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Migrants : L’Italie autorise uniquement le débarquement de mineurs ou malades

novembre 6, 2022
Migrants : L'Italie autorise uniquement le debarquement de mineurs ou malades
Migrants : L’Italie autorise uniquement le débarquement de mineurs ou malades© SOS HUMANITY/AFP/Max CAVALLARI

Le nouveau gouvernement d’extrême droite italien a autorisé dimanche le débarquement de mineurs et d’autres migrants souffrant de problèmes médicaux, mais entend, selon des sources gouvernementales, en renvoyer d’autres à bord de navires d’ONG humanitaires.

Trois mineures et un bébé ont été les premiers à débarquer à l’aube du bateau Humanité 1, suivis des garçons mineurs et des hommes adultes ayant des problèmes médicaux, a déclaré à l’AFP Petra Krischok, attachée de presse de SOS Humanité.

Au total, 144 personnes ont débarqué du Humanity 1, navire sous drapeau allemand, au port de Catane mais 35 sont restés à bord, selon cette source.

Ils « sont extrêmement déprimés », a-t-elle ajouté auprès de l’AFP. « Pour l’instant, nous restons ici et nous attendons », a-t-elle affirmé, sans savoir si les autorités avaient décidé de donner l’ordre au bateau de partir.

Le ministre de l’Intérieur Matteo Piantedosi avait déclaré samedi que le gouvernement ne ferait pas marche arrière quant à ses obligations humanitaires mais que ceux qui ne sont pas « qualifiés » devraient être pris en charge par l’Etat du pavillon du navire.

Trois autres navires, qui transportent au total 900 migrants, ont demandé, en vain, de pouvoir accoster : le Rise Above, de l’ONG Mission Lifetime, également sous pavillon allemand, ainsi que l’Ocean Viking de SOS Méditerranée et le Geo Barents de Médecins sans Frontières, enregistrés eux en Norvège.

Le Geo Barents a affirmé avoir été contacté par les autorités italiennes qui entendent « évaluer les cas vulnérables » parmi les 572 personnes secourues à bord.

« Comme des objets »

« Ceux qui restent dans le navire recevront l’assistance nécessaire pour quitter les eaux territoriales » italiennes, ont affirmé dimanche des sources proches du ministre des Transports et dirigeant populiste de la Ligue antimigrants Matteo Salvini, dont dépendent les ports.

Le nouveau gouvernement d’extrême droite italien, qui a prêté serment le mois dernier, s’est engagé à sévir contre les migrants par bateau venant d’Afrique du Nord vers l’Europe.

Plus de 87.000 personnes ont débarqué en Italie cette année, selon le ministère de l’Intérieur, dont 14 % ont été secourues par des navires humanitaires.

Le patron du Parti démocrate (PD, principale formation de gauche) Enrico Letta a accusé le gouvernement sur Twitter de violer les traités internationaux. Le PD a affirmé que Matteo Piantedosi devrait s’expliquer devant le parlement.

Le député de l’opposition Aboubakar Soumahoro, qui était présent lors du débarquement de l’Humanity 1, a critiqué la « sélection des migrants naufragés », qui, selon lui, viole le droit international.

Pour lui, le gouvernement traite « les naufragés, déjà épuisés par le froid, la fatigue, les traumatismes et la torture comme des objets ».

« Si les naufragés restants sont rejetés, nous contesterons cette décision devant toutes les instances appropriées », a-t-il déclaré sur Twitter.

Le ministère norvégien des Affaires étrangères a déclaré jeudi qu’il n’assumait « aucune responsabilité » pour les personnes secourues par des navires privés battant pavillon norvégien en Méditerranée.

L’Allemagne a insisté, dans une « note » diplomatique adressée à l’Italie, sur le fait que les organisations caritatives « apportaient une contribution importante au sauvetage de vies humaines » et a demandé à Rome « de les aider dès que possible ».

Par Le Point avec AFP

RDC : au procès du meurtre de l’ambassadeur d’Italie, le premier accusé nie en bloc

octobre 27, 2022

Le premier accusé de l’assassinat de Luca Attanasio entendu ce mercredi par le tribunal militaire de Kinshasa a affirmé que ses aveux avaient été arrachés sous la torture.

Lors des funérailles de l’ambassadeur italien en RDC Luca Attanasio, le 25 février 2021 à Rome. © Vincenzo PINTO / AFP

Au procès de l’assassinat – début 2021 dans l’est de la RDC – de l’ambassadeur d’Italie Luca Attanasio, le premier accusé entendu ce mercredi 26 octobre à Kinshasa par le tribunal militaire a tout nié en bloc. Il affirme que ses aveux, consignés sur procès-verbal, ont été arrachés sous la torture.

La mort de l’ambassadeur italien le 22 février 2021 au nord de Goma ? « Je l’ai apprise par la télévision », a déclaré au micro et en lingala Issa Seba Nyani, la trentaine, vêtu de la vareuse bleue et jaune des prisonniers.

Avec quatre autres accusés, il comparaît depuis le 12 octobre, à raison d’une audience par semaine, devant le tribunal militaire de la garnison de Kinshasa-Gombe, siégeant dans l’enceinte de la prison militaire de Ndolo, à Kinshasa. Un sixième prévenu, en cavale, est jugé par défaut.

