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Nialé Kaba : « En Côte d’Ivoire, la confiance des investisseurs ne se dément pas »

juin 18, 2022

ENTRETIEN. Pour la ministre du Plan et du Développement, tout y concourt : la forte croissance, les nombreux chantiers, la diversification de l’économie. Elle explique.

Le nouveau plan quinquennal ivoirien mise sur une croissance de 7,65 % par an pour les cinq prochaines annees, contre 5,9 % en 2016-2020.
Le nouveau plan quinquennal ivoirien mise sur une croissance de 7,65 % par an pour les cinq prochaines années, contre 5,9 % en 2016-2020. © ISSOUF SANOGO / AFP

Quelques heures après avoir lancé son troisième plan de développement quinquennal, le gouvernement ivoirien ne peut que constater l’engouement des bailleurs de fonds et du secteur privé pour ses programmes d’investissements stratégiques. Ce 15 juin, la somme promise au PND, sorte de boussole économique pour l’exécutif, est presque deux fois plus importante que celle espérée. Le pays cherchait à mobiliser 9 335,6 milliards de francs CFA, il en a obtenu bien plus, soit 26 milliards de dollars sous la forme de promesses. Le nez encore dans ses dossiers, Nialé Kaba, la ministre du Plan et du Développement, cheville ouvrière des grands projets de la Côte d’Ivoire, fait le point sur les nouvelles annonces mais aussi sur les raisons concrètes de cette confiance quasi ininterrompue des investisseurs en direction de son pays depuis pratiquement dix ans. Entretien.

Le Point Afrique : La somme promise par les bailleurs de fonds et institutions au plan national de développement du pays est presque deux fois plus importante que celle espérée. Comment l’analysez-vous ?

Nialé Kaba : En effet, au total, nous avons déjà mobilisé 26 milliards de dollars alors que nous en cherchions 15. Soit près de 70 % en plus par rapport à l’objectif que nous avions fixé. Le gouvernement est satisfait de la réponse des bailleurs à notre plan national de développement. Ces annonces démontrent à quel point les investisseurs font confiance à notre pays et surtout au leadership incarné par Son Excellence Alassane Ouattara, président de la République.

Par rapport à ces annonces, il manque la part du secteur privé, dont vous attendez énormément. Est-ce que vous avez déjà connaissance de cette part ou pas encore ?

Le secteur privé a répondu massivement à notre appel. Plusieurs opérateurs se sont manifestés pour bien comprendre la stratégie de développement de la Côte d’Ivoire. Ils ont pu assister à des panels d’échanges pour avoir des informations sur les potentialités d’investissements dans tous les secteurs, notamment dans l’agro-industrie et l’agroalimentaire, les industries textiles, les infrastructures et le transport, le logement, l’énergie et les mines, l’économie numérique, le tourisme, les industries créatives et culturelles, les services sociaux, l’éducation ou encore la santé. La confiance des investisseurs publics comme privés ne se dément pas. Plusieurs projets sont en maturation par les acteurs du secteur privé et seront retracés au fur et à mesure de leur enregistrement, notamment au Centre de promotion des investissements en Côte d’Ivoire (CEPICI).

Que représente désormais le poids du secteur privé dans les investissements totaux du pays ?

Le taux d’investissement du secteur privé se situe, aujourd’hui, à 17,6 %. Il était à 12,8 % en 2012 et nous visons les 30 % d’ici à 2030. Notre pays revient de loin. Entre 2012 et 2016, le premier PND a permis de stabiliser une économie qui était en grande difficulté, de régler les problèmes de sécurité et de rattraper le retard cumulé dans les infrastructures sociales et les infrastructures dédiées à l’investissement. Ce premier PND reposait par conséquent sur l’investissement public.

Avec le plan quinquennal suivant, nous avons assisté à une réelle éclosion du secteur privé et, aujourd’hui, la dynamique est lancée. Vous avez un repère qui est assez intéressant : lors du PND de 2016-2020, la part du secteur privé avait dépassé de 50 % les objectifs d’investissements que nous avions fixés, c’est vous dire à quel point la situation a connu une évolution rapide.

Quels sont les secteurs qui font l’attractivité de la Côte d’Ivoire ou dans lesquels le pays souhaiterait vraiment mobiliser les investisseurs ?

