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Canada: Vieillissement et pénurie de main-d’œuvre : la solution de l’immigration

avril 30, 2022
Deux personnes âgées, de dos, assises sur un banc.

Le Québec est l’endroit le plus frappé par le phénomène de vieillissement de sa population parmi les provinces les plus populeuses au pays. Photo: Radio-Canada

Les données de Statistique Canada sur le vieillissement de la population cette semaine devraient sonner comme une alarme au bureau du premier ministre du Québec. Non seulement le vieillissement est bien engagé, mais le Québec est l’endroit le plus frappé par ce phénomène parmi les provinces les plus populeuses au pays. Il y a urgence d’agir.

L’effet structurel du vieillissement sur le marché du travail, sur la compétitivité de l’économie, la pénurie de main-d’œuvre et la capacité à croître n’est pas à sous-estimer. Et pour en atténuer les répercussions, toutes les solutions doivent être explorées et possiblement utilisées.

Le problème, c’est qu’à chaque fois qu’on parle de pénurie de main-d’œuvre et de vieillissement de la population qui ont un impact économique important, le gouvernement répond par de multiples engagements, des intentions, des programmes, des rapports et des tables rondes, mais le constat, année après année, ne change pas : la pénurie de main-d’œuvre prend de l’ampleur et les effets du vieillissement se font de plus en plus sentir.

Sur le plan économique, ces enjeux sont structurels et peuvent entraîner des dommages durables. Ce sont des enjeux qui ne sont pas séduisants dans le discours politique. Ils sont complexes, ils sont difficiles à expliquer et certaines solutions, en particulier celle de l’immigration, sont généralement coincées dans toutes sortes d’affrontements partisans à l’Assemblée nationale qui ne nous font pas avancer.

Les problèmes structurels du Québec

La solution de l’immigration pour faire face à la pénurie de main-d’œuvre et au vieillissement de notre population n’est pas la seule, loin de là. Et elle comporte sa part de défis. Mais, malgré les enjeux d’intégration, elle ne peut pas être rejetée du revers de la main. Il faut travailler à l’intégration des immigrants pour que cette solution fonctionne.

Pourquoi j’écris ça? Parce que le Québec est aux prises avec des problèmes structurels qui pourraient ralentir son économie et nuire au financement nécessaire du système de santé, de nos écoles et de nos services sociaux, des soins également pour nos aînés.

Les données de Statistique Canada sont éloquentes :

  • C’est au Québec, parmi les provinces les plus populeuses, qu’on retrouve la part la plus élevée de personnes âgées de 65 ans et plus, soit 20,6 %;
  • Le part des 65 ans et plus passera à près de 26 % en 2043 par rapport à 23,7 % pour la moyenne canadienne;
  • Le poids démographique du Québec dans le Canada passera de 22,6 % en 2018 à une fourchette allant de 20,1 % à 20,6 % en 2043 selon plusieurs scénarios explorés. Pendant ce temps, en Ontario, cette part passera de 38,6 % à environ 39,3 %;
  • Et les personnes en voie de prendre leur retraite, les 55-64 ans, représentent 23,2 % de la population en âge de travailler au Québec, contre 21,8 % dans l’ensemble du pays.

Selon Statistique Canada, la migration internationale est le principal moteur de la croissance au Québec dans tous les scénarios et compense un accroissement naturel négatif ou en baisse au cours de la projection (du fait du vieillissement de la population) ainsi que des pertes au chapitre de la migration interprovinciale dans tous les scénarios.

Autrement dit, sans l’immigration, la croissance démographique du Québec va rester plus lente qu’ailleurs. Et cet état de fait représente un poids sur notre économie et nos finances publiques.

Dans un texte publié en octobre dernier, j’expliquais combien le Québec était en désavantage numérique par rapport aux provinces les plus populeuses au Canada. J’expliquais que :

  • Depuis 2011, la population de l’Alberta avait progressé de 21,9 %, celle de la Colombie-Britannique de 18,5 %, et celle de l’Ontario avait augmenté de 15,4 %. Pendant ce temps, au Québec, la hausse de la population n’avait été que de 8,9 %;
  • Et puis, depuis 2011 toujours, le nombre des 25-54 ans, le cœur battant de la main-d’œuvre, avait chuté de 2,2 % au Québec, alors qu’il avait crû de 4,9 % en Ontario et de 9,9 % en Alberta et en Colombie-Britannique.

Pour atténuer la pénurie de main-d’œuvre, il faut miser sur la formation. Le ministre de l’Emploi Jean Boulet travaille d’arrache-pied à mettre en place différents programmes pour tenter d’aider les entreprises et les travailleurs à se transformer.

Pour atténuer les effets du vieillissement de la population, il faut miser sur une amélioration de la productivité. Et ça, ça passe par l’automatisation, des investissements importants de la part des entreprises, et… plus de bras!

Dans une étude publiée en novembre dernier, l’Institut du Québec écrivait que le Québec devait s’assurer d’atteindre les seuils fixés en matière d’accueil d’immigrants. Le Québec doit aussi rattraper les réductions des années pandémiques.

Rattraper ces retards par rapport à la cible, écrivait l’Institut du Québec, est important pour l’économie québécoise pour deux raisons principales. D’une part, cette immigration a pour but de combler des besoins immédiats sur le marché du travail et, d’autre part, plusieurs personnes actuellement en sol québécois et en attente de l’octroi d’un statut de résidence permanente risquent de se décourager en quittant le Québec ou de perdre leur emploi si les délais ne se résorbent pas.

L’Institut appelait à une réduction des délais d’admission des immigrants et une meilleure reconnaissance des compétences et de l’expérience étrangère. Québec a annoncé une entente avec le gouvernement fédéral, le 1er avril dernier, pour accélérer la venue de travailleurs étrangers. Le gouvernement Legault a aussi annoncé, il y a quelques jours, la tenue de 17 missions à l’étranger pour tenter d’attirer 3000 travailleurs au Québec.

Il faut mettre fin aux débats partisans sur l’immigration et s’intéresser davantage à l’économie, la société, la démographie, le financement de nos services publics. L’immigration fait partie de la solution québécoise pour maintenir notre niveau de vie et notre modèle de société.

Avec Radio-Canada par Gérald Fillion

« Chaos », galère et colère pour les Ukrainiens voulant venir au Canada

mars 28, 2022

Les formalités administratives exigées par le gouvernement Trudeau afin de voyager vers le Canada sont « extrêmement compliquées ».

Les Ukrainiens se pressent, à Varsovie, dans le centre responsable des formalités administratives pour venir au Canada. Les places sont limitées et il est très difficile d’obtenir un rendez-vous. Photo : Radio-Canada/Yanik Dumont-Baron

L’angoisse est palpable. L’interrogation. Les doutes. La détresse. Tous ces sentiments se lisent, se devinent dans les yeux de ces Ukrainiens amassés dans un immeuble moderne de Varsovie, qui partagent le même espoir : rejoindre rapidement le Canada.

Des dizaines de personnes font la file, masque ou non sur le visage. Des jeunes. Des aînés. Des femmes, principalement, mais aussi des enfants.

Certains scrutent leur téléphone, d’autres dorment sur une chaise, lèvent la main ou tentent d’interpeller un représentant de la firme VFS Global, qui est responsable de réaliser les données biométriques des Ukrainiens voulant traverser l’Atlantique.

Outre temporairement l’ambassade canadienne, il n’y a qu’un centre agréé dans toute la Pologne. Ici, dans la capitale, où sont arrivés au cours des dernières semaines des centaines de milliers d’Ukrainiens fuyant les bombes et les attaques russes.

C’est le chaos pour obtenir les documents administratifs nécessaires afin de prendre l’avion vers le Canada, raconte Kyrylo, un Canadien d’origine ukrainienne rencontré sur place. Tout juste arrivé en Pologne, il est venu aider sa grand-mère et d’autres membres de sa famille.

En début de semaine, reprend-il, il y avait 500 personnesLes gens se poussaient. Le processus est extrêmement compliqué. C’est extrêmement stressant pour ces personnes qui sont déjà traumatisées par la guerre.

« Tout ce qu’on demande, c’est d’avoir la possibilité de ramener nos proches au Canada. Il y a plein de gens prêts à les aider au Canada. Pourquoi est-ce qu’on rend ça aussi compliqué? »— Une citation de  Kyrylo, un Canadien d’origine ukrainienne

À la mi-mars, Ottawa a lancé un programme spécial d’immigration afin de permettre aux Ukrainiens d’arriver rapidement au Canada. Toutefois, avant d’obtenir cette Autorisation de voyage d’urgence, dont la demande se fait en ligne, les candidats doivent impérativement fournir leurs photos et empreintes digitales.

