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Les chiens distinguent mots et intonations… comme les humains

août 31, 2016

Les chiens devant l’appareil à IRM

Les chiens devant l’appareil à IRM Enikö Kubinyi
Que ceux qui se sont amusés à dire un jour à un chien « sombre crétin » sur un ton enamouré ravalent leur condescendance. La queue pouvait bien bouger, l’animal n’était pas dupe. Une étude publiée cette semaine dans la revue Science montre en effet que le cerveau canin prête attention à la fois aux mots et aux intonations, autrement dit à ce que nous disons et à la façon dont nous le disons. « Exactement comme les humains », sourit Attila Andics, éthologue à l’université Eötvös Lorand de Budapest et premier signataire de l’article.

Spécialiste du langage et du comportement chez les animaux, Attila Andics et son collègue Adam Miklosi tentaient depuis longtemps de cerner les régions du cerveau mises en jeu chez le meilleur ami de l’homme lorsqu’il était soumis à une information. Il y a deux ans, les deux chercheurs avaient ainsi montré comment un pleur ou un aboiement déclenchait une réponse particulière dans l’hémisphère droit de l’animal, plus précisément dans la zone de l’audition. Normal, direz-vous, puisqu’il percevait l’information avec les oreilles.

Cette fois, les scientifiques hongrois ont soumis les chiens au langage humain. Le résultat est spectaculaire : comme nous, les canidés traitent les mots et leur sens avec leur hémisphère cérébral gauche, tandis qu’ils analysent l’intonation avec l’hémisphère droit. Pour en apporter la démonstration, les scientifiques hongrois ont d’abord appris à 13 chiens de différentes races à rester immobiles dans un tunnel d’images à résonance magnétique (IRM). « C’est à peu près tout ce que ces chiens avaient de particulier », précise Attila Andics. Rien à voir avec ces super-cabots surentraînés, célébrés dans les livres des records, capables de distinguer des centaines de mots prononcés par leurs maîtres.

« Grandes perspectives »

Deux chiens apprennent à rester immobiles

Deux chiens apprennent à rester immobiles Borbàla Ferenczy

A ces quidams canins ont été proposées différentes expressions. Des mots doux – « gentil garçon », « super », « bien joué », que leurs propriétaires assuraient employer ; et d’autres, pour eux a priori moins signifiants – « pourtant », « néanmoins ». Le tout prononcé soit d’une voix chaleureuse, soit avec une parfaite neutralité. La combinaison des deux variables a permis de constater que, quel que soit le ton utilisé, l’hémisphère gauche était activé lorsque les mots avaient clairement un sens pour l’animal. Et que, à l’inverse, peu importait le sens, l’hémisphère droit surréagissait lorsque l’intonation exprimait du sentiment.

Andics et ses collègues auraient pu se contenter de ce résultat, déjà majeur. Ils ont voulu voir quelle partie du cerveau se trouvait plus particulièrement stimulée lorsque les mots doux étaient prononcés d’une voix joyeuse. « Nous nous sommes aperçus que le centre de la récompense, celui qui réagit au plaisir sexuel ou à la nourriture, était alors activé. Et seulement dans ce cas, précise le chercheur. Si seule la signification ou l’intonation est positive, il n’y a pas d’activation. Le chien ne se contente donc pas de segmenter deux informations pour traiter le langage humain, il combine aussi les deux résultats. »

L’étude invite les propriétaires de chiens à la modestie. Leur animal n’est pas seulement leur meilleur ami. Il reste aussi un vieux cousin, notamment pour ce qui est du traitement du langage. De quoi passionner, au-delà des éthologues, une grande communauté de chercheurs. Neurologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Lionel Naccache salue « un dispositif simple, un schéma très propre et un résultat très clair, appuyé sur une nouveauté expérimentale : parvenir à réaliser l’IRM d’un animal non sédaté ». Un travail qui, derrière le chien, « ouvre de grandes perspectives pour la compréhension de l’origine du langage chez l’homme ».

« Naturalisation de la culture »

Pour Attila Andics, la conclusion est claire : « Le circuit qui permet de traiter le langage était déjà présent chez l’ancêtre commun de l’homme et du chien, il y a quelque 100 millions d’années. Certains pensaient qu’un big bang dans le cerveau humain avait permis au langage de pouvoir se mettre en place. Non, c’est juste une invention… comme la roue. Et si c’est vrai pour le chien, c’est très probablement vrai pour des animaux beaucoup plus proches de nous, comme les primates. »

Lionel Naccache le dit autrement. « Les travaux récents ont montré que les bases de l’empathie, de la coopération, de la cognition, du maniement des nombres existent bien au-delà de l’espèce humaine. Nous nous inscrivons dans un arbre évolutif qui nous dépasse très largement et qui impose des contraintes. Une sorte de naturalisation de la culture. » Le chien, assistant du philosophe ?

