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Une actrice iranienne célèbre promet de rester dans son pays

novembre 6, 2022
Une actrice iranienne celebre promet de rester dans son pays
Une actrice iranienne célèbre promet de rester dans son pays© AFP/Julie SEBADELHA

L’une des actrices iraniennes les plus connues a apporté dimanche son soutien au mouvement de contestation qui secoue l’Iran, promettant de rester dans son pays et de « payer le prix » qu’il faudra pour défendre ses droits.

Taraneh Alidoosti, connue à l’étranger pour avoir joué dans les films du réalisateur Asghar Farhadi, a annoncé son intention d’arrêter de travailler pour soutenir les familles des personnes tuées ou arrêtées lors de la répression.

« Je suis quelqu’un qui reste ici et qui n’a pas l’intention de partir », a déclaré l’actrice âgée de 38 ans dans un message sur Instagram, alors que des milliers de personnes, dont des personnalités du monde de la culture, ont été arrêtées dans la répression des manifestations déclenchées par la mort de Mahsa Amini le 16 septembre.

Elle a assuré ne pas détenir d’autre passeport que son passeport iranien, et ne posséder aucune résidence à l’étranger.

« Je resterai, j’arrêterai de travailler. Je resterai aux côtés des familles des prisonniers et des personnes tuées. Je serai leur avocate », a-t-elle expliqué.

« Je me battrai pour ma patrie. Je paierai le prix qu’il faudra pour défendre mes droits et, le plus important, je crois dans ce que nous construisons ensemble aujourd’hui, » a-t-elle ajouté.

Son message était accompagné d’un hashtag reprenant le cri de ralliement des manifestants, « Femme. Vie. Liberté ».

Taraneh Alidoosti est connue comme une ardente militante des droits des femmes et des droits humains en Iran. Lors d’un précédent mouvement de contestation dans le pays en 2019, elle avait déclaré que les Iraniens étaient « des millions de prisonniers ».

Son rôle le plus célèbre est celui qu’elle a interprété dans le film d’Asghar Farhadi « Le client », Oscar du meilleur film en langue étrangère en 2017.

Figure du cinéma iranien depuis son adolescence, elle a aussi joué dans le film de Saeed Roustayi « Leila et ses frères », présenté cette année au Festival de Cannes.

Plusieurs personnalités du cinéma iranien ont été inquiétées par les autorités avant même l’actuelle vague de contestation, comme les réalisateurs Mohammad Rasoulof et Jafar Panahi, arrêtés cette année et toujours en détention.

Par Le Point avec AFP

Ukraine: l’Iran reconnaît avoir livré des drones à la Russie

novembre 5, 2022
Ukraine: l'Iran reconnait avoir livre des drones a la Russie
Ukraine: l’Iran reconnaît avoir livré des drones à la Russie© AFP/Sergei SUPINSKY

L’Iran a reconnu samedi pour la première fois avoir fourni des drones à la Russie, avant l’invasion de l’Ukraine fin février, confirmant des accusations de Kiev contre Moscou, soupçonné d’utiliser des drones iraniens pour ses attaques contre civils et infrastructures.

« Nous avons fourni à la Russie un nombre limité de drones, des mois avant la guerre en Ukraine », a annoncé samedi le ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian, cité par l’agence officielle Irna.

C’est la première fois que Téhéran fait état de la livraison de drones à Moscou, l’Iran se bornant ces derniers semaines, malgré les accusations répétées de Kiev et de ses alliés occidentaux, à nier ces affirmations.

« Même en faisant cette confession, ils ont menti », a réagi dans la soirée le président ukrainien Volodymyr Zelensky, en accusant les dirigeants iraniens de minimiser le nombre de drones livrés.

« Nous abattons au moins 10 drones iraniens chaque jour, et le régime iranien affirme qu’il en aurait donné peu, et même avant le début de l’invasion à grande échelle » de l’Ukraine, a dénoncé M. Zelensky. « Rien qu’en une seule journée hier, 11 Shaheds ont été détruits. Nous savons avec certitude que des instructeurs iraniens ont appris aux terroristes russes à utiliser des drones, et Téhéran en général garde le silence à ce sujet », a-t-il ajouté.

Kiev avait déjà affirmé il y a plusieurs jours qu' »environ 400 drones » iraniens avaient déjà été utilisés contre la population ukrainienne et que Moscou en avait commandé environ 2.000.

Pour le président ukrainien, « si l’Iran continue de mentir au sujet de choses évidentes, cela veut dire que le monde fera encore plus d’efforts pour enquêter sur la coopération terroriste entre les régimes russe et iranien et sur ce que la Russie paie à l’Iran pour une telle coopération ».

« Qu’un seul des terroristes ou de leurs complices reste impuni, cela n’existera pas dans le monde moderne », a conclu à ce sujet M. Zelensky.

« Téhéran doit se rendre compte que les conséquences de la complicité dans les crimes (…) de la Russie contre l’Ukraine seront bien plus importantes que le bénéfice du soutien de la Russie », avait déclaré auparavant le porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères, Oleg Nikolenko.

Le chef de la diplomatie iranienne s’est dit samedi prêt à examiner toute « preuve » de la part de Kiev d’un recours aux drones iraniens dans le conflit.

L’Iran a toutefois démenti samedi que son pays a fourni des missiles à la Russie, jugeant ces accusations « complètement fausses ».

Des articles de presse faisaient état ces derniers jours de potentielles livraisons de missiles sol-sol iraniens à la Russie.

Malgré les dénégations de Téhéran de ces dernières semaines, l’UE et le Royaume-Uni avaient annoncé de nouvelles sanctions visant trois généraux iraniens et une entreprise d’armements « responsables de fournir à la Russie des drones kamikazes » pour bombarder l’Ukraine.

En septembre, Kiev avait, pour sa part, décidé de réduire considérablement ses relations diplomatiques avec Téhéran.

« Restrictions supplémentaires » d’électricité

Face à une demande en électricité trop forte samedi, l’opérateur ukrainien Energo a annoncé avoir mis en place « des restrictions supplémentaires (…) sous la forme d’interruptions d’urgence ».

Plusieurs régions sont concernées, dont la capitale Kiev, alors que des interruptions de courant avaient déjà eu lieu depuis plusieurs jours pour limiter la consommation des civils en électricité.

Le système électrique ukrainien a été lourdement affecté par de multiples frappes russes ces dernières semaines, laissant craindre un hiver sans électricité et sans eau pour de nombreux civils.

