Posts Tagged ‘Ivor Ichikowitz’

[Enquête] Ventes d’armes : les derniers barons du marché africain

mars 31, 2022
De g. à dr., Aboubacar Hima, Rafi Dermardirossian et Ivor Ichikowitz. © MONTAGE JA : Jean-Marc Pau pour JA

Dans un secteur où la mainmise des États est presque totale, on retrouve encore quelques « courtiers » opérant en marge du commerce régulé de matériel militaire sur le continent. Pleins feux sur trois figures clés d’un business aussi juteux qu’opaque.

Depuis plusieurs semaines, le fracas des canons russes en Ukraine rappelle à l’Europe un bien mauvais souvenir. Celui de la guerre. Les pays européens s’y étaient préparés. À partir de 2014, date de l’annexion de la Crimée, l’Europe est redevenue l’un des points chauds du commerce mondial des armes. En Afrique, l’acquisition de matériel militaire a certes diminué de 13 % entre 2015 et 2020. Mais, confronté à de nombreuses menaces sécuritaires – terrorisme, criminalité transnationale, piraterie –, le continent demeure tout particulièrement concerné.

« Nous serons obligés d’augmenter nos forces de défense. Nous serons obligés d’accroître la protection de nos frontières. Nous serons obligés d’acheter des armes », a récemment déclaré le chef de l’État ivoirien, Alassane Ouattara, réagissant au départ annoncé de l’armée française du Mali.

LA RUSSIE, QUI EST DEVENUE EN 2020 LE PREMIER EXPORTATEUR D’ARMES SUR LE CONTINENT, OPÈRE VIA ROSOBORONEXPORT, UNE ORGANISATION D’ÉTAT

Dans cette course effrénée, les États africains font de plus en plus appel à des sociétés étatiques ou liées directement à des pays producteurs. La Russie, qui est devenue en 2020 le premier exportateur d’armes sur le continent, opère via Rosoboronexport, une organisation d’État. En France, Thalès, Safran ou Dassault ont pignon sur rue. Lors de ses récents séjours en République démocratique du Congo (RDC) et au Sénégal, Recep Tayyip Erdogan était accompagné par Ismail Demir, le président de l’Industrie turque de la défense (SSB). Acteur militaire de plus en plus important, Ankara ambitionne de faire de la Foire internationale de l’industrie de la défense (Idef), qui se tient chaque année à Istanbul, un rendez-vous incontournable des décideurs africains. En 2021, Erdogan l’avait inaugurée avec le président sierra-léonais, Julius Maada Bio.

Mauvaise presse

En marge de ce commerce régulé entre acteurs bien identifiés, on retrouve encore quelques oiseaux rares, représentants d’une époque révolue. Des intermédiaires qui, pour la plupart, évitent les feux des projecteurs tant le métier a mauvaise presse.

Ils ne sont pas Viktor Bout et n’auront sans doute jamais les honneurs du cinéma hollywoodien. Mais ils incarnent, chacun à leur manière, un business africain funeste où armes légères, avions de seconde main et véhicules blindés en tout genre s’achètent toujours à prix d’or. On les appelle marchands d’armes. Eux préfèrent le terme plus lisse de courtiers en armement. Comme pour donner l’impression qu’on peut vendre des armes comme on échange des matières premières.

Dans cette enquête, nous avons choisi de nous attarder sur trois profils : Aboubacar Hima, Ivor Ichikowitz et Rafi Dermardirossian. Le premier, basé à Niamey, fut à l’origine d’un gros scandale de corruption. Le deuxième fait œuvre de philanthropie tout en possédant la plus grande entreprise d’armement du continent. Enfin, le dernier est un négociant franco-libanais d’une quarantaine d’années qui s’est installé à Ouagadougou au début de la décennie 2010. Quand et comment se sont-ils implantés en Afrique ? Quels sont leurs réseaux ? Qui fournissent-ils ? JA a mené l’enquête.

Avec Jeune Afrique par Vincent Duhem

Congo: Les armes qui tuent dans le Pool sont sud-africaines

novembre 2, 2016

 

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La police congolaise de Jean-François Ndenguet est équipée d’armes de guerre, ou pour le moins d’équipements qui s’y apparentent. Aujourd’hui, son principal fournisseur en est la société sud-africaine Paramount Group. Elle appartient à Ivor Ichikowitz, qui la préside. Dans son droit de réponse, du 15 avril 2016, après la publication par le NouvelObs d’un article soulignant la participation financière de sa fondation familiale à une tournée de l’Alma Chamber Orchestra en Afrique du Sud, il a rejeté le terme péjoratif de « marchand d’armes » en mettant en avant « la fabrication de matériel de défense » de son groupe.