Nous avons défini un certain nombre de filières prioritaires, parmi lesquelles figurent l’agrobusiness et l’agriculture durable, premiers secteurs de compétitivité de la Côte d’Ivoire. Nous avons de nombreuses matières premières. Nous sommes le premier producteur et exportateur de cacao mondial, mais nous n’en transformons que 30 %, nous ambitionnons d’atteindre les 50 % à l’horizon 2025. Nous sommes également le premier producteur de cajous (anacardes), mais nous en transformons moins de 15 %, nous voulons aller plus loin. Nous avons également du coton pour lequel nous ne transformons que 15 %, je peux aussi vous citer l’hévéa, dont nous sommes le premier producteur africain, mais nous n’en transformons que 5 %, etc. La transformation de nos produits agricoles sur place offre d’immenses opportunités.

Nialé Kaba, ministre du Plan et du Développement de la Côte d’Ivoire, a répondu aux questions du Point Afrique depuis Abidjan, par téléphone.© DR

Ce PND veut inciter les investisseurs qui achètent nos produits à l’extérieur à les transformer localement, au moins à un premier niveau. Le but est ensuite de faire en sorte que d’autres investisseurs puissent s’intéresser à ces secteurs, parce que les marchés existent, nous les avons identifiés et ils sont demandeurs de ces produits.

Quel rôle a joué le marché intérieur ivoirien ces dernières années et quelles sont vos ambitions pour soutenir les investissements locaux ?

Le marché intérieur s’est montré robuste, parce que nous avons une classe moyenne qui se développe. Dans notre stratégie, nous voulons développer, par exemple, les marchés de matériaux de construction, la chimie ou encore la plasturgie plastique. Ce sont des filières embryonnaires qu’il faudrait soutenir et développer, et qui s’adressent à la fois au marché intérieur et au marché sous-régional.

La Côte d’Ivoire exporte dans toute la sous-région ouest-africaine de nombreux produits en plastique, notamment, que ce soit des assiettes, des seaux, des chaussures, etc. Il y a une industrie naissante, ici, que nous voulons voir se développer au même titre que d’autres filières comme la pharmacie.

Dans un tout autre domaine, nous voulons faire de la Côte d’Ivoire un hub énergétique et pétrolier. Vous savez, avec les découvertes récentes d’hydrocarbures au large de notre pays, nous espérons augmenter la production d’énergie, et la rendre accessible à un coût raisonnable. Ainsi, nous pouvons parvenir à un développement plus important du secteur minier et à une transformation locale plus poussée dans ce secteur.

Nous voulons également attirer les investisseurs vers le secteur du vivrier, notamment le riz, le manioc et le maïs. C’est un secteur qui a pris de l’ampleur avec le développement que connaît le pays. Ce sont des produits de forte consommation, autour desquels nous menons des initiatives pour moderniser leur production, parce qu’en l’état le vivrier n’est pas très compétitif. Notre priorité est de mécaniser la production. J’ai évoqué le riz, pour lequel nous avons déjà lancé des projets d’aménagement rizicole à grande échelle. Vous vous souviendrez que, récemment, nous avons même eu un ministère en charge du développement du riz et nous avons ici l’Agence pour le développement de la filière riz en Côte d’Ivoire (Aderiz), qui est en charge du secteur riz. En effet, le riz est la denrée la plus consommée par la population ivoirienne, il revêt un caractère important pour la politique de sécurité alimentaire du pays. L’objectif du gouvernement est donc d’assurer une parfaite maîtrise de la chaîne de valeur riz à travers la production et la valorisation. En réalité, l’État apporte déjà un premier investissement avec l’aménagement de certains bas-fonds rizicoles sur lesquels les planteurs et agriculteurs privés sont installés afin de travailler dans des conditions de rentabilité acceptables.

Nous voulons faire la même chose pour le maïs et le manioc, qui sont deux produits alternatifs au blé, dont le prix a explosé. Vous savez que les Ivoiriens consomment beaucoup de pain. Aujourd’hui, notre ambition est de substituer le blé par nos céréales ou tubercules dans la fabrication de la farine à pain. L’enjeu est de passer à une production à grande échelle.

Avez-vous intégré la création de chaînes de valeur dans votre plan d’action ?

