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Canada-Lutte contre l’inflation : « C’est normal d’être en colère contre moi », dit Freeland

juin 26, 2022
Chrystia Freeland.

Chrystia Freeland, ministre fédérale des Finances. Photo : La Presse Canadienne/Cole Burston

La ministre des Finances, Chrystia Freeland, affirme qu’elle doit trouver un équilibre entre l’aide aux Canadiens qui souffrent des effets de l’inflation et la poursuite d’une politique de restrictions budgétaires, au risque d’aggraver le problème du coût de la vie.

Dans une entrevue diffusée dimanche à l’émission Rosemary Barton Live de CBC, Mme Freeland, qui occupe également le poste de vice-première ministre, a déclaré être ouverte à d’autres mesures pour aider les Canadiens devant la hausse du coût de la vie, mais elle a aussi dit croire que les mesures en vigueur – qui totalisent une valeur de 8,9 milliards de dollars – contribuent déjà à atténuer les impacts sur les Canadiens.

Elle parle notamment de l’augmentation des prestations pour les travailleurs à faible revenu, de l’augmentation d’autres prestations indexées sur l’inflation et de la mise en œuvre des programmes gouvernementaux de garde d’enfants et de soins dentaires. L’argent de ces programmes est, selon la ministre, déjà en route vers les Canadiens.

Mais Mme Freeland a dit devoir aussi prendre en considération le fait que la Banque du Canada tente d’encourager les Canadiens à dépenser moins, afin de faire baisser l’inflation.

« Je dois trouver un équilibre. D’une part, il faut aider les Canadiens qui ont des problèmes d’accessibilité financière et, d’autre part, il faut des restrictions budgétaires, car je ne veux pas rendre le travail de la Banque du Canada plus difficile qu’il ne l’est déjà. »— Une citation de  Chrystia Freeland, ministre des Finances

La Banque du Canada a pour mandat de maintenir la cible d’inflation du Canada, qui est de 2 % (ou dans une fourchette de 1 % à 3 %) par an. Mme Freeland a déclaré que c’était la responsabilité de la Banque de s’occuper de l’inflation et qu’elle respectait son indépendance.

« C’est normal d’être en colère »

La ministre des Finances a reconnu la frustration ressentie par de nombreux Canadiens face à la hausse des prix, en particulier pour les principaux produits de consommation courante. Elle a déclaré que des amis lui ont envoyé des photos des prix à la pompe et qu’elle est consciente que les produits d’épicerie sont plus chers.

Et pour beaucoup de Canadiens, c’est une véritable épreuve. Je le comprends vraiment, a-t-elle déclaré.

Interrogée sur le malaise général que de nombreux Canadiens ressentent face à l’économie, Mme Freeland a adopté un ton similaire.

« C’est normal d’être en colère contre moi. Je comprends vraiment que c’est une période économique incroyablement difficile. C’est vraiment, vraiment difficile pour beaucoup de gens. »— Une citation de  Chrystia Freeland, ministre des Finances

L’opposition à l’attaque

En réponse au discours de Mme Freeland, les députés conservateurs Dan Albas et Gérard Deltell ont publié une déclaration critiquant ce qu’ils appellent la stratégie tax-and-spend du gouvernement.

Cette approche économique défectueuse gruge les revenus des travailleurs canadiens et ignore le principe le plus fondamental de l’économie : dépenser pendant une crise inflationniste ne fera qu’alimenter davantage l’inflation. Pourtant, les libéraux continuent sur cette voie avec un abandon insouciant, infligeant encore plus de douleur inflationniste aux Canadiens.

Le NPD, qui a soutenu que les entreprises profitent de l’inflation pour augmenter leurs profits, affirme que le gouvernement devrait imposer une taxe sur les profits excédentaires aux sociétés pétrolières et gazières et redonner de l’argent aux Canadiens par le biais du crédit pour la TPS/TVH et de la prestation pour enfants.

Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a qualifié l’approche de Mme Freeland d’absolument insultante.

Un atterrissage en douceur toujours possible

Mme Freeland a rencontré plus tôt cette semaine la secrétaire au Trésor des États-Unis, Janet Yellen, qui a récemment déclaré qu’une récession aux États-Unis n’était pas inévitable, bien que l’inflation soit inacceptable.

Le Canada a encore la possibilité d’un atterrissage en douceur, a déclaré Mme Freeland, où le pays pourrait se stabiliser économiquement après l’énorme choc de la pandémie de COVID-19, sans la grave récession redoutée par beaucoup.

Mme Freeland a maintenu un ton optimiste quant à la capacité du Canada à surmonter l’incertitude économique mondiale, surtout si on le compare aux autres pays du G7.

Le défi n’est pas encore relevé, mais je crois sincèrement que nous allons nous en sortir ensemble, a-t-elle déclaré.

Par Radio-Canada avec les informations de Christian Paas-Lang de CBC

Risque de pénurie de blé en Afrique: le président ivoirien s’en préoccupe

juin 15, 2022

Le président ivoirien, Alassane Ouattara, s’est dit préoccupé par la poussée inflationniste et le risque de pénurie de plusieurs produits comme le blé en Afrique.

« Nous sommes préoccupés, c’est le moins que je puisse dire, par le ralentissement de la croissance mondiale et la disponibilité pour l’Afrique de certains produits comme le blé, les engrais et bien sûr par la poussée inflationniste », a déclaré le chef de l’Etat ivoirien, à l’ouverture de l’Africa CEO Forum, sommet économique réunissant 1 500 chefs d’entreprises et décideurs politiques à Abidjan. 

Il a notamment cité l’exemple de l’Inde qui a interdit les exportations de blé mi-mai.

