Posts Tagged ‘istanbul’

Khashoggi: le corps aurait été « dissous », la fiancée demande justice

novembre 2, 2018

Un manifestant tient un portrait du journaliste saoudien Jamal Khashoggi et une bougie à sa mémoire, devant le consulat saoudien à Istanbul le 25 octobre 2018 / © AFP / Yasin AKGUL

Un responsable turc a affirmé vendredi, un mois après le meurtre de Jamal Khashoggi au consulat saoudien à Istanbul, que son corps démembré avait été dissous alors que la fiancée du journaliste a appelé la communauté internationale à juger les coupables.

« Nous voyons à ce stade qu’ils ne se sont pas contentés de le démembrer, ils s’en sont débarrassé en le dissolvant », a déclaré au quotidien Hürriyet Yasin Aktay, conseiller du président Recep Tayyip Erdogan au sein de l’AKP, le parti au pouvoir.

« Selon les dernières informations dont nous disposons, la raison pour laquelle ils ont découpé le corps, c’est pour le dissoudre plus facilement », a-t-il ajouté.

Lors d’une conférence de presse à Washington jeudi, un porte-parole du Département d’Etat américain, Robert Palladino, a affirmé que « les restes de M. Khashoggi doivent être localisés et restitués à sa famille pour un enterrement approprié le plus tôt possible ».

L’éditorialiste Jamal Khashoggi, collaborateur du Washington Post, a été tué le 2 octobre dans le consulat saoudien d’Istanbul où il s’était rendu pour des démarches administratives en vue de son mariage avec une Turque, Hatice Cengiz.

– « une Arabie stable » –

Des manifestants protestent le 26 octobre 2018, devant l’ambassade saoudienne à Paris, contre le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi / © AFP / JACQUES DEMARTHON

Dans un communiqué publié mercredi, le parquet d’Istanbul a affirmé que « la victime a été démembrée » et que l' »on s’en est débarrassée », sans pourtant préciser comment.

Après les déclarations du parquet, un responsable turc anonyme a indiqué au Washington Post que les autorités examinaient une piste selon laquelle son corps aurait été dissous dans de l’acide au consulat ou dans la résidence du consul toute proche.

Après avoir d’abord affirmé que Khashoggi avait quitté le consulat peu après s’y être rendu, puis soutenu qu’il était mort dans une rixe, Ryad a fini par évoquer une « opération non autorisée » par le pouvoir.

« Aujourd’hui, je demande à la communauté internationale de prendre des mesures réelles, sérieuses et concrètes pour mettre au jour la vérité et traduire les responsables devant la justice », a écrit Mme Cengiz, sa fiancée turque, dans une tribune publiée dans plusieurs médias dont le quotidien français Le Monde.

Si plusieurs responsables et médias turcs ont directement incriminé le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, dit MBS, Ryad s’efforce de le dédouaner en insistant sur le caractère « non autorisé » de l’opération.

L’affaire Khashoggi / © AFP / John SAEKI

Washington met en effet la pression sur Ryad pour que cette affaire soit élucidée, mais semble accorder le bénéfice du doute à MBS, un puissant allié de Washington au Moyen-Orient.

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a ainsi insisté jeudi sur le caractère « inacceptable » du meurtre du journaliste, tout en soulignant que les États-Unis avaient « l’intention de s’assurer que (leurs) relations (avec Ryad) restent intactes ».

Vendredi, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, dont le pays partage avec l’Arabie saoudite son implacable hostilité à l’Iran chiite, a souligné l’importance de la « stabilité » du royaume saoudien, tout en qualifiant d' »horrible » le meurtre de Khashoggi.

« Il est très important pour la stabilité du monde, pour la région et pour le monde, que l’Arabie saoudite reste stable », a-t-il dit lors d’une visite à Varna.

Selon des informations de presse, Washington compte en outre sur le prince ben Salmane pour promouvoir un plan de paix américain attendu au conflit israélo-palestinien et d’ores et déjà rejeté par les Palestiniens qui accusent les Etats-Unis de s’aligner sur les positions israéliennes.

Hommage à Khashoggi devant le consulat saoudien à Istanbul / © AFP /

Amnesty International a appelé vendredi les Etats membres de l’ONU « à mettre un terme à leur silence assourdissant face à l’Arabie saoudite », les exhortant à surveiller la « cruauté » du royaume après le meurtre de Khashoggi.

« L’épouvantable mort de Jamal Khashoggi a montré jusqu’où peuvent aller les autorités saoudiennes dans leur répression de toute opposition pacifique, une répression qui n’a fait que s’intensifier depuis que Mohammed ben Salmane est devenu prince héritier », a ajouté dans un communiqué la directrice des campagnes d’Amnesty International au Moyen-Orient, Samah Hadid.

A Londres, une rue longeant l’ambassade d’Arabie saoudite a été brièvement rebaptisée Khashoggi par des militants d’Amnesty International, à 13H14, l’heure exacte où le journaliste est entré dans le consulat de son pays en Turquie avant d’y être tué il y a un mois.

