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RDC : Tshisekedi confie à Bahati Lukwebo la mission d’identifier une nouvelle majorité

janvier 1, 2021
Modeste Bahati Lukwebo, ici lors d’une rencontre avec Félix Tshisekedi en novembre 2020, a été nommé « informateur », ce 1er janvier 2021.

Le président congolais a annoncé avoir confié la mission d’information et d’identification de la nouvelle majorité parlementaire au sénateur Modeste Bahati Lukwebo, un dissident du Front commun pour le Congo de Joseph Kabila.

Plusieurs noms avaient circulé ces dernières semaines, dont ceux de Moïse Katumbi et de Jean-Pierre Bemba. Finalement, Félix Tshisekedi a décidé de confier la mission à Modeste Bahati Lukwebo, sénateur issu des rangs du Front commun pour le Congo (FCC) en rupture de ba au sein du camp de Joseph Kabila depuis plusieurs mois.

Une majorité pour l’« union sacrée »

Dans un communiqué lu à la télévision nationale dans les premières heures de ce vendredi 1er janvier, Désire Cashmir Kolongele Eberande, directeur de cabinet du président de la République, a annoncé que ce dernier a décidé de « confier, conformément à l’article 78 de la Constitution, une mission d’information à Modeste Bahati Lukwebo, en vue d’identifier une coalition majoritaire à l’Assemblée nationale ».

Face au refus du Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilukamba de démissionner, Félix Tshisekedi a préféré faire cette annonce par voie de communiqué, plutôt qu’en prenant une ordonnance nommant formellement l’informateur à qui revient désormais la lourde tâche de dégager une nouvelle majorité au profit de l’« union sacrée » souhaitée par le président congolais.

Cette décision du chef de l’État congolais est consécutive à « la fin de l’accord politique entre les forces politiques membres du Cap pour le Changement et celles du Front commun pour le Congo, en vue de la formation d’un gouvernement de coalition représentatif de ces deux regroupements politiques », précise encore le communiqué.

La mission est confiée à Modeste Bahati Lukwebo pour une période de 30 jours à compter de ce 1er janvier. Un mandat « renouvelable une seule fois ».

En rupture avec Kabila

Modeste Bahati Lukwebo, le président de l’Alliance des forces démocratiques et alliés (AFDC-A), a pris ses distances avec Joseph Kabila ces dernières années. En 2018, il espérait que l’ancien président congolais fasse de lui son dauphin, mais Joseph Kabila lui a préféré Emmanuel Ramazani Shadary, candidat malheureux du FCC à la présidentielle du 30 décembre 2018.

La rupture avec le FCC a encore été consommée en juillet 2019, lorsque Modeste Bahati Lukwebo, candidat à la présidence du Sénat, a été écarté au profit d’Alexis Thambwe Mwamba, choisi par Kabila. Bahati avait cependant maintenu sa candidature et, s’il a été battu par l’ancien ministre de la Justice Alexis Thambwe Mwamba, il avait tout de même recueilli 43 voix – alors que son parti ne compte que 13 sièges de sénateurs – , contre 65 pour celui qui a été élu à la tête du Sénat.

L’AFDC-A, le parti de l’informateur nommé ce 1er janvier par Tshisekedi, était, avec ses 145 députés, la deuxième force politique au sein du FCC, juste derrière le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), le parti de l’ancien président.

Avec Jeune Afrique par Stanis Bujakera Tsiamala

RDC/Nomination d’un informateur : Muzito, Nzekuye et Kaanga boudent la démarche

décembre 7, 2020

La décision de Félix-Antoine Tshisekedi de nommer un informateur chargé d’identifier la nouvelle majorité, après le constat d’échec de la coalition FCC-Cach en deux années de gestion, continue à faire tâche d’huile dans le microcosme politique congolais.

Les réactions fusent de partout et vont dans tous les sens. La classe politique est plus que jamais divisée autour de la question, les uns et les autres développant un juridisme répondant à leurs convictions. Nomination d’un informateur, renversement de l’actuelle majorité parlementaire et éventualité d’une dissolution du Parlement, des sujets qui font polémique à l‘heure actuelle.  