Sur le terrain, dans le nord-est, le commandant de la 127e brigade ukrainienne, Roman Grychtchenko, a décrit à l’AFP « une situation stabilisée », avec « de rares attaques de drones, d’artillerie et des opérations commandos » russes dans la région, récupérée par les Ukrainiens en septembre.

Mais « on avance le plus vite possible dans toutes les directions », s’est-il félicité, depuis le village repris de Starytsya, à trois kilomètres de la frontière russe.

Au Sud, selon la présidence ukrainienne, « les occupants russes tentent d’identifier les habitants qui refusent d’être évacués » depuis Kherson vers les territoires occupés par les troupes de Moscou, plus loin de la ligne de front, voire vers la Russie elle-même.

Vendredi, le président russe Vladimir Poutine avait justifié ces évacuations pour la première fois, estimant que les civils « doivent être éloignés » des zones de combat « les plus dangereuses ».

L’Ukraine a, elle, une nouvelle fois dénoncé une politique de « déportation ».

Le ministère russe de la Défense a, de son côté, affirmé samedi avoir « détruit une station radar (servant) pour les missiles antiaériens S-300 » et « intercepté 27 Himars américains » dans la région de Kherson.

Tirs sur un juge

Plus à l’est, un juge de la Cour suprême de la République de Donetsk a été blessé par balles vendredi et se trouve « dans un état grave », ont annoncé samedi les autorités d’occupation russes.

Le ministère de l’Intérieur de cette région annexée fin septembre par Moscou dans l’est de l’Ukraine n’a toutefois pas donné plus de détails sur le modus operandi, ni les raisons de cette attaque.

Selon Denis Pouchiline, un haut responsable de l’autorité d’occupation russe, ce juge, M. Nikouline, « a fait condamner des criminels de guerre nazis » – une référence à des Ukrainiens, selon la terminologie employée par le Kremlin pour justifier l’invasion russe en Ukraine fin février.

Dans la ville occupée de Melitopol, les autorités d’occupation russe ont annoncé avoir remis à sa place une statue de Lénine qui avait été déboulonnée lors de la révolution de 2014.

Par Le Point avec AFP

Iran: nouvelle journée de manifestations, incendie à la prison d’Evine

octobre 15, 2022
Iran: nouvelle journee de manifestations, incendie a la prison d'Evine
Iran: nouvelle journée de manifestations, incendie à la prison d’Evine© AFP/Archives/-

Un incendie a éclaté samedi soir à la prison d’Evine à Téhéran, où des coups de feu ont été entendus selon des ONG, au terme d’une nouvelle journée de manifestations contre le pouvoir et un mois après le début du mouvement de contestation déclenché par la mort de Mahsa Amini.

« Des troubles et des affrontements ont été observés samedi soir », a confirmé un haut responsable de sécurité cité par l’agence officielle Irna. Mais « en ce moment, la situation est complètement sous contrôle et le calme est revenu dans la prison », a-t-il ajouté, imputant le départ de feu à des « voyous ».

Selon un pompier sur place, cité par Irna, « huit personnes ont été blessées dans cet incendie ».

Des images partagées sur Twitter par l’organisation non gouvernementale Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo, avaient montré d’immenses flammes et une épaisse fumée se dégager de la prison, où sont détenus des prisonniers d’opinion, alors que des coups de feu étaient entendus.

Des cris de « Mort au dictateur » étaient également audibles en arrière-plan d’une vidéo postée par le média en ligne 1500tasvir, qui recense les violations des droits humains.

Il s’agit de l’un des slogans les plus scandés dans les manifestations consécutives à la mort de Mahsa Amini il y a un mois.

Cette Kurde iranienne de 22 ans est décédée le 16 septembre, trois jours après son arrestation pour avoir, selon la police des moeurs à Téhéran, enfreint le strict code vestimentaire de la République islamique.

Depuis, les Iraniennes ont été le fer de lance des manifestations, criant des slogans antigouvernementaux, enlevant et brûlant leur foulard, et tenant tête aux forces de sécurité dans les rues.

« Les mollahs doivent déguerpir ! », scandaient samedi des femmes sans hijab au Collège technique et professionnel Shariati de Téhéran, dans une vidéo largement partagée en ligne, alors que des Iraniens étaient une nouvelle fois descendus dans la rue.

À l’ouest de Téhéran, des manifestants ont lancé des projectiles sur les forces de sécurité dans la ville de Hamedan, selon des images vérifiées par l’AFP.

Malgré les fortes perturbations de l’Internet, des rassemblements ont également eu lieu à Ardabil (nord-ouest), selon des vidéos partagées sur Twitter.

Des commerçants se sont mis en grève à Saghez, la ville natale de Mahsa Amini dans la province du Kurdistan (nord-ouest), et à Mahabad (nord), selon 1500tasvir.

« Des écolières dans le village de Ney à Marivan (ouest) ont provoqué des feux dans la rue et crié des chants antigouvernementaux », a indiqué Hengaw, un groupe de défense des droits des Kurdes d’Iran basé en Norvège.

Des jeunes ont également manifesté dans les universités de Téhéran, d’Ispahan (sud) et de Kermanshah (nord-ouest), selon des images partagées en ligne.

« Situation sensible »

Les manifestants répondaient à un appel de militants à des protestations massives sous le slogan « Le début de la fin ! » du pouvoir.

Ces militants ont encouragé les Iraniens à manifester dans des endroits où les forces de sécurité ne sont pas présentes et à scander « Mort au dictateur », en référence au guide suprême Ali Khamenei.

Lors d’un rassemblement samedi de « retraités » des Gardiens de la révolution, l’armée idéologique de la République islamique, un commandant des Gardiens a déclaré que trois membres de sa milice paramilitaire Bassidj avaient été tués et 850 blessés à Téhéran depuis le début de la « sédition », a rapporté l’agence Irna.

La contestation, entrée dans sa cinquième semaine, a suscité des rassemblements de solidarité à l’étranger et la répression, qui a fait plus de 100 morts selon des ONG, a été condamnée par la communauté internationale.

Au moins 108 personnes ont été tuées dans la répression, selon l’ONG Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo. Amnesty International a affirmé qu’au moins 23 enfants de 11 à 17 ans avaient été « tués par les forces de sécurité ». Et des centaines de personnes ont été arrêtées.

« Courageuses femmes »

Vendredi, le président américain Joe Biden, dont le pays est ennemi juré de l’Iran, a affirmé se tenir « aux côtés des courageuses femmes d’Iran », appelant le pouvoir à « mettre fin à la violence contre ses citoyens ».