Les militants ont temporairement recouvert un panneau de stationnement de Curzon Street, dans le cœur de Londres, d’une plaque de rue similaire à une vraie mais portant l’inscription « Khashoggi Street » et le logo de l’organisation, une bougie entourée de barbelés.

Romandie.com avec(©AFP / (02 novembre 2018 18h43)

Journaliste saoudien disparu en Turquie: la police évoque un assassinat, Erdogan attend l’enquête

octobre 7, 2018

Le portrait du journaliste disparu Jamal Khashoggi lors d’une manifestation devant le consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, 5 octobre 2018 en Turquie / © AFP / OZAN KOSE

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a affirmé dimanche attendre toujours les résultats de l’enquête sur la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, après que plusieurs sources ont affirmé qu’il avait été tué au consulat de son pays à Istanbul, ce que Ryad a démenti.

La police turque estime que Jamal Khashoggi, porté disparu depuis mardi, a été tué au consulat saoudien à Istanbul, ont affirmé samedi soir des responsables turcs parlant sous couvert d’anonymat.

Mais M. Erdogan s’est gardé de donner du crédit aux informations sur l’assassinat de ce journaliste de renom, critique du pouvoir de Ryad et qui travaillait notamment pour le quotidien américain Washington Post.

Commentant pour la première fois sa disparition, le président turc a affirmé attendre le résultat de l’enquête en cours avant de se prononcer.

« Je suis le sujet et quel que soit le résultat (de l’enquête), nous le communiquerons au monde », a déclaré M. Erdogan à des journalistes. « Nous espérons avoir des résultats très rapidement ». « J’attends encore avec bon espoir », a-t-il poursuivi. « Si Dieu le veut, nous ne serons pas confrontés à ce que nous ne souhaitons pas ».

Les sources turques ayant rapporté la thèse de l’assassinat privilégiée par la police ont affirmé que l’opération avait été menée par un groupe composé de 15 personnes qui se sont rendues au consulat après être arrivées à Istanbul le même jour.

Istanbul / © AFP / Thomas SAINT-CRICQ

Jamal Khashoggi, qui avait pris un rendez-vous, s’y trouvait alors pour effectuer une démarche administrative en vue de son prochain mariage avec une Turque.

Il n’a jamais quitté le consulat, ont affirmé samedi soir des sources policières turques.

– « Ils savaient quand il serait » au consulat –

Le consulat saoudien a démenti sur son compte Twitter les informations « dénuées de fondement » selon lesquelles le journaliste y aurait été tué.

La Yéménite Tawakkol Karman, Prix Nobel de la Paix en 2011, tient un portrait du journaliste disparu Jamal Khashoggi lors d’une manifestation devant le consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, 5 octobre 2018 en Turquie / © AFP / OZAN KOSE

Il a affirmé qu’une équipe d’enquêteurs saoudiens se trouvait depuis samedi soir en Turquie pour participer à l’enquête.

« J’attends une confirmation officielle du gouvernement turc pour y croire », a réagi sur Twitter la fiancée du journaliste, Hatice Cengiz.

Ryad assure que Jamal Khashoggi a quitté le consulat après y avoir effectué des démarches mardi.

Dans un entretien vendredi à l’agence Bloomberg, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a affirmé que Jamal Khashoggi était effectivement « entré » au consulat mais qu’il en était sorti peu après. Il a invité les autorités turques à « fouiller » le consulat. « Nous n’avons rien à cacher », a-t-il dit.

M. Khashoggi s’est exilé aux Etats-Unis l’année dernière, redoutant une arrestation après avoir critiqué certaines décisions de Mohammed ben Salmane et l’intervention militaire de Ryad au Yémen.

Le portrait du journaliste disparu Jamal Khashoggi lors d’une manifestation devant le consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, 5 octobre 2018 en Turquie / © AFP / OZAN KOSE

« Il est allé au consulat avec un rendez-vous, donc ils savaient quand il y serait », explique à l’AFP un proche du journaliste, Yasin Aktay, également une figure du Parti de la Justice et du Développement (AKP, au pouvoir).

« Il avait appelé le consulat un peu avant d’y aller pour voir si ses documents étaient prêts, ils lui ont dit +oui, c’est prêt, vous pouvez venir+ », poursuit-il.

– « Acte monstrueux » –

« Si les informations sur l’assassinat de Jamal sont vraies, c’est un acte monstrueux et incompréhensible », a déclaré dans un communiqué Fred Hiatt, directeur de la rubrique opinion du Washington Post.

« Jamal était – ou, comme nous l’espérons, est – un journaliste courageux et engagé. Il écrit par amour pour son pays, et une foi profonde dans la dignité humaine et la liberté », poursuit M. Hiatt.

Turquie: le journaliste Khashoggi a été tué au consulat (police) / © AFP / Clotilde Gourlet

Le département d’Etat américain a indiqué samedi n’être « pas en mesure de confirmer » le sort de Jamal Khashoggi mais suivre « la situation de près ».