Ce qui est sûr, c’est que les positions connues de la plupart d’acteurs politiques et sociaux n’ont pas véritablement changé. La plupart sont restés constants dans leur façon d’appréhender le pouvoir de Félix Tshisekedi. C’est notamment le cas de l’ex-Premier ministre Adolphe Muzito qui incarne l’aile pure et dure de Lamuka. Pour ce dernier qui n’accorde pas de crédit à la rupture de la coalition FCC-Cach, il est fort  que l’on soit dans une possible continuité du deal entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi. « On nomme un informateur quand il n’y a pas de gouvernement en place, ou quand le gouvernement en place tombe. Et le gouvernement Ilunga tombera quand ce dernier démissionnera. Et s’il démissionne, c’est que Kabila est d’accord, et s’il est d’accord, c’est que le deal Kabila-Fathi continue », a-t-il déclaré au cours d’une intervention médiatique. Cet acteur majeur du présidium de Lamuka estime, par ailleurs, que Félix Tshisekedi n’a pas le pouvoir de révoquer le Premier ministre. A ceux qui pensent que le chef de l’Etat peut contraindre le Premier ministre à la démission en retirant simplement l’ordonnance le nommant, Adolphe Muzito est formel : « Seule la Cour constitutionnelle peut constater l’inconstitutionnalité de l’ordonnance nommant Ilunga Ilunkamba, et cette constatation doit être préalable à la nomination de l’informateur ».

D’autres acteurs politiques ont également abondé dans le même sens à l’instar de François Nzekuye, député national du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD). Ce dernier pense que l’initiative du chef de l’Etat de nommer un informateur chargé d’identifier une nouvelle coalition majoritaire au Parlement viole la Constitution et le règlement intérieur de l’Assemblée nationale. « C’est au début du mandat qu’il aurait dû nommer un informateur pour identifier la majorité. Il a fait confiance à la majorité FCC-Cach tenant compte de nombre important de députés que cette coalition avait et aujourd’hui il est tenu d’aller avec cette majorité jusqu’à la fin de son mandat. Toute autre initiative est une violation de la Constitution », a-t-il déclaré. Pour lui, la majorité existe, il n’y a aucun élément qui prouve le contraire. « Le fait qu’il y ait une pétition de deux cent cinquante députés ne signifie pas que la majorité n’existe pas », a-t-il ajouté.  

Enfonçant le clou, Jean Kaanga se demande sur quelle base irréfutable le chef de l’Etat a pu jauger l’effritement de l’actuelle majorité qui, d’après lui, existe. Quant à une possible dissolution de l’Assemblée nationale telle qu’envisagée par Félix Tshisekedi au cas où l’information n’obtenait pas gain de cause dans sa quête d’identification de la majorité, le cadre du FCC pousse l’outrecuidance à l’extrême : « C’est de bonne guerre que le président de la République tente d’avoir une majorité qui lui soit plus acquise. Mais là où le bât blesse, c’est lorsqu’il menace de dissoudre l’Assemblée nationale, si son  » informateur de fait » n’arrive pas à atteindre la mission lui assignée, qui n’est pas celle d’identifier la majorité, mais plutôt celle de construire une majorité quoiqu’il en coûte, au goût du président de la République », a-t-il fait savoir.  

A tout prendre, le FCC qui ne digère pas la nomination d’un informateur est visiblement déterminé à engager un bras de fer avec le chef de l’Etat comme en témoigne l’entêtement du Premier ministre Sylvestre Ilunga à ne pas rendre le tablier. Mêmement à la chambre basse du Parlement où Jeanine Mabunda et son bureau continuent à faire de la résistance prétextant la non-conformité des pétitions initiées à leur encontre aux textes régissant le fonctionnement de leur institution.  

Avec Adiac-Congo par Alain Diasso

RDC : Félix Tshisekedi nomme un « informateur » pour constituer une nouvelle majorité

décembre 6, 2020
Féix Tshisekedi (ici en Allemagne en novembre 2019), a annoncé la nomination d'un informateur en vue d'identifier une nouvelle majorité parlementaire.

Le président congolais a annoncé la nomination d’un « informateur » chargé d’identifier une nouvelle majorité afin de mettre fin aux blocages entre sa coalition et celle de son prédécesseur, Joseph Kabila.

Fin du suspense. Félix Tshisekedi a livré ce dimanche 6 décembre un discours très attendu dans lequel il a dévoilé les conclusions des consultations politiques qu’il a menées avec l’objectif de sortir de la crise politique provoquée par les tensions qui l’opposent depuis près de deux ans à son partenaire de coalition, le Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila.

« Rejet de la coalition »

Après une longue énumération des points de convergence qui ont émergé au cours de ces trois semaines de consultations, qui se sont déroulées du 2-25 novembre, qu’il s’agisse de la lutte contre l’impunité, l’insécurité et la corruption, de la nécessité de réformes électorales ou encore de la perspective d’un recensement national, Félix Tshisekedi a dressé le constat d’échec de la coalition au pouvoir.