Tués par balles

Tous sont poursuivis pour l’assassinat de Luca Attanasio, de son garde du corps italien, le carabinier Vittorio Iacovacci, et d’un chauffeur congolais du Programme alimentaire mondial (PAM), Mustapha Milambo. Les trois hommes avaient été tués par balles après être tombés dans une embuscade aux abords du parc national des Virunga, dans le Nord-Kivu, à l’est du pays.

Selon la police congolaise, qui avait annoncé en janvier dernier l’arrestation des auteurs présumés de l’attaque, ces derniers seraient des « criminels », qui au départ n’avaient pas l’intention de tuer l’ambassadeur, mais de le kidnapper et de demander un million de dollars (près de 998 000 euros) pour sa libération.

LE TRIBUNAL A REJETÉ LA DEMANDE DE LIBÉRATION

À l’audience de ce mercredi, le tribunal a commencé par rendre sa décision sur des questions soulevées la semaine dernière par la défense. Celle-ci contestait la compétence du tribunal, estimant que les accusés, tous civils, ne relevaient pas de la justice militaire, et réclamait leur remise en liberté provisoire car, disait-elle, ils clament tous leur innocence.

« Pour une bonne administration de la justice » et au vu des risques de fuite, le tribunal a rejeté la demande de libération. Il s’est aussi estimé compétent car, a souligné le président, les accusés sont poursuivis notamment pour « détention illégale d’armes et de munitions de guerre ». Les autres chefs retenus contre eux sont « association de malfaiteurs » et meurtres.

Enlèvements et kidnappings

L’examen du fond du dossier a ensuite démarré, avec l’interrogatoire du premier prévenu. L’accusation présente Issa Seba Nyani comme un ancien militaire déserteur ayant rejoint vers 2012 la rébellion du M23, défaite l’année suivante et qui refait parler d’elle depuis la fin de l’année dernière. Elle l’estime aussi impliqué dans plusieurs enlèvements et tentatives de kidnappings dans l’est du pays, dont l’attaque contre le convoi de l’ambassadeur.

Lui a tout contesté, affirmant n’être qu’un taxi-moto, arrêté au hasard alors qu’il était en train de laver son véhicule, n’ayant rien à voir avec une quelconque bande de kidnappeurs ni avec les armes. Il a même affirmé ne pas savoir à quoi ressemblait un fusil d’assaut AK47, type d’arme utilisée dans l’attaque contre le convoi de l’ambassadeur.

Pour le ministère public, le lieutenant-colonel magistrat Joseph Malikidogo a lu à l’audience des procès-verbaux que l’accusé avait lui-même signés après son arrestation à Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, dans lesquels il précise son rôle de guetteur ou transporteur dans des rapts, dénonce ses complices dans l’attaque contre Luca Attanasio et désigne même celui qui a tiré sur le diplomate.

DANS LES LOCAUX DE LA POLICE, ON TORTURE, ON TUE

Issa Seba Nyani a répété de multiples fois avoir avoué et signé sous la torture, ce que l’accusation a fermement contesté. « Dans les locaux de la police, on torture, on tue, ce qui est dans les PV doit être pris avec des pincettes! », a lancé un des avocats de la défense, Me Peter Ngomo. « Ce procès est monté de toutes pièces! », a renchéri son confrère Me Joseph Amzati. Le procès a été suspendu et reprendra mercredi prochain, 2 novembre, avec la suite des interrogatoires des prévenus.

Par Jeune Afrique (avec AFP)

Italie : Giorgia Meloni et son gouvernement ont prêté serment

octobre 22, 2022

La nouvelle Première ministre issue du parti post-fasciste Fratelli d’Italia succédera officiellement à Mario Draghi, ce dimanche 23 octobre, à Rome.

Giorgia Meloni a prete serment devant le president italien Sergio Mattarella, au palais du Quirinal, comme le reste de son gouvernement.
Giorgia Meloni a prêté serment devant le président italien Sergio Mattarella, au palais du Quirinal, comme le reste de son gouvernement.© FABIO FRUSTACI / ANSA / AFP

La nouvelle Première ministre Giorgia Meloni et ses ministres, qui forment le gouvernement le plus à droite et le plus eurosceptique d’Italie depuis 1946, ont prêté serment samedi 22 octobre, dans la matinée, au palais présidentiel du Quirinal à Rome. La cérémonie sous les ors de ce palais dominant Rome, résidence des papes et des rois d’Italie avant de devenir le siège de la présidence de la République, s’est déroulée en présence du chef de l’État, le président Sergio Mattarella.

Giorgia Meloni, vêtue d’un très sobre tailleur noir, a été la première à prêter serment, suivie de ses deux vice-Premiers ministres issus des deux partis partenaires de sa coalition, Matteo Salvini, le chef de la Ligue antimigrants, et Antonio Tajani, haut responsable du parti Forza Italia de Silvio Berlusconi. Tous se sont succédé devant Sergio Mattarella pour prononcer, debout, le serment traditionnel : « Je jure d’être fidèle à la République, de respecter loyalement la Constitution et les lois, et d’exercer mes fonctions dans l’intérêt exclusif de la nation. »

Félicitations hongroises, silence à Paris, Berlin et Madrid

L’Union européenne, très circonspecte dans un premier temps face à l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite en Italie, s’est dite prête à « coopérer » avec le gouvernement eurosceptique de Giorgia Meloni. « Félicitations à Giorgia Meloni pour sa nomination comme Première ministre, la première femme à obtenir ce poste », a tweeté la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. « Je compte sur une coopération constructive avec le nouveau gouvernement, face aux défis que nous devons relever ensemble. »

« Travaillons ensemble pour le bien de l’Italie et de l’UE », a pour sa part écrit le président du Conseil européen Charles Michel. « L’Europe a besoin de l’Italie. Ensemble, nous surmonterons toutes les difficultés », a renchéri la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, dans un tweet écrit en italien.