« Comme d’autres membres de la communauté internationale, nous avons demandé et nous attendons des éclaircissements des autorités saoudiennes sur le sort de M. Khashoggi », a déclaré un porte-parole de la Commission européenne.

Paris « suit la situation avec la plus grande attention », souligne-t-on au ministère français des Affaires étrangères, sans autre commentaire.

Ryad promeut une campagne de modernisation depuis que Mohammed ben Salmane a été désigné héritier du trône en 2017. Mais la répression contre les dissidents, avec des arrestations de religieux, de personnalités libérales et aussi de militantes féministes s’est accentuée depuis.

M. Khashoggi, 59 ans, est l’un des rares journalistes saoudiens en vue à élever la voix contre cette répression.

En septembre 2017, il avait annoncé avoir été interdit de contribution dans le quotidien Al-Hayat, propriété du prince saoudien Khaled ben Sultan al-Saoud. M. Khashoggi avait alors reconnu avoir défendu les Frères musulmans, classés par Ryad comme « organisation terroriste ». La Turquie, elle, est considérée comme l’un de leurs principaux soutiens.

Romandie.com avec(©AFP / (07 octobre 2018 18h22)

La police turque estime que le journaliste Khashoggi a été tué au consulat saoudien

octobre 6, 2018

La Yéménite Tawakkol Karman, Prix Nobel de la Paix en 2011, montre un portrait du journaliste disparu Jamal Khashoggi lors d’une manifestation devant le consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, 5 octobre 2018. / © AFP / OZAN KOSE

La police turque estime que le journaliste saoudien Jamal Khashoggi, porté disparu depuis mardi à Istanbul, a été tué au consulat de son pays, a indiqué à l’AFP une source proche du gouvernement.

« La police estime dans ses premières conclusions que le journaliste a été tué au consulat par une équipe venue spécialement à Istanbul et repartie dans la même journée », a déclaré cette source.

La police turque avait affirmé un peu plus tôt qu’un groupe de 15 Saoudiens avait fait mardi l’aller-retour à Istanbul et se trouvait au consulat en même temps que Jamal Khashoggi, et que ce dernier n’a jamais quitté la représentation diplomatique.

La police, citée par l’agence étatique turque Anadolu, ajoutait que M. Khashoggi « n’est plus ressorti » de la représentation diplomatique après y être entré pour effectuer une démarche administrative.

L’agence de presse officielle saoudienne SPA dimanche, a rapporté qu’un responsable anonyme du consulat d’Arabie saoudite avait démenti les informations selon lesquelles le journaliste aurait été tué.

« Le responsable a démenti avec force ces accusations sans fondement », selon SPA. L’agence a ajouté qu’une équipe d’enquêteurs saoudiens se trouvait en Turquie et travaillait avec les autorités locales.

« Je ne crois pas qu’il ait été tué », a réagi auparavant sur Twitter la fiancée turque du journaliste, Hatice Cengiz.

Ryad assure que Jamal Khashoggi, un critique du pouvoir de Ryad écrivant notamment pour le Washington Post, a quitté le consulat après y avoir effectué ces démarches mardi.

« D’après ce que j’ai compris, il est entré et est ressorti après quelques minutes ou une heure. Je ne suis pas sûr », a déclaré dans un entretien à l’agence Bloomberg publié vendredi le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, surnommé « MBS ».

« Nous sommes prêts à permettre au gouvernement turc de venir fouiller nos locaux », a-t-il dit, ajoutant être « très soucieux de savoir ce qui lui est arrivé ». Ces lieux sont sous souveraineté saoudienne, mais « nous les laisserons entrer et chercher et faire ce qu’ils veulent. (…) Nous n’avons rien à cacher ».

M. Khashoggi s’est exilé aux Etats-Unis l’année dernière par crainte d’une arrestation, après avoir critiqué certaines décisions de Mohammed ben Salmane et l’intervention militaire de Ryad au Yémen.

Selon sa fiancée, il s’était rendu au consulat pour effectuer des démarches en vue de leur prochain mariage.

L’ambassadeur saoudien à Ankara a été convoqué par le ministère turc des Affaires étrangères mercredi au sujet de la disparition de Jamal Khashoggi.

Le procureur général d’Istanbul a annoncé samedi qu’une enquête judiciaire avait été ouverte pour faire la lumière sur cette affaire.

– « Farouchement indépendant » –

A New York, le Comité de protection des journalistes (CPJ) a exprimé son inquiétude et a pressé Ryad de s’expliquer.

« Le CPJ est alarmé par les informations de presse selon lesquelles Jamal Khashoggi pourrait avoir été tué à l’intérieur du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul », a écrit dans un communiqué le directeur exécutif adjoint du CPJ, Robert Mahoney.

« Les autorité saoudiennes doivent donner immédiatement un compte rendu complet et crédible de ce qui est arrivé à Khashoggi dans leur mission diplomatique », a ajouté l’organisation.