Pour l’agriculture vivrière et les produits cités, nous avons une stratégie de développement de chaînes de valeur au niveau local. L’État a choisi les agropoles, ou pôles agro-industriels, parce qu’elles permettent d’installer des plateformes équipées où vous avez à la fois le producteur, le transformateur, l’acheteur, le fournisseur d’intrants. Cette stratégie sera déployée dans les différentes régions du pays selon leurs spécificités. La première agropole est déjà fonctionnelle et est installée à Yamoussoukro. La prochaine va être lancée au nord, à Korhogo, puis une autre à l’est, à Bondoukou, et à Man, à l’ouest. Au total, nous en aurons neuf sur toute l’étendue du territoire, ce qui va à la fois permettre de répondre à ces questions de production en masse de produits vivriers mais également d’accélérer le développement équilibré du pays.

Pour maintenir ce niveau d’attractivité des investissements, la Côte d’Ivoire doit répondre à un certain nombre de défis, comme la formation, la lutte contre la corruption, l’inclusion. Que faites-vous sur ces volets ?

Sur le volet de l’inclusion et donc de la solidarité, beaucoup de choses ont été faites. Cela se traduit par le recul du taux de pauvreté, qui est passé de 55,4 % en 2011 à 39,4 % aujourd’hui. En réalité, c’est la première fois depuis l’instauration de cet indicateur, dans les années 1970, que nous avons une inflexion à la baisse. Nous espérons voir ce taux de pauvreté divisé par deux à l’horizon 2030.

Voilà pour les objectifs quantitatifs. Maintenant, la solidarité, c’est également l’accès à l’eau potable pour tous, à l’éducation, l’accès à la santé. Nous avons des objectifs chiffrés qui nous permettent de suivre l’atteinte des objectifs de développement durable (ODD). Par exemple, sur l’électricité, nous voulons atteindre une couverture totale du territoire à l’horizon 2025.

Sur l’eau, toute la population devrait avoir accès à l’eau potable à l’horizon 2030, même dans les zones les plus difficiles et les plus reculées.

La santé est aussi importante et la couverture maladie universelle se met en place progressivement. Nous avons également une politique visant à mailler tout le territoire avec des hôpitaux de premier contact, tout en développant de grands hôpitaux dans les villes. Vingt-deux hôpitaux généraux ont déjà été construits et nous menons une politique de réhabilitation des CHU dans les grandes villes. Les chiffres ne font pas tout, il faut également qu’ils puissent se traduire en bien-être pour les populations.

Le secteur de l’éducation en Côte d’Ivoire est en quête de transformation, avec d’immenses défis. Le PND incite-t-il les investisseurs à regarder aussi ces besoins urgents pour améliorer le niveau de formation dans le pays ?

70 % de la population ivoirienne a moins de 35 ans. C’est un immense défi en termes d’emploi, d’éducation et de formation. Pendant la période de crise que la Côte d’Ivoire a traversée, l’école a été fortement perturbée et nous avons eu une cohorte de personnes qui ne sont maintenant plus en âge de retourner à l’école mais qui sont déjà en âge de travailler et n’ont donc pas pu achever d’une façon correcte un cursus scolaire.

La problématique de l’éducation pose aussi des défis en termes d’infrastructures : il faut construire beaucoup plus de salles de classe, offrir un meilleur encadrement puisqu’il faut des formateurs qui eux-mêmes doivent être suffisamment bien formés.

C’est le premier poste de dépense budgétaire de l’État, alors les ambitions sont grandes. Grâce au PND, nous allons poursuivre la politique de construction de salles de classe : 21 000 d’ici à 2025. Cette fois, l’État veut mettre l’accent sur l’enseignement technique et professionnel, pour que tous ceux qui ne parviennent pas à achever un cursus scolaire traditionnel ne soient pas rejetés dans la société.

Au-delà, nous allons poursuivre le développement des pôles scientifiques d’innovation qui sont en train de se créer avec des universités et de grandes écoles publiques pour pouvoir offrir également une main-d’œuvre très qualifiée aux entreprises qui s’installent. Les demandes de formation continue se multiplient aussi. Nous avons, par exemple, l’École nationale supérieure de statistiques et d’économie appliquée d’Abidjan (ENSEA), dépendant de notre ministère du Plan qui prend dans les banques de jeunes cadres en actuariat.

Abidjan concentre tout de même 80 % de l’activité économique du pays. Comment comptez-vous freiner la persistance des disparités socio-économiques et géographiques ?