Lemonde.fr par  Nathaniel Herzberg

François Hollande, l’homme mystérieux

mai 7, 2012

Élu président de la République, François Hollande succède à François Mitterrand dans l’imaginaire socialiste. Pourtant, il revient de loin. Personne ne pensait qu’il serait un jour le héros de la gauche.

Comme si de rien n’était, François Hollande est devenu président. Personne ne l’avait imaginé, sauf lui sans doute. À 57 ans, il succède pourtant à François Mitterrand, l’équivalent pour la gauche du général de Gaulle. Ce n’est pas rien: il entre dans l’Histoire comme le deuxième président socialiste de la Ve République. Qui pense encore aujourd’hui que Hollande est un «homme normal»? Lui sans doute. Il revendique la formule. Mais pour les autres, les regards vont définitivement changer. François Hollande ne sera plus jamais cet ancien rondouillard bonhomme, vif et blagueur, que décrivaient ses camarades socialistes avec une pointe de condescendance. C’est la clé: personne ne s’est jamais méfié de lui alors qu’au fond, il construisait patiemment son ambition. Quand a-t-il commencé à y songer? Secret à l’extrême, l’homme n’en parlait jamais. Au PS, on s’en doutait. Mais on ne lui donnait aucune chance. «Hollande président? On rêve!», s’est un jour exclamé Laurent Fabius. Hollande président? «Quelle histoire!», aurait pu dire François Mitterrand.

L’ancien président et le nouveau se ressemblent. Le même ancrage dans la France des campagnes, la Nièvre pour l’un, la Corrèze pour l’autre. Le même souci du parti, fondé par l’un, dirigé onze ans durant par l’autre. Le même goût pour les discours, quitte à ce qu’Hollande en vienne souvent à adopter les mêmes postures et intonations. La même habileté d’orfèvre pour la tactique politicienne et les manœuvres d’appareil. Mais les ressemblances s’arrêtent là. Conseiller à l’Élysée en 1981 auprès de Jacques Attali, François Hollande s’est vite détaché de la part d’ombre du chef de l’État et de son cynisme assumé. D’une certaine manière, il sera plus proche humainement de Jacques Chirac, qu’il côtoie en Corrèze. Les deux hommes partagent un même contact chaleureux et frénétique avec leurs électeurs.

«M. Petites Blagues»

L’ambition de François Hollande est souvent contrariée. François Mitterrand ne se battra jamais pour ce conseiller social-démocrate certes talentueux mais à qui il manquait on ne sait quelle aspérité. Durant son second septennat, alors qu’Hollande vient d’être élu député, le président ne le nomme pas ministre. Le prétexte? Il faut choisir entre sa compagne et lui. À Ségolène Royal le parcours ministériel. À François Hollande les jeux de courant du parti: il prend fait et cause pour Jacques Delors en vue de la présidentielle de 1995.

La défection du président de la Commission européenne le laisse orphelin. Il n’est pas un héritier. Mais il est vite repêché: Lionel Jospin, qui a repris le flambeau du PS, le nomme porte-parole du parti. À ce poste exposé, François Hollande peut se livrer à son jeu favori: commenter la vie politique. Très vite, il devient le chouchou des journalistes. Il les a étudiés de près, connaît leurs attentes et sait servir les formules qui pimentent les articles de presse. À l’Élysée, il faisait partie des «gorges profondes». Au milieu des années 1980, il fréquentait la rédaction du Matin de Paris, où il lui arrivait d’écrire des éditos. Et puis il est drôle. C’est la naissance de «M. Petites Blagues». Un sobriquet qui le poursuit. Mais son humour est aussi une arme: ridiculiser l’adversaire ou lui faire baisser la garde. Hollande, en réalité, n’est pas là pour se faire des amis.

Il sait toujours être au bon endroit au bon moment. C’est comme ça, sans crier gare, qu’il s’installe à la tête du PS en 1997. Jacques Chirac vient de dissoudre à ses dépens l’Assemblée nationale, Lionel Jospin est appelé à Matignon. Dans ce contexte de cohabitation, le nouveau premier ministre a besoin d’un parti apaisé et de quelqu’un qui ne lui fera pas d’ombre. Hollande aurait sans doute pu être ministre. Mais il pense alors que son heure viendra plus tard, quand Jospin sera président…

À la tête du PS, il mène les batailles politiques, observe le fonctionnement au sommet de l’État, conseille le premier ministre. Parfois, c’est la prudence qui prime. C’est notamment lui qui suggère à Lionel Jospin de repousser la nécessaire réforme des retraites après la présidentielle de 2002 afin de ne pas susciter de mécontentements dans l’opinion. Hollande n’aime ni les risques ni les conflits. Il va pourtant être servi à partir du 21 avril 2002.