La prise de rendez-vous est obligatoire. Et les créneaux libres sont rares.

Des enfants attendent, avec leurs parents, afin de réaliser leurs données biométriques pour arriver au Canada. Photo : Radio-Canada/Yanik Dumont-Baron

Plusieurs personnes nous ont confié leurs difficultés pour décrocher un tel rendez-vous. Une mission quasi impossible, décrivent-elles. Surtout en Pologne. Pendant trois jours, j’ai regardé toutes les 30 minutes, il n’y avait absolument rien de disponible, décrit Kyrylo, qui dit avoir finalement eu un coup de chance.

Les gens viennent donc sans rendez-vous et ça encombre le processus, poursuit-il.

Le site ne marchait pas, il « crashait ». On a donc décidé de venir sur place, mais on nous a répondu qu’on ne pouvait rien faire pour nous, confie quant à lui Haidei Amine, un Canadien d’origine ukrainienne qui tente d’avoir un visa pour son épouse afin de se rendre en Ontario.

Ce dernier décrit le parcours qui l’a mené jusqu’à Varsovie. On a quitté Sumy [dans le nord-est de l’Ukraine]. On était encerclés, c’était effrayant. Ça nous a pris trois jours pour arriver à Varsovie en voiture. Il y avait des centaines de chars russes sur le chemin.

Haidei Amine, originaire du Canada, vivait dans le nord-est de l’Ukraine avant le début de la guerre. Il espère retourner, avec sa femme, en Ontario dans les prochains jours. Photo : Radio-Canada

Une dizaine d’étudiantes ukrainiennes attendues à Montréal

Immigration Canada n’a pas répondu aux questions de Radio-Canada. À Varsovie, les employés de VFS Global ont refusé également de nous parler. Sur son site, l’entreprise reconnaît que certains de [ses] centres de réception des demandes de visa connaissent des volumes plus élevés que d’habitude.

Mi-mars, le ministère de l’Immigration assurait pourtant suivre de près la situation et avoir renforcé ses capacités dans toute l’Europe avec l’envoi de trousses mobiles à Varsovie, à Vienne et à Bucarest pour la collecte de ces données biométriques.

Après des heures passées au téléphone avec des amis et des membres de sa famille en Pologne, Magdalena Dembinska, visiblement épuisée, ne comprend pas toutes ces exigences réclamées par Ottawa.

Pourquoi ne pas faire venir ces personnes au Canada et faire les données biométriques à l’aéroport? s’interroge cette professeure titulaire en science politique à l’Université de Montréal.

Centre de rendez-vous des visas, à Varsovie, situé à l’étage, dans un immeuble moderne. Des centaines de personnes s’y retrouvent chaque jour pour tenter de rejoindre le Canada. Photo : Radio-Canada

Depuis plusieurs jours, Magdalena Dembinska, également membre du Centre d’études et de recherches internationales, se démène pour organiser le voyage et l’arrivée d’une dizaine d’étudiantes ukrainiennes de l’Université nationale de Kharkiv, une ville bombardée par l’armée russe.

« La seule et unique chose qui fait obstacle à l’arrivée de ces étudiantes, c’est les données biométriques. Tout le reste est prêt. »— Une citation de  Magdalena Dembinska, professeure à l’Université de Montréal

Devant l’impossibilité d’avoir un rendez-vous à Varsovie, plusieurs filles âgées de 17 à 19 ans vont traverser l’Europe pour se rendre à Lyon, à Lisbonne ou encore à Budapest. D’autres patientent toujours en Ukraine.

L’université d’Anastasiia Dombvroska, ici en Ukraine avant le début de la guerre, a été bombardée par l’armée russe. La femme s’apprête à rejoindre temporairement l’Université de Montréal. Photo : Courtoisie

On pensait que cette étape, dans leur parcours, ne serait qu’une simple formalité, mais ce n’est pas le cas. Elles sont vraiment dans le noir, regrette Martin Carrier, chargé de cours à l’Université de Montréal, en lien avec ses homologues ukrainiens, qui, face aux dangers, ont quitté Kharkiv.

« Pour leur sécurité, il faudrait agir rapidement. C’est une situation humanitaire. La réalité, c’est qu’il y a un danger réel pour ces étudiantes. Certaines ne veulent pas quitter l’Ukraine tant qu’elles n’ont pas un rendez-vous. »— Une citation de  Martin Carrier, chargé de cours à l’Université de Montréal

Hébergement, billets d’avion, intégration, suivi psychologique, cours de français : l’Université de Montréal assure avoir déjà tout prévu pour concrétiser cet échange universitaire qui pourrait durer plusieurs mois. Un fonds d’urgence a également été mis en place.

Il faut aider toutes ces personnes. Au total, il pourrait y en avoir de 20 à 30. Il y a des étudiantes, mais aussi des professeurs, des chercheurs, des postdoctorants qu’on pourrait accueillir, détaille Valérie Amiraux, la vice-rectrice.

« Le caractère urgent dramatise la difficulté. On aimerait que ce soit plus facile, en particulier avec une situation d’urgence comme celle-ci. »— Une citation de  Valérie Amiraux, vice-rectrice de l’Université de Montréal

Il faut donner à ces gens les moyens de continuer à se projeter, à imaginer un avenir, résume-t-elle. Mais on aimerait que ça aille plus vite.

Les tirs russes ont détruit des infrastructures sur le campus de l’Université nationale de Kharkiv le 2 mars 2022. Photo : Reuters/Oleksandr Laphyn

De Varsovie à Bratislava

Sylvain Gauthier a de son côté des propos plus virulents. Aux yeux de l’enseignant et coordinateur de programme pour l’Université McGill, ça n’a aucun bon sens.

J’essaie de faire venir une mère de famille ukrainienne et sa fille. Elles sont arrivées à Varsovie, elles n’ont jamais pu avoir de rendez-vous [pour les données biométriques], donc elles ont passé la nuit dehors, devant l’ambassade canadienne, sans chaise, sans eau, sans rien à manger, sans toilettes, puis un agent les a finalement renvoyées, détaille-t-il, tout en nous montrant une vidéo illustrant la longue file d’attente vécue par des centaines de personnes.

Il a finalement trouvé une solution. Guère simple. J’ai eu un rendez-vous pour dans quelques jours, mais à Bratislava, soupire-t-il. En Slovaquie, donc. À plus de 600 km de Varsovie.

Après avoir quitté l’Ukraine, Yanina Kovalenko est arrivée à Varsovie, mais elle n’a pu obtenir de rendez-vous pour effectuer ses données biométriques. Avec l’aide d’un enseignant montréalais, elle va finalement se rendre en Slovaquie, avec l’espoir de venir bientôt au Canada. Photo : Courtoisie/Yanina Kovalenko

Dans un échange avec Radio-Canada par messagerie, l’intéressée, Yanina Kovalenko, une esthéticienne de 36 ans, avoue être perdue. Je vais y aller en bus ou en train. C’est la première fois de ma vie que je vis un tel enfer. On a attendu 30 heures devant l’ambassade et on nous a dit à la fin que seules les personnes qui avaient un rendez-vous pouvaient entrer.

Bénévole pour le Parti libéral du Canada, Sylvain Gauthier ne mâche pas ses mots contre Immigration Canada.

« Partout, le gouvernement dit qu’on veut aider les Ukrainiens. Il y a peut-être de bonnes intentions, mais les troupes ne s’ajustent pas. C’est une honte. »— Une citation de  Sylvain Gauthier, enseignant

Ces femmes ont vécu des semaines d’enfer. Rien n’est facile pour elles. On le savait, pourtant, qu’il allait y avoir toutes ces personnes. C’est une crise. Comment ça se fait qu’on se retrouve dans cette situation?

Avec Radio-Canada par Romain Schué et Yanik Dumont Baron

Le Canada doit être prêt à accueillir les Ukrainiens en toute sécurité, dit un expert

février 25, 2022

Des familles ukrainiennes fuyant le conflit dans leur pays marchent avec leurs bagages après avoir franchi la frontière entre la Hongrie et l’Ukraine près de Beregsurany, le 25 février 2022, au lendemain de l’offensive militaire russe contre l’Ukraine. Photo: Getty Images/Attila Kisbenedek

L’Europe est confrontée à une nouvelle crise migratoire massive en raison de l’invasion russe en Ukraine et le Canada devrait se préparer à fournir l’asile à ceux qui fuient la violence, selon un expert canadien en sécurité.