Effectivement, c’est une problématique importante. Nous avons commencé à changer de paradigme avec la conception des agropoles, l’objectif est bien de développer des pôles compétitifs dans les régions en regardant leurs potentialités et en mettant en place des infrastructures qui permettent à chaque région de développer tout son potentiel. L’État a déployé des mesures incitatives, comme des avantages fiscaux, pour attirer les investisseurs dans les zones industrielles régionales afin qu’ils investissent dans des produits pour lesquels nous voulons de la transformation locale. À terme, cette stratégie doit nous permettre de développer des industries dans toutes les régions du pays, et plus seulement à Abidjan.

L’autre volet pour accroître l’attractivité des régions est de décentraliser les universités. Il y en a une actuellement à Bouaké, Korhogo, Daloa et Man, et d’autres universités sont en projet.

Le Covid-19 a révélé des fragilités du système économique ivoirien, parmi lesquelles figure le secteur informel. Comment amener des acteurs de l’informel vers le formel ?

La dernière étude sur l’emploi a montré que la part de l’informel a baissé en 2019. Nous étions en dessous de 90 % avant le Covid-19. Ce qu’il faut retenir, c’est que l’État a pris à bras-le-corps cette question et mène des initiatives pour donner accès à des financements, offrir des formations, des schémas d’encadrement aux PME et aux très petites entreprises. Toutes ces actions commencent à produire leurs effets et de plus en plus de petites entreprises informelles se formalisent pour pouvoir bénéficier de cette assistance. Il y a également toutes les initiatives que mène le ministère de la Promotion de la jeunesse et de l’Emploi des jeunes en collaboration avec le ministère de l’Enseignement technique, de la Formation professionnelle et de l’Apprentissage ou encore celui des PME : l’objectif de notre stratégie est que la prise en charge du secteur informel permette aux acteurs économiques, notamment en faveur des jeunes, de se formaliser.

Avec Le Point propos recueillis par Viviane Forson

Des propriétés luxueuses au Canada détenues par des immigrants investisseurs du Québec

avril 22, 2022

Les immigrants investisseurs, millionnaires, doivent normalement s’engager à investir 1,2 million de dollars et à s’établir au Québec.

Le prix moyen d’une maison s’élève maintenant à plus de deux millions de dollars dans la région métropolitaine de Vancouver. Photo : Radio-Canada/Alexandre Lamic

Des milliers d’immigrants ayant passé par le Programme des investisseurs du Québec ont acheté des maisons de millions de dollars en Colombie-Britannique et en Ontario. Des données inédites viennent d’être dévoilées par Statistique Canada.

Le phénomène avait été révélé par Radio-Canada en 2018 et mené à une suspension de l’analyse des nouvelles demandes au programme une année plus tard, mais il était alors impossible de connaître précisément son ampleur.

La semaine dernière, Statistique Canada a mis en ligne une masse de données en matière de logement au pays. Parmi elles, se cachaient des chiffres cruciaux à la compréhension du problème.

En 2020, 13 000 immigrants investisseurs ayant été sélectionnés par Québec possédaient des propriétés ayant une valeur foncière moyenne totale de 2,4 millions de dollars en Colombie-Britannique, dans la région de Vancouver principalement. Leur revenu familial moyen a de quoi faire sourciller étant donné que le programme est destiné aux millionnaires étrangers : 75 000 $. Un propriétaire sur cinq détenait plusieurs propriétés.

Question de mettre les choses en perspective, la valeur moyenne des logements acquis par les plus de 600 000 immigrants dans cette province de l’Ouest, représentant 32 % des propriétaires, s’établissait à un peu plus de 1,2 million de dollars – la moitié moins. Leur revenu familial atteignait 115 000 $.

Ils ne sont pas considérés comme des investisseurs étrangers, rappelle Andrew Yan, de l’Université Simon Fraser à Vancouver. Ils sont des immigrants avec un accès à des capitaux internationaux. Ces individus n’ont donc pas à payer les taxes immobilières pour les acheteurs étrangers.

S’ils sont somme toute peu nombreux, aux dires du professeur en urbanisme, ces investisseurs peuvent avoir un impact important dans un contexte de surchauffe immobilière, selon l’endroit où ils achètent.

En Ontario, où le marché immobilier torontois était aussi en pleine ébullition en 2020, ils étaient plus de 12 000 immigrants investisseurs du Québec à posséder des propriétés totalisant en moyenne 1,3 million de dollars tout en déclarant un revenu familial de 75 000 $.

