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Congo: Le Président Denis Sassou face à la République et la presse

avril 18, 2021

Avec Bob Ebaka

France/14-Juillet : ce qu’il faut retenir de l’interview d’Emmanuel Macron

juillet 14, 2020

Le président de la République a accordé un entretien de plus d’une heure à TF1 et France 2, en direct depuis l’Élysée. Il a expliqué le sens du remaniement et détaillé son plan d’action contre la crise.

Cap sur les «600 jours». Pour la première fois depuis son élection, Emmanuel Macron a accepté de se soumettre à la traditionnelle interview du 14-Juillet ce mardi après-midi. Interrogé par TF1 et France 2, en direct depuis l’Élysée, le chef de l’État est revenu sur les très nombreux sujets d’actualité de ces dernières semaines, à commencer par la crainte d’un rebond épidémique du coronavirus. Puis il a précisé les contours du «nouveau chemin» dans lequel il veut projeter le pays, pour affronter la crise économique et sociale des prochaines années. Autant de chantiers qui devront être à nouveau évoqués dans le détail par le premier ministre Jean Castex lors de son discours de politique générale, prévu mercredi après-midi à l’Assemblée nationale puis jeudi au Sénat.

● Macron prend acte de la «détestation» contre lui mais déplore la «haine»

Contrairement à sa promesse de 2017, Emmanuel Macron a reconnu qu’il n’était «pas parvenu» à réconcilier les Français. Le chef de l’État regrette notamment de n’avoir «pas assez montré» le «chemin de justice» qu’il souhaitait tracer, pour permettre à chacun d’atteindre «l’excellence» républicaine. Et ce «quel que soit son prénom, quelle que soit la famille où on est né, sa religion, sa couleur de peau». Emmanuel Macron considère que c’est à cause de cet échec que «les gens se sont mis à détester ce président», qui a donné l’impression de ne s’adresser qu’aux «meilleurs». «Cette détestation a pu être alimentée» selon lui par les «maladresses» et les «petites phrases». Pour autant, le chef de l’État a affirmé que «la haine n’est pas acceptable en démocratie».

● «Je rends hommage à Édouard Philippe»

Le chef de l’État a rendu un hommage appuyé à son ancien premier ministre, une semaine après avoir nommé son successeur, Jean Castex, à Matignon : « La méthode utilisée durant les trois premières années du quinquennat a permis de faire des réformes inédites, que l’on pensait impossible, s’est-il félicité. Je rends hommage à Edouard Philippe et au gouvernement». Mais « une page politique de la vie du pays » se tourne, selon le chef de l’État, justifiant un changement de premier ministre. « Parce qu’on ne peut pas dire qu’on emploie un nouveau chemin, une nouvelle méthode et dire on fait avec la même équipe », a-t-il expliqué.

● Avec Castex, Macron croit toujours au «dépassement politique»

C’est l’enracinement local de Jean Castex qui a présidé à sa nomination comme premier ministre. « C’est un élu de terrain, pas d’une grande ville […] qui connaissait très bien ce qu’est la vie des élus locaux, de nos collectivités, la proximité dont on a besoin », a loué le chef de l’État, tout en balayant sa venue de la droite. « Je crois au dépassement politique français. Nos concitoyens m’ont élu là-dessus, a assuré Emmanuel Macron. Quand la relance arrive, on demande à ce qu’elle soit efficace et juste, non pas qu’elle soit de gauche ou de droite. »

● Macron «partage» la cause féministe mais soutient Darmanin face aux «jugements de rue»

Pas question de changer de ministre de l’Intérieur. Visé par une plainte pour viol – dont l’enquête a été rouverte «pour des raisons de formes» après avoir été «classée ou (avoir) donné lieu à une absence de suite» à trois reprises -, Gérald Darmanin a reçu le soutien d’Emmanuel Macron. Même s’il «respecte» et «partage» la «cause féministe» et la «colère» des victimes, comme le prouve selon lui son bilan en matière de lutte contre les violences faites aux femmes, le chef de l’État s’est posé en «garant de la présomption d’innocence». Refusant de «céder à l’émotion constante» ou de basculer dans une «démocratie d’opinion», le président a dénoncé les «jugements de rue ou de réseaux sociaux». Puis il a affirmé que le nouveau locataire de la Place Beauvau était «blessé par ces attaques». «Il y a une relation de confiance d’homme à homme (entre lui et moi)», a-t-il conclu.

● Les masques bientôt obligatoires dans les lieux publics clos, a priori le 1er août

Compte tenu de « l’incertitude » sur la situation sanitaire, le chef de l’État souhaite « rendre obligatoire le masque dans tous les lieux publics clos », probablement à partir du 1er août, jugeant que son port est devenu aujourd’hui « erratique ». Rappelant qu’« il y a, dans beaucoup de pays voisins, des indices d’une remontée » du virus, le président s’est félicité que les tests ont été « largement déployés » en France, à près de 370 000 par semaine. En cas de seconde vague, « nous serons prêts », a martelé le chef de l’État. «Nous sommes en train de tout faire pour éviter une nouvelle vague et pour avoir une approche différenciée», a-t-il ajouté, écartant la perspective d’un confinement généralisé à l’ensemble du territoire.

● Macron prend ses distances avec Raoult et la chloroquine : «Il n’y a pas de traitement stabilisé»

«Non». Même s’il était atteint du Covid-19, Emmanuel Macron ne se soignerait pas avec de la chloroquine. «Il n’y a pas de traitement stabilisé», a-t-il prévenu, avant de rappeler que «nous sommes le pays des Lumières». «Je crois à la rationalité, et donc à la rationalité scientifique (…). Ce n’est pas au président de la République ou à un politique de trancher un débat scientifique avec des politiques. (…) La science, c’est processus de vérification et c’est comme ça qu’on se porte mieux», a-t-il balayé. Faut-il y voir un désaveu du professeur Didier Raoult, à qui il a pourtant rendu visite au mois d’avril ? «C’est un grand scientifique. (…) Il était normal et légitime, de mon point de vue, qu’il participe au débat scientifique», a-t-il esquivé.

● Face à une «augmentation massive» du chômage, Macron défend son action

Interrogé sur un chiffre de l’Insee qui prévoit 900 000 chômeurs de plus à la fin de l’année 2020, le président de la République a concédé que le pays allait connaître «des plans sociaux et une augmentation du chômage massive». Il a également défendu son dispositif de chômage partiel, qui a touché près de 13 millions de Français. «C’était légitime parce qu’il y avait le feu à la maison, donc on n’a pas compté les seaux. Nous avons fait ce qu’aucun pays au monde n’a décidé. Je le dis parce qu’on peut être fier de la France parfois et en l’espèce, je crois qu’on le doit.»

● Des exonérations de charges pour les jeunes diplômés

Interrogé sur les 700 000 jeunes qui arriveront sur le marché du travail en septembre, le président a d’abord annoncé que «la jeunesse doit être la priorité de cette relance». Et de préciser une série de mesures, parmi lesquelles un dispositif d’exonération des charges pour les jeunes, en particulier pour les faibles qualifications ou les emplois jusqu’à 1,6 SMIC. Le président a également annoncé la mise en place de 300 000 «contrats d’insertion» en apprentissage qui permettront «d’aller chercher des jeunes qui n’ont pas réussi à trouver d’entreprise». Il a enfin annoncé l’ouverture de 200 000 places pour compléter la formation «des jeunes qui devait rentrer sur le marché du travail cette année».

