les grèves ont paralysé le pays, ces dernières semaines. Les syndicats menacent de reprendre l’Opération « Pays Mort » si Déby passe en force.

Alors que l’opposition menace de former son propre gouvernement, dont les listes circuleraient sous les gandouras, Idriss Déby Itno (président sortant et surtout président en exercice de l’UA) devra déployer des talents de négociateur (qu’on ne lui connaît pas étant spécialiste des méthodes fortes et répressives) pour composer avec son opposition et sa société civile qui disent haut et fort : « Trop c’est trop ». Et d’ajouter : « L’alternance c’est maintenant » !

Afriqueeducation.com

Seule la mort enlèvera le trône à Déby ItnoPrésidentielle tchadienne:

avril 23, 2016

Avec tout le respect que votre site quotidien préféré, afriqueeducation.com doit aux opposants tchadiens, la question reste posée : ont-ils jeté le réalisme qui devrait les caractériser dans le lac Tchad pour croire un seul instant qu’ils avaient une chance infinitésimale de battre leur président de dictateur ? Que les Saleh Kebzabo, Ngali Ngoté et autres aient voulu mesurer leur popularité pendant les meetings, est une chose. Mais de là à croire que, parce qu’ils sont partis à plusieurs (12), pour affronter l’ogre de N’Djamena, chacun dans son fief électoral et natal, serait suffisant pour circonscrire la fraude, c’était considérer que Déby, après s’être débarrassé de sa peur, est, enfin, prêt pour affronter son prédécesseur, Hissène Habré, devant les tribunaux de Dakar. Cela sera possible quand le coq aura les dents.

L’autre grand chef de l’opposition, Ngarlejy Yorongar, qui n’a pas pu concourir, la CENI (Commission électorale nationale indépendante) ayant, tout simplement, choisi d’invalider son dossier, de crainte d’énerver Déby Itno, a, au moins, pu faire des économies qui serviront, sans doute, aux législatives.

C’est triste de le dire mais le Tchad va entrer, à son tour, en crise, maintenant que Déby Itno est passé en force, comme on le pronostiquait, pour un cinquième mandat qui risque d’être des plus difficiles pour lui.

D’abord, sur le plan de la santé : ses nombreux séjours à l’hôpital américain de Neuilly qui ont eu à s’accélérer, ces derniers temps, vont subir l’effet de la contestation politique et sociale des opposants et des syndicalistes tchadiens. Ayant refusé de suivre l’avis de ses médecins d’abandonner la cigarette et l’alcool, comme tout bon musulman qui ne se respecte pas, Déby Itno va inscrire le Tchad sur la short list des pays d’Afrique centrale fâchés avec la démocratie, que sont le Burundi de Pierre Nkurunziza et le Congo-Brazzaville de Denis Sassou Nguesso, surnommé, là bas, « Monsieur 8% ».

En attendant le Gabon, fin août prochain, où la présidentielle risque de très mal se passer, la CEMAC pourrait, rapidement, devenir championne toute catégorie de la mauvaise pratique de la démocratie du continent africain.

Même s’il compte bénéficier du soutien de son lobby militaire parisien, Déby ne va pas s’en tirer à si bon compte. Il va être sur la sellette comme le dictateur de Brazzaville, déjà, isolé sur la scène internationale. A titre d’exemple, le petit Burundais ne sort plus de Bujumbura depuis juillet 2015. Aucun chef d’Etat ne lui a rendu visite non plus. Voilà où a mené sa « victoire ».

Pour le moment, le calme règne à N’Djaména où Déby Itno (c’est dans ses habitudes) aurait zigouillé ou fait disparaître plusieurs dizaines de militaires (on parle d’une soixantaine au moins) juste parce qu’ils ont refusé de voter pour lui. Assis sur un pouvoir sans partage, depuis 26 ans, il entame, ainsi, sur les braises, un cinquième mandat que le peuple lui a refusé, bien que sa CENI lui ait attribué 61,56% des voix et seulement 12,80% à Saleh Kebzabo, sorti deuxième.

Un groupe de huit candidats opposants, qui l’accuse depuis plusieurs jours de fraudes et a envisagé la constitution « d’un gouvernement de salut public », était en réunion, au moment où nous mettions cet article en ligne.

Les résultats provisoires du scrutin doivent être avalisés dans un délai de 15 jours par le Conseil constitutionnel. Mais il n’y a rien à en attendre car le Conseil constitutionnel est aux ordres.
Plus de six millions d’électeurs étaient inscrits et le taux de participation a été de 71,11 %.
Au total, 13 candidats se présentaient à cette élection dont Idriss Deby, qui disposait des structures d’Etat et des moyens financiers, nettement, supérieurs à ceux de tous ses adversaires réunis.