Les dirigeants iraniens accusent les États-Unis de déstabiliser leur pays en fomentant des « émeutes ».

Alors que l’Union européenne s’apprête à imposer lundi des sanctions à l’Iran, le chef de la diplomatie iranienne Hossein Amir-Abdollahian a appelé l’UE à adopter une « approche réaliste ».

Il a également fustigé vendredi une politique de deux poids, deux mesures: « Qui aurait cru que la mort d’une seule fille serait aussi importante pour les Occidentaux ? Qu’ont-ils fait concernant les centaines de milliers de martyrs et de morts en Irak, en Afghanistan, en Syrie et au Liban ? ».

Les manifestations en Iran sont les plus importantes depuis celles de 2019 contre la hausse du prix de l’essence dans ce pays riche en pétrole.

Par Le Point avec AFP

Iran : une image piratée du guide suprême diffusée en direct à la télévision d’État

octobre 9, 2022
Un portrait du chef suprême de l'Iran.

Chef suprême de l’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei fait face à des contestations populaires dans son pays et à l’étranger. Les manifestants réclament davantage de droits et de libertés pour les femmes. Photo : Getty Images

Un groupe qui soutient la contestation déclenchée en Iran par la mort de Mahsa Amini a réussi à pirater une chaîne de la télévision d’État en diffusant en plein bulletin de nouvelles une image du guide suprême Ali Khamenei entouré de flammes.

Le sang de nos jeunes dégouline de tes doigts, a indiqué un message apparu à l’écran lors de la diffusion samedi soir du journal de la télévision d’État. Ce message était accompagné d’une photo retouchée d’Ali Khamenei, le corps entouré de flammes et un viseur sur la tête.

Il est temps de ranger tes meubles […] et de te trouver un autre endroit pour y installer ta famille à l’extérieur de l’Iran, pouvait-on lire sur un autre message qui accompagnait la photo.

L’affaire de quelques secondes

Cette cyberattaque, qui a duré quelques secondes, a été revendiquée par un groupe qui se fait appeler Edalat-e Ali (La justice d’Ali), qui appuie ce mouvement de contestation, le plus important en Iran depuis les manifestations contre la hausse des prix de l’essence en 2019.

Plusieurs médias en persan établis à l’étranger ont diffusé une vidéo de cette cyberattaque. À la fin de la vidéo, on peut voir le présentateur du journal télévisé l’air crispé, ses yeux fixant la caméra.

Une image d'Ali Khamenei entouré de flammes et avec un viseur sur la tête.

La cyberattaque n’a duré que quelques secondes. Photo : Capture d’écran/Chaîne Youtube de the Guardian

En Iran, l’agence de presse Tasnim a confirmé que la télévision d’État avait été piratée pendant quelques instants par des agents antirévolutionnaires.

L’Iran est secoué par des protestations depuis la mort, le 16 septembre, de Mahsa Amini, une jeune femme kurde iranienne de 22 ans, décédée trois jours après son arrestation par la police des mœurs à Téhéran pour avoir, selon celle-ci, enfreint le code vestimentaire strict de la République islamique pour les femmes, qui prévoit notamment le port du voile.

Des poubelles incendiées.

La mort de Mahsa Amini a déclenché une série de violentes manifestations dans les principales villes d’Iran, notamment dans la capitale, Téhéran. Photo : Getty Images/AFP

L’ONG Iran Human Rights (IHR), établie à Oslo, a fait état d’au moins 95 morts dans la répression des manifestations depuis le 16 septembre. Selon un dernier bilan iranien donné fin septembre, environ 60 personnes ont été tuées, dont une dizaine de policiers.

La contestation se poursuit

Dimanche, apparaissant pour la première fois en vidéo depuis sa libération sous caution mardi, l’artiste Shervin Hajipour, connu pour sa chanson Baraye, qui soutient le mouvement et qui a fait près de 40 millions de vues sur Instagram, a affirmé qu’il voulait seulement exprimer sa sympathie envers les manifestants.

Dans le même temps, des étudiants des universités de Téhéran, d’Amirkabir et de Boushehr ont organisé dimanche des rassemblements dans leurs universités pour condamner les actions des émeutiers des derniers jours, a rapporté l’agence officielle IRNA.

La veille, alors que le mouvement de contestation entrait dans sa quatrième semaine, des manifestations avaient eu lieu dans plusieurs villes et les rassemblements de solidarité s’étaient poursuivis à l’étranger.

Selon l’analyste iranien Omid Memarian, une vidéo a montré des protestataires à Téhéran qui criaient Mort au dictateur.

Nous n’avons plus peur : nous nous battrons

Ailleurs, des écolières ont scandé Femmes, vie, liberté, le cri de ralliement des manifestants, à Saghez, la ville natale de Mahsa Amini, dans la province du Kurdistan, et ont marché en agitant leur foulard au-dessus de leur tête, a indiqué l’ONG de défense des droits de la personne Hengaw, établie en Norvège.

Selon des images en ligne vérifiées par l’AFP, une grande banderole placée sur un viaduc de l’autoroute qui traverse le centre de Téhéran affirme : Nous n’avons plus peur : nous nous battrons.

Deux membres des forces de sécurité ont été tués samedi lors des manifestations, l’un à Téhéran par une foule armée, l’autre à Sanandaj, capitale du Kurdistan, selon l’IRNA.

Cette agence a confirmé des protestations dans différentes villes, où des manifestants ont lancé des cocktails Molotov contre des mosquées, contre des centres de Bassidji, une milice paramilitaire, et contre des bureaux d’imams de la prière.

À Téhéran, la police a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser la foule, a-t-elle indiqué, ajoutant que les manifestants avaient scandé des slogans ainsi qu’incendié et endommagé des biens publics, notamment un poste de police et des poubelles.

Une personne tient un portrait de Mahsa Amini.

Mahsa Amini avait été arrêtée pour avoir porté le voile de manière «inappropriée», selon les autorités iraniennes. Photo : Getty Images/AFP/Kenzo Tribouillard

Les autorités iraniennes ont affirmé vendredi que Mahsa Amini était décédée des suites d’une maladie et non de coups.

Cependant, le père de la jeune femme, Amjad Amini, qui avait affirmé que sa fille était en bonne santé avant son arrestation, a rejeté le rapport médical dans une entrevue à Iran International, une chaîne de télévision en persan basée à Londres.

J’ai vu de mes propres yeux que du sang avait coulé des oreilles et de la nuque de Mahsa, a-t-il dit.

Des militants et des ONG avaient affirmé qu’elle avait subi une blessure à la tête durant sa détention.