● La réforme des retraites est «juste» et favorise les «métiers modestes»

Il n’est pas question de renoncer à la réformes des retraites, mise en pause par le confinement. Emmanuel Macron l’a rappelé. «Est ce que c’est une bonne idée de l’abandonner totalement? Je ne crois pas», a-t-il d’abord dit, en reconnaissant qu’il faudrait peut-être l’amender et la «remettre en concertation». Le président a défendu une réforme «juste» et «faite pour celles et ceux qu’on a appelé les premiers de corvées», soit les caissières, les livreurs, les «métiers modestes». Emmanuel Macron a reconnu que dans cette réforme, «on revenait sur des avantages qui avaient été acquis dans le temps par d’autres régimes, par exemple les régimes spéciaux», mais a coupé court aux spéculations sur le financement de la réforme (travailler plus, repousser l’âge pivot…) en assurant que «ce n’est pas au président de la République d’asséner un 14-Juillet ce que va être la réforme des retraites».

● Le président demande une «modération des dividendes»

Emmanuel Macron a également été interrogé sur les fameux plans de sauvegarde de l’emploi (PSE), qui promettent de conserver l’emploi en échange de compensations, comme une baisse des salaires ou une limitation des jours de congés. Il a justifié la possibilité «qu’il y ait des salaires qu’on accepte de baisser momentanément plutôt que des licenciements» parce que «parfois on met des années à revenir à l’emploi». Emmanuel Macron a mis sur la balance de ces baisses de salaires une «modération des dividendes» qui a été «demandée aux entreprises [que l’État] abonde». «Si on dit aux salariés de faire un effort, l’actionnaire doit faire un effort aussi», a-t-il dit. Enfin, Emmanuel Macron a annoncé un dispositif de 30 milliards d’euros «pour compléter les salaires, financer des formations et [faire aller les salariés vers] les secteurs d’activité où il y a des opportunités».

● Un référendum «le plus vite possible» sur l’inscription de l’écologie dans la Constitution

Le chef de l’État compte bel et bien reprendre les propositions de la Convention climat. À commencer par l’inscription de «l’objectif de lutte contre le réchauffement climatique et le respect de la biodiversité dans notre texte constitutionnel». «Favorable» à cette «avancée majeure», qui «permettra de créer du droit et (…) d’aider à transformer notre pays», Emmanuel Macron a dit vouloir convoquer un référendum «le plus vite possible». Cela suppose d’abord de faire adopter cette proposition par l’Assemblée et le Sénat «dans les meilleurs délais», avant de la soumettre au vote des Français.

● Macron dresse des «objectifs à dix ans» mais ne se prononce pas sur 2022

Interrogé à plusieurs reprises sur sa volonté de se présenter pour un second mandat, Emmanuel Macron a balayé une « question intempestive […] Pourquoi voudriez-vous que je décide aujourd’hui de m’enfermer dans un autre calendrier que le calendrier démocratique ?» Si le chef de l’Etat a rappelé qu’« il y a des choses sur lesquelles le peuple français est souverain et c’est bien ainsi », il a pourtant appelé à avoir un « objectif pour le pays à dix ans » : « rendre la France plus forte en répondant à des problèmes qu’elle n’avait pas su traiter par temps calme. »

Avec Le Figaro par Arthur Berdah, Louis Heidsieck et Charles Sapin

Congo(Covid-Organics) Alexis Elira Dokékias : « le produit malgache n’est pas toxique »

mai 27, 2020

 

Dans une interview exclusive accordée aux Dépêches de Brazzaville, le professeur Alexis Elira Dokékias, président de la Commission prise en charge au sein du Comité de riposte au coronavirus (Covid-19) annonce la publication, le 28 mai du rapport d’analyses toxicologiques faites par le laboratoire de l’Institut de recherche en science de la santé du Congo.

 

-Professeur Alexis Elira Dokékias/Photo Adiac

Les Dépêches de Brazzaville : le Congo a reçu un lot de Covid-organics, la décoction malgache censée guérir le coronavirus. A quand la distribution du produit aux malades ?

Alexis Elira Dokékias : la première étape ne consiste pas en la distribution du produit à la population, mais plutôt à faire des analyses chimiques et toxicologiques, pour vérifier si le produit a la toxicité sur les rats à titre expérimental. Les conclusions d’analyses toxicologiques faites par le laboratoire de l’institut de recherche en science de la santé du Congo seront disponibles le 28 mai. La composition chimique est connue, et les analyses toxicologiques montrent que le produit n’est pas toxique.

Cependant, le produit contient une quantité de sucre non négligeable. De ce fait, nous devons tenir compte de ce qui est rapporté pour que le produit soit administré à la population. Il y a près de quatre semaines, nous avons reçu, en terme préventif, deux cents doses, qui ont été calculées sur la base de la situation épidémiologique du Congo, trois cents doses curatives. Avant de lancer les essais, nous avons pris un minimum de précautions.

L.D.B : Que faut-t-il faire avant d’utiliser le produit ?

A.E.D : D’abord, il a fallu obtenir l’avis du comité d’éthique pour savoir si ce que nous faisons est en conformité avec les directives de l’OMS en matière d’expérimentation, puis celui du comité des experts. Tous les essais ont été faits, et les protocoles rédigés.

Le premier essai, à titre préventif, concernera les sujets exposés, c’est-à-dire, les infirmiers, les médecins, la presse. En un mot, tous ceux qui sont exposés au risque d’être contaminés. Toute personne en bonne santé doit prouver que son test de la Covid-19 est négatif au départ. Le deuxième essai c’est à titre curatif.

Dans les deux essais, les patients doivent être âgés de plus de dix-huit ans, puisqu’ils doivent au préalable signer leur consentement éclairé. D’ici la semaine prochaine nous débuterons l’essai. Il y a un bilan minimal à faire avant d’inclure tout patient. Plusieurs examens sont nécessaires avant la consommation du produit.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) n’a jamais fait d’études sur ce produit. C’est à nous de confirmer l’efficacité du produit, et l’OMS attend nos conclusions. Elle devrait coordonner les études pilotes. Dans la période actuelle, il est important d’être humble puisqu’il n y a pas encore de protocole consensuel. Pendant que les essais se font, il faut être prudent, parce que dans cette maladie, les mesures les plus efficaces pour l’instant se résument en prévention et sur le plan curatif, il n’y a pas de consensus.

L.D.B : Quel produit administrez-vous aux malades atteints de coronavirus ?

A.E.D : Nous administrons aux malades des traitements très efficaces. Dans le protocole mis en place, nous enregistrons rarement les échecs. Lorsqu’on reprend le traitement cinq ou dix jours après, la virémie a disparu. Nous avons plus de 95% de réussite. Nous avons en assemblage des produits pharmaceutiques, y compris la fameuse chloroquine, et un antibiotique. Tout ceci, associé à un médicament qui fait ses preuves dans les propriétés antivirales. Voilà la trithérapie administrée aux patients, qui parfois, entraîne des petits effets secondaires comme un petit inconfort gastrique. De façon observationnelle, nous n’avons aucun décès dû à ce traitement. Mais, nous devons rester vigilants, en mettant tous les moyens nécessaires pour assurer la surveillance des patients.

L.D.B : Votre point de vue sur l’usage de la chloroquine dans la lutte la Covid-19 comme le professeur Didier Raoult ?

A.E.D : Je n’ai pas encore pris connaissance des travaux du professeur Didier Raoult. En pratique, j’utilise, en tant que hématologue, l’hydroxychloroquine depuis plus de 25 ans, pour moduler la réponse immunitaire en vue de combattre le Covid-19. Ses vertus sont certainement réelles. Mais, sur le plan expérimental, au Congo, nous n’avons pas choisi l’hydroxychloroquine seule. Nous l’associons à un antiviral, car, en dehors de la réponse humanitaire, il faut un médicament qui agit contre les différentes phases de l’évolution du virus. Par conséquent, je ne peux pas critiquer un confrère scientifique. Il a ses moyens et sa méthodologie. Nous avons mis en place un protocole avec méthodologie et des moyens qui sont adaptés à nos capacités.

L.D.B : Votre message à la population congolaise ?