« Vous avez, d’un côté, les propriétés les plus chères et, de l’autre, les revenus les plus bas. Je pense que cela vous donne une idée, ou le début d’une idée, de ce qui se passe avec le Programme des investisseurs du Québec. »— Une citation de  Andrew Yan, directeur du programme d’urbanisme de l’Université Simon Fraser

Absence de données pour le Québec… à cause de Québec

Les informations de Statistique Canada ne permettent pas de savoir ce que les immigrants investisseurs ont acheté au Québec. Le gouvernement provincial tarde mystérieusement à donner son accord pour partager ses données sur les transactions immobilières dans la province.

Nous ne savons pas ce qui s’est produit à Montréal ou à Québec, déplore Andrew Yan. Je pense que c’est une des questions clés.

Un programme en révision

Le Programme québécois des investisseurs, dont la réception de nouvelles demandes est suspendue jusqu’en avril 2023, fait présentement l’objet d’une révision par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration.

Les personnes admissibles au programme doivent disposer d’un avoir net d’au moins 2 millions de dollars, effectuer un placement de 1,2 million sur 5 ans auprès d’Investissement Québec et avoir l’intention de s’établir au Québec. En échange, elles obtiennent la résidence permanente.

Mais le faible taux de rétention des immigrants investisseurs dans la province écorche son intégrité. Seulement 16 % des étrangers qui en avaient bénéficié entre 2008 et 2017 étaient encore présents sur le territoire en 2019. Cette statistique tombait à 13 % chez les candidats chinois, majoritaires au sein du programme.

Le ministère soutient poursuivre l’examen des demandes en inventaire et qu’il n’y a pas de volonté de mettre fin au programme.

Avec Radio-Canada par Mathieu Dion

Dette : le nouvel eurobond de l’Angola confirme l’intérêt des investisseurs pour l’Afrique

avril 8, 2022

En levant 1,75 milliard de dollars dans le cadre d’une émission qui arrive à point nommé, l’Angola devient le deuxième pays africain à se lancer sur le marché des euro-obligations cette année.

L’économie angolaise est au beau fixe. Ici, le siège de la Banque nationale d’Angola (BNA), à Luanda. © Osvaldo Silva/AFP

Les autorités de Luanda ont enregistré un succès probant lors de leur nouvelle sortie sur le marché obligataire ce vendredi 8 avril. L’émission d’un eurobond d’une maturité de dix ans, à un coupon de 8,75 %, a en effet été sursouscrite plus de deux fois. Cette émission a été supervisée par Citi et Deutsche Bank.

« Cette troisième émission est arrivée au moment opportun », a commenté pour The Africa Report/ Jeune Afrique Tiago Dionisio, analyste et directeur adjoint chez Eaglestone Securities, basé au Portugal. Il poursuit : « Alors que le dernier programme du FMI pour le pays est arrivé à son terme, l’économie est relativement solide et la situation budgétaire s’est améliorée – une perspective intéressante pour les investisseurs potentiels ».

Première sortie depuis 2015

De son côté, le Nigeria a également récemment réalisé une émission obligataire, ravivant les espoirs d’un intérêt mondial croissant pour la dette africaine, en levant 1,25 milliard de dollars, bien qu’à un prix élevé.

L’an dernier, l’Afrique francophone n’était pas en reste avec l’eurobond de 1 milliard de dollars du Bénin en janvier 2021, un eurobond sursouscrit à 300 % par le Cameroun au mois de juillet, une levée de 775 millions d’euros pour le Sénégal.

Selon Bloomberg, les quelque 750 millions de dollars levés lors de la dernière émission de l’Angola serviront à financer une partie de la dette due en 2025 et 2028. La première incursion de l’Angola sur le marché international de la dette a eu lieu en 2015, avec une euro-obligation à dix ans de 1,5 milliard de dollars, suivie d’émissions à dix et trente ans en 2018 et en 2019.

Les élections dans la ligne de mire

Alors que l’Angola se prépare pour les élections du mois d’août prochain, son économie est en bonne forme à la faveur d’un programme de soutien du FMI de trois ans, qui s’est achevé en décembre 2021.

LA DETTE PUBLIQUE EST PASSÉE D’ENVIRON 100 % DU PIB EN 2020 À ENVIRON 80 % ACTUELLEMENT

Dans le cadre de ce programme, le FMI a déboursé au total 4,5 milliards de dollars au bénéfice du pays pour rétablir sa viabilité extérieure et budgétaire, améliorer la gouvernance et diversifier l’économie afin de promouvoir une croissance durable, portée par le secteur privé.

