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Cameroun: Paul Biya ordonne le rétablissement de l’internet dans les régions anglophones

avril 20, 2017

Yaoundé – Le président camerounais Paul Biya a ordonné jeudi le rétablissement d’internet dans les deux régions anglophones du pays qui ont connu une situation inédite en Afrique avec une coupure du réseau depuis plus de trois mois.

« Instruction a été donnée (suite à une instruction du président Biya) aux opérateurs de la téléphonie de rétablir internet dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest avec effet immédiat », a déclaré à l’AFP le porte-parole du gouvernement Issa Tchiroma Bakary.

Internet a été rétabli vers 18H00 (17H00 GMT), a indiqué à l’AFP Gakwi Derick Jato, journaliste camerounais résident de la ville de Buéa, en zone anglophone.

« Les conditions ayant présidé à la suspension provisoire d’internet dans cette partie du territoire national ont fortement évolué », indique un communiqué gouvernemental signé par M. Tchiroma.

« Le niveau de la violence a baissé, les journées +ville morte+ n’ont plus lieu d’être, les étudiants sont dans classe et la vie retrouve son cours normal », a détaillé à l’AFP le porte-parole du gouvernement, interrogé sur les raisons du retour soudain du réseau.

Fin mars, la ministre des Télécommunications avait pour la première fois, reconnu à demi-mot que les autorités étaient à l’origine de la coupure, la plus longue jamais enregistrée en Afrique.

« Le gouvernement de la république se réserve le droit de prendre (…) les mesures appropriées pour éviter qu’internet ne soit utilisé à nouveau pour susciter la haine et la discorde entre Camerounais, ou pour créer des troubles à l’ordre public », ajoute le communiqué.

« Mieux vaut tard que jamais mais quel gâchis et des questions restent en suspens. Le communiqué du porte-parole du gouvernement n’est pas rassurant », a indiqué Julie Owono, responsable Afrique de l’ONG française Internet sans frontières, jointe par l’AFP à Paris.

Lancée en novembre par des professeurs et des juristes, la contestation anglophone revendique le retour au fédéralisme en faveur des deux régions ou, pour une minorité, le séparatisme, avec la création d’un nouvel Etat.

La minorité anglophone représente environ 20% des 22,5 millions d’habitants du Cameroun. Certains de ses membres occupent des postes à responsabilités dans le régime du président, Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, comme le Premier ministre, Philémon Yang. Le français et l’anglais sont les deux langues officielles du Cameroun, qui a supprimé le fédéralisme en 1972.

Romandie.com avec(©AFP / 20 avril 2017 22h05)

« Sur Internet, nous travaillons tous, et la pénibilité de ce travail est invisible »

mars 11, 2017

Le chercheur Antonio Casilli explique comment, derrière des services en apparence gratuits, Facebook, Amazon, Google… ont créé une « économie du clic ».
 
Quel est le point commun entre le moment ou vous remontez votre fil Facebook, celui où vous regardez des vidéos sur YouTube et lorsque vous cherchez des photos de chatons sur Google ? Dans les trois cas, vous l’ignorez sans doute, vous êtes en train de travailler. Sur Internet, les grandes plates-formes numériques américaines font tout pour capter notre attention et notre temps, nous offrant des services toujours plus sophistiqués pour communiquer, voyager, nous informer, ou tout simplement consommer.

Des outils gratuits, du moins en apparence. Car derrière nos loisirs numériques se cache un bouleversement majeur, mondial, de la façon dont nous produisons de la valeur. De manière plus ou moins invisible, plus ou moins insidieuse, la Silicon Valley nous a tous mis au travail.

Antonio Casilli est enseignant-chercheur à Télécom ParisTech et à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), auteur, avec le sociologue Dominique Cardon, de Qu’est-ce que le Digital Labor ? (INA éditions, 2015).

Dans votre ouvrage, vous expliquez que dès l’instant où quelqu’un se connecte à Facebook, voire à Internet en général, il est mis au travail. De quelle manière ?

Antonio Casilli : C’est un concept que la communauté scientifique appelle le digital labor, c’est-à-dire un travail du clic, composé de plusieurs petites tâches, réalisé sur des plates-formes, qui ne demande pas de qualification et dont le principal intérêt est de produire des données. C’est un travail éminemment social. Sur les réseaux sociaux, par exemple, vous êtes toujours en train de coopérer avec quelqu’un – vous partagez son contenu, likez sa photo, et ainsi de suite –, mais également de travailler pour quelqu’un – le réseau social, qui exploite vos données. C’est ainsi que les grandes plates-formes numériques auxquelles nous avons accès produisent de la valeur.

Quelles sont ces plates-formes, et comment nous font-elles travailler ?

Il en existe quatre types. Le premier type, ce sont les plates-formes à la demande, comme Uber ou Airbnb, qui sous couvert d’une autre activité (transport, location, etc.) font de la production de données, enregistrent nos destinations, notre localisation, nos commentaires, notre réputation, nos évaluations, et qui revendent ensuite ces données.

