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En Amazonie, des indigènes votent Lula, en bateau

octobre 2, 2022
En Amazonie, des indigenes votent Lula, en bateau
En Amazonie, des indigènes votent Lula, en bateau© AFP/Michael DANTAS

Sur le Rio Negro, affluent de l’Amazone, des indigènes brésiliens à bord d’une barque à moteur font le « L » de Lula avec les doigts: ils s’apprêtent à voter ce dimanche pour l’ex-président de gauche.

Comme beaucoup de Brésiliens, ces autochtones du peuple Kambeba votent dans une école. Mais pour y arriver, ils doivent naviguer jusqu’au village voisin.

« Pour nous, les indigènes, c’est important de se battre pour la démocratie, de voter et de choisir des représentants qui nous respectent », dit à l’AFP Raimundo Cruz da Silva, 42 ans, vice-Tuxaua (équivalent d’un cacique) des Kambeba.

Vêtu d’une chemise blanche avec des bandes verticales de motifs tribaux verts, il ne cache pas qu’il votera pour Lula, l’adversaire du président d’extrême droite Jair Bolsonaro.

Ce dernier est très critiqué par de nombreux leaders indigènes, dont le cacique emblématique Raoni Metuktire, qui a porté plainte contre lui pour « génocide » au Tribunal pénal international de La Haye.

Três Unidos, le village de Raimundo Cruz da Silva, où vivent quelque 115 autochtones, est situé sur une réserve à environ 60 km de Manaus, capitale de l’Etat d’Amazonas (nord).

Une quarantaine de personnes partent voter en même temps, à bord de quatre embarcations.

Le long des eaux sombres du Rio Negro, ils voient la végétation luxuriante vert émeraude à perte de vue, avant d’arriver à Sao Sebastiao, village situé en dehors de la réserve indigène.

« Le regard tourné vers l’Amazonie »

C’est une journée spéciale pour Taynara da Costa Cruz, 18 ans, qui va voter pour la toute première fois.

« Pour nous, les jeunes, c’est très important de voter. Nous votons, le regard tourné vers l’Amazonie, les peuples indigènes », dit cette jeune artisane aux yeux marron clair pétillants, qui arbore un collier et un serre-tête faits de graines d’Amazonie.

Toutes les femmes du peuple Kambeba sont vêtues de longues robes blanches.

Leurilene Cruz da Silva, sœur de Raimundo, porte aussi sur les cheveux deux rangées de graines qui ressemblent à des colliers de perles.

À son arrivée à Sao Sebastiao, cette infirmière de 38 ans sort fièrement son titre d’électeur.

« Il faut qu’on ait de bons représentants, c’est une journée importante. Nous, les indigènes, nous devons montrer que nous sommes capables de résister », lance-t-elle.

Peu après son élection, fin 2018, Jair Bolsonaro a promis qu’il ne cèderait « pas un centimètre de plus » aux terres indigènes.

Il s’est aussi montré favorable à l’exploitation minière ou agricole dans ces territoires censés être réservés aux activités traditionnelles des autochtones.

Sous son mandat, débuté en janvier 2019, la déforestation annuelle moyenne a augmenté de 75 % par rapport à la dernière décennie.

Le bilan environnemental de Lula est loin d’être irréprochable, mais l’ex-président (2003-2010) a promis durant sa campagne qu’il allait créer un ministère des peuples autochtones, avec une personnalité indigène à sa tête

Par Le Point avec AFP

Le Pape en Amazonie pour une rencontre historique avec les indigènes

janvier 19, 2018

Le pape François s’adresse à la foule à Lima, au Pérou, le 19 janvier 2018 / © AFP / LUKA GONZALES

Plusieurs milliers d’indigènes d’Amazonie attendaient vendredi avec impatience le pape François, à Puerto Maldonado (sud-est du Pérou), pour une rencontre historique où ils espèrent son soutien dans la défense de leurs terres.

« Je suis ému de voir le pape pour la première fois », confiait Javier Antonio Pisconte Injante, 50 ans, assis avec sa communauté dans le Colisée de la ville, où étaient déjà installés de nombreux indigènes en tenues traditionnelles.

Venu de la région de Cusco, Javier Antonio a mis trois jours, en bateau, pour venir avec 140 membres de sa tribu écouter le souverain pontife.

« Pour la première fois de l’Histoire, nous sommes réunis » entre différents peuples d’Amazonie, des indigènes du Brésil et de Bolivie ayant également fait le déplacement, en bus, en avion ou en bateau à travers la jungle, se réjouit-il.