« À la suite du programme, le kwanza s’est stabilisé, le marché noir rendu quasiment inexistant, et la dette publique est passée d’environ 100 % du PIB en 2020 à environ 80 % actuellement », explique Tiago Dionisio.

Perspectives stables

« L’inflation dans le pays est encore relativement élevée, mais c’est aussi le cas au niveau mondial, car de nombreux pays continuent de se débattre avec les retombées économiques de la guerre en Ukraine. Néanmoins, nous nous attendons à ce qu’une inflation à un seul chiffre s’installe en Angola d’ici à 2023 », poursuit l’analyste.

Selon les prévisions de Fitch Ratings, la croissance du PIB réel devrait atteindre 2,9 % d’ici à 2023, après une croissance du PIB de 0,1 % en 2021 et une contraction de 5,1 % en 2020. Dans le même temps, l’inflation s’établira en moyenne à environ 25 % en 2021 et tombera à 16 % en 2022, toujours selon ces prévisions.

Au mois de janvier, Fitch a relevé la note de défaut émetteur à long terme en devises de l’Angola de « CCC » à « B- » avec des perspectives stables.

Flambée du prix du pétrole

L’Angola – deuxième producteur de pétrole d’Afrique, lequel représente environ 90 % du total des recettes d’exportation – ne devrait pas bénéficier de la flambée des prix du pétrole en raison des obligations de la dette extérieure du pays envers la Chine.

LA PRODUCTION AUGMENTERA À 1,20 MILLION DE BARILS PAR JOUR EN 2022

« À la suite de la dernière annonce budgétaire de l’Angola, nous comprenons qu’une fois que les prix du pétrole dépassent 60 dollars le baril la différence doit être utilisée pour rembourser la dette envers la Chine, de sorte qu’il n’y ait pas de recettes d’exportation supplémentaires à court terme », souligne Tiago Dionisio.

Dans le même temps, la production de pétrole en Angola continue de diminuer en raison du vieillissement des infrastructures et du manque de nouveaux investissements dans le secteur. « Nous prévoyons que la production augmentera à 1,20 million de barils par jour en 2022 et se maintiendra en 2023, mais cela dépend de la mise en ligne d’une nouvelle production », indique la note publiée par Fitch. « Un échec en la matière pourrait entraîner une baisse de la production de 10 à 15 % par an. »

Avec Jeune Afrique par Kanika Saigal

À New York, Tidjane Thiam et son fonds séduisent les investisseurs

mars 1, 2021
Tidjane Thiam, le 13 février 2020.Weigh on Results

La nouvelle société d’investissement du financier franco-ivoirien a levé 300 millions de dollars lors de sa première introduction à la Bourse de New York.

Le curriculum vitae de l’ancien DG de Credit Suisse aura su convaincre les investisseurs. En fin de semaine dernière, l’introduction en Bourse de la « société d’acquisition à vocation spécifique » (SPAC, en initiales anglaises) lancée par Tidjane Thiam et ses partenaires, Adam Gishen et Abhishek Bhatia, a été couronnée de succès.

L’opération, revue à la hausse par rapport à son objectif initial de 250 millions de dollars, en raison d’une forte demande, a finalement été réalisée au prix de 10 dollars pour 30 millions d’unités, d’après la communication financière de la société à l’issue du « pricing ».

Les parts du véhicule, baptisé Freedom Acquisition I Corp, sont négociées depuis le 26 février à la Bourse de New York sous le symbole « FACT.U ».À LIRE Tidjane Thiam : tout comprendre au « SPAC », la société d’investissement à 250 millions de dollars que prépare le financier franco-ivoirien

Cibler le secteur des services financiers

La société de « chèque en blanc », enregistrée aux Îles Caïmans, a été constituée dans le but de « procéder à des opérations de fusion, d’échange d’actions, d’acquisition d’actifs, d’achat d’actions, de réorganisation ou de rapprochement entre une ou plusieurs entreprises similaires », selon le prospectus destiné aux investisseurs et déposé mi-février.

Fondé par Tidjane Thiam, Adam Gishen et Abhishek Bhatia, Freedom Acquisition I Corp est soutenu par un fonds privé affilié à Pacific Investment Management Company (Pimco).