Ce serait une chance pour le Canada de vraiment, vraiment intervenir, a déclaré Michael Bociurkiw, un Canadien en Ukraine qui a été le porte-parole de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe au plus fort des tensions qui ont suivi l’annexion de la péninsule de Crimée par la Russie en 2014.

[Il faut] dire aux Ukrainiens : vous êtes les bienvenus au Canada, avec, vous savez, l’assouplissement des règles sur les visas, les séjours temporaires, ce genre de choses, a-t-il précisé.

Le Canada a promis de donner la priorité aux demandes d’immigration en provenance d’Ukraine(Nouvelle fenêtre) afin de mettre en sécurité les personnes fuyant le pays le plus rapidement possible.

Le premier ministre Justin Trudeau a également annoncé jeudi la création d’une nouvelle ligne d’assistance téléphonique, pour toute personne au pays ou à l’étranger ayant des questions urgentes d’immigration liées à l’Ukraine.

Nous avons travaillé ces dernières semaines pour nous préparer exactement à de telles éventualités, a déclaré jeudi le premier ministre.Une femme avec un chat dans un sac attend dans une gare.

Des citoyens ukrainiens attendent à la gare de Przemysl, en Pologne, près de la frontière ukrainienne, le 24 février 2022, après avoir fui l’Ukraine sous les bombardements russes. Photo: Getty Images/Janek Skarzynski

M. Bociurkiw s’est exprimé jeudi depuis la ville de Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine, où la journée a commencé tranquillement avec une procession ordonnée de résidents faisant la queue devant les distributeurs automatiques de billets et s’approvisionnant dans les magasins avant de laisser place aux sirènes de raid aérien et à la panique organisée.

Des annonces publiques ont dit aux gens de s’abriter sur place et de fermer leurs arrivées de gaz.

M. Bociurkiw a vu une demi-douzaine de véhicules transportant les derniers diplomates canadiens partir pour la frontière polonaise après avoir récemment déménagé à Lviv depuis la capitale Kiev, qui a subi de violents bombardements.

M. Bociurkiw a ajouté que les diplomates occidentaux à qui il avait parlé avaient exprimé leurs craintes que la région ne soit menacée par des colonnes de chars russes venant de Biélorussie, il a donc compris le calcul de partir.

Il a prédit que les Ukrainiens eux-mêmes prendraient bientôt cette décision aussi. De nombreux résidents de Lviv, décrite comme la capitale culturelle de l’Ukraine, pourraient être bien adaptés à une nouvelle vie au Canada, selon lui.

Lviv est la Silicon Valley de cette partie de l’Europe. Tant d’Ukrainiens talentueux, dont beaucoup ont plusieurs diplômes. C’est exactement le type d’immigrants dont nous avons besoin au Canada en ce moment. Des médecins, des dizaines de milliers de gens de l’industrie médicale ici sont extrêmement qualifiés, a déclaré M. Bociurkiw.

En effet, plus d’un million d’Ukrainiens vivent déjà au Canada et, en 2016, environ 4 % des personnes au Canada qui ont répondu au recensement se sont identifiées comme étant d’origine ukrainienne.

Le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, gravement préoccupé par la détérioration rapide de la situation en Ukraine et les conséquences humanitaires dévastatrices qu’elle aura, a exhorté les pays voisins à garder leurs frontières ouvertes aux Ukrainiens qui cherchent la sécurité à l’extérieur du pays.

Le Canada pourrait également faire face à une demande d’ouverture de ses frontières, car on ne sait pas combien de temps l’Europe gardera les siennes ouvertes ou dans quelle mesure elle sera disposée à accueillir ce qui pourrait être un afflux de millions de nouveaux demandeurs d’asile, a précisé M. Bociurkiw.

Il y a beaucoup de lassitude des migrants, si l’on peut dire, en Europe, a-t-il souligné.

Le Canada doit en faire plus, selon Jagmeet Singh

Compte tenu de la pression exercée sur la communauté internationale et le peuple ukrainien, le Canada doit faire plus que donner la priorité aux demandes de ceux qui fuient les zones de conflit, a déclaré jeudi le chef du NPD, Jagmeet Singh.

Nous ne pouvons pas avoir un autre scénario comme celui que nous avons vu en Afghanistan, où les gens fuyaient la tragédie en Afghanistan et n’ont pas pu arriver au Canada en raison de défis dans le système qui ont rendu les choses si compliquées, qui ont rendu leur candidature si difficile, a affirmé M. Singh.

Il a suggéré que le gouvernement permette aux Ukrainiens de venir sans visa, afin de rendre le processus aussi simple que possible pour que les gens trouvent la sécurité au Canada.

Le gouvernement s’est engagé à faire venir 40 000 réfugiés afghans au Canada lorsque les États-Unis ont annoncé qu’ils retireraient leurs forces militaires du pays, ce qui a finalement conduit le gouvernement afghan à tomber aux mains des talibans en août dernier.

Le gouvernement prévoit qu’il faudra deux ans pour atteindre cet objectif et, jusqu’à présent, seulement 7885 environ sont arrivés sur le sol canadien.

Le ministre de l’Immigration, Sean Fraser, a déclaré que la difficulté réside dans le fait que le Canada n’a pas de présence diplomatique dans le pays et qu’il n’y a aucun moyen de faire sortir les Afghans du pays.

Nous pensons que c’est une situation différente, a déclaré Nicole Giles, sous-ministre adjointe d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) lors d’un point de presse jeudi.

Le Canada entretient des liens étroits avec le gouvernement ukrainien qui détient toujours le pouvoir et l’Ukraine partage des frontières avec l’Union européenne. Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada IRCC a également des bureaux des visas et des centres de demande de visa dans les zones voisines, a précisé Mme Giles.

Le ministère avait préparé des ressources supplémentaires dans la région en prévision d’un afflux important de demandes à venir au Canada.

Le gouvernement a accepté de délivrer des titres de voyage aller simple aux Ukrainiens et aux membres de la famille des citoyens canadiens et des résidents permanents qui n’ont pas de titres de voyage.

Les ressortissants ukrainiens au Canada peuvent également demander une prolongation de leur permis d’études ou de travail pour rester en toute sécurité dans le pays, a-t-elle conclu.

Avec La Presse canadienne

Le Canada connaît la plus forte croissance démographique du G7

février 9, 2022
Des gens marchent sur un trottoir en ville. Plusieurs sont masqués.

La population canadienne a augmenté de 5,2 % entre 2016 et 2021, principalement en raison d’une immigration soutenue. Photo HOTO : La Presse Canadienne/Graham Hughes

Selon les données du dernier recensement de 2021, le Canada compte aujourd’hui 37 millions d’habitants, soit 5,2 % de plus qu’il y a cinq ans, ce qui fait du Canada le pays ayant connu la plus forte croissance démographique parmi les pays membres du G7.

D’après les premières données publiées mercredi matin par Statistique Canada, la population canadienne a crû de 1,8 million d’individus depuis le dernier coup de sonde national, en 2016.

En 2021, le Canada comptait 36 991 981 d’habitants.

« La population du Canada croît à un rythme deux fois plus élevé que les États-Unis. »— Une citation de  Patrick Charbonneau, analyste principal au Centre de démographie de Statistique Canada

C’est essentiellement à l’immigration que l’on doit cette croissance, souligne le démographe Patrick Charbonneau. En fait, quatre personnes sur cinq qui se sont ajoutées à la population canadienne entre 2016 et 2021 étaient issues de l’immigration.

La croissance naturelle de la population, soit les naissances moins les décès, ne représente, elle, que 15 % de la croissance démographique observée au pays depuis cinq ans.

Comme on s’y attendait, la pandémie a eu un effet notable sur la courbe démographique canadienne. Après avoir enregistré une croissance record de 583 000 personnes (+1,6 %) en 2019, la population canadienne a connu en 2020 son taux de croissance le plus bas depuis un siècle.

Entravée par la fermeture prolongée des frontières pour tenter de protéger le pays de la pandémie de COVID-19, la croissance démographique n’aura été que de 0,4 % en 2020, soit un gain de 160 000 personnes. Mais, même en dépit de la pandémie, le rythme de croissance démographique du Canada est demeuré le plus élevé du G7, souligne Statistique Canada.