« Une telle situation inflationniste pousse les gouvernements et les entreprises à réévaluer leur dépendance aux réseaux internationaux. C’est réellement une remise en cause de la mondialisation et de la notion du commerce mondial. Cette situation a été accentuée par la crise en Ukraine », a-t-il ajouté. 

Avant même la guerre en Ukraine, l’insécurité alimentaire s’était accentuée dans le monde en raison des conflits, des crises climatiques et économiques. Mais le conflit russo-ukrainien a aggravé la crise, les deux pays assurant à eux seuls 30% du commerce mondial de blé. Et avec la guerre, les prix de l’énergie, des aliments et des métaux ont flambé. 

« Cette convergence des crises offre au continent africain une occasion unique d’opérer les changements structurels nécessaires à la transformation de nos économies », a de son côté affirmé Makthar Diop, directeur général de la Société financière internationale, une branche de la Banque mondiale. 

L’Africa CEO Forum doit notamment mettre l’accent sur la souveraineté économique du continent africain. 

Avec Adiac-Congo d’après AFP

Guerre en Ukraine : de l’inflation jusqu’en 2024, selon la Banque mondiale

avril 27, 2022

Selon les projections de l’institution, la hausse du prix des produits de base provoquée par la guerre en Ukraine sera sensible durant les deux prochaines années. Et pourrait se faire sentir encore plus longtemps si le conflit perdurait.

Début de pénurie dans un supermarché tunisois, le 8 avril 2022. © Chedly Ben Ibrahim/Bloomberg/Getty

Dans son dernier rapport sur les perspectives des marchés des produits de base, publié le 26 avril, la Banque mondiale ne se montre guère optimiste. Selon l’institution de Bretton Woods, «la guerre en Ukraine, en provoquant un choc majeur sur ces marchés, a modifié les structures mondiales des échanges, de la production et de la consommation de telle sorte que les prix resteront à des niveaux historiquement élevés jusqu’à la fin de 2024». Ce choc inflationniste durera tant sur le front énergétique que sur le front alimentaire, avec des pics jamais atteints depuis la crise pétrolière de 1973, affirme la Banque.

« Comme cela avait été le cas à l’époque, le choc est aggravé par la recrudescence des restrictions pesant sur le commerce des denrées alimentaires, des carburants et des engrais », explique Indermit Gill, vice-président de la Banque mondiale chargé de la croissance équitable, des finances et des institutions. Cette situation a « commencé à faire planer le spectre de la stagflation », ajoute-t-il, appelant « les responsables politiques à saisir toutes les occasions d’encourager, chez eux, la croissance économique et d’éviter toute action qui porterait préjudice à l’économie mondiale ».

Jamais depuis 2008 la hausse du prix des produits alimentaires – dont la Russie et l’Ukraine sont de grands producteurs – et des engrais, qui sont fabriqués à partir du gaz naturel, n’avait été aussi forte. De manière générale, la Banque mondiale estime que les prix des produits non énergétiques, notamment ceux des produits agricoles et des métaux, devraient augmenter de près de 20% en 2022 avant de se stabiliser au cours des années suivantes. Ceux des denrées alimentaires devraient rester bien supérieurs à la moyenne de ces cinq dernières années.

De même, selon les prévisions de l’institution, les prix de l’énergie augmenteront de plus de 50% en 2022 avant de s’atténuer en 2023 et 2024. Le prix du pétrole brut (Brent) devrait ainsi atteindre une moyenne de 100 dollars le baril en 2022 – son plus haut niveau depuis 2013 –, et augmenter de plus de 40% par rapport à 2021. Les prix devraient se modérer à 92 dollars en 2023, bien au-dessus de la moyenne sur cinq ans de 60 dollars le baril.

L’UTILISATION MOINDRE DES INTRANTS PÈSERA SUR LA PRODUCTION ET SUR LA QUALITÉ DES ALIMENTS

Le scénario du pire

D’après John Baffes, économiste principal au sein du groupe Prospects de la Banque mondiale, « la forte hausse du prix des intrants, tels que l’énergie et les engrais, pourrait entraîner une réduction de la production alimentaire, notamment dans les économies en développement ». « L’utilisation moindre des intrants pèsera sur la production et sur la qualité des aliments, ce qui affectera les disponibilités alimentaires, les revenus des populations rurales et les moyens de subsistance des pauvres », poursuit-il.

Ces projections ne sont toutefois pas figées. En cas de guerre prolongée ou de sanctions supplémentaires à l’encontre de la Russie, les prix pourraient être encore plus élevés et plus volatils, avertit la Banque.

Avec Jeune Afrique par Maureen Songne

Canada-Québec: L’inflation atteint 6,7 % en mars au pays, du jamais vu depuis 31 ans

avril 20, 2022

La flambée de l’inflation oblige de plus en plus de consommateurs à modifier leurs habitudes alimentaires. Photo : Istock

L’indice des prix à la consommation poursuit sa flambée au Canada, où l’inflation a augmenté de 6,7 % en mars dernier sur une base annualisée, rapporte Statistique Canada. Il s’agit de la hausse la plus marquée de l’IPC depuis janvier 1991.

En dépit des interventions récentes de la Banque du Canada sur son taux directeur pour ralentir la surchauffe de l’économie, rien ne semble en mesure de freiner la vague inflationniste qui déferle sur le pays.

En février dernier, le taux d’inflation sur une base annuelle atteignait 5,7 %; il a donc augmenté d’un point de pourcentage en un mois.

Selon les données mesurées par Statistique Canada, les prix ont augmenté dans chacune des huit composantes principales de l’économie surveillées par l’agence.