Ces réactions en chœur des trois principales institutions européennes contrastaient avec le silence des grandes capitales Berlin, Paris et Madrid. Le très conservateur Premier ministre hongrois Viktor Orban, bête noire de Bruxelles, a été l’un des seuls dirigeants européens à féliciter Giorgia Meloni, saluant « un grand jour pour la droite européenne ». L’extrême droite européenne était aussi à la fête : « Partout en Europe, les patriotes arrivent au pouvoir et, avec eux, cette Europe des nations que nous appelons de nos vœux », s’est réjouie Marine Le Pen.

Un gouvernement pour rassurer Bruxelles et l’Otan

La liste des ministres choisis par Giorgia Meloni, qui avec son parti post-fasciste Fratelli d’Italia a remporté une victoire historique aux législatives du 25 septembre avec 26 % des voix, reflète son désir de rassurer les partenaires de Rome, inquiets face à l’arrivée au pouvoir en Italie d’un chef de gouvernement d’extrême droite. La nomination aux Affaires étrangères, avec le titre de vice-Premier ministre, de l’ex-président du Parlement européen Antonio Tajani a ainsi été aussitôt saluée vendredi soir par le président du Parti populaire européen, l’Allemand Manfred Weber, comme « une garantie d’une Italie pro-européenne et atlantiste ».

Autre gage donné à Bruxelles, Giancarlo Giorgetti, un représentant de l’aile modérée de la Ligue, déjà ministre dans le gouvernement sortant de Mario Draghi, qui hérite du portefeuille crucial de l’Économie. Le populiste Matteo Salvini doit se contenter du portefeuille des Infrastructures et Transports alors qu’il convoitait celui plus prestigieux de l’Intérieur, qui échoit à un technocrate. Sur les 24 ministres figurent seulement 6 femmes, cantonnées à des portefeuilles mineurs.

À l’issue de la cérémonie de prestation de serment, Giorgia Meloni et ses ministres ont été reçus par le président pour un bref toast. Étaient également présents les proches de la Première ministre, notamment son compagnon de 41 ans, le journaliste Andrea Giambruno, et leur fille de 6 ans, Ginevra. La Première ministre a ensuite quitté le palais du Quirinal sans faire de déclarations.

La passation des pouvoirs entre Mario Draghi et Giorgia Meloni se tiendra dimanche à 10 h 30, heure française, au palais Chigi, siège du gouvernement à deux pas du Parlement, et sera suivie du premier conseil des ministres. Cette étape essentiellement protocolaire sera marquée par la remise symbolique par Mario Draghi à sa successeure de la clochette utilisée par le président du Conseil pour réguler les débats en conseil des ministres.

Par Le Point avec AFP

Italie « post-fasciste » : mépris annoncé envers l’Afrique 

septembre 27, 2022

En Italie, l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni devrait avoir un impact sur l’immigration africaine. Dans les limites qu’impose la realpolitik…

© Damien Glez

« Fasciste » : alors qu’habituellement, dans leur bras de fer avec la droite de la droite, les plus outranciers des militants hésitent à atteindre le point de Godwin en évoquant les souvenirs de l’ère hitlérienne ou mussolinienne, ce terme semble être attribué de manière automatique à la nouvelle dame de fer italienne. Tel une poupée gigogne nimbée de la flamme tricolore chère aux nostalgiques de Benito Mussolini, le parti Fratelli d’Italia, de Giorgia Meloni, a surgi de l’Alleanza nazionale, de Gianfranco Fini, elle-même enfantée par le Mouvement social italien, lui-même résurgence de la dictature du Duce…

Si les observateurs attendent la formation du gouvernement italien et ses premières mesures pour juger sur pièces ce post (ou néo) fascisme, nul doute que la question migratoire constituera un enjeu éminemment symbolique. La botte italienne et la Sicile sont en effet particulièrement proches des côtes africaines, notamment de la Libye et de la Tunisie.

Internationale souverainiste

Un cadre du parti de Fratelli d’Italia ayant déjà mis en garde contre « la substitution ethnique » –pour ne pas dire « le grand remplacement » –, priorité sera accordée à une natalité italo-italienne. Si la coalition au sein de laquelle évolue Giorgia Meloni lui donne les coudées franches, elle tentera de compliquer les conditions d’accès à la nationalité italienne et de s’attaquer à l’immigration illégale, réservant les fonds destinés à la coopération Nord-Sud à ces questions et réclamant que les ports italiens refusent d’accueillir les bateaux ayant secouru des migrants en Méditerranée.