Les Maritimes dépassent les provinces de l’Ouest

C’est au Yukon qu’on a enregistré la plus forte croissance démographique au niveau national depuis 2016 avec une augmentation de 12,1 % de la population de 2016 à 2021.

Parmi les provinces, ce sont l’Île-du-Prince-Édouard et la Colombie-Britannique qui ont connu la croissance la plus forte, avec des hausses respectives de 8 % et de 7,6 %.

« C’est la première fois depuis les années 1940 que les Maritimes ont eu un rythme de croissance plus rapide que les Prairies. »— Une citation de  Patrick Charbonneau, analyste principal au Centre de démographie de Statistique Canada

Fait à noter, pour la première fois depuis près de 70 ans, la population des provinces maritimes a augmenté plus rapidement que celle des Prairies.

Sur papier, la population des Maritimes a augmenté de 4,7 % contre 4,6 % dans les Prairies ces cinq dernières années.

En plus d’avoir connu une augmentation marquée de l’immigration, les Maritimes ont gagné au niveau de la migration interprovinciale. Il y a plus de gens qui déménagent dans les Maritimes pour y vivre que l’inverse, explique le démographe Patrick Charbonneau.

Il s’agit par ailleurs de la croissance démographique la plus élevée dans les Maritimes depuis 1970.

Terre-Neuve-et-Labrador, de son côté, a vu au contraire sa population diminuer de 1,8 % au cours de la même période.

La perte de poids démographique se poursuit au Québec

De jeunes filles brandissant des drapeaux du Québec sont assises dans la rue pour assister au défilé de la Fête nationale.

Le pourcentage de personnes vivant au Québec dans la population canadienne est passé de 23,2 % à 23% au cours des cinq dernières années. Photo : La Presse Canadienne/Graham Hughes

En dépit d’une augmentation de 4,1 % de sa population, qui se chiffrait à 8 501 833 lors du recensement, en 2021, le Québec continue de perdre du poids démographique au Canada par rapport aux autres provinces.

En 2021, les personnes qui vivent au Québec représentaient 23 % de la population canadienne contre 23,2 % en 2016. Cette tendance observée lors des 10 recensements précédents se poursuit donc. La croissance démographique du Québec demeure inférieure à celle du pays, qui était de 5,2 % au printemps 2021.

À titre de comparaison, la population de l’Ontario a crû de 5,8 % au cours des cinq dernières années, principalement en doublant le nombre d’immigrants accueillis par rapport au recensement précédent.

Le Québec n’est pas le seul dans cette situation, les provinces atlantiques ont aussi perdu du terrain, avec un poids démographique qui est passé de 6,6 % à 6,5 % de la population canadienne entre les deux derniers recensements.

Les Canadiens s’urbanisent

Les chercheurs de Statistique Canada constatent que les Canadiens sont de plus en plus nombreux à vivre dans les grandes régions métropolitaines du pays, qui étendent rapidement leur territoire.

En 2021, 27 des 37 millions de personnes recensées au Canada vivaient dans l’un des 41 grands centres urbains du pays, souligne Statistique Canada. En clair, trois Canadiens sur quatre vivent aujourd’hui dans des régions métropolitaines.Un passant dans un quartier de tours à condos à Toronto.

Les trois quarts des Canadiens vivent aujourd’hui dans les 41 grandes agglomérations urbaines du pays. Photo : La Presse Canadienne/Frank Gunn

C’est à l’immigration, encore une fois, qu’on doit cette forte croissance des centres urbains. « Plus de 9 nouveaux immigrants permanents sur 10 s’installent dans une région métropolitaine (RMR) », note Statistique Canada. Une tendance qui est cependant compensée dans les grandes villes par une augmentation des migrations vers les banlieues.

Si on regarde les migrations internes dans les trois plus grands centres urbains du Canada, il y a plus de gens qui quittent les villes vers la périphérie […] mais de façon générale, l’immigration réussit à compenser ces pertes-là, explique le démographe Patrick Charbonneau.

Pour preuve, souligne Statistique Canada, pour la première fois en six recensements, aucune RMR au Canada n’a connu une diminution de population de 2016 à 2021.

Pour ce qui est de Montréal et Toronto, la population des deux Région métropolitaine de recensementRMR a augmenté de façon similaire entre 2016 et 2021, soit de 4,6 %. Ce qui les situe très loin derrière les villes de Kelowna, Chilliwack et Kamloops, qui affichent des taux de croissance respectifs de 14 %, 12,1 % et de 10 %.

Fait à noter, pour la première fois en 25 ans, Calgary ne fait plus partie des cinq Région métropolitaine de recensement RMR affichant les taux de croissance démographique les plus élevés.

Croissance beaucoup plus lente dans les régions rurales

Alors que les villes se remplissent sous l’effet de l’arrivée de dizaines de milliers d’immigrants au pays chaque année, dans les régions rurales, la croissance démographique est nettement moins forte.

En mai 2021, un peu plus de 6,6 millions de personnes vivaient dans une région rurale au pays, soit 0,4 % de plus qu’au recensement précédent, alors que la croissance des régions urbaines était de plus de 6,3 % au cours de la même période.

Par conséquent, le poids démographique des personnes vivant en milieu rural continue de diminuer au Canada. Pour un neuvième recensement consécutif : il est passé de 18,7 % en 2016 à 17,8 % en 2021, peut-on lire dans les documents de Statistique Canada.

Or, cette baisse aurait pu être plus marquée encore si ce n’avait été de l’arrivée de la pandémie, souligne l’agence fédérale.

Étant donné qu’un plus grand nombre de Canadiens peuvent maintenant travailler à domicile à cause de la pandémie, la population de certaines régions rurales a augmenté, alors qu’un plus grand nombre de personnes ont quitté les centres urbains, en particulier au Québec et en Ontario, dit-elle

Avec Radio-Canada par Stéphane Bordeleau

France-Manuel Valls : « Il faut arrêter l’immigration »

décembre 19, 2021

L’ancien Premier ministre socialiste a déclaré sur Europe 1 qu’en matière d’immigration, la priorité devait être l’assimilation des individus déjà en France.

Existe-t-il un point commun entre Éric ZemmourMarine Le Pen et… Manuel Valls ? Oui, visiblement, quand il s’agit des questions d’immigration. Dimanche 19 décembre, l’ancien Premier ministre de François Hollande était l’invité d’Europe 1. Il y a regretté le manque apparent de positionnement de la gauche sur ces questions, au cœur des arguments électoraux de la droite et de l’extrême droite à quelques mois de l’élection présidentielle. « La gauche républicaine doit pouvoir parler d’immigration. Dire par exemple qu’aujourd’hui, il faut arrêter l’immigration », a-t-il ainsi lancé.

Selon l’ancien chef de gouvernement, l’heure est venue d’ « appuyer sur le bouton stop », de « faire une pause ». « Avons-nous besoin de nouveaux immigrés ? », s’est interrogé Manuel Valls, qui estime que la priorité de la France devrait être ailleurs. Et plus précisément dans « l’assimilation de ceux qui vivent sur notre sol, et le fait qu’ils aiment ce pays, sa langue, sa culture et son histoire ». L’ancien député a estimé que la question migratoire est primordiale, tout comme le contrôle de la politique française en la matière.

Oui au maintien du droit d’asile, mais avec des contrôles plus fermes

« Ne pas comprendre qu’une grande partie des Français sont inquiets sur le sujet de l’immigration et que le succès, notamment, d’Éric Zemmour doit à ce sentiment qu’on ne s’en est pas occupé, serait absurde », a-t-il insisté. Sur la question du contrôle de la politique migratoire française, Manuel Valls se positionne notamment en faveur du maintien du droit d’asile, mais dont le contrôle serait plus ferme, et pour l’accueil d’étudiants étrangers, « élites du monde ».

Il juge aussi que les migrants en situation irrégulière doivent être reconduits à la frontière, et qu’il est nécessaire de « suspendre le regroupement familial, et notamment les mariages, puisque c’est la principale source de l’immigration et de la constitution de ghettos ».