Le salaire horaire moyen des employés, lui, n’a augmenté que de 3,4 % d’une année à l’autre en mars dernier, souligne Statistique Canada.

Les prix de l’énergie sont bien entendu en tête de peloton, avec une augmentation de 11,8 % du prix de l’essence entre février et mars dernier. Sur une base annuelle, le litre d’essence coûtait 39,8 % plus cher en mars 2022 qu’en mars 2021.

Le mazout a quant à lui augmenté de 19,9 % entre février et mars, pour atteindre une augmentation annualisée de 61 % par rapport à mars 2021.

L’alimentation n’est pas non plus épargnée par la flambée du prix des denrées, lequel a augmenté de 8,7 % en mars par rapport à la même période l’an dernier. Il s’agit de la hausse annuelle la plus importante observée dans le secteur de l’alimentation depuis mars 2009.

Les œufs et les produits laitiers, par exemple, coûtaient 8,5 % plus cher en mars 2022 par rapport à mars 2021. Le prix des céréales à déjeuner a quant à lui augmenté de 12,3 % au cours de la même période, contre 17,8 % d’augmentation pour les pâtes alimentaires.

Les augmentations sont attribuables aux prix à terme du blé, qui ont atteint leur plus haut niveau en 14 ans dans le sillage du conflit entre la Russie et l’Ukraine, deux grands exportateurs de blé. Les prix de l’engrais, un intrant clé dans la production de blé, ont été élevés avant que le conflit n’éclate en Europe de l’Est, en raison en partie des prix élevés de l’énergie, explique Statistique Canada.

La pandémie de COVID-19 a entraîné de longs délais pour des détaillants et des clients en perturbant les chaînes d’approvisionnement. Photo: Ben Nelms

Outre les aliments, le secteur des biens durables – notamment l’ameublement et les véhicules automobiles – a aussi essuyé d’importantes hausses de prix. D’un point de vue global, le prix des biens durables a augmenté de 7,3 % d’une année à l’autre, soit la plus forte hausse enregistrée depuis 1982, note Statistique Canada.

Plus précisément, le prix des véhicules automobiles a bondi de 7 % par rapport à mars 2021, tandis que les meubles coûtent 13,7 % plus cher qu’à la même période l’an passé.

Les problèmes liés à la chaîne d’approvisionnement et l’augmentation des prix des intrants et des frais d’expédition ont contribué à la hausse, explique l’agence fédérale.

Avec Radio-Canada par Stéphane Bordeleau

L’inflation atteint 5,7 % au Canada

mars 16, 2022

Une femme fait son épicerie. Photo : Getty Images/Aja Koska

Les prix à la consommation au Canada ont augmenté de 5,7 % d’une année à l’autre en février, en hausse par rapport à la croissance de 5,1 % enregistrée en janvier.

Cette hausse du rythme de l’inflation était la plus forte depuis celle de 6 % du mois d’août 1991.

Sans l’essence, l’indice des prix à la consommation (IPC) a augmenté de 4,7 % d’une année à l’autre en février, comparativement à 4,3 % en janvier.

D’autre part, Statistique Canada a observé que, d’une année à l’autre, les prix des aliments achetés en magasin ont augmenté de 7,4 % en février, la hausse annuelle la plus marquée depuis mai 2009, en bonne partie à cause d’un bond des prix de la viande.

Les frais de logement ont affiché l’augmentation la plus marquée depuis août 1983, en hausse de 6,6 % d’une année à l’autre en février.

Statistique Canada a observé que, d’une année à l’autre, les prix ont augmenté de façon plus marquée en février qu’en janvier dans toutes les provinces.

Par rapport à février 2021, l’IPC a augmenté le mois dernier de 5,4 % au Québec, de 5,7 % en Nouvelle-Écosse, de 6 % au Nouveau-Brunswick et de 7,4 % à l’Île-du-Prince-Édouard.

Avec La Presse canadienne

Inflation : la Côte d’Ivoire mobilise plus de 80 millions d’euros pour lutter contre l’envolée des prix

mars 8, 2022
Sur un marché à Adjamé, l’une des communes d’Abidjan, le 18 juin 2020. © Reuters/Thierry Gouegnon

Après l’Algérie et le Sénégal, la Côte d’Ivoire légifère pour contenir l’inflation, qui frappe l’ensemble de la région.

Le 4 mars, au journal télévisé de 20h, sur la chaîne publique nationale, Souleymane Diarrassouba, le ministre ivoirien du Commerce et de l’Industrie, a annoncé qu’une série de mesures allaient être mises en œuvre pour faire face à une inflation alimentaire galopante.

Entre janvier et mars 2022, les prix des produits pétroliers, notamment ceux du gasoil, seront partiellement subventionnés grâce à une enveloppe budgétaire de 55 milliards de F CFA (83,8 millions d’euros). S’agissant des produits alimentaires, un plafonnement des prix s’appliquera durant une période de trois mois sur l’huile de palme raffinée, le sucre, le lait, le riz, le concentré de tomate, la viande de bœuf et les pâtes. La liste des produits de grande consommation et des services dont les prix sont réglementés sera élargie.

L’impact du conflit en Ukraine

Le gouvernement ivoirien souhaite également contrôler davantage l’évolution des prix lorsque celle-ci dépend de décisions locales et non des fluctuations des cours sur les marchés internationaux.

Pour y parvenir, et durant les six mois précédant toute augmentation du prix des denrées de grande consommation, une « information préalable » sera communiquée, suivie d’une « concertation ». Par ailleurs, pour favoriser le marché intérieur, les exportations de produits vivriers de grande consommation (banane plantain, manioc, igname…) seront soumises à autorisation.