Il faut se faire dépister, surtout, après avoir été en contact avec une personne diagnostiquée positive, afin de commencer le traitement tôt. En plus, il faut observer les mesures de prévention pour éviter de contacter la maladie, en appliquant les mesures barrières, (la distanciation sociale, le lavage des mains…). Ce sont les seules mesures qui garantissent la prévention. Je reproche aux Congolais l’automédication, parce que c’est très dangereux. Elle peut entraîner des morts subites.

 

Avec Adiac-Congo propos recueillis par Yvette Reine Nzaba

Congo/Interview. Pr Alexis Elira Dokekias : « Les personnes testées à temps sortent négatives après le 22e jour »

mai 9, 2020

 

Le Pr Alexis Elira Dokekias livre dans cet entretien l’essentiel des informations sur le protocole thérapeutique qu’utilise le Congo et ses méthodes, la décision du pays d’expérimenter le Covid-Organic élaboré à Madagascar et la question du déconfinement qui doit être traitée sans que les structures perdent leur rythme de travail. Interview complète à suivre également cette semaine sur notre webtélé

 

Les Dépêches de Brazzaville. Où en êtes-vous avec la prise en charge des malades du Covid-19 au Congo ?

Alexis Elira Dokekias : « Dans un projet important comme celui-ci, la prise en charge est liée à toutes les commissions.  Evidemment dans le cadre d’un système sanitaire qui n’est pas au point, il y a des imperfections depuis le départ. Sur cette prise en charge, nous pouvons dire qu’il y a environ 270 cas qui ont été révélés positifs selon les derniers examens réalisés. Et au niveau national, l’Etat a mis des structures de prise en charge. Au niveau de Brazzaville, nous avons le CHU qui est le premier site qui a été ouvert et qui a reçu le premier cas qui a été dépisté dans des conditions difficiles, le site n’étant préparé. Ensuite, nous avons le site de l’hôpital Albert-Leyono, celui de l’hôpital de Mfilou dont les travaux sont prêts à 85% et qui n’a pas encore ouvert, et celui de Kintélé La Concorde qui est un site hôtelier que nous avons transformé en site de prise en charge. A Brazzaville, avant, vous avez des sites de quatorzaine que vous appelez quarantaine, des sites dédiés à toutes personnes se retrouvant à l’extérieur du pays et qui devraient subir la quarantaine au niveau de plusieurs formations hôtelières.

L.D.B. : Qu’on est -il de la situation à Pointe-Noire où plusieurs sites ne sont pas totalement opérationnels ?

A.E.D. : Au niveau de Pointe-Noire, nous avons des sites officiels de prise en charge, notamment l’hôpital Adolphe-cissé qui n’est pas prêt a 100%. Nous avons le site de Mouesso- Madeleine qui est un centre de santé intégré situé à Tié-Tié. Sur ce site, les travaux ne sont pas encore terminés malheureusement. Ce qui fait qu’au niveau de Pointe-Noire, les compagnies pétrolières ou les centres médicaux sociaux d’entreprises ont dû réquisitionner certains hôtels pour lesquels nous avons dû placer certains patients pour la prise en charge. A ces patients, il faut compter que près d’un tiers était pris en charge à domicile. Nous avons mis en place un protocole de prise en charge à domicile. Au niveau du reste de la République, nous avons l’hôpital Edith-Lucie-Bongo-Ondimba à Oyo. Puis, nous avons dû précipiter la mise en place d’un centre au niveau du CSI Nzalangoye a Ouesso pour prendre en charge le cas que nous avons dépisté à Ouesso. Ceci dit, toutes les cliniques privées participent à notre commission de prise en charge, que ce soient des cas alertes ou positifs. Nous avons conseillé la mise en place des espaces de pré-tri dans les hôpitaux.

L.D.B. plusieurs personnes jugent mitigé le rapport entre le nombre de personnes dépistés positifs et ceux qui guérissent. Est-ce à dire que vos schémas thérapeutiques sont moins efficaces ?

A.E.D. : Vous devez comprendre que chaque pays a des schémas thérapeutiques. Le nôtre est très dur. Dans d’autre pays, il suffit de rester quatorze jours et on vous sort de l’hôpital. On sort des personnes qu’on croit être guéries et parfois elles restent encore positives. C’est ce qu’ils ne vous disent pas. Ils disent que le nombre d’hospitalisation décroît, alors que la prise en charge est biaisée. Chez nous, lorsque vous commencez un traitement aujourd’hui, il faut attendre le 22e jour pour qu’on fasse le premier contrôle. Et si celui-ci est négatif, il faut un 2e contrôle fait au 10e ou 14e jours pour confirmer. Cela veut dire que quand on sort un patient au 22e jours, il doit rester confiné chez lui pendant quatorze jours. Les normes édictent que la durée totale du confinement pour une personne qui est positive qui n’a pas eu de symptômes de la maladie est de vingt-huit jours minimum. Nos critères sont durs et il faut être patient. Je peux vous dire que nous avons déjà prêt de quarante patients guéris. Selon les nouveaux schémas de quinze jours qui sont scientifiquement démontrés, je peux vous dire que tous ce qui ont bénéficié de ce traitement sortent négatifs après le 22e jour.

L.D.B. : Quel est finalement le protocole officiel thérapeutique que le pays utilise pour parvenir aux résultats que vous estimez ?

AED. : Nous avons le sulfate de chloroquine, mais on aurait souhaité avoir l’Hydroxychloroquine, la molécule qui permet l’immunomodulation prouvée. La molécule de base c’est la chloroquine. Nous avons un antibiotique que nous donnons pour essayer de faire que les infections respiratoires ne prennent pas le devant. Nous avons des médicaments contre le virus qui présentent plusieurs composantes. Car nous devons interrompre la chaîne de production des virus dans le corps. On ne peut pas malheureusement vous faire le récit complet de tous ceci. Pour certains cas, nous associons d’autres maladies.

L.D.B. Vous étiez à la tête d’une délégation qui a séjourné récemment à Madagascar pour récupérer un produit appelé Covid-Organics issu de la recherche malgache pour contrer le Covid-19. Pourquoi le Congo s’allie-t-il à cette forme thérapeutique alors que vous avez des protocoles qui marchent bien ?

A.E.D. : C’est un produit à base d’une recette traditionnelle préparée par nos collègues de l’Institut malgache des sciences appliquées. Il se présente soit sur une forme de solution dans un flacon plastique de 33 cl soit sur une forme en sachets conditionnés. Au même titre que nous faisons des essais cliniques sur des médicaments modernes, au même titre que nous devrons le faire sur les médicaments issus de la pharmacopée traditionnelle. Ce produit contient l’artémesia à 60%, une plante dont nous avons initié la culture chez nous aussi. A 20%, il comprend les composants d’une plante médicinale pour lequel les collègues malgaches ne sont pas obligés de divulguer pour préserver la propriété intellectuelle. Et puis il contient près de 15% d’excipients. Nos collègues malgaches nous ont montré des preuves qu’ils ont eu près de 176 cas et zéro décès et que ce produit n’a pas de toxicité, qu’il est efficace contre l’infection à Covid-19. Notre chef d’Etat étant sensible à la question, il nous a dépêchés à Madagascar après des échanges qu’il a eus avec son homologue malgache.

L.D.B. Justement où en êtes-vous avec la prescription médicale de ce produit dans les différents centres de prise en charge ?

A.E.D : Nous sommes des scientifiques. Sur cette base, il est de notre droit de prendre un échantillon de produit et de faire des analyses chimiques et de toxicologies préalables. Ce qui est en cours. D’ici deux jours, nous aurons la certitude de la composition chimique de ces produits. Et à partir de là comme dans ces recettes traditionnelles, il y a celles qui sont préparées pour la prévention et d’autres pour la recette curative, nous sommes en train de finaliser les protocoles que nous allons soumettre au comité des experts dont je fais partie et au comité d’éthique en science de la santé. Ce qui nous permettra dès l’avis favorable à utiliser ces produits et de les intégrer dans nos schémas thérapeutiques. Si son efficacité est prouvée, je peux vous assurer que le président de la République fera en sorte que nous acquérons ce produit par voie normale car ce premier lot est un don du président malgache.