Cela dit, la bonne opération est celle du troisième, Laokein Kourayo Medar, maire de Moundou, capitale économique située dans le Sud, qui remporte 10,69 % des suffrages pour sa première participation à la présidentielle. S’il est crédité d’une bonne gestion de sa ville, il a, surtout, bénéficié de l’absence dans la course de Ngarlejy Yorongar.

L’élection de Deby intervient au moment où plusieurs administrations, hôpitaux, écoles et universités sont en grève depuis de longues semaines : pour des arriérés de salaires, de bourses, et des mauvaises conditions de travail.

A cette tension sociale, s’ajoute la menace d’attentats par les islamistes du groupe nigérian Boko Haram, qui ont frappé deux fois N’Djamena, en 2015, et qui légitime d’autant plus l’imposant déploiement sécuritaire d’un régime guerrier qui, en 26 ans de pouvoir, s’est maintenu par les armes.

Malgré la manne pétrolière qui coule en abondance, depuis 2003, le Tchad est classé par l’ONU parmi les cinq pays les plus pauvres au monde. 70% de ses 13 millions d’habitants sont analphabètes. Quand l’argent du pétrole tchadien n’achète pas les armes (qui permettent à Déby de se maintenir au pouvoir soit par le canal de la dictature intérieure ou par l’envoi de ses militaires sur les terrains extérieurs : Centrafrique, Mali, Nigeria, etc.), il est tout simplement détourné par les deux clans de sa famille qui minent le pays avec leur corruption, le clan des Itno (celui de Déby) et le clan de Hinda (notre photo) du nom de sa quatorzième femme (la quinzième est soudanaise et habite Khartoum pour ne pas faire de l’ombre à Hinda) qui fait office de première dame depuis que le dictateur a relégué Wazi Wazina aux oubliettes.

Afriqueeducation.com

Au Tchad, une campagne électorale sous haute tension

avril 8, 2016

Des Soudanais attendent le président tchadien Idriss Déby Itno à l'aéroport de Khartoum, le 8 mars 2016.

Des Soudanais attendent le président tchadien Idriss Déby Itno à l’aéroport de Khartoum, le 8 mars 2016. Crédits : ASHRAF SHAZLY/AFP
Après vingt-six années de règne, le président tchadien Idriss Déby Itno – qui, selon la formule consacrée, espère l’emporter en « un coup K.-O. » – brigue un cinquième mandat consécutif, dimanche 10 avril. Si le chef de l’Etat n’a jamais paru aussi fort, un vent de contestation inédit souffle sur le Tchad. Retour sur une campagne agitée.

Le viol de Zouhoura

C’est un fait divers qui a mis le feu aux poudres. Le 8 février, deux mois avant les élections, cinq hommes enlèvent et violent Zouhoura, Tchadienne de 16 ans et fille de l’opposant politique Mahamat Brahim Ali, président du Mouvement démocratique africain (MDA). La vidéo du viol est postée sur les réseaux sociaux suite à la plainte portée par la jeune femme.

Le 15 février, d’importantes manifestations lycéennes sont organisées dans tout le pays pour dénoncer ces actes et deux adolescents sont tués par la police. Le lendemain, les agresseurs, fils du ministre des affaires étrangères et de généraux, sont arrêtés. Le viol vire à la crise politique. Malgré la réaction d’Idriss Déby, qui dénonce un « acte ignoble », les manifestations contre le pouvoir en place se poursuivent.

Les opérations « villes mortes » et « sifflets citoyens »

La contestation prend de l’ampleur. A l’appel de la coalition « Ça suffit », bon nombre de citoyens restent chez eux le 24 février, à l’occasion d’une journée « ville morte ». A N’Djamena, les écoles, les commerces et les marchés sont paralysés. L’administration tourne au ralenti et les rues sont quasiment désertes.

Le 10 mars, une dizaine d’associations de la société civile tchadienne appellent la population à se servir d’un « sifflet citoyen » à 5 h 30 et 21 h 30 pour demander la fin de la mauvaise gouvernance et l’alternance politique. Une opération toutefois moins suivie que la première.

Un nombre de candidats record

Dix jours plus tard, la campagne débute officiellement. Sur les vingt-sept candidatures proposées, quatorze sont finalement retenues, un record. Parmi elles, sans surprise, Idriss Déby Itno fait figure de grand favori. Face à lui, Saleh Kebzabo, qui se présente pour la troisième fois, deux anciens premiers ministres, Joseph Djimrangar Dadnadji et Delwa Kassiré Koumakoye.