Les acteurs du secteur vivrier bénéficieront, pour leur part, d’une allocation. La population sera tenue au courant du démantèlement des barrages routiers illégaux. Enfin, le gouvernement consentira des efforts supplémentaires pour informer les consommateurs de l’évolution des cours des produits et des intrants sur le marché international.

Pour un même produit, indique le ministère du Commerce et de l’Industrie, l’inflation varie en amplitude d’une région à une autre. Ce phénomène serait dû à « une combinaison de facteurs endogènes et exogènes ». En raison de la guerre qui oppose l’Ukraine à la Russie, le prix du pétrole a fortement augmenté. Ce lundi 7 mars, le baril de Brent a crû de 17,8%, pour atteindre 139,13 dollars, du jamais-vu depuis la crise de 2008, année de son record historique à 147,50 dollars. Le coût du transport maritime s’est lui aussi envolé, les tarifs du fret étant en forte augmentation.

Sur le plan intérieur, une faible pluviosité a « entraîné une perturbation du calendrier agricole », ce qui a abouti à « une insuffisance de l’offre de produits vivriers locaux ».

Mieux qu’au Mali ou au Bénin

L’inflation qui sévit en Côte d’Ivoire frappe également, à des niveaux variables, la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest et du Maghreb. Dans un bulletin publié au début de mars, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) souligne que la rapidité de la hausse des prix dans la zone de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) est principalement liée aux produits alimentaires.

Si l’on considère que ce taux est passé de 6% en décembre 2021 à 6,5% en janvier 2022 dans l’Uemoa, la Côte d’Ivoire est plutôt épargnée (5,6%) par rapport à ses voisins tels que le Mali (8,7%), le Bénin (7,9%) et le Togo (7,5%). Les cours mondiaux des principaux produits alimentaires atteignent quant à eux des sommets, comme ceux de l’huile, dont le taux atteint 54% en glissement annuel

Pour contenir la poussée inflationniste sur les biens alimentaires de grande consommation, l’Algérie et le Sénégal ont eux aussi annoncé l’adoption de mesures. Lors d’un Conseil des ministres, Abdelmadjid Tebboune, le président algérien, a décidé de geler des taxes sur certains produits alimentaires, qui figurent dans la loi de finances 2022. Au Sénégal, 50 milliards de F CFA (76,2 millions d’euros) ont été mobilisés pour subventionner les producteurs locaux de riz. Une baisse de 100 F CFA (0,15 euro) sur le prix de l’huile, de 25 F CFA sur le kilo de riz « brisé non parfumé » et de 25 F CFA sur celui du sucre a été annoncée.

Avec Jeune Afrique par Maureen Songne

Afrique de l’Ouest : où sont les stocks alimentaires ?

mars 6, 2022
Sacs de céréales. © Stephan Geyer/Flickr/Licence CC

Alors que l’inflation touche toute la région, les regards se tournent vers les mécanismes censés prévenir de telles crises.

Deux solutions ont été identifiées depuis longtemps pour contrer les poussées d’inflation de produits alimentaires en Afrique de l’Ouest. « Sur le temps long, il n’y a pas d’autre choix que de revenir à de vraies politiques agricoles », assure Jean-Marie Ackah, à la tête de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI) et président du groupe agroalimentaire Avos.

« Il faut produire le plus possible localement car, même si cette production demeure à court terme moins compétitive que celle venant de l’étranger, elle permettra, dans la durée, d’assurer un approvisionnement des marchés plus stable, réduisant la volatilité des prix », défend-il.

Or, malgré les avancées en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Bénin notamment, force est de constater que les progrès sont encore trop lents sur le plan de l’autosuffisance alimentaire dans la région. De même, l’Afrique de l’Ouest aurait tout intérêt à renforcer ses stocks de produits agricoles, moyen simple mais efficace de peser sur les marchés et de juguler les prix.

Déstockage rapide

Si la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a établi une stratégie en la matière (avec trois niveaux de stock et de proximité, national et régional), elle tarde à la mettre en œuvre alors que certains États membres ont déjà du mal, faute de budget, à renouveler leurs réserves nationales. Lancée en 2013, la réserve régionale (utilisée par les pays membres) n’a, pour l’heure, atteint que 40 000 tonnes de céréales, soit 10 % du volume total visé.

Il faut cependant noter qu’entre 2017 et 2019, un total de 19 700 tonnes de céréales de la réserve régionale ont été déstockées en faveur du Nigeria, du Ghana, du Burkina Faso et du Niger, selon le Réseau de prévention des crises alimentaires (RPCA). En 2020, l’institution a constaté le  » déstockage rapide de 2 190 tonnes de céréales de la Réserve régionale en faveur des populations vulnérables du Burkina Faso, du Mali, du Niger et du Nigeria « .

Initiatives de l’AFD et de l’UE

En mai 2021, lors de la réunion d’un Comité technique ministériel spécialisé sur le stockage alimentaire en Afrique de l’Ouest, l’Agence française de développement a annoncé le lancement d’une initiative de 8 millions d’euros en faveur du stockage de sécurité alimentaire  » en vue d’éviter la rupture de financement, de consolider les acquis du systèmes régional de stockage, et de préparer une seconde phase d’un projet plus ambitieux, en collaboration avec d’autres partenaires.  »

Durant la même rencontre, l’Union européenne a rappelé son financement de 56 millions d’euros en faveur du stockage de sécurité alimentaire, renouvelé  » son engagement pour le renforcement de ses appuis techniques et financiers  » et s’est engagée à  » poursuivre son appui pour la pérennisation du dispositif régional de stockage (gouvernance, reconstitution des stocks…).  »

Avec Jeune Afrique par Estelle Maussion

Inflation et pouvoir d’achat : en attendant les jours sans pain…

février 27, 2022
Des grains de blé à Asmara, en Érythrée (illustration). © Eric Lafforgue/Hans Lucas via AFP

Sur le continent, la flambée des prix des denrées de première nécessité se poursuit inexorablement. Pour le moment, les populations y semblent quasi indifférentes grâce aux subterfuges gouvernementaux, qui font passer la pilule. Mais pour combien de temps ?