La question de l’immigration n’est d’ailleurs, selon Manuel Valls, pas le seul apanage d’Éric Zemmour. « Les idées d’Éric Zemmour, elles sont là. Ce qu’on a appelé la “zemmourisation” des esprits, elle est bien avant Éric Zemmour lui-même, a-t-il déclaré. Il faut le prendre pour ce qu’il est, il fait une analyse de l’histoire, il fait des propositions pour la France, mais il veut gagner la bagarre culturelle […] et donc la bataille politique. » Et l’ancien ministre d’insister : « Il faut le combattre […] en affrontant sa vision de l’histoire […], l’affronter sur le fond. »

Par Le Point avec AFP

France: Immigration, sécurité, identité, haine des médias… Pour son premier meeting, Eric Zemmour décline ses thèmes de prédilection

décembre 5, 2021

Le candidat d’extrême droite a officialisé le nom de sa formation politique, « Reconquête ». De brèves tensions ont émaillé le début de son discours devant quelque 13 000 personnes, au Parc des expositions, à Villepinte.

Des supporteurs du candidat d’extrême droite Eric Zemmour, le 5 décembre 2021, au Parc des expositions de Villepinte.
Des supporteurs du candidat d’extrême droite Eric Zemmour, le 5 décembre 2021, au Parc des expositions de Villepinte. CYRIL BITTON / DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

Le candidat d’extrême droite Eric Zemmour entendait faire une démonstration de force lors de son premier meeting de campagne présidentielle dimanche 5 décembre à Villepinte (Seine-Saint-Denis). Ses opposants ont eux aussi fait entendre leur voix, et manifesté à Paris.

M. Zemmour a pris la parole en fin d’après-midi, au Parc des expositions, face à ses troupes rassemblées derrière son nouveau slogan, « Impossible n’est pas français », expression assortie d’un rameau d’olivier. Ce premier meeting depuis l’officialisation de son entrée en campagne, mardi 30 novembre, a rassemblé 13 000 personnes dimanche, selon les organisateurs. « Près de 15 000 Français qui ont bravé le politiquement correct, les menaces de l’extrême gauche et la haine des médias », a commencé par dire le candidat.

Plusieurs personnes exfiltrées

Le polémiste désormais candidat s’est ensuite plaint d’être attaqué par « le pouvoir et ses relais médiatiques », avant d’enchaîner : « La meute est désormais lancée à mes trousses. Mes adversaires veulent ma mort politique. Les journalistes veulent ma mort sociale et les djihadistes veulent ma mort tout court. »

Réfutant les accusations de racisme et de misogynie, le candidat s’est vanté d’être le « seul de la liberté de penser, la liberté de parole, la liberté de débattre, la liberté des mots sur la réalité pendant qu’ils rêvent tous d’interdire mon meeting et de me condamner »« Comment pourrais-je penser cela, moi, petit juif berbère venu de l’autre côté de la Méditerranée ? », s’est-il encore justifié.

Entre deux « on est chez nous » et des « vive la France » scandés par la foule, le meeting s’est déroulé dans une ambiance électrique et hostile à l’égard des journalistes, hués à plusieurs reprises par les supporteurs d’Eric Zemmour. Pendant les premières minutes du discours du candidat d’extrême droite, l’ambiance s’est considérablement tendue, ont constaté les journalistes sur place. Des échauffourées ont éclaté à l’arrière de la salle, selon les images diffusées par des journalistes de Brut et du Huffington Post. Elles montrent des altercations et des personnes lançant des chaises. Selon les journalistes du Monde présents sur place, plusieurs personnes ont été exfiltrées par le service d’ordre en charge du meeting et des dizaines de jeunes militants.

Aussi, alors que plus de 400 journalistes ont été accrédités, des membres de l’émission « Quotidien », de la chaîne TMC, avaient été pris à partie plus tôt dans l’après-midi, d’abord par un groupe de jeunes militants, puis par une foule de plus en plus importanteIls ont été mis brièvement « à l’abri par sécurité », selon l’équipe du candidat d’extrême droite.

Le nom du parti officialisé

Eric Zemmour a profité de ce grand raout pour officialiser le nom de son parti, « Reconquête », avec adhésion payante. « La reconquête est désormais lancée. La reconquête de notre économie, la reconquête de notre sécurité, la reconquête de notre identité, la reconquête de notre souveraineté, la reconquête de notre pays », a fait valoir le candidat d’extrême droite.

« L’immigration zéro deviendra un objectif clair de notre politique », a déclaré Eric Zemmour. Celui-ci a annoncé vouloir « renvoyer tous les clandestins présents illégalement sur le sol Français »« expulser immédiatement les délinquants étrangers »« déchoir les criminels binationaux de leur nationalité française », et a promis de soumettre ces questions au peuple français par référendum.

M. Zemmour a par ailleurs proposé un « processus de simplification administrative sous l’égide directe de l’Elysée », la création « d’un grand ministère de l’industrie chargé du commerce extérieur, de l’énergie, de la recherche et des matières premières » et que la France sorte du commandement militaire intégré de l’OTAN.

En optant pour la date du 5 décembre, le polémiste a calqué son calendrier sur le congrès du parti Les Républicains (LR), qui a choisi samedi sa candidate, Valérie Pécresse, au profil plus modéré que son rival, Eric Ciotti. « Je tends la main aux électeurs, aux cadres, aux sympathisants des Républicains, dont beaucoup ont été représentés par mon ami Eric Ciotti. Votre place est parmi nous, à nos côtés dans ce combat pour la France », a dit Eric Zemmour.

Le candidat s’en est également pris au président de la République, Emmanuel Macron, qu’il a accusé d’avoir « vidé de leur substance notre économie, notre identité, notre culture, notre liberté, notre énergie, nos espoirs, nos existences »« Il a tout vidé parce qu’il est à lui tout seul, le grand vide, le gouffre. En 2017, la France a élu le néant et elle est tombée dedans », a-t-il encore ajouté.

Faire « taire » Zemmour

Initialement prévu au Zénith, dans le 19e arrondissement de Paris, le meeting a finalement été délocalisé à Villepinte, à une vingtaine de kilomètres. L’équipe d’Eric Zemmour l’explique par « l’engouement populaire », mais admet aussi des raisons de sécurité, alors qu’une cinquantaine d’organisations syndicales, partis de gauche et associations avaient appelé à manifester de Barbès à La Villette pour faire « taire » M. Zemmour.

Quelque 2 200 manifestants selon la Préfecture de police, 10 000 selon les organisateurs, ont défilé dans les rues de Paris dimanche pour dénoncer la candidature à l’élection présidentielle du polémiste d’extrême droite. Ils sont arrivés peu avant 16 heures dans le calme à La Villette, selon notre journaliste Pierre Bouvier.

D’autres militants hostiles au candidat d’extrême droite se sont regroupés à Villepinte, où 46 personnes, qui se trouvaient dans une zone interdite aux manifestations ont été interpellées, selon la préfecture de police. L’association Action antifasciste Paris-Banlieue, qui a notamment appelé sur Twitter ses sympathisants à « saboter » le meeting d’Eric Zemmour, affirmait vouloir « maintenir la pression » ce dimanche après-midi.

Le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, le socialiste Stéphane Troussel, avait lancé une pétition pour faire annuler le meeting par les propriétaires du lieu, le groupe Viparis, en l’interpellant sur sa « charte de la diversité ». La démarche a scandalisé le camp Zemmour. Elle a aussi été contestée par Jean-Luc Mélenchon, interrogé vendredi sur BFM-TV, pour qui « la démocratie, c’est d’écouter aussi ce qui vous déplaît ». Le candidat de La France insoumise tenait, lui, meeting à La Défense, en début d’après-midi.

Des personnalités de La Manif pour tous présentes

Villepinte devait permettre de mesurer les ralliements, alors que l’organisation est critiquée en interne pour sa fragilité et que des militants plus radicaux ont intégré la campagne, comme l’ancien mégrétiste et proche des identitaires Grégoire Tingaud, qui sera chargé de coordonner les référents régionaux. Le financier Charles Gave, qui a retiré son soutien, et le souverainiste Philippe de Villiers ne seront pas présents dimanche.

En revanche, plusieurs personnalités de La Manif pour tous, qui réunit les opposants au mariage entre personnes de même sexe, sont présentes à Villepinte : l’ancien député conservateur Jean-Frédéric Poisson, qui a renoncé à sa propre candidature en 2022 et s’occupera des législatives, ainsi que Christine Boutin, qui présidait avant lui le petit Parti chrétien-démocrate (devenu VIA, la voie du peuple), et Laurence Trochu, présidente du Mouvement conservateur, associé jusqu’à présent à LR.

