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Des Russes fuyant la mobilisation militaire bloqués par les délais d’immigration canadiens

octobre 1, 2022
Un égoportrait de Pavel Slinkov-Albul et de sa femme.

Pavel Slinkov-Albul et sa femme attendent le traitement de leur demande de visa d’études par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada depuis plus de six mois. Photo : Fournie par Pavel Slinkov-Albul

Les longs délais dans le traitement des demandes d’immigration au Canada font craindre le pire à certains Russes qui cherchent à fuir la mobilisation militaire dans leur pays. Pendant que les convocations se multiplient partout en Russie, des hommes dont le dossier est en traitement depuis parfois plus d’un an craignent d’être forcés d’aller combattre en Ukraine.

Pavel Slinkov-Albul se souvient très bien du jour où Vladimir Poutine a annoncé la mobilisation de centaines de milliers de réservistes russes. Le père de famille de 35 ans venait de partir en voyage d’affaires. Dès que son avion a atterri, les messages textes ont commencé à retentir sur l’écran de son téléphone.

Même s’il y avait déjà des rumeurs concernant la mobilisation, nous étions tous sous le choc, se rappelle-t-il.

Le 21 septembre, le président russe, Vladimir Poutine, a annoncé une mobilisation partielle visant 300 000 jeunes réservistes pour combattre en Ukraine. Selon le média indépendant russophone Meduza, les autorités russes envisagent plutôt de conscrire 1,2 million de personnes.

Depuis, des centaines de milliers de personnes ont fui vers des pays voisins, comme la Géorgie, l’Arménie ou encore le Kazakhstan. Contrairement à elles, Pavel Slinkov-Albul, lui, n’a pas les moyens de quitter son pays et son emploi.

Un groupe de jeunes hommes marchent sur une route en Géorgie.

Un jeune homme fuit la Russie pour la Géorgie. Photo : Radio-Canada/Dimitri Bitsuleiman

Depuis l’annonce de la mobilisation, il vit donc dans la crainte de recevoir une convocation de l’armée. Il n’est pas un réserviste et n’a pas d’expérience militaire, mais il soutient que personne n’est à l’abri. Les autorités russes ont d’ailleurs admis, cette semaine, que de nombreux hommes censés être exemptés ont été convoqués.

J’ai peur pour mon avenir. J’ai peur d’aller en prison et que l’État détruise ma vie, raconte l’homme, qui affirme être prêt à aller en prison pour éviter d’être envoyé en Ukraine.

Son seul espoir est l’obtention de son visa d’études canadien, qu’il attend depuis le début du mois de février. Il a communiqué avec le gouvernement canadien, mais ignore toujours quand le traitement de son dossier sera réglé.

« J’ai très peu d’espoir. »— Une citation de  Pavel Slinkov-Albul

Pas un cas isolé

L’avocat spécialisé en immigration Lev Abramovich, de Toronto, dit avoir été contacté par de nombreux Russes dans la situation de Pavel Slinkov-Albul depuis le début du conflit.

Certains de ses clients attendent depuis plus d’un an. C’est le cas de Mariia, une ingénieure qui vit à Moscou. Elle a soumis une demande de visa d’études pour faire son doctorat à l’Université McMaster, à Hamilton, en Ontario, en septembre 2021. Son conjoint, lui, espère obtenir un permis de travail pour l’accompagner.

C’est injuste parce que nous souffrons aussi en raison de cette situation. Nous ne voulons pas être des réfugiés. Nous voulons contribuer [à la société canadienne], mais nous ne pouvons pas le faire parce que notre dossier est en attente, déplore-t-elle.

La jeune femme assure que son conjoint et elle feront tout pour éviter l’armée.

J’étais très jeune à l’époque, mais j’ai vu les soldats revenir d’Afghanistan. Ces gens souffrent toute leur vie, dit Mariia, qui craint que son conjoint subisse le même sort.

Dans une déclaration par courriel, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) explique que bon nombre des perturbations engendrées par la pandémie de COVID‑19 ont été résolues, mais que l’agence est toujours aux prises avec de multiples défis.

Cela s’est traduit par une importante accumulation de demandes à traiter au cours des 18 premiers mois de la pandémie et par une augmentation des délais de traitement, affirme l’agent en communications d’IRCC Jeffrey MacDonald.

Il ajoute qu’IRCC doit répondre à un nombre record de demandes de visa de résidence temporaire. Par exemple, l’agence dit avoir traité près de 560 000 demandes initiales de permis d’études en 2021, ce qui représente une hausse de 31 % par rapport au record établi en 2019.

Selon Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, le traitement complet de la plupart des demandes de visa d’études pour les citoyens russes est de 13 semaines, contre 15 pour un visa de travail.

Un système archaïque

Lev Abramovich affirme quant à lui que les retards d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada datent d’avant la pandémie.

Il qualifie le fonctionnement de l’agence fédérale d’archaïque et soutient qu’elle doit être réformée et faire preuve de plus de transparence.

IRCC s’appuie sur des consulats pour faire le travail dont le niveau de compétence et la capacité opérationnelle varient, explique l’avocat, en ajoutant que les délais de traitement des dossiers varient d’un consulat à un autre.

Il souligne que les demandes de visa des citoyens russes sont pour leur part gérées au bureau de Varsovie, qui priorise actuellement les dossiers des réfugiés ukrainiens.

C’est tout à fait normal, mais les dossiers des citoyens russes devraient être transférés ailleurs.

Des gens pleurent ou s'essuient les yeux dans la ville de Volzhsky, dans la région de Volgograd, en Russie.

Des parents et des connaissances de réservistes russes pleurent le départ de leurs proches dans la ville de Volzhsky, dans la région de Volgograd, en Russie, à la suite de la mobilisation partielle ordonnée par Vladimir Poutine. Photo : Reuters/Stringer

« La situation est extrêmement urgente. »— Une citation de  Lev Abramovich, avocat spécialisé en immigration

Il ajoute que ceux qui ont trouvé refuge dans des pays voisins, comme la Turquie, l’Arménie ou encore la Géorgie, ont souvent des statuts temporaires qui les rendent vulnérables.

De la chair à canon

Réfugié en Géorgie avec sa femme et son fils depuis février, Anton Chernyshev a récemment appris que les autorités russes se sont déjà présentées à son ancienne adresse pour le conscrire.

Mais pour lui, qui a fait son service militaire obligatoire, retourner dans l’armée russe est impensable.

Il s’inquiète du sort des nouvelles recrues sur le champ de bataille et craint les sévices qu’elles pourraient subir aux mains de leurs frères d’armes.

Un égoportrait d'Anton Chernyshev devant la mer.

Anton Chernyshev a trouvé refuge en Géorgie avec sa famille. Il craint d’être contraint à aller se battre en Ukraine s’il retourne dans son pays. Photo : Radio-Canada/Fournie par Anton Chernyshev

« Ils vont être considérés comme de la viande fraîche, littéralement. »— Une citation de  Anton Chernyshev

Le père de famille fait référence à la dedovshchina, une forme de bizutage institutionnalisé extrêmement brutal, qui s’accompagne généralement de sévices physiques et psychologiques et dont sont souvent victimes les nouvelles recrues.

Lorsque les soldats qui se battent déjà là-bas vont les voir arriver, ils vont leur faire subir toute leur colère et les choses terribles dont ils ont été témoins, déplore le trentenaire.

L’armée ne s’est pas modernisée. Elle demeure très semblable à ce qu’elle était au temps de l’Union soviétique. [Les nouvelles recrues] vont être utilisées comme de la chair à canon. Je doute qu’elles reçoivent une quelconque formation militaire, surtout celles qui n’ont pas d’expérience, ajoute le journaliste russe Yevgeny Kiselyov.

Anton Chernyshev espère que sa demande de visa en tant que travailleur spécialisé sera acceptée par le Canada, mais il attend déjà depuis plus d’un an et demi.

J’ai réalisé que, dans mon pays, je ne suis pas vu comme une personne, mais comme une chose qu’on peut envoyer à la guerre pour assouvir les ambitions de quelqu’un, dit-il.