Suprême injustice à l’encontre des pauvres, l’inflation est de retour sur les étals africains. Tel un virus infectant les petits budgets, elle grignote douloureusement les porte-monnaie. Si rien n’est fait, ces millions de gagne-petit et autres déshérités vivant avec moins de 2 dollars par jour pourraient bientôt descendre dans la rue  crier famine aux fenêtres de leurs gouvernants. Il faut même craindre le pire, car les petites manifestions dégénèrent vite en « dégagisme ». On peut le dire sans être taxé d’alarmisme, la hausse des prix en cours porte les germes d’un risque politique majeur.

Merci qui ? Merci la pluie, nous dit-on. Trop abondante en Europe, elle a ravagé les cultures de blé. Trop rare au Canada, elle a laissé la sécheresse faire baisser les volumes des récoltes. La production réduite, le marché s’est affolé. Devinez qui déguste à l’autre bout de la planète ? Encore et toujours le pauvre Makaya du Gabon. Il n’y est pour rien, ne comprend rien au charabia des économistes, mais sait qu’à la fin ce sera à lui de payer. Pourtant, ô tristesse, il aurait pu trouver un féticheur capable de réguler la pluviométrie comme on règle le débit de sa douche.

Dindon plumé

Seulement voilà, le prix de la farine de blé est monté en flèche. Les boulangers ont tenté de suivre mais ont vite été entravés par le gouvernement, lequel n’a eu d’autre choix que de bloquer les hausses après avoir épuisé le levier de la fiscalité. Il faut être un ministre inconséquent pour laisser le prix du pain passer de 125 à 150 F CFA (de 0,19 à 0,22 euro). Autant aller titiller un gorille de 500 kg au parc de Moukalaba-Doudou, dans le Sud-Ouest. Une provocation, donc, pour les Gabonais, épuisés par un couvre-feu anti-Covid en vigueur depuis de longs mois.

Entre boulangers et gouvernement, le bras de fer était parti pour durer. C’était sans compter avec le génie des rois gabonais de la baguette. Ils ont divisé le poids de la baguette par deux et vendent cette demi-portion à… 75 F CFA. Une augmentation déguisée qui redonne le moral aux producteurs tout en sauvant la face du gouvernement. Tout le monde est heureux sauf le pauvre Makaya, dindon plumé de cette farce d’un goût douteux.

QUAND LES MISÉREUX SE SERONT SAIGNÉS JUSQU’À LA DERNIÈRE GOUTTE, LE VOLCAN EXPLOSERA

« L’inflation, impôt pour les pauvres, prime pour les riches, est l’oxygène du système », écrivait François Mitterrand. Le socialiste savait de quoi il parlait. La hausse des prix peut, sous certaines conditions, profiter aux entreprises et, donc, augmenter les recettes fiscales. Est-ce la raison pour laquelle, au Cameroun, on laisse les prix grimper ? Quasiment tous les produits sont à la hausse.

Passe encore le ciment, vendu trois fois son prix à l’État par les sous-traitants impliqués dans la construction des stades de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), qu’on dit les plus chers au monde.

Tenons-nous-en aux huiles de friture, aux conserves, au sucre, aux pâtes, etc. La cherté est affolante. Mais le gouvernement dort sur ses deux oreilles alors que les consommateurs raquent. Il se contente de surveiller le prix du pain, gelé – en dépit de la demande pressante des meuniers –, et celui du carburant. Si les cours du blé continuent de monter, bientôt il n’y aura plus de farine du tout, et, quand les miséreux se seront saignés jusqu’à la dernière goutte, le volcan explosera.

« Salauds de pauvres »

Le risque d’émeutes de la faim est-il suffisamment pris au sérieux ? La dernière fois que cela s’est produit, c’était en 2008. Une centaine de personnes avaient alors été tuées par les forces de l’ordre. Il n’y aurait peut-être pas de manifestations si les gouvernements prenaient à temps des mesures de soutien au pouvoir d’achat. Les raisons de l’attentisme de nos dirigeants sont un mystère.

N’oublions pas, la hausse généralisée des prix n’est pas un problème de riche. D’ailleurs, à l’échelle internationale, bonne nouvelle pour nos chères élites fortunées : c’est le bon moment pour acheter appartements et villas en Europe. Rien de tel qu’investir dans la « pierre », cette valeur refuge à l’épreuve du temps, pour mettre son épargne à l’abri de l’érosion monétaire. Quant à ces « salauds de pauvres », on leur enverra des gendarmes s’ils osent se soulever. L’argent est le nerf de la guerre et le malheur de ceux qui n’en possèdent pas.

Georges Dougueli

Avec Jeune Afrique par Georges Dougueli

Journaliste spécialisé sur l’Afrique subsaharienne, il s’occupe particulièrement de l’Afrique centrale, de l’Union africaine et de la diversité en France. Il se passionne notamment pour les grands reportages et les coulisses de la politique.

L’inflation flambe aux États-Unis, au plus haut depuis 40 ans

janvier 12, 2022
L'inflation flambe aux Etats-Unis, au plus haut depuis 40 ans
L’inflation flambe aux États-Unis, au plus haut depuis 40 ans© AFP/TIMOTHY A. CLARY

Les prix à la consommation ont flambé en 2021 aux États-Unis, où l’inflation est au plus haut depuis près de 40 ans, une préoccupation majeure pour Joe Biden, mais aussi pour la banque centrale, vers laquelle les regards se tournent désormais.