Une figure des « gilets jaunes », Jacline Mouraud, est aussi présente pour soutenir Eric Zemmour et « représenter la France populaire », tout comme l’ancienne conseillère régionale RN Agnès Marion. Celle-ci « espère » un discours autour du « grand déclassement » et du « grand remplacement », cette théorie ethniciste, revendiquée par Eric Zemmour, du remplacement des populations européennes par des immigrés non européens. Pierre-Jean Chalençon, homme d’affaires collectionneur d’objets liés à Napoléon, accusé d’avoir organisé des dîners clandestins pendant le confinement, et l’animateur de télévision Eric Naulleau sont également au meeting d’Eric Zemmour. A leurs côtés se trouve aussi Karim Ouchikh, un proche de l’écrivain d’extrême droite Renaud Camus.

Le Monde avec AFP

Canada-Étudiants africains francophones refusés au Québec : « C’est un scandale! »

décembre 1, 2021

Depuis plusieurs années, les cégeps et les universités du Québec se heurtent à un problème commun et constant : les demandes de permis d’études provenant d’Afrique francophone sont massivement refusées par Ottawa.

Immigration Canada rejette massivement, depuis plusieurs années, les demandes de permis d'études provenant de certains pays d'Afrique francophone, au grand désarroi de nombreux établissements québécois.

© Ivanoh Demers/Radio-Canada Immigration Canada rejette massivement, depuis plusieurs années, les demandes de permis d’études provenant de certains pays d’Afrique francophone, au grand désarroi de nombreux établissements québécois.

«C’est un scandale!», s’emporte Sylvain Blais, le directeur général du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue.

L’an passé, les cégeps ont accueilli près de 5000 étudiants étrangers, dont plus de deux tiers de Français. Un nombre en hausse constante depuis une décennie.

Le nombre d’Africains est cependant famélique. On compte par exemple autant de Camerounais accueillis dans le réseau collégial public que de Chinois, soit environ 4 % des effectifs internationaux.

«Inacceptable», «discriminatoire», «un bourbier»

Au Québec, comme l’a expliqué Radio-Canada la semaine passée, le taux de refus de ces dossiers est nettement plus élevé que dans le reste du Canada.

En moyenne, tous pays confondus, 61 % des demandes de permis d’études visant un établissement québécois, qui avait déjà donné son accord à l’étudiant, ont été rejetées en 2020. Des chiffres bien différents de l’Ontario (47 %) et de la Colombie-Britannique (37 %), les deux autres provinces qui accueillent le plus d’étudiants étrangers au pays.

Ces données varient encore lorsqu’on se penche sur la citoyenneté de ces étudiants. L’immense majorité des demandes provenant du Sénégal, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Togo, de la Guinée, de l’Algérie ou de la République démocratique du Congo – des pays où la langue française est couramment utilisée – sont refusées par Immigration Canada.

Le ministre Fraser troublé

Selon l’entourage du nouveau ministre fédéral de l’Immigration, Sean Fraser, ce dernier aurait été troublé par ces récentes révélations. Il est au fait de l’enjeu, il se penche sur la question et a demandé des pistes de solution, car les chiffres semblent indiquer un problème», nous a-t-on glissé.

L’ensemble des universités et des cégeps contactés par Radio-Canada ignoraient jusqu’à maintenant ces données et l’ampleur de ces refus.

«C’est inacceptable et scandaleux», affirme, avec véhémence, le président de la Fédération des cégeps, Bernard Tremblay.

«Cette situation nuit à l’image des cégeps» qui tentent de recruter des étudiants à travers le monde «pour assurer la vitalité de nos programmes», reprend-il.

«On se bat, mais on fait face à une action bureaucratique indescriptible et un bourbier qui met vraiment à mal nos efforts», reprend Bernard Tremblay.

Le Cégep de Matane recrute désormais, en grande majorité, des étudiants français.

© Boris Firquet/Radio-Canada Le Cégep de Matane recrute désormais, en grande majorité, des étudiants français.

Face à cette problématique, des établissements ont confié à Radio-Canada avoir abandonné l’idée d’attirer des étudiants africains. C’est le cas par exemple du Cégep de Matane.

«On a consacré beaucoup d’efforts en Afrique du Nord, pour très peu de résultats. On a toujours été confrontés à la difficulté d’avoir ces permis», raconte Brigitte Lavoie, qui s’occupe du développement international de l’établissement.

Même constat dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. C’était 99 % d’énergie pour 1 % de rendement», se désole France Voisine, directeur adjoint des études du Cégep de Saint-Félicien.

«C’est une aberration totale, surtout au moment où il y a des besoins de main-d’œuvre», affirme Sylvain Blais.

«C’est incohérent», souligne pour sa part Sabrina Potvin, coordonnatrice au Cégep de Jonquière. Ce dernier a récemment haussé le ton pour déplorer le refus d’Immigration Canada visant des étudiants ghanéens, qui avaient pourtant obtenu une bourse d’excellence du Québec.

«C’est un non-sens et c’est préoccupant. On a besoin d’une explication. Est-ce qu’on recrute pour rien dans certains pays? On a besoin de savoir», lance-t-elle.

Un traitement différent pour l’Inde et la Chine

Face au nombre important de demandes de résidences temporaires provenant de l’Inde et de la Chine, Immigration Canada a lancé, dès 2018, un programme d’intelligence artificielle pour traiter les demandes de visas touristiques. Ce système, qui a pour objectif d’éliminer certains biais discriminatoires, a, depuis, été élargi à l’étude des demandes de permis d’études de ces deux pays, qui se comptent, annuellement, par dizaines de milliers.

Avant la pandémie, en 2019, le taux d’acceptation des demandes de permis d’études étaient de 64 % pour l’Inde et de 85 % pour la Chine.

Ce programme d’intelligence artificielle est différent de l’outil informatique utilisé par les agents d’immigration pour analyser les dossiers provenant d’autres pays. En 2018, pour accélérer le traitement de ces demandes, Immigration Canada a lancé Chinook. Il s’agit d’un système qui réunit différentes informations dans une feuille de calcul Excel, avant que l’agent ne prenne une décision finale.

Un plan» réclamé à Immigration Canada

Plusieurs universités tiennent un discours similaire. Ce phénomène n’est pas nouveau», regrette le chancelier de l’Université de Montréal, Frantz Saintellemy.

Ce dernier cite l’un des principaux motifs de refus avancés par Immigration Canada : la crainte, par les agents, que l’étudiant ne retourne pas dans son pays d’origine. Mais dans les faits, dit-il, c’est le genre d’immigrants qu’on veut. «Il aura développé des compétences, il se sera intégré. On veut qu’ils restent le plus longtemps possible.»

Pierre Cossette, qui est recteur de l'Université de Sherbrooke, préside le Bureau de coopération interuniversitaire (BCI).

© /Radio-Canada Pierre Cossette, qui est recteur de l’Université de Sherbrooke, préside le Bureau de coopération interuniversitaire (BCI).

Il y a un manque d’arrimage dans l’application des stratégies des gouvernements provinciaux et fédéral», constate Pierre Cossette, recteur de l’Université de Sherbrooke et président du Bureau de coopération interuniversitaire.

Ce n’est pourtant pas la première fois qu’un tel problème est soulevé. Au printemps, un rapport gouvernemental du Comité permanent de la citoyenneté et de l’immigration avait mis en exergue cet enjeu.

Différents témoins ont relaté des exemples identiques, et les membres de ce comité avaient recommandé à Immigration Canada d’examiner les taux d’acceptation des étudiants étrangers dont les demandes sont traitées en Afrique, plus particulièrement dans les pays d’Afrique francophone» et d’élaborer un plan pour augmenter les taux d’acceptation des étudiants de cette région».

Une telle recommandation a-t-elle été suivie? Immigration Canada n’a pas répondu à nos questions.

Avec Radio-Canada par Romain Schué

Canada: Vers une réouverture du chemin Roxham

novembre 11, 2021

Le chemin Roxham va-t-il rouvrir dans les prochains jours? C’est la direction que semble prendre le gouvernement.

Les migrants ne peuvent plus passer par le chemin Roxham pour faire une demande d'asile depuis la fin du mois de mars 2020.

© Ivanoh Demers/Radio-Canada Les migrants ne peuvent plus passer par le chemin Roxham pour faire une demande d’asile depuis la fin du mois de mars 2020.