Membre fondateur de la CEE devenue Union européenne, l’Italie, aujourd’hui souverainiste, devra toutefois mettre un peu d’eau dans son chianti. Certes, les projets de blocus naval ou de hotspots destinés à trier les réfugiés-candidats à l’exil dès leur parcours africain ne sont pas nouveaux aux sein de l’UE.

Certes, l’Italie, soucieuse de diversifier ses sources énergétiques, évitera de froisser des pays comme l’Algérie, en passe de devenir son premier fournisseur de gaz. Certes enfin, depuis une quinzaine d’années avec les patrouilles mixtes imaginées par le duo Berlusconi-Kadhafi, et depuis 2018 avec le décret-loi « immigration et sécurité » du ministre de l’Intérieur Matteo Salvini, le combat contre l’immigration illégale est déjà au cœur de la politique italienne.

Rien de nouveau, pour l’Afrique, sous le soleil de Rome ? Si la tendance actuelle devait se préciser, c’est peut-être sous les rayons dardés sur Bruxelles que le vent idéologique pourrait souffler sur d’autres États. Sous le regard gourmand du Hongrois Viktor Orbán et sous celui, alléché, de la Française Marine Le Pen, le parti du Suédois Jimmie Åkesson, virulent à l’égard de l’immigration, a poussé les portes du pouvoir, le 11 septembre. Aux nouveaux nationalismes panafricanistes de répondre comme il se doit à l’émergence d’une internationale européenne souverainiste…

Avec Jeune Afrique

Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

L’Italie plonge dans l’inconnu après la victoire de Giorgia Meloni

septembre 26, 2022
Giorgia Meloni, après un discours, le 22 septembre 2022.

Giorgia Meloni, 45 ans, pourrait devenir la première femme cheffe de gouvernement en Italie. Photo : AFP via Getty Images/Alberto Pizzoli

Une période d’incertitude s’ouvrait lundi en Italie et dans l’Union européenne au lendemain de la victoire aux législatives de Giorgia Meloni, aux commandes d’une coalition réunissant droite et extrême droite qui devra affronter des défis considérables.

Forts de la majorité absolue au Parlement, la dirigeante de Fratelli d’Italia (post-fasciste) et ses alliés Matteo Salvini de la Ligue (anti-immigration) et Silvio Berlusconi de Forza Italia (droite) vont tenter dans les prochains jours de former un gouvernement.

Le lent dépouillement des bulletins de vote confirmait lundi matin la nette avance de Mme Meloni, qui recueille plus de 26 % des suffrages. Son parti est désormais la première formation politique du pays devant le Parti démocrate (PD, centre gauche) d’Enrico Letta, à 19 %.

Avec la Ligue et Forza Italia, elle disposera d’une majorité absolue à la Chambre des députés et au Sénat, et Giorgia Meloni a dit vouloir conduire le gouvernement, devenant ainsi, à 45 ans, la première dirigeante post-fasciste d’un pays fondateur de l’Europe.

Lors de sa première et brève déclaration après le vote, elle a tenu à rassurer, tant en Italie qu’à l’étranger. Nous gouvernerons pour tous les Italiens, a promis Mme Meloni. Nous le ferons dans l’objectif d’unir le peuple.

Un discours qui portait chez certains électeurs inquiets rencontrés lundi matin dans les rues de Rome.

Il faut avoir confiance, d’abord parce que c’est une femme, et ensuite parce que le discours qu’elle a donné était mesuré, estimait ainsi Andrea Fogli, un artiste sexagénaire.

À l’étranger, la première ministre française Élisabeth Borne a prévenu que Paris serait attentive au respect des droits de l’homme et de l’avortement. Pour le ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel Albarés, la victoire de Giorgia Meloni intervient à un moment où deux modèles s’affrontent en Europe. Les populismes finissent toujours en catastrophe, a-t-il mis en garde lundi.

Dans la nuit, Mme Meloni a en revanche reçu le soutien des autorités en Pologne et en Hongrie, mais aussi les félicitations du parti espagnol d’extrême droite VOX et du Rassemblement national en France.

À Rome, la presse de droite exultait : Révolution dans les urnes, titrait Il Giornale, le quotidien de la famille Berlusconi, tandis que Libero constatait : La gauche battue, (nous sommes) libres!!!.

La Stampa détaillait les mille inconnues auxquelles l’Italie fait face après la victoire historique de l’extrême droite.

Que cela survienne un mois avant le centenaire de la marche sur Rome et du début des 20 années de dictature de Mussolini est une coïncidence : les Italiens qui ont voté Meloni ne l’ont pas fait par nostalgie du fascisme, mais le point commun entre l’autocrate fasciste et Mme Meloni est qu’ils arrivent au pouvoir à la fin d’un marathon solitaire contre tout et tous, analyse le journal de Turin.

Le nouvel exécutif succédera au cabinet d’union nationale mené depuis janvier 2021 par Mario Draghi, l’ancien chef de la Banque centrale européenne (BCE), appelé au chevet de la troisième économie de la zone euro mise à genoux par la pandémie.

Draghi avait négocié avec Bruxelles l’octroi de près de 200 milliards d’euros d’aide financières à l’Italie en échange de profondes réformes économiques et institutionnelles, une manne qui représente la part du lion du plan de relance européen.