L’inflation a atteint 7 % en 2021, un record depuis les douze mois se terminant en juin 1982, selon l’indice des prix à la consommation (CPI) publié mercredi par le département du Travail.

Joe Biden, pour qui cette flambée du coût de la vie est un problème politique majeur, a souligné les « progrès » faits par son administration, mais a reconnu qu’il « restait du travail, avec des prix encore trop élevés, qui compriment le budget des ménages ».

Les prix de l’essence ont notamment grimpé de près de 50 % en 2021, et ceux des voitures d’occasion de plus d’un tiers. Les prix alimentaires ont également augmenté, mais dans une moindre mesure.

Sur le seul mois de décembre cependant, la hausse a été moins forte qu’en novembre (0,5 % contre 0,8 %), notamment car l’augmentation des prix de l’énergie a ralenti pour la première fois depuis avril.

L’opposition républicaine, qui reproche au président démocrate une politique inflationniste avec trop de dépenses, a fustigé ce qu’elle appelle désormais la « Bidenflation ».

« Joe Biden ne semble pas se soucier du fait que les Américains ne peuvent plus rien se permettre, de l’essence à l’épicerie », a ainsi tweeté le parti républicain.

La demande, cependant, reste très forte, les comptes en banque d’une large partie de la population ayant été renfloués par les aides gouvernementales, tandis que les propriétaires immobiliers et détenteurs de portefeuilles d’actions ont vu bondir la valeur de leurs avoirs.

« Passée de la patience à la panique »

« Les goulets d’étranglement persistants de la chaîne d’approvisionnement, dans un contexte de forte demande, maintiendront le taux d’inflation à un niveau élevé au moins jusqu’au premier trimestre », anticipe ainsi Kathy Bostjancic, cheffe économiste pour Oxford Economics.

Et le variant Omicron du Covid-19 pourrait encore l’alimenter, en contraignant les salariés à se mettre en quarantaine, ralentissant de fait la production et la livraison.

Les regards se tournent désormais vers la banque centrale américaine (Fed), qui pourrait relever ses taux directeurs plus tôt et plus fort que prévu, pour tenter d’enrayer cette inflation, qu’elle considérait jusqu’à tout récemment, comme temporaire seulement.

Son objectif à long terme est une inflation annuelle de 2 %, ce qui lui permet d’avoir une marge de manoeuvre sur les taux directeurs en cas de coup dur économique.

La Fed « est passée de la patience à la panique face à l’inflation en un temps record », relève Diane Swonk, économiste pour Grant Thornton.

La puissante Réserve fédérale va donc se livrer à un délicat numéro d’équilibriste. Relever les taux vise en effet à stopper cette surchauffe de l’économie en ralentissant la consommation, mais cela risque de ralentir la redressement du marché de l’emploi.

Or en décembre, si le chômage est tombé à 3,9 %, les créations d’emplois sont restées à la traîne, et les inégalités très fortes.

Le président de la Fed Jerome Powell, qui était entendu mardi par des sénateurs, a promis d’agir « en conséquence » si cette inflation record persistait au second semestre de cette année.

14,8 % d’inflation en 1980

« L’inflation peut être gérée, et les banques centrales savent comment faire », a réagi mercredi matin la directrice du FMI Kristalina Georgieva.

Ces chiffres devraient mettre encore un peu plus de plomb dans l’aile au plan d’investissement social et environnemental de Joe Biden, « Build Back Better », déjà paralysé car accusé d’être inflationniste.

Ces 7 % d’inflation restent cependant bien loin des 14,8 % qu’avait connu le pays en 1980.

Récemment, c’était plutôt la faible inflation qui préoccupait les économistes. En 2020, elle avait été, sur l’ensemble de l’année, au plus bas en cinq ans, à 1,4 %.

Mais 2021 a été marquée par de très fortes pressions sur la chaîne mondiale d’approvisionnement, avec des pénuries de certains composants qui ont fait grimper les prix. Le manque de main d’oeuvre aux États-Unis a également ralenti la production et la livraison.

Pour attirer les candidats, les employeurs ont proposé plus d’argent et de meilleurs conditions. En 2021, le salaire horaire moyen a ainsi augmenté de 4,7 %, permettant de compenser en partie seulement cette hausse des prix, mais alimentant l’inflation puisque ces coûts ont été répercutés sur les prix.

Par Le Point avec AFP

Canada: Préparez-vous à payer plus cher en 2022

janvier 2, 2022

Les banques centrales interviendront assurément dans les prochains mois, contribuant à calmer la poussée des prix.

Des billets de banque canadiens.

L’inflation élevée ou diminution du pouvoir d’achat des consommateurs. Photo: Getty Images/Joshlaverty

Les économistes anticipent un retour graduel de l’inflation à des niveaux plus tolérables au plus tôt dans la deuxième moitié de 2022. Certains experts avertissent cependant que la montée marquée des prix pourrait durer bien plus longtemps. Rien pour calmer l’humeur des consommateurs.

L’inflation s’est établie à 4,7 % en novembre 2021 par rapport à la même période en 2020, d’après l’Indice des prix à la consommation (IPC) de Statistique Canada; octobre avait vu un niveau pareil. Il s’agit d’un sommet en 18 ans.

Les États-Unis, eux, ont connu une inflation de 6,8 % en novembre, du jamais vu depuis 1982.