Radio-Canada par Andréane Williams

Canada: 30 000 $ pour un visa de travailleur étranger temporaire

septembre 15, 2022

Heures travaillées et non payées, frais illégaux et menaces : une employée immigrante sonne l’alarme.

La devanture d'IRCC à Montréal.

Des immigrants se font demander des sommes importantes allant de quelques milliers de dollars à 75 000 $ US (environ 100 000 $ CAN), pour obtenir les documents nécessaires pour un visa de travail fermé au Canada. Photo : Radio-Canada/Ivanoh Demers

Une jeune femme, à qui on a demandé de débourser des milliers de dollars pour pouvoir obtenir un visa à travers le programme des travailleurs étrangers temporaires, sonne l’alarme, car ce système fait en sorte que des immigrants sont à la merci d’employeurs sans scrupule.

En théorie, obtenir un emploi aurait dû être facile pour Pawan, une jeune femme originaire de l’Inde, et dont nous avons accepté de n’utiliser que le prénom.

Arrivée au Canada en décembre 2016, l’immigrante, âgée aujourd’hui de 25 ans, maîtrise l’anglais, a suivi des cours postsecondaires en Colombie-Britannique et cherche du travail, alors que le taux de chômage n’a jamais été aussi bas au pays.

En réalité, pour une question de permis de travail, elle s’est retrouvée à la merci d’un intermédiaire lui réclamant 30 000 $ pour ses services afin d’obtenir un visa de travailleur étranger temporaire et un emploi au salaire minimum ne respectant pas les normes du travail.

Selon des experts consultés, de nombreux immigrants se font flouer chaque année par des employeurs leur réclamant illégalement des sommes importantes pour leur visa de travailleur étranger temporaire.

Pawan a décidé de raconter son histoire afin d’aider d’autres immigrants dans sa situation.

Une jeune femme regarde la caméra.

Pawan, une jeune femme originaire de l’Inde, partage son histoire pour dénoncer les abus associés au programme des travailleurs étrangers temporaires. Photo : Radio-Canada/Ken Leedham

Établie au Canada depuis six ans, Pawan s’est retrouvée dans une situation particulière l’année dernière, quelques mois avant l’expiration du permis de travail ouvert qu’elle avait obtenu avec son ex-conjoint.

Je devais obtenir mon propre statut et lorsque j’ai raconté mon histoire à une connaissance qui est maintenant consultante en immigration, il m’a dit qu’un de ses amis allait m’aider à obtenir un visa de travail.

L’ami en question était entrepreneur sur l’île de Vancouver. Il lui offrait un emploi et l’occasion d’obtenir un visa fermé grâce au programme des travailleurs étrangers temporaires.

L’employeur affirmait avoir en sa possession une étude d’impact sur le marché du travail (EIMT), un document lui permettant d’embaucher des travailleurs étrangers.

Il m’a demandé de payer 5000 $ pour ouvrir le dossier, explique la jeune femme. Une somme non remboursable qui devait servir au processus d’obtention du permis de travail.

Pawan était censée débourser de l’argent à chaque étape. Le montant total était de 30 000 $, dit-elle.

« En m’informant auprès d’amis et de collègues, on m’a dit que c’était le prix. Il faut payer 30 000 $ ou 25 000 $ pour obtenir l’EIMT. Maintenant, c’est environ 40 000 $. »— Une citation de  Pawan

Elle accepte donc de débourser les 5000 $ demandés.

Elle ne le sait pas encore, mais l’offre est illégale : un employeur ne peut pas – directement ou via un intermédiaire – réclamer des frais à un employé pour payer les coûts de l’EIMT, estimés à environ 1000 $ selon Emploi et Développement social Canada (EDSC).

Un problème systémique

Plus de 100 000 travailleurs étrangers temporaires déménagent au Canada chaque année. Le programme permet à des employeurs d’embaucher des travailleurs migrants si aucun citoyen canadien ou résident permanent n’est disponible pour effectuer le travail.

Celui-ci a gagné en popularité pendant la pandémie, alors qu’au premier trimestre 2022, Statistique Canada rapportait 890 385 postes vacants et que des employeurs font état de pénuries d’employés partout au pays.

Pour pouvoir en bénéficier, les employeurs doivent simplement réaliser une étude d’impact sur le marché du travail (EIMT). Par courriel, EDSC confirme que les frais pour les employeurs totalisent généralement 1000 $ par poste et que ces coûts, en vertu des règlements du programme, ne peuvent pas être rétrofacturés aux travailleurs étrangers temporaires.

Sur le terrain, plusieurs employeurs font toutefois appel à des intermédiaires qui demandent des sommes considérables aux chercheurs d’emploi pour leurs services, rapportent des organismes d’aide aux immigrants.

Le fait que ces travailleurs migrants viennent ici de façon temporaire avec un statut précaire associé à un employeur spécifique ouvre la porte à ces abus, explique Jonathon Braun, du Migrant Workers Centre, à Vancouver.

L’avocat reçoit régulièrement des appels d’immigrants dans des situations similaires. Les montants peuvent varier, mais je vois de plus en plus des gens à qui on charge des frais allant de 30 à 50 000 $ US, dit-il. Le montant le plus élevé que j’ai vu était de 75 000 $ US [soit environ 100 000 $ CAN].

Souvent, il s’agit d’immigrants qui découvrent, une fois arrivés au Canada, que l’emploi rattaché à leur visa n’existe pas.

Ils ont contracté une dette importante, et ils se retrouvent dans une situation où ils ne peuvent pas faire d’argent », explique-t-il. « Ils sont alors forcés de faire du travail non autorisé, ce qui pourrait compromettre leur statut d’immigrant.

Des recours parfois longs

La situation est connue à Ottawa : un rapport déposé au Parlement en 2020(Nouvelle fenêtre) fait état d’abus et de réseaux d’extorsion, de fraude et de vol de salaire par des recruteurs et des consultants en immigration qui exigent des droits illégaux en échange de la promesse trompeuse d’un travail et même de la résidence permanente au Canada.

« Ces gens s’endettent, vendent leur propriété pour bénéficier de ces opportunités, car ils pensent que c’est la façon dont les choses fonctionnent. Le gouvernement est au courant, il continue de profiter de cette main-d’œuvre temporaire et ne fait rien pour régler le problème. »— Une citation de  Jonathon Braun, avocat, Migrant Workers Centre

Les victimes de ce type de fraude peuvent déposer une plainte(Nouvelle fenêtre) auprès d’EDSC ou poursuivre l’employeur.

Mais récupérer ces montants peut prendre beaucoup de temps et il n’y a aucune garantie, explique l’avocat.

Deux de ses clients ayant payé 10 000 $ US en 2017 pour des emplois au Canada ont récemment eu gain de cause. Ils n’ont toujours pas reçu leur argent, déplore-t-il.

Que fait Ottawa?

Emploi et Développement social Canada (EDSC) dit effectuer 2800 inspections par année auprès de plus de 22 000 employeurs qui reçoivent une étude d’impact sur le marché du travail (EIMT).

En cas de non-conformité, des pénalités allant de 500 $ à 1000 $ par infraction peuvent être émises jusqu’à concurrence d’un million de dollars, ou la révocation d’EIMT délivrées. Les employeurs récalcitrants sont placés sur une liste noire accessible en ligne(Nouvelle fenêtre) (site externe).

Quand Pawan a accepté l’offre d’emploi associée à son visa, en décembre dernier, elle a déménagé sur l’île de Vancouver avec l’assurance que son EIMT arriverait avant l’expiration de son visa.

Sur l’offre d’emploi datée de décembre dernier et consultée par Radio-Canada, on peut y lire qu’il s’agit d’un emploi à temps plein, à 20 $ de l’heure, 7 h par jour, avec un temps supplémentaire payé temps et demi. Dans les faits, elle y travaillera au salaire minimum de 15,20 $, 9 h par jour, 6 jours par semaine, sans pause et sans qu’on lui paie les heures supplémentaires.

Si Pawan a accepté des conditions de travail allant à l’encontre des normes du travail, c’était pour pouvoir rester légalement au Canada.