Pour Reporters sans Frontières (RSF), qui a réagi sur Twitter, si les informations selon lequel Khashoggi aurait été tué étaient confirmées, « cela constituerait une attaque horrible, totalement déplorable et absolument inacceptable contre la liberté de la presse ».

Avant la publication des informations évoquant l’éventualité de la mort du journaliste, les organisations de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW) et Amnesty International ont toutes les deux mis en garde Ryad, affirmant que l’éventuelle détention du journaliste constituerait un cas de « disparition forcée ».

En signe de soutien, le Washington Post a décidé de laisser vide l’espace qui aurait dû être occupé par la tribune de M. Khashoggi dans son édition de vendredi.

Dans une tribune publiée sur Al-Jazeera en anglais, le journaliste et analyste Bill Law affirme connaître M. Khashoggi depuis 16 ans et le décrit comme « un journaliste brillant, doté d’un esprit farouchement indépendant mais d’un pragmatisme suffisant pour savoir jusqu’où il peut s’approcher des lignes rouges ». Une voix « que le prince héritier saoudien devrait écouter », ajoute-t-il.

L’Arabie saoudite figure à la 169e place sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières (RSF).

Ryad promeut une campagne de modernisation depuis que le prince Mohammed ben Salmane a été désigné héritier du trône en 2017. Mais la répression contre les dissidents, avec des arrestations de religieux, de personnalités libérales et aussi de militantes féministes s’est accentuée depuis.

M. Khashoggi, 59 ans, est l’un des rares journalistes saoudiens en vue à élever la voix contre cette répression.

Le 6 mars, il s’interrogeait dans un éditorial cosigné avec Robert Lacey dans le quotidien britannique The Guardian.

MBS, disait cet éditorial, « semble faire bouger le pays d’un extrémisme religieux d’une autre époque vers son propre extrémisme +Vous devez accepter mes réformes+, sans aucune consultation et avec des arrestations et des disparitions de ses détracteurs. Son programme ignore-t-il la plus importante des réformes, la démocratie ? »

Romandie.com avec(©AFP / (07 octobre 2018 05h38)

Un journaliste saoudien critique de Ryad porté disparu à Istanbul

octobre 3, 2018

La fiancée turque de Jamal Khashoggi et ses amis attendent le 3 octobre 2018 devant le consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, où il a été vu pour la dernière fois / © AFP / OZAN KOSE

Un journaliste saoudien critique du pouvoir à Ryad était mercredi porté disparu depuis plus de 24 heures à Istanbul après s’être rendu au consulat de son pays.

Rédacteur d’articles d’opinion pour le Washington Post notamment, Jamal Khashoggi, 59 ans, n’a pas été vu depuis qu’il est entré au consulat mardi vers 10H00 GMT.

« Nous avons été dans l’incapacité de joindre Jamal aujourd’hui et nous sommes très inquiets de savoir où il pourrait se trouver », a indiqué dans un communiqué le rédacteur en chef de la rubrique opinion du Washington Post, Eli Lopez.

« Nous surveillons la situation de près et essayons de réunir des informations. Ce serait injuste et scandaleux qu’il soit détenu en raison de son travail de journaliste et de commentateur », a-t-il déclaré.

La fiancée turque de M. Khashoggi campait depuis mercredi matin devant le consulat saoudien à Istanbul en quête de nouvelles au lendemain de sa disparition.

« Je n’ai reçu aucune nouvelle de lui depuis 13 heures (10H00 GMT) hier. Nous voulons savoir où il se trouve », a déclaré à l’AFP la fiancée, Hatice A., qui ne souhaite pas donner son nom de famille.

« Nous voulons le voir sortir sain et sauf », a-t-elle ajouté.

Un ami de M. Khashoggi, Turan Kislakçi, à la tête d’une association turco-arabe de journalistes, a dit avoir contacté les autorités turques qui lui ont affirmé qu’elles « suivent l’affaire de près ».

« Nous sommes certains que Jamal est détenu à l’intérieur, sauf si le consulat a un tunnel », a-t-il déclaré à l’AFP.

– Silence des autorités turques –

Hatice A. a appelé le ministre turc des Affaires étrangères à contacter l’ambassadeur saoudien en Turquie pour s’enquérir du sort de M. Khashoggi, journaliste chevronné devenu critique du pouvoir saoudien ces derniers mois alors qu’il était auparavant considéré comme proche du gouvernement.

Selon elle, M. Khashoggi s’était rendu au consulat pour effectuer des démarches administratives en vue de leur mariage, mais n’en est jamais ressorti.

« Il voulait obtenir un document saoudien certifiant qu’il n’était pas déjà marié », a-t-elle expliqué.

Le journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le 15 décembre 2014 à Manama / © AFP/Archives / MOHAMMED AL-SHAIKH

Aucune réaction à cette disparition n’a pu être obtenue auprès des autorités turques ni auprès du consulat ou de l’ambassade d’Arabie saoudite en Turquie.