Au Canada, ce sont les prix de l’essence (+43,6 %), d’aliments tels que les légumes (+9,8 %) et des meubles (+4,6 %) qui étaient parmi les plus grands moteurs de l’inflation en novembre.

Le prix moyen des propriétés vendues recensées par l’Association canadienne de l’immeuble a connu, lui, une hausse de 18,2 % en octobre par rapport à la même période l’an dernier.

Sur toute l’année 2021, l’inflation moyenne au Canada se situe à environ 3,4 %, résume Benoit P. Durocher, économiste principal chez Desjardins.

Même si le variant Omicron apporte son lot d’incertitudes, les économistes prévoient que les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement – qui entravent l’offre de biens et contribuent à la montée des prix alors que la demande est très forte – vont se résorber au cours des prochains mois.

L’effet de la hausse du prix de l’essence, qui a été un grand moteur de la poussée inflationniste des derniers mois, va également s’estomper. L’inflation est calculée en comparant les prix avec ceux de l’année dernière.

En 2020, les prix de l’essence avaient beaucoup baissé en raison de la pandémie. On avait même eu un prix du baril de pétrole négatif! rappelle M. Durocher. Alors, à mesure qu’on avance dans le temps, le prix courant se comparera à un prix de plus en plus élevé de l’année précédente, explique-t-il.Un panneau indique que le prix à la pompe est de 1,57 $.

Le prix de l’essence a atteint des niveaux élevés ces derniers mois. Photo: Radio-Canada/François Gagnon

Donc, la contribution de l’essence à la variation annuelle de l’IPC va diminuer. C’est un des facteurs qui nous permet d’anticiper un ralentissement de l’inflation en deuxième moitié de 2022(Nouvelle fenêtre), dit-il.

D’autres institutions financières tablent, elles, sur un retour de l’inflation dans la fourchette cible de la Banque du Canada au début de 2023.

Rappelons que la Banque du Canada a comme mandat de garder, par sa politique monétaire, l’inflation dans une fourchette cible, soit de 1 % à 3 %. Elle maintient depuis le début de la pandémie son taux directeur à sa valeur plancher de 0,25 %.

Aux États-Unis, la Réserve fédérale devrait annoncer une première hausse de ses taux directeurs au printemps, suivie de deux autres dans l’année. La Banque du Canada devrait faire de même, avec une série de hausses, ce qui, selon les économistes, contribuera à calmer la surchauffe constatée depuis des mois alors que la relance bat son plein.

Les risques d’une poussée inflationniste prolongée

Toutefois, selon Philip Cross, économiste et chercheur à l’Institut Macdonald-Laurier, l’inflation élevée risque de durer longtemps et de ne pas être facile à maîtriser.

Il remarque qu’un des premiers signes inflationnistes au début de la pandémie, avant les problèmes constatés dans les chaînes d’approvisionnement, a été la montée en flèche des prix de l’immobilier, une dynamique qui s’est maintenue au fil des mois. Ça affecte tous les Canadiens. Et on voit que ça se répercute ensuite dans la hausse du prix des loyers.Des maisons et des immeubles à condos dans la région de Vancouver.

Les prix des maisons et le coût des logements ont atteint des sommets dans plusieurs régions du pays. Photo: Radio-Canada/Kevin Mcintyre-Tor

Il souligne aussi, dans une étude parue en novembre(Nouvelle fenêtre), que les pénuries criantes de main-d’œuvre contribuent au phénomène inflationniste et qu’elles sont loin de se régler. Les hausses de taux des banques centrales n’y changeront pas grand-chose dans l’immédiat.

Et comme pour les prix élevés dans l’immobilier, la rareté de la main-d’œuvre ne sera pas réglée avec le rétablissement des chaînes d’approvisionnement, remarque M. Cross.

Les sondages auprès des entreprises montrent qu’elles sont deux fois plus préoccupées par le manque de main-d’œuvre que par les problèmes des chaînes d’approvisionnement, dit-il.

« Alors, ce n’est pas une chose qu’on peut simplement régler en Asie. Mettre fin à la rareté de la main-d’œuvre, ça va prendre du temps. »— Une citation de  Philip Cross, économiste à l’Institut Macdonald-Laurier

C’est une des raisons pour lesquelles je pense que l’inflation va demeurer élevée, dit-il, probablement au-delà de 2022.

Les pénuries de biens : vous en payez le prix

M. Cross juge de plus que le calcul de l’Indice des prix à la consommation ne capte pas tous les facteurs qui contribuent à l’inflation, comme les pénuries de certains biens.

Les pénuries sont en fait un coût caché pour les consommateurs. Si vous faites la file longtemps pour vous faire servir un repas, c’est un coût supplémentaire pour vous. Et quand un produit est en rupture de stock, bien souvent, vous allez vous procurer un substitut plus cher, qui est le seul proposé sur le moment, explique l’économiste.Un travailleur sur une chaîne de montage.

De nombreux fabricants automobiles se sont retrouvés en rupture de stock à cause de la pénurie de puces électroniques. Photo: Reuters/John Gress

On le voit avec la pénurie de voitures neuves due au manque de puces électroniques. Souvent, les concessionnaires n’ont plus de modèles abordables, seulement les plus chers. Alors, votre alternative est d’acheter une auto plus cher ou de ne pas avoir d’auto du tout.

Il souligne que l’IPC ne tient pas compte de cette substitution de produits par les consommateurs dans les périodes de pénuries. Conséquemment, l’inflation réelle pourrait être encore plus élevée que ce que montrent les statistiques.

Une spirale inflationniste?

Si les travailleurs, à grande échelle au cours des prochains mois, demandent des hausses salariales importantes pour pallier l’inflation marquée, peut-on s’attendre à la création d’une spirale inflationniste?