Ils devaient m’aider pour obtenir l’EIMT [nécessaire pour mon visa], alors je n’ai rien dit, explique-t-elle.

Un échange de messages sur un téléphone cellulaire.

Un échange en février dernier au cours duquel Pawan s’informe sur son statut auprès de son employeur. Photo : Radio-Canada/Ken Leedham

Mais au fil des échanges consultés par Radio-Canada, il est devenu clair qu’aucune demande n’avait été faite auprès du gouvernement fédéral. À plusieurs reprises, Pawan presse son employeur, sans succès.

Le 16 juin dernier, après plusieurs mois de retards, la jeune femme reçoit finalement un message texte de son employeur : Ton EIMT est approuvée. Elle doit alors transférer 10 000 $ à une tierce partie pour que le document soit inclus à son dossier auprès d’IRCC.

Un téléphone cellulaire.

Après plusieurs mois d’attente, Pawan apprend au cours de cet échange que son employeur a finalement le document dont elle a besoin pour son visa. Elle devra effectuer deux paiements de 5000 $ pour l’obtenir. Après avoir appris que la procédure est illégale, elle ne fera pas le paiement et quittera son emploi. Photo : Radio-Canada/Ken Leedham

Durant la même période, elle tombe malade et ne peut travailler pendant plusieurs jours.

J’ai reçu un message texte de ma gérante et elle m’a dit que si je ne venais pas travailler, ils allaient me dénoncer à l’immigration, annuler mon visa de travail et me faire expulser, raconte-t-elle.

C’est à ce moment qu’elle commence à contacter des organismes d’aide aux immigrants. Ils m’ont dit que je ne devais pas payer autant, que l’employeur devait payer pour tout, raconte-t-elle. J’étais sous le choc.

Pawan a finalement quitté son emploi le mois dernier. La jeune femme a porté plainte auprès d’EDSC et a déménagé chez un proche à Surrey jusqu’à ce qu’elle puisse clarifier son statut au Canada.

L’expérience lui a laissé un goût amer.

« Quand nous arrivons au Canada, nous devons payer pour nos frais médicaux, pour vivre ici et en plus de ça, nous devons faire face à des employeurs qui demandent 30 000 $, 40 000 $ pour un visa. »— Une citation de  Pawan

Nous arrivons ici fraîchement diplômés, ça fait de nous des cibles faciles parce que nous ne connaissons pas les règles », dénonce-t-elle. « Les lois favorisent les employeurs. Le Canada doit sensibiliser les immigrants à ces situations, à propos des lois et règles en place pour les immigrants.

Son message aux autres immigrants est simple : n’écoutez pas tout ce que votre employeur vous dit. Faites vos recherches, il y a plusieurs organisations qui sont là pour vous aider.

Radio-Canada avec Francis Plourde

Canada-Passeports, immigration et aéroports : les temps d’attente diminuent, promet Ottawa

août 29, 2022
La devanture d'un bureau de Service Canada.

Un bureau de Service Canada à Ottawa Photo : Radio-Canada/Christian Millette

Les temps d’attente pour une foule de services gouvernementaux, y compris en matière de passeports, de documents d’immigration et de transport aérien, sont en baisse, ont assuré lundi de nombreux ministres fédéraux.

Or, « personne ne devrait nous féliciter de faire notre travail » et il reste beaucoup à faire, si bien qu’il « ne faut pas s’imaginer que nous sommes sortis du bois », a du même souffle ajouté le coprésident du Groupe de travail sur les services aux Canadiens, le ministre Marc Miller, lors d’une conférence de presse à Ottawa.

À ses côtés et virtuellement, une série de ministres n’étaient pas peu fiers en évoquant la situation actuelle.

Le temps d’attente au centre d’appel dédié au programme de passeports a chuté, passant de 108 minutes en avril à 24 minutes dans les derniers jours, a mentionné la ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, Karina Gould. Elle attribue cette baisse à l’ajout d’employés et à des changements technologiques au système téléphonique.

Le nombre d’employés dédiés au programme des passeports a été augmenté de 62 % depuis un an, un système de triage a été mis en place et la méthode de renouvellement simplifiée a été élargie aux adultes qui ont eu un passeport délivré dans les 15 dernières années, a-t-elle notamment évoqué.

Des gens qui font la file.

En juin, dans plusieurs villes canadiennes, les citoyens pouvaient attendre des heures, voire des jours, devant les bureaux de Service Canada pour obtenir un passeport. Photo : Radio-Canada/Stéphane Leclerc

Le ministre des Transports, Omar Alghabra, est ensuite venu dire que pas moins de 1800 agents de contrôle ont été embauchés depuis le mois d’avril et qu’ils peuvent désormais travailler durant leur période de formation.

« En ce moment, 85 % des passagers passent la sécurité en moins de 15 minutes, a-t-il déclaré. Les choses évoluent dans la bonne direction, mais nous savons qu’il reste des enjeux. Cela comprend des passagers qui dorment sur les planchers des aéroports. C’est inacceptable. »

Des voyageurs attendant en file à l'aéroport Pearson de Toronto

L’aéroport Pearson de Toronto a connu des problèmes de retards et d’annulations de vols durant une importante partie de l’été. Photo : La Presse Canadienne/Nathan Denette

« En matière d’immigration aussi, le gouvernement a ajouté du personnel : 1250 nouveaux employés pour augmenter la capacité de traitement et réduire les arriérés de demandes à court terme.

Le nombre de permis de travail délivrés a plus que triplé entre janvier et juillet par rapport à la même période un an plus tôt. Et le nombre de nouveaux citoyens canadiens accueillis est passé de 35 000 à 116 000.

Le gouvernement Trudeau a créé ce groupe de travail spécial à la fin juin pour l’aider à s’attaquer aux retards importants dans le traitement des demandes d’immigration et des demandes de passeport qui ont laissé les Canadiens frustrés.

Avec Radio-Canada

États-Unis-Immigration : Biden veut une « responsabilité partagée » avec les pays d’Amérique latine

juin 11, 2022
Salle de conférence.

Le Sommet des Amériques, lancé en 1994 à Miami et qui ne s’était plus tenu aux États-Unis depuis, est censé célébrer une nouvelle ère dans les relations sur le continent, notamment après les accrocs ayant marqué la présidence de Donald Trump. Photo : Getty Images/Mario Tama

Vingt pays ont lancé vendredi un partenariat sur l’immigration en Amérique latine, sous la houlette des États-Unis et en conclusion d’un « Sommet des Amériques » marqué par plus de frictions que d’annonces concrètes ou spectaculaires.

Aucun pays ne doit être laissé seul face aux mouvements de population croissants qui voient des milliers de personnes tenter de passer la frontière entre le Mexique et les États-Unis, fuyant la misère et l’insécurité, a dit le président américain Joe Biden vendredi.

Se tenant avec les autres signataires de la Déclaration de Los Angeles, alignés devant une rangée de drapeaux, il a affirmé que l’immigration sûre et légale bénéficiait au développement économique, mais jugé également qu’il fallait protéger les frontières contre les entrées illégales, avec humanité.

Joe Biden veut poser le principe d’une responsabilité partagée entre États sur un sujet qui lui vaut des attaques constantes de la droite américaine.

La Déclaration de Los Angeles recouvre divers engagements ou rappels d’engagements passés, en termes d’accueil de migrants et de régulation des flux, mais n’a pas de dimension contraignante.

Le texte, diffusé par la Maison-Blanche, a été signé par l’Argentine, La Barbade, le Bélize, le Brésil, le Canada, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, l’Équateur, le Salvador, le Guatemala, Haïti, le Honduras, la Jamaïque, le Mexique, les États-Unis, le Panama, le Paraguay, le Pérou et l’Uruguay.

Joe Biden a espéré vendredi que d’autres pays verront le potentiel de ce partenariat qu’il a qualifié d’historique.

Dans ce cadre, les États-Unis vont accueillir 20 000 réfugiés venus d’Amérique latine en 2023 et 2024, soit, selon l’exécutif américain, le triple du nombre de réfugiés accueillis cette année.