Malgré les enjeux, plusieurs partis qui avaient accepté d’intégrer son gouvernement (Fratelli d’Italia était resté dans l’opposition) ont fini cet été par le faire tomber, pour des raisons purement électorales, entraînant la convocation de législatives anticipées.

Et alors que Super Mario, présenté en sauveur de la zone euro lors de la crise financière de 2008, apparaissait comme une caution de crédibilité aux yeux de ses partenaires européens, l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite nationaliste, eurosceptique et souverainiste fait craindre une nouvelle ère d’instabilité.

D’autant que l’Italie, qui croule sous une dette représentant 150 % du PIB, le ratio le plus élevé de la zone euro derrière la Grèce, connaît une inflation de plus de 9 % avec des factures de gaz et d’électricité qui mettent en difficulté des millions de personnes.

La Bourse de Milan était en hausse lundi matin, la victoire de l’extrême droite ayant été largement anticipée par les marchés. Vendredi, la place italienne avait chuté de 3,36 %, subissant le plus fort recul parmi les grandes bourses européennes.

Signe des inquiétudes persistantes des investisseurs sur la dette de l’Italie, le spread, c’est-à-dire l’écart très surveillé entre le taux d’emprunt à 10 ans allemand qui fait référence et celui de l’Italie à dix ans, a grimpé à 235 points lundi, en hausse de 6,68 %.

Par Radio-Canada avec Agence France-Presse

Bourses internationales de la Nouvelle Académie des beaux-arts en Italie 2022

juillet 1, 2022

Date limite : 30 juillet 2022

Étudier en : Italie

Prestataire : Nouvelle Académie des Beaux-Arts

Niveau d’études : masters, PhD, postgraduate

Sujets : matières offertes par l’université

Types de financement : bourses partielles

Aperçu des bourses d’études

Pour attirer les étudiants internationaux talentueux en Italie, la New Academy of Fine Arts offre les bourses d’études ayant pour base le portefeuille pour les programmes de maîtrise en arts de deux ans pour l’année universitaire 2022-2023. La bourse vise à soutenir les jeunes gens très motivés et innovants qui souhaitent entreprendre un programme de maîtrise des arts et de maîtrise universitaire.

La New Academy of Fine Arts, également connue sous le nom de Naba, est une académie privée de beaux-arts située à Milan, en Lombardie, dans le nord de l’Italie. Elle compte environ 3 000 étudiants, dont certains viennent de l’étranger, et propose divers programmes diplômants.

Avantages de la bourse d’études

La New Academy of Fine Arts fournira des fonds d’éducation aux candidats retenus pour leur permettre de terminer leurs études en Italie.

Admissibilité des bourses d’études

Pays éligibles : toutes les nationalités sont éligibles pour cette bourse d’études internationale de la New Academy of Fine Arts.

Cours ou matières éligibles : programmes de master of arts et de masters académiques offerts par l’université.

Critères d’éligibilité : pour être éligibles, les candidats doivent répondre à tous les critères, à savoir s’inscrire à des programmes de master of arts et de masters académiques ; être des étudiants internationaux.

Comment postuler ?

Pour postuler, les demandeurs doivent s’inscrire via le portail de l’université pour le programme de diplôme de troisième cycle.

Documents justificatifs : les étudiants doivent soumettre un curriculum vitae ; une copie de la page photo de leur passeport ; une copie de leur diplôme de licence/diplôme universitaire (en anglais) ; les relevés de notes complets des études précédentes, traduits en anglais, indiquant les matières et les examens ; le portefeuille de projets ; tâches spécifiques de candidature pour le master en publicité créative ; lettre de motivation.

Conditions d’admission : les étudiants doivent être titulaires d’un certificat d’études antérieures avec des notes pertinentes.

Exigences linguistiques

Les étudiants doivent présenter les résultats des tests de compétence linguistique en anglais suivants : certificat de langue (italien ou anglais, selon le programme choisi : niveau B1 CEFR ou IELTS 5.0 Academic).

Postulez sur le site de l’université dès maintenant !

Avec Adiac-Congo par LDBC

Ukraine : les chefs d’État français, italien et allemand en route vers Kiev

juin 16, 2022
Emmanuel Macron, Olaf Schotlz et Mario Draghi discutent autour d'une table.

L’ambassadeur français en Ukraine, Etienne de Poncins, a partagé sur Twitter cette image d’Emmanuel Macron, Olaf Schotlz et Mario Draghi à bord d’un train vers Kiev d’abord publiée par le journal italien « La Repubblica ». Photo : La Republica via @Edeponcins (TWITTER)

Le président français Emmanuel Macron et ses homologues allemand et italien, Olaf Scholz et Mario Draghi, se dirigent vers Kiev, où ils devraient dire le soutien de l’Europe à l’Ukraine en guerre, après une aide militaire d’un milliard de dollars annoncée par les États-Unis.

Les trois hommes ont pris place ensemble à bord d’un train spécial à destination de Kiev, indiquent des médias italien et allemand.

Je pense que nous sommes à un moment où nous avons besoin d’envoyer des signaux politiques clairs, nous Union européenne, à l’égard de l’Ukraine et du peuple ukrainien dans un contexte où il résiste de manière héroïque depuis plusieurs mois, a déclaré le président français, interrogé sur un éventuel déplacement à Kiev la veille.

Ce déplacement est une première pour les dirigeants des trois principaux pays de l’Union européenne, depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine le 24 février.