C’est toujours une possibilité, dit Benoit P. Durocher, mais les probabilités que cela se produise sont faibles dans le contexte, soutient-il.

On s’enligne vers une inflation moyenne de 3,4 % pour 2021. Et pour qu’on embarque dans cette spirale-là, il faudrait que l’augmentation salariale soit supérieure à 3,4 %. Parce que sinon, on fait juste compenser la perte du pouvoir d’achat par l’inflation; les ménages n’ont pas plus de revenus à dépenser en consommation, dit-il.

« C’est loin d’être acquis qu’une grande majorité des Canadiens et des Québécois vont avoir une augmentation de 3,4 % au cours des prochains mois pour compenser l’inflation. »— Une citation de  Benoit P. Durocher, économiste principal chez Desjardins

De plus, les anticipations inflationnistes, que la Banque du Canada surveille de près, restent bien ancrées à 2 %, indique-t-il. Autrement dit, les gens s’attendent à ce que l’inflation à long terme – sur 5 ou 10 ans – demeure autour de 2 % par année, même si, dans l’année courante, elle sera plus élevée que cela.

Mais attention, signale Philip Cross. Les travailleurs nouvellement embauchés ont obtenu des hausses salariales de 10 % sur les deux dernières années, selon les données de Statistique Canada, alors que les travailleurs qui sont déjà établis dans leur emploi obtiennent autour de 6,4 %. C’est donc le signe que les employeurs ont vraiment du mal à combler des postes vacants, remarque-t-il.

Donc, oui, il y a des signes d’une pression à la hausse sur les salaires. C’est pourquoi la Banque du Canada doit intervenir pour éviter que les [attentes concernant l’inflation] s’installent dans le système.Une femme fouille dans une boîte, au milieu d'une rangée dans un entrepôt.

Une employée dans un magasin d’équipement sportif. Photo : Altitude Sports

La confiance des consommateurs mise à rude épreuve

Après avoir touché un creux au début de la pandémie de COVID-19 (50 points), l’Indice de confiance des consommateurs canadiens du Conference Board avait rebondi avec la reprise pour atteindre un sommet à l’été 2021 (121 points), un niveau équivalent à celui observé avant la pandémie.

Cet indice a toutefois baissé progressivement au cours de l’automne, en raison notamment des soucis liés à l’inflation, et atteint 101 points en décembre. Le Conference Board cite maintenant les inquiétudes concernant le variant Omicron(Nouvelle fenêtre), qui crée incertitude et pessimisme. Les ménages sont moins enclins à dépenser et préfèrent économiser.

L’impact des aides pandémiques gouvernementales

Philip Cross montre du doigt l’ampleur des aides versées par les gouvernements, à Washington comme à Ottawa, pendant la pandémie, une cause importante de l’inflation élevée, dit-il.

Les économistes et les politiciens ne nous ont pas parlé des effets négatifs à plus long terme de donner des chèques à plein de monde en ajoutant cette facture à notre dette, autrement dit sans couper dans les dépenses gouvernementales ou sans augmenter les taxes, soutient-il.

Il salue le soutien offert, qui s’est avéré nécessaire dans la crise, mais aurait préconisé, lui, des programmes beaucoup plus ciblés, à mesure que différents secteurs de l’économie reprenaient de la vigueur.

Ils ont simplement dit aux contribuables : « On va vous donner de l’argent, on va vous offrir de bas taux d’intérêt, et tout va aller comme sur des roulettes. » Ils n’ont pas mentionné que cela aurait des conséquences négatives, particulièrement sur la croissance à long terme, dit l’économiste.

C’est justement cette croissance qui préoccupe M. Cross. Des entreprises, selon lui, prévoient que l’inflation élevée durera plusieurs mois, ce qui les décourage d’investir, et donc freine la croissance économique. Les études montrent que l’endettement pour stimuler l’économie peut favoriser la croissance à court terme, mais diminue le potentiel de croissance à long terme, indique-t-il.

Pour Benoit P. Durocher, il faut remettre en contexte les interventions des gouvernements au début de la pandémie.

Effectivement, la PCU et les transferts ont fait en sorte que les revenus des ménages ont monté de façon très importante pendant la pandémie. Ces programmes-là ont très bien positionné les consommateurs pour qu’ils aient les moyens, lors du déconfinement, de recommencer à consommer. Ça a stimulé la demande, rappelle-t-il.

Mais il faut se reporter au printemps 2020, moment où ces mesures-là ont été mises en avant par le gouvernement fédéral. On était en pleine crise, on ne savait pas du tout où on s’en allait, poursuit l’économiste.

Le gouvernement fédéral a été vraiment très large dans son soutien aux particuliers et aux entreprises. Il n’a voulu échapper personne. Et il a très bien réussi, parce qu’effectivement on n’a pas eu d’augmentation importante des faillites. La plupart des ménages ont très bien passé au travers de la crise grâce à ces mesures-là, poursuit-il.

Est-ce que ces mesures étaient trop généreuses? Il y a plusieurs opinions à ce sujet. Mais c’est facile de critiquer après coup, des mois plus tard, dit-il, notant au passage que tous les pays industrialisés ont octroyé de l’aide sous une forme ou une autre.

Difficile donc pour l’instant de prédire avec exactitude quand l’inflation sera à nouveau dans des eaux normales. Toutefois, tant pour les effets économiques négatifs ressentis durant la crise sanitaire que pour l’inflation galopante de la reprise, les moins nantis sont frappés le plus durement. Une raison de plus pour prendre le problème à bras-le-corps.

Avec Radio-Canada par Mathieu Gobeil