L.D.B. Quels sont les malades épinglés comme prioritaires dans l’utilisation de ce Covid-Organics ?

A.E.D. : Les malades destinataires, dans le cadre de ce protocole que nous avons préparé, sont les asymptomatiques, c’est-à-dire ceux qui ont peu de symptômes cliniques. Il s’agit de démontrer qu’en prenant ce produit pendant sept jours, lorsqu’on contrôle au 14e jour,  nous puissions avoir la négativation de la virémie si elle était constatée positive au départ. Est-ce qu’on doit l’intégrer seul ou en association avec d’autres produits comme nous l’avons entrepris ? C’est le protocole qui va le déterminer. La quantité que nous avons est suffisante pour couvrir le nombre des sites si l’efficacité est prouvée.  Les patients de l’avenir pourront bénéficier du produit par la voie que j’ai citée.

L.D.B. Dans l’optique d’un déconfinement annoncé d’ici peu, comment votre commission va s’y prendre pour poursuivre la prise en charge des malades sachant que des débordements peuvent être observés à plusieurs niveaux ?

A.E.D. : Le déconfinement est normal. Le président de la République nous a prescrit ce qui doit accompagner ce déconfinement progressif. Il faut d’abord que nous cernions la majorité des cas contacts.  Et après, il faut que cela soit accompagné d’un dépistage de masse qui doit cibler certaines populations. On ne pourra pas dépister les 5 millions de Congolais. Mais il y a des personnes exposées qu’il faut dépister prioritairement. Il s’agit des professionnels de santé, la force publique, les administrations, les vendeurs de marchés, les chauffeurs dans les transports en commun et bien d’autres. Il convient donc d’organiser des stratégies au niveau des douze départements du pays et voir comment assurer la prise en charge. Mais des mesures de prévention doivent être prioritaires. Que chacun porte son masque et respecte les gestes barrières déjà édictées car l’épidémie est encore en cours.

L.D.B. Depuis le début de la pandémie, des Congolais comme plusieurs africains se sont lancés dans l’automédication, notamment à base des tisanes concoctées ici et là. Que sera votre message à nos lecteurs dont plusieurs doutent encore des conditions d’hébergement des malades dans les différents centres de santé et ceux érigés pour la circonstance ?  

A.E.D. : Le patient congolais est très méchant. Quand il a des symptômes, il aime l’automédication. Il va regarder les réseaux sociaux pour prendre ce qu’on lui conseille. Et c’est quand il est en détresse qu’il va courir à l’hôpital parce qu’il a des complications respiratoires. Et après, on nous demande de faire la magie. On ne joue pas avec les maladies qui ont une atteinte respiratoire comme celle-là. En France, vous avez vu des décors qui assuraient parfois entre 500 et 1000 morts par jours. Les gens ne mourraient pas parce que les médecins français ne sont pas compétents mais parce qu’il y a des gens qui arrivent à un stade tardif et les médecins sont débordés. Les médicaments que nous donnons sont gratuits. Maintenant, pour les conditions hôtelières, c’est vrai qu’on nous critique mais nous continuons d’améliorer les méthodes et nous sommes très avancés sur ce point. Vous pouvez aller voir comment les choses s’améliorent chaque jour.

 

Avec Adiac- Congo par Quentin Loubou

Guinée: Alpha Condé pointe la « responsabilité » de la France dans le retard du pays

octobre 1, 2018

Alpha Condé, le président guinéen, au palais présidentiel à Conakry en octobre 2016. © Vincent Fournier/JA

 

Le président guinéen Alpha Condé a attribué une part des difficultés traversées par son pays depuis l’indépendance en 1958 à l’attitude de la France de l’époque, dans une interview à Conakry avec des journalistes de TV5 Monde, RFI et Le Monde.

Lors de cette interview, diffusée dimanche, à deux jours du 60e anniversaire de l’indépendance, M. Condé s’est insurgé contre une question sur le fait que le pays « ne décolle pas économiquement ».

Les Français « doivent savoir que si la Guinée a été en retard, il y a la responsabilité des chefs d’État guinéens, mais aussi la responsabilité de la France de l’époque », a-t-il estimé. « Lorsque nous avons pris l’indépendance en 58, du jour au lendemain tous les cadres français sont partis, la Guinée est restée sans cadres », a déclaré M. Condé. « On a voulu anéantir économiquement le peuple de Guinée », a-t-il ajouté.

« Il ne faut pas oublier aussi que la Guinée a été mise en quarantaine (…), il a fallu que l’Union soviétique et la Chine viennent porter secours à la Guinée, tous les Français étaient partis, on n’avait pas de cadres », a insisté le président guinéen.

« L’histoire de la Guinée ne se ramène pas à la violence »,

La Guinée est devenue le premier pays d’Afrique subsaharienne à obtenir sa souveraineté de la France, après avoir voté non le 28 septembre 1958 au référendum instituant une « communauté » franco-africaine, proposée par le général De Gaulle.

De cet épisode, Alpha Condé a indiqué tirer « deux messages » pour la jeunesse guinéenne. En 1958, la Guinée « s’est donné la main comme un seul homme pour appeler à voter non », a-t-il dit. « Si nous voulons, nous pouvons de nouveau être unis pour faire face aux défis de la Guinée, ça c’est le premier message ». « Le deuxième, c’est que le gouvernement français à l’époque n’a pas eu une attitude correcte, ce qui a fait que, pendant longtemps, les rapports avec la France ont été tendus », a-t-il déploré.

« L’histoire de la Guinée ne se ramène pas à la violence », a-t-il par ailleurs souligné, alors qu’à l’occasion de cet anniversaire la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) et RFI ont publié un ouvrage, « Mémoire collective, une histoire plurielle des violences politiques en Guinée », revenant notamment sur le massacre du 28 septembre 2009.

« Je suis choqué ! »

M. Condé, au pouvoir depuis décembre 2010, s’est emporté à plusieurs reprises contre ses intervieweurs, leur reprochant d’être « venus avec des idées arrêtées ». « Je suis choqué de vous entendre dire que la Guinée n’a pas émergé, je suis choqué, franchement. Je suis choqué ! », s’est-il exclamé.

Ancien opposant historique, Alpha Condé est le premier président démocratiquement élu de cette ex-colonie française d’Afrique de l’Ouest, régie jusqu’alors par des pouvoirs autoritaires, voire dictatoriaux.

Malgré la richesse de son sous-sol, plus de la moitié de la population de Guinée vit sous le seuil de pauvreté, avec moins d’un euro par jour, selon l’ONU.

Jeuneafrique.com avec AFP

Interview Paris-Match avec Ferdinand Mbaou: « Pourquoi on veut me tuer »

septembre 20, 2018

 

Ferdinand Mbaou, opposant redoutable

 

Selon les révélations du Monde et du Figaro, ce général congolais aurait été la cible d’une tentative d’assassinat en France impliquant deux anciens agents de la Dgse. Ferdinand Mbaou répond aux questions de Paris Match Afrique.

Paris Match Afrique. La semaine dernière, Le Monde et Le Figaro révèlent qu’une tentative d’assassinat a été planifiée en région parisienne contre vous. Etiez-vous au courant ?

Ferdinand Mbaou. Non ! Je l’ai appris en même temps que tout le monde, en lisant dans le journal que des personnes avaient été arrêtées parce qu’elles projetaient d’assassiner un opposant congolais ici en région parisienne. J’ai été surpris de lire qu’il s’agissait de ma modeste personne.

Quel sentiment avez-vous éprouvé ?