M. Khashoggi s’est exilé aux Etats-Unis l’année dernière par crainte d’une possible arrestation, après avoir critiqué certaines décisions du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et l’intervention militaire de Ryad au Yémen.

Le département d’Etat américain a indiqué qu’il cherchait à en savoir davantage sur son sort.

Dans un article écrit pour le Washington Post en septembre 2017, M. Khashoggi écrivait: « Quand je parle de peur, d’intimidation, d’arrestations et de dénonciations publiques des intellectuels et des chefs religieux qui osent donner leur avis et que je vous dis que je viens d’Arabie saoudite, êtes-vous surpris? »

– Modernisation et répression –

Le même mois, M. Khashoggi avait annoncé avoir été interdit de contribution dans le quotidien Al-Hayat, propriété du prince saoudien Khaled ben Sultan al-Saoud. M. Khashoggi avait alors reconnu avoir défendu les Frères musulmans, ce qui ne semble pas avoir plu à son employeur.

Si les autorités saoudiennes ont classé les Frères musulmans comme « organisation terroriste », la Turquie est quant à elle considérée comme l’un de leurs principaux soutiens.

Le hashtag « enlèvement de jamalkhoshoggi » est l’un des plus partagés en arabe sur Twitter depuis mardi soir.

L’Arabie saoudite figure à la 169e place sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF. Ryad promeut une campagne de modernisation depuis que le prince Mohammed ben Salmane a été désigné héritier du trône en 2017.

Mais la répression contre les dissidents, avec des arrestations de religieux, de personnalités libérales et aussi de militantes de la cause des femmes, s’est accentuée depuis.

M. Khashoggi est l’un de rares journalistes saoudiens en vue à élever la voix contre cette répression. Dans l’un de ses derniers tweets, il avait ainsi critiqué le procès intenté à un économiste saoudien de renom, Essam Al-Zamel, après son arrestation par les autorités saoudiennes.

Romandie.com avec(©AFP / (03 octobre 2018 15h07)

Turquie: une manifestation de mères de disparus réprimée par la police

août 25, 2018

Une manifestante est arrêtée par la police turque lors d’une manifestation à Istanbul le 25 août 2018 / © AFP / Hayri TUNC

La police turque a dispersé samedi une manifestation de mères à Istanbul à la mémoire de proches disparus dans les années 1980 et 1990 et interpellé près de 50 participants à ce 700e rassemblement hebdomadaire de protestation.

La police a eu recours à des canons a eau et à du gaz lacrymogène pour disperser la foule, selon un photographe de l’AFP.

Au moins 47 personnes ont été interpellées par la police et promptement acheminées vers des camionnettes à proximité, ont rapporté les médias locaux.

L’avocat turc Efkan Bolac a annoncé sur Twitter que ces personnes avaient été par la suite relâchées après avoir été interrogées par la police.

Des internautes ont noté sur les réseaux sociaux que l’une des dirigeantes du mouvement, une octagénaire nommée Emine Ocak, qui a été interpellée par la police, avait déjà été photographiée au cours d’une arrestation dans des circonstances similaires en 1997, deux ans après la disparition de son fils après qu’il eut été placé en garde à vue.

Chaque semaine depuis le 27 mai 1995, les « Mères du samedi » (Cumatesi Anneleri en turc) se rassemblent dans le centre-ville d’Istanbul à la mémoire de proches que le gouvernement aurait fait disparaître au cours de l’une des plus tumultueuses périodes de l’histoire de la Turquie.

Ces disparitions sont survenues à l’apogée de la rébellion des partisans du PKK réclamant l’autonomie des Kurdes dans le sud-est, une région majoritairement peuplée par cette minorité. Des dizaines de milliers de personnes sont mortes dans ce conflit qui a débuté en 1984 et se poursuit encore aujourd’hui.

La directrice de l’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch en Turquie, Emma Sinclair-Webb, a déploré un « traitement honteux et cruel de familles réclamant la justice pour des crimes commis par l’Etat ».

Selon la police, la manifestation a été promue sur les réseaux sociaux par des comptes liés au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), illégal en Turquie, et aucune autorisation n’a été demandée pour la manifestation, selon la police.

Les manifestations des « Mères du samedi » avaient été systématiquement dispersées par la police de 1999 à 2009 avant d’être tolérées sous haute surveillance. L’intervention policière de ce samedi est la première depuis plusieurs années.

Romandie.com avec(©AFP / (25 août 2018 19h22)

Spectaculaires effondrement d’un immeuble à Istanbul après des pluies

juillet 24, 2018

Des agents municipaux et les forces de l’ordre ont juste eu le temps d’évacuer les habitants de cet édifice situé à Sütlüce, dans le district de Beyoglu sur la rive européenne d’Istanbul, avant qu’il ne s’effondre le 24 juillet 2018. / © Demiroren News Agency/AFP / –

Un immeuble résidentiel de quatre étages s’est effondré mardi dans le centre d’Istanbul après être resté plusieurs heures en équilibre au bord d’un ravin provoqué par un glissement de terrain, selon des images spectaculaires diffusées par les médias.