La Maison-Blanche a aussi annoncé vendredi une enveloppe de 314 millions de dollars d’aide humanitaire à destination surtout des migrants vénézuéliens.

Plus de six millions de Vénézuéliens ont fui leur pays, en proie à une très grave crise économique et sociale.

Des absents de taille

Ni le Venezuela, ni Cuba ni le Nicaragua n’ont été conviés par Washington, ce qui a suscité de vives critiques de certains dirigeants et le boycott pur et simple du président du Mexique, Andrés Manuel Lopez Obrador.

Le Sommet des Amériques, lancé en 1994 à Miami et qui ne s’était plus tenu aux États-Unis depuis, est censé célébrer une nouvelle ère dans les relations sur le continent, notamment après les accrochages ayant marqué la présidence de Donald Trump.

Mais il se conclut, pour les Américains, sur un bilan mitigé.

Joe Biden a ainsi connu un vrai moment d’embarras diplomatique jeudi quand le premier ministre du Belize puis le président argentin l’ont critiqué au sujet de l’absence de Cuba et du Venezuela, en pleine séance plénière, et alors qu’il était assis à quelques mètres.

Le chef de l’État américain a fait bonne figure, applaudissant toutes les interventions, même les plus critiques, et serrant la main des dirigeants concernés à leur descente de l’estrade. Il a assuré que sur le fond, l’unité était de mise avec les pays du continent.

Et vendredi, il a pu se réjouir des satisfecit du Mexique et du Brésil, qui ont semblé vouloir terminer sur une note positive.

L’ombre de la Chine

Le chef de la diplomatie mexicaine Marcelo Ebrard a ainsi salué des résultats très positifs.

Quant au président brésilien d’extrême droite Jair Bolsonaro, avec qui les sujets de frictions ne manquent pas, il a qualifié de fantastique son face-à-face de la veille avec Joe Biden et a tenu des propos conciliants sur l’environnement, assurant que le Brésil pouvait développer son agriculture tout en préservant l’Amazonie.

Les États-Unis s’inquiètent de l’influence croissante de la Chine sur une région qu’ils ont toujours considérée comme leur pré carré, et de la dépendance commerciale très forte de tous les pays, eux compris, envers Pékin.

Mais l’administration Biden a fait clairement comprendre qu’elle ne suivrait pas l’exemple chinois, synonyme de gros investissements et de grands projets d’infrastructures en Amérique latine.

Une anecdote est venue rappeler l’omniprésence de la Chine, dont le nom n’a été que très peu évoqué à Los Angeles, publiquement du moins.

La Chambre de commerce américaine a ainsi distribué en marge du sommet un sac bleu rempli de cadeaux censés promouvoir l’industrie américaine

Par Radio-Canada avec Agence France-Presse

Canada: Des collèges privés non subventionnés du Québec vivent « leur dernier souffle »

juin 8, 2022

Des établissements dénoncent vivement la décision de Québec et d’Ottawa de couper l’accès à l’immigration aux étudiants étrangers provenant de leur collège.

Enseigne du Collège Canada.

Le Collège Canada est l’un des plus importants établissements privés non subventionnés du Québec. Aux yeux de son fondateur, la décision de Québec et d’Ottawa aura d’importantes conséquences pour l’avenir des collèges privés. Photo : Radio-Canada/Ivanoh Demers

Dans une déclaration envoyée à Radio-Canada, le directeur et fondateur du Collège Canada, Cyrus Shani, ne cache pas son désespoir après l’annonce commune des gouvernements Legault et Trudeau.

Dès le 1er septembre 2023, les étudiants étrangers qui obtiendront un diplôme d’un collège privé non subventionné n’auront plus accès au permis de travail post-diplôme. Ce dernier permet de vivre et de travailler au Canada durant plusieurs années et est une porte d’accès à l’immigration permanente.

Cette mesure a été prise pour protéger l’intégrité des systèmes scolaire et d’immigration, a expliqué le ministre québécois de l’Immigration, Jean Boulet. Différents reportages avaient révélé des problématiques liées à la qualité de l’enseignement et dans le recrutement de milliers d’étudiants, principalement d’Inde.

À la suite d’une enquête gouvernementale, Québec, qui avait une dizaine d’établissements dans son viseur, avait lancé un plan d’action au printemps 2021 afin de faire le ménage dans ce réseau.Danielle McCann et Jean Boulet en conférence de presse.

Avant que le ministre Jean Boulet (à droite) ne prenne la décision de restreindre l’accès à l’immigration à certains étudiants étrangers, la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, avait lancé l’an passé un plan d’action visant à combler des « lacunes » dans le réseau des collèges privés non subventionnés. Photo : La Presse Canadienne/Jacques Boissinot

Des milliers d’étudiants indiens recrutés

Désormais, les étudiants internationaux ne sont plus intéressés à venir au Québec, affirme Cyrus Shani, le patron de Collège Canada.

« La nouvelle loi réduira à zéro le nombre d’étudiants internationaux. Les collèges privés [vivent] leur dernier souffle. »— Une citation de  Cyrus Shani, directeur de Collège Canada

Ce dernier est l’un des plus importants établissements privés non subventionnés du Québec. Des milliers d’étudiants indiens ont fréquenté les rangs de Collège Canada et de plusieurs autres collèges au cours des dernières années.

Leur nombre a d’ailleurs explosé au Québec en peu de temps. Pour l’année 2020-2021, la grande majorité des étudiants étrangers, dans le réseau collégial, provenait de l’Inde. Plus de 12 000 Indiens étaient inscrits dans un établissement québécois, contre environ 3000 Français et 700 Chinois, selon des données du ministère de l’Enseignement supérieur.

Comme le montrait un reportage d’Enquête(Nouvelle fenêtre), de nombreux établissements et firmes de recrutement ont utilisé l’argument de l’immigration et de ce permis de travail post-diplôme pour attirer des élèves. Québec était jusqu’à maintenant la seule province qui permettait l’accès à ce document au terme d’une formation professionnelle courte, qui coûtait près de 25 000 $.

Une quarantaine de collèges touchés

Le nombre de collèges privés non subventionnés a quasi doublé au Québec en seulement quelques années. Il y en avait 28 en 2015, puis 49 en 2020.

Selon le ministère de l’Enseignement supérieur, le resserrement des règles d’immigration annoncé par Québec et Ottawa va toucher spécifiquement 38 établissements qui accueillent, actuellement, des étudiants étrangers.Affiche du Collège Matrix à Montréal.

Le Collège Matrix, membre du groupe Hermès, a accueilli ses premiers élèves à l’automne 2017. Il fait partie de ces nouveaux établissements qui ont récemment vu le jour dans la région de Montréal. Photo : Radio-Canada/Dave St-Amant

Une catastrophe et un manque de transparence

À long terme, souligne Ginette Gervais, présidente du réseau des collèges Hermès, c’est une catastrophe.

Présidente également de l’Association des collèges privés non subventionnés (ACPNS), elle déplore, par voie de communiqué, l’absence de consultation et de préavis.

« Cette mesure est un pas en arrière dans ce qui devrait être un effort partagé pour former et retenir la main-d’œuvre hautement qualifiée dont le Québec et le Canada ont désespérément besoin. »— Une citation de  Ginette Gervais, présidente de l’ACPNS

Les enquêtes menées par le ministère auraient dû permettre d’identifier précisément ces collèges et leur adresser directement les problèmes […]. Au lieu de cela, le gouvernement a mis en place une politique unilatérale basée sur les conclusions d’un rapport que personne n’a eu l’occasion de lire, indique Ginette Gervais.

Ce manque de transparence ainsi que les incohérences entre les gouvernements provincial et fédéral autour des détails de la nouvelle politique ont laissé des milliers d’étudiants internationaux au Québec perplexes et sans réponse quant à leur avenir dans la province, estime-t-elle.

Nous n’avons rien fait de mal et nous sommes pénalisés, regrette quant à lui Michael McAllister, le directeur du Collège Herzing, un établissement fondé en 1968.