Du côté des chauffeurs du VTC, à lire :   Uber crée « une nouvelle population de travailleurs pauvres et mal couverts »

Le deuxième type, ce sont les plates-formes de microtravail comme Amazon Mechanical Turk, Upwork, l’application mCent… Des sites sur lesquels des millions de personnes dans le monde réalisent des tâches extrêmement simples [chercher sur Internet l’adresse d’un magasin, numériser les informations d’une carte de visite, décrire les éléments d’une image…] pour des rémunérations extrêmement faibles, de l’ordre de quelques centimes d’euros par minute.

Le troisième type, ce sont les plates-formes de gestion de l’Internet des objets. Nos smartphones, nos montres connectées, mais aussi nos télévisions, nos ampoules ou nos thermostats connectés produisent de la donnée qui est ensuite exploitée. Nos maisons se transforment en usine à données, et cette production converge vers les immenses serveurs de Google ou d’Amazon.

Le dernier type, enfin, ce sont les plates-formes sociales. Ecrire un post, formuler un tweet, filmer une vidéo pour la partager, mais aussi faire circuler des contenus, signaler ceux qui sont choquants ou inappropriés, c’est du travail, même s’il y a un côté jeu, un côté qui procure du plaisir.

Est-ce vraiment un problème de travailler indirectement et gratuitement pour Facebook ou pour Uber ? Après tout, ils fournissent aussi des services qui sont utiles et pour lesquels nous ne payons pas…

Les personnes qui ne voient pas le souci dans le digital labor sont des privilégiés. Ce sont les gens qui ont le temps et le capital social et culturel nécessaires pour profiter à l’extrême de ce qu’offre le Net. Internet a été conçu pour plaire à ces personnes-là, et celles-ci y trouvent un plaisir fou.

Mais dans le même temps, lorsque nous laissons parler notre privilège, nous faisons l’impasse sur des dizaines de millions de personnes en Inde, en Chine ou ailleurs qui nous permettent de profiter d’Internet pour un salaire de la faim. Une plate-forme comme Upwork affiche 12 millions de travailleurs enregistrés, autant pour les Chinois de Witmart. Les microtâches réalisées sur ces plates-formes servent à améliorer les intelligences artificielles et les algorithmes des services que nous utilisons, à filtrer les contenus que nous ne voulons pas voir. Un travail invisible, une économie du clic, faite de travailleurs exploités à l’autre bout du monde.

Comment se fait-il que cet aspect de l’activité sur Internet soit méconnu des utilisateurs du réseau ?

Parce que ces entreprises font appel à des ruses pour nous convaincre de travailler pour elles. Pour commencer, la production de données est la plus simple possible. En 2011, Mark Zuckerberg affirmait qu’un partage sur Facebook devait se faire « sans aucune résistance ». On cherche à fluidifier la production de données.

La seconde ruse, qui rend le travail invisible à nos yeux, c’est la « ludification » ; on fait de la production un jeu, ce qui permet aux gens de tirer un plaisir du fait de passer des heures et des heures connectés à des systèmes qui, pourtant, ne cessent de leur adresser des injonctions : clique ici, « like » cette vidéo, commente ton expérience, etc.

Sur les plates-formes de microtravail, c’est la même chose. L’interface d’Amazon Mechanical Turk est assez sympa : des icônes partout, un effet d’émulation entre travailleurs, une valorisation de la réactivité, des scores qui débloquent d’autres jobs à accomplir, etc.

En somme, la ludification permet de pousser les gens à constamment interagir…

Pas seulement. En faisant de la production un jeu, et donc en la sortant de la transaction économique, on minimise le risque que les gens s’organisent, prennent conscience qu’ils sont en train de travailler et, finalement, demandent de l’argent. C’est pour cette raison qu’il est très difficile d’organiser une prise de conscience collective : tout est fait pour que l’utilisateur soit mis en dehors de la logique contractuelle ou salariale.

« Les personnes qui filtrent les vidéos des égorgements de l’Etat islamique sont aux Philippines, au Mexique, ailleurs. On a délocalisé la pénibilité »

Dans ce cas, le « digital labor » n’est-il pas un travail heureux ?

La vraie question n’est pas celle du bonheur ou du plaisir, mais celle de la pénibilité du travail, qui devient invisible. D’autres que nous se tapent les tâches pénibles, les visionnages de contenus méprisables, affreux, terribles, et font marcher le trafic organique dans Facebook. Les personnes qui filtrent les vidéos des égorgements de l’Etat islamique sont aux Philippines, au Mexique, ailleurs. On a délocalisé la pénibilité.

Comment peut-on faire pour prendre en compte ces nouvelles formes de production qui échappent aux cadres habituels du temps de travail, des contrats, du salaire ?

Il y a un problème d’organisation au niveau international, un problème urgent, sérieux, pour lequel il n’y a pour l’instant pas de réponse. Aujourd’hui, si quelqu’un fait grève aux Philippines, un Indonésien va récupérer le travail. Mais ce n’est pas qu’une question de concurrence entre différents pays. Comment donner à tout le monde des droits, la possibilité de contester des conditions de travail ?