L’Iran accuse des pays étrangers d’attiser les manifestations, notamment les États-Unis, son ennemi juré.

Le chef de l’armée, Abdolrahim Moussavi, a promis dans un discours devant des commandants militaires que les forces armées ne permettront aucune ingérence et aucune agression de la part de puissances étrangères dans les affaires intérieures du pays, selon l’agence IRNA.

Par Radio-Canada avec Agence France-Presse

Manifestations en Iran: le guide suprême accuse les Etats-Unis et Israël

octobre 3, 2022
Manifestations en Iran: le guide supreme accuse les Etats-Unis et Israel
Manifestations en Iran: le guide suprême accuse les Etats-Unis et Israël© KHAMENEI.IR/AFP/-

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a accusé lundi les ennemis jurés que sont les Etats-Unis et Israël d’avoir fomenté le mouvement de contestation déclenché par la mort le 16 septembre de Mahsa Amini à Téhéran.

« Je dis clairement que ces émeutes et l’insécurité sont l’œuvre des Etats-Unis, du régime sioniste (Israël, NDLR) usurpateur, leurs mercenaires et certains Iraniens traîtres qui les ont aidés à l’étranger », a déclaré l’ayatollah Khamenei, 83 ans, dans sa première réaction aux manifestations.

Mahsa Amini, une Kurde iranienne de 22 ans, est décédée le 16 septembre, trois jours après son arrestation pour infraction au code vestimentaire strict de la République islamique qui oblige notamment les femmes à porter le voile.

Sa mort a déclenché une vague de manifestations en Iran et des rassemblements de solidarité avec les femmes iraniennes à travers le monde, notamment à Paris encore dimanche.

Ce mouvement de contestation, le plus important en Iran depuis celui de 2019 contre la hausse des prix de l’essence, est entré dans sa troisième semaine et la répression s’est accrue.

De violents incidents se sont produits dans la nuit de dimanche à lundi à l’Université de technologie Sharif à Téhéran, la plus prestigieuse d’Iran.

La police anti-émeute a tiré des billes d’acier et des gaz lacrymogènes contre des étudiants qui scandaient « Femme, vie, liberté », « les étudiants préfèrent la mort à l’humiliation », selon l’agence de presse iranienne Mehr.

Des incidents sont également survenus à l’université d’Ispahan (centre).

« N’ayez pas peur ! »

L’ONG Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo, a publié deux vidéos, l’une montrant apparemment des policiers iraniens à motos poursuivant des étudiants qui courent dans un parking souterrain, et l’autre, des policiers à moto emmenant des personnes dont la tête est recouverte de sacs en tissu noir.

Sur d’autres images mises en ligne, que l’AFP n’a pu vérifier de manière indépendante, on peut entendre des tirs et des cris alors qu’un grand nombre de personnes courent dans une rue la nuit.

Dans une vidéo tournée, selon l’IHR, dans une station de métro de Téhéran, une foule scande: « N’ayez pas peur ! N’ayez pas peur ! Nous sommes tous ensemble ! ».

Mais aux yeux du guide suprême, « la police est obligée de tenir tête aux criminels et d’assurer la sécurité de la société ».

« La mort de la jeune fille nous a brisé le cœur, mais ce qui n’est pas normal, c’est que certaines personnes, sans preuve ni enquête, rendent les rues dangereuses, brûlent le Coran, retirent le foulard des femmes voilées, mettent le feu aux mosquées et aux voitures », a-t-il ajouté.

Selon l’ayatollah Khamenei, ces manifestations ne sont pas dirigées contre le port obligatoire du voile, mais contre « l’indépendance » de l’Iran.

« Beaucoup de femmes en Iran ne portent pas parfaitement le voile et sont de ferventes partisanes de la République islamique », a-t-il écrit sur Twitter. « Les Etats-Unis ne peuvent pas tolérer un Iran fort et indépendant. »

« Nous sommes alarmés et révoltés par les informations sur la manière dont les forces de l’ordre répondent par la violence et avec des arrestations massives à des manifestations pacifiques d’étudiants », a dit lundi la porte-parole de la Maison Blanche, Karine Jean-Pierre, aux journalistes voyageant avec le président Joe Biden vers Porto Rico.

« Courage incroyable »

Le ministère iranien du Renseignement avait indiqué vendredi que neuf ressortissants étrangers — notamment de France, d’Allemagne, d’Italie, des Pays-Bas et de Pologne — avaient été arrêtés en lien avec les manifestations.

Une globe-trotteuse italienne de 30 ans a affirmé être détenue en Iran: « Ils m’ont arrêtée, je suis dans une prison à Téhéran. Aidez-moi s’il vous plaît… », a déclaré Alessia Piperno lors d’une brève conversation téléphonique avec ses parents dimanche, selon le quotidien italien Il Messaggero.

Pour la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, il est « difficile de supporter ce qui se passe à l’université #Sharif en #Iran ». Le courage des Iraniens est incroyable », a-t-elle tweeté.

Au moins 92 personnes ont été tuées par la répression depuis le début des manifestations, selon l’ONG Iran Human Rights qui s’efforce d’évaluer le nombre de morts malgré les coupures d’Internet et les blocages d’applications comme WhatsApp ou Instagram et d’autres services en ligne en Iran.

Les autorités affirment quant à elles qu’environ 60 personnes parmi lesquelles douze membres des forces de sécurité ont été tuées depuis le 16 septembre.

Par Le Point avec AFP

Iran: manifestations dans plusieurs universités du pays

octobre 1, 2022
Iran: manifestations dans plusieurs universites du pays
Iran: manifestations dans plusieurs universités du pays© AFP/JUSTIN TALLIS

Des manifestations ont eu lieu samedi dans plusieurs universités en Iran pour dénoncer la répression meurtrière du mouvement de contestation déclenché par la mort de Mahsa Amini arrêtée par la police des moeurs, il y a 16 jours.

Des rassemblements ont par ailleurs été organisés à travers le monde en solidarité avec le mouvement, dont la répression a fait au moins 83 morts depuis le décès de la Kurde iranienne le 16 septembre, trois jours après son arrestation pour infraction au code vestimentaire strict de la République islamique qui oblige notamment les femmes à porter le voile.

Le pouvoir, qui dément toute implication des forces de l’ordre dans la mort de la jeune femme de 22 ans, a fait arrêter des centaines de manifestants, qualifiés d' »émeutiers ».