Les trois hommes devraient rencontrer le président ukrainien Volodymyr Zelensky pour évoquer, outre le soutien militaire, la demande de l’Ukraine de rejoindre l’Union européenne. La France, l’Allemagne et l’Italie y sont favorables, mais dans une perspective plus ou moins lointaine.

L’Ukraine n’en attend pas moins du sommet européen des 23-24 juin la décision des Vingt-Sept sur sa demande officielle d’adhésion, début d’un processus de négociations qui peut durer plusieurs années.

Demande d’armes supplémentaires

Des soldats ukrainiens ave des pièces d'artillerie.

L’Ukraine presse depuis plusieurs jours l’Occident de lui fournir plus d’artillerie lourde. Photo : Radio-Canada/Jean-François Bélanger

Son président devrait également réitérer sa demande de nouvelles livraisons d’armes lourdes, indispensables, assure-t-il, pour contrer la puissance de feu russe.

Nous sommes avec vous, soyez avec nous, a déclaré M. Zelensky aux députés tchèques à Prague lors d’une téléconférence, citant un appel lancé par un présentateur de la radio tchécoslovaque en 1968 alors que les occupants soviétiques tentaient de couper la radio.

Aujourd’hui, alors que le peuple ukrainien lutte pour sa liberté contre l’invasion cruelle de la Russie, nous utilisons ces mots pour nous adresser à toutes les nations d’Europe et du monde démocratique, a-t-il ajouté. L’Ukraine doit obtenir tout ce qui est nécessaire pour remporter la victoire, a-t-il martelé.

Mercredi soir, M. Zelensky a dit sa gratitude à l’égard des États-Unis pour la nouvelle tranche d’aide militaire que son homologue américain Joe Biden lui a annoncé dans la soirée au téléphone.

Les États-Unis ont annoncé un nouveau renforcement de notre défense, une nouvelle tranche d’aide d’un milliard de dollars, a confirmé mercredi soir M. Zelensky dans son message vidéo quotidien.

Je veux dire ma gratitude pour ce soutien, il est particulièrement important pour notre défense dans le Donbass , la région de l’est de l’Ukraine épicentre des attaques russes actuelles.

Lloyd Austin en conférence de presse.

Le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin Photo : Getty Images/AFP/Alex Wong

L’aide américaine comprend notamment des pièces d’artillerie et des obus supplémentaires.

Mercredi, le chef du Pentagone Lloyd Austin a appelé ses alliés à intensifier les livraisons d’armes aux Ukrainiens.

L’Ukraine est confrontée à un moment charnière sur le champ de bataille, a déclaré le secrétaire américain à la Défense, lors d’une réunion au siège de l’OTAN à Bruxelles des pays du groupe de contact créé par les États-Unis pour aider l’Ukraine. Nous devons donc intensifier notre engagement commun et redoubler d’efforts pour qu’elle puisse se défendre, a-t-il ajouté.

M. Zelensky a indiqué s’être également entretenu avec le premier ministre britannique Boris Johnson, lequel a assuré sur Twitter soutenir l’Ukraine jusqu’à la victoire finale.

La bataille du Donbass

Et celle-ci passe par le Donbass, dans l’est de l’Ukraine, enjeu depuis des jours d’une bataille acharnée entre forces russes et ukrainiennes.

Depuis leur offensive avortée sur Kiev en mars, les forces russes et séparatistes prorusses, qui contrôlent partiellement cette région industrielle depuis 2014, se sont donné pour objectif d’en prendre le contrôle total.

L’ennemi a concentré ses forces de frappe principales dans le nord de la région [de Lougansk] et tente d’attaquer dans neuf directions simultanément, a déclaré mercredi soir le commandement en chef des forces armées ukrainiennes.

Un soldat prend position près d'une fenêtre.

Un soldat de l’armée ukrainienne pendant des combats sur le front à Sievierodonetsk, le 8 juin 2022 Photo : AP/ Oleksandr Rathushniak

Les combats se concentrent depuis plusieurs jours à Lyssychantsk et Sievierodonetsk, deux villes clés du Donbass. Les autorités ukrainiennes ont reconnu ces derniers jours que leurs troupes avaient été chassées du centre-ville de Sievierodonetsk, et ne plus disposer que de voies de communication compliquées avec elles après la destruction de tous les ponts vers Lyssytchansk.

Sievierodonetsk est un élément stratégique dans notre système de défense de la région de Lougansk. La ville ne peut pas être considérée autrement, a rappelé mercredi soir le commandement en chef ukrainien.

Les forces ukrainiennes sont notamment retranchées dans l’usine chimique Azot, emblématique de cette ville comptant avant la guerre quelque 100 000 habitants, avec plus de 500 civils à l’intérieur, selon le maire de Sievierodonetsk, Oleksandre Striouk.

Moscou a proposé mardi un couloir humanitaire qui permettrait d’évacuer ces civils vers des territoires contrôlés par les Russes, mais Kiev ne l’a pas confirmé.

Sur le front diplomatique, au moment où États-Unis et Europe se rassemblent autour de l’Ukraine, le président chinois Xi Jinping a réaffirmé mercredi sa proximité avec son vieil ami Vladimir Poutine, au risque de crisper les relations entre Pékin et les Occidentaux.