La base de l’immeuble s’est retrouvée sur plusieurs mètres en suspension au-dessus du vide à la suite d’un glissement de terrain provoqué par un violent orage accompagné de pluies diluviennes qui ont touché la ville pendant la nuit.

Des agents municipaux et les forces de l’ordre ont juste eu le temps d’évacuer les habitants de cet édifice situé à Sütlüce, dans le district de Beyoglu sur la rive européenne d’Istanbul, avant qu’il ne s’effondre.

Alors que les chaînes de télévision diffusaient en direct des images de la scène, l’immeuble s’est mis à vaciller avant de dévaler la pente et de s’écraser quelques mètres plus bas dans un nuage de poussière.

Aucun blessé n’était à déplorer, mais les télévisions turques montraient un tas de gravats fumants qui témoigne de la force de l’impact.

Selon les médias turcs, l’immeuble s’est écrasé dans un trou profond et large de plusieurs mètres qui avait été creusé pour la construction d’un hôtel.

Le maire de Beyoglu, Ahmet Misbah Demircan, a affirmé que les résidents de l’immeuble seraient rapidement relogés, a rapporté l’agence de presse étatique Anadolu, précisant que le bâtiment datait de 1994.

L’incident illustre une nouvelle fois l’état de fragilité dans lequel se trouvent certains immeubles résidentiels à Istanbul face au risque de tremblement de terre, ou même face aux fragilisations provoquées par de simples chantiers alentour.

Romandie.com avec(©AFP / 24 juillet 2018 16h57)

Turquie: un cargo de 225 mètres éventre une villa historique à Istanbul

avril 7, 2018

Istanbul – Un cargo de 225 mètres qui traversait le détroit du Bosphore, à Istanbul, est sorti de route samedi pour s’encastrer dans une villa ottomane en bois en bord de mer, provoquant l’interruption du trafic maritime, ont rapporté les médias turcs.

Le Vitaspirit, battant pavillon maltais, est devenu incontrôlable en raison d’un problème technique, a rapporté l’agence de presse spécialisée dans les affaires maritimes Deniz Haber, qui évoque un blocage du gouvernail. L’accident n’a fait aucune victime.

Le cargo a percuté de plein fouet l’une des nombreuses villas construites par des dignitaires ottomans au 19e siècle au bord du Bosphore, appelées « yali » en turc.

Le yali Hekimbasi Salih Efendi, un édifice en bois peint en rouge de trois étages particulièrement bien conservé, a été éventré et s’est en grande partie effondré, a constaté un journaliste de l’AFP.

Désormais inhabité, le bâtiment était loué pour des cérémonies de mariage ou des concerts, selon le site internet qui lui est dédié.

Ce spectaculaire accident s’est produit sous le pont Fatih Sultan Mehmet, l’un des trois ouvrages d’art qui enjambent le Bosphore pour relier les rives européenne et asiatique d’Istanbul.

Aucune victime n’était à déplorer dans l’immédiat et l’ampleur des dégâts causés au navire, qui se dirigeait vers l’Ukraine après être parti d’Egypte le mois dernier, n’était pas connue.

Les autorités turques ont interrompu le trafic sur le Bosphore, tandis que le Vitaspirit était en train d’être remorqué en fin d’après-midi.

Si des accidents se produisent parfois dans le détroit du Bosphore, qui relie la mer de Marmara et la mer Noire, il est rare de voir un navire heurter des habitations.

Le gouvernement a toutefois saisi cet accident pour justifier la construction controversée d’un nouveau canal à Istanbul pour désengorger la circulation sur le Bosphore.

En 2017, plus de 42.000 navires commerciaux, militaires ou de plaisance ont emprunté le Bosphore, l’un des détroits les plus congestionnés du monde. En décembre 1960, un pétrolier sous pavillon yougoslave et un navire grec étaient entrés en collision, provoquant un incendie qui avait duré des semaines.

Romandie.com avec(©AFP / 07 avril 2018 17h35)                                            

Une opposante syrienne tuées avec sa fille à Istanbul

septembre 22, 2017

Istanbul – Une militante syrienne de l’opposition et sa fille journaliste ont été retrouvées mortes, poignardées à leur domicile à Istanbul, ont rapporté vendredi les médias turcs, les proches des deux victimes dénonçant un « assassinat ».

Les corps sans vie d’Aroubeh Barakat, âgée de 60 ans, et de sa fille Halla Barakat, 22 ans, ont été retrouvés jeudi soir par des policiers qui avaient été alertés par des proches inquiets de ne pas arriver à les joindre, selon les agences de presse Anadolu et Dogan.

Les deux femmes sont mortes après avoir reçu des coups de poignard au cou, a indiqué Dogan, ajoutant que les policiers n’avaient relevé aucun signe d’entrée par effraction dans l’appartement situé à Usküdar, un district situé sur la rive asiatique d’Istanbul.

Les corps des deux femmes ont été retrouvés allongés côte à côte et les enquêteurs n’ont relevé dans l’immédiat aucun signe indiquant que des objets avaient disparu, selon Dogan.