« Des étudiants ont manifesté samedi dans des universités pour dénoncer les agissements de la police envers les protestataires », a affirmé l’agence de presse iranienne Fars, sans préciser où ont eu lieu ces manifestations, ni leur ampleur.

L’agence a toutefois indiqué que des rassemblements « ont aussi été organisés sur la place Enghelab (« Révolution » en persan, ndlr) près de l’Université de Téhéran, dans le centre de la capitale, où des heurts ont éclaté entre la police et les manifestants dont certains ont été arrêtés ».

Selon des témoins, de nombreux policiers anti-émeutes avaient pris position plus tôt samedi à différents carrefours de Téhéran.

« Noyée dans le sang »

Sur les réseaux sociaux, plusieurs vidéos vérifiées par l’AFP ont circulé samedi montrant des rassemblements dans des universités, notamment à Téhéran et dans la ville sainte de Machhad (nord-est), deuxième ville du pays.

Sur ces images, on peut voir des dizaines de manifestants chantant et scandant des slogans favorables au mouvement de contestation.

« La ville est noyée dans le sang, mais nos professeurs gardent le silence ! », ont scandé des dmanifestants rassemblés devant l’université de Karaj, à l’ouest de Téhéran, selon une vidéo diffusée par l’ONG Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo.

Vendredi soir, des Iraniens ont manifesté dans la ville de Saqez, dans la province du Kurdistan, d’où était originaire Mahsa Amini, selon une vidéo d’IHR.

« Femmes, vie, liberté », ont lancé des hommes et des femmes en pleine rue en reprenant un slogan phare du mouvement de contestation.

Selon l’agence Fars, environ 60 personnes ont été tuées depuis le 16 septembre, tandis qu’Iran Human Rights a fait état d’au moins 83 morts.

Plus de 1.200 manifestants ont été arrêtés, d’après un bilan officiel. Des militants, des avocats et des journalistes ont également été interpellés, selon des ONG.

Manifestations de solidarité

A l’étranger, des rassemblements de solidarité, auxquels participe la diaspora iranienne, se tiennent samedi dans plus de 150 villes, selon les organisateurs.

A Rome, un millier de personnes ont défilé au rythme des tambours, réclamant « justice » pour Mahsa Amini.

A Berlin, plus de 1.000 personnes se sont réunies, brandissant des pancartes dénonçant le régime iranien, tandis qu’à Tokyo, des manifestants avaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « On ne s’arrêtera pas ». « Non à la dictature », ont scandé quelque 200 personnes à Lisbonne.

L’ancien Premier ministre iranien Mir Hossein Mousavi, aujourd’hui dans l’opposition, a exhorté les forces de l’ordre à cesser les violences, dans un message publié sur le compte Instagram du site Kaleme qui lui est proche.

« J’aimerais rappeler à toutes les forces de l’ordre leur serment de protéger notre terre, l’Iran, et les vies humaines, les biens, et les droits du peuple », a dit l’ancien responsable qui est en résidence surveillée depuis 2011. « Le sang des oppressés est plus fort que la violence des tyrans. »

Amnesty International a dénoncé une répression « impitoyable » contre le mouvement de contestation, notant le recours à des balles réelles et billes de plomb, des passages à tabac et des violences sexuelles à l’encontre des femmes par les forces de l’ordre.

Les autorités iraniennes accusent, elles, les manifestants de semer le « chaos » et des forces à l’étranger, parmi lesquelles les Etats-Unis, leur ennemi juré, d’être derrière les rassemblements.

Vendredi, elles ont annoncé l’arrestation de « neuf ressortissants d’Allemagne, de Pologne, d’Italie, de France, des Pays-Bas, de Suède, etc ». Selon Téhéran, ils ont été interpellés « sur les lieux d’émeutes ou y ont été mêlés ».

Des violences ont par ailleurs éclaté vendredi dans la province du Sistan-Baloutchistan (sud-est), où 20 personnes, dont deux colonels des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique du régime, sont mortes dans des heurts, selon les autorités. Il n’était pas clair dans l’immédiat si ces affrontements étaient liés au mouvement de contestation.

Celui-ci est le plus important depuis les manifestations de novembre 2019, provoquées par la hausse des prix de l’essence, qui avaient été sévèrement réprimées.

Par Le Point avec AFP

Iran: l’accès aux réseaux sociaux bloqué, au moins 17 morts lors des protestations

septembre 22, 2022
Iran: l'acces aux reseaux sociaux bloque, au moins 17 morts lors des protestations
Iran: l’accès aux réseaux sociaux bloqué, au moins 17 morts lors des protestations© AFP/-

Les autorités en Iran ont bloqué l’accès à Instagram et WhatsApp après six jours de protestations contre la mort d’une femme arrêtée par la police des mœurs, dans lesquelles au moins 17 personnes ont péri selon un bilan d’un média d’Etat jeudi.

Le décès de Mahsa Amini, âgée de 22 ans, a suscité de vives condamnations dans le monde alors que les ONG internationales ont dénoncé une répression « brutale » de manifestations. A la tribune de l’ONU mercredi, le président des Etats-Unis Joe Biden s’est dit solidaire des « femmes courageuses d’Iran ».

La jeune femme, originaire du Kurdistan (nord-ouest), avait été arrêtée le 13 septembre à Téhéran pour « port de vêtements inappropriés » par la police des moeurs, une unité chargée de faire respecter le code vestimentaire strict en République islamique, où les femmes doivent se couvrir les cheveux et n’ont pas le droit de porter des manteaux courts ou serrés ou des jeans troués. Elle est décédée le 16 septembre à l’hôpital.

Selon des militants, elle a reçu un coup mortel à la tête, mais les responsables iraniens ont démenti et annoncé une enquête.

Les manifestations ont éclaté aussitôt après l’annonce de sa mort. Depuis elles ont touché une quinzaine de villes, jusqu’à la cité sainte chiite de Qom, au sud-ouest de Téhéran.

« Dix-sept personnes dont des manifestants et des policiers ont perdu la vie dans les événements des derniers jours », selon un nouveau bilan donné par la télévision d’Etat qui n’a pas précisé le nombre exact de manifestants et de policiers tués.

Un précédent bilan donné par les agences de presse iraniennes faisait état de sept manifestants et quatre membres des forces de sécurité tués.

Les responsables iraniens ont néanmoins nié toute implication des forces de sécurité dans la mort des protestataires.

Mais comme d’autres ONG internationales et l’ONU, Amnesty International a dénoncé une « répression brutale ». Elle a fait état « d’un recours illégal aux tirs de grenailles, billes d’acier, gaz lacrymogène, canons à eau et coups de bâton pour disperser les manifestants ».