Depuis le début de cette controverse, il jure avoir déjà changé d’approche, pour se concentrer sur le marché francophone.

On a vraiment changé de stratégie pour attirer des étudiants francophones, soutient-il, en critiquant lui aussi le manque de dialogue du gouvernement du Québec. Personne n’a essayé de nous parler pour trouver une solution.Un homme assis derrière son bureau

Michael McAllister est le directeur du collège Herzing. Photo : Radio-Canada/Dave St-Amant

Une décision arbitraire

Aux yeux de l’avocat en immigration Ho Sung Kim, Québec et Ottawa auraient pu faire preuve de nuance. Je comprends l’objectif, mais c’est mal fait. On ne peut pénaliser ceux qui ont suivi les règles. Il va y avoir des dommages collatéraux. Il faut plutôt réglementer le domaine de l’éducation, croit-il.

« Est-ce qu’on est en train de dire que tous les collèges du Québec sont de mauvaise qualité? C’est ce qu’on est en train de faire. Il faudrait plutôt renforcer les règles d’émission des permis à ces écoles. »— Une citation de  Ho Sung Kim, avocat en immigration

Impliqué dans un processus judiciaire avec Rising Phoenix International, une firme de recrutement dont les dirigeants font l’objet d’accusations criminelles, l’Institut supérieur d’informatique (ISI) dénonce de son côté une décision arbitraire et injustifiée.

« Un collège privé non subventionné ne coûte pas un sou au gouvernement ou aux contribuables, contrairement aux institutions publiques, qui reçoivent des subventions pour l’infrastructure en plus de facturer les étudiants. »— Une citation de  Benoit Larose, vice-président d’ISI

Si le gouvernement québécois veut corriger la proportion d’étudiants internationaux francophones accueillis par le Québec, il se trompe de cible, reprend-il.

Les collèges privés non subventionnés ne demandent pas mieux que d’accueillir plus de francophones. Au lieu de nous aider à atteindre cet objectif, le ministre Boulet a décidé de retirer un avantage que le Québec avait obtenu afin d’attirer les étudiants internationaux.

Radio-Canada par Romain Schué avec la collaboration de Benjamin Shingler

Canada: Québec restreint l’accès à l’immigration aux étudiants des collèges non subventionnés

juin 7, 2022

La possibilité d’immigrer au Canada à travers un établissement privé était l’un des principaux arguments de vente de certains collèges québécois.

Portrait de Jean Boulet.

Le ministre québécois de l’Immigration, Jean Boulet, va resserrer les règles visant l’immigration des étudiants étrangers qui fréquentent un établissement privé non subventionné. Photo: Radio-Canada/ SylvainY Roy Roussel

Immigrer rapidement au Canada après avoir réalisé une formation courte dans un collège privé non subventionné du Québec ne sera bientôt plus possible.

Radio-Canada a appris qu’à l’initiative du gouvernement Legault, Québec et Ottawa ont décidé de revoir l’accès au permis de travail post-diplôme. Celui-ci est délivré aux étudiants étrangers à l’issue de leur formation. Il permet de rester et de travailler plusieurs années au Canada.

La possibilité d’un tel permis était l’un des arguments promotionnels de plusieurs établissements non subventionnés et firmes de recrutement, qui sont dans le viseur de Québec depuis plus d’un an.

À la suite des révélations(Nouvelle fenêtre) de Radio-Canada, concernant notamment la hausse massive d’étudiants indiens au Québec et des problématiques liées à l’enseignement, Québec avait lancé une enquête, qui a confirmé des stratagèmes douteux dans la venue de ces élèves.

Ces derniers payaient près de 25 000 $ pour suivre une formation courte, exclusivement en anglais, qui donnait accès à ce permis de travail. Par la suite, bon nombre d’entre eux pouvaient quitter le Québec pour s’installer, par exemple en Ontario.

Jusqu’à maintenant, le Québec est d’ailleurs la seule province qui octroie ce précieux document après la réussite d’un diplôme d’études professionnelles (DEP) d’au moins 900 heures ou d’une attestation d’études collégiales (AEC).

Un nombre de permis en forte croissance

Selon des chiffres fournis par Ottawa, le nombre d’étudiants étrangers ayant bénéficié d’un permis de travail post-diplôme après avoir fréquenté un établissement privé non subventionné au Québec a explosé ces dernières années.

Pour la période 2016-2018, il y en avait près de 4900. Entre 2019 et 2021, le nombre de permis délivrés a bondi à 11 500.

Dans le même temps, le nombre de collèges privés non subventionnés a sensiblement grimpé. Il y en avait 28 en 2015 au Québec, puis 49 en 2020.

Un resserrement en vigueur en septembre 2023

Ce resserrement des règles d’immigration ne figurait pas dans le plan d’action dévoilé en juin 2021 par la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann.

Mais aux yeux du ministre de l’Immigration, couper cet attrait dans le recrutement est essentiel. C’est un élément fondamental. Il y avait des enjeux d’intégrité. On va harmoniser avec ce qui se fait partout ailleurs au Canada, rappelle Jean Boulet, en ne cachant pas qu’un ménage complet dans ce réseau devait être fait.

Des écoles privées non subventionnées utilisaient ce permis de travail post-diplôme pour recruter, attirer des personnes qui ont bénéficié de notre système scolaire, puis qui s’en allaient ailleurs au Canada, reprend-il.

« L’enquête a révélé des enjeux d’intégrité dans les façons de recruter les étudiants internationaux par certaines institutions privées au Québec. Ça m’apparaît extrêmement important de s’assurer d’une meilleure intégrité de notre système. »— Une citation de  Jean Boulet, ministre québécois de l’Immigration

Ce resserrement des règles, explique Jean Boulet, sera en vigueur dès le 1er septembre 2023. Toutes les personnes qui ont complété leurs études avant [cette date] pourront avoir accès à ce permis, précise-t-il.

Après cette date, seules les personnes diplômées d’un programme d’études subventionné pourront avoir accès à ce permis, qui ouvre la porte à une résidence permanente.

« Ça va évidemment contribuer à s’assurer que les personnes qui demeurent ici contribuent à notre marché de l’emploi, à notre communauté, plutôt que de se servir de ces programmes-là comme passerelle pour aller ailleurs au Canada. »— Une citation de  Jean Boulet, ministre québécois de l’Immigration

Pour le gouvernement Legault, qui a récemment annoncé un allégement des droits de scolarité pour les étudiants étrangers allant en région, cette mesure permettra également d’accroître l’immigration francophone.

Les étudiants internationaux sont un potentiel extraordinaire pour le Québec, soutient Jean Boulet. Souvent, ils viennent ici, s’installent, intègrent notre communauté ou notre marché de l’emploi.

Avec Radio-Canada par Romain Schué

Programme Nexus : près de 300 000 demandes sont en attente au Canada

mai 30, 2022
Une cliente à un poste Nexus.

Les dossiers des résidents canadiens souhaitant renouveler leur statut ne peuvent être traités que dans moins d’une douzaine de bureaux frontaliers où les disponibilités sont rares. Photo : La Presse Canadienne/Adrian Wyld

L’arriéré de demandes pour le traitement des demandes d’inscription au programme Nexus au Canada a grimpé à des centaines de milliers, malgré une forte baisse du nombre de demandeurs pendant la pandémie de COVID-19.

L’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) indique que plus de 295 000 demandes Nexus doivent encore être traitées en raison des fermetures de bureaux provoquées par la crise sanitaire.

Les demandeurs du programme Nexus, qui permet, entre autres, aux Canadiens préapprouvés de passer par des voies distinctes et rapides lorsqu’ils voyagent aux États-Unis par voie terrestre, doivent tous être évalués par l’ASFCAgence des services frontaliers du Canada et les autorités frontalières des États-Unis.

L’agence américaine a rouvert le 19 avril dernier ses centres d’inscription Nexus pour évaluer les candidats, mais ceux du Canada n’ont pas rouvert après leur fermeture en mars 2020, en début de pandémie.