En revanche, dans les contextes nationaux, les choses bougent rapidement. Les syndicats, en France, en Allemagne, en Scandinavie, en Autriche, lancent des réflexions sur les travailleurs des plates-formes, de toutes les plates-formes, celles à la demande, bien sûr, comme Uber, mais aussi les plates-formes de microtâches. Le syndicat allemand IGmetall, par exemple, a lancé Fair Crowd Work, un outil qui doit permettre à ceux qui accomplissent un microtravail de dénoncer les mauvaises pratiques, d’évaluer leurs employeurs, etc.

Si cette régulation ne vient pas, que se passera-t-il ?

Un syndicat, aujourd’hui, ne peut pas se permettre de continuer à avoir les mêmes logiques de dialogue social ou de financement, car les scénarios qui se préparent sont des scénarios de conflictualité. Elle est déjà là : Uber et tant d’autres font face à des grèves, les modérateurs et les filtreurs s’organisent. Mais en face, les entreprises traditionnelles se « plateformisent » à mesure qu’elles se tournent vers l’exploitation de données, la mise en place d’algorithmes, etc. Cette polarisation demande que les corps intermédiaires sachent de quoi il est question, et quelles sont leurs responsabilités sociales et politiques.

Lemonde.fr  propos recueillis par Grégoire Orain

Au Cameroun, la censure d’Internet ruine les start-up de la « Silicon Mountain »

février 15, 2017

Le 17 janvier 2017, le gouvernement camerounais a coupé Internet dans les régions anglophones du pays. La mesure coûte des millions aux entrepreneurs numériques de Buéa

En temps normal, le centre ActivSpaces de Buéa, au Cameroun, est une ruche de start-up. Depuis la censure d’Internet le 17 janvier, les entrepreneurs s’y ennuient et voient leurs affaires partir en fumée.

En temps normal, le centre ActivSpaces de Buéa, au Cameroun, est une ruche de start-up. Depuis la censure d’Internet le 17 janvier, les entrepreneurs s’y ennuient et voient leurs affaires partir en fumée. Crédits : JOSIANE KOUAGHEU    
Désemparés, frustrés et malheureux. Cinq jeunes entrepreneurs ne cachent pas leur souffrance. « Voilà plus de trois semaines que nous n’avons pas Internet. Chacun de nous ici a une start-up et emploie au moins trois personnes. Internet est comme notre sang !, lâche Paul Otto Akama, à la tête de Skademy, une plate-forme d’apprentissage technologique en ligne. Sans lui, on ne peut pas respirer, marcher et vivre. »

Depuis le 17 janvier 2017, le gouvernement camerounais a coupé Internet dans le Sud-Ouest et le Nord-Ouest, les deux régions anglophones, à la suite de la grève des enseignants et des avocats qui dure depuis plus de deux mois. Des leaders et des activistes des deux camps ont été arrêtés. Malgré les multiples appels à la levée du mot d’ordre de grève des enseignants, les élèves continuent de boycotter les cours et les villes mortes se multiplient. Le dialogue est interrompu.

Start-up déprimées

Cette coupure d’Internet paralyse la « Silicon Mountain », comme est appelée, au Cameroun, la ville de Buéa, en référence aux nombreuses start-up qui se créent dans cette cité du sud-ouest du pays, au pied du mont Cameroun, la plus haute montagne du pays. Pas moins de cinq start-up y seraient créées chaque mois. « Comme à la Silicon Valley américaine, les jeunes d’ici savent qu’avec une bonne idée, un ordinateur et une connexion Internet, ils peuvent conquérir le monde, explique Paul Ottou. Malheureusement, sans Internet, nous avons déjà perdu des millions de francs CFA. »

Lundi 13 février, le jeune entrepreneur et quatre amis fondateurs de start-up dans la conception des logiciels, la recherche d’emplois, la programmation, la création de sites Web ou la vente en ligne se sont réunis, dans le centre-ville de Buéa, à ActivSpaces, centre technologique avec espaces de coworking (« cotravail ») qu’ils appellent l’« église des entrepreneurs ». Mines fatiguées par des nuits sans sommeil et encore sonnés par la coupure d’Internet qu’ils n’imaginaient pas durer plus d’une semaine, ils résument leur « galère » : ils doivent faire le voyage de Douala, la capitale économique et ville la plus proche, pour trouver du réseau, payer des chambres d’hôtel, se nourrir, payer le loyer des bureaux qui ne leur servent plus à rien, leur propre loyer, les taxes et les salaires de leurs employés.

« Notre productivité a baissé de plus de 60 %. De plus, nous avons perdu des projets, des contrats et nous ne pouvons plus prendre de nouveaux clients, déplore Valery Colong, cofondateur de trois start-up et manageur d’ActivSpaces. J’ai déjà perdu 1,5 million de francs [CFA – 2 287 euros], rien qu’avec un projet. Les deux premières semaines, j’en ai dépensé plus de 150 000 pour le transport et la nourriture. »

Depuis la coupure d’Internet, les entrepreneurs sont désœuvrés au centre ActivSpaces de Buéa, au Cameroun.