En revanche, le conseil constitutionnel rejette la candidature de Ngarlejy Yorongar, le président du parti fédéraliste, « au motif de défaut de photo et défaut d’emblème », selon l’opposant.

Polémique autour du temps de parole

Premier jour de campagne et première polémique. A l’occasion de la cérémonie de signature de bonne conduite proposée par le Haut Conseil de la Communication (HCC), dix candidats se lèvent et quittent la salle. La raison : le faible temps d’antenne dans les médias publics prévu pour chaque candidat d’opposition lors des trois semaines de campagne. Seul le représentant du chef de l’Etat sortant a finalement signé ce code de bonne conduite.

Quatre leaders de la société civile arrêtés

Alors qu’ils s’apprêtent à organiser des manifestations contre la candidature du président Déby, Mahamat Nour Ahmat Ibedou, Nadjo Kaina Palmer, Younous Mahadjir et Céline Narmadji, quatre leaders de la société civile sont arrêtés, le 22 mars, puis écroués.

Une grève générale et une « marche citoyenne interdite » sont alors lancées et largement suivies à l’appel de l’Union des syndicats du Tchad (UST) et de la coalition « Trop c’est trop ! ». Accusés de « provocation à un attroupement non autorisé, tentative d’atteinte à l’ordre public et opposition à l’exercice d’une autorité légitime », les quatre opposants connaîtront leur peine le 14 avril. Le procureur a pour l’instant requis six mois de prison.

Conséquences : tous les membres de la société civile se sont retirés des principales institutions du pays, dont le Comité électoral national indépendant (CENI).

Fraudes électorales

Cette année, des cartes électorales biométriques devraient empêcher les électeurs de voter à plusieurs reprises. Mais l’opposition craint justement une fraude massive en amont de l’élection.

Selon plusieurs médias locaux, des ressortissants soudanais, originaires du Darfour, disposeraient de cartes électorales pour voter en faveur d’Idriss Déby. Ils auraient été acheminés par avion vers des localités tchadiennes en vue de renforcer le Mouvement patriotique du salut (MPS), le parti d’Idriss Déby. Une information invérifiable en l’état.

Le 3 avril, un homme soupçonné d’acheter des cartes d’électeurs dans le 7e arrondissement de N’Djamena a été arrêté par des militants de l’opposition. L’homme soupçonné de préparer la fraude a été conduit au commissariat, mais a été rapidement relâché par la police.

Dimanche, plus de 6 millions d’électeurs sont appelés à élire leur président. En cas de second tour, les partis d’opposition devraient fusionner pour affronter le favori.

Lemonde.fr par Youenn Gourlay

Idriss Déby Itno désigné Président de l’Union Africaine

janvier 30, 2016

Le Président du Tchad, Idriss Déby Itno a été désigné, samedi, à Addis-Abeba (Ethiopie) par ses pairs pour assurer la présidence de l’Union africaine (UA) en remplacement du zimbabwéen, Robert Mugabe, qui a assuré pendant douze mois la présidence tournante de l’organisation continentale.

Agé de 64 ans, Idriss Déby Itno, est au pouvoir depuis 25 ans. Alors à la tête du Mouvement patriotique du salut (MPS, un groupe rebelle), il avait renversé Hissène Habré, le 1er décembre 1990.

En plus de l’UA, le président Tcahdien dirige la Communauté des Etats sahélo-sahariens (CEN-SAD) et le G5 Sahel, qui regroupe la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad.

Apanews.net

 

Burkina: les présidents du Niger et du Tchad demandent aux putschistes de regagner les casernes

septembre 21, 2015

Niamey – Les présidents du Niger et du Tchad ont demandé lundi aux militaires putschistes du Burkina Faso de regagner les casernes et de céder le pouvoir au régime de transition burkinabè qui a été renversé par le coup d’Etat du 17 septembre.

Qu’ils (militaires putschistes) déposent les armes et qu’ils regagnent les casernes, et qu’ils laissent la transition aboutir conformément au programme qui a été déjà établi, a affirmé le président tchadien Idriss Déby Itno en visite au Niger, lors d’une conférence de presse commune avec son homologue nigérien Mahamadou Issoufou.

Le régime de transition burkinabé, mis en place après la chute du président Blaise Compaore l’an dernier, devait se conclure par des élections présidentielle et législatives le 11 octobre.

Les putschistes du Régiment de sécurité présidentielle (l’unité d’élite qui a fait le coup d’Etat) sont des soldats et ce sont des enfants du Burkina, alors je leur demanderai de ne pas aller à contre-courant (de l’histoire) et prendre en otage tout un peuple, a lancé M. Déby.