J’ai déjà échappé à une tentative d’assassinat le 10 novembre 2015 à coté de chez moi dans le Val d’Oise. On m’a tiré dessus à bout portant. J’ai encore les projectiles dans mon corps, on n’est jamais heureux de ce genre de situation, jamais aguerri. On essaye de faire avec. La différence cette fois, c’est que d’après les articles des anciens agents des services de sécurité français sont impliqués. Cela m’a fait beaucoup de peine de l’apprendre. Heureusement, d’autres agents, en fonction ceux-là, ont bien travaillé. Je tiens à les remercier et j’espère qu’ils vont continuer maintenant qu’ils ont la preuve que je suis dans la ligne de mire de ce commanditaire dont je ne veux pas citer le nom.

Saviez-vous que des personnes cherchaient à vous tuer ?

Oui je sais pourquoi on veut me tuer. Les Congolais m’ont averti et puis j’ai reçu des menaces par SMS: « on va venir te tuer aujourd’hui. » J’ai tenté d’alerter les services, mais ils n’ont pas donné suite.

La justice ne m’a informé de rien et je n’ai aucune protection policière

Bénéficiez-vous d’une sécurité rapprochée ?

Non pas du tout. La justice ne m’a pas encore informé officiellement et je n’ai aucune protection policière. Seule la presse nous a informés. D’ailleurs, je suis très heureux que cette presse utile existe en France. Chez nous au Congo, les hommes de presse qui ont dit la vérité ont fini en prison.

Vous avez été le chef de la garde présidentielle du président congolais Pascal Lissouba jusqu’en 1997 avant l’arrivée au pouvoir de l’actuel président Denis Sassou-Nguesso, pourquoi vous en voudrait-il encore autant ?

Je suis l’un de ses ennemis les plus redoutables et dans sa république un peu bananière, tout est en train de partir en lambeau. Il y a une crise politique, économique, sociale, il est isolé sur le plan international et cela qui le rend comme un chien en cage.

Est-ce que vous constituez une menace ?

Quand un peuple est opprimé, c’est l’oppresseur qui définit la nature du combat. Quand le peuple est descendu dans la rue pacifiquement il s’est fait tirer dessus. Il y a eu des morts et les gens ont a compris qu’il fallait trouver d’autres moyens plus adéquats pour renverser cet état des choses.

Est-ce la raison pour laquelle vous avez été emprisonné lors de votre retour au Congo en 2009 ?

J’étais allé au Congo pour me recueillir sur la tombe de mon père, mort dans les combats en 1997. A mon arrivée, on m’a jeté en prison pour « atteinte à la souveraineté extérieure de l’Etat » et « usurpation de grade de général ». J’ai passé 170 jours bien comptés en prison. A ma sortie, les Congolais ont exigé que je sois jugé à la Cour criminelle qui m’a acquitté sur les deux chefs d’accusation.

Avez-vous subi d’autres intimidations depuis lors ?

Oui on a gelé mes comptes et mes avoirs en France à quatre reprises. Là aussi, je me demande pourquoi ! Quand je pose la question, on me répond : « Vous voulez renverser le Président Sassou Nguesso » (réélu après des élections contestées le 16 mars 2016, ndlr). Je dis clairement : « C’est votre président, ce n’est pas le nôtre ! » J’ai toujours dit à haute voix que je considère que depuis 1997 le Congo Brazzaville vit entre parenthèses. Pour autant, je sais qu’un jour, avec notre intelligence, dans l’unité et dans la paix, nous sortirons de cette situation pour que notre pays soit comme le dit notre hymne national dans l’unité, le travail et le progrès !

Zenga-mambu.com by Laurent avec François de Labarre

RDC/She Okitundu: « Nous n’avons pas de leçons à recevoir de l’Angola et du Rwanda

juin 17, 2018

 

« Les élections auront lieu le 23 décembre et le président Kabila respectera la Constitution »

Pour le ministre des affaires étrangères de RDC Léonard She Okitundu, le calendrier des législatives, provinciales et de la présidentielle sera respecté.

 

 

Congo: la justice est aux ordres, selon Guy-Parfait Kolelas

janvier 10, 2018

 

Guy-Brice Parfait Kolélas, l’une des principales figures de l’opposition congolaise, député de la ville de kinkala (sud) a déclaré, dans une interview exclusive accordée à RFI, que la justice de son pays est aux ordres. L’intégralité de cet entretien avec nos confrères de la radio mondiale.

Alpha Condé: « Les problèmes africains doivent se régler en Afrique »

octobre 31, 2017

 

Alpha Condé, à Conakry lors d’un entretien à JA en octobre 2016. © Vincent Fournier/JA

CPI, RD Congo, droits de l’homme… Le chef de l’État guinéen, président en exercice de l’UA, défend ses choix pour son pays comme pour le continent.

Être le président en exercice de l’Union africaine confère un avantage de taille : celui d’être accueilli, au titre de porte-parole du continent, par les superpuissants de la planète Terre. Alpha Condé l’a bien compris, lui qui, en septembre, a été reçu tour à tour par Xi Jinping, Donald Trump et Vladimir Poutine. Pour parler des rapports entre l’Afrique et le monde bien sûr, mais aussi de la Guinée, que ce chef d’État de 79 ans n’oublie jamais de placer au cours de ses échanges…

On n’est jamais mieux servi que par soi-même. Aussi est-il revenu de Pékin avec un mégaprêt de 20 milliards de dollars sur vingt ans, de Moscou avec l’effacement des intérêts de la dette et des projets de construction d’hôpitaux et de casernes, de New York avec la promesse d’un engagement de l’Eximbank à accompagner les investisseurs américains en Guinée. De quoi fouetter une activité économique qui, portée par un taux de croissance honorable de 6,7 % en 2017, rebondit enfin.

Renaissance programmée

Capitale constamment au bord de l’AVC circulatoire dont l’aménagement a jusqu’ici été négligé, le pouvoir préférant porter ses efforts sur l’intérieur du pays, Conakry devrait profiter de cette manne annoncée au cours des trois dernières années du second mandat d’Alpha Condé.

Les maquettes, impressionnantes, de la renaissance de la presqu’île de Kaloum et des îles de Loos disent l’ampleur colossale d’un chantier sur lequel interviendront des entreprises turques, marocaines, singapouriennes, chinoises et françaises.

« Dans les années 1950, Houphouët-Boigny se disait prêt à échanger la Côte d’Ivoire contre la Guinée : nous allons lui donner raison », dit ce président intarissable sur les « scandaleuses » richesses minières et agricoles de son pays.

Équilibre politique

Le problème, bien sûr, c’est que le temps de la politique n’est pas celui du développement. Pressée d’accéder (ou de ré-accéder) au pouvoir, l’opposition ne ménage guère Alpha Condé, qui, en janvier prochain, transmettra la présidence en exercice de l’UA au Rwandais Paul Kagame.

Sous la houlette de son chef de file, Cellou Dalein Diallo, lequel fut pendant une décennie de régime militaire ministre puis Premier ministre, elle organise des manifestations de rue parfois imposantes qui se heurtent presque systématiquement aux forces de l’ordre. Au sein d’une classe politique où la nuance et le sens de l’équilibre n’ont jamais eu droit de cité, propos et slogans sont souvent violents, les invectives fusent, et les nerfs sont à fleur de peau.

Cellou Dalein Diallo (à g.) et Papa Koly Kourouma, au milieu d’opposants à un troisième mandat du président. Conakry, le 2 août. © CELLOU BINANI/AFP

 

Dans la ligne de mire : les élections locales et législatives de 2018 et, au-delà, la présidentielle de 2020, à laquelle l’opposition soupçonne Alpha Condé de vouloir se présenter, même si, dans son état actuel, la Constitution le lui interdit. « Ce débat ne me concerne pas, répond invariablement l’intéressé. Ni moi ni les Guinéens, qui m’ont élu pour réformer et transformer la Guinée. » Dont acte, pour l’instant.

Jeune Afrique : Votre mandat à la tête de l’Union africaine s’achève dans un peu plus de deux mois. En quoi cet exercice aura-t-il bénéficié aux Guinéens ?