Depuis la coupure d’Internet, les entrepreneurs sont désœuvrés au centre ActivSpaces de Buéa, au Cameroun. Crédits : JOSIANE KOUAGHEU

Trois semaines à travailler dans les hôtels de Douala ont coûté plus de 600 000 francs CFA à Churchill Mambe Nanje, la « star » de la Silicon Mountain, cofondateur de Njorku, un moteur de recherche pour offres d’emploi présent dans neuf pays d’Afrique avec 200 000 utilisateurs par mois. Le patron de la start-up, classée par Forbes parmi les 20 perles technologiques d’Afrique, estime les pertes de son entreprise, qui emploie sept personnes, à « plusieurs millions ». « Au moment où Internet a été coupé, nous avions signé un contrat avec un gros client camerounais. La coupure a doublé nos coûts, mais nous étions tenus de finir le travail. Au même moment, nous avons perdu un contrat de 3 600 dollars avec un client au Nigeria ainsi qu’un autre en Allemagne, se lamente le jeune homme. Je ne parviens plus à me concentrer. Je ne sais pas ce qu’il va se passer demain. Je pense à la crise, à la grève. Je ne suis pas à l’aise. »

Lauréat de Google Code sans connexion

Au-delà des pertes financières et des soucis logistiques, c’est toute l’idée de l’avenir numérique du Cameroun que les patrons de start-up de Buéa estiment menacée, alors qu’elle commençait à incarner un rêve pour la jeunesse du pays. Tous ont un nom en tête : Collins Nji, lycéen de Bamenda, à 300 km au nord, dans une autre région anglophone frappée par la coupure du réseau. Churchill Mambe Nanje le considère d’ailleurs comme un alter ego malgré son jeune âge. Collins Nji, 17 ans, est devenu le premier Africain lauréat du concours Google Code, qui s’est déroulé de novembre 2016 à la mi-janvier 2017.

« L’année dernière, il était le plus jeune de nos intervenants de notre Silicon Mountain Conference. Il a inspiré de nombreux jeunes », explique Isaac Kamga, manageur du Google Developpers Group de Buéa. Mais le 17 janvier, le lendemain de la fin des épreuves Google Code auxquelles ont participé 1 300 jeunes de 62 pays (seuls 34 sont récompensés), Internet était coupé à Bamenda. L’école de Collins Nji, elle, était déjà fermée en raison des grèves. « Pour travailler avec ses mentors, il a ensuite été obligé d’aller à Yaoundé [370 km de Bamenda] pour se connecter. Malgré tout, il fait la fierté du Cameroun. Le PDG de Google a twitté sur lui ! »

Son résultat au Google Code donne droit à un voyage de quatre jours dans la Sillicon Valley, en juin 2017. Collins Nji pourra y rencontrer certains des meilleurs ingénieurs de Mountain View, le siège de Google, et le lycéen n’a pas caché qu’il rêvait d’y travailler un jour.

Quitter le Cameroun

Pour de nombreux jeunes entrepreneurs de la « Silicon Mountain » l’avenir s’annonce sombre. Pour certains, si le gouvernement a pu couper Internet dans une partie du pays alors qu’il revendique avec force grands discours un Cameroun « uni et indivisible », les grandes villes, telles que Douala et Yaoundé, ne sont pas à l’abri. D’autres pensent tout simplement à quitter le Cameroun pour des pays comme le Nigeria, l’Afrique du Sud, les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne, où ils pourront naviguer sur Internet sans crainte. « Nous pensons aussi à installer une connexion par satellite, qui coûte très cher. Mais nous ne sommes pas certains que le gouvernement l’accepte, même s’il a longtemps vanté les mérites de l’économie numérique », confie un jeune entrepreneur.

Dans les rues de Buéa, où la majorité des boutiques étaient fermées en ce début de semaine de février, cette coupure n’affecte pas que les entrepreneurs. Les cybercafés sont fermés. Les banques fonctionnent au ralenti. Les jeunes porteurs de projets n’ont plus d’espace où se connecter au réseau et où créer leurs entreprises. Leur seul lieu de revendication reste Twitter. « A chacun de mes voyages à Douala, j’utilise le hashtag #BringBackOurInternet pour interpeller le ministère des postes et communications. Je leur explique comment nous souffrons. Je reste toujours poli, assure Ayuk Etta, entrepreneur de 25 ans. Nous ne demandons pas d’argent au gouvernement, ni de subventions. Nous voulons juste Internet et qu’on résolve aussi la crise. »

Lemonde.fr par Josiane Kouagheu (contributrice Le Monde Afrique, envoyée spéciale à Buéa)

 

En plein scrutin présidentiel, la Gambie bloque Internet et les appels téléphoniques

décembre 1, 2016

Une policière gambienne à Banjul, quelques jours avant l’élection présidentielle, le 29 novembre 2016. © Jerome Delay/AP/SIPA

Alors que 890 000 Gambiens sont appelés aux urnes ce jeudi pour élire leur Président, plusieurs médias sur place rapportent que les autorités gambiennes ont bloqué Internet et les communications téléphoniques à l’international.

Le processus électoral a débuté ce matin à 8h et se poursuit jusqu’à 17h dans les 1 400 bureaux de vote du pays. Mais la Gambie se retrouve isolée du reste du monde. Plusieurs agences de presse et médias internationaux indiquent qu’Internet est coupé dans le pays.

Ce mercredi matin, les appels à l’international et envois de SMS n’étaient par ailleurs plus possibles depuis et vers la Gambie, précise l’AFP.

