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Côte d’Ivoire : Bingerville en plein boom

janvier 8, 2022
Dans certains quartiers, les nouveaux bâtiments poussent à la vitesse de l’éclair. © Issam Zejly pour JA

L’ancienne capitale du pays (1900-1933) concentre depuis moins de dix ans une activité immobilière intense. Logements sociaux, économiques ou de haut standing foisonnent à la lisière d’Abidjan.

La forte congestion et la cherté des logements à Abidjan – la capitale économique – ont favorisé un boom immobilier dans ses banlieues. Bingerville, l’ancienne capitale (1900-1933), bénéficie de ce développement né de la croissance économique soutenue observée au cours des dix dernières années. Une croissance qui a engendré l’émergence d’une classe moyenne saisissant toutes sortes d’opportunités pour acquérir un logement décent. La proximité de cette cité, située à 30 kilomètres du centre-ville d’Abidjan, en fait un endroit prisé par les promoteurs immobiliers et les acquéreurs, au point qu’aujourd’hui ancienne et nouvelle capitale se confondent.

Signalisation et bitumage

Forêts et végétation ont disparu au profit des chantiers à ciel ouvert et de grands terrassements. « Avant, on ne parlait de Bingerville que pour son hôpital psychiatrique. Avec le développement de l’immobilier, tout a changé », explique un habitant de longue date. L’ouverture de l’hôpital Mère-Enfant de la première dame Dominique Ouattara a aussi rendu la cité encore plus attractive. La ville, longtemps confinée autour de l’unique artère qui la traversait de part et d’autre – l’avenue Nampé-Dioulo –, a connu de grandioses extensions. Le bitume cabossé d’autrefois a été remplacé, une « deux fois deux voies » a été construite et quelques rues secondaires ont été reprofilées.

PLUSIEURS PROGRAMMES DE CONSTRUCTION DU GOUVERNEMENT, D’ABORD ANNONCÉS COMME DES LOGEMENTS SOCIAUX, SE SONT MUÉS EN PROGRAMMES ÉCONOMIQUES, VOIRE DE HAUT STANDING

Une signalisation des voies de la ville a même été réalisée pour mieux guider les nouveaux venus. Mais les anciens repères demeurent, comme le carrefour Bandji, ou la rue Poto-Poto. Ce n’est pas par hasard si le gouvernement a décidé de bâtir un tribunal de première instance, financé par la France à plus de 5 milliards de francs CFA, qui sera le troisième dans le district d’Abidjan après celui du Plateau et celui de Yopougon. Un centre d’observation des mineurs y est prévu.

Désenclavement programmé

La disponibilité foncière, malgré quelques litiges, est une motivation supplémentaire. Plusieurs programmes de construction du gouvernement, d’abord annoncés comme des logements sociaux, se sont mués en programmes économiques, voire de haut standing, excluant une partie de la population à faible revenu. Il s’agit souvent de productions en masse des maisons pilotées par des opérateurs qui ont obtenu des contrats de l’État.

AUX HEURES DE POINTE, LES RÉSIDENTS VIVENT UN CALVAIRE POUR ATTEINDRE ABIDJAN ET PASSENT PARFOIS DES HEURES DANS LES BOUCHONS

Et l’attractivité de Bingerville ne devrait pas se démentir au cours des prochaines années : le gouvernement prévoit plusieurs projets de désenclavement de cette zone, qui est une presqu’île. Un projet de pont est sur la table pour enjamber un bras de la lagune Ébrié et rejoindre Grand-Bassam. Cette infrastructure évitera aux riverains de traverser tout Abidjan pour se rendre à l’aéroport international Félix-Houphouët-Boigny. Un deuxième pont verra le jour pour relier Bingerville à Bonoua, sur la route d’Assinie ; la cité balnéaire du sud-est étant un haut lieu de villégiature, prisé tant par les grosses fortunes que par les cadres supérieurs.

Loyers et acquisitions à des prix abordables

Le boom de l’immobilier est également favorisé par les prix abordables des loyers ou des acquisitions, dont les résultats sont observables dans les quartiers comme Eloka, Adjamé-Bingerville, Marina, Bregbo résidentiel. Les maisons y poussent à un rythme accéléré, parfois à la vitesse de l’éclair. Autre projet d’envergure : la construction d’une infrastructure initiée par le gouvernement en prélude à l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations de Football en 2023, dénommée « la voie de contournement », « la Y4 », ou encore « la rocade », qui partira des encablures de l’aéroport d’Abidjan, passera par plusieurs communes et aura une jonction non loin de Bingerville. Un projet financé en partie par la Banque mondiale, et dont les retombées bénéficieront à Bingerville, qui deviendra encore plus attractive.

Car, à l’heure actuelle, et malgré tous les travaux d’infrastructures routières, la ville reste partiellement enclavée. Aux heures de pointe, les résidents vivent un calvaire pour atteindre Abidjan et passent parfois des heures dans les bouchons. La ville continue d’ailleurs de susciter la convoitise des groupes de BTP : actuellement, six promotions immobilières sur dix en cours dans le district d’Abidjan se trouvent à Bingerville.