« Etouffer »

Depuis le début des manifestations, les connexions sont ralenties et l’accès à Instagram et WhatsApp a été ensuite bloqué.

« Sur décision des autorités, il n’est plus possible d’accéder à Instagram depuis mercredi soir. L’accès à WhatsApp est également perturbé », a annoncé l’agence de presse Fars. Cette mesure a été prise à cause « des actions menées par des contre-révolutionnaires contre la sécurité nationale via ces réseaux sociaux », selon Fars.

Instagram et WhatsApp étaient les applications les plus utilisées en Iran depuis le blocage des plateformes comme Youtube, Facebook, Telegram, Twitter et Tiktok ces derniers années. De plus l’accès à Internet est largement filtré ou restreint pas les autorités.

Des experts des droits humains de l’ONU ont condamné « le recours à la violence physique contre les femmes » ainsi que les « perturbations d’Internet dictées par l’Etat ». Ces perturbations « font généralement partie des efforts visant à étouffer la liberté d’expression et à limiter les manifestations », ont-ils déclaré dans un communiqué.

Lors des protestations dans plusieurs provinces d’Iran, des manifestants ont incendié des véhicules de police et scandé des slogans hostiles au pouvoir, selon des médias et militants. La police a riposté par des gaz lacrymogènes et arrêté un nombre indéterminé de personnes.

Selon des militants, des affrontements ont opposé mercredi soir à Machhad (nord-est) manifestants et forces de sécurité qui ont ouvert le feu. A Ispahan (centre), des manifestants ont déchiré une banderole montrant le guide suprême iranien, Ali Khamenei.

« Au-devant de la scène »

Des images ont montré des manifestants résistant aux forces de l’ordre. Les plus virales sur les réseaux sociaux sont celles où l’on voit des femmes mettre le feu à leur foulard.

« Non au foulard, non au turban, oui à la liberté et à l’égalité ! », ont crié des manifestants à Téhéran, leurs slogans ayant été repris par solidarité à New York ou à Istanbul.

Pour Mahtab, une maquilleuse de 22 ans coiffée d’un foulard orange qui laisse voir ses cheveux, interrogée à Téhéran, « le foulard doit être un choix, on ne doit pas nous forcer ».

Selon Azadeh Kian, professeur de sociologie à l’université Paris Cité et spécialiste de l’Iran, « ce qui est inédit dans ces manifestations c’est qu’on retrouve les femmes au-devant de la scène ».

Les protestations des derniers jours sont parmi les plus importantes en Iran depuis celles de novembre 2019, déclenchées par la hausse des prix de l’essence, en pleine crise économique. Une centaine de villes avaient été touchées par une contestation, sévèrement réprimée. Le bilan officiel est de 230 morts, plus de 300 selon Amnesty International.

Par Le Pont avec AFP

Iran : huit morts dans les manifestations contre le décès de Mahsa Amini

septembre 21, 2022

Arrêtée pour « port de vêtements inappropriés », la jeune femme est tombée dans le coma et est morte quelques jours plus tard. L’affaire a ému l’ensemble du pays.

Trois personnes sont mortes au cours de mouvements de protestation contre la mort de Mahsa Amini.
Trois personnes sont mortes au cours de mouvements de protestation contre la mort de Mahsa Amini.© – / AFP

Le mouvement de contestation en Iran après la mort de Mahsa Amini vire au chaos. Au moins huit personnes ont été tuées lors de la répression des manifestations qui se multiplient en Iran après la mort d’une jeune femme arrêtée par la police des mœurs, selon un nouveau bilan mercredi 21 septembre. Ces manifestations nocturnes se sont propagées dans la République islamique depuis l’annonce du décès de Mahsa Amini, vendredi, jusqu’à la ville sainte de Qom, cité natale du guide suprême iranien Ali Khamenei, qui s’est exprimé mercredi lors d’un événement à Téhéran sans mentionner de manifestations dans le pays. Elles ont eu lieu dans les rues d’une quinzaine de villes iraniennes situées dans le nord-ouest et le sud du pays, tout comme dans la capitale.

« Malheureusement, deux personnes ont été tuées lors des émeutes d’hier », a déclaré mercredi le procureur de Kermanshah, dans l’ouest du pays, Shahram Karami, cité par l’agence de presse Fars. « Nous sommes sûrs que cela a été fait par des agents contre-révolutionnaires parce que ces personnes ont été ciblées avec des armes non utilisées par les forces de l’ordre iraniennes », a ajouté Shahram Karami. Il a également déclaré que 25 personnes, dont certains membres des forces de police, avaient été blessées lors des manifestations. Un groupe de défense kurde basé en Norvège, Hengaw, a indiqué mercredi que deux autres manifestants avaient été tués en Iran dans la nuit de mardi à mercredi. De leur côté, les autorités iraniennes ont fait état mercredi d’un bilan de six morts depuis le début des manifestations.

Ismail Zarei Koosha, le gouverneur du Kurdistan – la province d’origine d’Amini où les manifestations ont commencé – avait déclaré mardi que trois personnes avaient été tuées lors de manifestations dans la province, sans préciser quand. Des manifestations ont eu lieu dans la nuit de mardi à mercredi dans 15 villes d’Iran, parmi lesquelles la capitale Téhéran et d’autres grandes villes, selon l’agence de presse d’État IRNA. Lors de la cinquième nuit de rassemblements de rue, la police a utilisé des gaz lacrymogènes et procédé à des arrestations pour disperser des foules pouvant atteindre 1 000 personnes, a indiqué l’agence. Les manifestants ont bloqué les rues, lancé des pierres sur les forces de sécurité, incendié des véhicules de police et des poubelles et scandé des slogans antigouvernementaux, a-t-elle ajouté.

Une vague de colère dans tout le pays

En Iran, se couvrir les cheveux est obligatoire en public. La police des mœurs interdit en outre aux femmes de porter des manteaux courts au-dessus du genou, des pantalons serrés et des jeans troués ainsi que des tenues de couleurs vives, entre autres. Mahsa Amini est tombée dans le coma après son arrestation et est décédée le 16 septembre à l’hôpital, selon la télévision d’État et sa famille. Des militants affirment qu’elle a souffert d’une blessure à la tête alors qu’elle était en détention. La police iranienne a rejeté ces accusations et une enquête a été ouverte. Le décès de la jeune femme a suscité une vague de colère en Iran, où des manifestations ont éclaté samedi au Kurdistan, puis à Téhéran et dans d’autres régions d’Iran.