Dès mercredi soir, plusieurs journalistes sur place dont Benjamin Roger, envoyé spécial de Jeune Afrique en Gambie pour les élections présidentielles, rapportaient le risque élevé d’un black-out le jour du scrutin.

Des craintes confirmées dans la soirée, avec une panne du réseau Internet détectée dans le pays par Psiphon, un logiciel de contournement qui permet d’obtenir un accès à un Internet non censuré.

La semaine précédant l’élection présidentielle gambienne, une coalition d’ONG qui défend les droits numériques avait lancé une campagne pour dénoncer les coupures et les restrictions de l’accès à Internet dans le monde. Selon l’ONG Internet Sans Frontières, plusieurs pays africains, à l’instar du Gabon en août, ont récemment restreint l’accès à Internet en périodes électorales.

Jeuneafrique.com

États-Unis: De nombreux sites internet perturbés par une vaste cyberattaque

octobre 22, 2016

Une cyberattaque menée en plusieurs vagues a sérieusement perturbé le fonctionnement d’internet vendredi aux Etats-Unis. Elle a privé des millions de personnes d’accès notamment à Twitter, Spotify, Amazon ou eBay et soulevé les inquiétudes des autorités.

La liste des victimes a également inclus Reddit, Airbnb, Netflix et les sites de plusieurs médias (CNN, New York Times, Boston Globe, Financial Times, The Guardian…).

Aucun de ces sites n’était directement visé par les pirates. Ils s’en sont en réalité pris à la société Dyn, qui redirige les flux internet vers les hébergeurs et traduit en quelque sorte des noms de sites en adresse IP.

« Quand je vois une telle attaque, je me dis que c’est un Etat qui est derrière », a estimé Eric o’Neill, chargé de la stratégie pour la société de sécurité informatique Carbon Black et ex-chargé de la lutte contre l’espionnage au FBI (police fédérale).

Pour cet expert, les conséquences pourraient être bien plus graves dans les secteurs de la finance, du transport ou de l’énergie, bien moins préparés que Dyn à ce type de cyberattaques. « C’est une attaque très élaborée. A chaque fois que nous la neutralisons, ils s’adaptent », a expliqué Kyle Owen, un responsable de Dyn, cité sur le site spécialisé Techcrunch.

Autorités alertées
La première attaque, lancée à 13h10, a été suivie par plusieurs offensives successives à mesure que l’impact se déplaçait de la côte Est des Etats-Unis vers l’ouest du pays. A 0h17 samedi, Dyn indiqué que l’incident était résolu.

En pleine recrudescence de la cybercriminalité, cette attaque a alerté les autorités américaines. « Le département de la Sécurité intérieure (DHS) et le FBI ont été informés et enquêtent sur toutes les causes potentielles », a indiqué à l’AFP une porte-parole du DHS.

L’identité et l’origine géographique des auteurs demeuraient encore inconnues.

Origine incertaine
Le site Wikileaks, qui a publié des milliers d’emails du directeur de campagne de la candidate démocrate à la présidentielle Hillary Clinton, a cru déceler dans cette attaque une marque de soutien à son fondateur Julian Assange, réfugié dans l’ambassade d’Equateur à Londres et dont l’accès à internet a été récemment coupé.

« M. Assange est toujours en vie et Wikileaks continue de publier. Nous demandons à nos soutiens d’arrêter de bloquer l’internet américain. Vous avez été entendus », a tweeté le site.

Le groupe de hackers Anonymous semblait lui appeler à poursuivre l’offensive. « Le toit, le toit, le toit est en feu. Nous n’avons pas besoin d’eau. Laissez l’enfoiré brûler », a-t-il tweeté.

Quelle qu’en soit l’origine, l’attaque a mis en lumière les dangers posés par l’utilisation croissante des objets connectés, qui peuvent être utilisés à l’insu de leurs propriétaires pour bloquer l’accès à un site.

Début des dommages
La technique de déni de service distribué (DDoS) utilisée vendredi consiste ainsi à rendre un serveur indisponible en le surchargeant de requêtes. Elle est souvent menée à partir d’un réseau de machines zombies (« botnet »), elles-mêmes piratées et utilisées à l’insu de leurs propriétaires.

« Ces attaques, en particulier avec l’essor d’objets connectés non sécurisés, vont continuer à harceler nos organisations. Malheureusement, ce que nous voyons n’est que le début en termes de ‘botnets’ à grande échelle et de dommages disproportionnés », prédit ainsi Ben Johnson, ex-hacker pour l’agence américaine de renseignement NSA et cofondateur de Carbon Black.

Romandie.com avec(ats / 22.10.2016 10h49)

Facebook veut rendre gratuit l’accès à Internet dans toute l’Afrique

août 8, 2016

Seulement 24.9 % des 635 millions d’habitants du continent ont un accès à Internet

Seulement 24.9 % des 635 millions d’habitants du continent ont un accès à Internet Crédits : ALBERT GONZALEZ FARRAN / AFP
Lancée en 2013 par Facebook, l’initiative « Internet.org » veut développer l’accès à Internet pour tous. Trois ans plus tard et après s’être implantée grâce à cette initiative dans 22 pays africains, l’entreprise de Marc Zuckerberg est taxée par certains de vouloir augmenter ses parts de marché.