A l’extérieur du bâtiment, des milliers d’habitants avaient pris place face aux écrans géants, avec des bouteilles d’eau pour affronter la chaleur tropicale.

Menacés par l’exploitation des forêts et ressources naturelles de leurs territoires, les indigènes d’Amazonie espèrent un message fort du pape François.

« Il y a beaucoup de gens qui entrent (sur les terres) de nos communautés pour exploiter le bois », se plaignait ainsi Emerita Olortegui Ortiz, 47 ans, venue du nord du Pérou. « Que le pape nous défende! »

La région de Madre de Dios, dont Puerto Maldonado est la capitale, est elle gangrenée par l’orpaillage.

– ‘Un seul peuple’ –

Après cette rencontre au cours de laquelle les indigènes feront des démonstrations de danse et lui offriront des pièces d’artisanat, le pape déjeunera en petit comité avec quelques représentants.

Parmi les cadeaux qu’il devrait recevoir, un arc et une flèche, d’une communauté péruvienne, pour qu’il les défende et réclame pour eux les terres ancestrales dont ils ont été privés.

« Nous sommes un peuple dépouillé de ses terres originelles », clame César Jojaje Eriney, 43 ans, président de la tribu Ese Eja de Palma Real, qui accueillera le pape en tenue traditionnelle rouge, avec une couronne de plumes de perroquets sur la tête et un collier fait de dents de jaguar et de cochon sauvage.

Portant une couronne avec un épervier empaillé sur la tête, Enrique Anez, 50 ans, leader de la communauté Nueva Oceania – Boca Shipiwi, a prévu d’offrir l’animal au pape.

Dans sa tribu à Madre de Dios, « l’épervier est celui qui nous alerte quand quelque chose va se passer », et justement, « le pape s’est mis en alerte pour les peuples » indigènes, ajoute-t-il, espérant ainsi sa protection.

Pour François, l’événement constitue un puissant coup d’envoi aux préparatifs de son assemblée mondiale d’évêques (synode) qui sera consacrée à la grande région de l’Amazonie en octobre 2019. En particulier à ses populations « souvent oubliées et privées de la perspective d’un avenir serein ».

« Nous sommes un seul peuple », a déclaré à l’AFP Angelton Arara, 33 ans, qui a mis trois jours en bus pour venir du Mato Grosso, dans le centre-ouest du Brésil.

– Poumon vert –

Dans son encyclique « Laudato si », son texte à tonalité très sociale sur l’écologie, le pape s’est attaqué à l’exploitation de la forêt amazonienne menée par « d’énormes intérêts économiques internationaux ».

Il a aussi souligné que la terre n’est pas un simple bien économique pour les communautés aborigènes, mais aussi « un endroit où reposent leurs ancêtres, un espace sacré avec lequel elles ont besoin d’interagir pour soutenir leur identité et leurs valeurs ».

Vendredi, il doit d’ailleurs distribuer son encyclique, qui vient d’être traduite dans plusieurs langues indigènes.

L’Eglise est consciente de l’histoire sanglante de l’évangélisation de l’Amérique latine au 16e siècle et reconnait qu’elle n’a pas toujours traité avec respect les peuples d’Amazonie.

Mais elle estime être aujourd’hui engagée dans de nombreux projets pour aider les peuples amazoniens à récupérer leurs coutumes et leur identité.

La Pan-Amazonie représente 43% de la superficie de l’Amérique du Sud, 20% de l’eau douce non gelée de la planète, 34% des forêts primaires hébergeant entre 30 et 50% de la faune et la flore du monde.

Ce poumon vert se répartit sur neuf des douze pays de l’Amérique du Sud, notamment le Brésil (67%), la Bolivie (11%) et le Pérou (13%). Et près de 3 millions d’indigènes y vivent appartenant à 390 peuples différents.

« Nous espérons que le pape donne ici sa bénédiction pour tous ces gens qui souffrent beaucoup et aussi pour que cesse la traite des personnes, il y en a beaucoup ici à Puerto Maldonado », confie Stephanie Ochoa Estrada, 46 ans, venue de Cuzco, à sept heures de voiture.

Romandie.com avec(©AFP / 19 janvier 2018 15h19)                

 

 

Le pape au Chili et au Pérou en porte-voix des indigènes

janvier 12, 2018

Une affiche pour la venue du pape au Pérou, le 11 janvier 2018 à Lima / © AFP / Cris BOURONCLE

Le pape François sera de retour la semaine prochaine en Amérique latine, au Pérou et au Chili, une tribune pour soutenir les peuples indigènes et revigorer des Églises locales en perte de popularité, frappées notamment par des scandales de pédophilie.