La structure prévoit de cibler le secteur des services financiers, en particulier les entreprises technologiques présentant un potentiel de croissance et de stabilité financière. D’un point de vue géographique, la boussole est pointée vers les marchés développés, tels que l’Amérique du Nord ou l’Europe, et les marchés émergents, en Asie, en Amérique latine et certains pays d’Afrique.

Avec Jeune Afrique par Aurélie M’Bida

En Afrique, un bouillonnement de start-up qui commence à attirer les investisseurs

mai 22, 2018

Paris – Les start-up africaines, à l’honneur au salon international VivaTech cette semaine à Paris, sont en pleine explosion et commencent à séduire les investisseurs, même si les sommes investies restent très loin des dépenses américaines ou européennes.

La Banque mondiale recense 443 incubateurs de start-up à travers le continent, alors qu’ils n’étaient encore qu’une dizaine au début de la décennie.

Selon une étude du fonds d’investissement Partech Ventures, les levées de fonds de jeunes pousses en Afrique ont grimpé de 53% en 2017, atteignant 560 millions de dollars. L’étude a recensé 128 opérations de levées de fonds sur le continent, une hausse de 66% sur l’année antérieure.

« Il y a des petites lumières qui s’allument un peu partout » en Afrique, relève Gilles Babinet, expert de la transformation numérique auprès de la Commission européenne et bon connaisseur des start-up africaines. Mais on est encore très loin « des 20 milliards d’euros » de capital-risque levés en 2017 par les start-up européennes, « et il y a encore beaucoup de travail pour constituer des écosystèmes pérennes et solides ».

Dans la finance, l’énergie, la santé, l’éducation, les start-up africaines lèvent certains des freins qui grèvent traditionnellement le développement de l’économie du continent.

Un développement accéléré par l’explosion de la téléphonie mobile: selon une étude du cabinet Deloitte, 660 millions d’Africains devraient être équipés d’un smartphone en 2020, soit plus d’un habitant sur 2 – même si seulement 500 millions de ces appareils auront accès à internet.

L’Afrique a ainsi vu se développer un ensemble unique d’applications financières utilisant les systèmes de paiements par téléphone mobile mis au point par les opérateurs télécoms comme Orange, MTN, ou Vodafone, remédiant à la sous-bancarisation du continent.

Les start-up africaines « sont en train de construire des services financiers de plus en plus sophistiqués » autour des systèmes de paiements par téléphone mobile, qui vont jusqu’aux « produits d’épargne, de crédit ou d’assurance », explique Tidjane Deme, du fonds d’investissement Partech Africa, une filiale de Partech Ventures.

Au Sénégal, les français Total et Worldwide (paiements électroniques) ont investi cet été 3,7 millions d’euros dans la start-up InTouch du Sénégalais Omar Cisse. Celle-ci commercialise un agrégateur permettant aux commerçants de recevoir les versements des nombreux services de paiement par téléphone mobile existant sur le marché.

– Micro-paiements pour panneaux solaires –

Les start-up se retrouvent aussi beaucoup dans le domaine de l’énergie, pour pallier notamment les faiblesses chroniques des services d’électricité africains. M-Kopa, fondée à Nairobi, propose par exemple d’installer des panneaux solaires chez les particuliers moyennant un dépôt initial équivalent à 35 dollars, puis 365 micro-paiements de 45 centimes sur téléphone mobile, à l’issue desquels le client devient propriétaire.

Elles sont nombreuses aussi dans la logistique, comme Trade Depot, une plateforme nigériane accessible par téléphone mobile qui met en relation les grands fournisseurs de biens de consommation – comme Coca Cola par exemple – avec la myriade de petits détaillants de l’économie informelle qui vendent leurs produits.

« En Afrique, là où il y a un problème, il y a toujours une solution, et une idée de start-up en gestation », sourit Samir Abdelkrim, auteur de « Startup lions », un livre reportage sur les jeunes pousses du continent africain.

Le Nigeria, le Kenya et l’Afrique du Sud ont pris une longueur d’avance dans le développement d’entreprises viables et concentrent encore les trois quarts du montant des levées de fonds.

Mais la part de ces trois champions diminue légèrement chaque année, selon l’étude de Partech Ventures.

« Il y a d’autres marchés où il se passe beaucoup de choses », comme le Ghana, la Tanzanie et l’Ouganda en Afrique anglophone, ou le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Cameroun en Afrique francophone, souligne Tidjane Deme.