« Internet.org est une initiative dirigée par Facebook qui a pour objectif d’offrir les avantages de la connectivité aux deux tiers des habitants qui ne disposent pas de ces ressources », explique le site Internet.org. Le concept est simple : par des partenariats avec des opérateurs mobiles locaux, Facebook permet un accès « à des services utiles depuis les téléphones portables, sans frais de données, sur des marchés où l’accès à Internet peut s’avérer onéreux. »

Marc Zuckerberg décrit l’accès à Internet comme un « droit de l’homme fondamental », un concept qu’il a défendu fin 2015 à la tribune de l’ONU en présentant sa « Déclaration de Connectivité », signée par Bill et Melinda Gates, Bono, ou encore Charlize Theron.

Lire aussi : L’Afrique, un marché très prometteur

Selon l’Union internationale des télécommunications en 2016, 74,9 % de l’Afrique n’avait pas accès à Internet, contre 20,9 % en Europe. Selon le même institut, les 10 pays en 2015 avec le taux de connexion le plus faible étaient tous africains. L’Erythrée, la Somalie, le Niger, étant les trois pays les moins connectés, avec un taux d’accès à Internet de leur population inférieur à 2,5 %.

L’initiative Free Basics est opérationnelle dans 42 pays, dont plus de la moitié est en Afrique. Dernier contrat en date, l’entreprise californienne a conclu un marché avec la filiale africaine de l’opérateur indien Bharti Airtel au Nigeria pour proposer plus de 85 services gratuits en lien avec la santé, l’éducation, l’emploi et la finance, dans le pays.

Une nouvelle forme de colonialisme ?

Si Marc Zuckerberg se targue d’apporter Internet à ceux qui n’y ont pas accès, certains pointent du doigt le monopole que Facebook est en train de créer. Interrogé par le journal britannique The Guardian, Timothy Karr, de la campagne lancée par 23 ONG européennes « Save the Internet », explique qu’il ne faut pas oublier la volonté de Zuckerberg de « dominer le marché de l’Internet ».

« Facebook n’est pas Internet et limiter Internet [à Facebook] ne donne pas aux gens un pouvoir politique, un pouvoir de contrôle », continue-t-il. L’initiative Free Basics rend en effet obligatoire l’utilisation du site californien pour accéder, certes gratuitement, aux services proposés.

Cette dernière a déjà fait grincer des dents lors de son lancement en Inde, en 2015. A l’époque, Marc Andreessen, l’un des programmateurs en 1993 du premier navigateur Internet, Mosaic, avait dénoncé sur les réseaux sociaux l’aspect colonialiste de la démarche de Facebook. « L’anticolonialisme a été une catastrophe économique pendant des années pour les Indiens, écrivait-il. Pourquoi arrêter maintenant ? »

Marc Zuckerberg avait réagi à l’époque sur… Facebook, répétant que l’objectif de l’entreprise n’était pas de glaner des marchés sur ce que les télécommunications appellent les « zones blanches », des endroits isolés où le réseau n’est pas reçu. Avec une personne sur quatre seulement habitant en Afrique et qui est connectée à Internet, les multiples contrats signés entre l’entreprise bleue et les opérateurs africains relance logiquement le débat.

« Le réseau social est vite devenu lent »

En République Démocratique du Congo (RDC), l’accès à internet est de 3,80 % pour une population estimée en 2013 à 67,5 millions de personnes. « Le lent développement de la fibre optique et les coupures d’internet prouvent que le gouvernement ne facilite pas l’accès à Internet en RDC », explique Jean-Didier Ogobani, professeur de NTIC à l’Université pédagogique national de Kinshasa. En août 2015, Facebook s’est associé à Tigo, l’opérateur luxembourgeois bien implanté en RDC pour lancer « Free Basics » dans le pays.

« Mais l’opération n’a duré qu’un temps et ne s’est pas révélée concluante, explique Jean-Didier Ogobani. Il y a eu congestion du canal, le réseau social devenait lourd et lent. Les internautes ont donc préféré payer pour pouvoir naviguer de façon fluide plutôt que de traîner pour accéder à Facebook gratuitement. »

Le professeur souligne que Tigo s’est dit satisfait de l’opération « et a signé un gros contrat ». Dans un contexte où l’accès à l’information est difficile dans le pays, ce genre d’initiative reste, selon lui, tout de même à saluer. « Les médias d’aujourd’hui ont tous des pages Facebook. Quand on a ce réseau social gratuitement, on peut au moins connaître des titres d’informations et lire la suite si l’on veut, analyse-t-il. Sans avoir à payer de crédit, le public s’informe. »

Fin juillet, le patron de l’entreprise californienne, Marc Zuckerberg, assurait sur sa page Facebook que 1,7 milliard de personnes possède un compte sur le réseau social.

Lemonde.fr

Le Pentagone veut couper les connexions internet de l’EI

avril 28, 2016

Le commandement militaire américain pour les activités de défense et d’attaque informatique (Cybercom) travaille à détruire les connexions internet du groupe Etat islamique (EI). Il entend ainsi placer les djihadistes dans un état d' »isolement virtuel ».