MALGRÉ LA MULTITUDE DE PROGRAMMES, RIEN N’EST PRÉVU POUR LE MOMENT CONCERNANT L’IMPLANTATION DE CENTRES COMMERCIAUX OU DE LIEUX DE LOISIRS

L’entreprise Opes Holding, fondée par l’homme d’affaires Siriki Sangaré, président de la Chambre nationale des promoteurs et constructeurs agréés de Côte d’Ivoire (CNPC-CI), développe par exemple un projet de 15 000 logements. « Bingerville est une cité pour l’avenir. L’air est encore pur et il n’y a pas d’industrie polluante. Ce sera l’endroit où il faudra être au cours des prochaines années », confie-t-il. Cette explosion de l’immobilier n’a pourtant pas encore atteint les objectifs du gouvernement. Fin septembre, le Premier ministre Patrick Achi a rencontré les promoteurs bénéficiaires des contrats de l’État pour les réalisations des logements, dans le but de faire avec eux un point à mi-parcours et surtout d’évoquer les difficultés du secteur.

« The place to be »

Le développement de l’immobilier présente en effet quelques failles. Malgré la multitude de programmes, rien n’est prévu pour le moment concernant l’implantation de centres commerciaux, qui éviteraient aux résidents de parcourir plusieurs kilomètres pour s’approvisionner. Des lieux de loisirs manquent aussi aux acquéreurs. Issouf Doumbia, le maire de la ville, se veut pourtant confiant : « Bingerville sera bientôt “the place to be”. Des projets de construction de lieux de loisirs, de restauration et de tourisme sont en réflexion, tout le long de la lagune. » Pour le maire, ces transformations permettront à ses concitoyens de ne plus se rendre à Abidjan que pour travailler. Un vrai changement pour celle qui fut longtemps considérée comme une simple cité-dortoir, dont l’unique attraction était le parc botanique et ses nombreuses espèces florales.

Avec Jeune Afrique par Baudelaire Mieu – à Abidjan

Monaco, ville la plus chère pour l’immobilier de luxe

juillet 1, 2011

Têtes couronnées et touristes se presseront ce week-end pour le mariage princier dans ce petit territoire à prix d’or.

Monaco est un territoire à part. Coincée entre la montagne et la mer, la principauté avec ses 32.000 habitants n’occupe que 2 kilomètres carrés face à la Méditerranée. Mais ce territoire, où les voitures de luxe se font concurrence, et que parcourent en vrombissant les Formule 1 lors du Grand Prix de printemps, s’arrache à prix d’or.

Selon une étude récente de Knight Frank, c’est à Monaco que le prix moyen au mètre carré est le plus élevé au monde pour l’immobilier de luxe: il faut compter en moyenne 66.500 dollars le mètre carré (soit environ 46.000 euros au mètre carré) pour dénicher un bien de luxe. Il atteint même 100.000 euros le mètre carré pour un appartement sur l’avenue princesse Grace en bord de mer. La même étude donne un chiffre de 28.000 euros au mètre carré pour l’immobilier de luxe parisien. Des prix bien évidemment réservés aux appartements et maisons d’exception qui ont ce petit quelque chose en plus que recherchent les privilégiés.

Ces derniers sont nombreux à avoir adopté le statut de résidents monégasques qui permet notamment de ne pas être imposé sur les plus-values immobilières ou les successions (pour les Français devenus résidents récemment, le statut fiscal n’est toutefois plus aussi favorable). Havre de nombreux sportifs, qui abrite une trentaine de nationalités différentes, ultrasécurisée, la principauté loue aussi ses appartements à prix d’or même si les loyers ont chuté de 25% depuis 2010 dans certains quartiers. Pendant le Grand Prix, une terrasse bien placée peut toujours trouver preneur à 20.000 euros pour trois jours! Et dans le quartier de Larvotto proche des plages, où le mètre carré vaut entre 30.000 et 50.000 euros et où les transactions sont rares, un vaste deux pièces de 80 m2 avec terrasse dans un des immeubles des années 1960 construits par la famille Pastor affiche un loyer de l’ordre de 3500 euros. Pour permettre aux Monégasques de se loger dans leur si cher Rocher, la principauté leur réserve toutefois des immeubles en location à prix plus doux.

C’est autour du palais, que l’on trouve les biens les plus anciens au charme plus italien. «Non loin du palais, une maison de 600 m2 est par exemple à vendre 40 millions d’euros», explique-t-on chez John Taylor.

Le foncier manque

Ce qui est rare est cher et Monaco doit composer avec un territoire réduit. Il n’existe pratiquement plus de foncier libre. Dans les années 1970, un quartier entier, celui de Fontvieille, avait été gagné sur la mer. Il abrite aujourd’hui un nouveau port, des commerces, des logements ; c’est là que bat le cœur industriel et économique de la principauté et que se situe le stade de l’AS Monaco.

Le prince Rainier avait caressé l’idée de gagner un autre territoire de 5 hectares sur la mer et d’y construire quelque 300.000 m2, mais le projet a été abandonné à la suite de la crise de 2008. Le sujet reviendra-t-il à l’ordre du jour à moyen terme? Ce pourrait être une manière pour le prince Albert de marquer de son empreinte l’histoire de Monaco et de donner un nouvel élan à la principauté.

Lefigaro.fr par Carole Papazian