Mardi, le gouverneur du Kurdistan, Ismail Zarei Koosha, cité par l’agence de presse Fars, a fait état de « trois morts » lors des manifestations dans différentes localités de la province, sans préciser de date. Il a qualifié ces morts de « suspectes, faisant partie d’un complot fomenté par l’ennemi ». Il a aussi affirmé que l’une des victimes avait été tuée par un type d’arme non utilisé par les forces iraniennes. Face à la colère provoquée par cette mort, le représentant du guide suprême Ali Khamenei au Kurdistan, Abdolreza Pourzahabi, s’est rendu lundi au domicile familial de Mahsa Amini, selon l’agence Tasnim.

De vives condamnations internationales

Outre la vague de colère déclenchée en Iran, l’annonce du décès de la jeune femme, dont le prénom kurde est Jhina, a suscité de vives condamnations internationales, notamment de l’ONU, des États-Unis et de la France. Réagissant aux condamnations internationales, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Nasser Kanani, a condamné mardi soir ce qu’il a qualifié de « positions interventionnistes étrangères ». D’autres images vidéo montrent des manifestants ripostant aux forces de sécurité en arrachant des bombes lacrymogènes aux forces de l’ordre et en les empêchant de procéder à des arrestations. L’une des principales tendances virales sur les réseaux sociaux est de voir des femmes mettre le feu à leur foulard.

Le ministre iranien des Télécommunications, Issa Zarepour, a évoqué de son côté mercredi la possibilité de restrictions d’accès à Internet dans le pays pendant les manifestations « en raison des problèmes de sécurité », a-t-il dit, cité par l’agence de presse Isna. 

Ces manifestations constituent « une secousse très importante » en Iran, « c’est une crise sociétale », a déclaré à l’Agence France-Presse David Rigoulet-Roze, chercheur associé à l’Iris, spécialiste de l’Iran. « Il y a une déconnexion entre les autorités bloquées sur leur ADN de la révolution islamique de 1979 et une société de plus en plus sécularisée. C’est tout un projet de société qui est remis en question. Il y a un flottement chez les autorités sur la marche à suivre vis-à-vis de ce mouvement », a expliqué le chercheur.

Macron a « insisté sur le respect des droits des femmes » auprès de Raïssi

L’émissaire a déclaré à la famille que « des mesures seront prises » et que l’ayatollah Khamenei était « peiné » par ce décès. « Comme je l’ai promis à la famille Amini, je suivrai le dossier jusqu’au bout », a-t-il dit. À l’étranger, la Haute-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme par intérim, Nada Al-Nashif, a exprimé « son inquiétude face à la mort en détention de Mahsa Amini […] et à la réaction violente des forces de sécurité aux manifestations », et réclamé une enquête « impartiale et indépendante ».

En marge de l’assemblée générale de l’ONU à New York, le président français Emmanuel Macron a déclaré, après un entretien avec le président iranien Ebrahim Raïssi, avoir « insisté sur le respect des droits des femmes » en Iran. Par ailleurs, des dissidents iraniens et d’anciens prisonniers en Iran, dont une universitaire australo-britannique, ont annoncé mardi à New York le dépôt d’une plainte au civil visant Ebrahim Raïssi, attendu mercredi à l’Assemblée générale de l’ONU. Le président iranien est la cible de cette plainte, qui n’avait pas encore été rendue publique mardi soir par le tribunal civil fédéral de Manhattan, pour son rôle de juge en Iran dans les années 1980, lorsque des milliers de personnes y avaient été condamnées à mort, selon l’Union nationale pour la démocratie en Iran (Nufdi).

Par Le Point avec AFP

L’Iran vent debout après la mort d’une femme arrêtée par la police des mœurs

septembre 18, 2022

Arrêtée à Téhéran par la police chargée de contrôler les tenues vestimentaires, Mahsa Amini, 22 ans, est décédée trois jours plus tard à l’hôpital.

Un vent de protestation souffle sur l’Iran après la mort d’une jeune femme de 22 ans, Mahsa Amini, trois jours après son arrestation par la police des mœurs à Téhéran. « Chère Mahsa, ton nom va devenir un symbole », proclame dimanche 18 septembre, sous la photo de sa tombe, la une du journal économique Asia à l’unisson d’une grande partie de la presse iranienne.

Cette unité, chargée de veiller à l’application du voile musulman obligatoire dans le pays, a été critiquée à plusieurs reprises ces derniers mois pour ses interventions violentes à l’égard des femmes soupçonnées d’enfreindre le code vestimentaire en vigueur dans le pays depuis la révolution islamique en 1979. Originaire du Kurdistan, dans le nord-ouest de l’Iran, Mahsa Amini, âgé de 22 ans, était en visite dans la capitale avec sa famille quand elle a été arrêtée mardi par la police chargée d’appliquer les règles vestimentaires strictes pour les femmes.

Vendredi dans l’après-midi, une foule s’était réunie devant l’hôpital Kasra au centre de Téhéran où la jeune fille était décédée après trois jours dans le coma. À Saghez, sa ville natale où elle a été inhumée samedi, des habitants ont jeté des pierres contre le siège du gouverneur et crié des slogans hostiles.

Mahsa Amini à la une de tous les journaux

Dimanche, la quasi-totalité de la presse de la capitale consacrait leur une et des pages entières à ce drame. « Le public est bouleversé et en colère par ce qui est arrivé à Mahsa Amini », note le journal réformateur Etemad, indiquant que la nation a constaté « à plusieurs reprises la violence de la police des mœurs ». Le journal modéré Jomhouri Eslami met en garde contre la « fracture sociale » provoquée par le « comportement violent » des officiers de la police.

Le quotidien Iran, publication gouvernementale, a accusé les réformateurs « d’exploiter les émotions du peuple en utilisant un incident malheureux pour monter la nation contre le gouvernement et le président ». Le journal ultraconservateur Kayhan a noté que « le volume de rumeurs et de mensonges soulevés après la mort de Mahsa a considérablement augmenté ». « Toutefois, la publication des images de cet incident par la police a dérouté les opportunistes qui voulaient utiliser cet incident », indique le journal.

Il fait allusion à une courte vidéo de surveillance diffusée par la télévision officielle montrant une femme présentée comme Mahsa s’effondrer dans les locaux de la police après une discussion avec une policière. La police de Téhéran a affirmé « qu’il n’y avait pas eu de contact physique » entre les agents de police et la jeune femme. Le président iranien Ebrahim Raïssi a demandé l’ouverture d’une enquête. « La nation a exprimé son chagrin après la mort triste de Mahsa », a écrit le journal ultraconservateur Javan.