La soeur d’Aroubeh Barakat, Shaza, a confirmé leur mort sur Facebook, déclarant que les deux femmes avaient été « assassinées par les mains de l’injustice et de la tyrannie ».

D’après la même source, Aroubeh Barakat s’était opposée dès les années 1980 au pouvoir syrien, d’abord à Hafez al-Assad, puis à son fils Bachar, qui lui a succédé en 2000.

La famille des deux femmes estime que leur mort pourrait être liée aux activités d’opposition d’Aroubeh Barakat, a indiqué sur Facebook un activiste syrien, Rami Jarrah.

La Coalition nationale de l’opposition syrienne, basée à Istanbul, a rendu hommage aux deux femmes et dénoncé « un assassinat atroce » qu’il a imputé à « la main du terrorisme et de la tyrannie », une allusion au régime d’Assad.

Riyad Hijab, coordinateur du Haut Comité syrien pour les Négociations (HCN), a pour sa part affirmé sur Twitter que « le meurtrier (…) ne parviendra pas à ses fins ». « Nous demandons qu’il soit arrêté et poursuivi en justice ».

La jeune journaliste Halla Barakat travaillait pour le site d’information Orient News, et avait également été employée par la chaîne anglophone de la télévision publique turque (TRT).

Depuis le début du conflit en Syrie, en mars 2011, près de trois millions de Syriens, dont de nombreux opposants au président Bachar al-Assad, ont trouvé refuge en Turquie.

De nombreux opposants et journalistes syriens réfugiés en Turquie ont fait état de menaces de mort à leur encontre.

En 2015, deux journalistes syriens originaires de la ville de Raqa, bastion du groupe Etat islamique dans le nord de la Syrie, avaient été égorgés dans le sud de la Turquie.

Romandie.com avec(©AFP / 22 septembre 2017 15h51)                                            

Turquie: Le propriétaire d’une chaîne en persan tué par balle à Istanbul (presse)

avril 30, 2017

 

Istanbul – Le propriétaire d’une chaîne de télévision en langue persane par satellite a été tué par balle par des inconnus à Istanbul, ont rapporté les médias turcs dimanche.

Le Britannique d’origine iranienne Saïd Karimian, propriétaire du groupe GEM TV, et l’un de ses associés, un Koweïtien, ont été abattus samedi soir dans le quartier huppé de Maslak, a expliqué le quotidien Hurriyet.

Quelques heures après le double assassinat, les médias locaux avaient d’abord indiqué que les victimes étaient « deux Iraniens ».

Dans un communiqué publié sur son compte Facebook, GEM TV a confirmé la mort de M. Karimian sans préciser les circonstances de son décès. « C’est avec un immense chagrin que nous annonçons la mort de Saïd Karimian », ont écrit les responsables de la chaîne.

L’agence koweïtienne officielle Kuna, citant le consul général du Koweït à Istanbul, a de son côté indiqué qu’un Koweïtien avait été tué par balle dans la métropole samedi.

Selon l’agence de presse turque Dogan, les deux hommes se trouvaient à bord d’une voiture de luxe à Maslak, sur la rive européenne de la ville, quand une jeep leur a bloqué la route.

Les agresseurs sont sortis de leur véhicule et ont ouvert le feu. Ils ont ensuite pris la fuite et leur voiture a été retrouvée calcinée dans un autre quartier.

GEM TV est basée à Dubaï et propose à un public persanophone des émissions occidentales qui ne sont pas visibles en Iran.

Le groupe est en plein essor. Il a ouvert de nouvelles chaînes et a récemment recruté de nombreux artistes iraniens.

Téhéran accuse les chaînes par satellite qui diffusent des émissions américaines et des feuilletons turcs de tenter d’occidentaliser le mode de vie des Iraniens.

D’après des médias iraniens conservateurs, M. Karimian aurait été lié par le passé au Moudjahidine du peuple, une organisation d’opposition au pouvoir iranien considérée comme « terroriste » par l’Union européenne jusqu’en 2008 et par les Etats-Unis jusqu’en 2012.

Selon l’agence Mizanonline, M. Karimian aurait été avec les Moudjahidine du peuple dans le camp d’Achraf, au nord de Bagdad, pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988).

De son côté, l’agence iranienne Fars indique qu’il aurait passé huit ans à Achraf avant d’aller en Suisse en 1996.

Le Conseil national de la résistance iranienne (CNRI, opposition en exil), dont les Moudjahidine du peuple sont la principale composante, a rejeté ces allégations et accusé les médias iraniens de retoucher les photos qu’ils les diffusent.

Le CNRI a attribué l' »assassinat » de M. Karimian au régime iranien qui, affirme-t-il, essaie d’en faire porter la responsabilité aux Moudjahidine du peuple.