Selon les informations obtenues par Radio-Canada, le gouvernement de Justin Trudeau devrait à nouveau permettre aux migrants, d’ici la fin du mois, de passer par ce point d’entrée irrégulier pour y faire une demande d’asile.

Situé à la frontière canado-américaine, à Saint-Bernard-de-Lacolle, le chemin Roxham est fermé depuis la fin mars 2020. Concrètement, sauf pour de rares exceptions, les personnes tentant d’emprunter cette voie sont renvoyées aux États-Unis.

Annoncée par décret, cette mesure fédérale, qui prend officiellement fin le 21 novembre, ne devrait pas être renouvelée.

La mesure ne visait pas nommément le chemin Roxham, mais interdisait à tout étranger d’entrer au Canada, en provenance des États-Unis, pour y faire une demande d’asile hors d’un point d’entrée terrestre, soit un poste frontalier.

Or, le chemin Roxham était le point d’entrée irrégulier devenu, au fil des années, le plus populaire au pays.

Le nombre de migrants passant par le chemin Roxham a considérablement augmenté à partir de 2017.

© Christinne Muschi/Reuters Le nombre de migrants passant par le chemin Roxham a considérablement augmenté à partir de 2017.

Des nouveaux» chemins Roxham

Cette popularité est née en raison des contraintes, pour ces immigrants, liées à l’Entente sur les tiers pays sûrs. Entré en vigueur en 2004, cet accord, signé avec les États-Unis, oblige les migrants à présenter leur demande d’asile dans le premier pays sûr» qu’ils traversent.

Ainsi, les personnes vivant ou passant par les États-Unis n’ont, légalement, pas le droit de faire une telle demande au Canada. Mais cette entente ne vise que les postes frontaliers, ce que n’est pas le chemin Roxham.

Même si les migrants arrivant à cet endroit sont renvoyés aux États-Unis depuis la fin de l’hiver 2020, l’arrivée de personnes en situation irrégulière n’a jamais été complètement stoppée au Québec.

En moyenne, entre avril 2020 et juillet dernier, un peu moins de 25 demandeurs d’asile ont été interceptés, mensuellement, par les agents de la Gendarmerie royale canadienne (GRC), contre près d’un millier, par mois, avant la pandémie.

Mais depuis cet été, on voit de plus en plus de personnes qui arrivent au Québec», affirme Stéphanie Valois, présidente de l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration (AQAADI).

À l’instar de plusieurs de ses collègues, elle tire la sonnette d’alarme. De nouveaux» chemins Roxham ont été identifiés par des passeurs» et migrants, en raison de la fermeture du passage de Saint-Bernard-de-Lacolle.

Il y a du bouche-à-oreille qui se fait. Ils ne prennent pas toujours le même chemin. C’est inquiétant», juge-t-elle.

Officiellement, la GRC reste prudente, en affirmant qu’il n’y a pas vraiment une recrudescence». Mais les chiffres illustrent le contraire.

Alors que 11 personnes ont été interceptées au Québec en juin, on en dénombrait 63 en août, puis 150 en septembre. Les données pour octobre n’ont pas été rendues publiques, mais l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) nous a confirmé que la tendance est toujours à la hausse.

Les agents de la GRC patrouillent le long de la frontière canado-américaine pour intercepter les migrants qui ne se présentent pas devant un point d'entrée officiel.

© Ivanoh Demers/Radio-Canada Les agents de la GRC patrouillent le long de la frontière canado-américaine pour intercepter les migrants qui ne se présentent pas devant un point d’entrée officiel.

Des craintes pour la sécurité

Même si l’on reste encore loin des années 2017 et 2018, où des vagues de plusieurs milliers de personnes arrivaient au pays par le chemin Roxham, cette situation inquiète.

Avant, avec Roxham, c’était parfait. C’était discipliné, sécurisé, on pouvait contrôler qui entrait, avance Chantal Ianniciello, avocate en immigration. Les agents pouvaient prendre les empreintes digitales.»

Le chemin Roxham, finalement, ça a fait un peu l’affaire de tout le monde, confie Stéphanie Valois. C’était sécurisé et on savait où étaient ces personnes. Maintenant, si elles ne viennent pas nous voir pour demander l’asile, on ne sait pas où elles sont.»

Avec l’hiver qui arrive, on a peur de voir des gens geler, se perdre, peut-être mourir. Sans compter tous ceux qui vont passer sous notre radar, qu’on ne verra jamais», reprend Chantal Ianniciello.

Le GRC reconnaît néanmoins une préoccupation», tout en assurant être équipée» pour suivre la trace de ces migrants. On a la technologie nécessaire», glisse le caporal Charles Poirier, sans donner davantage de détails.

Une approche prudente et progressive», assure Ottawa

Contacté par Radio-Canada, le cabinet du ministre de l’Immigration Sean Fraser ne nie pas l’intention du gouvernement fédéral de permettre à nouveau aux migrants arrivant par le chemin Roxham de faire une demande d’asile.

Des annonces officielles auront lieu prochainement, nous a-t-on indiqué.

Face à l’amélioration de la situation sanitaire, le gouvernement continue son approche prudente et progressive de la réouverture des frontières. Depuis le mois d’août, nous contactons les demandeurs qui ont été renvoyés afin de confirmer leur intention de revenir pour poursuivre leur demande», souligne, sobrement, le porte-parole du ministre, Alex Cohen.

Le député bloquiste Alexis Brunelle-Duceppe réclame la suspension immédiate de l'Entente sur les tiers pays sûrs.

© /Courtoisie Le député bloquiste Alexis Brunelle-Duceppe réclame la suspension immédiate de l’Entente sur les tiers pays sûrs.

Une abolition de l’Entente sur les tiers pays sûrs toujours réclamée

Mais la réouverture du chemin Roxham n’est pas la solution miracle. Loin de là, clame l’avocat Stéphane Handfield.

Qu’on ferme ou qu’on rouvre Roxham, on va continuer de vivre ce type de situation. C’est le résultat d’un problème qu’on dénonce depuis des années. Même si les autorités trouvent un nouveau passage et qu’on le ferme, ça recommencera. C’est la triste réalité», souligne-t-il.

Il faut abolir l’Entente sur les tiers pays sûrs», assure Stéphane Handfield. Si on le fait, les migrants ne se cacheraient plus et ils pourraient se présenter à point de contrôle officiel.»

Cette Entente a récemment fait l’objet d’une contestation judiciaire. L’an passé, la Cour fédérale l’avait jugé inconstitutionnelle mais, à la demande du gouvernement Trudeau qui avait saisi les tribunaux, la Cour d’appel a annulé ce jugement.

Alors que des avocats en immigration préparent un dossier pour saisir la Cour suprême, la plus haute instance fédérale, le Bloc québécois demande au gouvernement Trudeau d’agir dès maintenant».

Même si c’est un problème complexe, la solution est simple, facile et elle existe», indique le député Alexis Brunelle-Duceppe. Ottawa peut unilatéralement suspendre cette entente», précise-t-il, en citant un article de ce document.

Cette suspension réglerait plusieurs problèmes». Les gens pensent qu’on [le Bloc québécois] veut fermer le chemin Roxham parce qu’on ne veut pas voir rentrer trop de personnes, mais ce n’est pas ça du tout», spécifie l’élu, en évoquant la sécurité» de ces migrants.

Ils n’auront plus peur. Là, des passeurs les font passer par d’autres chemins et ils le font au péril de leur vie. [Avec une suspension de l’Entente] ils arriveraient de manière sécuritaire au poste frontalier pour faire leur demande d’asile.»

Avec Radio-Canada par Romain Schué

Canada/Ralentissement à Immigration Québec : de nouveaux arrivants s’inquiètent

mai 24, 2020
Rémy et Christelle craignent de devoir retourner en France en l'absence d'un traitement rapide de leur dossier d'immigration.
© /Radio-Canada Rémy et Christelle craignent de devoir retourner en France en l’absence d’un traitement rapide de leur dossier d’immigration.
Plusieurs familles immigrantes du Québec se demandent si elles devront quitter le pays en raison d’un ralentissement des opérations au ministère de l’Immigration. Les retards causés par la pandémie s’accumulent pour obtenir l’autorisation de travailler dans la province.

Pour Rémy Masdéu et sa conjointe Christelle Carulla, c’est tous leurs plans d’avenir qui sont désormais remis en question. Établi à Sherbrooke il y a un an, le couple originaire de la France a rapidement intégré le marché du travail.