Outre ses activités philanthropiques dans le domaine musical que tout le monde connaît maintenant, Ivor Ichikowitz revendique d’avoir été un collecteur de fonds, à l’âge de 22 ans, pour l’ANC et qu’il avait ainsi contribué à la fin de l’apartheid et à la libération de Nelson Mandela. Ce volontaire de la paix et de la fraternité en Afrique tolère curieusement que ses « véhicules de défense », comme le Marauder, soient achetés et utilisés par la Police congolaise.

Le groupe sud-africain, avec un Marauder deux fois plus imposant que le Tiger GAZ, a ainsi supplanté la Russie dans la fourniture de  véhicules blindés. Le choix du dictateur congolais s’est porté sur le matériel le plus puissant et le plus performant dans sa capacité meurtrière.

Le Marauder est un monstre d’acier blindé, pesant jusqu’à 17 tonnes équipé pour le combat. Avec sur son toit une mitrailleuse lourde de 14,5 mm en tourelle, ce véhicule est une machine à tuer, sans risque, des combattants peu armés ou pour le moins à semer la terreur auprès de paisibles populations civiles. On ne saurait ignorer sa destination criminelle en acceptant  de livrer ces engins et véhicules, ainsi équipés, aux couleurs de la police congolaise. Cette dernière doit être la seule au monde, avec celle de la Corée du Nord, à bénéficier de véhicules blindés avec mitrailleuses lourdes. Le peuple congolais en sera reconnaissant ! Merci Denis Sassou Nguesso !

Mère Antou et les marchands d'armes

Le Group Paramount est également fournisseur d’hélicoptères, dont le Mi Super 17, qui serait utilisé dans différentes missions dans le Pool. Ses capacités sont multiples, autant que ses équipements de combat, du lancement de missiles, de mitraillage lourd ou de bombardement.

L’acquisition de ces « matériels de défense » atteste de la préméditation des évènements que l’on connait actuellement dans le Pool. Ces « matériels » n’attendaient que le moment propice de leur utilisation. Le plan du hold-up électoral était depuis longtemps établi. La moindre contestation devait être sauvagement réprimée au moyen d’équipements sophistiqués. Quant à tout mouvement de révolte, il serait qualifié de « terroriste » par l’usurpateur qui avait reçu du président François Hollande, la permission de consulter son peuple, pour un référendum truqué ! Malgré tout, le tyran a toujours la trouille au ventre. Dès la tombée de la nuit, les carrefours importants de Brazzaville sont bouclés par des barrages tenus par des éléments armés étrangers (Rwandais, Angolais, Centrafricains) qui comprennent mal le français… Il est risqué de se promener après 21h30 et l’état de guerre s’est invité dans la capitale.

Denis Sassou Nguesso s’est imposé, sur le continent africain, comme un modèle dans le contournement des aspirations démocratiques et pour la maltraitance des populations. Les principes à suivre en sont l’accaparement des ressources nationales, l’orientation de l’Armée et de la Police en une force d’occupation du pays, et l’usage sans limite d’une communication positive pour masquer tous les travers de son pouvoir. Ainsi, on pouvait remarquer, le 17 août 2014 dans la tribune officielle du défilé militaire de la fête de l’Indépendance du Gabon, les symboles de cette trilogie qui s’impose désormais dans toute l’Afrique Centrale. En brochette, curieusement côte à côte :

  • Claudio Descalzi, le patron d’ENI,
  • Ivor Ichikowitz, Paramount Group,
  • Richard Attias, le communiquant.libreville-17-aout-2016-descalzi-ichikowitz-attias

Tour à tour, chacun joue sa partition aux ordres du Chef d’Orchestre, Denis Sassou Nguesso, pour participer au pillage, pour aider aux massacres ou pour entonner les hymnes à sa gloire !

Les plans du tyran se déroulent comme prévus ; les revenus ont été complètement pillés ; les protestataires sont emprisonnés, éliminés ou terrorisés ; les grandes voix se taisent concernant le Congo-Nguesso après avoir été nourries grassement dans des forums bidons, oscillants entre lobbying et corruption.

Les nouvelles qui nous parviennent du Pool, de plus en plus alarmantes, doivent conforter le tyran tout en indisposant de plus en plus ses soutiens. L’étonnante coalition de libérateurs de Nelson Mandela, autour de l’autocrate sans pitié, ne lui permettra pas de s’extirper du piège dans lequel il s’est lui-même fourré. Pour tous nos parents sous les bombes et pour tous ceux qui ont été emprisonnés, il est grand temps que cette tragédie se termine.

Congo-liberty.com par Rigobert Ossebi