Alpha Condé : Sur le plan symbolique, cela aura été une sorte de retour aux sources. Souvenez-vous du rôle majeur que la Guinée de Sékou Touré a joué dans la libération du continent. Le MPLA [Mouvement populaire de libération de l’Angola] a été fondé en partie à Conakry avec Mário de Andrade. Des cadres de l’ANC, dont Nelson Mandela et Thabo Mbeki, ont suivi une formation militaire à Kindia. Et la Guinée a été l’un des principaux artisans de la création de l’OUA [Organisation de l’unité africaine], à qui elle a donné son premier secrétaire général, Diallo Telli.

Les mots d’ordre de l’époque, unité et souveraineté africaines, sont plus que jamais d’actualité : ce n’est pas un hasard s’il m’est revenu de les réaffirmer cette année à la face du monde. Pour les Guinéens, cette présidence en exercice est un motif de fierté et la preuve que leur pays est désormais incontournable sur la scène panafricaine.

Vous vous êtes beaucoup investi dans la résolution de la crise gambienne, fin janvier. Êtes-vous satisfait du résultat ?

Évidemment. C’est la preuve que les Africains peuvent régler leurs problèmes sans l’intervention de quiconque. Et cela offre un modèle à suivre pour résoudre d’autres crises en cours.

Celle que traverse la RD Congo par exemple ?

Oui. Nous tentons de la circonscrire entre Africains. Le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, était à Kinshasa il y a peu. Moi-même, j’ai eu à New York un long entretien avec le président Kabila et j’ai reçu ses principaux opposants.

Les métastases de la crise libyenne nous touchent, nous Africains, plus que quiconque

Nous avons, je crois, convaincu ces derniers de se concentrer sur la tenue des élections, plutôt que de se focaliser sur la contestation du gouvernement. Bien sûr, l’appui des Européens, des Américains et de l’ONU est le bienvenu pour aider les Congolais à organiser et financer les scrutins. Mais c’est aux Africains de proposer les solutions et aux autres de nous accompagner, pas l’inverse.

Même schéma en ce qui concerne la crise libyenne ?

Absolument. D’abord pour une raison de principe : les problèmes européens se règlent en Europe, dans le cadre de l’Union européenne, les problèmes asiatiques en Asie, les problèmes américains en Amérique, les problèmes africains doivent se régler en Afrique.

Ensuite parce que la destruction de la Libye et l’élimination de Kadhafi ont fait de ce pays un cancer, dont les métastases nous touchent, nous Africains, plus que quiconque. Là encore, l’aide de l’ONU, de la France ou de l’Italie est utile. Mais c’est à l’UA que toutes les tendances libyennes font aujourd’hui confiance pour trouver une solution, quoi qu’en disent certains.

Si nous voulons faire taire les armes, l’Afrique doit parler d’une seule voix

Le président du Congo, Denis Sassou Nguesso, qui préside le Comité des chefs d’État sur la Libye, a établi une feuille de route qui doit déboucher sur un gouvernement d’union nationale chargé d’organiser des élections. Un grand sommet est prévu en décembre. La seule voie à suivre est donc africaine.

Tous les dirigeants libyens que j’ai rencontrés me l’ont répété : les pyromanes ne peuvent pas être les pompiers. Je suis d’ailleurs heureux de constater que, dans cette affaire, les Africains parlent d’une seule et même voix. Si nous voulons réussir notre pari de faire taire les armes sur le continent à l’horizon 2020, c’est indispensable.

Vous avez été élu à la présidence de l’UA dans un contexte particulier : celui des réformes de fond proposées par le Rwandais Paul Kagame et avalisées par le sommet d’Addis-Abeba. Où en est leur application ?

Nous progressons sur la voie de l’autonomie financière et de la rationalisation de notre fonctionnement. Depuis la création de l’UA, 1 500 résolutions ont été prises – pour la plupart sans suite. Il fallait que cela change.

Notre absence au Conseil de sécurité est plus qu’une anomalie

Désormais, le sommet de janvier se concentre sur un ou deux sujets majeurs, et celui de juillet examine la mise en œuvre des décisions adoptées. C’est ce qui a été fait cette année concernant le thème de la jeunesse et de l’atout démographique, confié au président tchadien, Idriss Déby Itno.

Autre thème fort, porté par vous-même lors de l’Assemblée générale de l’ONU en septembre : la revendication de deux sièges pour l’Afrique au Conseil de sécurité. Avez-vous une chance d’être écouté ?

Je l’espère. Le monde de 2017 n’est plus celui de 1945, et 70 % des problèmes traités par le Conseil de sécurité, tout comme la majorité des opérations de maintien de la paix de l’ONU, concernent l’Afrique. Notre absence est plus qu’une anomalie, c’est une injustice. La Chine, la Russie et la France soutiennent cette revendication. Il nous reste deux pays à convaincre : les États-Unis et la Grande-Bretagne. Nous y parviendrons. C’est dans leur intérêt.

Le président américain, Donald Trump, lors de l’Assemblée générale des Nations unies, le 20 septembre. © Evan Vucci/AP/SIPA

 

Entre l’UA et la Cour pénale internationale, le divorce est-il prononcé ?

La question ne se pose pas. Une résolution a été prise en janvier lors du sommet d’Addis, demandant aux États africains de quitter la CPI. Non pas parce que nous sommes en faveur de l’impunité et contre les droits de l’homme, mais parce qu’il faut que les Africains soient jugés en Afrique par notre propre cour pénale, dont les statuts doivent être ratifiés par les membres de l’UA.

Nous devons rendre opérationnelle la Cour africaine de justice

C’est une question de logique : si nous sommes opposés aux ingérences étrangères, nous devons rendre opérationnelle la Cour africaine de justice. Pour le reste, le procès du deux poids et deux mesures intenté à une CPI qui ne juge que des Africains et dont s’exonèrent quelques grandes puissances est largement instruit. Je ne vais pas le refaire ici.

Votre opposition estime que vous voyagez trop, au détriment des problèmes domestiques. Que répondez-vous ?

C’est un jugement stupide. J’ai certes voyagé en tant que président de l’UA, mais aussi et toujours comme chef de l’État guinéen. Mes déplacements en Chine, en Russie, en Turquie, en Arabie saoudite, à Abou Dhabi, au Soudan ou ailleurs ont tous eu des retombées concrètes pour la Guinée. Ceux-là mêmes qui me critiquent étaient aux affaires sous le régime de Lansana Conté, dont on sait qu’il se contentait de régner sans gouverner.

Aujourd’hui, la Guinée existe à nouveau sur la carte du monde

Qu’ont-ils fait de la Guinée ? Que diront-ils quand il leur faudra rendre des comptes ? Lorsque j’ai été élu en 2010, on confondait la Guinée avec la Guinée-Bissau et la Guinée équatoriale, et seules trois compagnies aériennes d’envergure internationale desservaient Conakry. Aujourd’hui, elles sont six, bientôt huit. Et mon pays existe à nouveau sur la carte du monde.

Vous venez de conclure avec la Chine un prêt de 20 milliards de dollars sur vingt ans. C’est considérable. En 2009, un accord du même type avait été signé, sans aucun résultat. En quoi celui-là est-il différent ?

L’accord de 2009 n’avait pas été passé avec l’État chinois, mais avec une société chinoise basée à Hong Kong et à Luanda. C’était un accord léonin que j’ai refusé d’appliquer dès mon accession au pouvoir, parce qu’il revenait à offrir à cette société la quasi-totalité de nos ressources minières et énergétiques en échange d’un investissement de 7 à 10 milliards de dollars. Celui-ci n’a rien à voir.

Avec le président chinois Xi Jinping, lors du sommet des Brics, le 4 septembre à Xiamen, en Chine. © CHINE NOUVELLE/SIPA

 

Ce n’est pas un accord de troc, et rien n’est hypothéqué. Les entreprises intéressées par l’exploitation de nos ressources opéreront avec la garantie de l’Eximbank chinoise. Une partie des royalties qu’elles nous paieront servira à rembourser le prêt qui nous a été accordé, lequel sera dépensé en fonction de projets ponctuels.