Radio-Canada avec Agence France-Presse

La Russie est en train d’examiner le plan de paix proposé par l’Italie pour l’Ukraine

mai 23, 2022
Vladimir Medinsky et Andreï Roudenko.

Vladimir Medinsky et Andreï Roudenko (à l’arrière-plan) dirigent les négociations du côté russe. Photo : AP/Maxim Guchek

La Russie a reçu le plan de paix proposé par l’Italie et est en train de l’étudier, a déclaré lundi le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Andreï Roudenko, cité par les agences russes.

Nous l’avons reçu il y a peu de temps. Nous sommes en train de l’étudier, a-t-il déclaré, soulignant qu’il n’était pas en discussion avec l’Italie à l’heure actuelle.

Quand nous aurons fini de l’étudier, nous dirons ce que nous en pensons, a-t-il ajouté.

Le ministre italien des Affaires étrangères, Luigi Di Maio, a annoncé vendredi que son pays avait proposé à l’ONUOrganisation des Nations unies la constitution d’un groupe international de facilitation pour tenter de parvenir pas à pas à un cessez-le-feu en Ukraine.

Pour Luigi Di Maio, le groupe de facilitation proposé par l’ONUOrganisation des Nations unies doit essayer de reconstruire le dialogue entre les deux parties qui, en ce moment, sont en guerre.

Un plan en quatre étapes

Les détails de ce plan n’ont pas été publiés, mais selon le quotidien italien La Repubblica, le document très détaillé remis à l’ONUOrganisation des Nations unies et élaboré par les diplomates du ministère italien des Affaires étrangères prévoit quatre étapes :

  • un cessez-le-feu en Ukraine et la démilitarisation du front sous la supervision de l’ONUOrganisation des Nations unies;
  • des négociations sur le statut de l’Ukraine, qui entrerait dans l’UEUnion européenne mais pas dans l’OTANOrganisation du traité de l’Atlantique Nord;
  • un accord bilatéral entre l’Ukraine et la Russie sur la Crimée et sur le Donbass (ces territoires disputés auraient une pleine autonomie avec le droit d’assurer leur propre sécurité mais seraient sous la souveraineté ukrainienne);
  • la conclusion d’un accord multilatéral de paix et de sécurité en Europe qui aurait notamment pour objet le désarmement, le contrôle des armes et la prévention des conflits.

Dimanche, le négociateur russe Vladimir Medinski a affirmé que la Russie était prête à reprendre des pourparlers de paix avec l’Ukraine, assurant que leur suspension était due à Kiev.

La veille, le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait souligné que la guerre ne pourra prendre fin que par des moyens diplomatiques.

Plusieurs rencontres entre des négociateurs des deux camps ont eu lieu mais n’ont donné aucun résultat concret.

Par Radio-Canada avec Agence France-Presse

Un Sénégalais victime de violence policière raciste en Italie ?

avril 13, 2022

Une nouvelle fois, les autorités sénégalaises montent au créneau pour dénoncer le racisme. Elles s’insurgent, cette fois, contre l’interpellation violente d’un de leurs ressortissants à Florence.

© Damien Glez

Qui en veut aux Sénégalais d’Europe ? Après la saillie de campagne d’Éric Zemmour assimilant les ressortissants du pays de la Teranga à des trafiquants, une récente vidéo montre l’interpellation jugée « raciste » d’un wolophone. Relayée sur les réseaux sociaux puis diffusée, le 10 avril, par la télévision sénégalaise privée TFM, la captation présente un homme noir violemment cloué au sol, en pleine rue, par deux hommes tentant de lui passer des menottes.

Violence des images

Au fil des enquêtes, la scène est décryptée : date de l’altercation ? Le 5 avril. Le lieu ? Un quartier de la ville italienne de Florence. Les protagonistes ? Deux policiers en civil et un commerçant sénégalais – il appelle au secours en wolof – qualifié par la presse locale de « vendeur à la sauvette » et par la mairie, de « vendeur abusif ». Ce qui s’est passé ? Selon le journal Corriere Fiorentino, l’individu contrôlé par la police aurait refusé de donner son identité et de remettre ses marchandises. Selon les autorités locales, il aurait « bousculé un agent et puis frappé (…) un autre avec les poings qui a alors tenté de l’immobiliser » par une clé de bras.

Sans trancher sur l’homologation de l’un ou la légitimité sécuritaire des autres, de nombreux internautes africains s’étonnent de l’extrême violence des images. Dès le 10 avril, les autorités du Sénégal embouchent la trompette antiraciste. Dans un communiqué officiel, le ministère des Affaires étrangères indique avoir « appris, avec consternation, après authentification d’une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux (…) les violences dont a été victime un ressortissant sénégalais en Italie lors d’une interpellation par des forces de l’ordre ». Il précise que cette opération policière relève d’un « traitement raciste, inhumain et dégradant » et que la diplomatie sénégalaise entend saisir le ministère italien des Affaires étrangères.

Traque des discriminations

« Diplomatiquement », l’ambassadeur du Sénégal en Italie exige que « toute la lumière soit faite », avec implications judiciaires, sur des actes « d’une inqualifiable cruauté ». « Diplomatiquement », les autorités municipales de Florence répondent que les deux agents de police se sont vu notifier une incapacité temporaire de travail (ITT) de « trois et cinq jours » tandis que le Sénégalais « ne semble pas » avoir subi de lésions et « a demandé pardon aux personnes présentes pour son comportement violent ».