Romandie.com avec(©AFP / 30 avril 2017 16h31)

Couple franco-tunisien tué à Istanbul: « Comment expliquer ça à leur fillette? »

janvier 3, 2017

Mohamed A., dit "Dali", et Senda N., couple franco-tunisien, séjournaient pour la première fois en Turquie lorsqu'ils ont été fauchés, le 31 décembre à Istanbul, par les balles d'un terroriste de Daech.

Mohamed A., dit « Dali », et Senda N., couple franco-tunisien, séjournaient pour la première fois en Turquie lorsqu’ils ont été fauchés, le 31 décembre à Istanbul, par les balles d’un terroriste de Daech. Collection privée / L’Express

Senda N., Franco-Tunisienne de 32 ans, a été tuée samedi soir avec son époux lors de l’attentat contre une boîte de nuit d’Istanbul. Dévastée par le chagrin, sa belle-mère raconte à L’Express les dernières heures du couple.

« Je ne sais plus où j’en suis, c’est comme si ma tête était complètement ailleurs. » Khedija, 77 ans, est bouleversée mais ses propos sont empreints d’une rare dignité. Cette chercheuse tunisienne a perdu son fils et sa belle-fille dans l’attentat d’Istanbul, revendiqué par l’organisation Etat islamique (EI). Mohamed A., un homme d’affaires tunisien de 41 ans surnommé « Dali », et son épouse, Senda N., Franco-Tunisienne de 32 ans, célébraient samedi soir le passage à l’année 2017 dans la boîte de nuit cosmopolite « Reina » lorsqu’ils ont été abattus par le terroriste.

A ce jour, Senda est la seule victime décédée et ayant la nationalité française recensée. Son corps ainsi que celui de son mari ont été rapatriés ce lundi après-midi à Tunis, où le couple résidait avec leur petite fille de cinq mois. Pour L’Express, la belle-mère de Senda et mère de Dali a accepté de livrer son témoignage.

Comment avez-vous appris la nouvelle?

Khedija. Je vis en Tunisie. J’ai appris leur décès le dimanche matin par les parents de Senda, qui avaient eu la confirmation officielle. Mon autre fils, l’aîné, s’est immédiatement rendu en Turquie. Lorsque je me suis levée le matin et que j’ai entendu qu’il y avait eu un attentat à Istanbul, à aucun moment je n’avais imaginé que cela pouvait se produire là où mon fils et ma belle-fille passaient le réveillon! Cela paraissait tellement irréaliste.

Je les avais encore eus par téléphone dans la soirée. Ils nous avaient envoyé des vidéos d’eux en train de danser dans la boîte, de faire le décompte à minuit pour la nouvelle année. Des amis avec qui ils ont passé la soirée m’ont raconté que, lorsque Dali a vu le terroriste, il a renversé une table pour que tout le monde puisse grimper vers la sortie. On m’a dit aussi qu’il s’est mis devant Senda pour la protéger et qu’il a pris une balle dans le coeur. Malheureusement, elle aussi a été fauchée par deux balles.

Que faisaient Senda et Dali à Istanbul?

Ils étaient arrivés le 28 décembre exprès pour le réveillon, pour quatre jours. C’est la première fois qu’ils voyageaient en Turquie alors ils étaient très enthousiastes. Ce sont des grands voyageurs qui ont visité beaucoup de pays. C’est moi qui gardais leur petite fille. Ils appelaient tous les jours par Skype pour la voir. Ils nous disaient qu’ils aimaient beaucoup le pays, notamment la Mosquée bleue.

Lorsqu’ils m’avaient parlé de leur projet, je leur avais dit que je trouvais cela dangereux, qu’il y avait beaucoup d’actes terroristes là-bas. Mais ils m’avaient répondu que l’on est en sécurité nulle part. Ils avaient l’air tellement contents que je n’avais pas envie de faire la rabat-joie.

Quels souvenirs gardez-vous de Senda et Dali?

C’était un couple absolument charmant, beau, jeune, aimable et travailleur. Ils faisaient du mal à personne, étaient d’une grande générosité avec tout le monde. Ils aimaient la vie et tout le monde les aimait. Ils se sont rencontrés à Tunis et se sont mariés il y a cinq ans. Tous deux habitaient à Carthage. Mon fils était un homme d’affaires qui dirigeait une société de communication tandis que Senda travaillait dans le secteur du tourisme médical.

Dali était mon seul fils qui vivait en Tunisie, près de moi… C’était la prunelle de mes yeux. Senda aussi était une femme admirable. Elle avait vécu deux ou trois ans en France, où elle a de la famille, à Aix-en-Provence. Ses parents ont déjà perdu un fils dans un accident de moto. Et ma petite-fille de cinq mois est un petit coeur. Je ne sais pas comment je vais lui expliquer tout cela…

Avez-vous un message particulier à faire passer?

Il faut que les autorités tunisiennes signalent à l’avenir les endroits dangereux comme celui-ci. Les personnes qui ont commis ça sont lâches. Ils n’aiment pas leur pays, ils n’aiment pas la vie. Il faut qu’ils soient arrêtés et jugés.

Lexpress.fr propos recueillis par