Son sixième voyage dans la catholique Amérique latine restera très spirituel, mais le pape rencontrera aussi les autorités gouvernementales de deux pays en période de turbulences politiques.

Le Chili est en pleine transition, après la victoire à la présidentielle de décembre du milliardaire conservateur Sebastian Piñera, qui entrera en fonction en mars, suscitant des interrogations sur les réformes sociétales de la socialiste sortante Michelle Bachelet.

Le Pérou s’enfonce de son côté dans une profonde crise, depuis la grâce accordée à Noël à l’ex-président péruvien Alberto Fujimori, condamné pour corruption et crimes. Très critiqué pour cette décision, le chef de l’Etat Pedro Pablo Kuczynski, ex-banquier de Wall Street, a lui-même échappé à une destitution pour ses liens avec le géant du BTP brésilien Odebrecht.

Le premier pape latino-américain de l’Histoire, pourfendeur de le corruption et des inégalités sociales qui frappent les pauvres, fera-t-il passer quelques messages politiques à ses hôtes ?

Les temps forts du 22ème voyage de son pontificat – du 15 au 18 janvier au Chili, puis du 18 au 21 janvier au Pérou – seront indubitablement ses rencontres avec des peuples indigènes. Au Chili et au Pérou, le pape déjeunera avec eux en petit comité pour s’enquérir de leur sort.

A Temuco, à plus de 600 km au sud de Santiago du Chili, il s’adressera aux indigènes Mapuche (7% de la population chilienne), qui occupaient un vaste territoire à l’arrivée des conquistadors espagnols au Chili en 1541. Cette région, Auracania, est toutefois rythmée par des actions d’une minorité radicalisée, qui incendie des entreprises forestières mais aussi des églises. Le pape n’y est donc bienvenu par tous.

– Scandales d’abus sexuels –

A Puerto Maldonado, au cœur de l’Amazonie dans le sud-est du Pérou, il sera accueilli par quelque 3.500 indigènes, dont certains de Bolivie et du Brésil. Preuve de l’intérêt qu’il porte aux menaces environnementales pesant sur ce poumon vert et ses habitants, parfois réduits à l’esclavage par des trafiquants, le pape a convoqué pour 2019 un synode (réunion mondiale d’évêques) consacré aux peuples d’Amazonie.

Au Pérou, François renouera aussi avec « la piété populaire » latino-américaine, dont il apprécie la simplicité et la chaleur, décrit le cardinal et archevêque de Lima, Juan Luis Cipriani.

Les conservatrices Églises du Chili et du Pérou, discréditées par des scandales d’abus sexuels, « ont besoin d’un choc » pour être plus attentives aux problèmes de la population, souligne un proche du pape, notant que François voyage toujours dans des pays « à problèmes ».

Moins médiatisées que ses bains de foule, ses rencontres avec des religieux sont l’occasion de les appeler à être à l’écoute des fidèles et à laisser de côté un « cléricalisme » rigide.

« Sous la dictature de Pinochet, l’Église était perçue comme un point de référence pour la protection des droits humains. Aujourd’hui la sécularisation a réduit son rôle », explique l’ambassadeur chilien auprès du Saint-Siège, Mariano Fernandez Amunategui.

« La visite du pape jouera un rôle très positif pour l’Église », note-t-il, en évoquant les ravages causés en 2010 par le cas du prêtre Fernando Karadima, coupable d’abus sexuels sur des mineurs.

Selon la base de données de l’ONG américaine Bishop Accountability, des dénonciations pour abus sexuels ont concerné près de 80 religieux au Chili, où le pourcentage d’athées est passé de 12% à 22% entre 2006 et 2014.

Le Vatican a annoncé mercredi avoir mis sous tutelle un mouvement catholique péruvien Sodalitium Christianae Vitae, dont le fondateur Luis Fernando Figari, réfugié à Rome, est au cœur d’une enquête pour pédophilie.

Si des rencontres avec des victimes ne figurent pas au programme officiel, elles pourraient avoir lieu très discrètement, selon le Vatican.

A Iquique, à 1.450 km au nord de la capitale chilienne, le pape aura en tout cas une rencontre privée avec deux victimes de la dictature d’Augusto Pinochet.

Ce voyage tambour battant (plus de 30.000 km parcouru sur dix vols) sera aussi une machine à remonter le temps pour Jorge Bergoglio, 81 ans, qui étudia au Chili lors de son noviciat jésuite et retrouvera l’un de ses anciens camarades.

Romandie.com avec(©AFP / 12 janvier 2018 15h32)