Au-delà de ce cas dont chacun suivra l’issue, le Sénégal qui assure la présidence de l’Union africaine démontre, une fois de plus, sa volonté de traquer tout traitement discriminatoire réservé aux Africains. Fin février, devant le tri manifeste des individus souhaitant fuir l’Ukraine, Macky Sall rappelait que « toute personne a le droit de franchir les frontières pendant un conflit (…) quelle que soit sa nationalité ou son identité raciale ».

Damien Glez

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Années de plomb: la justice française examine l’extradition en Italie d’ex-militants d’extrême gauche

mars 21, 2022
Années de plomb: la justice française examine l’extradition en Italie d’ex-militants d’extrême gauche© AFP/Archives/Alain JOCARD
Source AFP

La justice française va examiner, à partir de mercredi et jusqu’à la fin du mois d’avril, les demandes d’extrader en Italie dix anciens militants d’extrême gauche, condamnés dans leur pays pour des actes de terrorisme dans les années 1970-1980, et réfugiés en France depuis parfois plus de trente ans.

Au printemps 2021, après des mois de tractations avec Rome, le président français Emmanuel Macron avait décidé de favoriser la mise à exécution des demandes d’extradition renouvelées par l’Italie pour quatre anciens militants d’extrême gauche et six anciens membres des Brigades rouges. Jusqu’alors, Paris n’avait quasiment jamais accédé aux requêtes de Rome.

Mercredi, la première audience au fond de la chambre des extraditions de la cour d’appel de Paris concerne Enzo Calvitti, psychothérapeute à la retraite de 67 ans et ancien des Brigades rouges. Il a été condamné par contumace à 18 ans de réclusion pour « association à finalité terroriste » et « participation à une bande armée ».

Son avocat, Me Jean-Louis Chalanset, va rappeler aux magistrats l’engagement pris en 1985 par François Mitterrand de ne pas extrader les anciens activistes ayant rompu avec leur passé, a-t-il indiqué à l’AFP.

Sept d’entre eux avaient été interpellés le 28 avril 2021, deux s’étaient présentés à la justice le lendemain et un dernier avait été arrêté en juillet.

Les autorités italiennes les réclament en vertu de condamnations, que plusieurs contestent, pour des actes de terrorisme commis en Italie dans les années 1970-1980, « les années de plomb ». Tous ont refusé leur remise à l’Italie et ont été placés sous contrôle judiciaire dans l’attente des audiences au fond qui vont se succéder jusqu’au 20 avril.

Restaurateur, assistante sociale, éducatrice spécialisée, psychothérapeute: ces militants, huit hommes et trois femmes, âgés de 61 ans à 78 ans, ont refait leur vie depuis les années 1980 en France.

Réclamer plus de « trente ans après l’asile, quarante ans après les faits » leur extradition pose « des problèmes de droit infranchissables sur la chose jugée, la sécurité juridique, des prescriptions trafiquées, la vie privée et familiale », a estimé auprès de l’AFP Me Irène Terrel, avocate de sept d’entre eux, dont Marina Petrella, ex-dirigeante de la « colonne romaine » des Brigades rouges.

« Réussite de la réinsertion »

« D’un point de vue du droit je suis confiante » quant au refus des juges de les remettre à l’Italie, « mais je suis méfiante sur la raison d’Etat », a-t-elle ajouté, dénonçant « une pure instrumentalisation » de la justice par le pouvoir politique « qui fait des dégâts intolérables sur les aspects humains ».

Cette menace d’extradition, à rebours des promesses de la France, constitue « un non sens, un châtiment vain et cruel » qui risque « d’envoyer mourir en prison ces dix personnes », ont dénoncé leurs familles début mars lors d’une conférence de presse organisée par la Ligue des droits de l’homme (LDH).

« Cela fait presque un an que nous vivons dans l’angoisse de perdre nos êtres chers, que nous sommes déphasés, perdus du fait de cet anachronisme qui nous tombe dessus », a témoigné sous couvert d’anonymat la femme d’un des mis en cause. « Pourquoi un tel revirement, alors que la pleine et entière réussite du pari de la réinsertion ne peut être contestée par personne ? »

Leur éventuelle extradition ignorerait « leur parcours, de la lutte armée à la paix civile », a considéré lors de cette conférence de presse le psychiatre Paul Brétécher. « Comme si le temps s’était arrêté en 1980 » et que « le qualificatif de terroriste formulé dans une lointaine époque devait ad vitam aeternam rester accolé à ceux qui justement ont su se déprendre des logiques du terrorisme ».

Lors des premiers débats à l’été 2021 portant sur la validité des demandes d’extraditions, les magistrats avaient enjoint aux autorités italiennes de fournir diverses pièces, estimant que les dossiers étaient incomplets.

Mercredi, la chambre des extraditions doit aussi examiner la situation de Giorgio Pietrostefani, le doyen de 78 ans, gravement malade. Son avocate, Me Terrel, va demander aux magistrats d’ordonner un complément d’information, la procédure de son client étant « carencée » selon elle.

Par Le Point avec AFP