« Ces consultations ont également mis en évidence le rejet de la coalition », a-t-il relevé. « Le gouvernement de coalition FCC-Cach (Cap pour le changement, la coalition de Tshisekedi, ndlr)  n’a pas permis de mettre en œuvre le programme pour lequel vous m’avez porté à la magistrature suprême ».

Pour remédier à ces blocages, Tshisekedi, qui a expliqué ne pas souhaiter se « résoudre au statu quo », a annoncé la nomination d’un « informateur », chargé d’identifier une nouvelle majorité qui sera plus favorable au président congolais. Cette option, inscrite dans la Constitution, n’avait pas été utilisée au début de son mandat, en janvier 2019.

Katumbi et Bemba évoqués

Pour occuper ce poste, plusieurs noms sont évoqués dans l’entourage de Félix Tshisekedi, dont ceux des opposants Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba. Deux options jugées « très crédibles » par un proche conseiller du chef de l’État, qui s’est confié à Jeune Afrique. Deux autres personnalités sont également citées : le sénateur FCC Modeste Bahati Lukwebo et le premier vice-président du Sénat Sami Badibanga.

En optant pour la nomination d’un informateur, Tshisekedi mise donc sur la constitution d’une nouvelle majorité qui ne pourra se constituer qu’avec le ralliement de forces politiques de tous les bords, afin d’étoffer le petit contingent d’une cinquantaine de députés – sur les 500 que compte l’Assemblée nationale – dont il dispose actuellement à travers sa coalition Cach.

Deux des quatre leaders de la coalition d’opposition Lamuka, Moïse Katumbi et Jean Pierre Bemba, ont accepté de participer aux consultations, laissant ainsi la porte ouverte à un éventuel ralliement au camp présidentiel. À eux deux, ces deux poids lourds de la politique congolaise réunissent près d’une centaine de députés.

Une majorité introuvable ?

Félix Tshisekedi compte aussi sur le ralliement de Modeste Bahati Lukwebo, sénateur FCC et chef de file de l’ l’Alliance des forces démocratiques du Congo et alliés (AFDC-A), deuxième force politique de la coalition de Joseph Kabila. Rejeté par une partie du FCC depuis sa candidature concurrente à celle d’Alexis Thambwe Mwamba pour la présidence du Sénat, en juillet 2019, Bahati a été confirmé comme unique chef de son parti par le tribunal de grande instance de La Gombe, le 23 novembre.

Mais même avec l’agrégation de ces différentes forces, l’informateur que Tshisekedi désignera devra trouver d’autres soutiens et, vraisemblablement, miser sur le débauchage de nombreux membres du FCC. « La coalition n’existe plus, aujourd’hui nous sommes entrés dans l’Union sacrée », martelait, optimiste, un proche conseiller du chef de l’État à la veille du discours.

Selon l’article 78 de la Constitution congolaise, « la mission d’information est de trente jours, renouvelable une seule fois ».

Dissolution

Felix Tshisekedi et Jeanine Mabunda, en 2019.

En cas d’échec de l’informateur, Félix Tshisekedi pourrait-il dissoudre l’Assemblée nationale ? Le président congolais a laissé la porte ouverte à cette option, considérée jusqu’ici comme « la solution de dernier recours » par l’entourage du chef de l’État.

« Fort de ce que les raisons de dissolution sont réunies en ce qu’il existe effectivement une crise persistante, cristallisée notamment par le refus du Parlement de soutenir certaines initiatives du gouvernement, comme ce fut le cas lors de la prestation de serment des membres de la Cour Constitutionnelle, j’userai des prérogatives constitutionnelles qui me sont reconnues, pour revenir vers vous, peuple souverain, et vous demander cette majorité », a assuré le président congolais.

Si dissolution il y avait, la Commission électorale nationale indépendante, dont le nouveau bureau n’a pas encore été élu, aurait la charge de convoquer les électeurs dans les soixante jours suivant la date de publication de l’ordonnance de dissolution.

Le bras de fer a en tout cas déjà débuté au sein de l’Assemblée nationale. Plusieurs députés du Cach, du Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba, et des partis politiques affiliés à Moïse Katumbi ont, avec quelques députés du FCC, déposé six pétitions, samedi 5 décembre, réclamant la déchéance des membres du bureau de la chambre basse, présidé par Jeanine Mabunda (FCC). Parallèlement à cette démarche, 312 députés du FCC ont, de leur côté, signé une motion de soutien au bureau de l’Assemblée nationale.

Avec Jeune Afrique par Romain Gras et Stanis Bujakera Tshiamala