Dès 2018, seront entrepris de grands travaux : la route nationale 1, la voirie de Conakry, une ligne à haute tension, une nouvelle université, des logements sociaux, sans oublier l’agriculture…

N’est-ce pas risquer de dépendre fortement de la Chine ?

Non. La Guinée n’est la chasse gardée de personne, et notre potentiel est tel qu’il y a de la place pour tout le monde. Rien que dans la bauxite, Américains, Russes, Émiratis, Indiens et Français sont présents. Je l’ai dit à Donald Trump et à Angela Merkel : accompagnez vos entreprises comme le font les Chinois. La Guinée est un pays ouvert.

Des enquêtes sont en cours en Australie et en Grande-Bretagne à propos de faits de corruption dont se serait rendue coupable la société minière Rio Tinto en Guinée. Qu’avez-vous à en dire ?

Que cela n’a aucun rapport avec l’accord que j’ai conclu avec Rio Tinto après mon arrivée au pouvoir – un accord entièrement bénéfique pour la Guinée puisqu’il a débouché sur le versement d’une pénalité de 700 millions de dollars au Trésor guinéen et sur la rétrocession de 15 % d’actions. Maintenant, si ces gens ont des comptes à régler entre eux sur la base de commissions dont j’ignore tout, cela ne me concerne pas.

Je vous rappelle que j’ai imposé un nouveau code minier transparent, qui a été salué par le G20 comme un modèle en la matière. Cela nous a permis de récupérer 800 concessions minières bradées par les précédentes administrations. Si je voulais gagner de l’argent de façon illicite, j’aurais négocié avec Beny Steinmetz et sa société BSGR !

Je ne compte plus le nombre d’intermédiaires qui m’ont proposé un arrangement assorti de dizaines de millions de dollars. J’ai refusé, quitte à ce que l’on dise : « Alpha est un ancien communiste, il mourra pauvre. »

Entre le pouvoir et l’opposition guinéenne, une sorte de gentlemen’s agreement semblait avoir été conclu en 2016, dans un souci d’apaisement. Mais depuis quelques mois, si l’on en juge par les déclarations de vos adversaires, les couteaux sont à nouveau tirés. Pourquoi ?

L’accord portait sur trois objets. Premièrement : organiser des élections locales. La commission électorale a proposé la date du 4 février 2018. Deuxièmement : indemniser les victimes des manifestations. Troisièmement : donner un statut dont des émoluments au chef de file de l’opposition.

Il faudra bien que l’on s’explique avec l’opposition, bilan contre bilan

Tout cela a été respecté, même si certains aspects ont pris du retard. Il y a des gens, au sein de l’opposition comme de la mouvance présidentielle, que la tranquillité n’arrange pas. Mon rôle est d’être le garant des accords conclus entre les uns et les autres. Ce qui me gêne dans le fond, c’est de voir les dirigeants de l’opposition, leur leader en tête, se comporter comme s’ils étaient aussi vierges que moi quand j’ai accédé au pouvoir il y a sept ans. Mais ils ont géré ce pays !

Il faudra bien que l’on s’explique, bilan contre bilan. Il est temps que tombent les masques. Trop de mensonges, trop d’intoxications… L’heure est venue d’ouvrir les dossiers.

L’opposition avance le chiffre de 83 morts lors de la répression de diverses manifestations depuis 2010. Que répondez-vous ?

Ce chiffre ne tient compte ni du nombre de policiers décédés ni du nombre de civils abattus par armes de chasse ou autres – des armes dont ne sont pas dotées les forces de l’ordre. J’ai demandé aux services français spécialisés de nous aider à expertiser les balles, et nous saurons bientôt la vérité. Combien de mes militants ont-ils été tués quand les chefs de l’opposition étaient aux affaire ?

Par ailleurs, j’ai été dans l’opposition pendant quarante ans, j’ai organisé beaucoup de manifestations. Jamais mes militants n’ont agressé des gendarmes ou brûlé des voitures. Ceux que nous voyons aujourd’hui dans les rues ont des frondes, des machettes et des cocktails Molotov. C’est moi qui ai fait rentrer l’armée dans les casernes, moi aussi qui ai entrepris d’inculquer aux gendarmes et aux policiers issus de l’ancien régime les notions de maintien démocratique de l’ordre, tâche ardue s’il en est tant les mauvaises habitudes étaient ancrées.

Ce n’est pas à mon âge que je vais entamer une carrière de dictateur, comme disait de Gaulle. Ni me livrer à une comptabilité malsaine : combien de mes militants ont-ils été tués par les militaires quand les chefs de l’opposition actuelle étaient aux affaires ? Veulent-ils vraiment qu’on ouvre ce débat ?

Autre thème récurrent : le troisième mandat. Beaucoup pensent que vous vous préparez à faire modifier la Constitution pour vous présenter à nouveau devant les électeurs en 2020. Est-ce exact ?

Nous sommes en octobre 2017. J’en suis à la deuxième année de mon second quinquennat. La seule chose qui m’importe, c’est de tenir les engagements que j’ai pris devant le peuple de Guinée lors de ma réélection. Si certains veulent discuter à l’infini du sexe des anges, c’est leur problème.

La limitation des mandats, c’est un débat qu’on nous a imposé, avez-vous dit…

C’est un débat qu’on veut nous imposer et qu’on ne nous imposera pas, surtout pas de l’extérieur. Ce ne sont ni les médias étrangers, ni les ONG, ni les chancelleries qui font l’opinion africaine. Encore moins l’opinion guinéenne.

Que s’est-il réellement passé à Boké, ville minière secouée par de violentes émeutes en septembre ?

Au départ, une maladresse : procéder à un délestage électrique un soir de Ligue des champions, il ne fallait évidemment pas le faire. Puis l’expression d’un malaise. Dans le code minier que j’ai fait adopter, il est spécifiquement prévu que les compagnies doivent employer en priorité des sociétés et des nationaux guinéens issus de la région où ces compagnies exercent, sauf si ni les uns ni les autres ne répondent aux critères de qualification exigés. C’est ce qu’on appelle le contenu local. Or ce contenu local n’est pas toujours respecté, et je le leur ai clairement signifié.

Enfin, il y a le problème de la pollution générée par les camions qui traversent la ville en attendant que soit achevée la route de contournement. Reste que ces revendications légitimes ne justifient pas les violences : des maisons ont été détruites, des rails démontés. Ce dernier point relève de la récupération et de la manipulation. Des gangs de voyous ont été envoyés depuis certains quartiers de Conakry pour semer des troubles. Des enquêtes sont en cours.

Huit ans après le massacre du 28 septembre 2009, le procès tarde à venir. Quand aura-t-il lieu ?

Le pôle judiciaire chargé de l’instruction avance, comme l’a souligné le procureur de la CPI, Fatou Bensouda. Je n’étais évidemment pas président quand ce massacre a eu lieu, mais j’en assume la responsabilité en tant que chef de l’État. Tout comme j’assume la responsabilité des massacres du camp Boiro en 1985, en 2007 et en 2009, dont mes militants ont été victimes et dont personne ne parle.

Ce qui préoccupe les Guinéens, ce n’est pas le 28 septembre, c’est l’eau, l’électricité, les transports…

Sur les quatorze personnes inculpées, trois sont encore en fonction à vos côtés. N’est-ce pas gênant ?

En quoi est-ce gênant ? Être inculpé ne veut pas dire être coupable. Certains d’entre eux n’étaient même pas à Conakry quand le massacre s’est produit ! Soyons clairs : il n’y aura pas d’impunité, mais je refuse qu’on instrumentalise ce drame à des fins politiques. Ce qui préoccupe les Guinéens qui m’ont élu, ce n’est pas le 28 septembre, c’est l’eau, l’électricité, les transports et le panier de la ménagère.