Dans ce qu’il a décrit comme « la première opération majeure de combat » de cette unité, le secrétaire à la Défense Ashton Carter a estimé jeudi que le Cybercom jouait un rôle très important dans l’opération militaire lancée contre l’EI en Irak et en Syrie.

« Les objectifs sont d’interrompre la chaîne de commandement et de contrôle de l’EI, d’interrompre sa capacité à faire circuler de l’argent, d’interrompre sa capacité à tyranniser et à contrôler la population, d’interrompre sa capacité à recruter à l’international », a dit M. Carter lors d’une audition de plus de trois heures devant la commission des forces armées du Sénat.

« Leur enlever internet »
« Nous les bombardons et nous allons leur enlever internet », a-t-il martelé. Le chef d’état-major inter-armées, Joe Dunford, a ajouté que le but était de couper les communications des djihadistes.

« Nous essayons globalement d’obtenir un isolement virtuel » des djihadistes, a déclaré le général Dunford, le plus haut gradé américain. « C’est très complémentaire avec nos actions sur le terrain, et nous nous concentrons en particulier sur les opérations à l’étranger qui peuvent être organisées par l’EI ».

Le Cybercom est chargé de protéger les militaires américains et certains réseaux civils contre toute attaque informatique d’envergure. D’ici 2018, cette unité comprendra jusqu’à 6000 militaires et techniciens civils répartis dans 133 unités.

Une de ces équipes, qui compte environ 65 membres, travaille aujourd’hui au Moyen-Orient et mène des cyber-opérations contre les réseaux du groupe EI.

Romandie.com

Congo: Akouala, Moungalla, Atipo et JDO paralysent l’internet et autres…

octobre 23, 2015
 


Depuis quelque temps, pour ne pas dire depuis deux (2) semaines, Internet est en train de ‘’ ramer ’’, c’est-à-dire de voir son débit être réduit en peau de chagrin, au point où la connexion est devenue presque nulle !!!
Selon nos sources d’information, plusieurs responsables seraient à l’origine de ce désagrément. A commencer par le tristement célèbre Akouala, Administrateur général de Congo Télécom, société nationale qui gère la fibre optique. Ensuite, Thierry Moungalla, ancien ministre de Postes et télécommunications et actuel ministre de la Communication et des médias, chargé des relations avec le parlement, porte-parole du Gouvernement. Ce dernier, après avoir fait bloquer le signal de RFI à Brazzaville, se serait permis d’engueuler les opérateur de téléphonie mobile au Congo parce qu’ils tardaient à bloquer, à leur tour, l’accès à la connexion Internet et aux SMS, comme il le leur avait ordonné.La question est de savoir pourquoi l’ordre de réduire, au plus bas niveau, l’accès à la Toile a été donné par le ministre de la Communication, Thierry Moungala, alors qu’il a cessé d’occuper le portefeuille de ministre des Postes et Télécommunications. En effet, depuis le 10 août 2015, ce poste est occupé par Hellot Matson Mampouya. Il paraîtrait que ce dernier aurait « levé le pied », c’est-à-dire refusé d’exécuter l’ordre de rendre l’Internet inaccessible aux usagers, ordre qu’il aurait jugé d’absurde, pour ne pas dire susceptible de causer de sérieux désagréments aux surfers.

Le troisième responsable qui serait montré du doigt dans la réduction de l’accès à l’Internet et le blocus des SMS par téléphone et des Réseaux sociaux via Internet, est le Colonel Atipo, en service à la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), à Brazzaville.

Pour sa part, Jean Dominique Okemba (JDO), Secrétaire général du Conseil National de Sécurité (CNS), serait l’homme qui aurait reçu des instructions venant du Commandant en Chef des armées et du premier « Securitate » du Congo, instructions selon lesquelles les internautes et les abonnés à la téléphonie mobile au Congo devaient être coupés de toute information, de quelque nature que ce soit. Et les usagers du Numérique ont dû en subir les effets!

Au regard de ce qui précède, deux autorités congolaises devraient s’en mordre les doigts et n’avoir plus que leurs yeux pour pleurer. Il s’agit du Directeur général de l’Agence de régulation des postes et communications électroniques (ARPCE), Yves Castanou, et du ministre de tutelle, Hellot Matson Mampouya, qui se seraient vu voler leurs attributions par des tierces personnes.

La leçon à tirer de cet incident administratif et technique est que, si nous étions à la place d’Yves Castanou et de Hellot Matson Mampouya, le mieux serait que nous démissionnions de nos fonctions, dès lors que le commun des mortels nous considère comme des figurants…

La dignité, c’est aussi savoir dire « NON » et partir, à moins d’être complice du mal comme les bandits et les mercenaires du pouvoir qui sont en train de torturer les familles Kolelas et Okombi, aujourd’hui placées en résidence surveillée.