Le Rwanda, dont le président Paul Kagame visitera jeudi Vivatech avec le président Emmanuel Macron, fait aussi partie des pays ou les start-up se développent, devenant une plateforme régionale pour servir les pays voisins, ajoute-t-il.

« Le Rwanda est une aventure assez magique parce que ce pays qui a été particulièrement meurtri a réussi une transformation non seulement des esprits mais également de son économie grâce à l’approche numérique », soulignait récemment Maurice Lévy, fondateur de VivaTech.

Romandie.com avec (©AFP / 22 mai 2018 13h53)                                                        

Uber: deux milliardaires russes investissent dans la société

février 12, 2016

Moscou (awp/afp) – Deux multimilliardaires russes, Mikhaïl Fridman et Alicher Ousmanov, ont investi pour plusieurs centaines de millions de dollars au total dans le service américain controversé de réservation de voiture avec chauffeur Uber, a-t-on appris vendredi auprès de leurs sociétés respectives.

Le fonds LetterOne de M. Fridman a annoncé dans un communiqué un « investissement stratégique de 200 millions de dollars » dans la société dont l’application permettant de réserver un chauffeur provoque la colère des taxis à travers le monde.

« Nous pensons que la direction talentueuse d’Uber possède la vision et le talent nécessaires pour faire de la société l’une des entreprises les plus importantes au monde dans le secteur de la technologie », a souligné M. Fridman, cité dans le communiqué.

Ce fonds de 25 milliards de dollars basé au Luxembourg n’a pas précisé quelle part du capital il avait achetée ni la valorisation correspondante. Cet été, le Wall Street Journal évoquait un tour de table avec des investisseurs valorisant Uber à plus de 50 milliards de dollars.

Le directeur général d’Uber, Travis Kalanick, cité dans le même communiqué, a de son côté souligné compter sur « la connaissance des marchés émergents de LetterOne ».

Mikhaïl Fridman, 51 ans, dont la fortune est estimée par le magazine Forbes à plus de 13 milliards de dollars, est notamment présent dans la banque (Alfa), mais aussi les télécoms et l’énergie.

Une source proche de la société USM d’Alicher Ousmanov, qui contrôle notamment le portail Mail.ru ou le réseau social VK, a indiqué à l’AFP que la société avait investi « plusieurs dizaines de millions de dollars » dans Uber, confirmant des informations récentes de la presse russe.

M. Ousmanov, 62 ans, considéré il y a quelques années comme l’homme le plus riche de Russie avant d’être détrôné, est présent dans la métallurgie et les télécoms, mais il avait investi aussi dans le réseau américain Facebook à ses débuts.

Uber est implanté à Moscou, où il est en concurrence avec d’autres services de taxis sur smartphones pionniers sur ce segment comme l’agrégateur du géant internet Yandex. Il a récemment trouvé un accord avec les autorités municipales pour encadrer son activité qui doit encore être officiellement signé.

Romandie.com avec(AWP / 12.02.2016 17h06)

L’or à un nouveau sommet (1697,80$)

août 4, 2011

L’or a enregistré mercredi un nouveau sommet historique, grimpant pour la première fois à plus de 1.697 dollars l’once, porté par un afflux d’investisseurs recherchant la sécurité dans un climat d’incertitude généralisée. En début d’échanges européens, le cours de l’once de métal jaune est monté à 1.697,80 dollars, un niveau jamais atteint auparavant. Après ce sommet, les prix sont restés élevés.

Ballottés entre les crises des dettes des deux côtés de l’Atlantique et les signes d’un ralentissement marqué de la reprise économique mondiale, les investisseurs achetaient en masse du métal jaune, considéré comme une valeur refuge par excellence face aux incertitudes économiques et aux soubresauts des marchés obligataires. En outre, « l’attrait de l’or est renforcé par le fait qu’aucune banque centrale n’a le contrôle de son cours et ne peut intervenir pour limiter sa force », contrairement aux devises refuge que sont le franc suisse et le yen japonais, a observé Kathleen Brooks, analyste chez Forex.com.

Preuve de l’engouement généralisé pour l’or, la Banque centrale de Corée du sud a annoncé mardi avoir acheté 25 tonnes du métal précieux sur les marchés mondiaux entre juin et juillet, une première en treize ans.

Lefigaro.fr avec AFP