L’arriéré qui en résulte signifie que certains membres de Nexus ont du mal à réserver des rendez-vous avant l’expiration de leur carte, car les dossiers des résidents canadiens souhaitant renouveler leur statut ne peuvent être traités que dans moins d’une douzaine de bureaux frontaliers où les disponibilités sont rares.

L’ASFCAgence des services frontaliers du Canada indique dans un courriel que le Canada et les États-Unis ont entamé des discussions à propos de la date de réouverture des centres d’inscription canadiens.

L’adhésion au programme Nexus est valide pour une durée de cinq ans. En temps normal, les détenteurs de carte Nexus peuvent notamment utiliser des postes de déclaration automatisés dans les neuf aéroports internationaux canadiens, et les postes Global Entry pour entrer aux États-Unis.

Quant aux voies réservées, elles peuvent être utilisées par les détenteurs dans 21 postes frontaliers terrestres désignés entre le Canada et les États-Unis.

Radio-Canada avec La Presse canadienne

Canada: Vieillissement et pénurie de main-d’œuvre : la solution de l’immigration

avril 30, 2022
Deux personnes âgées, de dos, assises sur un banc.

Le Québec est l’endroit le plus frappé par le phénomène de vieillissement de sa population parmi les provinces les plus populeuses au pays. Photo: Radio-Canada

Les données de Statistique Canada sur le vieillissement de la population cette semaine devraient sonner comme une alarme au bureau du premier ministre du Québec. Non seulement le vieillissement est bien engagé, mais le Québec est l’endroit le plus frappé par ce phénomène parmi les provinces les plus populeuses au pays. Il y a urgence d’agir.

L’effet structurel du vieillissement sur le marché du travail, sur la compétitivité de l’économie, la pénurie de main-d’œuvre et la capacité à croître n’est pas à sous-estimer. Et pour en atténuer les répercussions, toutes les solutions doivent être explorées et possiblement utilisées.

Le problème, c’est qu’à chaque fois qu’on parle de pénurie de main-d’œuvre et de vieillissement de la population qui ont un impact économique important, le gouvernement répond par de multiples engagements, des intentions, des programmes, des rapports et des tables rondes, mais le constat, année après année, ne change pas : la pénurie de main-d’œuvre prend de l’ampleur et les effets du vieillissement se font de plus en plus sentir.

Sur le plan économique, ces enjeux sont structurels et peuvent entraîner des dommages durables. Ce sont des enjeux qui ne sont pas séduisants dans le discours politique. Ils sont complexes, ils sont difficiles à expliquer et certaines solutions, en particulier celle de l’immigration, sont généralement coincées dans toutes sortes d’affrontements partisans à l’Assemblée nationale qui ne nous font pas avancer.

Les problèmes structurels du Québec

La solution de l’immigration pour faire face à la pénurie de main-d’œuvre et au vieillissement de notre population n’est pas la seule, loin de là. Et elle comporte sa part de défis. Mais, malgré les enjeux d’intégration, elle ne peut pas être rejetée du revers de la main. Il faut travailler à l’intégration des immigrants pour que cette solution fonctionne.

Pourquoi j’écris ça? Parce que le Québec est aux prises avec des problèmes structurels qui pourraient ralentir son économie et nuire au financement nécessaire du système de santé, de nos écoles et de nos services sociaux, des soins également pour nos aînés.

Les données de Statistique Canada sont éloquentes :

  • C’est au Québec, parmi les provinces les plus populeuses, qu’on retrouve la part la plus élevée de personnes âgées de 65 ans et plus, soit 20,6 %;
  • Le part des 65 ans et plus passera à près de 26 % en 2043 par rapport à 23,7 % pour la moyenne canadienne;
  • Le poids démographique du Québec dans le Canada passera de 22,6 % en 2018 à une fourchette allant de 20,1 % à 20,6 % en 2043 selon plusieurs scénarios explorés. Pendant ce temps, en Ontario, cette part passera de 38,6 % à environ 39,3 %;
  • Et les personnes en voie de prendre leur retraite, les 55-64 ans, représentent 23,2 % de la population en âge de travailler au Québec, contre 21,8 % dans l’ensemble du pays.

Selon Statistique Canada, la migration internationale est le principal moteur de la croissance au Québec dans tous les scénarios et compense un accroissement naturel négatif ou en baisse au cours de la projection (du fait du vieillissement de la population) ainsi que des pertes au chapitre de la migration interprovinciale dans tous les scénarios.

Autrement dit, sans l’immigration, la croissance démographique du Québec va rester plus lente qu’ailleurs. Et cet état de fait représente un poids sur notre économie et nos finances publiques.

Dans un texte publié en octobre dernier, j’expliquais combien le Québec était en désavantage numérique par rapport aux provinces les plus populeuses au Canada. J’expliquais que :

  • Depuis 2011, la population de l’Alberta avait progressé de 21,9 %, celle de la Colombie-Britannique de 18,5 %, et celle de l’Ontario avait augmenté de 15,4 %. Pendant ce temps, au Québec, la hausse de la population n’avait été que de 8,9 %;
  • Et puis, depuis 2011 toujours, le nombre des 25-54 ans, le cœur battant de la main-d’œuvre, avait chuté de 2,2 % au Québec, alors qu’il avait crû de 4,9 % en Ontario et de 9,9 % en Alberta et en Colombie-Britannique.

Pour atténuer la pénurie de main-d’œuvre, il faut miser sur la formation. Le ministre de l’Emploi Jean Boulet travaille d’arrache-pied à mettre en place différents programmes pour tenter d’aider les entreprises et les travailleurs à se transformer.

Pour atténuer les effets du vieillissement de la population, il faut miser sur une amélioration de la productivité. Et ça, ça passe par l’automatisation, des investissements importants de la part des entreprises, et… plus de bras!

Dans une étude publiée en novembre dernier, l’Institut du Québec écrivait que le Québec devait s’assurer d’atteindre les seuils fixés en matière d’accueil d’immigrants. Le Québec doit aussi rattraper les réductions des années pandémiques.

Rattraper ces retards par rapport à la cible, écrivait l’Institut du Québec, est important pour l’économie québécoise pour deux raisons principales. D’une part, cette immigration a pour but de combler des besoins immédiats sur le marché du travail et, d’autre part, plusieurs personnes actuellement en sol québécois et en attente de l’octroi d’un statut de résidence permanente risquent de se décourager en quittant le Québec ou de perdre leur emploi si les délais ne se résorbent pas.

L’Institut appelait à une réduction des délais d’admission des immigrants et une meilleure reconnaissance des compétences et de l’expérience étrangère. Québec a annoncé une entente avec le gouvernement fédéral, le 1er avril dernier, pour accélérer la venue de travailleurs étrangers. Le gouvernement Legault a aussi annoncé, il y a quelques jours, la tenue de 17 missions à l’étranger pour tenter d’attirer 3000 travailleurs au Québec.

Il faut mettre fin aux débats partisans sur l’immigration et s’intéresser davantage à l’économie, la société, la démographie, le financement de nos services publics. L’immigration fait partie de la solution québécoise pour maintenir notre niveau de vie et notre modèle de société.

Avec Radio-Canada par Gérald Fillion

« Chaos », galère et colère pour les Ukrainiens voulant venir au Canada

mars 28, 2022

Les formalités administratives exigées par le gouvernement Trudeau afin de voyager vers le Canada sont « extrêmement compliquées ».

Les Ukrainiens se pressent, à Varsovie, dans le centre responsable des formalités administratives pour venir au Canada. Les places sont limitées et il est très difficile d’obtenir un rendez-vous. Photo : Radio-Canada/Yanik Dumont-Baron

L’angoisse est palpable. L’interrogation. Les doutes. La détresse. Tous ces sentiments se lisent, se devinent dans les yeux de ces Ukrainiens amassés dans un immeuble moderne de Varsovie, qui partagent le même espoir : rejoindre rapidement le Canada.

Des dizaines de personnes font la file, masque ou non sur le visage. Des jeunes. Des aînés. Des femmes, principalement, mais aussi des enfants.

Certains scrutent leur téléphone, d’autres dorment sur une chaise, lèvent la main ou tentent d’interpeller un représentant de la firme VFS Global, qui est responsable de réaliser les données biométriques des Ukrainiens voulant traverser l’Atlantique.