Top 1 des tendances sur Twitter

De nombreux cinéastes, artistes, personnalités sportives, politiques et religieuses ont exprimé leur colère sur les réseaux sociaux. L’ancien président et chef de file du courant réformateur Mohammad Khatami a appelé les autorités à « mettre fin aux actions contraires à la loi, à la logique et à la charia » et à « traduire devant la justice les auteurs de l’incident ».

Le grand ayatollah Assadollah Bayat Zanjani a dénoncé comme « illégitime » et « illégal » l’ensemble des « comportements et événements » à l’origine de « cet incident malheureux et regrettable ». « Le Coran empêche clairement les fidèles d’utiliser la force pour imposer les valeurs qu’ils considèrent comme religieuses et morales », a-t-il estimé.

Le cinéaste Asghar Farhadi, lauréat de deux oscars du meilleur film étranger, a observé que « Mahsa est aujourd’hui plus vivante que nous », car « nous sommes endormis, sans réaction face à cette cruauté sans fin, nous sommes complices de ce crime ». « Les cheveux de nos filles sont recouverts d’un linceul », ont écrit plusieurs joueurs de l’équipe nationale de football dans une story commune sur Instagram.

« Si ce sont des musulmans, que Dieu fasse de moi un infidèle », a lancé Sardar Azmoun, l’attaquant du Bayer Leverkusen. Sur Twitter, le hashtag #Mahsa_Amini en persan était dimanche midi en première position des tendances avec près de 1,5 million de tweets.

Téhéran nie l’existence d’un projet iranien pour tuer un ex-haut responsable américain

août 11, 2022
Teheran nie l'existence d'un projet iranien pour tuer un ex-haut responsable americain
Téhéran nie l’existence d’un projet iranien pour tuer un ex-haut responsable américain© AFP/Logan Cyrus

Téhéran a rejeté jeudi les accusations « ridicules » de la justice américaine, selon laquelle un membre des Gardiens de la Révolution iraniens avait fomenté un complot visant à assassiner John Bolton, ancien conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche.

La veille, le ministère américain de la Justice avait annoncé que Shahram Poursafi, alias Mehdi Rezayi, 45 ans, était inculpé en son absence pour avoir offert de verser 300.000 dollars à des individus aux Etats-Unis pour tuer John Bolton, qui fut également ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU.

Le complot, destiné apparemment à venger la mort du général iranien Qassem Soleimani, tué en janvier 2020 dans une frappe américaine, a été révélé aux autorités par la personne censée assassiner M. Bolton, dont l’identité n’a pas été dévoilée.

Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Nasser Kanani, a rejeté jeudi des accusations américaines « ridicules ».

« Les autorités judiciaires américaines ont porté des accusations sans fournir de preuves valables », a-t-il dénoncé.

L’affaire intervient au moment où le régime iranien étudie un compromis présenté par l’Union européenne pour sauver l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien, moribond depuis le retrait des Etats-Unis en 2018 sous l’impulsion de Donald Trump, alors conseillé par John Bolton.

Pendant des mois, Téhéran a lié tout accord à un retrait des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique, de la liste noire américaine des organisations terroristes.

« Ce n’est pas la première fois que nous mettons au jour un complot de l’Iran pour se venger sur le sol américain et nous travaillerons sans relâche à dévoiler et empêcher chacune de ces tentatives », a déclaré le vice-ministre de la Justice, Matthew Olsen.

Selon l’acte d’accusation, à la fin de l’année 2021, Shahram Poursafi est entré en contact avec une personne censée mener à bien l’assassinat, qui était en fait un informateur de la police fédérale (FBI).

Cryptomonnaie

Shahram Poursafi lui a ordonné d’ouvrir un compte en cryptomonnaie, puis lui a donné l’adresse professionnelle de l’ancien conseiller de Donald Trump, avant de le presser de mettre le plan à exécution avant l’anniversaire de la mort de Qassem Soleimani.

Le puissant général iranien, architecte de la stratégie iranienne au Moyen-Orient, était le chef de la Force Qods, l’unité chargée des opérations extérieures au sein des Gardiens de la Révolution. Il a été tué le 3 janvier 2020 dans une frappe de drone à Bagdad.

La date anniversaire passée, Shahram Poursafi a continué à pousser l’informateur à tuer M. Bolton, lui promettant un contrat d’un million de dollars visant une deuxième cible s’il réussissait.

Le FBI a publié un avis de recherche de M. Poursafi avec plusieurs photos, dont deux le montrent vêtu de l’uniforme des Gardiens de la Révolution.

« Lors de leurs échanges, la source confidentielle a plusieurs fois fait référence à M. Poursafi comme étant lié à la Force Qods. Poursafi n’a jamais nié », a noté la justice américaine.

S’il est arrêté, ce qui est peu probable car il se trouve sans doute en Iran, Shahram Poursafi risque jusqu’à 25 ans de prison.

Conséquences « sévères »

John Bolton, conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump d’avril 2018 à septembre 2019, considérait l’accord nucléaire de 2015 comme une « erreur stratégique majeure ». Il avait publiquement soutenu la décision de M. Trump de retirer les Etats-Unis de ce pacte, connu sous son sigle anglais JCPOA, qui vise à garantir le caractère civil du programme nucléaire de l’Iran.

L’acte d’accusation précise que M. Bolton avait été informé du complot et a coopéré avec les enquêteurs.

John Bolton a affirmé jeudi qu’il était important de noter « à quel point le gouvernement iranien avait mûrement réfléchi (à ce projet) et était engagé dans la planification ».

Cela montre comment Téhéran « se comporte, concernant (ses) activités terroristes » mais aussi comment il conduit sa « politique étrangère », a-t-il déclaré sur la chaîne CNN.

L’actuel conseiller à la Sécurité nationale de la Maison Blanche, Jake Sullivan, a tweeté pour sa part que Téhéran s’exposait à des « conséquences sévères » s’il s’attaquait à des responsables américains présents ou passés.

La justice américaine n’a pas identifié la deuxième cible, mais selon le site Axios, il s’agit de l’ex-chef de la diplomatie Mike Pompeo. Citant une source proche de l’ancien secrétaire d’Etat, Axios a précisé que le ministère de la Justice lui avait « confirmé directement » qu’il était l’une des cibles.

Avec John Bolton, M. Pompeo a été l’un des principaux artisans de la politique de « pression maximale » sur l’Iran de l’administration Trump.

Par Le Point avec AFP