C’est le traumatisme fondateur. Ce soir-là, son destin change de cours. Le retrait de la vie politique de Jospin le laisse seul, orphelin à nouveau, en première ligne face au paysage d’une gauche dévastée. Ses amis proches lui disent: «C’est ton tour».

L’homme de la «synthèse»

Mais il a un autre souci en tête. Pour le PS, c’est une question de survie. Il resserre les rangs entre les éternels rivaux socialistes et noie les ambitions de chacun dans le marigot de Solferino. La présidentielle de 2007, chacun y pense: Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry… Lui aussi. Mais il se fracasse sur le référendum de 2005 sur la Constitution européenne. Le tacticien perd à son propre jeu. Il défend le oui pour éliminer Fabius favorable au non. La gauche se fracture. Le PS dit oui. La France dit non. Hollande en est réduit à devenir l’homme de la «synthèse», son nouveau surnom. Le mot résume à lui seul sa méthode et son indécision à la tête du PS. Il voit passer son tour pour 2007 au profit de sa compagne d’alors, Ségolène Royal, qui surgit.

La part de drame qui se noue durant la campagne présidentielle échappe aux yeux de la plupart. Parents de quatre enfants, Hollande et Royal se sont rencontrés à l’ENA. Ils forment un couple politique singulier. Mais à ce moment-là de leur vie, ils traversent une crise. Ils se séparent. Tandis qu’elle mène campagne, lui refait sa vie avec une journaliste, Valérie Trierweiler. La présidentielle se déroule mal. François Hollande et le PS se trouvent en retrait. Après la défaite et son départ annoncé du poste de premier secrétaire, son nom s’efface peu à peu de la liste des présidentiables.

Il est seul. Son règne s’achève à Reims sur l’un des pires congrès que le PS ait jamais connu. Responsable, coupable? Ses détracteurs l’accablent de tous les maux dont souffre le parti. Le bilan de ses onze années est décevant: le PS n’est plus qu’un parti d’élus locaux. C’est un peu la SFIO. Il entame sa traversée du désert. «M. Petites Blagues» laisse la place à «M. 3%». Et encore, quand les instituts de sondage se risquent à tester l’hypothèse de sa candidature.

Régime, costumes et lunettes

Lui y croit encore un peu. Avec ce qu’il lui reste d’amis, il se prépare lentement. Il connaît son histoire politique sur le bout des doigts: «Il y a toujours une surprise dans une élection», se rassure-t-il. Celle de 2012 ne semble pourtant en réserver aucune. Nommé au FMI avec l’assentiment de Nicolas Sarkozy, Dominique Strauss-Kahn est promis à l’une des plus éclatantes victoires sous la Ve République. Mais Hollande n’a rien à perdre. Alors que les autres tergiversent, il se lance. D’abord en installant l’idée de sa détermination. C’est un régime qu’il s’impose et qui lui fait perdre sa rondeur. Ce sont des costumes mieux taillés qu’il endosse. Ce sont des lunettes plus modernes qui affinent son visage. C’est un ton plus grave qu’il adopte, abandonnant son humour. Il veut paraître «sérieux». En un mot présidentiable. Voilà pour l’image. Pour le fond, il choisit un thème de campagne, la jeunesse, un outil, la fiscalité. Enfin, François Hollande est identifié. Il n’est plus l’homme du parti, il n’est plus l’ombre d’un autre, il n’est plus le compagnon d’une candidate. Mais ce n’est pas suffisant.

La surprise arrive. DSK sort immédiatement et irrémédiablement de la présidentielle le 14 mai 2011 après son arrestation à New York pour agression sexuelle. Hollande est propulsé favori de cette primaire dont il ne voulait pas et qui doit désigner le champion de la gauche. Candidat de longue date, il apparaît paradoxalement comme inattendu. La victoire annoncée de DSK face à Sarkozy lui est aussitôt promise à son tour, et de la même manière. Ce n’est pas un homme que les électeurs veulent, c’est l’alternance. Ce sera donc lui. Pour reprendre son expression favorite, «rendez-vous compte!».

Lefigaro.fr