Nous souhaitons que le peuple burkinabè soit entendu, soit écouté, il n’y a pas de solution durable en dehors des réponses aux aspirations du peuple, a estimé le président du Niger, Etat voisin du Burkina Faso.

La société civile et de nombreux habitants à Ouagadougou et dans les villes principales du Burkina ont manifesté lundi leur hostilité aux putschistes et au plan de sortie de crise proposé par la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao).

Dans un communiqué conjoint, les deux présidents ont également invité les acteurs civils et militaires du Burkina à plus de responsabilité et d’attachement à la démocratie et au patriotisme.

Le Niger est d’autant plus préoccupé qu’il est déjà confronté à des menaces sur ses frontières avec la Libye (au nord), avec le Mali (Ouest) et au sud les menaces de Boko Haram au Nigeria, a souligné M. Issoufou. Nous ne souhaitons pas qu’il y ait une quatrième frontière du Niger qui puisse encore entraîner notre zone dans l’insécurité.

Romandie.com avec(©AFP / 21 septembre 2015 19h56)

Affaire Habré : le président tchadien Idriss Déby Itno visé par une plainte à Dakar

septembre 3, 2015
Idriss Déby Itno, le président tchadien. © AFP

Idriss Déby Itno, le président tchadien. © AFP

Une plainte contre le président tchadien, Idriss Déby Itno, a été déposée mercredi devant les Chambres africaines extraordinaires, le tribunal spécial africain qui juge à Dakar son prédécesseur, Hissène Habré.

La plainte contre Idriss Déby Itno, déposée mercredi 2 septembre devant les Chambres africaines extraordinaires (CAE), basées à Dakar, accuse le président tchadien de « crimes de génocide, crimes de guerre, crimes contre l’humanité et tortures ».

Cependant, il y a de fortes chances pour qu’elle soit jugée irrecevable par le tribunal devant lequel doit reprendre le procès de l’ancien dictateur Hissène Habrè, lundi prochain. En effet, selon l’article 17 alinéa 3 du statut cette juridiction, les poursuites devant les Chambres ne peuvent être initiées que par le Procureur général. De plus, la phase d’instruction est aujourd’hui clôturée et la Chambre d’instruction a été dissoute.

Selon l’avocat des plaignants – des Tchadiens -, Me Mbaye Jacques Ndiaye, Déby est accusé d’actes de torture et d’exécutions de prisonniers de guerre lorsqu’il était dans le maquis, dans les années 1990, juste avant sa prise de pouvoir. « Les Chambres [africaines extraordinaires] sont compétentes pour juger les événements qui se sont déroulés entre 1982 et 1990. Les faits qui sont reprochés au président Déby ont été commis en 1990, en tout cas avant le 1er décembre 1990 [date à laquelle Habré a été renversé, ndrl] », a-t-il déclaré sur RFI.

Accusation de tortures

L’avocat a accusé le président Déby d’avoir « personnellement (…) commis des actes répréhensibles, des actes de torture ». « Il a tué, personnellement, des individus. Ce sont des personnes qui ont été torturées, qui ont été exécutées, brûlées à vif et jetées aux animaux sauvages », a-t-il précisé.

Le procès de Hissène Habré devant les CAE s’était ouvert le 20 juillet, puis avait été ajourné le lendemain jusqu’au 7 septembre, afin de donner le temps aux trois avocats commis d’office de prendre connaissance du dossier, après qu’Habré a récusé son équipe de défense.

Lutte contre Boko Haram : les couacs de la coopération entre le Tchad et le Nigeria

mars 27, 2015

Les présidents nigérian et tchadiens.
Les présidents nigérian et tchadiens. © Montage J.A/AFP

Le Tchad est le pays le plus impliqué dans la lutte contre Boko Haram. Son armée est la seule à s’être autant aventurée en territoire nigérian. Mais sa coopération avec Abuja laisse à désirer. Explications.

Comme il en a l’habitude, lorsqu’il veut faire passer un message, Idriss Déby Itno ne s’embarrasse pas avec les formes. Interrogé par l’hebdomadaire français Le Point sur la coopération entre son pays et le Nigeria dans le cadre de la lutte contre Boko Haram, le président tchadien est allé droit au but : « Le constat que je peux faire, deux mois après le début de cette guerre, c’est que nous n’avons pas pu avoir un contact direct, sur le terrain, avec des unités de l’armée nigériane. C’est ce qui a, plus d’une fois, obligé les forces tchadiennes à reprendre des villes et à ressortir », a-t-il déclaré.