Zenga-mambu.com par Ghys Fotune DOMBE BEMBA

Burundi : Twitter, Facebook et WhatsApp inaccessibles sur mobiles à Bujumbura

avril 29, 2015

Facebook, Twitter et Whatsapp sont les réseaux sociaux les plus utilisés.
Facebook, Twitter et Whatsapp sont les réseaux sociaux les plus utilisés. © Gabriel Bouys/AFP

Depuis mardi, plusieurs réseaux sociaux, dont WhatsApp et Twitter, ont été coupés mercredi sur les téléphones portables à Bujumbura, théâtre depuis dimanche de manifestations contre un troisième mandat du président Pierre Nkurunziza.

Comme en RDC voisine avant lui lors des manifestations du 19 janvier, le Burundi a suspendu, le mardi 28 avril, l’accès à certains réseaux sociaux sur mobile. Une décision qui intervient au troisième jour des heurts entre policiers et manifestants opposés à un éventuel troisième mandat du président Pierre Nkurunziza, désigné candidat à la présidentielle de juin 2015 par son parti, le Congrès national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD).

Twitter, Facebook, WhatsApp notamment sont désormais inaccessibles via les réseaux de téléphonie mobile 3G, mais restent, pour l’instant, accessibles sur l’internet fixe.

« Suspension totale »

Un cadre d’une entreprise de télécoms a confirmé que l’Agence de régulation et de contrôle des télécoms (ARCT), régulateur burundais du secteur, avait adressé une lettre aux opérateurs, assortie d’une liste de sites à suspendre.

« L’ARCT nous a écrit hier [mardi 28 avril] pour demander la suspension momentanée de plusieurs réseaux sociaux, notamment Whatsapp, Twitter, Facebook, Tango mais pas internet », a déclaré cette source. « Cette procédure de suspension a été progressive au cours de la journée et devrait être totalement effective mercredi matin », a-t-elle ajouté.

L’ARCT n’a apparemment pas donné de motif à cette suspension.

Jeuneafrique.com

Yahoo! lâche sa patronne

septembre 7, 2011

Carol Bartz a été démise de son poste de PDG après trente mois. Le géant de l’Internet en perte de vitesse cherche un nouveau patron pour retrouver le chemin de la croissance.

La directrice générale de Yahoo!, Carol Bartz, a été brutalement démise de ses fonctions par le conseil d’administration de l’entreprise, sanctionnant les difficultés du site américain à retrouver la croissance de ses premières années face aux jeunes loups de l’Internet. «Je viens d’être virée par téléphone par le président du conseil d’administration», a expliqué Carol Bartz, 62 ans, dans un courriel envoyé aux employés du groupe. Durant ses deux ans et demi à la tête de l’entreprise, cette pionnière de la Silicon Valley n’a pas réussi à enrayer le déclin du site face à la montée en puissance des réseaux sociaux en ligne comme Facebook. Le nombre de minutes passées sur le moteur de recherche par les internautes américains a en effet chuté de 33% durant son mandat. À l’actif de Carol Bartz, le cours des actions de Yahoo! s’est maintenu au même niveau, malgré la tempête économique qui a soufflé pendant son mandat.

Le cours de l’action Yahoo! a pourtant grimpé de 6% à l’annonce de son éviction. «Nous voulons remettre Yahoo! sur le chemin d’une robuste croissance et à la pointe de l’innovation», a déclaré le président du conseil d’administration Roy Bostock, décrivant le règne de Carol Bartz comme une période de «transition».

Yahoo! est désormais à la recherche d’une pointure pour rebondir. En attendant, il a désigné son directeur financier Timothy Morse au poste de PDG par intérim. «Le conseil d’administration entame la recherche d’un directeur général permanent et prévoit de recourir aux services d’une firme de chasseurs de têtes reconnue à l’échelle nationale pour identifier les candidats pour le poste aussi rapidement que possible», indique la société californienne dans un communiqué.

Repli des parts de marché publicitaires

Au cours des dernières semaines, rien ne laissait présager la grave crise de confiance entre Carol Bartz et le conseil d’administration de Yahoo! qui a conduit cette nuit à son éviction. Classée 37e femme la plus puissante du monde par le magazine Forbes il y a quinze jours, gagnant cinq places par rapport à l’édition 2010 du palmarès, Carol Bartz avait été réélue haut la main au conseil d’administration lors de l’assemblée générale de juin. Lors de ce vote où elle avait obtenu 80% de suffrages favorables, elle avait toutefois été moins plébiscitée que les autres administrateurs, ayant eux réunis neuf voix favorables sur dix.

Il faut dire que le bilan des mesures menées sous son mandat est contrasté. Sous la houlette de Carol Bartz, les bénéfices du groupe ont continué à progresser. Mais cette amélioration s’explique avant tout par une vaste réduction des coûts assortie d’importants licenciements et non par une amélioration des revenus. De fait, la société peine à accroître son chiffre d’affaires, ce qui pèse sur les parts de marché publicitaires du groupe.

Le cabinet eMarketer estime que le moteur de recherche jusqu’à présent numéro un des bannières publicitaires aux Etats-Unis, devrait voir sa part de marché reculer à 13,1% en 2011, ce qui le ferait passer derrière Facebook. L’éviction de Carol Bartz, un an avant le terme de son contrat, illustre ainsi la difficulté des entreprises Internet de la première génération à lutter contre la nouvelle concurrence, analyse le Wall Street Journal.

Lefigaro.fr par Sébastien Falletti, Mathilde Golla