Vos relations avec le président français Emmanuel Macron sont-elles aussi fluides qu’avec votre camarade socialiste François Hollande ?

Mon amitié avec François Hollande était antérieure à son accession à l’Élysée. Ma relation avec lui n’est donc pas duplicable. Quant à mes rapports avec le président Macron, que j’ai rencontré lorsqu’il était ministre, puis candidat, et que j’ai revu depuis son élection lors de différents sommets, ils sont sereins. Nous communiquons régulièrement, de personne à personne et d’État à État.

Je tranche les problèmes, je me fiche parfois du protocole

Mais il ne vous a toujours pas reçu à l’Élysée…

Ne cherchez pas de problème là où il n’y en a pas. J’ai transité deux fois par Paris depuis mai 2017. La première fois, Emmanuel Macron était à Bruxelles, et la deuxième, à Saint-Martin, aux Antilles. Pour le reste, tout va bien, ne vous inquiétez pas.

Pourtant, vous ne paraissez pas être sur la même longueur d’onde en ce qui concerne la démographie africaine. Il a d’abord parlé de « défi civilisationnel », puis vous de « chance pour l’Afrique ». Divergence de fond ?

Votre chronologie est inexacte. J’ai parlé de « chance » à N’Djamena en juin et Emmanuel Macron de « défi » à Hambourg en juillet. Je ne lui ai donc pas répondu. C’est vrai que notre appréciation de tel ou tel sujet peut être différente. Cela n’a rien d’anormal et nous en discutons.

Sept ans après votre arrivée au pouvoir, en quoi avez-vous changé ?

Vous m’avez connu bien avant mon élection. À vous de me le dire.

Il y a deux mois, vous avez limogé cinq ministres en l’espace de vingt-quatre heures, et les intéressés ont appris leur infortune par la radio. Quand je vois cela, je me dis que l’Alpha Condé de 2017 est le même qu’en 2010 : président de tout et de partout.

Et alors ? Qu’aurais-je dû faire ? Les maintenir à leur poste alors que je juge en toute objectivité qu’ils ont failli ? C’est vrai que sur beaucoup d’aspects je n’ai pas changé : je tranche les problèmes, je me fiche parfois du protocole quitte à étonner certains de mes pairs, je reste fidèle à mes amis. Eh bien, je m’en félicite.

Pour le reste, rassurez-vous : au fur et à mesure que croît le nombre de cadres guinéens honnêtes, patriotes et compétents, je sais prendre de la distance, déléguer et faire confiance.

Vous avez 79 ans et une résistance physique étonnante, au point que l’on se demande si vous n’avez pas décidé d’arrêter de vieillir. Comment faites-vous ?

Posez la question au Bon Dieu.

Jeuneafrique.com par

Interview du lanceur congolais Franck Elemba à Abidjan aux Jeux de la Francophonie

juillet 24, 2017

Le lanceur de poids, Franck ELEMBA menace de changer de nationalité : « il est abandonné par le gouvernement Congolais  de Brazzaville »

Franck Elemba: «Je me sens abandonné par le Congo». Interview accordée à RFI.

Médaillé d’or aux Jeux de la Francophonie 2017, Franck Elemba n’avait pourtant pas le cœur à sourire, ce 23 juillet à Abidjan. Usé physiquement et moralement, criblé de dettes en France et au Maroc, victime d’une arnaque à Brazzaville, le lanceur de poids se sent abandonné par le Congo. A deux semaines des Championnats du monde à Londres, celui qui avait fini 4e aux JO 2016 envisage même de changer de nationalité sportive pour les JO 2020.

RFI : Franck Elemba, vous voilà médaillé d’or aux Jeux de la Francophonie 2017 après avoir fini non loin du podium en 2009 et 2013. Êtes-vous satisfait de votre performance à Abidjan ?

Franck Elemba : C’est la deuxième médaille d’or de ma carrière dans un tournoi international. Mais je l’ai obtenu avec beaucoup de difficultés et de petits soucis au niveau du matériel. Les organisateurs ont en effet refusé que je lance avec le poids que j’utilise habituellement. […] Mais j’ai été obligé de faire avec. J’ai essayé d’avoir cette première place pour l’honneur du Congo. […]

Être athlète dans un sport individuel, ce n’est pas simple… On travaille dur matin, midi et soir pour hausser son niveau. Du coup, des blessures surviennent. C’est d’ailleurs ce qui me ralentit un peu dans ma progression, en ce moment. En plus, j’ai du mal à aller au bout des traitements. Mais je vais essayer de conserver toutes mes forces pour réussir quelque chose aux Mondiaux à Londres.

Ces blessures sont-elles inévitables ?

Ça vient de la charge de travail que je me suis imposé. Des blessures sont apparues au niveau de mes tendons rotuliens, ces dernières semaines. Je dois néanmoins continuer à appuyer sur mes jambes. Résultat, j’ai ces douleurs en tête. Et, du coup, il y a beaucoup de stress.

En plus, je me sens délaissé et même abandonné. C’est très difficile de garder le moral durant la préparation pour ces Mondiaux. Imaginez un peu que vous passiez votre temps à emprunter de l’argent aux banques pour vous soigner et pour financer des stages…

Qui vous a abandonné ?

Mon pays. Ses dirigeants n’ont pas voulu ou pas pu me payer un stage de préparation depuis un an. Rien de tout ce que je leur ai demandé n’a été fait.

Lorsque les gens essaient de vous aider, vous le sentez au moins… Mais lorsque vous sentez qu’il n’y a rien de fait pour vous, ça devient difficile et ça fait mal au cœur.

J’ai prévu des stages un peu partout dans le monde. Pour le premier, par exemple, il a fallu emprunter de l’argent en banque pour payer les billets d’avion de mon entraîneur [le Marocain Mohammed Fatihi, Ndlr] qui a dû en partie payer ses nuits d’hôtel. Mon club en France, l’EFCVO, a également contribué au fait que je participe à ce stage.

Les choses sont vraiment difficiles car seul mon club essaie de faire quelque chose depuis les Jeux olympiques 2016. C’est très dur pour moi et vraiment dommage pour mon pays. Surtout lorsque je vois le traitement réservé à l’équipe de football du Congo qui effectue des stages à Paris en vue de matches amicaux…

Je n’arrive pas à avaler tout ça et c’est ce qui me démotive. Je sais que mon pays traverse une crise. Mais lorsque vous donnez le meilleur de vous-même aux Jeux olympiques, cela devrait entraîner un soutien des autorités de votre pays pour aller plus loin, non ? Mais s’il n’y a pas de soutien pour aller plus haut, comment faire ?

Je vais participer aux Mondiaux alors que mon entraîneur n’a pas de billets d’avion. Je vais utiliser une petite prime de victoires pour lui payer le trajet. Tout ça fait que je termine la saison en étant démotivé. […]

Je me sens vraiment à bout, malgré cette médaille à Abidjan. Je vais rentrer chez moi. Mais comment est-ce que je vais faire pour payer mes dettes en France et au Maroc ? Je réfléchis à une solution. J’essaie de rembourser avec l’argent gagné durant les meetings. Mais ce n’est pas suffisant et je retombe toujours dans les mêmes problèmes. […]

Qui pourrait vous aider ?

J’attends un geste de la part du président de la République [Denis Sassou-Nguesso, Ndlr] et du gouvernement. Il y a de nombreuses fondations au Congo…

En attendant, je vais continuer à travailler. Je souffre mais ce n’est pas ce qui va m’arrêter. […] Je ne pourrais pas tout plaquer. J’ai un objectif et je vais le réaliser : aller chercher une médaille à Tokyo. Cette médaille, elle sera pour moi et pour ma famille. Pour ma mère surtout qui m’a beaucoup aidé. Elle est à la retraite et elle souffre. On espère que le bon Dieu nous aidera.

 

Photo de BrazzaNews.
 Franck Elemba
Brazzanews.fr avec Rfi.fr