Outre temporairement l’ambassade canadienne, il n’y a qu’un centre agréé dans toute la Pologne. Ici, dans la capitale, où sont arrivés au cours des dernières semaines des centaines de milliers d’Ukrainiens fuyant les bombes et les attaques russes.

C’est le chaos pour obtenir les documents administratifs nécessaires afin de prendre l’avion vers le Canada, raconte Kyrylo, un Canadien d’origine ukrainienne rencontré sur place. Tout juste arrivé en Pologne, il est venu aider sa grand-mère et d’autres membres de sa famille.

En début de semaine, reprend-il, il y avait 500 personnesLes gens se poussaient. Le processus est extrêmement compliqué. C’est extrêmement stressant pour ces personnes qui sont déjà traumatisées par la guerre.

« Tout ce qu’on demande, c’est d’avoir la possibilité de ramener nos proches au Canada. Il y a plein de gens prêts à les aider au Canada. Pourquoi est-ce qu’on rend ça aussi compliqué? »— Une citation de  Kyrylo, un Canadien d’origine ukrainienne

À la mi-mars, Ottawa a lancé un programme spécial d’immigration afin de permettre aux Ukrainiens d’arriver rapidement au Canada. Toutefois, avant d’obtenir cette Autorisation de voyage d’urgence, dont la demande se fait en ligne, les candidats doivent impérativement fournir leurs photos et empreintes digitales.

La prise de rendez-vous est obligatoire. Et les créneaux libres sont rares.

Des enfants attendent, avec leurs parents, afin de réaliser leurs données biométriques pour arriver au Canada. Photo : Radio-Canada/Yanik Dumont-Baron

Plusieurs personnes nous ont confié leurs difficultés pour décrocher un tel rendez-vous. Une mission quasi impossible, décrivent-elles. Surtout en Pologne. Pendant trois jours, j’ai regardé toutes les 30 minutes, il n’y avait absolument rien de disponible, décrit Kyrylo, qui dit avoir finalement eu un coup de chance.

Les gens viennent donc sans rendez-vous et ça encombre le processus, poursuit-il.

Le site ne marchait pas, il « crashait ». On a donc décidé de venir sur place, mais on nous a répondu qu’on ne pouvait rien faire pour nous, confie quant à lui Haidei Amine, un Canadien d’origine ukrainienne qui tente d’avoir un visa pour son épouse afin de se rendre en Ontario.

Ce dernier décrit le parcours qui l’a mené jusqu’à Varsovie. On a quitté Sumy [dans le nord-est de l’Ukraine]. On était encerclés, c’était effrayant. Ça nous a pris trois jours pour arriver à Varsovie en voiture. Il y avait des centaines de chars russes sur le chemin.

Haidei Amine, originaire du Canada, vivait dans le nord-est de l’Ukraine avant le début de la guerre. Il espère retourner, avec sa femme, en Ontario dans les prochains jours. Photo : Radio-Canada

Une dizaine d’étudiantes ukrainiennes attendues à Montréal

Immigration Canada n’a pas répondu aux questions de Radio-Canada. À Varsovie, les employés de VFS Global ont refusé également de nous parler. Sur son site, l’entreprise reconnaît que certains de [ses] centres de réception des demandes de visa connaissent des volumes plus élevés que d’habitude.

Mi-mars, le ministère de l’Immigration assurait pourtant suivre de près la situation et avoir renforcé ses capacités dans toute l’Europe avec l’envoi de trousses mobiles à Varsovie, à Vienne et à Bucarest pour la collecte de ces données biométriques.

Après des heures passées au téléphone avec des amis et des membres de sa famille en Pologne, Magdalena Dembinska, visiblement épuisée, ne comprend pas toutes ces exigences réclamées par Ottawa.

Pourquoi ne pas faire venir ces personnes au Canada et faire les données biométriques à l’aéroport? s’interroge cette professeure titulaire en science politique à l’Université de Montréal.

Centre de rendez-vous des visas, à Varsovie, situé à l’étage, dans un immeuble moderne. Des centaines de personnes s’y retrouvent chaque jour pour tenter de rejoindre le Canada. Photo : Radio-Canada

Depuis plusieurs jours, Magdalena Dembinska, également membre du Centre d’études et de recherches internationales, se démène pour organiser le voyage et l’arrivée d’une dizaine d’étudiantes ukrainiennes de l’Université nationale de Kharkiv, une ville bombardée par l’armée russe.

« La seule et unique chose qui fait obstacle à l’arrivée de ces étudiantes, c’est les données biométriques. Tout le reste est prêt. »— Une citation de  Magdalena Dembinska, professeure à l’Université de Montréal

Devant l’impossibilité d’avoir un rendez-vous à Varsovie, plusieurs filles âgées de 17 à 19 ans vont traverser l’Europe pour se rendre à Lyon, à Lisbonne ou encore à Budapest. D’autres patientent toujours en Ukraine.

L’université d’Anastasiia Dombvroska, ici en Ukraine avant le début de la guerre, a été bombardée par l’armée russe. La femme s’apprête à rejoindre temporairement l’Université de Montréal. Photo : Courtoisie

On pensait que cette étape, dans leur parcours, ne serait qu’une simple formalité, mais ce n’est pas le cas. Elles sont vraiment dans le noir, regrette Martin Carrier, chargé de cours à l’Université de Montréal, en lien avec ses homologues ukrainiens, qui, face aux dangers, ont quitté Kharkiv.

« Pour leur sécurité, il faudrait agir rapidement. C’est une situation humanitaire. La réalité, c’est qu’il y a un danger réel pour ces étudiantes. Certaines ne veulent pas quitter l’Ukraine tant qu’elles n’ont pas un rendez-vous. »— Une citation de  Martin Carrier, chargé de cours à l’Université de Montréal

Hébergement, billets d’avion, intégration, suivi psychologique, cours de français : l’Université de Montréal assure avoir déjà tout prévu pour concrétiser cet échange universitaire qui pourrait durer plusieurs mois. Un fonds d’urgence a également été mis en place.

Il faut aider toutes ces personnes. Au total, il pourrait y en avoir de 20 à 30. Il y a des étudiantes, mais aussi des professeurs, des chercheurs, des postdoctorants qu’on pourrait accueillir, détaille Valérie Amiraux, la vice-rectrice.

« Le caractère urgent dramatise la difficulté. On aimerait que ce soit plus facile, en particulier avec une situation d’urgence comme celle-ci. »— Une citation de  Valérie Amiraux, vice-rectrice de l’Université de Montréal

Il faut donner à ces gens les moyens de continuer à se projeter, à imaginer un avenir, résume-t-elle. Mais on aimerait que ça aille plus vite.

Les tirs russes ont détruit des infrastructures sur le campus de l’Université nationale de Kharkiv le 2 mars 2022. Photo : Reuters/Oleksandr Laphyn

De Varsovie à Bratislava

Sylvain Gauthier a de son côté des propos plus virulents. Aux yeux de l’enseignant et coordinateur de programme pour l’Université McGill, ça n’a aucun bon sens.

J’essaie de faire venir une mère de famille ukrainienne et sa fille. Elles sont arrivées à Varsovie, elles n’ont jamais pu avoir de rendez-vous [pour les données biométriques], donc elles ont passé la nuit dehors, devant l’ambassade canadienne, sans chaise, sans eau, sans rien à manger, sans toilettes, puis un agent les a finalement renvoyées, détaille-t-il, tout en nous montrant une vidéo illustrant la longue file d’attente vécue par des centaines de personnes.

Il a finalement trouvé une solution. Guère simple. J’ai eu un rendez-vous pour dans quelques jours, mais à Bratislava, soupire-t-il. En Slovaquie, donc. À plus de 600 km de Varsovie.