« Vous comprendrez la difficulté pour nous de rester, même si c’est un pays voisin et frère, car notre armée peut être qualifiée d’armée d’occupation s’il n’y a pas une armée ou une administration nigériane à ses côtés. L’armée tchadienne mène seule ses combats à l’intérieur du Nigeria, ce qui est un problème, a poursuivi Déby. Nous aurions souhaité qu’il y ait au moins une unité nigériane avec elle. C’était même une demande expresse auprès du gouvernement nigérian, mais pour des raisons que nous ignorons, jusque-là nous n’avons pas pu travailler ensemble. »

Dans la guerre que mènent le Nigeria et ses pays voisins contre Boko Haram, les relations entre le géant anglophone et le Tchad ont d’abord paru bonnes au regard des tensions existantes avec le Cameroun ou le Niger. Mais le départ, le 10 mars, des soldats tchadiens de la localité de Dikwa et de ses environs a mis en avant le manque de coopération entre Abuja et N’Djamena.

Comment tenir les villes reprises ?

« Cette situation est le résultat d’erreurs opérationnelles et d’une absence de communication », analyse Nnamdi Anekwe-Chive, nigérian spécialiste des questions sécuritaires. Les autorités tchadiennes ont d’abord affirmé que leur deux régiments, soit environ 2 500 soldats, s’étaient retirés de Dikwa à la demande d’Abuja. « Après nous être emparés des villes de Gamboru, Dikwa et d’autres villages, nous avons dû faire marche arrière parce que le Nigeria ne nous a pas autorisé à continuer », a déclaré  le colonel Azem Bermandoa, porte-parole de l’armée tchadienne.

Côté nigérian, on assure que le Tchad s’est retiré de son plein gré pour sécuriser ses lignes d’approvisionnement le long de la frontière. Le Nigeria affirme également que l’armée tchadienne ne reprend aucune ville, mais qu’elle y mène seulement des incursions.

Pour une source diplomatique française, « le problème un peu général est celui de pouvoir tenir les localités qui ont été récupérées, dit une source diplomatique française. Sur ce point, la participation des Nigérians est primordiale ».

« Il est vrai que des problèmes logistiques et opérationnels retardent le déploiement des unités de l’armée nigériane le long de la frontière avec le Tchad et le Niger », concède toutefois une source sécuritaire nigériane.

Coopération opaque

Plus globalement, le rôle de l’armée tchadienne, et ce à quoi elle est autorisée par le Nigeria, n’est pas clair. La coopération entre les deux pays est définie par deux documents, appelés Memorandum of understanding (MOU) et Conception of Operations (Conops), signés les gouvernements. Leur contenu demeure confidentiel.

« Sur le terrain, l’armée tchadienne semble principalement mener ses opérations dans le nord de l’État de Borno près de la région du lac Tchad alors que les Nigérians se concentrent sur le sud de Borno et Adamawa », analyse Ryan Cummings, spécialiste des questions de sécurité sur le continent africain.

La coopération entre les deux pays semble s’effectuer en dehors du cadre de la stratégie mise en place au niveau régional. En effet, les Nigérians sont les seuls à ne pas avoir envoyé d’officiers de liaisons à la cellule de coopération et de liaison créée à N’Djamena où Français, Américains, Nigériens et Camerounais partagent leurs informations. « Le feu vert politique a pourtant été donné », précise un diplomate français.

Rivalités

Idriss Déby et Goodluck Jonathan se mènent une guerre de leadership. Le président nigérian, qui doit faire face à la réticence de certains hauts gradés à travailler avec le Tchad qu’ils accusent de complicité avec Boko Haram, a ainsi très mal pris que la base de la force multinationale soit délocalisée de Baga à Ndjamena.

« Les différends territoriaux autour des ressources du lac Tchad, qui a déjà entrainé des conflits entre le Nigeria et ses voisins dans les années 1970 et 1980, n’arrangent pas la coopération », explique Ryan Cummings. « Avec l’asséchement du lac, de plus en plus de terres émergent. Cela va créer un zone de non-droit », poursuit une source sécuritaire française.

Entre avril et juin 1983, de sérieux incidents frontaliers éclatèrent entre le Tchad et le Nigeria. À cette époque, Abuja s’était fortement impliquée dans la résolution de la crise tchadienne en fournissant notamment la principale composante de la force interafricaine envoyée sous l’égide de l’OUA. L’échec de cette force, impuissante face à l’offensive d’Hissène Habré en 1982, et les difficultés économiques du Nigeria, avaient incité l’administration du président Shehu Shagari à une politique de repli.

Jeuneafrique.com par Vincent Duhem