Rémy qui est pilote de drone était la perle rare pour son employeur, Pixel Nord, qui l’a aidé à s’installer dans la région.

Le caméraman et pilote de drone Rémy Masdéu pourrait être forcé de retourner en France en raison du ralentissement à Immigration Québec.

© Pixel Nord Le caméraman et pilote de drone Rémy Masdéu pourrait être forcé de retourner en France en raison du ralentissement à Immigration Québec.
«Il peut un jour être caméraman, un autre jour, il peut être réalisateur, il peut piloter le drone donc cette polyvalence-là pour nous ça vaut de l’or», souligne Willam Levasseur, le copropriétaire de Pixel Nord.

50 jours sans nouvelles

Comme tous leurs projets s’enchaînaient avec facilité, l’obtention d’un certificat de sélection du Québec leur semblait être une simple formalité. En mars dernier, ils en font la demande du CSQ, un document qui leur permet de continuer à travailler jusqu’à l’obtention de leur résidence permanente.

La consultante indépendante en immigration canadienne, Caroline Morin, confirme que ce genre de démarche prend en moyenne 20 jours ouvrables pour être complétée.

Toutefois, 50 jours plus tard, le couple n’a toujours aucune nouvelle de leurs démarches. Travailler leur est maintenant interdit. Par courriel, le ministère de l’Immigration indique que les délais de traitement ont augmenté avec la pandémie.

Avec la crise sanitaire actuelle et les contraintes qu’elle exerce (télétravail, nombre limité de personnel sur le plancher, etc.) nos délais d’ouverture de dossiers ont augmenté de plusieurs semaines, indique le ministère par écrit.

Avec ces délais, le rêve de Rémy et Christelle s’effondre. Le couple a maintenant deux choix :  Repartir en France ou rester au Québec en tant que visiteur. Mais s’ils restent, ils renoncent à leurs avantages sociaux.

Une décision déchirante, puisque Christelle a récemment reçu un diagnostic de sclérose en plaques. «C’est quelque chose qu’on voulait traiter assez rapidement. Et là tout s’arrête parce qu’on n’a plus de couverture sociale», se désole Rémy.

L’attente est intenable et le couple est inquiet. «Je suis dans l’attente depuis maintenant le mois de mars de pouvoir recevoir un traitement et là ça va être très très compliqué par rapport aux délais», souligne Christelle.

Des dizaines de cas semblables au Québec

Rémy et Christelle sont loin d’être les seuls dans cette situation au Québec. Selon Andrès Fontecilla, le porte-parole en matière d’immigration de Québec Solidaire, des dizaines de personnes vivent un tel dilemme. «On a des gens qui attendent depuis trois mois, six mois, même avant la pandémie et ces gens-là ne reçoivent aucune réponse», dénonce-t-il.

Leur dernier espoir de ces demandeurs serait de tomber dans les bonnes grâces du ministère de l’Immigration. La consultante indépendante Caroline Morin souligne qu’elle tentera de plaider la cause de Rémy et Christelle auprès de Québec. «On va leur expliquer qu’à cause des délais de la COVID on n’a pas reçu le CSQ, mais on vous demande s’il vous plait de considérer la demande étant donné des circonstances», illustre Caroline Morin.

Rémy espère que cette stratégie portera ses fruits afin de poursuivre son rêve au Québec. «On espère qu’il y a des gens humains derrière l’immigration qui vont entendre notre histoire», dit-il.

Le ministère de l’Immigration demande au couple d’être patient. Dans leur cas, la patience a toutefois ses limites, surtout quand la santé et leurs économies sont en jeu.D’après le reportage de Marion Bérubé

Avec CBC/Radio-Canada

Immigration: la cible du Québec appelée à changer?

avril 10, 2020

 

© (Photo by Patrick ESCUDERO/Gamma-Rapho via Getty Images)
QUÉBEC — Le Québec devra revoir ses seuils d’immigration à la baisse si la relance économique se fait plus lente que prévu, affirment à présent des représentants du milieu économique.

Il s’agit d’un virage à 180 degrés pour ceux qui, jusqu’à tout récemment, réclamaient au moins 60 000 immigrants par année pour combler la pénurie de main-d’oeuvre.

Le gouvernement Legault prévoyait hausser en 2020 le nombre maximum de nouveaux arrivants à 44 500, puis à 47 500 en 2021. En 2022, le nombre d’immigrants admis devait se situer entre 49 500 et 52 500.

Tout a changé avec la crise de la COVID-19, a déclaré en entrevue jeudi le président du Conseil du patronat, Yves-Thomas Dorval.

«En 2020, il y aura énormément de main-d’oeuvre sans emploi, a-t-il affirmé. Il va falloir s’attarder bien sûr à essayer de s’assurer que cette main-d’oeuvre-là se retrouve un emploi.

«La cible pour 2021 va (…) peut-être même excéder les besoins, étant donné que 2021 risque d’être une période où on est en chômage», a-t-il ajouté.

Le Québec pourrait tout aussi bien vivre une pénurie de main-d’oeuvre étant donné sa démographie, nuance-t-il. Quatre-vingts pour cent des besoins de main-d’oeuvre sont reliés aux départs à la retraite, selon M. Dorval.

«Le gouvernement doit se garder une porte de sortie pour que si en 2021, il y a des besoins très importants, (…) qu’on inclut dans la cible de 2021 les manques qu’on a eus en 2020, donc avoir une certaine flexibilité.»

Autrement dit, la cible sera sûrement appelée à changer, croit également le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc.

«Le gouvernement était sur un objectif d’environ 50 000, nous on demandait 60 000, on va devoir réévaluer ça, a-t-il déclaré en entrevue, jeudi. On pourrait envisager de diminuer temporairement.»

À l’instar de M. Dorval, il rappelle toutefois que le Québec a une tendance structurelle lourde de resserrement démographique. Parallèlement à cela, la province n’a pas abandonné ses grands projets d’infrastructure, dit-il.

«Je m’attends à ce que le Québec retrouve sa robustesse économique», affirme M. Leblanc, en disant guetter les indicateurs d’embauche. Ceux d’octobre prochain seront révélateurs, selon lui, car la relance aura été amorcée.

Québec solidaire est d’accord

Québec solidaire (QS) s’attend également à une révision des seuils d’immigration en raison de la crise de la COVID-19. L’an dernier, QS était en faveur d’un retour immédiat à un seuil d’environ 52 000 immigrants admis chaque année.

En entrevue, son porte-parole en matière d’immigration, Andrés Fontecilla, a cité le contexte «tout à fait extraordinaire» pour dire qu’il fallait faire preuve au Québec d’une grande «flexibilité».

«Si la situation l’impose, oui, il faut revoir les objectifs qu’on s’était donnés, a-t-il affirmé. Il est fort probable que le ministère procède à une réévaluation de ces cibles-là.»

Entre-temps, le député de Laurier-Dorion exhorte le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, à exiger du gouvernement fédéral qu’il prolonge de 90 jours les permis des étudiants internationaux ainsi que des travailleurs étrangers temporaires.

Normalement, l’expiration du permis d’études ou de travail signifie que la personne doit quitter le pays. Mercredi, l’organisme d’aide aux immigrants ALPA a sonné l’alarme en disant traiter plusieurs cas de détresse psychologique.

«Pour ces personnes-là, les couchent de difficultés s’ajoutent, a déclaré M. Fontecilla. Déjà, il y a la crainte de la maladie, ensuite il y a la perte de revenus (…) et ensuite on rajoute la crainte du statut d’immigration.»

Prolongation des permis: le ministre Jolin-Barrette s’en mêle

Le ministre Jolin-Barrette a déjà soulevé cet enjeu avec le gouvernement fédéral, assure son attachée de presse, Élisabeth Gosselin-Bienvenue.

«Nous comprenons tout à fait l’inquiétude des personnes. La situation de certains étudiants ainsi que des travailleurs étrangers fait effectivement partie des enjeux soulevés et portés à l’attention du gouvernement fédéral. Les discussions se poursuivent», a-t-elle déclaré à La Presse canadienne.

M. Jolin-Barrette n’a pas répondu aux demandes d’entrevue, jeudi.

Le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain se dit quant à lui «surpris» que l’enjeu n’ait pas encore été réglé. «Nous l’avions demandé il y a trois semaines. C’est essentiel pour les entreprises (…) qui ont besoin de ces employés-là», a insisté M. Leblanc.

La Presse canadienne avec Caroline Plante