Après avoir quitté l’Ukraine, Yanina Kovalenko est arrivée à Varsovie, mais elle n’a pu obtenir de rendez-vous pour effectuer ses données biométriques. Avec l’aide d’un enseignant montréalais, elle va finalement se rendre en Slovaquie, avec l’espoir de venir bientôt au Canada. Photo : Courtoisie/Yanina Kovalenko

Dans un échange avec Radio-Canada par messagerie, l’intéressée, Yanina Kovalenko, une esthéticienne de 36 ans, avoue être perdue. Je vais y aller en bus ou en train. C’est la première fois de ma vie que je vis un tel enfer. On a attendu 30 heures devant l’ambassade et on nous a dit à la fin que seules les personnes qui avaient un rendez-vous pouvaient entrer.

Bénévole pour le Parti libéral du Canada, Sylvain Gauthier ne mâche pas ses mots contre Immigration Canada.

« Partout, le gouvernement dit qu’on veut aider les Ukrainiens. Il y a peut-être de bonnes intentions, mais les troupes ne s’ajustent pas. C’est une honte. »— Une citation de  Sylvain Gauthier, enseignant

Ces femmes ont vécu des semaines d’enfer. Rien n’est facile pour elles. On le savait, pourtant, qu’il allait y avoir toutes ces personnes. C’est une crise. Comment ça se fait qu’on se retrouve dans cette situation?

Avec Radio-Canada par Romain Schué et Yanik Dumont Baron

Le Canada doit être prêt à accueillir les Ukrainiens en toute sécurité, dit un expert

février 25, 2022

Des familles ukrainiennes fuyant le conflit dans leur pays marchent avec leurs bagages après avoir franchi la frontière entre la Hongrie et l’Ukraine près de Beregsurany, le 25 février 2022, au lendemain de l’offensive militaire russe contre l’Ukraine. Photo: Getty Images/Attila Kisbenedek

L’Europe est confrontée à une nouvelle crise migratoire massive en raison de l’invasion russe en Ukraine et le Canada devrait se préparer à fournir l’asile à ceux qui fuient la violence, selon un expert canadien en sécurité.

Ce serait une chance pour le Canada de vraiment, vraiment intervenir, a déclaré Michael Bociurkiw, un Canadien en Ukraine qui a été le porte-parole de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe au plus fort des tensions qui ont suivi l’annexion de la péninsule de Crimée par la Russie en 2014.

[Il faut] dire aux Ukrainiens : vous êtes les bienvenus au Canada, avec, vous savez, l’assouplissement des règles sur les visas, les séjours temporaires, ce genre de choses, a-t-il précisé.

Le Canada a promis de donner la priorité aux demandes d’immigration en provenance d’Ukraine(Nouvelle fenêtre) afin de mettre en sécurité les personnes fuyant le pays le plus rapidement possible.

Le premier ministre Justin Trudeau a également annoncé jeudi la création d’une nouvelle ligne d’assistance téléphonique, pour toute personne au pays ou à l’étranger ayant des questions urgentes d’immigration liées à l’Ukraine.

Nous avons travaillé ces dernières semaines pour nous préparer exactement à de telles éventualités, a déclaré jeudi le premier ministre.Une femme avec un chat dans un sac attend dans une gare.

Des citoyens ukrainiens attendent à la gare de Przemysl, en Pologne, près de la frontière ukrainienne, le 24 février 2022, après avoir fui l’Ukraine sous les bombardements russes. Photo: Getty Images/Janek Skarzynski

M. Bociurkiw s’est exprimé jeudi depuis la ville de Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine, où la journée a commencé tranquillement avec une procession ordonnée de résidents faisant la queue devant les distributeurs automatiques de billets et s’approvisionnant dans les magasins avant de laisser place aux sirènes de raid aérien et à la panique organisée.

Des annonces publiques ont dit aux gens de s’abriter sur place et de fermer leurs arrivées de gaz.

M. Bociurkiw a vu une demi-douzaine de véhicules transportant les derniers diplomates canadiens partir pour la frontière polonaise après avoir récemment déménagé à Lviv depuis la capitale Kiev, qui a subi de violents bombardements.

M. Bociurkiw a ajouté que les diplomates occidentaux à qui il avait parlé avaient exprimé leurs craintes que la région ne soit menacée par des colonnes de chars russes venant de Biélorussie, il a donc compris le calcul de partir.

Il a prédit que les Ukrainiens eux-mêmes prendraient bientôt cette décision aussi. De nombreux résidents de Lviv, décrite comme la capitale culturelle de l’Ukraine, pourraient être bien adaptés à une nouvelle vie au Canada, selon lui.

Lviv est la Silicon Valley de cette partie de l’Europe. Tant d’Ukrainiens talentueux, dont beaucoup ont plusieurs diplômes. C’est exactement le type d’immigrants dont nous avons besoin au Canada en ce moment. Des médecins, des dizaines de milliers de gens de l’industrie médicale ici sont extrêmement qualifiés, a déclaré M. Bociurkiw.

En effet, plus d’un million d’Ukrainiens vivent déjà au Canada et, en 2016, environ 4 % des personnes au Canada qui ont répondu au recensement se sont identifiées comme étant d’origine ukrainienne.

Le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, gravement préoccupé par la détérioration rapide de la situation en Ukraine et les conséquences humanitaires dévastatrices qu’elle aura, a exhorté les pays voisins à garder leurs frontières ouvertes aux Ukrainiens qui cherchent la sécurité à l’extérieur du pays.

Le Canada pourrait également faire face à une demande d’ouverture de ses frontières, car on ne sait pas combien de temps l’Europe gardera les siennes ouvertes ou dans quelle mesure elle sera disposée à accueillir ce qui pourrait être un afflux de millions de nouveaux demandeurs d’asile, a précisé M. Bociurkiw.

Il y a beaucoup de lassitude des migrants, si l’on peut dire, en Europe, a-t-il souligné.

Le Canada doit en faire plus, selon Jagmeet Singh

Compte tenu de la pression exercée sur la communauté internationale et le peuple ukrainien, le Canada doit faire plus que donner la priorité aux demandes de ceux qui fuient les zones de conflit, a déclaré jeudi le chef du NPD, Jagmeet Singh.

Nous ne pouvons pas avoir un autre scénario comme celui que nous avons vu en Afghanistan, où les gens fuyaient la tragédie en Afghanistan et n’ont pas pu arriver au Canada en raison de défis dans le système qui ont rendu les choses si compliquées, qui ont rendu leur candidature si difficile, a affirmé M. Singh.

Il a suggéré que le gouvernement permette aux Ukrainiens de venir sans visa, afin de rendre le processus aussi simple que possible pour que les gens trouvent la sécurité au Canada.

Le gouvernement s’est engagé à faire venir 40 000 réfugiés afghans au Canada lorsque les États-Unis ont annoncé qu’ils retireraient leurs forces militaires du pays, ce qui a finalement conduit le gouvernement afghan à tomber aux mains des talibans en août dernier.

Le gouvernement prévoit qu’il faudra deux ans pour atteindre cet objectif et, jusqu’à présent, seulement 7885 environ sont arrivés sur le sol canadien.

Le ministre de l’Immigration, Sean Fraser, a déclaré que la difficulté réside dans le fait que le Canada n’a pas de présence diplomatique dans le pays et qu’il n’y a aucun moyen de faire sortir les Afghans du pays.

Nous pensons que c’est une situation différente, a déclaré Nicole Giles, sous-ministre adjointe d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) lors d’un point de presse jeudi.

Le Canada entretient des liens étroits avec le gouvernement ukrainien qui détient toujours le pouvoir et l’Ukraine partage des frontières avec l’Union européenne. Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada IRCC a également des bureaux des visas et des centres de demande de visa dans les zones voisines, a précisé Mme Giles.

Le ministère avait préparé des ressources supplémentaires dans la région en prévision d’un afflux important de demandes à venir au Canada.

Le gouvernement a accepté de délivrer des titres de voyage aller simple aux Ukrainiens et aux membres de la famille des citoyens canadiens et des résidents permanents qui n’ont pas de titres de voyage.

Les ressortissants ukrainiens au Canada peuvent également demander une prolongation de leur permis d’études ou de travail pour rester en toute sécurité dans le pays, a-t-elle conclu.

Avec La Presse canadienne